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Full text of "OEuvres de Ghillebert de Lannoy, voyageur, diplomate et moraliste; recueillies et pub. par Ch. Potvin, avec des notes géographiques et une carte par J.-C. Houzeau"

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HANDBOUND 
AT  THE 


UNIVERSITY  OF 
TORONTO  PRESS 


SIÈCLE    LITTÉRAIRE 


DBS 


DUCS  DE  BOURGOGNE 


GHILLEBERT  DE    LANNOY 


OEUVRES 


D  E 


GHILLEBEET  DE  LANNOY 


VOYAGEUR,  DIPLOMATE  ET  MORALISTE 


RECUEILLIES    ET    PUBLIEES 


GH.    ï»OTVIIV 


AVEC   DES   NOTES   GÉOGRAPHIQUES    ET    UNE    CARTE 


PAR 


JT.-C.    HOUZEAU 


LOUVAIN 

IMPRIMERIE  DE  P.  ET  J.  LEFEVER 

30  —  RDE   DES    ORPHELINS   —    43 

1878 


Lsh 


1063139 


INTRODUCTION. 


SIÈCLE  LITTÉRAIRE  DES  DUCS  DE  BOURGOGNE. 


Messire  Ghillebbrt  de  LlNNOY. 


Il  fut  un  temps,  qui  n'est  pas  bien  éloigné  de  nous, 
ou  les  premiers  monuments  littéraires  des  langues 
modernes  étaient  considérés  comme  «  les  immondices 
des  bibliothèques  »  et  réputés,  selon  l'expression  du 
grand  Frédéric  de  Prusse,  ne  pas  valoir  «  une  charge  de 
poudre.  »  Alors,  on  aimait  à  penser  que  la  vraie  litté- 
rature française  datait  du  XVIe  siècle  :  «  Enfin  Malherbe 
vint.  » 

Plus  récemment,  quand  l'étude  du  moyen-âge  nous 
eut  rendu  toute  une  riche  époque  de  production  litté- 
raire, on  ne  connut  d'abord,  après  le  XIVe  siècle,  mal 
apprécié,  que  la  Renaissance,  et  l'on  sautait  volontiers 


VIII  INTRODUCTION. 

des  derniers  trouvères  à  Ronsard,  à  Rabelais,  à  Mon- 
taigne. 

L'histoire  ne  permet  plus  ces  solutions  de  continuité 
Depuis  cinquante  ans,  les  découvertes  se  succèdent,  les 
publications  s'accumulent,  les  études  se  renforcent,  et 
désormais  l'histoire  des  lettres  françaises  inscrit  dans  sa 
chronologie,  entre  le  XIVe  siècle,  plus  riche  qu'on  ne 
le  croyait  généralement,  et  les  gloires  du  siècle  de 
François  Ier,  une  époque  abondante  et  pleine  d'intérêt  qui 
ne  peut  guères  se  nommer  autrement  que  le  siècle  litté 
raire  des  Ducs  de  Bourgogne. 

Lorsqu'en  1825,  Buchon  résolut  de  faire  entrer  les 
chroniques  des  ducs  de  Bourgogne  dans  sa  collection 
de  Chroniques  et  mémoires  sur  l'histoire  de  France,  il  dut 
s'affranchir  d'un  préjugé  pour  exhumer  ces  historiens, 
les  uns  après  les  autres  et  souvent  par  lambeaux. 
Philippe  de  Comines  seul  restait  célèbre.  F.  de  Reiffen- 
berg  venait  de  publier  Jacques  Duclercq.  Buchon  voulut 
s'autoriser  d'un  mémoire  de  Dacier  pour  entreprendre 
la  publication  de  Monstrelet  et  de  Chastellain.  Le  «  grave 
Chastelain  »  \  jadis  si  illustre,  n'avait  pas  môme  été 
imprimé.  Sa  chronique,  annoncée  quand  elle  parut  avec 
autant  de  bruit  que  plus  tard  laPucelle  de  Chapelaiu,  et 
citée  bientôt  comme  un  modèle,  se  cachait  sous  un  faux 
nom, composé  de  son  prénom  et  du  verbe  qui  annonçait  son 
entreprise  :  Georges  Repreuve.  Des  quelques  œuvres  que 

*  Expression  de  Marot. 


INTRODUCTION.  IX 

l'imprimerie  avait  recueillies  sous  sou  nom,  une  seule  lui 
appartenait,  et  Buchon  put  dire  :  «  En  visitant  ce  champ 
de  ruines,  j'ai  retrouvé  Georges  Chastellain.  » 

Il  n'en  avait  retrouvé  que  des  fragments,  et  plusieurs 
livres  de  sa  Chronique  nous  manquent  encore  aujourd'hui. 

Buchon  attribue  cet  oubli  à  la  défaite,  puis  à  la  dis- 
parition de  la  maison  de  Bourgogne.  Ces  écrivains, 
dit-il,  «  subirent  le  sort  de  provinces  conquises.  »  Ils 
périrent  avec  le  grand  État  que  voulaient  fonder  leurs 
maîtres.  Mais  l'histoire  n'a  point  de  victimes.  Buchon  a 
soin  d'ajouter  que  les  historiens  «  aiment  à  relever  sur 
les  champs  de  bataille  les  morts  de  tous  les  camps.  » 

Ces  morts  ont  une  incontestable  valeur. 

Depuis  Reiffenberg  et  Buchon,  la  résurrection  a  con- 
tinué, les  travaux  littéraires  de  cette  époque  forment 
de  plus  en  plus  un  ensemble  auquel  ne  manque  aucun 
genre  et  que  chaque  année  un  écrivain  ou  une  œuvre 
vient  compléter.  Après  les  chroniqueurs,  comme  Chas- 
tellain, que  Michelet  appelle  «  grand  et  éloquent  histo- 
rien, »  ou  comme  Monstrelet,  dont  Dacier  a  fait  ce  noble 
éloge  :  que  «  l'humanité  était  le  fond  de  son  carac- 
tère ;  »  après  Jacques  de  Saint-Remy,  que  Charles  le 
Téméraire  créa  chevalier  ;  après  Molinet,  Olivier  de  la 
Marche,  Jacques  Duclercq  et  Jean  de  Wavrin,  cet 
ensemble  de  chroniqueurs  dont  Mlle  Dupont,  en  publiant 
l'un  d'eux,  Wavrin,  a  pu  dire  :  «  C'est  une  fort  remar- 
quable série  d'hommes  d'élite  que  celle  des  historiens 
flamands  et  picards  qui  au  XVe  siècle  écrivirent  en 


INTRODUCTION. 


français;  »  après  les  poètes,  comme  Martin  Franc,  Pierre 
Michault,  Chastellain,  Molinet  etc.  ;  après  les  essais  dra- 
matiques qui  mettent  l'histoire  et  la  politique  contempo- 
raines en  Mystères  et  la  Royauté  et  l'Église  en  scène, 
plus  d'un  demi-siècle  avant  Gringore  ;  après  Jean  le 
Maire,  qu'on  a  nommé  le  maître  de  Ronsard  pour  sa 
réforme  du  langage,  et  qu'on  peut  appeler  un  précurseur 
de  Luther  pour  les  hardiesses  du  Promptuaire  des  Con- 
ciles, —  on  a  rendu  à  l'histoire  un  voyageur,  diplomate 
et  moraliste.  Déjà  connu  par  ses  Voyages  et  ambassades, 
Ghillebert  de  Lannoy  est  aussi  l'auteur  de  deux  traités 
qu'on  peut  appeler  Y  Art  de  régner,  et  Y  Art  de  vivre. 

Ainsi,  cette  littérature  dont  le  centre  fut  dans  les  pro- 
vinces belgiques  et  qui  donna  des  émules  à  Comines,  à 
Christine  de  Pisan,  à  Alain  Chartier,  un  maître  à  Ron- 
sard, des  précurseurs  à  Gringore  et  à  Luther,  s'impose 
à  l'histoire  de  France  et  y  place  avant  le  siècle  de 
François  Ier  :  le  siècle  littéraire  des  ducs  de  Bour- 
gogne. 


PREMIÈRE  PARTIE. 
LA    VIE   DE   GHILLEBERT   DE  LANNOY. 

Messire  Ghillebert  de  Lannoy,  seigneur  de  Santés,  de 
Villerval,  de  Tronchiennes,  de  Beaumont  et  de  Wahé- 
gnies,  eut,  comme  voyageur  et  comme  diplomate,  une 
grande  carrière  de  périls,  de  succès  et  d'honneurs.  On 
peut  suivre  sa  vie  dans  ses  Voyages  et  ambassades,  que 
confirment  et  complètent  les  archives  des  ducs  de  Bour- 
gogne, conservées  à  Dijon  et  à  Lille. 

Né  en  1386,  d'une  famille  déjà  célèbre,  qui  devait 
donner  trois  chevaliers  à  la  première  nomination  de 
l'ordre  de  la  Toison  d'or  et,  plus  tard,  sous  Charles- 
Quint,  un  vice-roi  à  Naples,  Ghillebert  eut  pour  frère 
aîné,  qu'il  suppléa  auprès  de  Philippe,  dit  le  Bon,  un 
des  chefs  de  guerre  et  de  conseil  les  plus  influents  de 
l'époque  la  plus  brillante  de  la  maison  de  Bourgogne. 


XII  INTRODUCTION. 

Dès  Tâge  de  13  ans  (1399),  il  fit  ses  premières  armes, 
dans  une  expédition  en  Angleterre,  dirigée  par  le  comte 
de  Saint- Pol,  contre  Henri  deLancastre,  en  faveur  du  roi 
Richard-,  ce  qui  ne  put  empêcher  le  roi  d'être  vaincu, 
fait  prisonnier,  puis  égorgé  dans  sa  prison.  Deux  ans 
après,  au  retour  d'une  expédition  pareille,  sous  la  con- 
duite du  comte  de  la  Marche,  il  fait  naufrage  en  vue 
de  Saint-Malo  ;  tout  l'équipage  périt,  sauf  les  gentil- 
hommes. 

Après  ces  débuts,  le  jeune  écuyer  s'attache  au  sénéchal 
de  Hainaut,  Jean  de  Warchin,  qu'il  suit  de  1  403  à  1 408, 
tantôt  dans  un  vayage  de  pèlerin  et  de  gentilhomme, 
en  Orient  :  à  Jérusalem,  en  Turquie,  en  Egypte  ;  tantôt 
dans  un  tournoi,  à  Valence  ;  puis,  à  la  guerre  contre  les 
Maures  d'Espagne  ;  enfin,  dans  ces  deux  expéditions  du 
comte  de  Hainaut,  au  secours  de  son  frère  l'évêque  de 
Liège,  qui  finirent  par  la  terrible  défaite  des  Liégeois 
révoltés,  à  Othée  (23  septembre  1 408),  et  sans  doute 
aussi  dans  une  seconde  guerre  en  Espagne  oii  il  alla  en 
1 410,  sans  nous  dire  si  ce  fut  encore  sous  les  ordres  du 
sénéchal  de  sa  province  natale. 

Le  jeune  seigneur  aspirait  à  devenir  chevalier.  Mais 
déjà  il  montre  autant  d'ardeur  pour  les  voyages  que 
pour  les  batailles  :  à  chaque  pèlerinage  en  quelque  lieu 
saint,  il  ne  manque  jamais  d'explorer  les  endroits 
profanes  ;  après  chaque  guerre,  il  se  plaît  à  visiter  les 
villes,  les  palais,  les  châteaux  :  «  qui  sont  choses  belles 
et  merveilleuses  à  voir,  »  dit-il. 


INTRODUCTION.  XIII 

Ses  premières  armes  faites,  revenant  d'Espagne  par 
la  France,  il  y  trouve  la  guerre  aux  Armagnacs  qui 
viennent  de  rompre  le  traité  de  Chartres  et  de  s'allier 
avec  Henri  de  Lancastre,  devenu  roi  d'Angleterre.  Il 
entre  au  service  du  duc  de  Bourgogne,  Jean  sans  Peur 
le  fait  son  échanson  et  il  se  jette  dans  la  guerre  en 
Poitou,  sous  le  maréchal  de  Helly  (1412). 

Au  premier  repos,  l'amour  des  voyages  l'emporte 
encore  ;  après  une  blessure,  «  dont  je  portai,  dit-il,  la 
mouche  en  la  cuisse  plus  de  neuf  mois  »  ,  une  nouvelle 
croisade  l'attire,  non  plus  contre  les  Maures  d'Espagne, 
mais  contre  les  mécrêans  de  Pologne.  Les  chevaliers 
teutoniques  de  Prusse  nommaient  ainsi  leurs  voisins 
auxquels  ils  disputaient  la  Poméranie.  Que  de  fois  de 
prétendus  intérêts  religieux  couvrirent  les  convoitises 
politiques  !  Mais  il  y  avait  des  dangers  à  braver,  de 
lointains  pays  à  parcourir  :  la  Prusse,  la  Lithuanie,  la 
Poméranie,  la  Pologne,  la  Livonie,  la  Courlande,  la 
Russie,  l'Autriche.  Ghillebert  ne  discute  point.  Les 
croisés  avaient  rompu  une  trêve  pour  dévaster  les  fron- 
tières, brûler  les  villages,  enlever  le  bétail1  ;  une  révolu- 
tion survient  ensuite  dans  cet  ordre,  plus  guerrier  que 
religieux  :  le  grand-maître,  accusé  de  favoriser  Wiclef, 
est  arrêté,  dégradé,  jeté  en  prison  (octobre  1413).  Un 


1  «  Et  entrèrent  à  puissance  en  la  duché  dePomère...  où  ilz  ardirent 
bien  cincquante  villes  à  cloquiers  et  prindrent  proye  de  bestial 
grant  nombre  »  (p.  26). 


XIV  INTRODUCTION. 

gentilhomme  étranger,  épris  d'aventures  et  de  voyages, 
pouvait-il  s'enquérir  de  la  légitimité  de  la  prétendue 
croisade,  se  porter  juge  des  causes  d'une  révolution  de 
palais-couvent  ?  Ghillebert  en  croit  l'appel  aux  armes, 
accepte  le  fait  accompli,  montre  son  courage  à  tous, 
marque  quelque  pitié  au  prisonnier,  et  se  met  à  visiter 
le  pays,  à  observer  les  mœurs,  à  noter  les  faits  et  les 
coutumes,  sans  esprit  de  blâme,  mais  avec  une  entière 
sincérité  ;  il  se  livre  à  leur  joie  aux  plaisirs  du  voyage, 
profite  d'une  trêve  pour  visiter  le  pays  ennemi,  se 
déguise  en  marchand  pour  parcourir  la  Russie  en  traî- 
neau :  le  curieux  qui  veut  tout  voir  exactement  ne  quitte 
jamais  le  guerroyeur  prêt  à  tout  pourfendre. 

Ces  expéditions  en  faveur  de  l'ambition  des  cheva- 
liers teutoniques  étaient  coutumières  aux  jeunes  sei- 
gneurs du  Hainaut,  que  le  fils  du  comte  y  conduisait 
d'ordinaire.  Celles  de  1335,  de  1344,  de  1354  et  de 
1383  ont  laissé  des  traces.  La  Prusse,  dit  celui  de 
nos  archivistes  qui  les  a  mises  au  jour,  «  fut  longtemps 
encore  une  contrée  de  prédilection  pour  tout  nouveau 
chevalier  qui   voulait  acquérir  de  la  renommée  l.   » 

Là,  dans  le  mois  d'août  1413,  après  avoir  été  griève- 
ment blessé,  au  siège  d'une  ville  (Massow),  que  les 
assaillants  durent  abandonner,  Ghillebert  reçoit  l'ordre 
de  la  chevalerie. 

*  Léopold  Devillers.  Sur  les  expéditions  des  comtes  de  Rainant 
et  de  Hollande  en  Prusse  (Bull,  de  la  comm.  d'histoire,  4e  série,t.  5, 
p.  127). 


INTRODUCTION.  XV 

Au  retour,  c'est  un  pèlerinage  qui  l'attire.  Les  sou- 
venirs des  poèmes  de  chevalerie  Texcitent-ils  seulement, 
ou  n'aurait-il  pas  fait  quelque  vœu  dans  ces  dangers 
lointains  ?  Le  fait  est  qu'il  va  s'exposer  en  pays  ennemi 
pour  visiter  le  trou  de  saint  Patrice.  Il  est  fait  prison- 
nier en  Angleterre,  ce  qui  l'empêche  de  voir  la 
grotte  et  d'assister  au  siège  d'Arras  (1  41  4).  Mais  le  duc 
l'aide  à  payer  rançon  et  il  arrive  à  temps  pour  être 
blessé,  vaincu,  fait  prisonnier,  à  la  bataille  d'Azincourt 
(1415),  où  il  n'échappe  à  la  mort  que  par  Nun  prodige 
de  sangfroid,  à  la  prison  que  moyennant  1200  écus. 

Il  avait  gagné  ses  éperons  en  Prusse.  Il  conquit  à 
Azincourt,  avec  les  faveurs  de  Jean  sans  Peur  et  de  son 
fils,  une  haute  fonction  :  le  gouvernement  du  château 
de  l'Écluse  qu'il  garda  trente  années.  Le  cas  échéant, 
Philippe  le  Bon  n'hésitera  pas  à  renforcer  son  autorité 
militaire  au  mépris  des  franchises  communales,  au  mé- 
pris même  de  ses  propres  lettres-patentes  accordées 
à  l'autorité  civile  (1 440). 

Cette  sorte  de  bénéfice  militaire  faisait  sans  doute 
sa  fortune,  mais  ne  pouvait  satisfaire  à  son  activité  de 
corps  et  d'esprit.  Le  fils  du  duc,  alors  gouverneur  des 
États  du  Nord  pour  son  père,  lui  confie,  sous  le  nom 
d'Office  des  divines  provisions,  l'intendance  intellec- 
tuelle de  sa  maison  ;  Ghillebert  le  suit  partout,  de  1  41 6 
à  \  41 9  :  dans  la  guerre  aux  Armagnacs  devant  Paris  ; 
dans  son  voyage  en  Hollande  où  le  comte  commence  à 
s'immiscer,    dangereux    médiateur ,   aux    affaires  de 


XVI  INTRODUCTION. 

Jacqueline  de  Bavière  ;  dans  les  assemblées  d'Arras  et 
d'Amiens  où  Philippe  recrute  des  adhésions  à  la  politi- 
que armée  de  son  père.  Là  il  fait  ses  premières  armes 
sur  un  terrain  nouveau  :  la  diplomatie. 

Un  grave  événement  va  utiliser  son  expérience.  Il 
avait  assisté  en  1408,  à  Paris,  dans  l'hôtel  de  Saint- 
Pol,  au  célèbre  sermon  de  Jean  le  Petit.  Le  corde- 
lier,  avait  présenté,  devant  la  cour,  la  justification 
de  meurtre  du  duc  d'Orléans  par  Jean  sans  Peur, 
et  soutenu,  avec  force  textes  historiques  et  bibliques, 
qu'il  vaut  mieux  qu'un  pareil  assassinat  soit  commis 
par  un  grand  seigneur  que  par  une  personne 
de  moindre  état  et  qu'aucun  sacrifice  n'est  plus 
agréable  à  Dieu  que  la  mort  d'un  tyran.  Le  10  sep- 
tembre 1419,  le  Dauphin  imite  l'exemple  du  duc  > 
suit  le  précepte  du  moine  :  Jean  sans  Peur,  pris  au 
piège  de  la  Paix  de  Ponceau  et  d'une  entrevue  avec  le 
Dauphin,  son  ennemi  réconcilié,  est  assassiné  sur  le  pont 
de  Montereau.  Aussitôt,  Philippe  le  Bon  lui  succède 
pour  le  venger. 

Ghillebert  s'associe  à  cette  œuvre  violente.  Au  par- 
lement de  Flandre,  son  avis  est  net  et  court  :  traiter 
avec  l'Angleterre,  mais  d'accord  avec  la  reine-mère 
et  tout  son  parti  :  telle  est  la  politique  qu'il  conseille 
et  qu'il  va  servir.  Le  Pacte  de  Troyes,  qui  livre  la 
France  au  roi  d'Angleterre,  se  prépare  :  Ghillebert,  avec 
l'évêque  d'Arras  et  d'autres  ambassadeurs,  est  de  toutes 
les  négociations,  paraît  dans  tous  les  actes,  jusqu'à  ce 


INTRODUCTION.  XVII 

que  le  traité  soit  signé  sous  le  nom  de  «  Trêve  générale 
entre  la  France  et  l'Angleterre  »  (25  déc.  1419).  Ce 
traité  d'alliance  offensive  est  bientôt  scellé  par  le 
mariage  du  roi  Anglais  et  d'une  princesse  de  France  : 
Ghillebert  y  assiste  en  gentilhomme.  La  veuve  et  les 
filles  de  Jean  sans  Peur  constituent  procureurs  à  l'effet 
de  poursuivre  ses  assassins  :  Ghillebert  est  du  nombre 
de  ces  hommes  de  confiance,  et  il  est  aussi  parmi  les 
hommes  d'armes  que  Philippe  conduit  s'emparer  de 
Montereau  afin  d'y  reprendre  le  corps  de  son  père, 
puis  assiéger  Melun,  occuper  Paris  et  mener  rude- 
ment la  guerre  de  vengeance  qui  fera  couronner  roi  de 
France  un  roi  d'Angleterre. 

Le  siège  de  Melun  dura  cinq  mois.  Le  sire  de  Brimeu 
y  étant  mort,  Ghillebert  reçoit  le  sceau  du  secret  et, 
pendant  trois  mois,  ne  quitte,  ni  jour  ni  nuit,  son  souve- 
rain, portant  sa  bannière  devant  lui  dans  la  bataille  et 
couchant  dans  sa  chambre  et  dans  sa  tente,  comme  son 
premier  chambellan.  C'est  dans  cette  intimité  sans 
doute  que  fut  conçu  le  projet  d'un  nouveau  voyage  en 
terre  sainte.  L'alliance  du  duc  de  Bourgogne  et  de 
tout  le  parti  bourguignon  français  ,  avec  le  roi  d'An- 
gleterre, faisait  des  deux  souverains,  maîtres  de  la 
France,  les  arbitres  de  l'Europe,  et  leurs  prompts 
succès  devaient  leur  suggérer  des  vues  d'ambition,  des 
plans  de  grandeur.  La  croisade  était  encore  alors  le 
moyen  le  plus  superbe  de  déployer  ses  forces,  d'affer- 
mir sa  puissance  ,  de   racheter  ses   violences  et  de 


XVIII  INTRODUCTION. 

s'entourer  de  gloire.  Ghillebert  fut  chargé  par  le  roi 
d'Angleterre,  en  son  nom  et  au  nom  du  roi  de  France, 
dont  il  était  régent,  et  par  le  fastueux  duc  de  Bour- 
gogne, «  principal  esmouveur  »  ,  d'une  mission  politique 
en  Orient  (1421). 

Ce  second  voyage  diffère  du  premier  :  Ghillebert 
n'est  plus  un  jeune  écuyer,  attaché  au  sénéchal  de 
Hainaut  ;  c'est  un  ambassadeur ,  dans  l'âge  viril  , 
entouré  d'une  suite  nombreuse  et  brillante,  qui  parcourt 
l'Europe  en  grand  seigneur,  visite  les  cours  en  prince, 
offre  aux  rois  des  présents  royaux,  trouve  une  hospi- 
talité splendide  dans  les  cours  et  dans  les  villes,  est 
comblé  de  richesses,  reçoit  des  escortes  princières,  des 
lettres  de  recommandation  de  rois  à  empereurs,  est 
fêté  des  dames  comme  des  chevaliers,  joue  en  maître 
avec  les  plus  grands  dangers,  risque  plusieurs  fois  la 
mort,  est  dépouillé  et  laissé  nu  attaché  à  un  arbre, 
sort  victorieux  de  tout,  traverse  les  bandes  de  loups 
ou  de  tartares,  franchit  les  déserts,  traite  avec  les 
empereurs  des  plus  grands  intérêts  de  la  chrétienté, 
comme  la  réunion  des  Églises  grecque  et  latine,  veut 
jeter  son  épée  dans  la  guerre  qu'il  trouve  en  Turquie, 
arme  des  navires  quand  la  route  de  terre  est  imprati- 
cable, fait  ostensiblement  des  ambassades  dans  chaque 
cour,  depuis  la  Prusse  jusqu'à  l'Autriche,  pour  annoncer 
la  paix  qui  livre  la  régence  de  France  au  roi  d'An- 
gleterre, laisse  sa  suite  dans  l'île  de  Rhodes,  pour  être 
plus  libre  dans  sa  véritable  mission,  et  accomplit,  avec 


INTRODUCTION.  XIX 

une  petite  escorte  choisie,  deux  choses,  l'une  couvrant 
l'autre  :  le  pèlerinage  complet  des  lieux  saints  et  une 
reconnaissance  militaire,  non  moins  complète,  de  la 
terre  classique  des  Croisades. 

Il  mit  deux  ans  à  parcourir  la  Prusse,  la  Pologne, 
la  Russie,  la  Hongrie,  la  Walachie,  la  Moldavie,  la 
Tartarie,  les  îles  de  la  Méditerranée,  l'Egypte,  la  Syrie, 
la  Judée,  et  revint  par  Rhode,  Venise  et  l'Allemagne. 

Quand  il  revint,  les  deux  rois  étaient  morts,  le  duc 
de  Bedfort  était  régent  de  France  pour  le  compte  de 
l'Angleterre  ;  le  Dauphin,  devenu  le  roi  Charles  VII, — 
roi  de  Bourges,disaient  les  Anglais  et  les  Bourguignons, 
—  tenait  la  campagne  ;  le  jeune  roi  «  d'Angleterre  et  de 
France  »  n'avait  que  six  mois,  Louis  XI  venait  de 
naître  à  Bourges,  Jeanne  d'Arc  avait  déjà  des  visions 
d'enfant  ;  la  situation  des  Anglais  en  France  n'était 
plus  aussi  brillante  et  l'on  commençait  à  parler  de  paix. 
Ghillebert  remit  à  chacune  des  deux  cours  qu'il  avait 
représentées  et  servies,  une  copie  de  ses  Rapports  sur 
la  Syrie  et  l'Egypte,  et  alla  lui-même  à  Londres  et  à 
Bruxelles  ;  mais  ce  travail,  si  exact,  n'était  plus  guère 
à  l'ordre  du  jour  :  le  vœu  du  Faisan  ne  se  célébrera 
que  30  ans  après  (1454),  quand  Ghillebert  sera  un 
vieillard.  En  1423,  le  régent  d'Angleterre  ne  pouvait 
penser  à  une  croisade  et  Philippe  avait  de  plus  pro- 
chains intérêts  à  défendre. 

A  peine  rentré  dans  son  château  de  l'Écluse  (1424), 
après  avoir  assisté  à  Amiens  au  mariage  de  la  sœur 


XX  INTRODUCTION. 

du  duc  avec  le  comte  de  Richemont,  futur  connétable 
de  Charles  VII,  (son  autre  sœur  était  l'épouse  du  duc  de 
Bedford)  ;  après  avoir  été  remplir,  auprès  du  duc  de 
Brabant  et  ses  États  réunis  à  Braine-le-Comte,  une 
mission  de  confiance,  Ghillebert  doit  se  mettre  sur  la 
défensive,  armer  des  bateaux  plats,  occuper  les  eaux 
de  la  Zélande,  pour  soutenir  la  flotte  que  Philippe 
arme  en  Hollande  et  empêcher  le  duc  de  Glocester, 
l'époux  de  Jacqueline  de  Bavière,  de  descendre  en 
Flandre  et  en  Zélande,  après  avoir  refusé  à  ses  troupes 
de  terre  un  passage  par  l'Artois  pour  se  rendre  en 
Hainaut.  La  guerre  de  Hollande  avait  commencé  ;  Ghil- 
lebert, nommé  capitaine  de  Rotterdam,  prit  part  aux 
deux  campagnes  (1  426  et  1 427). 

Il  était  temps  que  le  duc  respirât  de  cette  guerre, 
car  le  siège  d'Orléans  a  été  levé  par  Jeanne  d'Arc, 
Charles  VII  s'est  fait  sacrer  à  Reims  et  la  Pucelle 
menace  Paris  (septembre  1429).  Le  duc  de  Bourgogne 
y  court,  accepte  la  régence  de  France  en  remplacement 
du  duc  de  Bedford,  et  signe  une  trêve.  Ghillebert  le 
suit  dans  cette  brillante  escorte  armée,  dont  l'entrée 
triomphale  à  Paris  fut  accueillie  avec  tant  d'espérance 
et  d'enthousiasme. 

Entre  ces  deux  campagnes,  le  capitaine  a  fait  place 
encore  à  l'ambassadeur.  En  1  428,  le  duc  lavait  appelé 
de  l'Écluse,  puis  d'Arras,  à  Bruges  pour  conférer  avec 
lui  «  sur  le  fait  des  Hussites.  »  Le  2  janvier  1  429,  il 
part    de    l'Écluse    pour  parcourir   une  troisième  fois 


INTRODUCTION.  XXI 

l'Allemagne,  voir  les  souverains,  conférer  avec  les 
Électeurs  de  l'Empire,  s'assurer  de  la  situation  du 
pays  et  des  dispositions  des  seigneurs  et  des  villes. 
Deux  princes  seulement  étaient  en  position  d'entre- 
prendre la  guerre  contre  les  Hussites  :  l'Empereur  et 
le  Duc.  Sigismond  ne  le  pouvant  plus,  ce  projet  devait 
répondre  aux  vues  ambitieuses  de  Philippe  et  l'arbitre 
de  la  France  pouvait  sans  témérité  songer  à  devenir 
le  vengeur  de  l'orthodoxie,  l'arbitre  de  la  chrétienté. 
Déjà  en  1415,  dans  son  premier  voyage,  arrivé  aux 
frontières  de  Bohême,  Ghillebert  y  avait  trouvé  la 
guerre  religieuse  et  avait  dû  rebrousser  chemin,  «  en 
grant  péril  d'être  rué  jus.  »  En  1429,  sa  mission  de 
diplomatie  et  de  reconnaissance  militaire  était  aussi 
délicate,  y  sinon  aussi  dangereuse  que  celle  qu'il  avait 
si  bien  suivie  en  Orient.  Il  la  remplit  de  manière  à 
faire  connaître  au  duc  les  véritables  conditions  de  suc- 
cès et  à  lui  faire  ajourner  une  entreprise  qui  exigeait 
tant  de  ressources,  de  liberté  d'action  et  de  puissance. 
Les  affaires  de  France  ne  laissaient  plus  à  Philippe 
assez  desécurité  pour  une  pareille  expédition  lointaine; 
la  croisade  de  Bohême  alla  rejoindre  le  voyage  en 
Orient  dans  le  carton  des  rêves  ambitieux  du  duc  de 
Bourgogne. 

Un  des  conseils,  donnés  au  duc,  dans  un  mémoire 
sur  le  fait  des  Hussites,  était  qu'il  prit  une  troisième 
épouse,  moins  pour  accroître  ses  influences  que  pour 
donner  un   héritier  au   vaste  état  dont  il  rêvait  déjà 

VOY.   ET  AMB.  6 


XXII  INTRODUCTION. 

sans  doute  de  faire  un  royaume.  Les  difficultés  de  la 
guerre  de  France  ne  l'empêchèrent  pas  de  suivre  l'avis, 
et  Philippe  profita  des  solennités  de  ses  noces  avec 
Isabelle  de  Portugal  pour  déployer  un  grand  faste  et 
créer,  à  l'instar  de  l'ordre  de  la  Jarretière,  un  ordre  de 
chevalerie,  dont  il  voulut  emprunter  aussi  le  nom  à  la 
galanterie,  en  réponse,  dit-on,  à  une  plaisanterie  sur 
la  couleur  des  cheveux  dune  de  ses  nombreuses  maî- 
tresses. 11  n'y  manquait  que  le  :  Honny  soit  qui  mal  y 
pense.  Le  duc  l'avait  remplacé  par  une  devise  flatteuse 
pour  sa  nouvelle  épouse  :  Autre  riauray.  Ghillebert  avait 
reçu  la  princesse,  après  une  tempête,  au  port  de 
TÉcluse,  et  lavait  conduite,  avec  sa  suite,  sur  des  bar- 
ques pavoisées  jusque  Bruges.  Là,  le  10  janvier  1430, 
le  duc  célébra  son  mariage  et  institua  Tordre  de  la 
Toison  d'or,  «  pour  la  gloire  de  Dieu,  l'exaltation  de 
l'Église  et  l'excitation  aux  vertus.  »  L'ordre  se  compo- 
sait d'un  chef:  le  duc,  et  de  trente  chevaliers.  Hugues 
de  Lannoy  fut  nommé  le  cinquième,  Ghillebert  le 
dixième,  Bauduin,  son  frère  cadet,  le  quinzième. 

Ce  mariage  fut  suivi  d  un  moment  de  trouble  uni- 
versel. Jeanne  d'Arc  était  prisonnière  ;  une  mésintel- 
ligence croissante  entre  le  duc  et  les  Anglais,  des  offres 
de  paix  de  la  part  des  Français,  la  guerre  de  France 
devenue  plus  difficile  chaque  jour,  la  guerre  de  Liège,  la 
succession  du  Brabant,  l'agitation  et  bientôt  le  soulè- 
vement de  la  Flandre,  tiraillaient  pour  ainsi  dire  Phi- 
lippe le  Bon,  et  le  Concile  de  Baie  y  ajoutait  les  conflits 


INTRODUCTION.  XXIII 

de  l'Église.  A  peine  de  retour  d'une  ambassade  en 
Ecosse,  où,  fidèle  à  son  caractère,  il  ne  manque  pas 
de  voir  le  trou  de  saint  Patrice  et  de  mêler  aux  légendes 
mystiques  des  souvenirs  de  poèmes  chevaleresques, 
Ghillebert  marche  contre  «  ceux  de  Cassel  »  qui  font 
cause  commune  avec  les  bourgeois  de  Grammont  et  la 
révolte  est  domptée.  Puis,  il  va  au  Concile  de  Bâle 
revendiquer  le  droit  de  préséance  pour  son  souve- 
rain, s'opposer  au  schisme,  braver  l'Empereur  et  le  roi 
de  France,  et  maintenir  l'orgueil  du  duc  dans  une 
situation  pleine  de  périls  (1431-1433). 

Les  négociations  avaient  déjà  commencé  entre 
Charles  VU  et  Philippe  le  Bon,  sans  pouvoir  aboutir. 
Le  violent  conflit  du  Concile  de  Bâle,ou  les  ambassadeurs 
du  duc  ne  voulaient  reconnaître  pour  roi  de  France 
que  le  roi  d'Angleterre,  maître  de  Paris  et  d'une  partie 
du  royaume,  n'empêcha  paj/  de  les  renouer.  Le  duc 
avait  vu,  à  cette  occasion,  se  dessiner  les  partis 
et  pendant  que  l'Empereur  reconnaissait  Charles  VII 
et  défiait  Philippe  le  Bon,  les  pères  du  Concile  purent 
prononcer  des  paroles  de  paix,  renouveler  leurs 
instances,  s'appuyer  de  celles  du  Souverain  Pontife, 
et  charger  de  ce  rôle  de  pacification  des  légats  qui 
lèveraient  les  scrupules  du  duc  de  Bourgogne.  L'as- 
semblée de  Nevers  aboutit  au  traité  d'Arras.  On  avait 
si  bien  manœuvré  que  le  duc,  qui  ne  voulait  d'abord 
traiter  que  d'accord  avec  l'Angleterre,  rompit  une 
alliance  datant  du  lendemain  de  l'assassinat  de  Mon- 


XXIV  INTRODUCTION. 

tereau  et  fit  une  paix  séparée  (1434-1435).  Les 
trois  frères  de  Lannoy  faisaient  partie  des  chevaliers 
de  la  Toison  d'or  qui  entourèrent  le  duc  dans  ces  entre- 
vues oîi  il  aimait  à  paraître  avec  une  ostentation  fas- 
tueuse. Aucun  document  ne  reste  pour  déterminer  la 
part  que  prit  Ghillebert  dans  les  négociations.  11  nous 
dit  lui-même  brièvement,  que  «  après  le  parlement 
et  la  paix  d'Arras  »  ,  il  partit  d'Arras,le  25  février,  pour 
aller  à  Saint-Jacques  en  Galice,  accomplir  un  vœu  qu'il 
avait  fait  «  au  trépas  »  de  sa  seconde  femme  (1436). 
Quand  il  en  revint,  il  trouva  le  Duc  faisant  le  siège  de 
Calais. 

Cette  paix  ne  faisait  qu'accroître,  au  premier  moment, 
les  difficultés  du  duc  Philippe.  Les  Anglais  continuaient 
la  guerre,  irrités  contre  lui;  des  compagnies  d'éccfr- 
cheurs  ravageaient  la  Picardie, menaçaient  la  Flandre  ;  le 
faste  du  duc  et  ses  longues  guerres  avaient  épuisé  ses 
finances  ;  le  pays  se  voyait  ruiné,  malgré  ses  franchises 
qui  n'avaient  pas  arrêté  le  duc  :  le  mécontentement 
était  général.  La  sédition  commença  devant  l'ennemi, 
au  siège  de  Calais, ou  les  milices  flamandes  abandonnèrent 
l'armée,  refusant  le  service  au  nom  de  leurs  privilèges. 
Le  duc  dut  laisser  faire  et  la  Flandre  en  souffrit  cruelle- 
ment, car  c'était  livrer  le  pays  sans  défense  aux  ravages 
des  Anglais.  Aussitôt  la  révolte  court  de  Gand  à  Bruges  ; 
les  Brugeois  sont  à  peine  apaisés  que  Gand  sonne  de 
nouveau  le  tocsin,  puis,  l'émeute  passe  encore  une  fois  de 
Gand  à  Bruges  et  les  Flamands  tiennent  la  campagne. 


INTRODUCTION.  XXV 

Le  duc.  obligé  de  temporiser  et  de  parlementer  avec  les 
bourgeois,  avait  écouté  les  propositions  de  Gand  et  de 
Bruges,  faisant  cause  commune  :  les  bourgeois  deman- 
daient la  démolition  des  fortiGcations  de  l'Écluse  qui 
leur  avait  résisté  ;  Bruges  voulait  que  cette  ville  et 
Nieuport  rentrassent  sous  sa  juridiction  ;  Gand  soutenait 
les  mêmes  prétentions  sur  Audenarde.  Le  Parlement 
convoqué  à  Gand  n'avait  pu  rien  apaiser.  A  la  première 
révolte,  les  Brugeois  avaient  voulu  prendre  la  ville  dont 
Ghillebert  occupait  le  château.  11  y  soutint  un  siège 
qui  dura,  dit-il,  dix-huit  jours  (juillet  1437),  et  le 
château  fut  assez  endommagé  pour  qu'il  y  dût  faire  des 
réparations  qui  coûtèrent  plus  de  3000  livres. 

Néanmoins, au  premier  conflit  des  fidèles  bourgeois  de 
l'Écluse  avec  le  gouverneur  du  château,  le  Duc  retirera 
ses  propres  lettres  de  privilèges,  donnera  à  ce  retrait  un 
effet  rétrospectif  et  sacrifiera  les  restes  de  libertés  com- 
munales à  lautorité  militaire.  (1440,  v.  p.  210  et  262.) 

Ce  siège  fut  son  dernier  fait  d'armes.  Les  trois  lignes 
qu'il  y  consacre  dans  ses  mémoires  furent  à  peine  remar- 
quées, car  de  1 435  à  1  442, on  constate  une  lacune  de  sept 
années  dans  sa  vie  l.  Ces  années  ne  furent  pas  stériles. 
Aussitôt  après  la  paix  d'Arras,  les  embarras  oii  se  trou- 
vait le  duc,  avaient  divisé  ses  conseillers.  Les  uns 
penchaient  pour  la  paix  ;  mais  le  duc,  selon  l'expression 

'Saint-Génois,    les  Voyageurs  belges,  p.  150.   —Emile  Gachet 
passe  aussi  de  la  paix  d'Arras  à  1442.   Trésor  national. 


XXVI  INTRODUCTION. 

de  Barante,  «  peu  porté  à  les  approuver,  n'avait  pas 
même  appelé  au  conseil  les  plus  considérables  d'entre 
eux  :  le  sire  d'Antoing,  Hugues  de  Lannoy,  etc.  etc.  » 
Un  de  ces  seigneurs,  ainsi  écartés,  avait  trouvé  bon  de 
lui  exposer  leur  politique,  en  deux  avis,  l'un  avant 
l'hiver,  l'autre  pendant  l'hiver  de  1  436.  Le  second  avis 
est  signé  Santés  et  j'incline  à  penser  que  le  premier 
était  aussi  d'Hugues  de  Lannoy.  En  1439,  la  situation 
n'avait  pas  changé  :  la  famine  et  les  maladies  régnaient 
partout  ;  le  duc,  après  avoir  apaisé  la  Flandre,  s'obsti- 
nait au  siège  de  Calais,  ses  finances  étaient  épuisées, 
une  médiation  fut  offerte  entre  le  duc  et  le  roi  d'Angle- 
terre, Philippe  envoya  son  épouse  aux  conférences  de 
Gravelines,  et  de  nouveau  des  conseils  de  paix  lui 
furent  présentés.  Nous  aurons  à  chercher  quelle  part 
Ghillebert  prit  à  ces  conseils  du  patriotisme.  Le  siège 
de  l'Écluse  repoussé,  son  château  réparé,  le  procès 
avec  les  bourgeois  jugé  par  le  duc,  une  affaire  plus 
délicate  où,  si  l'on  en  croit  un  acte  publié  par  Rymer, 
sa  conscience  était  engagée  l  et  qui  ne  fut  tranchée 
qu'en  1433,  nous  mènent  à  l'année  1442.  Alors  Ghille- 
bert reprend  de  nouvelles  ambassades  et  ses  derniers 
voyages.  L'heure  du  repos  n'était  venue  ni  pour  le  diplo- 
mate ni  pour  le  pèlerin. 

En  1442,  ambassade  à  Francfort  auprès  de  l'Empe- 
reur, pour  les  affaires  du  Luxembourg. En  1  444,  mission 

«  V.  p.  197  et  211. 


INTRODUCTION.  XXVJI 

d'apaisement  entre  le  duc  et  le  Dauphin.  Les  historiens 
rapportent  ce  conflit  qui  survint  aussitôt  après  la  trêve 
de  \  444  et  qui  faillit  la  rompre  ;  mais  ils  ne  nomment 
pas  l'ambassadeur  du  duc  qui  fut  chargé  d'y  remédier. 
Un  compte  du  temps  nous  apprend  que  ce  fut  Ghille- 
bert  qui  y  réussit.  Cet  acte  accuse  des  tiraillements 
et  des  difficultés  dans  cette  affaire  (p.  21  4).  La  trêve  est 
signée  à  peine,  Ghillebert  est  mandé  de  l'Écluse  à 
Bruxelles  pour  conférer  avec  le  duc  ;  ensuite  il  va  à  Lille 
«  où  arrivèrent  assez  tost  après  aucuns  ambassadeurs 
dudit  roi  de  France  et  de  monseigneur  le  Daulphin.  » 
Ces  entrevues  lui  prennent  dix-neuf  jours.  Puis,  il  doit 
revenir  encore  de  l'Écluse  à  Bruxelles  «  pour  la  venue 
du  sénéchal  de  Poitou  et  autres  ambassadeurs  ;  »  il  y 
reste  onze  jours  encore.  Le  Dauphin,  qui  devait  s'appe- 
ler Louis  XI,  avait  juré  vengeance  du  duc,  aussi  impé- 
rieux que  lui.  Le  conflit  n'était  pas  de  ceux  qu'on 
apaise  facilement. 

L'année  suivante,  Ghillebert  est  chargé,  avec  son  frère 
et  trois  chevaliers,  d'examiner  les  statuts  de  l'ordre 
de  la  Toison  d'or  pour  les  amender,  s'il  y  avait  lieu. 
Puis, il  est  nommé  par  le  duc  un  des  tenants  d'armes  de 
Jean  de  Boniface  dans  le  fameux  tournoi  de  Jacques  de 
Lalaing.  Phillippe  le  Bon  honorait  le  chevalier  étranger 
en  lui  donnant  pour  parrains  de  grands  seigneurs.  La 
même  année,  il  prête  une  somme  à  Philippe  le  Bon. 

En  1  446,  les  conseils  du  parti  national  l'emportent. 
La  trêve  était  en  vigueur,  Philippe  possédait  presque 


XXVIII  INTRODUCTION. 

tous  les  États  qu'il  voulait  réunir,  il  avait  dompté  la 
Hollande  et  sa  puissance  allait  rayonner  au  dehors  : 
sur  terre,  pour  conquérir  au  duc  d'Orléans  le  duché  de 
Milan,  sur  mer  par  l'expédition  de  Jean  de  Wavrin 
dans  les  eaux  d'Orient.  En  attendant,  les  fêtes  et  les 
tournois  se  succédaient,  quoique  les  finances  de  Bour- 
gogne fussent  loin  d'être  prospères.  C'est  alors  qu'après 
une  perte  cruelle  :  la  mort  de  la  jeune  épouse  de  son 
fils,  âgé  de  1 3  ans,  dont  le  mariage  était  un  des  liens 
qui  l'attachaient  à  la  cour  de  France,  le  duc  cède  aux 
avis  de  \  436  et  1 439  et  institue  un  Grand  Conseil  per- 
manent, pour  partager  avec  lui  la  gestion  des  affaires 
et  l'aider  dans  la  réforme  de  ses  finances.  Cet  édit  dut 
être  un  triomphe  pour  la  'famille  de  Lannoy,  il  est  daté 
du  6  août  1  446  et  Ton  voit  dans  les  comptes  de  cette 
année  queGhiilebert  fut  à  ce  moment  appelé  par  le  duc 
et  séjourna  à  Bruxelles  «  pour  aucuns  grans  affaires.  » 

Ghillebert  alors  avait  abandonné  le  château  de 
l'Écluse,  il  habitait  sans  doute  à  Lille  où  il  avait  acheté 
en  1  445  une  maison  «  à  front  de  la  rue  des  Fives  » 
(p.  215). 

Cependant  l'expédition  de  Jean  de  Wavrin  sem- 
blait se  décider.  Le  duc  avait  reçu  plusieurs  lettres 
d'exhortation  à  secourir  les  chrétiens  d'Orient.  Ghille- 
bert est  encore  chargé  des  ambassades  et  des  explo- 
rations nécessaires,  et  l'on  retrouve  dans  les  papiers 
de  sa  famille  les  pièces  relatives  à  cette  expédition 
dont  il  eut  à  préparer  les  voies  (p.  494  et  495).  Il  a  lui- 


INTRODUCTION.  XXIX 

même  énuméré  brièvement  son  ambassade  auprès  du  roi 
d'Aragon,  son  passage  à  Venise  et  à  Rome,  son  arrivée 
à  Naples.  sa  rencontre  avec  le  roi  d'Aragon  en  cam- 
pagne, sa  traversée  qui  le  mène  à  Messine,  à  Candie, 
à  Rhodes,  à  Chypre,  à  Jaffa,  puis  encore  à  Rhodes  et  à 
Corfou,  sa  descente  en  Italie,  son  passage  des  Alpes  et 
son  retour  par  l'Autriche  et  l'Allemagne.  Le  mémoire 
diplomatique  sur  ce  voyage  manque.  Ghillebert  y  avait 
consacré  plusieurs  mois.  Ses  voyages  en  Orient  et  ses 
Rapports, si  exacts,  sur  sa  seconde  expédition,  trouvaient 
dans  cette  dernière  ambassade  leur  résultat.  L'expédi- 
tion réussit  ;  Geoffroy  de  Thoisy  dégagea  Rhode  dont 
le  Soudan  d'Egypte  était  venu  faire  le  siège  ;  puis,  ayant 
rejoint  la  flotte  du  seigneur  de  Wavrin,  les  deux  chefs 
bourguignons  entrèrent  dans  la  mer  Noire,  et  après 
des  alternatives  de  victoires  et  de  défaites  battirent  les 
ennemis  à  Chypre,  détruisirent  leur  flotte  sur  les  côtes 
de  Barbarie,  tinrent  la  mer  trois  ans,  balancèrent,  un 
instant  au  moins,  la  fortune  des  Turcs  et  firent  espérer 
quelque  temps  aux  chrétiens  le  salut  de  Constantinople. 
Ces  deux  faits  politiques  :  l'institution  du  Grand 
Conseil  et  l'expédition  de  la  Méditerranée,  sont  comme 
le  couronnement  de  la  vie  de  Ghillebert  de  Lannoy. 
Le  dernier  n'eut  rien  de  définitif  pour  la  chré- 
tienté. La  prise  de  Constantinople  n'en  eut  pas  moins 
lieu,  et  le  Vœu  du  faisan  ne  servira  pas  à  la  répa- 
rer. Mais  le  premier  fut  une  institution  durable,  dont  on 
retrouve  de  nombreuses  traces.  Un  manuscrit  de  Paris 


XXX  INTRODUCTION. 

dont  je  présenterai  plus  loin  l'analyse,  contient  une 
formule  de  lettre  de  renvoi  d'affaires,  de  requête  de 
tel  ou  tel,  à  Messires  du  Grand  Conseil  (V.  p.  505). Quand 
Jean  de  Lannoy  et  Jean  de  Croy  rendirent  compte  au 
duc  d'une  ambassade,  le  9  février  4  458,  ce  fut  «  en  pré- 
sence de  son  Grand  Conseil l.»  Cette  institution  complétée 
par  Philippe  *  fut  fort  appréciée  de  son  fils,  Charles 
le  Téméraire,  qui  en  étendit  successivement  la  juri- 
diction 3  de  sorte  qu'il  dut  bientôt  la  détacher,  pour 
ainsi  dire,  de  sa  personne  en  lui  assignant  des  sessions 
fixes,  à  Arras,  à  Malines,  vu  la  grande  multitude  des 

1  Ms.  de  la  Bibl.  de  Bourgogne,  n°  7244. 

*  «  Environ  l'an  MCCCCLIIII,  lui,  monsieur  le  ducq  Philippe... 
avisa,  par  grande  délibération  de  faire  tenir  consistoire  par  son  Grand 
Conseil,  étant  lez  luy,  et  d'avoir  procureur  général  par  tous  lesditz 
pays,  pour  illecq  estre  traicté  toutes  les  matières  dessusdictes  et 
aultres  concernant  sa  haulteur  et  seigneurie,  aussy  bien  de  Flandre 
que  des  aultres  pays.... 

Et  sy  feist  mondict  seigneur  sortir  au  Grand  Conseil  les  appellations 
des  sentences  données  en  Flandre,  des  proches  venant  de  l'Empire, 
lesquelz  auparavant  avoient  esté  arretz  non  appellables. 

Et  le  continua  mondict  seigneur  le  ducq  tant  qu'il  vesquist.)  Wie- 
lant,  Antiquités  de  Flandre,  p.  133.) 

s  Ce  consistoire  plaisoit  fort  à  monseigneur  le  ducq  Charles  lequel, 
incontinent  après  le  trespas  du  Ducq...  esleva  et  emplia  fort  le 
dict  conseil  d'authorité  et  de  juridiction  et  y  commist  chancelier  chef 
du  conseil,  etc. 

....  En  l'an  LXX1  fist  ledict  ducq  renouveller  ledict  conseil  et 
lui  bailla  nouvelle  ordonnance  en  y  commectant  ung  chancelier... 
(Ibid.  p.  134.) 


INTRODUCTION.  XXXI 

causes  qui  y  affluaient  '  ;  puis,  la  scinder  en  deux 
grands  corps  :  car  ces  diverses  extensions  préparaient 
le  Parlement  de  Malines.En  1 473,  le  duc,  voyant  le  Grand 
Conseil  trop  occupé,  lui  ôta  les  attributions  judiciaires 
pour  les  remettre  à  cette  institution  nouvelle,  et  les 
attributions  financières  qui  passèrent  à  la  chambre  du 
trésor  2.  Les  affaires  d'État  restèrent  seules  au  Grand 
Conseil.SouLS  Charles-Quint  il  s'appellera  le  Conseil  d'État. 
Ce  dut  être  l'époque  de  la  plus  grande  influence  de 
Ghillebert.  Quarante-six  années  de  croisades  et  de  com- 
bats, ou  il  avait  été  plusieurs  fois  blessé  et  fait  prison- 
nier ;  trente  années  de  service  militaire,  au  château  de 
l'Ecluse,  dans  une  époque  traversée  de  toute  sorte  de 
guerres  ;  trois  grands  voyages  en  Orient,  des  ambas- 
sades sans  nombre,  pleines  de  dangers  et  ayant  exigé 
une  sagacité  rare,  une  énergie  peu  commune  et  des 
études  sérieuses  ;  une  participation  active  à  des  traités 
comme  le  Pacte  de  Troyes,  à  des  conciles  comme  celui 
deBâle,  oii  lés  intérêts  de  l'Europe  étaient  en  cause  ; 
toute  une  vie  de  courage,   d'intelligence  et  de  dévoue- 

1  En  l'an  LXII,  mondict  seigneur...  voiant  la  grande  multitude  des 
causes  affluant  en  sondict  conseil  et  que  c'estoit  grande  peine,  travail 
et  despense  aux  parties  de  suivre  ledict  conseil,   quelque  part  qu'il 

alloit, il  envoia  résider  pour  un  temps  en  lieu  arresté,  etc 

(Ibid.  p.  135.) 

1  Et  aussi  seront  à  Malines  la  chambre  des  comptes  de  Lille  et 
de  Bruxelles.  (Institution  du  Parlement  de  Malines,  annexe  contenant 
les  nomsdespremierstitulaires.Ms.de  Paris,  N°  1278,  p.  276  v°.) 


XXXII  INTRODUCTION. 

ment  avait  dû  lui  assurer  la  confiance  et  l'estime  de 
Philippe  le  Bon.  C'est  alors  sans  doute  que  Ghillebert, 
rentré  d'un  nouveau  pèlerinage  à  Rome  pour  le  jubilé 
de  4  450,  se  mit  à  compléter  ses  mémoires,  en  ajoutant 
aux  Rapports,  offerts  aux  deux  souverains  en  4  423,  et 
à  la  nomenclature  des  pèlerinages,  rapportée  de  Jéru- 
salem, une  mention,  presque  toujours  concise,  de  ses 
faits  d'armes,  voyages  et  ambassades,  depuis  sa  pre- 
mière chevauchée  à  l'âge  de  4  3  ans  jusqu'au  jubilé  de 
Rome,  dans  un  âge  avancé.  Son  chapelain  nous 
apprend  que  ces  diverses  parties  ne  furent  pas  réunies 
du  vivant  de  l'auteur.  Les  Rapports  seuls  avaient  été 
remis  aux  deux  souverains,  ce  n'est  qu'après  sa  mort 
que  le  recueil  fut  formé  par  son  chapelain  lui-même. 

S'il  écrivit  d'autres  œuvres,  comme  j'ai  eu  à  le  cher- 
cher, ce  fut  vraisemblablement  alors  qu'elles  furent 
composées. 

Ces  dernières  années  ne  furent  pas  sans  luttes  et 
sans  souffrances.  En  \  452,  Ghillebert  devenait  veuf  pour 
la  troisième  fois.  En  4  453,  il  assista  à  la  grande  révolte 
des  Gantois,  à  la  violente  répression  qu'en  fit  le  duc. 
Il  avait  alors  67  ans.  Prit-il  part  à  cette  expédition 
oii  Ton  voit  un  de  Lannoy  déployer  une  grande  activité, 
sans  que  les  chroniqueurs  le  désignent  ?  Fut-il  aussi,  en 
1454,  un  des  chevaliers  qui  firent  le  Vœu  du  faisan? 
Les  chroniqueurs  omettent  encore  le  prénom.  Il  est  plus 
vraisemblable  de  penser  que  ce  fut  le  nouveau  cheva- 
lier de  la  Toison  dor  de  la  famille,  le  jeune  Jean  de 


INTRODUCTION.  XXXIII 

Larïnoy,  qui  avait  remplacé  Hugues  son  père  dans  le 
gouvernement  de  la  Hollande. 

Ghillebert  mourut  à  l'âge  de  76  ans,  le  22  avril  1  462. 
Il  laissait  plusieurs  enfants,  dont  la  postérité  tint  un 
haut  rang  dans  la  Toison  d'or  et  dans  la  politique.  11 
fut  enterré  dans  l'église  de  Saint-Maurice  à  Lille.  Gest 
à  Lille  que  revenant  de  Jérusalem  en  \  423,  il  avait 
déposé  de  précieuses  reliques,  «  dans  notre  chapelle 
de  Saint-Pierre  »  ,  dit-il. 

Sa  vie  avait  été  glorieusement  remplie. 


DEUXIÈME  PARTIE. 
LES   ŒUVRES  DE  GHILLEBERT   DE   LANNOY. 

Ghillebert  laissait  des  œuvres  qu'il  dut  considérer 
comme  des  travaux  de  circonstance  faits  pour  son  sou- 
verain et  n'étant  pas  destinés  à  une  carrière  litté- 
raire. «  Car,  de  son  vivant,  dit  son  chapelain,  il  n'eut 
jamais  souffert  ni  voulu  les  estre  mis  en  mémoire,  de 
peur  que  par  aulcune  façon  ne  lui  eust  tourné  en  vaine 
gloire.  »  Il  a  dit  lui-même  qu'il  n'était  ni  clerc  ni  lettré. 
Ce  qui  explique  et  excuse,  aux  yeux  d'Emile  Gachet, 
ses  erreurs  de  date,  c'est  «  qu'il  ne  pensait  pas  à  être 
exhumé  par  la  postérité  comme  un  rival  des  Comines, 
des  Chastelain,  des  Olivier  de  la  Marche  »  .  La  publica- 
cation  de  ses  Rapports,  puis  de  ses  Mémoires  complets 
a  révélé  un  observateur  et  un  écrivain,  et  dès  lors  on  ne 
pouvait  plus  écrire  l'histoire  littéraire  des  ducs  de  Bour- 


INTRODUCTION.  XXXV 

gogne,  ni  une  étude  sur  Ghillebert  de  Lannoy  sans 
rechercher  s'il  n'avait  pas  laissé  d'autres  œuvres,  ou  du 
moins  sans  recourir  aux  dépôts  d'archives  pour  retrou- 
ver les  rapports  qu'il  aurait  pu  présenter  sur  ses  autres 
missions  diplomatiques. 

Après  avoir  esquissé  sa  vie,  j'ai  à  montrer  comment 
j'ai  été  amené  et  autorisé  à  composer  ses  œuvres. 


I. 


Les  Voyages  et  ambassades  étaient  connus.  La  partie 
la  plus  importante  :  la  reconnaissance  militaire  en  Syrie, 
faite  pour  le  roi  d'Angleterre  et  le  duc  de  Bourgogne, 
avait  été  publiée  et  traduite  en  anglais  en  1821,  dans 
un  grand  recueil  :  UArchœologia  Britannica.  L'ouvrage 
complet  parut  bientôt  (1840)  dans  la  collection  de  la 
Société  des  bibliophiles  belges,  d'après  un  manuscrit 
qu'on  croyait  unique  alors  et  qui  appartenait  à  l'éditeur, 
M.  Serrure.  Là  se  bornait  alors  l'œuvre  de   Ghillebert. 

Cependant,  Barrois  avait  mentionné  deux  fois,  d'après 
les  inventaires  de  la  bibliothèque  des  ducs  de  Bour- 
gogne, un  manuscrit  intitulé  :  Instruction  d'un  jeune 
prince  pour  se  bien  gouverner  envers  Dieu  et  le  monde. 
(Nos  931  et  2112).  Nul  inventaire  n'indiquait  le  nom  de 
l'écrivain.  Galiot  Dupré,  en  publiant,  en  1517,  à  Paris, 
le  Temple  de  Boccace  de  Chastellain,  l'avait  fait  suivre 


XXXVI  INTRODUCTION. 

de  V Instruction,  sans  en  nommer  l'auteur.  Il  n'en  fallut 
pas  d'avantage  :  Lacroix  du  Maine  l  cite  cette  édition 
et  en  infère  que  le  second  traité  appartient  aussi  à 
l'auteur  du  premier  :  à  Chastellain  «  dit  Tadventurier  »  ; 
et  depuis  ce  temps,  tous  les  bibliographes  de  répéter 
Terreur.  L'abbé  Gouyet  renvoie  à  Lacroix  du  Maine,  dont 
les  nouveaux  éditeurs  s'appuyeront  à  leur  tour  sur  lui. 
Paulmy  d'Argenson  écrit,  de  sa  main,  sur  son  manus- 
crit, aujourd'hui  à  l'Arsenal,  que  l'auteur  est  Chastel- 
lain, et  Hœnel  le  répète  d'après  cette  nouvelle  autorité. 
La  Serna  Santander  ne  fait  pas  autrement.  Barrois  ne 
reproduit  l'assertion  que  dans  sa  table  des  matières. 
Van  Praet  s'en  réfère  à  Lacroix  du  Maine.  Reiffenberg 
et  Van  Hasselt  font  écho.  Enfin,  M.  Kervyn  de  Letten- 
hove,en  1860, dans  un  rapport  présentée  l'Académie  de 
Belgique  sur  le  projet  d'une  collection  des  écrivains 
nationaux  2,  et  en  1863,  dans  le  premier  volume  des 
OEuvres  de  Chastellain,  suivait  ces  autorités  et  décrivait 
les  divers  manuscrits  de  Y  Instruction  d'un  jeune  grince, 
qu'il  comptait  publier  comme  une  des  œuvres  du 
chroniqueur. 

Il  suffisait  pourtant  de  lire  une  page  de  ce  style  ferme, 
un  chapitre  de  ces  instructions  mâles  et  simples,  et  de 
les  comparer  au  pathos  allégorique  de  Chastellain,  de 
comparer  par  exemple,  le  chapitre  du    «  Fénelon  de 


*  Première  édition,  1584,  p.  118. 

«  Rulletins  de  l'Académie,  1860,  t.  X,  p.  33. 


INTRODUCTION.  XXXVII 

Charles  le  Téméraire1  »  relatif  à  la  guerre,  au  Livre  de 
la  Paix  de  «  l'humble  Georges  »  ,  pour  ne  garder  aucun 
doute. 

Cela  est  si  vrai  qu'arrivé  au  tome  VI  des  OEuvres  de 
Chastellain,  au  moment  d'y  faire  entrer  ce  livre,  l'édi- 
teur recula  :  «  L'autorité  de  Lacroix  du  Maine  et  de 
La  Serna,  dit-il,  ne  nous  paraît  point  suffisante...  Une 
lecture  attentive  ne  nous  a  pas  permis  d'y  reconnaître 
le  style  de  notre  auteur.  » 

S'il  suffisait  d'ouvrir  au  hasard  YInstruction  pour 
reconnaître  cette  différence  de  style,  était-il  plus  diffi- 
cile de  découvrir  l'auteur  de  ces  pages,  qui  diffèrent 
tant  du  genre  de  Chastellain?  Le  prologue  du  livre  per- 
met de  résoudre  cette  difficulté.  L'auteur,  employant 
un  artifice  littéraire  dans  le  goût  de  l'époque,  et  sans 
doute  pour  mettre  ses  hardiesses  à  l'abri  d'une  fiction 
qui  les  tempérât,  y  raconte  la  mort  d'un  roi  de  Nor- 
wège  qui,  à  ses  derniers  moments,  charge  son  meil- 
leur conseiller  de  rédiger  pour  le  fils  qui  doit  lui 
succéder  une  sorte  d'Art  de  régner.  Au  lieu  de 
nommer  les  ducs  de  Bourgogne  Jean  sans  Peur  et  Phi- 
lippe le  Bon  et  de  signer  son  œuvre,  l'auteur  met  en 
scène  le  roi  Ollerich  et  il  se  cache  lui-même  sous  le 
nom  du  conseiller  norwégien  «  qui  en  son  temps  avoit 
«  servi  long  espace  de  temps  le  roy  Ruthegeer  son  père 
«  et  pareillement  le  roi  Ollerich  »  —  dont  le  portrait 

*  Expression  de  M.  Kervyn. 

VOY.   ET  AMB.  ,* 


XXXVIII  INTRODUCTION. 

ressemble  tant  à  celui  de  Philippe  le  Bon.  —  Cet  auteur 
fictif,  il  le  nomme  :  Foliant%  ou  Fouliant,  de  lonal,  ou 
de   Yonnal. 

Si,  d'après  un  usage  du  temps  ,  l'auteur  a  voulu 
se  nommer  indirectement,  ce  qui  est  hors  de  doute 
ici ,  il  ne  pouvait  le  faire  ailleurs  ni  mieux.  Or,  on 
remarquera  tout  d'abord  que  lonal,  on  Yonnal,  lu  à 
rebours,  forme  un  nom  très  connu  à  la  cour  de  Bour- 
gogne :  Lanoi,  Lannoy. 

Ce  serait  donc  un  de  Lannoy  qui  se  cacherait  sous 
ce  pseudonyme. 

Le  manuscrit  de  Bruxelles  (N°  10976)  nous  fournit 
une  autre  indication.  Une  miniature  y  représente  la 
cour  de  Bourgogne.  Philippe  le  Bon,  dont  les  armes 
sont  peintes  dans  la  lettrine,  est  sur  son  trône,  ayant  à 
ses  côtés  son  fils  Charles  et  autour  de  lui  des  cheva- 
liers de  la  Toison  d'or.  En  face  de  lui ,  à  genoux, 
l'auteur  lui  présente  son  livre  ;  il  est  vêtu  en  seigneur 
et  porte  le  collier  de  la  Toison  d'or. 

La  miniature  du  manuscrit  de  la  bibliothèque  de 
Sainte-Geneviève  à  Paris,  représente  la  mort  du  roi  au 
moment  où  il  charge  Yonal  d'écrire  ce  livre.  L'auteur, 
d'un  âge  avancé,  en  houppelande,  porte  aussi  le  collier. 

Ce  serait  donc  un  De  Lannoy,  membre  de  l'ordre  de 
la  Toison. 

Il  y  en  eut  quatre  sous  Philippe  le  Bon.  Deux 
seulement  avaient  servi  Jean  sans  Peur.  De  ces  deux 
De  Lannoy  :  Hugues  et  Ghillebert,  le  prénom  de  Foliant 


INTRODUCTION.  XXXIX 

nous  permet  de  distinguer  l'auteur  de  Y  Instruction  d'un 
Jeune  prince. 

Folier,  c'est,  au  dire  des  lexicographes,  errer  çà  et  là, 
marcher  de  côté  et  d'autre,  courir  à  tout  vent,  comme 
un  ballon  :  follis.  Pierre  de  Fontaines  s'en  sert  pour 
Evagari  :  «  Ne  qu'ils  aillent  foliant.  » 

Or,  quel  chevalier  de  la  Toison,  du  nom  de  Lannoy 
et  sachant  écrire  comme  l'auteur  du  Voyage  en  Syrie,  a 
été  plus  foliant  par  le  monde  entier  que  ce  chevalier- 
diplomate,  dont  Lelewel  a  tracé  le  portrait  que  voici  : 

«  11  aimait  la  bonne  chère  et  les  fatigues,  faire  des 
«  pèlerinages  à  Jérusalem,  à  la  grotte  de  Saint-Patrice, 
«  chercher  des  bosses  et  des  cicatrices  dans  toute  sorte 
«  de  pays.  Espagne,  France,  Angleterre,  Prusse,  Livo- 
«  nie,  Russie,  Lithuanie,  Pologne,  Grèce  l'ont  vu  cher- 
ce  cher  cet  honneur...  Jl  en  sortit  maintes  fois  rossé, blessé. 
«  Il  fut  fait  captif.  Il  remplit  plusieurs  missions  diploma- 
«  tiques  en  France,  en  Angleterre,  en  Prusse,  en  Pologne 
«  et  en  Lithuanie,  à  Constantinople.il  s'était  chargé  d'une 
«  en  Turquie  et  accomplit  ses  investigations  en  Egypte 
«  et  dans  la  Palestine.  En  un  mot,  guerroyer,  se 
«  traîner  à  l'aventure  (folier)  en  qualité  de  chevalier  et 
«  d'homme  d'affaires,  avait  été  son  unique  préoccupa- 
«  tion.  » 

Mais,  si  foliant  qu'ait  été  ce  voyageur,  l'homme  poli- 
tique était  de  bon  conseil.  Il  jouissait  de  la  confiance 
de  Philippe  le  Bon,  qui  le  chargea  de  missions  plus 
importantes  même  que  celle  de  moraliser  son  fils.  Alors, 


XL  INTRODUCTION. 

dit  Emile  Gachet,  «  le  batailleur  effacera  un  peu  et  mo- 
dérera sa  fougue  pour  faire  place  à  l'homme  sage  et  pru- 
dent » .  Philippe,  du  vivant  de  son  père,  lui  avait  déjà 
confié  auprès  de  lui  V office  des  divines  provisions,  sorte 
d'intendance  intellectuelle  et  morale  de  la  maison  du 
jeune  prince.  Il  l'y  garda  jusqu'après  l'assassinat  de  Jean 
sans  Peur,  époque  où  Ghillebert  quitta  cette  fonction 
pour  s'associer  à  l'œuvre  politique  de  la  vengeance  du 
duc.  En  1  420,  Philippe  lui  donna  le  sceau  du  secret  ; 
bientôt  après,  le  duc  et  le  roi  d'Angleterre  le  chargèrent 
d'une  mission  difficile  en  Orient. 

L'auteur  a  fait  aussi  son  portrait  ;  le  roi  le  recommande 
à  son  fils  en  ces  termes  :  «  Et  jà  soit  ce  qu'il  ne  soit  pas 
clerc  ne  aprins  de  lettres,  il  a  autant  qui  vault,  ou  plus, 
car  il  est  sage,  prudent,  de  grant  expérience  et  qui  a 
moult  vëu.  » 

Philippe  le  Bon  aurait-il  pu  choisir  pour  son  fils  un 
meilleur  conseiller  que  ce  diplomate- voyageur  qui  l'avait 
servi  si  longtemps  de  son  expérience  et  qui  avait  beau- 
coup vu  ? 

Il  n'y  a  pas  jusqu'à  l'exactitude  des  noms  géo- 
graphiques qui  ne  concorde  ;  quand  l'auteur  de  Y  Instruc- 
tion nous  transporte  dans  le  Lyfland  (p.  337  et  s.),  mot 
si  mal  compris  par  les  copistes  qui  en  font  l'Irlande  ou 
l'Islande,  il  suffit  de  recourir  aux  Voyages  pour  com- 
prendre qu'il  s'agit  de  la  Livonie  (p.  29,  37  et  38). 

Depuis  que  j'ai  exposé  ces  idées  dans  la  Revue  de 
Belgique,    aucune  objection  ne  m'a  été  présentée  et  la 


INTRODUCTION.  XLI 


commission  de  l'Académie  qui  dirige  la  publication  de  nos 
écrivains,  en  votant  l'impression  des  œuvres  de  Ghille- 
bert  de  Lannoy,  y  compris  Y  Instruction,  s'est  rangée  de 
cet  avis.  Je  puis  donc  considérer  mes  conclusions 
comme  admises. 

Ainsi  tout  concourt  à  l'évidence  :  ce  livre  n'est  pas 
du  verbeux  Chastellain  ;  on  ne  peut  en  lire  le  prologue 
ni  en  voir  les  miniatures  ni  en  apprécier  le  style  sans 
l'attribuer  au  plus  foliant  des  de  Lannoy. 


Il 


Il  ne  m'était  pas  permis  de  m'en  tenir  là  pour  une  édi- 
tion des  œuvres  de  Ghillebert.  Un  manuscrit  était  signalé 
depuis  longtemps  comme  appartenant  à  sa  famille.  De 
Barante  en  avait  tiré  quelque  parti  \  M.  Kervyn  de 
Lettenhove,  en  annonçant  en  1860  qu'il  emprunterait 
à  «  un  précieux  manuscrit  de  Paris  un  grand  nombre  de 
pièces  inédites  »  pour  son  édition  de  Chastellain ,  supposait 
que  ce  «  recueil  de  pièces  originales  avait  été  formé  par 
Hugues  de  Lannoy,  le  bon  seigneur  de  Santés  »  ,  et  il  en 
imprimait  aussitôt  deux  pièces  qu'il  attribue  à  un  même 
auteur,  «  anonyme,  flamand;  de  petit  estât,  »  qui,  «  à  cinq 


1  Histoire  des  Ducs  de  Bourgogne,  Edition  belge,  t.  IV,  p.  157,  et  V, 
pp.  202,  206  et  268. 


XLII  INTRODUCTION. 

ans  de  distance,  »  aurait  présenté  à  Philippe  le  Bon  «  le 
programme  d'un  gouvernement  constitutionnel  en, Bel- 
gique l.  » 

Il  n'était  pas  possible  de  rien  publier  sur  la  famille  de 
Lannoy  ni  sur  l'auteur  de  l'Instruction  d'un  jeune  Prince, 
sans  consulter  un  manuscrit  de  cette  famille  qui  conte- 
nait un  programme  pareil. 

Ce  n'est  pas  cependant  sans  des  préventions,  qui  me 
semblaient  justifiées  par  de  nombreuses  défectuosités,  que 
j'abordai  cette  étude.  Les  deux  pièces  publiées  soule- 
vaient bien  des  objections  et  je  craignais  d'y  trouver, 
sinon  une  supercherie,  au  moins  un  jeu  d'esprit  ou  de 
plume.  Cette  impression  était  telle  que  je  négligeai  de 
les  mentionner  dans  un  livre  2  où  elles  auraient  pu 
trouver  place,  si  elles  avaient  eu  la  signification  indi- 
quée :  jetais  trop  en  défiance  pour  prendre  parti  avant 
d'avoir  vu  le  manuscrit. 

En  effet,  la  première  pièce  dit  (p.  228  des  Bulletins 
de  l'Académie)  :  «  veu  le  tems  d'iver  qui  approche  » , 
et  elle  est  datée  après  l'hiver  :  10  février.  L'auteur  y 
expose  la  situation  de  la  France  après  le  traité  d'Arras, 
il  cherche  le  parti  que  doit  prendre  le  duc,  soit  pour 
généraliser  la  paix,  soit  pour  soutenir  la  guerre  contre 
les  Anglais,  et  il  date  du  10  février  1  436  (avant  Pâques, 
vieux  style,  dit  avec  raison  l'éditeur),  c'est-à-dire  en 

1  Bulletins  de  l'académie,  2e  série,  t.  XIV,  pp.  218  et  suivantes. 
*  Le  génie  de  la  paix  en  Belgique. 


INTRODUCTION.  XLIII 

1437,  plus  d'un  an  après  le  traité,  lorsque  le  duc  avait 
pris  parti  et  commencé  la  guerre. 

D'un  autre  côté,  René  d'Anjou  y  est  appelé  «  mon- 
seigneur de  Bar»  (p.  230  et  233)  et  l'on  sait  que,  dès  le 
mois  de  janvier  1  437  il  prit  le  titre  de  Roi  de  Sicile. 

Changer  le  mois  et  l'année  ?  Pouvait-on  y  penser  ? 
La  même  pièce  dit  (p.  230)  que  le  roi  d'Angleterre  «  a 
euh  ceste  saint  Nicolay ,  eage  de  XV  ans  ».  Henri  V, 
étant  né  en  \  421 ,  avait  eu  en  effet  quinze  ans  le 
6  décembre  1 436  et  l'auteur  n'aurait  pu  parler  ainsi 
avant  1  437  ni  même  quand  l'hiver  de  1  436  approchait. 

Est-il  rien  qui  porte  plus  au  doute  que  ces  sortes  de 
contradictions  irrémédiables  ? 

La  seconde  pièce  ne  semblait  pas  faite  pour  ramener 
la  confiance.  Ses  nombreuses  ratures,  une  répétition 
impossible  l  lui  donnaient,  dans  les  Bulletins  de  V 'Aca- 
démie, un  premier  aspect  de  projet  resté  à  l'état 
d'ébauche.  De  plus,  la  date  de  1442  que  l'éditeur  lui 
assigne  me  semblait  contredite  par  de  nombreuses 
allusions  historiques  qui  ne  conviennent  qu'à  l'année 
1439,  et  ce  qui  me  paraissait  le  plus  invraisemblable, 
c'est  que  l'auteur  eût  «  présenté  à  Philippe  le  Bon  l'éta- 
blissement d'un  gouvernement  constitutionnel  et  repré- 
sentatif »  .  Les  citoyens  libres  de  la  Belgique  moderne  ne 
peuvent  que  sentir  une  satisfaction  politique  à  voir  un 
savant  retrouver  leur  idéal  au  XVe  siècle  ;   mais  his- 

'P.  238,  §2,  et  240,  §3. 


XL1V  INTRODUCTION. 

toriquement,le  seul  gouvernement  représentatif  possible 
alors  existait  :  les  États-généraux  ;  l'auteur  de  l'Avis 
en  parle  lorsqu'il  s'occupe  d'un  emprunt  à  faire  par  le 
duc  :  «  du  gré  et  consentement  des  Estas  de  ses  pays.  » 
Philippe  le  Bon  ne  négligea  guères  de  consulter  les 
États,  dans  ses  pays  comme  en  France  :  il  en  avait  trop 
besoin.  C'est  par  là  qu'il  ouvrit  pour  ainsi  dire  son 
règne,  en  1419  :  «  Un  autre  grand  Parlement  arrière 
assembla,  »  dit  Chastellain.  En  1415,  les  trois  États  de 
Flandre  avaient  été  réunis  à  Gand.  En  1 459,  Philippe  le 
Bon  devait  confirmer  les  coutumes  de  Bourgogne  (charte 
du  26  août).  En  1 460,  il  devait  renouveler  les  privilèges 
qui  mettaient  les  membres  des  États-généraux  à  l'abri 
de  toute  contrainte  (24  juin),  et  en  1465  et  1471, 
les  États-généraux  étaient  encore  réunis. 

Enfin,  il  me  semblait  étrange  qu'un  seigneur  du  temps, 
et  surtout  une  «  personne  de  petit  estât  »  eût  osé 
demander  à  Philippe  le  Bon  d'admettre  une  autorité 
«  fût-ce  contre  son  plaisir  » ,  sans  y  mettre  de  restriction. 

Ce  manuscrit  est  des  plus  précieux  cependant  et 
les  pièces  publiées  sont  d'une  grande  valeur.  Tous  les 
détails  qui  me  les  faisaient  suspecter  ne  sont  que  des 
erreurs  d'interprétation  ou  de  simples  fautes  de  copie. 

Ouvrons  le  manuscrit.  Le  premier  avis  est  lisible- 
ment daté  (fol.  39)  du  10  septembre  :  l'hiver  approche, 
de  l'année  1  436  :  aussitôt  après  le  traité  d'Arras  ;  et 
quant  à  l'âge  d'Henri  V,  ce  n'est  pas  :  a  eu,  qu'on  y  lit, 
le  manuscrit  dit  qu'il  aura  quinze  ans  au  6  décembre, 


INTRODUCTION.  XLV 

ce  qui  est  exact  (fol.  36  v°,  avant-dernière  ligne).  Le 
copiste  aurait-il  corrigé  le  verbe  aura  pour  le  mettre  en 
rapport  avec  sa  fausse  date  ?  Que  ne  changeait-il  aussi 
l'hiver  en  été  ! 

Je  nomme  cette  première  pièce  Y  Avis  de  \  436. 

Le  second  document  publié  reprend  aussi  dans  le 
manuscrit  son  aspect  de  vérité.  Au  lieu  de  deux  copies, 
il  y  en  a  quatre  ;  les  ratures  disparaissent  dans  deux 
au  moins  ;  aucune  répétition  n'existe,  sauf  dans  le  texte 
publié,  composé  de  pièces  et  de  morceaux  ;  et  ces  con- 
seils, quand  on  en  fixe  la  date  exacte  (1 439)  et  qu'on 
les  réduit  à  la  juste  mesure,  ont  un  caractère  qui  reste 
dans  l'époque  et  qui  peut  l'honorer  sans  invraisemblance. 
C'est  un  grand  conseil  permanent,  que  l'auteur  propose 
au  duc  d'attacher  à  sa  personne,  un  conseil,  élu  par  le 
souverain  ,  non  par  ses  sujets  ;  et  il  n'est  pas  jusqu'au 
«  fut-ce  contre  votre  plaisir  »  qui  ne  rentre  dans  le 
vrai,  car  l'auteur  a  soin  d'ajouter  que  le  duc  prendra 
l'avis  de  ce  conseil  :  «  pour  après  ce,  en  disposer  selon 
sa  conscience  et  bon  plaisir  ».  Une  variante  même  est 
plus  nette,  elle  supprime  la  conscience  du  duc  et  dit 
simplement  :  «  Pour  après  ce  que  d'iceulx  seroit 
adverty,  en  faire  au  surplus  à  son  bon  plaisir.  » 

Ces  deux  pièces  sont-elles  du  même  auteur  ?  Je  suis 
arrivé  à  me  persuader  le  contraire,  comme  on  le  verra 
plus  loin  ;  et  leur  caractère  anonyme  peut  aussi  dispa- 
raître, de  sorte  que  leur  importance  ne  fera  que  s'ac- 
croître. 


XLV1  INTRODUCTION. 

Leur  premier  éditeur  suppose  que  «  ni  l'une  ni  l'autre 
de  ces  remontrances  ne  fut  écoutée  »  ,  et  il  s'en  console  en 
pensant  qu'au  moins  «  elles  ne  réveillèrent  ni  haine  ni 
dédain  »  et  furent  «  conservées  avec  soin  » .  Cependant, 
pour  la  première  instruction,  si  Philippe  le  Bon  ne  fit 
point  la  paix,  il  essaya,  comme  on  le  lui  conseillait,  la 
réforme  de  ses  finances,  ce  dont  une  pièce  du  même 
recueil  se  plaint  en  1 438  ,  et  sa  diplomatie  suivit 
exactement  4a  ligne  de  conduite  exposée  dans  Y  Avis 
de  \  436.  Pour  la  seconde  pièce,  le  6  août  \  446,  le  duc 
instituait  un  Grand  Conseil  permanent,sur  le  plan  indiqué 
et  presque  dans  les  mêmes  termes.  Cette  charte,  dont 
j'ai  trouvé  trois  copies  à  Paris,  existe  en  original  aux 
archives  de  Bruxelles,  elle  a  été  publiée  plusieurs  fois 
et  récemment  par  l'Académie  de  Belgique  \  Ces  faits 
donnent  aux  documents  publiés  une  valeur  considérable. 

L'éditeur  a  deviné  juste  quand  il  dit  que  ce  manuscrit 
«  paraît  provenir  de  la  maison  de  Lannoy  » .  Mais  ce 
recueil  n'a  pu  être  «  formé  par  le  seigneur  de  Santés  » , 
car  Hugues  mourut  en  1  456  et  unbon  tiers  des  pièces 
appartient  à  des  années  postérieures,  tandis  que  d'autres 
ont  été  copiées  sous  Charles  le  Téméraire  2.  Mais  il  con- 
tient plus  de  pièces  concernant  les  de  Lannoy  qu'on  ne 

1  Bulletins  de  la  commission  royale  d'histoire,  3e  série,  t.  XII, 
p.  141.  Voir  p.  432.  —  Mémoire  pour  servir  à  l'Histoire  de  Bour- 
gogne, Paris  1729.  —  Reiffenlerg ,  Mém.  de  Du  Clercq. 

2  Pièce  n.  34,  fol.  97  avec  ce  titre  :  De  l'an  II IIe  XVII,  parlant  du 
duc  Philippe  de  Bourgogne,  père  au  duc  Charles. 


INTRODUCTION.  XLVII 

la  supposé  d'abord.  On  le  verra  par  l'analyse  du 
manuscrit  :  presque  à  chaque  document,  on  rencontre, 
ou  le  nom  d'Hugues  de  Lannoy,  ou  des  indications  qui  le 
font  reconnaître  ;  quand  ce  n'est  pas  lui  que  la  pièce 
concerne  ou  qui  la  rédige,  il  figure  dans  le  récit  ou  a 
pris  part  à  l'événement  ;  sinon,  c'est  son  frère  Ghillebert 
qui  est  en  cause  (on  sait  qu'il  suppléait  l'aîné  de  sa 
famille  auprès  du  duc  *).  Il  n'y  a  pas  à  hésiter  :  ce 
manuscrit  est  un  volume  des  archives  de  la  maison 
de  Lannoy. 

Pour  tous  ces  motifs,  j'ai  cru  nécessaire  d'étudier  ce 
recueil  avec  soin,  et  d'en  publier  l'analyse  complète 
pour  rendre  mes  preuves  plus  précises. 

Ces  pièces  sont-elles  originales  ?  Un  grand  nombre,  au 
contraire,  portent  qu'elles  sont  des  copies,  «  collation 
faite,»  (fol.  112).  Cesoin  du  transcripteur  nousautorise- 
t-il  à  inférer  que  les  autres  pièces  sont  de  la  main  des 
auteurs  ou  de  leur  secrétaire  ?  Pour  plusieurs, comme  des 
lettres  transcrites  sur  la  même  feuille  avec  la  réponse, 
co.nme  des  traductions,  cela  n'est  pas  possible.  Mais,  ce 
triage  fait,  il  reste,  surtout  de  1  417  à  1  439,  un  nombre 
de  documents  qui  méritent  d'être  étudiés  comme  des 
originaux  :  les  uns  sont  évidemment  des  minutes  de 
rapports  dont  une  copie  a  été  remise  au  duc  ;  d'autres 
sont  des  essais  de  rédaction,  des  brouillons,  chargés  de 

4  Quittance  du  10  mai  1429.  Bib.  nat.  de  Paris,  cabinet  des  titres, 
au  nom  de  Lannoy.  (V.  p.  203.) 


XLVIII  INTRODUCTION. 

ratures,  de  corrections,  d'intercalations,  écrits  ou  dictés 
par  l'auteur  même,  et  quelquefois  accompagnés  de  leur 
mise  au  net. 

Hugues  de  Lannoy  était  l'aîné  de  la  famille.  On 
verra  par  l'analyse  des  pièces  du  manuscrit  qu'un 
grand  nombre  de  pièces,  de  diverses  écritures,  le  con- 
cernent, qui  sont  les  unes  visiblement  des  copies  faites 
après  coup,  et  les  autres,  des  minutes  avec  corrections. 
Parmi  ces  dernières,  il  en  est  une  qui  porte  la  signature 
de  l'auteur  (fol.  40-44).  Elle  est  inédite.  C'est  aussi  un 
Avis  donné  à  Philippe  le  Bon,  après  la  paix  d'Arras. 
Tout  en  bas  du  dernier  feuillet  (43  v°),  après  un 
espace  laissé  en  blanc,  se  trouvait  une  courte  ligne 
d'écriture  que  le  relieur  a  coupée  et  dont  il  ne  reste 
qu'un  mot  :  Santés.  Ce  nom,  dans  ce  manuscrit,  ne  peut 
être  que  celui  du  seigneur  de  Santés,  Hugues  de  Lannoy. 
Cette  ligne  coupée  pouvait  être  une  signature  ou  une 
note  comme  on  en  trouve  dans  le  manuscrit  et  qui 
aurait  été  ainsi  conçue  :  Avis  baillé  à  Monseigneur 
par  le  seigneur  de  Santés.  Dans  l'un  et  l'autre  cas,  cette 
pièce  appartient  à  Hugues  de  Lannoy. 

Cet  avis,  sans  date,  doit  être  postérieur  de  quelques 
mois  à  l'avis  daté  du  10  septembre  1436,  quand  l'hiver 
approche.  Ici,  l'hiver  est  venu  :  «  Considéré  le  présent 
temps  d'yver  »  .  En  quelques  mois,  la  paix  a  perdu  de 
nombreuses  chances,  le  conseiller  la  considère  encore 
comme  «  ung  souverain  bien  »  et  il  ne  néglige  rien  de 
ce  qui  peut  la  rendre  possible,  mais  il  s'arrête  davan- 


INTRODUCTION.  XUX 

tage  aux  préparatifs  de  la  guerre  et  il  semble  s'inspirer 
de  la  maxime  :  Si  vis  pacem,  para  hélium. 

Une  autre  pièce  mérite  une  mention  spéciale,  car 
elle  est  de  la  même  écriture  que  l'avis  du  10  septembre 

1  436.  L'ordre  des  dates  ne  sépare  pas  ces  trois  pièces  : 
l'avis  du  10  septembre  1436  vient  le  premier,  l'avis 
signé  Santés,  donné  pendant  l'hiver  de  1 436,  suit  immé- 
diatement et  il  est  suivi  aussitôt  de  cette  nouvelle  pièce 
qui  contient  des  instructions  données  par  Hugues,  le 

2  mars  1438,  à  un  messager  qu'il  envoie  de  Hollande 
vers  le  duc,  pour  lui  présenter  une  réclamation  relative 
à  ses  honoraires  (fol.  124).  Cette  dernière  pièce,  ou 
Hugues  en  arrive  à  parler  à  la  première  personne,  a  dû 
être  dictée  par  lui-même.  Si  l'on  compare  l'avis  ano- 
nyme du  1  septembre  1436,  pour  l'écriture  aux  Instruc- 
tions de  Hugues,  et  pour  les  idées  à  l'Avis  signé  Santés, 
la  similitude  n'est  pas  douteuse.  Ici  c'est  le  même  secré- 
taire, là  le  même  penseur  ;  l'un  des  conseils  fait  suite 
à  l'autre, et  la  pièce  anonyme  se  range,  par  ce  double 
rapprochement, en  tête  de  deux  documents  où  l'auteur  se 
nomme.  Si  l'on  publie  la  collection  des  actes  diploma- 
tiques d'Hugues  de  Lannoy,  l'éditeur  aura  à  voir  si 
l'avis  du  10  septembre  ne  lui  semble  pas, comme  l'autre, 
signé  :  Santés  l. 


*  C'est  dans  cette  instruction  que  Tauteur  se  dit  une  personne 
«  de  petit  estât  ».  Mais  peut-on  prendre  ce  mot  à  la  lettre  ?  Il  suffit 
de  lire  ces  conseils  pour  comprendre  qu'ils  étaient  impossibles  de 


INTRODUCTION. 


Que  cet  avis  soit  ou  non  de  Hugues,  ce  qui  est  cer- 
tain, c'est  que  l'avis  de  1  439  ne  peut  pas  être  de  lui.  Car 
l'auteur  recommande  au  duc  de  «  en  son  conseil  appe- 
ler, à  ce  :  m'onseigneur  Croy...  et  le  seigneur  de 
Santés  »  ;  dans  une  première  rédaction,  qui  a  été 
corrigée,  le  seigneur  de  Santés  n'était  pas  même  placé 
le  dernier  dans  la  liste,  comme  il  conviendrait  à  un 
conseiller  qui  oserait  se  désigner  au  choix  de  son 
souverain,  comme  il  convenait  même  à  son  frère. 

Un  des  frères  de  Hugues  de  Lannoy,  plus  célèbre  que 
lui,  a  servi  comme  lui  Philippe  le  Bon  en  de  nombreuses 
ambassades,  en  d'importantes  missions  ;  c'est  Ghillebert. 
Notre  recueil  contient  une  pièce  relative  à  ce  frère  du 
seigneur  de  Santés,  c'est  un  jugement  donné  par  le  duc 
contre  le  bailly  de  l'Écluse  dans  un  conflit  d'autorité.  Le 
jugement  est  tout  en  faveur  du  gouverneur  du  château, 
qui  est  Ghillebert  (27  janv.  1440).  Nous  le  publions 
en  entier  (V.  p.  262). 

Mais  n'est-il  pas  d'autres  pièces  où  le  frère  de 
Hugues  n'est  pas  nommé  et  qu'on  puisse  lui  attribuer  ? 

Parmi  les  documents  originaux  de  ce  manuscrit,  si 
l'on  suit  l'ordre  des  dates,  on  rencontre  d'abord  quatre 


toute  autre  personne  que  d'un  seigneur  de  la  cour,  et  le  texte  même 
annonce  un  conseiller  du  duc,  car  l'auteur  s'offre  à  soutenir  ses  idées 
dans  le  conseil.  Dès  lors,  on  ne  peut  voir  dans  cette  expression  qu'une 
formule  de  modestie.  Vis-à-vis  du  terrible  souverain,  qui  donc  ne  se 
disait  pas  de  petit  état  ?  Quoiqu'il  en  soit,  et  quand  même  cette  opi- 
nion ne  serait  pas  admise,  le  reste  de  mes  conclusions  n'en  souffrirait 
pas,  car  tout  ce  qui  suit  relativement  à  Ghillebert  en  est  indépendant. 


INTRODUCTION.  LI 

i 

minutes  sur  le  même  sujet  :   la  guerre  à  porter  en 
Bohême  contre  les  Hussites. 

M.  Kervyn  de  Lettenhove  a  publié  des  fragments  de 
l'un  de  ces  textes  et  il  dit,  sans  donner  les  motifs  de 
cette  assertion  :  «  L'auteur  de  ces  diverses  propositions 
est  le  même  que  celui  de  l'important  avis  sur  la  réforme 
du  gouvernement.  »  Nous  venons  de  voir  que  ce  der- 
nier avis  ou  plutôt  ces  avis  ont  deux  auteurs,  dont  un 
déjà  nous  est  connu.  Auquel  des  deux  faut-il  faire  hon- 
neur de  ces  nouvelles  instructions? 

Pour  résoudre  cette  question,  il  faut  d'abord  distin- 
guer une  de  ces  quatre  pièces  ;  c'est  un  mémoire 
beaucoup  plus  court,  différent  de  rédaction  et  de  date, 
et  qui  semble  exposer  un  résultat  tandis  que  les  trois 
autres,  qui  ne  sont  que  trois  rédactions  ou  copies  d'un 
même  avis,  ont  plutôt  le  caractère  d'un  mémoire  pré- 
liminaire. 

L'auteur  de  ce  dernier  ne  peut  être  découvert  que  par 
l'étude  des  écritures.  L'auteur  de  la  première  pièce,  au 
contraire,  se  désigne  nettement.  «  Estoit  l'entencion 
dudit  roy  (des  Romains)  quant  je  me  partis,  dit-il,  d'aller 
à  Rome,  sur  ceste  saint  Remy,  pour  soi  couronner  » 
(fol.  4  46,  §  4). 

L'auteur  est  donc  un  conseiller  du  duc  qui  a  vu  en 
Allemagne  le  roi  des  Romains.  Ce  roi  ne  peut  être 
Albert  d'Autriche,  que  cette  pièce  classe  parmi  les  élec- 
teurs. Ce  doit  être  Sigismond.  Or,  Sigismond  reçut  la 
couronne  de  fer  à  Milan  en  1 431  et  la  couronne  d'or  à 


LH  INTRODUCTION. 

Rome  en  1433.  C'est  donc  avant  ces  années  que  ce 
mémoire  fut  écrit,  et  l'avis  doit  remonter  à  une  époque 
antérieure,  lorsque  l'empereur  avait  seulement  l'intention 
de  se  faire  couronner. 

Notre  manuscrit  étant  un  recueil  d'archives  de  la 
maison  de  Lannoy,  c'est  naturellement  d'abord  dans 
l'histoire  de  cette  famille,  qui  a  donné  trois  ambassa- 
deurs à  Philippe  le  Bon,  qu'il  faut  chercher.  Les  actes 
relatifs  à  Hugues  ne  fournissent  rien.  Mais  on  trouve 
dans  les  Voyages  et  ambassades  de  Ghillebert  de  Lannoy 
la  mention  complète  de  cette  ambassade  auprès  du  roi 
des  Romains,  «  pour  le  fait  des  Housses  » ,  et  cette 
ambassade,  ainsi  que  les  conférences  préliminaires  de 
Ghillebert  avec  le  duc,  est  confirmée  par  les  comptes 
des  archives  de  Lille  (V.  p.  201  et  202).  L'année 
concorde  et  le  récit  du  voyage  semble  extrait  du 
mémoire  au  duc.  Le  livre  donne  l'itinéraire  de  l'ambas- 
sadeur ;  le  mémoire,  ses  observations.  Ghillebert  passe 
chez  le  duc  Palatin  et  le  marquis  de  Brandebourg,  il 
arrive  en  Hongrie  et  trouve  à  Bude  l'empereur  Sigis- 
mond,  «auquel  je  fis  mon  ambaxade  »  dit-il  ;  à  Vienne, 
il  fait  son  ambassade  au  duc  Albert  d'Autriche  ;  puis 
il  revient  à  Mayence  oii  il  trouve  l'archevêque,  et  il  va 
«  devers  les  autres  Éliseurs  de  l'Empire.  »  Le  mémoire 
suit  à  peu  près  le  même  ordre  et  s'occupe  des  mêmes 
personnages  :  voici  d'abord  la  situation  de  l'empereur 
et  ses  intentions ,  avec  tout  ce  que  l'ambassadeur  a 
observé  et  appris  en  Hongrie  ;  puis  viennnent  les  Éli- 


INTRODUCTION.  LUI 

seurs  de  l'Empire  :  le  palatin,  le  seigneur  de  Meis- 
sen,  le  marquis  de  Brandebourg,  les  archevêques  de 
Mayence,  de  Cologne  et  de  Trêves,  le  duc  Albert  d'Au- 
triche. D'un  côté,  les  étapes  ;  de  l'autre,  les  résultats, 
d'une  même  mission. 

Voici  les  premières  lignes  du  Voyage  : 

«  L'an  vingt  et  huit,  le  deuxième  jour  de  janvier 
«  (1429),  partant  de  l'Écluse,  me  envoya  mondit  sei- 
«  gneur  le  duc  en  ambaxade,  pour  le  fait  des  Housses, 
«  en  Hongrie,  devers  le  roy  des  Rommains,  roi  de 
«  Behaigne  et  de  Hongrie  et  devers  le  duc  Aubert 
«  d'Osteriche  et  devers  les  éliseurs  de  l'Empire. 
«  Ouquel  voiage  demourai  quatre  mois.  » 

Je  publie  ce  mémoire  sur  les  Hous  (p.  250).  En  le  rap- 
prochant du  texte  des  Voyages  (p.  164  et  s.),  on  sera 
persuadé  que  l'auteur  est  Ghillebert  de  Lannoy.  Il  sem- 
ble, quand  il  écrivit  ses  Voyages  et  ambassades,  qu'il 
dût  avoir  sous  les  yeux  cette  minute  de  son  mémoire  à 
Philippe  le  Bon,  conservée  dans  ses  archives  et  gardée 
ensuite  précieusement  par  sa  famille. 


III. 


Revenons  au  second  avis  sur  la  réforme  du  gouver- 
nement, que  M.  Kervyn  de  Lettenhove  attribue  au  même 
auteur  que  le  premier  et  place  à  l'année  1 442. 

11  suffît  de  feuilleter  le  manuscrit  pour  s'assurer  qu'il 

VOY.   ET   AMB.  d 


LTV  INTRODUCTION. 

s'y  trouve,  non  pas  deux,  mais  quatre  copies  de  cet 
avis  (fol.  16,  22,  26  et  44).  L'écriture  seule  les 
désignerait  aussitôt,  elle  est  la  même  pour  les  quatre 
pièces  et  elle  diffère  sensiblement  de  celle  des  autres 
documents.  Pour  le  brouillon  comme  pour  la  mise  au 
net ,  pour  la  rédaction  si  différente  des  trois  autres 
comme  pour  celles-ci,  c'est  la  même  main  qui  tient  la 
plume. 

Le  premier  soin  à  prendre  était  de  fixer  la  date  de 
cet  avis.  Plusieurs  indications  permettent  de  circon- 
scrire le  terrain  en  avant  et  en  arrière. 

L'auteur  rappelle  la  Paix  d'Arras  (1435);  il  nomme 
René  d'Anjou,  roi  de  Sicile  (René  prit  ce  titre  en  1 437)  ; 
il  parle  de  Madame  de  Charolais  :  te  jeune  comte  se 
maria  le  30  septembre  1438.  Ce  ne  peut  donc  pas  être 
avant  1438. 

D'un  autre  côté,  l'auteur  ne  sépare  jamais  le  roi  de 
France  du  Dauphin,  il  conseille  d'agir  sur  les  ducs 
d'Orléans,  de  Bretagne,  de  Bourbon,  d'Alençon  et  autres 
seigneurs  français.  C'est  donc  avant  la  Praguerie 
(mars  1440). 

Entre  ces  deux  limites,  septembre  1438  et  mars 
1440,  de  nouveaux  jalons  peuvent  nous  diriger.  L'au- 
teur revient  à  deux  reprises  sur  la  supposition  que  la 
France,  comme  «  aucuns  le  maintiennent» ,  vient  de  faire 
un  traité  avec  l'Angleterre.  Le  traité  d'Harcourt  est  du 
20  décembre  1 438.  Enfin,  il  dit  que  la  duchesse  «  présen- 
tement se  emploie  par  de  là  »  pour  la  paix.  En  janvier 


INTRODUCTION.  LV 

1  439,  des  conférences  furent  arrêtées,  sur  l'initiative  de 
la  duchesse  de  Bourgogne  et  du  duc  d'Orléans,  et  la 
duchesse  s'y  rendit,  entre  Calais  et  Gravelines,  au  mois 
de  juin  4439. 

Ce  doit  être  à  l'occasion  de  ces  conférences  que  l'avis 
fut  rédigé. 

Ces  indications  ne  peuvent  convenir  à  l'an  1442 
«  cinq  années»  après  1437.  En  1442,  le  duc  ne  s'en 
remit  pas  à  son  épouse,  il  alla  lui-même  au  congrès  de 
Nevers  ;  les  seigneurs,  auxquels  l'avis  lui  recommande 
de  s'adresser,  y  étaient  rassemblés  ;  la  maison  d'Anjou, 
que  l'avis  dit  si  puissante,  avait  perdu  de  son  autorité,  et 
ce  n'est  pas  au  duc  qu'il  fallait  donner  de  tels  conseils,  c'est 
au  roi  que  les  princes  exprimèrent  alors  des  idées  sem- 
blables. Enfin,  Philippe  n'était  pas  dans  la  gêne,  il  étalait 
sa  puissance,  fêtait  l'empereur,  recevait  une  ambassade 
d'Orient,  se  préparait  à  la  conquête  du  Luxembourg. 

La  première  chose  qui  frappe  l'esprit  lorsqu'on  étudie 
ces  quatre  pièces,  c'est  le  travail,  consciencieux, 
minutieux  même,  d'élaboration  des  idées  de  l'auteur, 
que  l'on  y  saisit  sur  le  fait.  L'une  d'elles  n'est  qu'un 
fragment,  elle  ne  contient  qu'un  feuillet,  le  commence- 
ment du  mémoire  ;  on  y  voit  quelques  ratures,  quelques 
surcharges  et  quelques  corrections  en  marge,  d'une  autre 
écriture  que  le  texte.  Sauf  quelques  variantes,  je  n'ai 
à  y  relever  qu'un  détail  utile  :  la  minute  que  je  consi- 
dère comme  un  premier  essai,  contient  de  plus  que 
sa  mise  au  net  toute  une  page   qui  se  termine   par 


LVI  INTRODUCTION. 

des  vers  de  Jean  de  Meung  ;  ce  feuillet  va  assez  loin 
pour  prouver  que  l'auteur  avait  supprimé  ces  alinéas  au 
moins  dans  deux  des  copies  qui  nous  restent. 

Après  ce  fragment,  je  rencontre  une  rédaction  fort 
différente  des  autres.  Sauf -l'encre,  c'est  la  même  écri- 
ture ;  sauf  des  variantes  de  rédaction,  c'est  le  même 
sujet.  Le  même  serment,  que  l'auteur  propose  d'impo- 
ser aux  membres  du  conseil  permanent,  s'y  trouve  ; 
mais  le  début  et  la  fin  diffèrent  entièrement,  ainsi  que 
plusieurs  paragraphes  où.  les  mêmes  idées  prennent 
une  autre  forme.  Il  y  a  peu  de  ratures,  quelques  sur- 
charges et  en  marge  des  nota  qui  ne  sont  pas  destinés  à 
entrer  dans  le  texte. 

C'est  là  qu'est  le  plus  nettement  exprimé  le  droit  du 
souverain  «  d'en  faire  au  surplus  à  son  bon  plaisir  »  ,  et  il 
est  curieux  de  voir  la  pensée  de  l'auteur  se  montrer  ici 
sous  des  formes  nouvelles. 

Est-ce  une  dernière  rédaction  oii  l'auteur  aura  un  peu 
développé  ce  serment  et  transformé  le  reste  ?  Est-ce  un 
premier  projet  dont  il  n'aura  gardé  que  le  serment,  en 
l'abrégeant  ?  Je  penche  pour  cette  dernière  opinion,  on 
verra  plus  loin  pourquoi. 

Sur  la  dernière  page  laissée  en  blanc,  on  lit,  non  sans 
difficulté,  un  essai  de  variantes,  avec  des  ratures  et  des 
surcharges,  d'une  écriture  toute  autre,  rapide  et 
négligée,  que  nous  retrouverons  ailleurs. 

Restent  deux  minutes  complètes,  que  l'édition  des 
Bulletins  de  V Académie  a  singulièrement  mêlées.  La  pre- 


INTRODUCTION.  LVII 

raière  est  visiblement  une  première  dictée  ou  rédaction  ; 
elle  est  beaucoup  raturée,  elle  est  corrigée  et  augmentée, 
soit  entre  les  lignes,  soit  en  marge,  par  une  autre  main, 
la  même  qui  a  corrigé  les  deux  autres  textes  ;  et  elle  est 
beaucoup  plus  développée  que  sa  mise  au  net.  Outre 
la  page  entière,  dont  j'ai  déjà  parlé,  et  qui  ne  se  trouve 
nulle  part  ailleurs,  la  conclusion  prend  cinq  pages  des 
Bulletins  tandis  qu'elle  est  résumée  dans  la  bonne  copie, 
que  l'auteur  semble  avoir  condensée  avec  soin. 

Enfin,  sur  le  dernier  feuillet  resté  blanc,  on  lit, 
en  travers  de  la  liasse  qui  a  été  pliée  en  deux  dans  sa 
longueur  :  «  Avis  baillé  à  mons....  etc.  »  le  reste 
manque,  car  la  page  est  déchirée  ;  mais  cette  note  semble 
indiquer  que  c'est  ce  texte  qui  a  été  remis  au  duc 
de  Bourgogne. 

J'ai  parlé  des  variantes  ;  Tune  d'elles  est  plus  remar- 
quable qu'aucune  autre.  L'auteur,  s'occupant  de  la 
réforme  des  finances,  relève  les  dépenses,  «  les  super- 
fluités  »  de  la  cour  ;  la  première  minute  résume  discrè- 
tement les  détails  et  semble  glisser  sur  ce  terrain  brûlant  ; 
la  bonne  copie,  au  contraire,  lesénumère  et  aborde,  une 
à  une,  en  neuf  paragraphes,  concrets  et  nets,  les  diverses 
maisons  de  la  famille  ducale  et  même  la  dépense  per- 
sonnelle du  souverain. 

Aucune  de  ces  copies  n'est  sans  intérêt  ;  toutes,  avec 
leurs  variantes,  leurs  hésitations,  leurs  amendements, 
montrent  le  travail  d'élaboration  de  ces  idées  du  con- 
seiller, à  la  fois  hardi  et  dévoué,  enthousiaste  et  réflé- 


LVIH  INTRODUCTION. 

chi,  et  l'on  assiste,  non  sans  une  certaine  émotion,  à 
la  gestation  de  ces  patriotiques  conseils. 

L'intérêt  de  ces  pièces  augmente  si  l'on  compare  ces 
essais  de  rédaction  à  une  œuvre  de  la  même  époque 
que  j'ai  déjà  appelée  l'Art  de  régner  :  je  parle  de 
L'Instruction  d'un  jeune  prince,  que  j'ai  pu  sans  conteste 
attribuer  à  Ghillebert  de  Lannoy.  Ces  quatre  pièces 
semblent  les  premiers  essais  de  cette  œuvre,  de  sorte 
que  le  développement  de  ces  idées,  déjà  si  curieux  s'il 
ne  s'agit  que  d'un  simple  mémoire  au  puissant  duc, 
prend  une  importance  capitale  lorsqu'on  aperçoit  dans 
ces  avis  politiques  le  germe  d'une  grande  œuvre  litté- 
raire :  on  dirait  alors  de  ces  quatre  pièces  autant 
d'esquisses  progressives  d'une  peinture  de  maître. 

Il  n'y  a  pas  à  s'y  méprendre  :  dès  qu'on  possède  bien 
ces  textes,  de  nombreux  points  de  rapprochement 
nous  frappent  à  la  fois,  oii  l'on  reconnaît  les  grandes 
lignes,  les  jets  de  couleurs  et  même  les  détails  du 
tableau.  Ces  sortes  d'impressions  éclatent  dans  l'esprit 
spontanément,  comme  il  arrive  qu'on  reconnaît,  sans 
l'avoir  jamais  vu,  à  d'imperceptibles  traits  de  famille, 
le  frère  ou  le  fils  d'un  ami.  Mais  il  est  plus  difficile  de 
communiquer  ce  qu'on  a  ainsi  éprouvé.  Il  serait  trop 
aisé  de  renvoyer  les  lecteurs  à  l'expérience  et  d'atten- 
dre que  le  même  effet  se  produisît  en  eux  ;  force  est 
bien  d'analyser  après  coup  ce  qu'on  a  ressenti,  de  se 
rendre  compte  des  causes  et  de  chercher  l'explication 
de  ce  sentiment  irréfléchi,  pour  le  faire  admettre. 


INTRODUCTION.  LIX 

Ces  preuves  abondent,  la  difficulté  consiste  à  se  borner. 

Les  grandes  lignes  générales  de  l'Instruction  d'un 
jeune  prince  apparaissent  déjà  dans  le  simple  Avis  baille 
au  duc.  S'agit-il  de  la  justice  ?  Le  prince,  pour  être  juste, 
doit  commencer  par  lui-même,  car  il  n'a  d'autre  frein 
que  Dieu  et  sa  conscience.  Les  deux  œuvres  expriment 
cette  idée  presque  dans  les  mêmes  termes  : 

«  Toute  créature  qui  a  sens  et  cognoissance  des  com- 
mandemens  de  Dieu,  doit  entendre  de  se  gouverner 
par  droiture  et  justice,  faire  à  autrui  ce  que  on  vouldroit 
que  on  lui  feist,  et  plus  les  princes  que  autres,  qui 
ont  le  peuple  à  gouverner  et  qui  nont  autre  correction 
sur  eulx  sinon  la  crémeur  de  Dieu  et  leur  propre  con- 
science.» (V.  p.  298  et  s.) 

C'est  VAvis  qui  parle  ainsi.  On  croirait  que  c'est 
Y  Instruction  : 

«  Cilz  n'est  pas  dignes  de  pugnir  et  justicier  le  poeuple 
s'il  n'a  puissance  et  voulenté  de  faire  raison  et  justice 
de  lui-mesme.  C'est  à  entendre  que,  se  l'en  fait  domage 
ou  injure  à  aultrui,  que  jamais  l'en  arreste  tant  qu'il 
soit  amendé  ou  restitué,  et  en  briève  substance  que 
Ven  face  à  aultrui  ce  que  on  voudroit  que  on  lui  feist, 
(ch.  IÏÏ,  §  6)...  Autre  chose  est  de  adrechier  ung  jeune 
prince  ou  aultres  grans  seigneurs,  qui  nont  aultre  cor- 
rection sur  eulx  se  non  la  crémeur  de  Dieu  et  leur  propre 
conscience  seulement  »  (ch.  I,  p.  350).  L'auteur  répète 
l'idée  plus  loin  :  ch.  H,  p.  360. 

Est-ce  des  finances  qu'il  est  question  ?  Les  mêmes 


LX  INTRODUCTION. 

idées  se  reproduisent  et  le  dicton  qui  revient  plusieurs 
fois  dans  les  Avis  reparaît  dans  le  livre  :  «  Prince  cré- 
mant  Dieu  ne  doit  (ou  ne  veult)  vivre  que  du  sien.  » 
[Instruction,  ch.  VII,  p.  401.  — ld.  p.  394.)  Avis, 
p.  306,  309,  319  et  324. 

La  comparaison  des  destinées  du  prince  qui  «  par 
voyes  tyranniques  »  pressure  ses  sujets  et  du  seigneur 
qui  administre  bien  ses  finances,  cette  belle  idée,  si  bien 
développée  dans  le  chapitre  VII  de  X Instruction,  est  déjà 
tout  entière  dans  Y  Avis  et  les  termes  se  rencontrent 
encore  :  Le  bon  roi  sera  «  crému  et  doubtés  »  ou 
«  doubtés  et  crému  »  de  ses  ennemis  (Instruction  ch.  VII, 
pp.  396-397;  Avis  ,  p.  325)  —  amé  de  ses  subgès  et 
secouru  par  eulx  à  ses  besoings  (Avis,  p.  325)  —  ou 
prince  amé  de  ses  subgès  ne  sera  pas  secouru  à  son 
besoing  de  trésor~seulement,  mais  de  cœur.  (Instruction 
ch.  VII,  p.  400.) 

Veut-on  entrer  dans  les  détails  d'idées  et  même  de 
mots  ?  Voici  des  deux  côtés  :  sept  ou  huit  conseillers 
que  l'auteur  recommande  au  souverain  d'attacher  à  sa 
personne,  auxquels  les  affaires  devront  être  renvoyées, 
qui  donneront  librement  leur  opinion,  seront  punis  de 
toute  prévarication  et  honorés  par  le  prince  qui  ne  fera 
riensans  eux  (pp.  299,  303,  etc.— 369,  372,  etc.).  Voici 
la  même  objection,  relevée  par  l'auteur  (p.  324  et  401). 
Voici  même  la  réserve  que  ces  conseillers  ne  pourront 
accepter,  pour  leur  office,  aucuns  dons  ne  profit  «  cor- 
rumpables  » ,   «  autres  que  volatilles  et  petits  vivres  ou 


INTRODUCTION.  LXI 

buvrages,»  dit  une  des  rédactions  de  Y  Avis  (p.  302  note  4). 
—  «  Si  non  grasieusetés  comme  volilles,  fruits,  vins,  en 
pos  et  en  flascons,  dit  Y  Instruction  (ch.  V,  p.  378). 

Dans  le  compte  de  la  dépense  du  duc  ou  du  prince, 
l'auteur  ne  se  borne  pas  à  conserver  les  grands  traits 
seulement,  il  reprend  de  minimes  détails  :  «  La  tierce 
(dépense),  avait  dit  Y  Avis  y  en  l'extraordinaire  de  mon  dit 
seigneur,  tant  pour  ses  vêtemens,  habillemens  de  corps, 
harnas,  chevaulx,  chiens  et  oiseaux,  dons  libéraux  et 
aumosnes  »  (p.  308),  et  Y  Instruction  répète  :  «  C'est 
à  entendre  la  dépense  ordinaire  les  habillemens,  che- 
vaulx  et  harnas,  appartenans  au  corps,  dons  de  charité 
et  d'aumosnes,  et  dons  libéraux  qui  appartiennent 
à  la  haultesse  de  son  estât et  ce  qui  appar- 
tient pour  avoir  le  déduit  de  chiens  et  d'oiseaulx.  » 
(ch.  VII,  p.  309.)  Des  deux  côtés,  l'auteur  n'oublie  pas 
même  le  chenil  et  la  fauconnerie  du  duc. 

Je  pourrais  multiplier  ces  rapprochements,  je  crois 
en  avoir  dit  assez  pour  pouvoir  laisser  l'impression 
personnelle  du  lecteur  faire  le  reste  ;  il  n'est  pas  dou- 
teux qu'il  n'en  arrive  à  être  frappé  de  ces  traits  de 
parenté  entre  les  deux  œuvres. 

Dès  lors,  la  conclusion  s'impose.  Il  n'est  pas  possible 
de  s'arrêter  à  l'idée  que  ces  similitudes  ne  sont  que  des 
coïncidences  dues  à  des  hasards  de  rencontre  de  deux 
écrivains,  à  chaque  pas.  Qui  aurait  pu  tirer  ainsi  parti  de 
ces  minutes  ?  Une  seule  a  dû  être  remise  au  duc,  toutes 
sont  restées  dans  les  mains  de  l'auteur  et  de  sa  famille 


LXII  INTRODUCTION. 

et  plus  d'une  variante  de  l'avis,  supprimée  dans  la  mise 
au  net,  reparaît  dans  le  livre.  Est-il  à  présumer  que 
l'auteur  du  livre  eût  pu  avoir  connaissance  de  ces 
pièces  si  ce  n'était  pas  lui,  ou  du  moins  son  frère,  qui  les 
avait  rédigées.  Nous  avons  vu  pourquoi  Hugues  n'en 
peut  être  l'auteur.  Il  reste  donc  Ghillebert. 

Ghillebert  est  sûrement  l'auteur  de  l'Instruction  d'un 
jeune  prince.  Est-il  acceptable  aussi  qu'un  homme  comme 
lui,  un  penseur,  un  écrivain,  si  par  extraordinaire  il 
avait  eu  communication  de  ces  brouillons,  se  serait 
servi  à  ce  point  des  idées  et  des  expressions  d'autrui  ? 
Non,  si  la  ressemblance  existe,  ces  pièces  et  ce  livre  sont 
d'un  même  écrivain  ;  on  ne  peut  échapper  à  cette  con- 
clusion :  que  le  conseiller  qui  mit  tant  de  soins  à  rédiger 
YAvis  de  1  439  et  qui  en  a  conservé  les  divers  essais, 
les  a  mis  en  usage  pour  écrire  l'Instruction  et  doit  être 
Ghillebert  de  Lannoy. 


IV. 


Une  comparaison  d'écritures  peut  corroborer  cette 
opinion  en  nous  permettant  d'attribuer  au  voyageur- 
diplomate  le  premier  mémoire  sur  les  Hussites. 

Remarquons  d'abord  le  même  travail  de  rédaction. 
Il  reste  de  ce  mémoire  :  d'abord  un  brouillon,  très- 
confus,  d'une  écriture  cursive,  fort  négligée,  fort  raturée 
et  surchargée  de   toute  manière  ;  les  premières  pages 


INTRODUCTION.  LXIII 

en  sont  proprement  écrites,  mais  peu  à  peu  les  ratures 
abondent,  des  paragraphes  entiers  sont  supprimés  ou 
ajoutés  et  l'on  constate  des  transpositions,  indiquées 
en  marge  :  tantôt  par  des  lettres  A  et  B  (fol.  4  58  v°), 
tantôt  et  à  deux  reprises,  par  des  chiffres,  qui  passent 
du  recto  au  verso,  comme  au  feuillet  151  ;  puis,  qui 
nécessitent  une  page  supplémentaire  que  l'auteur  inter- 
cale dans  son  cahier  et  qui  vont  jusqu'à  changer  la 
place  de  douze  alinéas  (fol.  153  v°,  fol.  154  r°  et  v°  et 
page  intercalaire  fol.  159).  Un  pareil  travail  ne  s'écrit 
pas  sous  la  dictée  et  ne  peut  pas  être  une  copie. 
Tout  annonce  que  nous  avons  sous  les  yeux  la  rédaction 
de  l'auteur. 

On  rencontre  ensuite  une  page  dune  mise  au  net 
commençant  par  un  item  et  oii  les  paragraphes  sont 
placés  dans  un  autre  ordre  (fol.  150).  Puis,  en  remon- 
tant cent  pages  (fol.  50),  on  trouve  une  mise  au  net  com- 
plète de  cette  pièce,  sans  rature  ni  surcharge,  mais  oii 
les  paragraphes  du  feuillet  précédent  sont  encore  inter- 
vertis et  où  l'on  note  beaucoup  de  variantes  qui  n'ont  pas 
été  indiquées  sur  le  brouillon.  Ce  qui  fait  supposer 
qu'entre  la  première  rédaction  de  la  main  de  l'auteur 
et  celle  mise  au  net,  il  a  existé  une  copie  qui  lui  a  servi 
à  faire  ses  dernières  corrections. 

Ce  travail  de  rédaction  ressemble  beaucoup  à  celui 
de  l'Avis  de  1439. 

Or,  sur  le  verso  d'un  feuillet  de  cet  avis  (fol.  25),  on 
lit  avec  peine  un  essai  de  variante  qui  ne  peut  pas  non 


LX1V  INTRODUCTION. 

plus  être  ni  d'un  copiste  ni  d'un  secrétaire,  car  ni 
l'un  ni  l'autre  n'écrivent  sur  le  dos  dune  pièce,  et  qui 
doit  être  de  l'auteur.  Elle  est  de  la  même  écriture  que 
le  long  brouillon  sur  la  guerre  de  Bohême. 

Si  Ghillebert,  comme  je  crois  l'avoir  prouvé,  est 
l'auteur  de  l'avis  de  1 439  ,  la  variante  qu'il  y  a  essayée 
devant  être  de  sa  main,  on  peut  en  inférer  qu'il  est  aussi 
l'auteur  du  mémoire  contre  les  Hussites. 

Rien  n'est  plus  vraisemblable  d'ailleurs  et  toutes  les 
probabilités  sont  en  faveur  de  Ghillebert.  N'est-il  pas 
naturel  que  le  diplomate  chargé  de  cette  ambassade  et 
de  cette  exploration  militaire,  ait  été  celui  des  conseil- 
lers du  duc  qui  lui  en  avait  tracé  le  plan  dans  cette 
étude  préalable  ? 

Enfin,  il  n'y  a  pas  de  doute  que  ce  mémoire  ne  soit 
antérieur  à  l'ambassade  de  Ghillebert,  car  le  premier 
conseil  qui  y  est  donné  au  duc  est  de  se  remarier  :  le 
troisième  mariage  de  Philippe  le  Bon  fut  célébré  le 
10  janvier  1430  ;  puis,  le  duc  de  Bedford  y  est  nommé 
régent  de  France  :  on  sait  qu'il  se  démit  de  ce  titre 
en  faveur  du  duc  en  1 429. 


V. 


Des  travaux  aussi  sérieux,  venant  d'hommes  qui 
avaient  rendu  de  si  grands  services,  ne  pouvaient  être 
dédaignés  par  un  souverain  qui  sans  doute  les  avait  solli- 


INTRODUCTION.  LXV 

cités.  Le  premier  mémoire  contre  les  Hussites-fut  suivi 
de  l'ambassade  de  Ghillebert  ;  le  second  eut  pour  résul- 
tat l'abandon  de  ce  projet,  sans  doute  après  cette 
entrevue  que  Ghillebert  conseille  au  duc  d'avoir  avec 
l'Empereur. 

Les  avis  ne  restèrent  pas  non  plus  sans  résultat.  Si 
l'on  compare  les  essais  de  rédaction  de  Y  Avis  de  1 439 
et  les  chapitres  de  l'Instruction  d'un  jeune  prince  relatifs 
aux  conseillers  et  aux  finances  du  souverain,  avec 
l'édit  de  Philippe  le  Bon  du  6  août  1 446  où  il  institue 
ce  grand  conseil  permanent  qui  lui  est  recommandé  par 
Ghillebert,  on  sent  l'œuvre  du  diplomate  grandir. 


VI 


Un  dernier  point  restait  à  examiner.  Plusieurs 
manuscrits  ne  séparent  pas  de  YInstruction  d'un  jeune 
prince,  un  autre  ouvrage  intitulé  :  Notables  enseignements 
d'un  père,  et  quelques  critiques  les  attribuent  au  même 
auteur. 

Quand  cet  auteur  pouvait  être  Ghastellain,  cette 
opinion  semblait  plausible.  Depuis  que  YInstruction  ne 
peut  plus  appartenir  qu'à  Ghillebert  de  Lannoy,  tout 
est  remis  en  question,  et  j'ai  eu  d'abord  à  déblayer  le 
terrain  de  bien  des  obscurités. 

M.  Kervyn  de  Lettenhove,  en  commençant  la  publi- 
cation des  œuvres  de   Ghastellain,    avait  fait  entrer 


LXVI  INTRODUCTION. 

dans  la  liste  détaillée  de  ces  œuvres,  les  Enseignements 
aussi  bien  que  Y  Instruction.  Voici  ce  qu'il  en  disait  : 

«  Enseignements  d'un  père  à  son  fils,  écrits  pour 
«  l'éducation  de  Charles,  comte  de  Charolais,  depuis 
«  Charles  le  Hardi...  s 

«  Dans  la  miniature  du  manuscrit  de  Paris,  N°  1216, 
«  un  personnage  qui  porte  le  collier  delà  Toison  d'or, 
«  offre  le  livre  au  comte  de  Charolais.  Le  manuscrit 
«  1217  renferme  aussi  une  fort  belle  miniature. 

«  Une  adecdote  relative  au  sire  de  Robertsart  est 
«  racontée  comme  on  la  retrouve  dans  la  chronique  de 
«  Chastellain  (manuscrit  de  Florence)  ;  elle  manque 
«  dans  les  autres  historiens  contemporains. 

«  Dans  le  manuscrit  de  Paris,  N°  1217,  les  Ensei- 
«  g nements  paternels  sont  joints  à  la  Fiction  en  la  personne 
«  du  duc  Charles. 

«  Chastellain  dit  lui-même  qu'il  composa  le  Livre 
«  du  père  à  son  fils  '. . .  » 

Et  plus  loin,  dans  le  paragraphe  relatif  à  Y  Instruction  : 

«  Un  passage  relatif  à  Hugues  de  Tabarie,  reproduit 
«  dans  les  Enseignements  paternels  et  dans  Y  Instruction 
«  du  jeune  prince,  établit  que  ces  deux  ouvrages  sont 
«  du  même  auteur.  » 

Cependant  l'éditeur  de  Chastellain  a  renoncé  aussi  à 


*  Je  supprime  ici  l'indication  des  manuscrits. 

*  Exposition  sur  vérité  mal  prise,  éd.  Buchon,  p.  523,  note  de 
M.  Kervyn. 


INTRODUCTION.  LXVII 

faire  entrer  les  Enseignements  dans  ses  œuvres.  Faudrait- 
il  en  inférer  qu'ils  sont  inséparables  de  Y  Instruction  et 
doivent  revenir  comme  elle  à  De  Lannoy  ?  Je  n'ai  pu 
l'admettre  sans  contrôle. 

Tout  d'abord,  la  plus  forte  preuve  fournie  par  l'édi- 
teur de  Ghastellain  est  une  erreur.  Le  passage  relatif  à 
Hue  de  Tabarie  se  trouve  bien  dans  l'Instruction,  mais 
ne  se  rencontre  dans  aucun  des  manuscrits  connus  des 
Enseignements. 

Les  arguments  en  faveur  de  Chastellain  n'étaient  pas 
plus  solides.  Un  manuscrit,  il  est  vrai,  met  les  Enseigne- 
ments à  la  suite  d'un  livre  de  Chastellain,  mais  trois 
manuscrits  les  placent  après  l'Instruction  d'un  jeune 
prince,  et  dans  chacun,  le  vélin,  le  nombre  des  lignes, 
l'écriture,  les  lettrines,  le  genre  de  miniatures  étant 
les  mêmes,  tout  prouve  que  ce  ne  sont  pas  des  œuvres 
reliées  ensemble,  mais  qu'elles  ont  été  copiées  à  la  suite 
l'une  de  l'autre. 

Le  nombre  des  manuscrits,  la  destination  des  deux 
principaux,  la  date  où  ils  ont  été  écrits,  sont  bien 
plutôt  en  faveur  de  Ghillebert.  Car  le  manuscrit  N°  1 21 7 
est  seul  contre  trois,  il  est  postérieur  à  deux  des  autres 
et  n'était  pas  destiné  au  duc  comme  l'un  d'eux. 

L'anecdote  racontée,  dans  les  Enseignements  «  comme 
on  la  retrouve  dans  la  chronique  de  Chastellain  » ,  ne 
me  semble  pas  plus  probante.  Quand  même  le  texte 
serait  tout  à  fait  pareil,  ces  récits,  transcrits  mot  à 
mot,  n'étaient  pas  rares  à  cette  époque  et  l'on  pourrait 


LXVIII  INTRODUCTION. 

penser  que  l'un  des  écrivains  a  répété  l'anecdote  d'après 
l'autre.  Mais  le  ton  et  le  style  des  deux  versions  *  diffè- 
rent assez  pour  qu'on  y  distingue  deux  auteurs  rappor- 
tant un  fait  de  leur  temps,  bien  connu. 

L'éditeur  de  Ghastellain  m'autorise  à  parler  ainsi  : 
l'unique  raison  qui  le  décide  à  ne  pas  publier  un 
livre  que  son  auteur  lui-même  dit  avoir  composé,  est 
la  même  :  «  Une  lecture  attentive,  dit-il,  ne  nous  a  pas 
permis   d'y  reconnaître   le   style  de  notre  auteur.   » 

Le  Livre  du  père  à  son  fils  que  Ghastellain  fait  entrer 
dans  l'énumération  de  ses  œuvres  n'est  donc  pas  le 
même  ouvrage  que  les  Notables  enseignements  paternels. 

Ces  Enseignements  ont-il  été  écrits  pour  Charles  le 
Hardi,  quand  il  n'était  encore  que  comte  de  Charolais  ? 
Rien  ne  le  prouve  et  tout  va  nous  prouver  le  contraire. 

La  miniature  du  ms.  de  Paris  N°  1  21 6  représente  un 
personnage  admonestant  un  jeune  homme  ;  il  porte  au 
cou  la  Toison  d'or  et  à  la  main  une  férule.  Le  jeune 
homme  se  tient  devant  lui,  debout,  son  feutre  à  la  main, 
non  comme  un  prince  qui  reçoit  un  livre,  mais  comme  un 
élève  qui  écoute  un  maître.  Si  le  peintre  avait  voulu 
représenter  le  fils  de  Philippe  le  Bon,  aurait-il  pu  mettre 
devant  lui,  pour  lui  offrir  un  livre,  un  personnage,  la  tête 
couverte  et  la  férule  levée. 

Ce  livre  ne  peut  d'ailleurs  pas  avoir  été  écrit  pour  le 
jeune  prince.  Une  simple  lecture  suffit  pour  reconnaître 

1  Je  les  mets  en  présence,  p.  459  note  3. 


INTRODUCTION.  LX1X 

que  c'est  un  père,  noble  homme  et  grand  seigneur,  qui 
s'adresse  à  son  fils.  Quand  Fauteur  donne  pour  but  à 
l'éducation  de  l'enfant  d'acquérir  l'amour  et  les  grâces  de 
son  prince  ;  qu'il  lui  fait  espérer  que,  s'il  suit  ses  avis, 
son  prince  entendra  parler  de  lui  et  lui  donnera  un 
office  ;  qu'il  lui  indique  trois  moyens  de  s'enrichir  :  un 
riche  mariage,  les  faveurs  du  souverain  et  les  succès  à 
la  guerre,  on  sent  combien  il  est  impossible  que  de  tels 
conseils  aient  été  adressés  au  fils  du  plus  riche  et  du 
plus  puissant  des  souverains  de  l'époque. 

Cette  miniature,  comme  les  autres,  représente  donc  le 
père  admonestant  son  fils.  Mais  ici,  le  père  porte  le 
collier  de  la  Toison  d'or,  comme,  dans  un  autre  manus- 
crit, l'auteur  de  Y  Instruction.  Chastellain  n'eut  jamais  le 
droit  de  porter  ces  insignes  et  le  peintre  miniaturiste 
se  tourne  encore  contre  le  chroniqueur  qui  s'appelait 
lui-même  «  l'humble  Georges.  » 

Je  n'ai  pu  cependant  écarter  ces  erreurs  sans  affaiblir 
l'opinion  que  ces  deux  ouvrages  sont  du  même  auteur. 
Mais  pourquoi  cesseraient-ils  d'être  inséparables  dès 
qu'ils  cessent,  l'un  après  l'autre,  d'appartenir  au  faux 
père  qu'on  leur  a  donné  ? 

Les  manuscrits  sont  bien  plus  en  faveur  de  Ghillebert 
que  de  Chastellain.  11  en  est  trois  qui  ne  séparent 
pas  les  deux  œuvres  et  de  ce  nombre  sont  les  deux 
plus  beaux  et  les  plus  riches.  L'un  est  l'exemplaire  de 
Charles  le  Téméraire,  l'autre  celui  de  Louis  de  Bruges, 
seigneur  de  la  Gruthuse.  Aucun  des  autres  manuscrits 


LXX  flSTRODUCTION . 


n'a  la  valeur  de  ceux-ci  ;  un  seul  excepté,  c'est  celui  de 
Philippe  le  Bon,  mais  il  ne  contient  que  Y  Instruction, 
et  l'on  ne  connaît  aucune  copie  des  Enseignements  qu'on 
puisse  nommer  l'exemplaire  du  Duc. 

Une  bonne  copie  réunit  encore  les  deux  ouvrages  et 
elle  n'a  pas  moins  d'autorité  que  Tunique  volume  où  les 
Enseignements  sont  joints  à  une  œuvre  de  Chastellain. 

Est-ce  le  style  qui  les  séparerait  ?  Il  les  rapproche 
au  contraire  aux  deux  seuls  points  de  vue  possibles.  Tout 
d'abord,  il  écarte  l'idée  de  la  paternité  de  Chastellain 
pour  l'un  comme  pour  l'autre  ouvrage.  Quand  M.  Ker- 
vyn  de  Lettenhove  y  a  renoncé,  il  ne  connaissait  pas  le 
nom  de  l'auteur  de  ^Instruction  et  il  savait  que  Chas- 
tellain se  déclare  l'auteur  d'une  lettre  d'un  père  à  son 
fils  :  le  style  lui  a  suffi. 

L'étude  du  style  prête  bien  plus  à  la  négation  qu'à 
l'affirmation.  Mais,  outre  la  clarté,  la  force  et  la  con- 
cision, qui  rappellent  dans  les  Enseignements  l'auteur 
de  ^Instruction,  d'autres  preuves  ne  manquent  pas. 
Dans  presque  tous  les  détails  importants,  on  y  retrouve 
les  idées  des  Avis  et  jusqu'à  des  allusions  aux  mêmes 
circonstances.  Comment  ne  pas  rendre  à  l'auteur 
connu  de  l'Instruction  la  seconde  de  ces  œuvres  insépa- 
rables, lorsqu'on  y  voit  un  père,  aussi  chevalier  de  la 
Toison  d'or,  recommander  à  son  fils,  comme  il  l'a  fait 
à  Philippe  le  Bon  et  à  Charles  le  Téméraire,  de  gar- 
der dans  la  poursuite  des  coupables  le  calme  et  la 
pitié,  et  condamner  l'homme,  comme  le  prince,  qui  veut 


INTRODUCTION.  LXXI 

agir  sans  conseils  ;  puis,  le  foliant  Ghillebert  n'apparaît-il 
pas  plus  encore  lorsqu'il  indique  à  son  fils,  comme 
moyen  de  parvenir,  les  aventures  de  la  guerre,  et  lui 
conseille  d'écouter  ceux  qui  auront  «  le  plus  voyagié, 
soit  à  la  guerre,  soit  autrement  »  ? 

L'auteur  de  Y  Avis  au  duc,  de  Y  Instruction  au  prince 
et  des  Voyages  et  ambassades  n'est-il  pas  là  tout  entier? 

Gela  me  semble  suffisant  pour  publier  l'œuvre  ano- 
nyme comme  l'œuvre  signée. 


VII. 


Emile  Gachet,  en  terminant  une  savante  étude  sur 
les  Voyages  et  ambassades  l,  a  formé  le  vœu  que  Ton 
pût  un  jour  compléter  l'œuvre  de  Ghillebert  en  joi- 
gnant à  ses  Mémoires  «  les  relations  qu'il  dut  présenter 
à  Philippe  le  Bon  de  toutes  ses  ambassades  » .  Ce  désir 
est  loin  d  être  entièrement  satisfait  par  les  pièces  que  je 
viens  d'attribuer  au  diplomate.  Que  de  rapports,  notes, 
mémoires,  avis  n'y  manquent-ils  pas,  que  j'ai  en  vain 


1  Trésor  national,  2e  série,  t.  l,p.  179-225. 


LXXII  INTRODUCTION. 

cherchés  à  Bruxelles,  à  Dijon,  à  Lille,  à  Vienne  !  On 
possède  de  Hugues  un  rapport  diplomatique  et  plusieurs 
notes  militaires.  Pourquoi  ne  trouverait-on  pas,  pour 
Ghillebert,  des  documents  semblables  :  sur  l'ambassade 
de  1 44  9,  en  Angleterre,  qui  prépara  le  pacte  de  Troyes, — 
sur  les  négociations  avec  les  États  deBraine,  —  sur  les 
ambassades  en  Ecosse,  à  Francfort,  en  Arragon,  —  sur 
l'incident  du  concile  de  Bàle,  relatif  aux  ambassadeurs 
deCharles  VII, — sur  le  conflit  avec  le  Dauphin,  Louis  XI, 
—  et  aussi,  le  rapport  des  commissaires  chargés  de 
revoir  les  statuts  de  l'ordre  de  la  Toison  d'or,  —  et 
surtout,  l'exposé  de  la  dernière  ambassade  en  Orient. 
On  n'a  pas  même  retrouvé  l'un  des  deux  exemplaires 
des  Rapports  sur  la  Syrie,  qui  ont  été  offerts  aux  deux 
souverains.  Ces  manuscrits,  d'après  une  mention  quatre 
fois  répétée,  devaient  contenir  des  cartes  qui  seraient 
si  intéressantes  et  qui  ne  nous  ont  pas  été  conservées. 
Malgré  ces  lacunes,  je  me  suis  cru  autorisé  à 
publier  cette  édition  ;  car  j'ai  pu  y  reconstituer,  au 
moins  en  partie,  la  vie  et  les  œuvres  du  diplomate, 
observateur  et  moraliste.  Plus  d'une  fois  il  m'a  semblé 
le  voir  renaître  devant  moi  :  on  dirait  d'abord  ce  que 
les  anciens  appelaient  l'ombre  d'un  grand  homme;  mais 
peu  à  peu  la  vision  prend  forme,  on  peut  suivre  le  cheva- 
lier et  le  diplomate  dans  ses  voyages,  l'écrivain  dans  son 
œuvre  ;  on  assiste,  pour  ainsi  dire,  à  l'éclosion  de  son 
caractère,  à  l'élaboration  de  ses  écrits,  et,  quelles  que 
soient  les  lacunes,  la  clarté  se  fait,  la  résurrection  s'ac- 


INTRODUCTION.  LXX11I 

cuse  en  traits  exacts  et  l'on  goûte  un  des  plus  grands 
plaisirs  de  l'esprit  à  voir  revivre  un  lutteur,  un  penseur, 
un  écrivain,  un  homme. 


On  a  dû  souvent  en  faire  la  remarque  :  ce  ne  sont 
généralement  pas  des  écrivains  de  profession  qui  créent 
les  genres  littéraires,  non  plus  que  les  langues  :  ce 
sont  plutôt  des  hommes  dont  le  caractère  primesautier  ou 
l'action  collective  répond  aux  besoins  d'une  situation, 
et  que  les  circonstances  mettent  à  même  de  se  déve- 
lopper naturellement  dans  toute  la  puissance  du  corps 
et  de  l'esprit.  Froissart,  par  exemple,  ce  ménestrel  de 
génie,  n'a  pas  «  trouvé  »  ce  récit  historique  qui  l'a 
fait  comparer  à  Shakspeare.  Un  grand  seigneur,  mêlé 
aux  premiers  événements  d'une  époque  ou  l'esprit 
chevaleresque  se  transformait  en  de  grandes  guerres 
politiques2  Jean-le-Bel,  éprouve  le  désir  de  raconter  ce 
qu'il  a  vu,  et  il  crée,  comme  en  passant,  sans  songer 
à  l'art  ni  à  la  postérité,  prenant  si  peu  de  soin  de  ses 
manuscrits  qu'ils  sont  restés  perdus  plusieurs  siècles,  mais 


LXXIV  INTRODUCTION. 

par  la  seule  virtualité  d'un  caractère  épanoui  dans  la 
puissance  et  dans  la  fortune,  il  crée  ce  genre  qui  illustre 
Froissart.  Comines  vient  ensuite  donner  à  l'histoire  un 
ton  philosophique ,  une  profondeur  de  pensée  qui 
annoncent  Machiavel.  Comines  n'est  pas  un  écrivain, 
rédigeant  simplement  des  mémoires  ;  c'est  un  homme 
politique  déchu,  un  ministre  tombé,  qui  résume  toute 
une  vie  de  luttes.,  de  triomphes  et  de  revers, écrivant  sous 
le  coup  d'une  grande  disgrâce,  dans  les  humiliations 
de  la  retraite  et  de  l'impuissance  ;  c'est  presque  une 
justification  qu'il  essaie,  presque  une  vengeance  qui 
lui  échappe  ;  il  veut  se  placer  au-dessus  de  ce  qui  l'a 
fait  souffrir,  juger  son  siècle  du  haut  d'une  philosophie 
dont  il  a  surtout  besoin  lui-même  pour  étouffer  ses 
douleurs,  ses  ressentiments,  peut-être  des  remords.  La 
situation  le  domine,  ne  laissant  point  de  place  au  métier, 
et  ce  genre  historique  nouveau  sort  des  ruines  de  la 
grandeur  d'un  homme  d'État. 

La  même  différence  s'observe  dans  les  diverses  com- 
positions d'un  même  auteur  ;  il  n'y  a  guère  d'oeuvres 
vivantes  que  les  œuvres  vécues  et  l'on  distingue 
vite  les  sujets  imaginés  à  froid,  les  drames  placés  au 
hasard  dans  une  époque  quelconque,  sous  les  premiers 
noms  historiques  venus,  et  ce  que  Gœthe  appelle  «  des 
poésies  en  l'air.  » 

L'œuvre  de  Ghillebert  de  Lannoy  rentre  dans  la 
catégorie  des  créations  naturelles.  L'auteur  ne  songe 
pas  à  faire  un  livre  ;   il   n'est  ni  clerc  ni  lettré,  dit-il  ; 


INTRODUCTION.  LXXV 

son  but  unique  est  de  remplir  des  missions  utiles,  de 
présenter  à  deux  souverains  une  exploration  militaire 
exacte,  de  décider  le  duc  de  Bourgogne  à  rentrer 
dans  une  politique  de  salut,  de  perpétuer  les  mêmes 
conseils  au  fils  du  duc  et  de  former  son  propre  fils  à 
une  vie  digne  du  nom  qu'il  porte.  S'il  s'était  préoc- 
cupé de  l'avenir,  avait  voulu  laisser  à  la  postérité  une 
œuvre  littéraire,  il  eût  sans  doute  suivi  l'impulsion  du 
temps,  subi  l'influence  de  Chastellain,  de  Christine  de 
Pisan,  d'Alain  Chartier,  et  sa  personnalité  ne  nous  serait 
parvenue  qu'affublée  d'une  mode,  abaissée  sous  un 
niveau  d'assez  mauvais  goût.  N'ayant  pas  ces  visées 
de  «  vaine  gloire  » ,  comme  nous  l'apprend  son  cha- 
pelain, il  est  resté  lui-même,  et  nous  avons  devant 
nous,  plus  qu'un  écrivain,  un  homme  créant  l'ex- 
pression de  sa  pensée. 

Ghillebert  était  né  observateur.  La  netteté,  le  relief, 
la  force  du  style  jaillissent  pour  ainsi  dire  de  ses 
observations.  Il  voit  bien  et  il  dit  nettement  ce  ,qu'il 
a  vu.  D'un  trait  simple  et  profond  ,  il  marque  les 
villes,  les  châteaux,  les  rivières,  les  déserts  ;  spécifie 
les  distances,  la  température,  la  profondeur  des  eaux, 
l'état  des  routes,  les  moyens  de  transport,  d'approvi- 
sionnement, de  commerce  ;  signale  les  fontaines,  les 
citernes,  les  gués,  les  vignes,  les  récoltes;  énumère  les 
obstacles  et  les  facilités  d'une  expédition,  les  dangers 
du  vent,  les  défenses  du  pays,  les  points  solides  ou  mal 
gardés,  les  murs  délabrés  ou  reconstruits,  les  pilotes  à 


LXXVI  INTRODUCTION. 

employer,  les  populations  à  craindre,  les  rocs  rebelles 
à  la  sape,  les  ruines  bonnes  à  réparer,  les  terrains  pro- 
pres à  la  mine,  même  les  villes  faciles  à  incendier  :  «  Et 
ne  dureroient  (à  Damiette)  rien  au  feu  »  (p.  131).  «  Les 
combles  (au  Caire)  sont  de  quesnes...  faciles  à  ardoir  » 
(p.  115). 

Ces  sortes  d'explorations  demandent  de  grands  soins 
et  une  perspicacité  sans  illusions.  Ghillebert  ne 
néglige  rien  de  ce  qui  peut  éclairer  les  croisés.  Ici, 
la  ville  serait  bonne  à  repeupler,  mais  «  il  y  faudroit 
temps  et  puissance  »  .  Là,  dès  que  la  cité  serait  occupée, 
la  forteresse  ne  tiendrait  pas.  Plus  loin,  le  port,  exposé 
aux  vents,  serait  dangereux,  surtout  si  l'ennemi  con- 
spirait avec  la  tempête.  Ailleurs,  un  souvenir  historique 
indique  le  côté  faible  d'Alexandrie,  à  l'endroit  «  oii 
Pierre  de  Chypre  la  prit  en  l'an  22  » . 

Observer  les  lieux  ne  peut  suffire,  Ghillebert  étudie 
les  populations,  et  son  esprit  se  donne  carrière.  Il  va 
d'abord  aux  chrétiens,  mais  il  constate  que  leur 
situation  les  empêche  d'être  d'aucune  utilité.  Oii  l'on 
redoute  une  surprise,  ils  ne  sont  pas  tolérés  (p.  1 1 1)  ; 
ou  on  les  tolère,  ils  seraient  impuissants  :  «  Peu  de 
prouffit  pourroient  faire  aux  cristiens,  servant  [à  la 
matière  »  (p.  121). 

Les  races  ennemies  l'occupent  d'avantage,  il  a  à 
juger  les  ressources  quelles  offrent  à  la  résistance.  Il  en 
caractérise  les  divers  éléments  :  Les  Sarrasins,  presque 
sans  armes,  livrés  à  une  dure  servitude.  Les  Arabes, 


INTRODUCTION.  LXXVII 

armés  à  la  légère,  pauvres,  mais  vaillants,  nomades, 
indisciplinés  ,  élisant  leurs  chefs  ,  bravant  parfois  le 
soudan  ;  mais,  si  le  soudan  les  appelait  contre  la  croi- 
sade, «  il  en  trouveroit  assez  »  (p.  120).  Enfin,  les 
Turcomans,  plus  vaillants  que  les  Arabes,  que  l'armée 
même  du  soudan,  bien  armés,  fortement  organisés  et 
toujours  prêts  «  au  plaisir  du  soudan  »  (p.  122). 

Un  des  plus  beaux  chapitres  des  Rapports  est  celui 
où  Ghillebert  expose  le  gouvernement  de  l'Egypte  et 
de  la  Syrie.  Les  gens  du  pays  étant  «  trop  méchants  et 
de  trop  basse  condition  pour  garder  le  pays,  »  comme 
disent  leurs  maîtres,  une  armée  d'esclaves,  recrutée  au 
dehors  et  formant  la  hiérarchie  complète  du  despo- 
tisme, règne  sur  eux,  livrant  la  contrée  à  une  occu- 
pation militaire ,  sujette  à  d'horribles  révolutions  de 
palais.  Rien  ne  montre  mieux  les  effets  de  ce  régime 
brutal  et,  comme  l'a  remarqué  Gachet,  «  le  dernier 
degré  d'avilissement  oii  un  peuple  puisse  descendre  » 
qu'un  mot  de  Ghillebert,  lorsqu'il  raconte  qu'en  cas  de 
lutte  pour  le  pouvoir,  lorsque  la  guerre  s'engage,  quel- 
que bataille,  quelque  effroi  qu'il  y  ait,  la  population 
reste  indifférente  :  «  nulles  des  communes  ne  se 
meuvent  »  ;  chacun  reste  à  son  travail,  à  son  labour,  à 
sa  glèbe  ;  et  qu'il  ajoute  :  «  Et  soit  seigneur  qui  le  peut 
estre  !  »  (p.  119.) 

Ces  traits  profonds  se  retrouvent  souvent  dans  les 
Voyages.  L'observateur  ne  s'arrête  pas  seulement  aux 
études  militaires  qui  lui  ont  valu  un  si  grand  éloge  de 


LXXVIII  INTRODUCTION. 


l'éditeur  anglais  des  Rapports  ;  il  cherche,  il  note  les 
faits  d'histoire  et  les  traits  de  mœurs,  les  costumes,  les 
langues,  les  cultes,  les  superstitions.  En  quelques  mots 
il  peint  la  puissance  des  Boyards  :  «  Il  y  a  tel  bourgeois 
qui  tient  bien  deux  cents  lieues  de  long...  Et  n'ont  les 
Russes  de  la  grande  Russie  autres  seigneurs  que  eux, 
par  tour,  ainsi  que  le  commun  (le  peuple)  le  veut  » 
(p.  33).  Dussent  ses  observations  contenir  un  blâme  pour 
le  culte  qu'il  pratique  loyalement,  il  n'en  ménage  pas  la 
netteté,  comme  lorsqu'il  revient  à  deux  fois  sur  la  ma- 
nière dont  les  peuples  de  Courlande  et  de  Lithuanie 
ont  été  convertis  :  «  Gristiens  nez  nouvellement  parla 
contrainte  des  seigneurs  de  l'ordre  de  Prusse  »  (p.  39) 
ou  :  Cristiens  natifs  par  force  »  (p.  30). 

Ces  explorations  en  pays  ennemi  exigent  aussi  un 
esprit  aventureux.  Ghillebert  se  fait  renseigner  sur  ce 
qu'il  ne  peut  étudier  lui-même,  et  il  a  soin  d'en  prévenir 
ses  sou  verains, chaque  fois  qu'il  a  dû  se  contenter  de  témoi- 
gnagesindirects  ;  mais  il  ne  s'y  résigne  qu'à  l'extrémité, 
il  cherche  à  voir  de  ses  yeux, ne  recule  devant  rien,  et  ses 
pèlerinages  et  ambassades  le  favorisent  moins  peut-être 
que  son  goût  des  aventures.  Lui-même  se  montre  cher- 
chant toutes  les  occasions  de  guerroyer  et  courant  aux 
dangers  comme  à  ses  veritablespartiesdeplaisir.il  aurait 
voulu  se  rendre  en  Judée  par  la  Turquie,  mais  la  guerre 
civile  lui  barre  le  passage  ;  aussitôt,  il  veut  se  jeter  dans 
la  mêlée,  prendre  parti  n'importe  pour  qui,  et  le  voilà 
armant  un  navire  pour  aller    «  devers  l'un    des  dits 


INTRODUCTION.  LXX1X 

empereurs  »  qui  se  disputaient  le  pays  ,  «  espérant 
qu'il  y  auroit  bataille  »  .  L'Empereur  d'Orient,  son  hôte, 
l'en  empêche,  il  doit  céder,  mais  il  déclare  qu'il  en  eut 
«  grand  deuil  »  (p.  67). 

Ce  caractère  qu'on  voit  en  action  dans  les  Voyages 
a  inspiré  à  l'auteur  de  Y  Instruction  une  de  ses  pages  les 
plus  enthousiastes.  Ghillebert  y  trace  son  idéal  avec 
chaleur,  avec  grandeur.  11  parle  de  la  magnanimité,  qui 
équivaut  «  à  force, hardiesse  et  courage  »  et  qui  appartient 
surtout  aux  princes  et  aux  chevaliers  :  il  la  montre  ne 
reculant  devant  rien  et  entretenue  ,  alimentée  par  tous 
les  dangers  :  «  Car  de  sa  nature  est  reconfortée  de 
tout  ce  qui  peut  advenir  :  rencontre  de  lances,  bom- 
barde, canon,  tourment  de  mer,  dureté  d'hyver,  chaleur 
de  soleil.  Ni  le  grant  nombre  des  ennemis,  ni  les 
villes,  châteaux,  enclos  de  murs,  hautes  tours,  ne 
peuvent  esbahir  le  chevalier,  ni  empêcher  ses  entre- 
prises, ni  garantir  son  ennemi,  dès  qu'il  l'a  provoqué  ; 
l'effusion  du  sang,  de  lui  ni  d'autre  ,  ne  l'étonné  ni 
ne  l'effraie  ;  la  mort  lui  semble  petite  peine  à  endurer 
pour  acquérir  honneur  et  bonne  renommée  !  Qu'en 
dirais-je  plus  ?  Elle  est  comme  invincible  tant  qu'elle  a 
raison  et  justice  en  sa  compagnie.  » 

L'auteur  eût-il  pu  faire  un  plus  vif  portrait  du  côté 
chevaleresque  de  son  caractère  ? 

Ghillebert  revient  souvent  à  ces  qualités  du  chevalier, 
qui  hait  la  servitude,  la  honte  et  la  lâcheté,  et  préfère 
être  tranché  en  pièces  et  mourir  que  de  fléchir  dans  le 


LXXX  INTRODUCTION. 

devoir  ou  devant  l'ennemi.  Il  l'a  dit  au   prince  ;  il   le 
dit  à  son  fils  : 

«  Et  premiers,  doiz  sçavoir  pour  enseignement  géné- 
ral que  on  ne  doit,  pour  mort,  pour  vie,  pour  chevance 
ne  autrement,  faire  chose  contre  honneur  »  (p.  456). 
«  Quant  est  à  moy,  mon  très  chier  filz,  j'ameroie 
mieulx  ta  glorieuse  mort  en  une  honnourable  bataille, 
à  banière  desployée,  que  tu  te  retournasses  vilainement 
d'icelle  »  (p.  456). 

Puis,  ne  pouvant  s'offrir  comme  modèle  à  son  fils, 
il  lui  raconte  l'héroïsme  du  seigneur  de  Robertsart 
qui  mourut  fièrement,  ne  voulant  pas  reculer  (p.  458). 
Chaque  fois,  son  ton  s'anime  autant  que  son  cœur 
s'exalte  :  c'est  l'homme  de  courage  qui  parle  comme  il 
sent. 

Cette  intrépédité  procédait  en  lui  de  hautes  idées  de 
noblesse  et  de  droiture,  dont  la  vaillance  n'est  pour 
ainsi  dire  que  le  gardien  et  le  défenseur,  et  qu'on  résu- 
mait déjà  alors  dans  le  mot  :  Honneur. 

Ce  n'est  pas  que  le  chevalier  n'ait  pas  été  de  son 
temps  et  de  sa  classe.  Dès  qu'il  entend  l'appel  des  armes, 
il  y  court,  sans  guères  se  préoccuper  si  les  mécréans 
qu'il  va  combattre,  après  avoir  été  faits  chrétiens 
par  force  comme  il  l'apprendra,  ne  sont  pas  menacés 
d'être  faits  prussiens  de  même  ;  si  les  villages 
qu'il  va  brûler  et  piller  ne  sont  pas  victimes  d'une 
agression  injuste.  Il  est  prêt  même  à  se  battre  pour 
un  de  ces  empereurs  sarrasins,  objets  de  tant  de  croi- 


INTRODUCTION.  LXXXI 

sades,  «  ennemis  de  notre  saincte  foy  cristienne  » ,  contre 
lesquels  il  autorise  la  guerre  (p.  390).  11  recommande 
à  son  fils  parmi  les  moyens  de  fortune,  la  guerre  qui 
permet  de  rançonner  les  prisonniers.  Parle-t-il  de  la  che- 
valerie, il  en  raconte  l'origine,  en  glorifie  les  titres  et 
va  jusqu'à  réclamer  pour  elle  le  monopole  des  hauts 
emplois  :  «  C'est  folie  aux  princes,  dit-il,  d'avancer  un 
homme  de  basse  condition,  car  à  l'homme  nouveau  il 
manque  trop  de  choses  avant  qu'il  soit  pareil  à  ceux 
d'anciens  lignages,  dont  les  princes  trouveront  assez  pour 
les  servir  »  (p  371).  Lorsqu'il  s'agira  d'empiéter  sur 
les  droits  civils  de  la  ville  de  l'Écluse,  en  faveur  du 
gouvernement  militaire  du  château,  il  n'hésitera  pas 
à  soutenir  le  procès  et  à  provoquer  de  la  part  du 
souverain  une  violation  des  privilèges  des  bourgeois 
et  de  ses  propres  ordonnances.  Enfin,  s'il  faut  prendre 
les  armes  contre  les  communes,  en  Flandre  ou  en  Hol- 
lande, ilnes'enquerra  pas  plus  de  la  justice  de  leur  cause 
que  pour  les  mécréans  qui  défendaient  leur  pays 
contre  l'ambition  de  l'ordre  teutonique,  et  il  est  toujours 
prêt  à  suivre  ce  fier  conseil  qu'il  donne  au  prince,  de 
tant  presser  ses  ennemis  qu'ils  n'aient  pas  le  loisir  «  de 
lui  'présenter  la  victoire  !  » 

La  magnanimité  du  cœur  lui  dicte  ici  une  expression 
énergique,  digne  des  maîtres  du  style. 

Mais,  chaque  fois  qu'il  parle  de  raison  et  de  justice, 
ce  chevalier  intrépide  ne  trouve  pas  moins  de  force 
et  d'éclat  dans  la  noblesse  de  l'idée  et  la  droiture  de 


LXXXII  INTRODUCTION. 

l'observation.  Philippe  de  Gomines  se  demande  qui 
informera  contre  les  souverains  ;  Ghillebert  l'a  devancé 
dans  cette  idée  en  de  nombreux  passages  où  il  remarque 
que  les  princes  n'ont  de  discipline  que  dans  leur  con- 
science, de  frein  que  la  crainte  de  Dieu,  et  que  tout  être 
qui  n'a  point  d'arbitre  supérieur  tend  à  abuser  de  sa 
force. 

Avec  quel  enthousiasme  généreux  ne  parle-t-il  pas 
de  la  raison  qui  distingue  l'homme  de  la  bête  ;  de  la  jus- 
tice, sa  sœur,  qui  fait  vivre  «  princes,  royaumes,  pays 
et  gens  de  tous  estas,  en  paix,  richesse,  travail  et 
marchandise  »  ! 

Cette  noblesse  de  sentiments,  passant  dans  la  vigueur 
du  style,  se  montre  à  chaque  page  de  Y  Instruction  d'un 
prince  et  des  Enseignements  d'un  père.  Le  vrai  gentil- 
homme préfère  aussi  mourir  que  de  manquer  à  sa 
parole  (p.  358).  Car  «  son  cœur  et  sa  bouche  tiennent 
ensemble  »  et  «  pour  rien  au  monde  il  ne  daigneroit 
dire  le  contraire  de  ce  que  pense  son  noble  cœur  » 
(p.  359). 

Qu'on  ne  lui  objecte  pas,  dira-t-il  ailleurs,  que 
ce  sentiment  est  de  l'orgueil  !  H  croit  que  non. 
«  Mais  quoi  qu'il  en  soit,    l'orgueil  seroit  bon  »  (p  460). 

Qu'on  ne  lui  dise  pas  non  plus  que  c'est  «  servage 
et  amoindrissement  »  pour  un  roi,  ou  que  «  ce  n'est 
rien  d'un  prince  » ,  s'il  partage  le  pouvoir  avec  les 
États  généraux  ou  avec  un  Grand  Conseil,  s'il  règle  ses 
finances,  comme  il  le  lui  recommande  !  Ici  encore  Ghille- 


INTRODUCTION.  LXXXI1I 

bert  devance  Comines  l  et  répond  avec  plus  d'enthou- 
siasme, sinon  avec  plus  de  hauteur  :  «  Vivre  ver- 
tueusement et  sagement  n'est  pas  servage,  mais  fran- 
chise et  liberté...  et  la  vérité  est  telle  qu'il  assemblera 
plus  de  finances  et  sera  plus  honoré  et  redouté  des 
sages  et  des  vaillants,  aimé  de  ses  sujets  et  secouru 
en  tous  ses  besoins  et  craint  de  ses  ennemis  cent  fois 
plus...  Car  la  vraie  sûreté  du  prince  est  dans  ses 
sujets,  dont  il  ne  peut  avoir  les  cœurs  qu'en  se  gouver- 
nant par  raison  et  justice  (pp.  324-325.  Voir  aussi 
p.  401). 

Après  le  chevalier  chrétien,  épris  d'honneur  et  de 
loyauté,  s'en  remettant  à  la  crainte  de  Dieu,  à  la  con- 
science du  prince  et  aux  commandements  de  l'Église, 
les  Instructions  nous  montrent  le  patriote  qui,  pour 
avoir  aidé  le  Comte  à  dompter  les  bourgeois,  n'en  est  pas 
moins  franchement  partisan  des  vieilles  institutions  du 
pays  et  des  franchises  nationales.  Ghillebert  y  revient 
principalement  sur  deux  grandes  questions  :  les  finances 
et  la  guerre.  Il  veut  qu'un  prince  «  vive  du  sien  »  ;  il 
ne  connaît  qu'un  moyen  légitime  de  lever  des  impôts, 
c'est  avec  le  consentement  des  États.  Les  autres  moyens 

1  On  a  dit  plusieurs  fois  que  c'est  crime  de  lése-majesté"  que  de 
parler  d'assembler  les  États  et  que  c'est  pour  diminuer  l'autorité  du 
roi.  Mais  ces  paroles  servent  à  ceux  qui  sont  en  crédit  sans  l'avoir 
mérité,  qui  n'ont  accoustumé  que  de  flatter  à  l'oreille  et  qui  crai- 
gnent les  grandes  asssemblées  de  peur  qu'ils  ne  soient  connus  et 
leurs  œuvres  blâmées  (Comines). 


LXXX1V  INTRODUCTION- 

sont  «  voies  tyranniques  »  ;  et  tout  un  chapitre  est 
consacré  à  comparer  le  sort  des  souverains,  qui  change 
selon  qu'ils  régissent  justement  leurs  finances  ou  qu'ils 
pressurent  leurs  sujets. 

La  guerre  le  ramène  aux  mêmes  idées  et  Comines 
ne  sera  pas  plus  ému.  Ghillebert  en  parle  en  philosophe, 
en  chrétien,  en  chevalier  et  en  patriote,  et  ces  points 
de  vue,  presque  opposés,  au  lieu  de  se  heurter,  s'har- 
monisent dans  sa  pensée. 

«  Comment  rois  et  princes,  pour  la  révérence  de 
Dieu  et  l'amour  qu'ils  doivent  avoir  à  leurs  sujets  doi- 
vent se  garder  d'entreprendre  guerre  contre  chrétiens  »  : 
voilà  sa  thèse.  Il  la  résout  par  la  raison  et  la  justice, 
mises  au  service  de  l'amour  et  du  devoir. 

Avant  la  guerre,  la  parole  est  au  philosophe.  Le 
prince  qui  aime  ses  peuples  et  la  chrétienté  doit  préve- 
nir les  cas  de  guerre,  par  des  discussions  pacifiques,  et 
en  appeler  à  la  diplomatie  ou  à  l'arbitrage,  «  avant 
que  l'en  parviengne  aux  horribles  et  cruelz  tourmens 
de  guerre.  » 

L'une  des  raisons  qu'il  en  donne  est  d'un  chrétien. 
Même  en  supposant  le  succès,  qui  n'est  pas  toujours  du 
côté  de  la  bonne  cause,  quelle  responsabilité  terrible 
devant  Dieu  que  les  massacres  et  les  désastres  qu'il 
aura  coûtés  î 

«  Hélas  !  mon  souverain  seigneur,  or  présupposons 
que,  par  force  d'armes  et  de  jugement  d'espée,  qui 
tousjours  n'est  pas  droiturier,  roy  ou  prince,  par  vail- 


INTRODUCTION.  LXXXV 

lance  et  conduite,  puist  venir  au-dessus  de  ses  ennemis  ; 
quant  tout  sera  aie  et  passé,  ars,  occis  et  tué,  et  que 
le  jour  vendra  qu'il  luy  fauldra  respondre,  devant  la 
face  de  Nostre  Seigneur  qui  scet  tout  et  congnoist,  de 
si  grans  cruaultez  que  de  la  mort  de  tant  de  chevaliers, 
escuiers,  nobles  hommes,  gens  d'église,  povres  labou- 
reurs et  aultres,  qui  à  l'occasion  de  ces  crueles  guerres 
ont  esté  occis  piteusement,  femmes  violées ,  povres 
laboureurs,  petis  enfans,  mors  de  faim, églises  et  monas- 
tères, villes  et  chasteaux  démoliz,  ars  et  abatus,  et  en 
tant  de  manières  exactioné  et  fait  fourvoier  le  poeuple 
que  à  paine  bouche  d'omme  le  sauroit  recorder,  certes 
ce  ne  sera  pas  petite  chose  d'en  bien  sçavoir  respondre, 
qui  bien  regarde  les  commandemens  de  Dieu.  »  (p.  387.) 

L'autre  est  d'un  observateur  :  «  Les  chemins  par  où 
l'en  vient  en  guerre  sont  légiers  à  trouver  et  y  est-on 
tost  venu  ;  mais  les  voyes  et  issues  par  ou  il  en  faut 
saillir  en  sont  dangereuses  et  difficiles  et  souvent  plus 
trenchans  que  rasoir. . .  » 

Si  la  guerre  devient  inévitable,  le  chevalier  reparaît, 
d'accord  avec  le  patriote  ;  la  gloire  est  le  but,  et  le 
moyen,  la  légalité. 

«  Se  à  guerre  faut  venir,  vous  la  devez  conduire  si 
vertueusement  que  victoire  en  soit  vostre  et  tellement 
qu'il  en  soit  mémoire  tousjours,  et  montrer  à  l'espée  que 
vous  estes  prince  et  chevalier,  contendant  de  garder 
vostre  droit,  acquérir  honneur  et  bonne  renommée,  » 
dit-il,  et  c'est  alors  qu'il  résume  les  conseils  de  la  fierté 

f 


LXXXVI  INTRODUCTION. 

chevaleresque  en  un  mot  :  «  Tant  hâtez  vos  ennemis  qu'ils 
n'aient  pas  le  loisir  de  vous  présenter  la  victoire  !  » 

Mais  pour  avoir  ce  droit  au  courage,  Ghillebert  veut 
qu'on  le  fasse  consacrer  par  la  volonté  du  pays. 
Gomines  dira  :  «  Le  roi  ne  peut  entreprendre  tel 
œuvre  sans  assembler  son  parlement,  qui  est  chose 
juste  et  sainte.  »  Ghillebert  énumère  les  conditions  qui 
seules  peuvent  donner  à  la  représentation  nationale  la 
sainteté  des  choses  justes  : 

«  Et,  se  la  chose  est  si  difficile  et  disposée  à  guerre 
tellement  que  vous  ne  voz  principaulx  conseilliez  n'y 
puissiez  bonnement  pourvëoir,  ainçois  que  les  choses 
viengnent  si  avant  que  à  voye  de  fait,  devez  assambler 
les  trois  estas  de  voz  royaumes  et  pays,  en  lieu  conve- 
nable, c'est  assavoir  les  seigneurs  de  vostre  sang,  gens 
d'église,  chevaliers  et  nobles  hommes,  et  les  sages  et 
notables  de  voz  cités  et  bonnes  villes,  en  leur  remous- 
trant,  à  la  vérité,  sans  y  riens  celer  ne  couvrir,  l'occa- 
sion dont  procède  l'apparance  de  la  question,  en  eulx 
requérant,  sur  la  foy  et  léaulté  qu'ilz  vous  doivent,  que 
sur  ce  vous  voeullent  léaulment  consillier  et  francement 
servir  et  ayder  de  corps  et  de  chevance,  et  que  au 
regard  de  vous,  de  tous  poins  en  voeulliés  user  par 
leur  ad  vis  et  conseil,  et  vous  y  employer  sans  riens 
espargnier  ne  doubter,  et  garder  vostre  haultesse  et 
honneur  ainsi  que  ont  fait  voz  nobles  prédicesseurs  par 
cy  devant,  et  qu'ilz  voeullent  avoir  espécial  regart  à 
vostre  honneur  et  à  la  haultesse  et  renommée  du  pays 


INTRODUCTION.  LXXXVII 

dont  ilz  sont,  et  que  le  conseil  qu'ilz  vous  vouldront 
donner  soit  si  bien  pesé  et  meurement  délibéré  que  ce 
soit  chose  honnourable,  conduisable  et  de  durée. 

«  Et,  mon  très  amé  seigneur,  oncques  ne  fu  vëu  ne 
trouvé  en  livre  ne  en  histoire  que  roy  qui  usast  par  le 
conseil  des  princes  et  seigneurs  de  son  sang,  des 
anciens  hommes  et  estas  de  ses  pays,  assamblés  en  nom- 
bre souffissant,  ayans  francise,  sans  fabricque  ne  crémeur, 
de  chascun  povoir  dire  francement  son  opinion,  sans  aul- 
cunement  en  estre  noté,  iceulx  bien  et  deuement  informés 
des  affaires,  que  d'ensiévir  leur  conseil  fust  blasmés  ne 
reprins,  présuposé  qu'il  en  venist  autrement  que  bien  » 
(p.  385-386). 

Chaque  mot  porte,  je  l'ai  fait  remarquer  ailleurs  : 
«  «  L'auteur  ne  se  contente  pas  de  recommander  le 
recours  à  la  représentation  nationale  ;  il  veut  que  ce 
recours  soit  franc,  que  cette  représentation  soit  com- 
plète, soit  éclairée,  soit  libre  ;  qu'on  lui  expose  toute  la 
vérité,  sans  rien  lui  celer  ;  quelle  soit  en  nombre 
suffisant,  et  que  chacun,  après  avoir  été  bien  informé, 
ait  le  droit  de  dire  sa  pensée  entière,  sans  être  ni 
recherché  ni  mal  noté.  L'expérience  des  hypocrisies  et 
des  violences,  des  faux  semblants  de  consultation  natio- 
nale et  des  persécutions  contre  ceux  qui  ne  pensaient 
pas  comme  le  prince,  cette  expérience  si  honteuse  pour 
l'histoire  de  nos  souverains,  semble  passer  toute  dans 
ces  quelques  lignes,  nettes,  franches,  hardies,  qui  font 
honneur  à  l'écrivain  belge.  » 


LXXXVIII  INTRODUCTION. 

Le  moraliste  cependant  avait  servi  Jean  sans  Peur 
et  Philippe  le  Bon  dans  les  terribles  guerres  contre  les 
Armagnacs  ;  il  écrivait  Y  Instruction  pour  un  prince  qui 
s'appellera  le  Téméraire.  Grâce  à  une  fiction,  il  a  placé, 
dans  sa  préface,  sous  le  nom  d'un  roi  de  Norwège,  le 
portrait  de  Philippe  :  «  prince  hardi  aux  armes  , 
homme  de  beau  personnage ,  gracieux  entre  dames, 
lequel  ot  moult  de  guerres  en  son  temps. ...  »  Il  avait 
déjà  pu  comprendre  le  caractère  du  jeune  Charles  et 
la  situation  qui  ne  pouvait  manquer  de  développer  en 
lui  un  continuateur  de  ses  aieux;  il  l'expose  nette- 
ment :  «  Et,  mon  chier  seigneur,  s'il  advenoit  que  à 
l'occasion  de  vostre  jeunesse  et  haultain  courage  et  de 
la  puissance  oii  vous  vous  trouvez  de  présent,  tant  en 
gens  comme  en  finances,  vous  venoit  courage  et  vou- 
lenté  de  vous  esprouver  en  l'exercite  d'armes,  et  que 
repos  de  paix  vous  ennuiast.  »  Le  conseiller  avait  donc 
à  prévoir  pour  ce  prince,  qui  devait  devenir  le  plus 
grand  guerroyeur  de  la  famille,  d'autres  combats  que 
les  guerres  justes,  inévitables.  Il  lui  conseille  de  satis- 
faire sa  fougue  de  jeunesse  et  de  hautain  courage 
contre  les  ennemis  de  la  foi  chrétienne,  où  il  pourra 
«  montrer  sa  vaillance,  acquérir  honneur  et  faire  le 
salut  de  son  âme,  sans  détruire  ni  vexer  ses  sujets.  » 
Là  encore,  il  réclame  les  droits  de  l'expérience  et 
de  la  raison  :  «  Mais  ancores,  à  telz  entreprinses  appar- 
tient de  y  avoir  grant  advis,  par  espécial  des  anciens 
sages  et  vaillans  ;  car  ce  n'est  pas  le  fort  d'encommen- 


INTRODUCTION.  LXXXIX 

cier,  mais  c'est  la  maistrie  de  bien  et  vertueusement 
conduire  et  continuer  ses  entreprinses.  Car  maintesfois 
est  advenu  que  légières  armes  sur  les  ennemis  de  la 
foy  ont  plus  porté  de  dommage  et  préjudice  aux  cris- 
tiens  cent  fois  que  aux  Sarrasins.  »  (p.  390.) 

Bien  commenchier  et  mieulx  conclure, 

dira  plus  tard  (1 477)  un  refrain  mis  au  concours  par  une 
de  nos  chambres  de  rhétorique  et  résumant  en  un  vers 
les  qualités  qui  manquaient  au  Téméraire. 

S'il  peut  y  avoir  rien  de  supérieur  à  de  pareilles 
idées ,  émises  ainsi  de  prime-saut ,  sous  l'unique 
influence  de  la  hauteur  du  caractère  créant  la  hauteur 
du  verbe,  c'est  de  les  avoir  adressées  à  Philippe  le  Bon 
et  au  futur  Charles  le  Téméraire,  c'est  d'avoir  perpétué 
jusque  dans  la  cour  de  l'oppresseur  des  Flamands  et  des 
Hollandais,  du  futur  ravageur  de  Liège  et  de  Dinant, 
les  traditions  de  bon  sens,  de  droiture  et  de  justice 
qui  ne  peuvent  s'oublier  jamais,  les  idées  de  gouverne- 
ment national  qui  avaient  fait  dire  à  Froissart  que 
l'Angleterre  était  le  pays  du  monde  le  mieux  gardé, 
puisqu'elle  était  gardée  par  un  peuple  libre. 

Comines  comprit  cette  grande  politique  ;  mais,  déses- 
pérant de  la  maison  de  Bourgogne,  prévoyant  la  ruine 
oii  de  fausses  grandeurs  la  conduisaient,  il  passa  au 
roi  dont  l'habileté  et  l'astuce  lui  faisaient  présager  les 
succès  ;  du  même  coup,  il  trahit  son  pays,  en  mettant 
son  génie  au  service  de  ses  ennemis.  Ce  sera  son  éter- 
nel déshonneur. 


%Q  INTRODUCTION. 

Ghillebert  est  de  ceux  qui  restèrent  fidèles  à  leurs 
souverains  et  qui  tentèrent,  en  les  servant,  de  servir  la 
raison,  la  justice  et  la  patrie.  Aussi  puissant  de  style 
que  l'illustre  historien,  aussi  grand  d'idée,  il  lui  est 
supérieur  par  le  caractère. 

Ces  efforts  ne  furent  pas  vains. C'est  ainsi  qu'un  homme 
perpétue,  pour  sa  part,  dans  son  siècle,  et  transmet  aux 
générations  nouvelles  les  sentiments  de  justice  et  comme 
le  flambeau  de  la  vie  nationale.  La  diplomatie  faisait 
alors  ses  premières  armes  :  «  Ghillebert,  dit  Gachet,  a 
été  le  prédécesseur  des  Balbi,  des  Veltvyck,  des  Bus- 
bec.  »  Les  Croisades  allaient  s'épuisant  :  Ghillebert  fut 
un  de  ceux  qui  firent  le  plus  d'efforts  pour  indiquer 
à  l'Europe  les  moyens  d'empêcher  la  prise  de  Con- 
stantinople  par  les  Turcs.  Le  gouvernement  du  bon 
plaisir  ruinait  nos  provinces  :  L'institution  du  Grand 
Conseil, à  laquelle  concourut  Ghillebert,  fut  une  première 
tentative  de  réforme.  Le  culte  des  États-généraux  ne 
pouvait  s'affaiblir  sans  compromettre  le  pays  :  Ghillebert, 
eu  le  perpétuant  dans  la  noblesse,  comme  il  restait 
au  cœur  de  la  bourgeoisie,  mit  un  lien  entre  ces  deux 
classes  qui  s'uniront  dans  le  danger.  Il  préparait  d'Eg- 
mont  autant  que  Busbec. 

La  politique,  plutôt  étrangère  que  nationale,  des 
ducs  de  Bourgogne,  continuée  par  Charles-Quint,  vain- 
cue en  partie  sous  Philippe  II,  livra  nos  provinces  à  des 
fluctuations  de  faste  et  de  désastres  et  ne  put  par- 
venir à  former  un  grand  état  intermédiaire  entre  la 


INTRODUCTION.  XC1 

France  et  l'Allemagne.  Mais  le  pays  n'abdiqua  point  son 
génie.  Pendant  que  nos  affaires  se  traitaient  dans  les 
guerres  civiles  du  dehors,  ou  étaient  livrées  à  l'ambition 
aventureuse  de  souverains  de  famille  étrangère,  nos 
provinces  étaient  un  centre  de  rayonnement  pour  la  litté- 
rature française.  S'il  a  manqué  au  règne  de  la  maison 
de  Bourgogne  un  véritable  monarque,  il  n'a  manqué  ni 
historiens,  ni  diplomates,  ni  voyageurs,  ni  penseurs 
au  siècle  littéraire  des  ducs  de  Bourgogne. 
Ghillebert  de  Lannoy  y  tient  une  noble  place. 


VOYAGES  ET  AMBASSADES. 


VOYAGES  ET  AMBASSADES. 


BIBLIOGRAPHIE, 


I.  Manuscrits. 


Les  rapports  :  —  I.  «  Un  autre  petit  livre,  couvert  de 
«  cuyr  rouge,  intitulé  :  Les  Rapporte  de  Messire  Guil- 
«  lebert  de  Lanoy.  Commençant  au  second  feuillet  : 
«  clairement  vêoir,  et  au'  dernier  :  mis  eauwes.  » 

Inventaire  de  la  librairie  de  Bourgogne,  à  Bruges,    fait   vers  1467. 
(Barrois,  UUioth.  prototyp.  n°  1589.) 

Les  premiers  mots  du  second  feuillet,  donnés  par  l'inventaire,  se 
retrouvent  dans  le  deuxième  chapitre  des  Rapports,  ce  qui  confirme 
le  titre  et  prouve  que  ce  manuscrit  ne  contenait  que  le  voyage 
en  Syrie. 

Les  Rapports  sont  successivement  renseignés  dans  les  inventaires 
suivants  :  1577,  Viglius,  N.  624  —  1641,  ms.  de  la  bibliothèque  de 
Bourgogne  N.  17738  —  1643,  Sanderus,  bibl.  belgica  N.  561  — 
1731,  Franken,  N.  467  —  1797,  Gérard,  N.   1379. 

Ce  manuscrit  devait  être  l'exemplaire  de  Philippe  le  Bon. 


4  BIBLIOGRAPHIE. 

Goethals  prétend  qu'il  est  perdu  depuis  l'incendie  de  1731.  C'est 
une  erreur,  puisqu'il  figure  dans  les  inventaires  postérieurs.  Il  a  dû 
être  transféré  à  Paris  sous  l'Empire.  Gachet  suppose  qu'il  doit  être 
à  la  bibliothèque  nationale.  Il  n'y  a  pas  été  retrouvé. 

II.  Bibliothèque  Bodléienne  cTOxford.  CJiest  le 
rapport  que  fait  messire  Guillebert  de  Lannoy.  Un  beau 
volume,  vélin,  lettrines  historiées,  sans  miniatures  ni 
cartes. 

Il  a  été  donné  à  la  bibliothèque  d'Oxford,  du  temps  de  la  reine  Eli- 
sabeth, par  sir  Christophe  Hatton,  et  paraît  avoir  appartenu  aupara- 
vant à  la  famille  Talbot. 

M.  Webb  pense  que  ce  manuscrit  est  l'original  qui  a  été  offert  au 
duc  de  Bedford,  ou  «  plus  probablement,  dit-il,  au  duc  de  Bour- 
gogne. » 

Ces  deux  suppositions  me  semblent  peu  probables.  La  dernière  est 
contredite  par  l'entête  même  du  livre  où  l'auteur  dit  qu'il  a  été  fait 
«  au  commandemant  du  roy  d'Angleterre.  »  L'exemplaire  offert  à 
Philippe-le-Bon  devait  sans  doute  remplacer  le  nom  du  Roi  par  celui 
du  Duc. 

La  première  supposition  n'est  pas  moins  douteuse.  Les  exemplaires 
remis  aux  deux  souverains  devaient  contenir  des  cartes  ou  des  plans, 
auquels  l'auteur  renvoie  distinctement  plusieurs  fois.  Ces  cartes 
manquent,  mais  tout  manuscrit  qui  ne  les  contient  pas  doit  être 
réputé  une  copie . 

Enfin,  entre  le  titre  et  le  texte,  on  a  laissé  en  blanc  la  place  d'une 
miniature  qui  n'a  pas  été  faite.  Il  n'est  pas  probable  que  l'auteur  ait 
offert  à  l'un  ou  l'autre  souverain  un  manuscrit  inachevé. 

Ce  manuscrit,  qui  ne  contient  que  le  rapport  d'ambassade,  est  géné- 
ralement conforme  à  notre  texte.  J'en  en  ai  donné  les  principales 
variantes,  d'après  l'édition  anglaise.  Puis,  ayant  pu  obtenir  en  com- 
munication le  manuscrit  d'Oxford,  j'ai  donné  en  annexe  tout  ce  qu'il 
m'a  fourni  de  rectifications. 

III.  Un  manuscrit  des  Rapports  est  signalé  comme  fai- 
sant partie  delà  Bibliothèque  de  sir  Philips,  àCheltenham, 
sous  le  N.  4077.  Il  n'a  pu  y  être  retrouvé. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Voyages  et  ambassades.  —  I.   Voyages  de  Guille- 
hert  de  Lannoy  en  terre  sainte. 

Inventaire  des  manuscrits  trouvés  dans  la  bibliothèque  des  histo- 
riographes (les  Bollandistes;  d'Anvers.  1779,  (Bibl.  de  Bourgogne 
n.  17747.) 

Après  une  liste  sommaire  des  ouvrages  contenus  dans  ce  volume, 
et  où  le  voyage  de  Ghillebert  vient  en  second  lieu,  l'inventaire  ajoute  : 
«  Ce  manuscrit,  qui  a  appartenu  au  collège  de  Bruxelles,  a  été  acheté 
pour  le  Muséum  Bellarmini.  » 

Le  titre  de  Voyages  de  Guillebert  en  terre  sainte  n'est  pas  exact  ;  car 
ce  ms.  contient  l'ouvrage  entier  des  Voyages  et  ambassades.  C'est 
celui  qui  appartient  aujourd'hui  à  la  bibliothèque  de  Bourgogne  : 

Bibliothèque  royale  de  Bruxelles,  noS  21522.  Un 
gros  volume  sur  papier,  de  228  pages. 

Ce  manuscrit,  acheté  en  1857  à  M.  Serrure,  est  le  même  qui  appar- 
tenait à  la  bibliothèque  des  Bollandistes,  la  liste  sommaire  des 
ouvrages  qu'il  contient,  donnée  dans  l'inventaire  de  1779,  le  prouve. 

Ce  manuscrit  contient  les  ouvrages  suivants  : 

1°  N°  21521,  pp.  1-57,  L'histoire  du  noble  roy  Richard,  jadis  roi 
d'Angleterre  (l'explicit  qualifie  ainsi  cette  chronique).  La  transcrip- 
tion est  signée  :  Philippe  de  Lannoy,  souffrir  ay- je  toujours,  Lannoy. 
1552,1er  Décembre. 

2°N°  21522,  fol.  59-122.  Cy  commencent  les  Voyages  que  fistmes- 
sire  Guillebert  de  Lannoy.  C'est  le  texte  que  Serrure  a  publié. 

3°  Nos  21523-21524,  fol.  121-157.  «  Coppie  des  lettres  envoyées 
par  Jehan,  seigneur  de  Lannoy,  à  Loys  son  fils. 

Signé  :  «  Escript  de  ma  main  le  IIIe  jour  du  mois  de  mai  de  l'an  de 
grâce  Nostre  Seigneur  Jesucrist  mil  XIIIe  LXV.  Votre  père  Jehan, 
seigneur  de  Lannoy,  de  Rume,  de  Sebourg,  conseillier  et  chambellan 
du  roi  et  de  monseigneur  de  Bourgogne,  bailli  et  capitaine  d'Amiens 
et  gouverneur  de  Lille,  Douai,  Orchies.  » 

Jehan  de   Lannoy   intercale  dans  cette  lettre  une  œuvre  d'Alain 


6  BIBLIOGRAPHIE. 

Chartier,  classée  sur  le  n.  21524,  fol.  143-148.  Cette  lettre  a  paru 
dans  les  œuvres  d'Alain.  Paris,  Thibaut,  1617,  p.  391. 

Une  autre  copie  de  la  lettre  de  Jehan  de  Lannoy  se  trouve  à  Valen- 
ciennes,  ms.  n°  294. 

—  Les  autres  pièces  de  ce  recueil  ne  se  rapportent  pas  à  la  famille 
de  Lannoy,  ce  sont  :  n.  21525,  fol.  157-175,  le  Lyon  couronné,  — 
n.  21526,  fol.  176-201,  le  Temple  de  Boccace,  —  n.  21527,  fol.  201 
207,  le  Trosne  d'honneur,—  n.  21528,  fol.  207-213,  —  la  Correction 
des  Liégeois.  —  n.  21529,  fol.  214-219,  le  Bréviaire  des  nobles,— 
n.  21530,  fol.  219v-224,  Le  miroir  de  la  mort  —  et  n.  21531,  fol. 
224v-228,  Pour  un  chevalier  désolet. 

II.  Bibliothèque  de  M.  le  comte  G.  de  Lannoy. 
Manuscrit  sur  papier,  sans  titre,  écriture  du  XVIe  siècle. 

La  première  page  contient  un  dessin  au  milieu  duquel  devrait  se 
trouver  le  titre,  qui  y  est  resté  en  blanc  ;  puis,  au  verso,  on  trouve  les 
armes  d'Alexandre  Blanc,  seigneur  de  Marcellin,  avec  la  devise  :  Dieu 
la  voullue. 

Sur  le  second  feuillet  sont  peintes  les  armoiries  de  Ghillebert  avec 
la  devise  :  Vostre  plaisir, et  aux  quatre  coins  ses  quartiers:  De  Lannoy, 

—  MlNGUEVAL  —  MOLEMBAIS  —    AUBIN. 

La  première  page  du  texte,  entourée  d'un  cadre,  fonds  or,  rempli 
de  fleurs  et  de  fruits,  contient  une  introduction  du  chapelain  de 
Ghillebert  que  nous  publions  en  note. 

Puis,  vient  le  texte,  conforme  en  général  au  manuscrit  précédent, 
mais  avec  une  grande  quantité  de  variantes  de  détail,  les  unes  qui 
semblent  faites  en  vue  de  la  concision  ;  les  autres  qui  donnent  d'autres 
chiffres  et  quelquefois  un  court  paragraphe  de  plus  ;  d'autres  enfin, 
mais  plus  rares,  qui  changent  l'idée.  Nous  y  avons  trouvé  plusieurs 
fois  le  moyen  de  compléter  ou  de  rectifier  notre  texte. 

L'orthographe  de  ce  manuscrit  diffère  beaucoup  du  précédent.  Ce 
qu'on  y  remarque  le  plus,  c'est  la  préférence  du  copiste  pour  les 
terminaisons  féminines  ;  il  met  :  le  laque  pour  le  lac,  le  Nyle,  pour  le 
Nyl,  le  dayme  pour  le  daim,  le  brache  pour  le  bras,  la  mère  pour  la 
mer  \  la  neffe,  le  course,  le  chanalle,  le  boutte,  le  valle,  le  toure,  le 


BIBLIOGRAPHIE.  7 

chastelïe,  le  puisse,  la  nuicte,  etc.,  etc.,  et  même  les  verbes  :  tenire 
semere,  allere  à  lentourne,  etc.  Il  écrit  presque  toujours  que  pour  qui, 
met  un  t  à  la  troisième  personne  du  passé  défini  des  verbes  de  la 
lre  conjugaison  :  vat,  aimât,  et  préfère  généralement  certains  mots  à 
d'autres,  employant  descy  plutôt  que  jusque,  appelé'  plutôt  que 
nommé,  et  assise  au  lieu  de  située,  etc. 

On  a  écrit  en  vedette,,  sur  les  marges,  les  dates,  les  noms  de 
personnages  et  une  indication  sommaire  du  sujet. 

Enfin,  le  chapelain  de  Ghillebert  donne  à  chaque  division  impor- 
tante des  Voyages  un  titre,  que  je  lui  ai  emprunté. 

III.  Un  autre  manuscrit  est  signalé  appartenant  à 
M.  Goldolphin  Welden  ;  il  contient  la  note  du  chapelain 
de  Ghillebert  et  n'a  point  de  cartes.  Je  n'ai  pu  obtenir 
d'autres  renseignements  sur  ce  manuscrit. 

II.  Imprimés.  * 

Rapports.  —  A  Survey  of  Egypt  and  Syria,  under- 
taken  in  the  jour  1422,  by  sir  Gilbert  de  Lannoy,  etc. 
—  1821. 
Édition  du    manuscrit  de    la  bibliothèque  Bodléienne 

d'Oxford,   publiée    dans  X  Archœologia   Britannica,    par 

M.  John  Webb,  avec  traduction  anglaise,   introduction 

et  notes  (t.  XX,  p.  281-444). 

Voyages.  —  Voyages  et  ambassades  de  messire  Guil- 
lebert  de  Lannoy,  1399-1450.  Société  des  bibliophiles 
de  Mons,  n.  10  des  publications.  Avec  cette  indication  : 
Cet  outrage  a  été  publié  par  les  soins  de  M.  C.-P.  Ser- 
rure et  d'après  un  manuscrit  de  sa  bibliothèque.  Un 
vol.  in-8°  de  140  p.  suivi  d'une  Explication  de  quelques 
noms  géographiques,  d'un  glossaire,  et  d'une  carte  iti- 
néraire des  Voyages  deG.de  Lannoy,  tracée  par  J.  Lele- 
wel.  —  1840. 


ÏS  BIBLIOGRAPHIE. 

Cette  édition  est  complète,  mais  fautive.  Lediteur  n'a  donné  aucune 
description  de  son  manuscrit  et  n'en  a  pas  collationné  le  texte  sur 
l'édition  des  Rapports  faite  par  M.  Webb. 

Guillelert  de  Lannoy  et  ses  voyages  era  1413, 1414  <tf  1421, 
commentés  en  français  et  en  polonais,  par  Joachim 
Lelewel.  Nov.  1843,  suivi  d'une  traduction  polonaise 
datée  de  Posnau,  1844. 

Lelewel  a  réimprimé  dans  cette  brochure  et  traduit,  en  regard,  en 
polonais,  la  partie  des  Voyages  qui  concerne  la  Prusse,  la  Pologne 
et  la  Lithuanie,  1413-1414  et  1421.  Il  a  suivi  le  texte  de  Serrure, sans 
le  contrôler  ni  le  collationner  avec  celui  de  M.  Webb. 

Il  y  a  ajouté  des  notes  historiques  et  une  carte. 


Je  publie  le  texte  du  manuscrit  de  la  biblio- 
thèque royale  de  Bruxelles,  N°  24522. 

J'ai  désigné  sous  la  lettre  A  le  manuscrit  de 
M.  le  comte  De  Lannoy  ;  sous  la  lettre  W,  l'édi- 
tion de  M.  Webb. 

Les  notes  géographiques  sont  dues,  ainsi  que  les 
cartes,  à  M.  J.-C.  Houzeau,  directeur  de  l'observa- 
toire de  Bruxelles. 


VOYAGES  ET  AMBASSADES 

1399  —  USO  l 


C g  commencent  les  voyaigesquejist  Messire  Guïllebert2 
de  Lannoy,  en  son  temps  Seigneur  de  Sanctes,  de  Wil~ 
lerval,  de  Tronchiennes  et  de  Wahégnies. 

L'an  mil  trois  cens  trois  quatrevins  et  dix  neuf,  après 
la  Toussains,  fus  en  ma  première  armée,  avecq  monsei- 
gneur le  comte   Walleran  de  Saint-Pol,  à  une  descendue 

1  Le  manuscrit  de  M.  le  comte  de  Lannoy  (A)  fait  précéder  le  texte 
des  lignes  que  voici  : 

«  La  grande  amour  que  j'ay  eu  en  mon  temps  au  très  saige,  noble 
et  vaillant  chevallier  messyre  Guillebert  de  Lannoy,  conseillier  et 
chambellain  de  mon  très  redoubté  seigneur  monsieur  le  ducque  Phe- 
lipe  de  Bourgoingne,  capittaine  de  son  chasteau  de  l'Escluze  et  de 
l'ordre  de  la  Toison  d'or,  signeur  de  Willerval  et  de  Sainctes,  que 
Dieu  pardonnist,  à  qui  j'estoye  humble  chappellain,  me  constraint  de 
rassembler  en  ce  présent  traictié  ses  voiaiges  et  haultes  faictz,  non 
pas  tous,  mays  ceulx  tant  seullement  que  j'ay  trouvé  escript  de  sa 
main  depuis  son  trespasse.  Car,  de  son  vivant,  n'eust  jamays  souffert 
ne  voulut  les  estre  mis  en  mémoire,  de  peure  que  par  aulcuue  façon 
ne  luieust  tourné  à  vaine  gloire.  Possible  est  aussy  que  ceulx  qui  aront 
couraige  de  voiaiger  tant  en  armes  que  aultrement,  de  y  apprendre, 
et  ceulx  qui  point  ne  l'aront,  les  esmouvoir  en  les  lysant.  » 

2  Je  suis  ici  l'orthographe  du  manuscrit,  mais  il  existe  deux  signa- 

VOY.  ET    AMB.  1 


10  VOYAGES  AN.     1400*. 

qu'il  fist  en  Angleterre,  en  fisle  de  Wit 2  ;  où  il  y  eut  cincq 
cens  chevalliers,  que  escuiers,  cottes  d'armes  vestues. 


Item,  Testé  ensieuvant,  fus  en  une  armée  que  fist  le 
viel  seigneur  de  Jeumont  contre  le  seigneur  de  Lort 3,  de 
nous  trois  cens  chevalliers  et  escuiers  qui  le  servismes  à 
cause  de  lignaige  ,  et  nous  mena  jusques  au  chastel  de 
Watigny  4  où  nous  présentas  mes  la  bataille  audit  seigneur 
de  Lort,  etc. 

L'an  mil  quatre  cens,  après  la  Toussains,  fus  en  une 
armée  de  mille  chevalliers  et  escuiers,  que  mena  monsei- 
gneur le  comte  de  la  Marche,  depuis  roy  de  Napples,  par- 
tant de  Harfleu  5  pour  descendre  en  Angleterre,  et  fut  la 
descente  à  Falmude  6,  où  les  feux  furent  boutez.  Et  au 
retour  de  l'armée,  fut  nostre  nef  périe  vers  Saint-Malo  en 


tures  de  notre  auteur:  il  y  orthographie  son  prénom  avec  un  h.  Il  m'a 
semblé  naturel  de  1  écrire,  dans  le  titre  et  dans  mon  texte,  comme  il 
l'écrivait  lui-même.  Ces  deux  signatures  sont  l'une  au  bas  d'une  quit- 
tance en  date  du  10  mai  1429,  l'autre  au  bas  d'un  avis  donné  à  Phi- 
lippe-le-Bon  en  1419.  Ou  trouvera  ces  actes  à  leurs  dates  respectives 
dans  les  Ephémérides  de  Ghillebert.  L'inventaire  de  la  bibliothèque 
des  ducs  de  Bourgogne  fait  par  Viglius  eu  1577,  en  donnant  le  titre 
d'un  manuscrit,  écrit  aussi  ce  prénom  avec  un  h. 

*  Ces  dates  sont  rectifiées. 

2  Wicte  (A).  L'île  de  Wight. 

3  Le  ms.  A  omet  ici  quatre  mots  et  en  tronque  un,  ce  qui  rend  la 
phrasefautive;  il  dit  :  «  Une  armée  que  fist  le- viel  seigneur  de  l'ordre.  » 

*  Waringny  (A).  Watigny,  département  de  l'Aisne,  arrondissement 
de  Vervins. 

5  Harfleur,  à  l'embouchure  de  la   Seine. 

6  Falmouth,  sur  la  Manche,  près  de  la  pointe   du  Cornouaille. 


1405.  Et    AMBASSADES.  II 

Bretaigne,  noz  vallés,  bagues,  harnois,  noiez  et  péris,  et 
les  gentiizhommes,  par  la  grâce  de  Dieu,  sauvez  en  deux 
botequins  estans  dedans  nostre  ditte  nef. 


L'an  mille  quatre  cens  et  ung,  ou  mois  d'apvril,  après 
ceste  armée,  me  party  en  la  compaignie  de  monseigneur  le 
séneschal  \  pour  faire  le  saint  voyaige  de  Jhérusalem,  ou- 
quel  nous  demourasmes  deux  ans.  Montasmes  en  mer  à 
Gennes  2,  alasmes  le  chemin  accoustumé  d'aler  aux  pèlerins, 
et,  la  merchy  Dieu,  fusmes  en  Jhérusalem  et  là  autour  en 
tous  les  sains  lieux  que  pèlerins  ont  accoustumé  de  faire. 
Fusmes  aussy  à  Sainte-Katherine  3,  et  depuis4  en  Constan- 
tinoble,  devers  l'empereur  où  nous  vëismes  de  saintes  relic- 
ques  beaucop  ;  entre  les  autres,  le  fer  de  la  lance  Nostre 
Seigneur.  Fusmes  aussy  en  la  Turquie  en  pluisieurs  lieux 
comme  Gallipoly  5,  Lisemière  \  Feule  la  vielle  7,  Porspic  8, 
etc.  Fusmes  aussy  en  Cyppre  9  devers  le  roy,  en  sa  ville  de 
Nichosye  10.  Fusmes  aussy  au  Kaire  et  en  Babilonne  ll  où 
nous  vëismes  le  patriarche  d'Inde.  Fusmes  aussy  à  Damiette, 


1  Le  séneschal  de  Haynault  (A). 

2  Gênes. 

s  Couvent  sur  le  Mont-Sinaï,  dont  l'auteur  reparlera  plus  loin, 

4  Et  puis  (A). 

5  Gallipoli. 

6  Lysimachia,  à  la  gorge  de  la  péninsule    de  Gallipoli.  C'était  à 
cette  époque  une  ville  assez  considérable. 

7  On  peut  hésiter  entre  Flaviopolis,  auparavant  Zela,  au  nord-ouest 
de  Constantinople,  et  Filea,  au  Nord  et  près  de  Péra. 

8  Peut-être  Propiza  des  cartes   d'Ortelius,  à  l'ouest  d'Andrinople. 
•  Chypre. 

10  Nicosie,  capitale  de  l'île  de  Chypre. 

11  Babylone. 


12  VOYAf.ES  140K. 

à  Gadres  l  en  Acterie  2,  à  Rames  3,  à  Bétisel 4.  Fusmes 
aussy  es  isles  de  Roddes  r>,  de  Lango  6,  de  Syeime  7,  de 
Thénédon  8,  de  Marbre  9,  de  Montecrist î0,  dont  Helaine, 
comme  on  dist,  fut  née.  Fusmes  aussy  es  isles  de  Gore  n  et 
de  Cyflonie  12.  Et  fusmes  aussy,  à  l'aler  et  au  revenir,  au 
royaume  et  isle  de  Secile,  dit  Ternacle  l3,  devers  le  roy 
Martin,  lequel  me  donna  son  ordre  de  la  banière,  en  sa  ville 
de  Cataigne.  Et  de  là  partismes  et  venismes  descendre  en 
la  terre  de  Prouvence.  Et  de  là  alames  devers  mon  seigneur 
deSavoye,  et  pareillement  à  l'aler,  etc. 

L'an  mille  quatre  cens  et  quatre,  fus  en  la  première 
armée  que  fist  le  duc  Guillaume  de  Bavière,  comte  de 
Haynnaut,  en  leveschié  de  Liège  14,  ouquel  voyaige  furent 
prinses  les  deux  villes  de  Fosses  et  de  Florines  l5  d  assault, 

1  En  Palestine. 

*  En  Acres  (A).  Assyrie. 

3  Ramlé,  l'ancienne  Arimatkia,  entre  Jérusalem  et  Jaffa. 

I  Pins  souvent  orthographié  Bethel  sur  les    cartes  du  XV«  siècle. 
En  Palestine,  en  deçà  de  la  vallée  du  Jourdain. 

5  Rhodes. 

0  L'ancienne  Cos,  aujourd'hui  ïstankoï.    Le  nom  de  Lango  figure 
sur  toutes  les  cartes  de  l'époque. 

7  Très-probablement  Cliio,  la  Skios  moderne. 

8  Ténédos,  près  de  l'entrée  des  Dardanelles. 

9  Amurgo,  l'ancienne  Amorgos. 

10  Nègrepont,  l'ancienne  Eubée. 

II  L'ancienne  Kauros,  petite  île  dans  lesCyclades. 

12  Céphalonie,  à  l'angle  nord -ouest  de  la  Morée. 

13  Dict  Têrnaifle  (A).  -  Sicile  ou    Trinacria. 
"  Et  Tesvesque  de  Liège  (A). 

15  Fosses-la-ville  et  Florennes,  aujourd'hui  chefs-lieux  de  canton 
dans  la  province  de  Namur. 


1407.  ET    AMBASSADES.  13 

auquel  je  fus  blechiet  en  ung  piet  et  en  ung  bras,  et  ramené  l 
avecq  monseigneur  de  Comines,  aussy  blechiet,  en  une  cha- 
rette,  à  Nyvelle,  en  Brabant.  Et  y  eut,  de  ceste  armée  '2  de 
six  à  sept  cens  villaiges  brûlez   oudit  païs  de  Liège,  etc. 

Item,  en  celle  propre  année,  environ  trois  mois  après, 
fus  au  mois  d'aoust  en  la  grosse  bataille  de  Liège,  en  la 
compaignie  de  monseigneur  le  duc  Jehan  de  Bourgougne, 
lequel  par  la  grâce  de  Dieu  eut  victoire,  et  furent  les  Lié- 
geois desconfis,  où  il  y  eut  bien  de  vingt  et  huit  à  trente 
mille  hommes  mors,  entre  lesquelz  y  demoura  leur  capi- 
taine le  seigneur  de  Perwez  3  et  son  filz  aussy,  etc. 

L'an  mille  quatre  cens  et  cincq,  ou  mois  de  may,  me 
party,  avecq  monseigneur  le  séneschal  de  Haynnaut,  pour 
aler  vèoir  les  armes  que  luy,  messire  Jacques  de  Monte- 
nay,  Taneguy  du  Chastel  et  Carmenien  firent  à  Valence  la 
grant,  devant  le  roy  Martin  d'Arragon,  contre  quatre  autres 
gentilzhommes  arragonnois  et  gascons,  telz  que  messire 
Pierre  de  Moncade,  Colombart  de  Saint-Coulombe  et  deux 
autres.  Et  estoient  lesdittes  armes  à  estre  portez  4  jus  de 
tout  le  corps  ou  avoir  perdu  tous  ses  bastons.  Lesquelles 
armes  furent  prinses  sus  en  combatant  à  l'onneur  d'une 
partie  et  de  l'autre. 

Item,  ou  mois  de  jullet  ensieuvant,  me  party  de  monsei- 
gneur le  séneschal  de  Haynnaut,  ensamble  Jacques  seigneur 

1  Et  fus  ramené  (A). 

2  En  ceste  armée  (A). 

5  Notre  ms.  orthographie  :  Prevez  ;  le  ras.  A  fournit  une  meilleure 
version,  que  j'ai  adoptée. 

*  Portées  (A).  C'est  évidemment  une  erreur. 


14  VOYAGES  1407. 

de  Marquette,  et  alasmes  en  une  armée  que  fîst  l'infant  don 
Ferrant  de  Castille  pour  et  ou  nom  du  roi  d'Espaigne,  dont 
il  estoit  gouverneur  et  régent,  pour  aler  ou  royaume  de 
Grenade  contre  les  Mores.  En  laquelle  armée,  estoit  de 
la  puissance  d'Espaigne  ou  nombre  de  deux  cens  mille 
hommes,  que  de  pie,  que  de  cheval.  Et  me  mis  soubz  le 
comte  de  la  Marche,  qui  puis  fut  roy  de  Naples.  Et  ne 
trouva  laditte  armée  point  de  résistence  à  entrer  oudit 
païs  de  Grenade,  mais  y  eut  prins  pluisieurs  villes  et  chas- 
teaux,  sans  siège  ,  telz  comme  Aza,  Hora  ,  Cagnette  , 
Andiche,  le  tour  de  l'Alkakime,  Moncourt  \  et  fut  le  siège 
mis  devant  Satanil  2  lequel  dura  trois  sepmaines,  et  ne  fut 
laditte  ville  point  prinse.  Et  lors  je  prins  congié  de  l'infant 
de  Castille,  ou  rompement  de  l'armée,  lequel  donna  à  mon 
compagnon  et  à  n.jy  à  chascun  ung  cheval  et  une  mule. 

Item,  au  départir  de  laditte  armée,  alay  3  devers  le  roy 
de  Portugal,  lequel  me  recueilla  grandement  et  paya  tous 
mes  dêspens  parmy  son  royaume.  Item,  de  là  m'en  alay  à 
Saint-Jacques  et  revins  par  Navarre,  où  je  trouvai  le  roy 
mallade  au  lit.  De  là  m'en  revins  par  Arragon  devers  le 
roy  Martin  et  la  royne  Yolent  sa  femme. Et  de  là,  en  France 
devers  le  roy,  à  Paris,  où  me  trouvay  à  oïr  la  proposition 
que  fîst  maistre  Jehan  Petit,  en  l'ostel  de  Saint-Pol,  pour 
monseigneur  le  duc  Jehan  de  Bourgongne  contre  les  fais 
du  duc  d'Orléans,  où  estoient  en  personne  le  roy  de  France, 
le  roy  Loys,  roy. de  Navarre,  monseigneur  le  duc  Jehan  de 
Bourgongne,  les  ducs  de  Bavière,  de  Bourbon,  de  Bar  et 
de  Lorhaine. 

1  Ces  différents  points  sont  dans  la  province  de  Grenade. 
*  Satanil  n'a  pu  être  identifié. 
3  M'en  alay  (A). 


1410.  ET    AMBASSADES.  15 

L'an  mille  quatre  cens  et  huit,  en  apvril,  me  party  pour 
aller  à  la  seconde  armée  que  fîst  l'inffant  don  Ferrant  de 
Castille,  et  entray  en  mer  à  l'Escluse  avecq  la  flotte  d'Espai- 
gne,  lesquelz  estoient  en  nombre  vingt  et  sept  x  voelles.  Et 
fut  laditte  flotte  presque  toute  périe  par  fortune  de  mer,  les 
ungs  rompus  par  fortune  en  la  coste  de  Bretaigne,  les  autres 
se  rendirent  prisonniers  es  pors  d'Angleterre,  excepté  une 
petite  nef  de  Florentins  sur  quoyj'estoye,  laquelle  futallan- 
chie  2  au  courant  qui  est  entre  le  port  de  H  an  tonne  3  et  l'isle 
de  Wicq  4,  par  l'espace  de  quinse  jours.  Et  lors  vindrent 
deux  gros  vaisseaux  de  Angles  armez,  pour  nous  prendre  5, 
quant,  6  par  la  grâce  de  Dieu,  le  vent  se  retourna  bon  tout 
à  souhait,  par  quoy  nous  eschapasmes  d'eulz,  vinsmes  à 
sauveté  au  port  de  Harfleu  7.  Et  mesimes  six  sepmaines 
depuis  l'Escluse  jusques  audit  port  de  Harfleu,  et  là  des- 
cendy,  montay  sur  la  rivière  de  Saine  où  je  alay  jusques 
à  Paris.  Et  là  achetay  des  chevaux  et  m'en  alay  par  terre 
jusques  à  Sébile  8  la  grant,  devers  l'infant  don  Ferrant, 
lequel,  acompaigné  du  povoir  de  Castille  et  d'Espaigne  y,  ou 
nombre  de  trois  cens  mille  hommes,  que  de  pié,  que  de 
cheval,  entra  ou  royaume  de  Grenade,  où  il  fut  10  de  six  à 

1  Deux  centz  et  sept  voilles  (A). 

*  A  l'ancre  (A). 

■  Hampton,  aujourd'hui  Southampton. 

*  L'île  de  Wight. 

5  Qui  nous  prindrent  (A). 

6  On  peut  lire  :  quant  ou  miis,  car  l'un  ou  l'autre  mot  a  été  sur- 
chargé sans  qu'on  puisse  distinguer  lequel  des  deux  a  été  écrit  le 
premier  et  remplacé  par  l'autre.  Le  ms.  A  porte  :  quant. 

7  Harfleu r. 

8  Séville. 

9  Du  pouvoir  d'Espaigne  (A). 

10  II  demourat  (A). 


d6  VOYAGES  1410. 

sept  mois.  Et  y  print  la  ville  d'Anticaire  1  de  siège,  lequel 
siège  dura  six  mois.  Et  fut-  laditte  ville  assaillie  deux 
fois  2,  et  au  deuxième  assault,  elle  fut  prise  à  l'ayde  de  cer- 
tains gros  engins  de  bois  fait  de  gros  marrien,  telz  comme 
une  merveilleuse  eschielle  où  il  y  avoit  cent  hommes 
d'armes  dessus,  et  deux  autres  engiens  dont  sailloient,  par 
longs  mastz,  en  amont,  caiges  plains  d'arcbalestriers,  pour 
lesquelz  engiens  bouter  avant 3  failloit  à  chascun  mille 
hommes  de  pié. 

Item,  durant  ledit  siège  d'Anticaire  ,  vindrent  les 
Mores,  c'est  à  sçavoir  les  deux  oncles  du  roy  de  Grenade, 
à  bataille,  frapper  sur  favant-garde  de  l'ost  d'Espaigne,  ou 
nombre  de  ving  et  cincq  à  trente  mille  Sarrasins,  lesquelz 
furent  desconfis,  et  en  y  eut  de  mors  de  huit  à  neuf  mille, 
que  en  la  place,  que  en  la  chasse,  et  toutes  leurs  despouilles 
prinses  avecq  leurs  tentes  et  pavillons. 

Item,  depuis,  y  eut  ung  autre  moult  grant  assault  devant 
la  ville  d'Archidonne  4,  où  je  fus  forment  navré  d'une  pierre 
de  fais  qui  me  chut  dessus  le  piet.  Et  ne  fust  point  laditte 
ville  prinse  de  cestui  assault. 

Item,  y  eut  une  autre  course  de  cincq  cens  hommes 
d'armes  et  cincq  cens  hommes  de  piet,  par  ung  capitaine 
d'Espaigne  faitte  devant  la  ville  de  Ronde  5,  où  les    Sarra- 

4  Antequera,  entre  Séville  et  Grenade. 

*  Par  deux  fois  (A). 

*  Bouter  amont  (A). 

*  Archidona,  au  nord-est  d'Antequera. 

5  Ronda,  au  nord-est  de  Cadix. 


1411.  ET    AMBASSADES.  17 

sins  firent  une  saillie  en  laquelle  ilz  furent  desconfis.  Et  en 
y  eut,  que  mors,  que  prins,  ou  nombre  de  mille.  Et  y  fus 
navré  de  deux  dardes  r,  à  une  escarmuche  devant  la  porte, 
et  mon  cheval  occis  de  deux  dardes,  et  ung  autre  mien 
cheval  soubz  l'un  de  mes  gens  pareillement  occis. 

Item,  encores  durant  cedit  siège  de  Anticaire,  le  grant 
maistre  de  Saint-Jacque  fist  une  course  et  emprinse  devant 
Malicque  2,  du  nombre  de  neuf 3  mille  hommes,  et  sartèrent 
les  vignes  es  jardins,  puis  boutèrent  les  feux  là  entour. 
Alors  saillirent  les  Mores  de  la  ville  et  du  pays  en  bataille 
contre  les  cristiens,  lesquelz  furent  desconfis,  et  en  y  eut 
de  mors,  que  en  la  place,  que  en  la  chasse,  de  six  à  huit 
mille. 

Item,  au  retour  de  cette  armée,  l'infant  revenu  en 
Sibile  4  me  donna  ung  coursier  et  une  mule  et  me  fist  payer 
les  deux  chevaux  qui  me  furent  tuez  devant  Ronde.  Et  ung 
autre  capitaine  me  donna  deux  autres  chevaulz. 

Item,  ceste  guerre  finée,  trêves  faittes  5  entre  le  roy  de 
Grenade  et  le  roy  de  Castille,  je  m'en  alay,  par  l'ayde  de 
l'infant,  par  sauf-conduit,  devers  le  roy  en  sa  ville  de  Gre- 
nade, où  je  fus  neuf  jours  à  vëoir  son  estât  et  son  estre  6,  sa 

'  De  deux  dardz  au  corps  (A). 
2  Malaga. 

5  Dix  (A). 

  Dedens  sa  ville  (A).  —  L'édition  Serrure  dit  :  à  Sibile. 
8  Ceste  guerre  fiaie  et  trêves  faites  (Ed.  S.).  C'est  finée  qu'il  fallait 
lire  avec  les  deux  manuscrits. 

6  Le  ms.  A  supprime  :  Et  son  estre. 


18  VOYAGES  1412. 

ville,  son  pallais,  ses  maisons  et  ses  gardins  de  plaisance 
et  aussy  des  autres  princes  là  autour,  qui  sont  choses  belles 
et  merveilleuses  à  vëoir. 


Item,  passâmes  et  rapassames  par  la  ville  de  Alcala,  qui 
est  au  roy  de  Castille  et  en  la  frontière  de  Grenade,  et  puis 
revenismes  à  Sébile,  de  là  en  Arragon,  et  puis  en  France. 
Et  demouray  audit  voyaige  onze  mois. 

L'an  mille  quatre  cens  et  neuf,  ou  mois  de  may,  fus 
retenus  à  Paris  eschasson  de  monseigneur  le  duc  Jehan  de 
Bourgongne.  Puis  je  me  party  de  là,  avecq  pluisieurs  gen- 
tilzhommes  de  mondit  seigneur  le  duc,  à  une  journée  de 
bataille  qui  se  disoit  estre  à  certain  jour  nommé,  sur  la 
reddicion  du  chastel  de  Tisel,  assiégé  par  monseigneur  de 
Helly  et  monseigneur  de  Pertenay,  mareschaulz  lors  de  par 
le  roy,  lesquelz  se  trouvèrent  puissans,  à  icelui  jour,  de 
mille  hommes  d'armes  et  deux  mille  hommes  de  trait. 
Auquel  jour  ne  vindrent  point  les  adversaires,  nommez 
pour  lors  Armignas,  et  se  rendy  ledit  chastel  sans  cop  férir. 
Et  toute  celle  saison  demouray,  avecq  monseigneur  de 
Santés,  mon  frère,  en  la  compaignie  de  monseigneur  de 
Helly  et  de  monseigneur  de  Pertenay,  mareschaulz,  lesquelz 
gaignèrent,  oudit  pays  de  Guienne,  de  Poitou  et  de  Limosin, 
pluisieurs  villes  et  chasteaux,  aucuns  *  par  siège,  les 
autres  d'assault  et  les  autres  par  subtillité  de  guerre.  Et 
tant  firent 2  qu'ilz  mirent  tout  Poitou  et  Lymosin  en  l'obéis- 
sance du  roy. 


'  Aulcunes  (A). 
*  Furent  (Ed.  S.) 


1412.  ET    AMBASSADES.  19 

L'an  mille  quatre  cens  et  dix,  le  roy  manda  monseigneur 
de  Helly  et  sa  puissance,  qu'il  revenist  de  Guienneau  devant 
de  luy  pour  le  servir  et  mettre  le  siège  devant  Bourges. 
Lequel  seigneur  de  Helly  le  fist  et  partist  l  de  Guienne,  luy 
six  cens  hommes  d'armes  et  cincq  cens  hommes  de  trait, 
s'envint  parmy  Berry,  logeant  et  fourraigeant,  tant  que,  au 
partir  du  Bourg-de-Dieu,  au  premier  logis  que  nous  fesimes  2 
en  la  ville  et  chasteau  de  Limeux  3,  vindrent  par  ung 
matin  bien  mille  hommes  d'armes,  eulx  partans  de  la  ville 
de  Bourges,  et  grosses  gens  d'armes  de  trait,  lesquelz  nous 
combatirent  à  noz  logis,  gaignèrent  nos  barrières  et  nous 
reboutèrent  très  hideusement  et  crueusement,  puis  prin- 
drent  lesdittes  gens  d'armes  tous  noz  chevaulz  4  au  nombre 
de  quinse  cens,  et  y  eut  plusieurs  de  noz  gens  mors,  que 
prins  ;  mais  ledit  seigneur  de  Helly  et  la  plus  grant  part 
de  la  chevalerie  nous  retraïsmes  ou  chastel,  ouquel  ilz 
firent  samblant  d'assaillir,  5mais  n'y  firent  riens  fors  bouter 
le  feu  en  la  ville,  et  emmenèrent  leur  proye.  Et  là  fus  je 
navré  en  la  cuisse,  parmy  le  harnas,  d'un  vireton,  dont  j'en 
portay  6la  mouche  en  la  cuisse  plus  de  neuf  mois. Et  après 
ce  que  nous  eusmes  recouvré  de  chevaulz  jusques  au 
nombre  de  deux  à  trois  cens,  par  une  emprinse  que  firent 
noz  gens  par  nuit  à  Estaudun  7  où  estoit  leur  proye,  mon- 
seigneur de  Helly  et  ses  gens  venismes  devers  le  roy  au 
siège  de  Bourges. 

4  Partant  (A). 

*  Fûmes  (A). 

3  Limeux,  village  du  département  du  Cher,  non  loin  de  Vierzon. 

*  Et  nous  reboutèrent,  prindrent  tous  noz  chevaulx  (A). 

5  Lequel  ils  firent  semblant  de  laissier  (A). 

6  Dont  je  portay  (A). 

T  Eschandun  (A).  Issoudun. 


20  VOYAGES  1413. 

L'an  mille  quatre  cens  et  douse,  ou  mois  de  mars,  me 
party  de  l'Escluse  pour  aller  en  Prusse  contre  les  rnescréans1, 
en  une  armée  que  faisoient  les  seigneurs  de  Prusse  contre 
les  meseréanz.  Et  montay  sur  mer  en  une  hulcque  2,  passay 
par  devant  les  isles  de  Hollande  et  de  Zéelande  3  et  par 
devant  Frise,  la  haute  et  la  basse,  et  par  devant  Gusteland 4, 
et  arrivay  en  Danemarche  en  ung  villaige  appelle  Zuutland  5, 
où  il  y  a  une  ville  nommée  l'Escaigne  6,  et  y  a  cent  lieues 
de  l'Escluse. 


Item,  de  l'Escaigne,  passay,  à  main  senestre  \  devant  le 
pays  de  Norwèghe,  etpuisentray  dedens  le  Sonet8, qui syet 
entre  les  isles  de  Dennemarche  et  entre  le  royaume  de 
Zuède,  et  appelle  on  celle  mer  la  mer  de  Scoene  9,  où  on 
peschele  herencq.  Et  arrivay  ou  royaume  de  Dennemarche, 
à  ung  port  et  ville  appellée  Elsengueule  10.  Et  est  la  mer  en 
celui  endroit  la  plus  estroitte  qui  soit  oudit  Zont.  Et  à 
l'autre  lez  dudit  port  Zoent,  à  une  lieue  de  mer,  ou  pais 
de  Scoene, y  a  ung  chastel  moult  bel  appelle  Helsembourg  II, 
tout  du  royaume  de  Dennemarche. 

'   Contre  les  rnescréans,  manque  au  ms.  A. 

*  ffulke,  en  flamand,  vaisseau  de  transport. 

s  Les  isles  de  Zélande  et  les  pais  de  Hollande  (A). 

*  LeJutland. 

5  Ziutland. 

6  Skagen,  à  la  pointe  du  Jutland. 

'  Serrure  a  imprimé  :  sinistre.  Notre  ms.  porte  cependant  :  senes- 
tre. —  Synestre  (A). 

8  Soet  (A).  Le  détroit  du  Sund. 

9  Mer  de  Scanie. 

10  Elseneur,  en  latin  Helsingora,  en  danois  Helsingor. 
M  Helsingborg. 


1415.  ET    AMBASSADES.  21 

Item,  de  là,  passay  par  devant  pluisieurs  villes  où  les  mar- 
chans  et  maronniers  gisent  qui  peschent  le  poisson  comme 
herencq  \  sy  comme  Scoene  2,  Vaeltrenone  3,  Dracul 4,  et 
Eleboughe  5.  Et  puis  passay  par  devant  l'isle  de  Weden  6, 
qui  est  de  Danemarche7,  et  par  devant  l'isle  deBroucholem  8 
qui  est  aussy  de  la  seignourie  de  Danemarche.  Et  puis  pas- 
say, à  main  dextre,  par  devant  le  pais  de  Lubeke  et  de  Mé- 
zonde  9  et  devant  tout  le  païs  et  duché  de  Pomer  10,  qui 
appartient  au  roy  de  Danemarche,  et  puis  arrivay  en  la 
terre  et  pais  des  seigneurs  de  Prusse,  à  ung  port  et  ville 
fermée  nommée  Danzike  u,  parmy  laquelle  ville  passay  la 
rivière  de  le  Wissel  12,  qui  va  cheoir  en  la  mer,  et  appelle 
on  proprement  le  port  de  le  Wissel,  après  le  nom  de  laditte 
rivière.. 

Item,  appartient  ledit  païs  de  Prussa  aux  seigneurs  des 

*  Peschent  les  harrengues  (A). 

*  Skanôr,  à  la  pointe  sud-ouest  de  la  Scanie. 

"  Waltrebol  (A).  Lelewel  conjecture  qu'il  s'agit  du  bourg  de  Lands- 
kron,  en  Scanie. 

*  Dragor,  bourg  dans  l'île  de  Séeland,  au  sud  de  Copenhague. 

5  Les  commentateurs  n'ont  pas  identifié  cette  localité.  Ce  ne  peut 
guère  être  Elfsborg  qui  est  dans  le  Cattegat,  beaucoup  au  nord  de  la 
région  dont  parle  l'auteur. 

a  L'île  de  Huen  ou  Weu,  dans  le  Sund,  où  Tycho-Brahé  eut  plus 
tard  sou  observatoire  d'Uranibourg.  ♦ 

7  De  Dannemarche,  non  habittée  (A). 

8  L'île  de  Bornholm. 

9  Lubeck  et  Stralsunde. 
i0  Poméranie. 

11  Dantzig. 

11  La  Wissel  (A).  La  Vistule,  en  allemand  Weichsel,  en  polonais 
Wisla. 


22  VOYAGES  1413. 

Blans  Manteaulx  \  de  Tordre  Nostre  Dame,  et  ont  ung 
hault  maistre  qui  est  leur  seigneur. Et  fut 2  anciennement  le- 
dit païs  concquis  à  l'espée  contre  les  raescréans  de  Létau  3 
et  de  Samiette  4. 

Item,  de  Danzique  ,  m'en  alay  sur  charioz  devers  ledit 
hault  maistre  5  que  je  trouvay  à  Mariembourg  6,  qui  est 
ville  et  chastel  très  fort,  ouquel  gist  le  trésor,  la  force  et 
tout  le  retrait  de  tous  les  seigneurs  de  Prusse  7.   Et  est 

1  Les  chevaliers  de  l'ordre  teutonique. 

*  Et  ont  (A). 
8  Lithuanie. 

4  L'ancienne  Samogitia,  entre  la  Lithuanie,  la  Courlande  et  la 
Prusse. 

5  Le  grand  maître  de  l'Ordre,  alors  Henri  de  Plauen  (1410-1413). 
Après  la  défaite  des  chevaliers  à  Grunvald,  où  le  grand  maître 
périt,  Henri  de  Plauen  fut  élu  et  «  il  dut  profiter,  dit  Lelewel,  de 
l'indolence  des  Polonais  vainqueurs  »  pour  ramener  la  victoire, 
grâce  aux  guerriers  étrangers  qu'il  appela  au  secours  de  «  la  Religion  » 
contre  ces  mecréans.  Gachet  dit  à  ce  propos  :  «  Que  de  mauvais 
desseins,  que  d'ambitions  cachées  se  sont  servi  de  ce  mot-là, par  abuser 
la  multitude...  Voyez  par  exemple  ici  :  Les  chevaliers  teutoniques 
ont  des  démêlés  avec  Jagellon,  roi  de  Pologne  :  il  s'agit  de  la  posses- 
sion de  la  Poméranie.  Les  Polonais  ne  sont  pas  des  mecréans  ;  il  y  a 
bien,  à  la  vérité,  dans  le  grand  duché  de  Lithuanie,  quelque  peuplade 
sarrasine,  mais  c'est  une  imperceptible  minorité.  N'importe,  pour  les 
chevaliers  de  Prusse,  les  Polonais  ne  sont  que  des  tartares,  ce  sont 
des  mecréans,  ce  sont  des  infidèles,  et  ils  appellent  tous  les  guerriers 
chrétiens  pour  les  combattre.»  Ghillebert  caractérise  plus  loin  l'œuvre 
des  chevaliers  des  Blancs-Manteaux  en  appelant  leurs  sujets  des 
«  cristiens  natifz  par  force.  » 

•  Marienburg,  l'ancienne  capitale  de  l'ordre  teutonique,  au  sud-est 
de  Dantzig,  sur  le  bras  droit  de  la  Vistule  ou  Nogat. 

7  «  C'est  ce  fameux  château  des  chevaliers  teutoniques  dont  le  roi 
de  Prusse  actuel  a  entrepris  la  restauration  ,  »  dit  Emile   Gachet. 


1415.  ET    AMBASSADES.  23 

ledit  chastel  tousjours  pourvëu  de  tous  vivres  pour  soustenir 
mille  personnes  dix  ans  de  long,  ou  pour  dix  mille,  ung  an. 

Item,  y  a  sept  lieues  de  Dansi^ue  à  Mariembourg.Et  puis, 
retournay  de  Mariembourg  à  Danzique  et  remontay  sur  la 
mer  en  une  hulque,  environ  la  fin  de  may,  pour  m'en  aler 
visiter  le  roy  de  Danemarche  et  passer  temps,  pour  ce  que 
la  rese  l  de  Prusse  n'estoit  point  preste.  Et  passay,  à  main 
senestre,  de  rechief  devant  ledit  païs  de  Pomer,  de  Lubeque 
et  de  Mêzonde,  et  à  main  dextre,  par  devant  ladite  isle  de 
Broucsolem  2.  Et  arrivay  en  la  mer  de  Scoene,  ou  dessus  du 
Sont,  à  une  isle  de  Danemarche  nommée  Zéeland3,  au  dessus 
du  village  et  port  de  Elzmorule.  Et  là  montay  sur  charioz 
et  alay  parmy  le  païs  de  Danemarche  le  chemin  qui  s'ensieut. 
De  Elzmorule  ou  Elzengueule  4,  portetvillaige,  acincq  lieues 
jusques  à  Roschilt 5,  qui  est  grosse  ville  et  éveschié,  la  tierce 
ville  de  Danemarche. 


Item,  et  de  là  à  Rainstede  \  bonne  ville  à  quatre 7  lieues 
de  là,  et  de  là  à  Nastewede  8,  bonne  ville  à  cincq  lieues  de 
là  ;  puis 9  à  Werdinghebourg  10,  qui  est  ville  fermée  et  chastel, 


*  Reise  :  voyage,  expédition. 

*  Broncholen  (A).  Bornholm. 
5  L'île  de  Séeland. 

À  Elzegneur  (A).  Elseneur.    Voyez  la  note  <0  de  la  page  20. 

5  Roskilde,  à  l'Ouest  de  Copenhague. 

6  Ringsted,  au  centre  de  l'île  de  Séeland. 

7  Cinque  (A). 

8  Nestved,  dans  l'île  de  Séeland. 

9  Le  ms.  A  omet  les  13  mots  qui  précèdent. 

10  Vordingborg,  au  sud  de  la  même   île. 


24  VOYAGES  1415. 

à  six  lieues  de  là.  En  laquelle  ville  de  Werdinghebourg, 
trouvay  le  roy  de  Danemarche  accompaigné  de  quatre  ducs, 
telz  comme  l  le  duc  de  Pomere,  le  duc  de  Wotilgast  et  les 
deux  frères  de  Zasseme,  enssamble  deux  archevesques  et 
trois  évesques.Et  par  ung  jour  de  la  Penthecouste 2,  me  fîst 
seoir  à  sa  table  au  disner  et  me  présenta  son  ordre,  puis 
me  donna  au  partir  ung  drap  de  soye,mais,  le  plus  honnes- 
tement  que  je  peulz,  je  renonchay  à  son  ordre  pour  ce  qu'il 
estoit  lors  ennemy  des  seigneurs  de  Prusse,  où  je  aloye  en 
leur  armée  que  on  appelloit  pour  lors  reises. 

Item,  au  retour  de  Werdinghebourg,  pour  m'en  retour- 
ner en  Prusse,  m'en  revins  par  le  chemin  dessusdit  à  ung 
port  de  mer  nommé  Cokene  3,  qui  siet  à  quatre  lieues  de 
Roschilt.  Et  de  là,  par  une  nuit  Saint- Jehan 4,  m'en  allay  à 
ung  marchié  de  chevaulz  qui  estoit  à  Ritristede  5,  où  je 
achetay  quatre  chevaulz  6,  lesquelz  je  mis  en  mer,  dessus  ung 
bateau,  audit  port  de  Cokene,  et  les  ramenay  au  dessusdit 
port  de  Danzique  en  Prusse. 

1  C'est  à  sçavoir  (A). 

*  6  juin  1413,  comme  l'a  établi  Lelewel. 
3  Kioge,    au  sud-ouest  de  Copenhague. 

*  24juiu  1413.  (Lelewel). 

5  il  ne  paraît  pas  inpossible  qu'il  s'agisse  encore  une  fois  de  Ring- 
sted.  G.  de  Lannoy  était  revenu  à  proximité  de  cette  ville,  et  l'on  ne 
trouve  autour  de  Kioge  aucune  autre  localité  dont  le  nom  se  rapproche 
de  celui  du  texte.  Les  marchés  aux  chevaux  se  tenaient  d'ordinaire 
dans  des  villes  ou  bourgs  d'une  certaine  importance.  De  plus,  l'auteur 
parle  de  Ristristede  (mot  probablement  mal  lu  par  le  copiste)  comme 
s'il  s'agissait  d'un  poiat  déjà  connu. 

8  Le  ras.  A  omet  ici  par  erreur  les  9  mots  qui  précèdent.  Il  y  a 
aussi  dans  ce  paragraphe  plusieurs  omissions  de  mots  qui  sem- 
blent faites  en  vue  de  la  concision. 


1415.  ET   AMBASSADES.  25 

Item,  de  Danzique,  m'en  ralay  devers  le  grant  maistre  à 
Mariembourg,  sur  le  Wissele,  et  de  Mariembourg  à  Melum- 
ghe  *,  où  il  y  a  quatre  lieues.  Et  depuis,  avecq  ledit  grant 
maistre,  qui  bonne  chière  me  faisoit,  m'en  alay  avecq  luy 
esbatre  en  pluisieurs  de  ses  villes,  cours  et  chasteaulx  de 
leurs  seignouries,  et  revins  à  Melumghe,  qui  est  très  belle 
petite  ville  et  commanderie,  assise  sur  deux  rivières. 

Item,  de  Melumghe,  m'en  alant  vëant  païs,  alay  passer 
par  les  villes  de  Kinseberch  2,  Wauwembourg  3  et  Bran- 
dembourch  4.  Puis  vins  à  Keininczeberghe  5  qui  est  grosse 
ville  assise  sur  une  rivière  6  et  y  a  deux  fermetez  et  ung 
chastel,  et  appartient  au  mareschal  de  Prusse,  et  voit  on 
en  celle  ville  les  armes,  le  lieu  et  la  table  d'honneur  du 
temps  des  reises  de  Prusse  7  ;  sy  a  de  Melumghe  à 
Keininczeberghe  dix  sept  lieues  8. 

*  Lelewel  pense  qu'il  s'agit  ici  d'une  erreur  de  copiste,  et  qu'il  faut 
lire  Oelvinghe,  forme  ancienne  d'Elbing.  Cette  leçon  paraît  fort  vrai- 
semblable, et  la  situation  d'Elbing  convient  au  récit. 

*  Petite  localité  qui  porte  aujourd'hui  le  nom  de  Konigshagen,  entre 
Elbing  et  Frauenbourg,  cité  plus  loin. 

3  Frauenburg,  anciennement  Vrauwenburg,  au  nord-est  d'Elbing. 

*  Brandenburg,  sur  le  Frische  HafF,  au  sud-ouest  de  Konigsberg. 

5  Konigsberg.  L'orthographe  de  Ghillebert  de  Lannoy  semble  aroir 
pour  but  de  rendre  aussi  exactement  que  possible,  pour  un  lecteur 
français,  la  prononciation  allemande.  Il  en  est  de  même  pour  beaucoup 
d'autres  noms  propres,  que  ce  voyageur  écrit  évidemment  d'après  le  son. 

6  Item,  de  Melungue,  m'en  allay  vëant  pays  à  Keuninczenberghe 
en  Prusse,  et  y  at  XVII  lieues  et  passai-ge  par  Kinzeberghe,  par 
Wouwembourcq,  par  Brandembourghe  qui  est  commenderie,  et  est  la 
ville  de  Keuninczberghe  moult  grosse,  sur  une  rivière  assyze  (A). 

7  Notre  ms.  écrit  :  Prussy.  J'ai  suivi  le  ms.  A.  La  forme  Prusci 
(Prussiens)  s'était  répandue  par  l'usage  de  la  langue  latine. 

8  Où  on  solloit  jadis  couvrir  la  table  d'honneur,  au  temps  des  rèses 
de  Prusse  (A).  Le  reste  de  l'alinéa  manque  dans  ce  manuscrit. 

VOY.   ET   AMB.  2 


26  VOYAGES  4413. 

Item,  de  Keininczeberghe,  retournay  à  Danzique,  et  en 
iceluy  temps  vindrent  nouvelles  que  les  seigneurs  de 
Prusse  feroient  rèse,  sur  Testé  \  sur  le  roy  de  Poulane  2  et 
sur  le  duc  de  Pomère  3  qui  favorisoient  les  Sarrasins  4.  Sy 
me  party  dudit  lieu  de  Danzique  avecq  lesditz  seigneurs 
qui  avoient  assamblé  d'un  costé  quinse  mille  chevaulz  et  de 
l'autre  costé  six  mille  chevaulz,  sans  les  gens  de  pie,  dont 
il  y  avoit  grant  nombre  5.  Et  m'en  alay  avecq  eulz  en  armes 
parmy  les  forestz  de  Prusse,  l'espace  de  huit  jours  6,costiant 
les  frontières  de  Poulane,  et  entrèrent  à  puissance  en  la 
duché  de  Pomère  où  ilz  furent  quatre  jours  et  quatre  nuitz, 
où  ilz  ardirent  bien  cincquante  villes  à  clocquiers  7  et  prin- 
drent  proye  de  bestial  grant  nombre. 

Item,  vindrent  depuis  devant  une  ville  fermée  nommée 
Polleur  ,  assise  en  la  Masoen  8,  laquelle  fut  asssaillie 
moult  vaillamment,  et  par  force  d'armes  prindrent  de  trois 


4  Rèse  d'esté  (A). 

*  Pologne. 

*  Poméranie. 

*  Tout  ce  qui  n'était  pas  chrétien  était  taxé  alors  de  Sarrasin. 

5  D'uug  cousté  quinze  mille  chevaulx  sans  les  gens  de  pied,  et 
d'aultre  cousté,  aultres  six  mille  chevaulx,  aussy  sans  les  gens  de 
pied,  dont  il  y  avoit  grant  nombre  (A). 

6  Serrure  avait  imprimé  :  Parmy  les  forestz  de  Prusse  de  huit  tours. 
Notre  ms.  porte  :  de  huit  jours.  Le  ms.  A  est  plus  clair  ,  j'ai  admis 
sa  version. 

7  Ce  sont  «  certainement,  dit  Lelewel,  les  hameaux  paroissiaux. 
Même  par  cette  interprétation,  le  nombre  est  exorbitant  par  la  Pomé- 
ranie. Simple  exagération  de  pillards.  » 

8  Massovia,  ancien  duché,  aujourd'hui  Massow,  au  nord-est  de 
Stettin. 


1413.  ET   AMBASSADES.  27 

portes  les  deux  l,  mais  ceulz  de  la  ville 2  se  dépendirent  sy 
vaillamment  qu'il  y  eut  moult  de  gens  mors  et  navrez  et 
que  fînablement  il  convint  à  noz  gens  eulz  retraire  sans 
prendre  la  ville.  Auquel  assault  me  fut  donné  3  l'ordre  de 
chevallerie  par  la  main  d'un  noble  chevallier  nommé  le 
Ruffe  4  de  Palleu,  et  eus  5  illecq  le  bras  perchié  d'un  vire  ton 
très  durement. 


Item,  vindrent  par  devant  une  autre  ville  fermée  faire 
aucunes  escarmuches,  et  de  là,  sans  plus  faire,  s'en  retour- 
nèrent en  Prusse,  et  moy  m'en  revins  à  Dansique.  Sy  dura 
laditte  reise  seise  jours  6.  Et  tantost  après  le  retour 
d'icelle,  fut  le  hault  maistre,qui  par  maladie  estoit  demouré 
à  Mariembourg,  prins  prisonnier  par  le  mareschal  et  autres 
commandeurs,  ses  hayneurs.  Sy  fut  dégradé  et  déposé 
de  son  estât  pour  aucunes  defFautes  qu'ilz  luy  imposoient,  et 

1  Par  trois  portes  qu'il  y  avoit,  les  deux  (A). 

2  Ceux  de  dedens  (A). 

3  Et  à  iceluy  assault  fu  blessiez  et  recheus  Tordre,  etc.  (A).  Le 
ms.  A  fait  dans  ce  paragraphe  plusieurs  omissions  de  mots  et  légers 
changements,  peu  importants  à  noter. 

*  Russe  (A). 

5  Et  y  eus  (A). 

6  Ces  expéditions,  au  dire  de  Lelewel,  sont  d'une  certaine  valeur,  non 
pas  à  cause  de  leur  grande  importance,  mais  en  ce  qu'elles  accusent 
l'Ordre  de  la  rupture  de  la  paix  ou  de  l'armistice.  «L'histoire  de  l'ordre 
teutonique,  par  un  chevalier  de  l'ordre,  publiée  en  F/86,  n'en  fait 
aucune  mention...  Les  historiens  polonais  ignorent  de  même  ces  hosti- 
lités—  La  Pologne  ne  donnait  aucun  motif  à  rupture  ;  cependant 
le  grand-maître  Henri  de  Plauen...  faisait  des  irruptions  dans  le 
-territoire  des  alliés.  Car  ces  reises  ont  eu  lieu  sans  aucun  doute,  de 
Lannoy  ne  les  a  pas  inventées.  »  Ghillebert  apporte  donc  ici  une 
preuve  à  l'histoire. 


28  VOYAGES  1415. 

fut  rais  en  une  forte  tour  l  où  il  fut  grant  temps  plain  d'im- 
pacience,  mais  depuis,  ung  peu  après  ce,  se  rafferma  et  luy 
fut  rendue  une  petite  commanderie  2,  puis  fut  mis  hors  de 
prison,  mais  finablement  il  morut 3  de  doel  et  d'anoy 4. 

Item,  assez  tost  après,  me  partis  de  Dansicque  en 
Prusse,  pour  m'en  aller  ou  païs  de  Liufflant 5,  pour  estre 
dans  la  reise  d'y  ver.  Sy  m'en  alay  à  Keininczeberghe,  où 
il  a  trente  trois  6  lieues,  et  de  là  à  le  Memmelle  7  qui  est 
commanderie  assise  sur  la  rivière  de  le  Memmelle,  qui  est 
molt  grosse.  Et  y  a  ung  chastel  qui  est  le  derrain 
chastel  de  Prusse  vers  les  frontières  de  Sammette  8,  et 
costie  on  la  mer,  à  main  senestre,  en  cheminant  de  Keininc- 
zeberghe, et,  à  la  main  dextre,  une  autre  grosse  rivière,  et 
nomme  l'on  ce  chemin  le  Strang9,  et  y  a  de  Keininczeberghe 
jusques  à  le  Memmelle  dix-huit  lieues. 

Item,  quant  on  a  passé  oultre  ledit  Strang,  on  entre  ou 
païs  de  Sammette,  mais  on  treuve  bien  douse  lieues  de 
désertes  solitudes,  sans  trouver  quelque  trace  de  humaine 

4  Grosse  tour  (A). 

*  Et  depuis,  après  ce  que  ung  pou  se  reformat,  luy  fut  une  petite, 
etc.  (A). 

s  Fut  mis  hors,  mais  enfin  il  morut,  etc.  (A). 

4  La  déposition  de  Henri  de  Plauen  ,  accusé  d'avoir  favorisé 
l'hérésie  de  Wiclef,  est  du  11  oct.  1413.  Il  ne  mourut  que  7  ans 
après. 

6  En  allemand  Livland,  Livonie. 
e   Vingt  et  deux  (A). 

7  Memel. 

s  Samogitia,  comme  plus  haut. 
9  Strant  (A). 


1413.  ET   AMBASSADES.  29 

habitacion  l  tousjours  costoyant  la  mer  à  main  senestre  *.  Et 
est  nommé  cedit  désert  le  Strang  de  Létaoen  3,  nonobstant 
ce  que  ce  soit 4  du  païs  de  Sammette.Et  passay  parmy  lepaïs 
de  Correlant 5,  qui  appartient  aux  seigneurs  de  Liuflant 6, 
lesquelz  sont  subgectz  aux  seigneurs  de  Prusse,  et  vins  à 
une  ville  nommée  le  Live  7,  assise  sur  une  rivière  nommée 
le  Live,  laquelle  départ  les  pais  8  de  Correlant  et  de  Sam- 
mette.  Et  y  a  douse  lieues  de  laditte  Memmelle  jusques  à 
laditte  Live  9. 


Item,  de  le  Live,  en  Correlant,  m'en  allay  à  Righe  10,  en 
Liuflant,  par  pluisieurs  villes,  chasteaux  et  commanderies, 
aussy  appartenans  aux  seigneurs  de  Liuflant.  Et  premier 
par  Gurbin  ll  qui  est  chastel,  puis  par  Guldinghe  12  qui  est 
ville  fermée,  par  Cando,  13  chastel,  et  autres  villes  et  chas- 
teaux ou  païs  de  Correland  et  de  Sammette  14,  appartenans 
aux  seigneurs  de  Liuflant.  Et  par  pluisieurs  villaiges  des 

'  Le  commencement  de  cet  alinéa  varie  un  peu  dans  le  ms.  A. 

2  Notre  ms.  met  ici  :  à  main  dextre,  mais  Lelewel  avait  déjà  remar- 
qué que  c'était  une  erreur.  Le  ms.  A  vient  donner  raison  au  savant. 
J'ai  admis  sa  version. 

*  Lithuanie. 

*  Notre  ms.  porte  :  nonobstant  que  c'est.  J'ai  préféré  la  version  A. 

5  Courlande. 

6  Livonie. 

Libau,  sur  la  Baltique. 

*  Notre  ms.  dit  :  Le  pays.  J'ai  admis  la  version  A. 

9  Le  m  s.  A  met  partout  :  La  Live. 

10  Riga. 

M  Grobin. 

"  Goldingen. 

15  Candau  des  cartes  modernes,  à  l'ouest  de  Riga. 

44  Le  ms.  A  omet  :  de  Samette. 


30  VOYAGES  1415. 

Zamegaelz  \  des  Corres  et  des  Lives,  lesquelz  ont  chascun 
ung  langaige  à  part  eulz  2.  Et  passay,  à  deux  lieues  près  de 
Righe,  une  grosse  rivière  appellée  Tzamegaelzara  3,  et 
arrivé  à  Righe,  qui  est  port,  chastel  et  ville  fermée  et  la 
ville  capitale  du  pais,  et  où  le  maistre  de  Liuflant  fait  sa 
résidence.  Et  y  a  de  Live  en  Correlant  jusques  à  là  cinc- 
quante  lieues. 

Item,  ont  lesdis  Corres,  jasoit  ce  quilz  soient  cristiens 
natifz  par  force 4,  une  secte  que  après  leur  mort  ilz  se  font 
ardoir  en  lieu  de  sépulture,  vestus  et  aournez  chascun  de 
leurs  meilleurs  aournemens5,  en  ung  leur  plus  prochain  bois 
ou  forest  qu'ilz  ont,  en  feu  fait  de  purain  bois  de  quesne6. 
Et  croyent,  se  la  fumière  va  droit  ou  ciel,  que  l'âme  est 
sauvée,  mais,  selle  va  soufflant  de  costé,  que  lame  est 
périe  7. 

Item,  à  Righe,  trouvay  le  maistre  le  Liuflant,  seigneur 
de  Correlaud  8,  lequel  est  soubz  le  maistre  de  Prusse,  et  n'y 

1  Les  Semigals. 

*  «  Ces  quatre  langages,  dit  Emile  Gachet,  dont  trois  sont  des  dia- 
lectes de  la  langue  lettonne,  et  dont  l'autre  a,  dit-on,  certains  rapports 
avec  le  magyare,  ces  quatre  langages  sont  parlés  encore  aujourd'hui 
dans  ces  contrées.  » 

3  La  Diina.  C'est,  dit  Lelewel,  le  mot  Semigals-Ara,  rivière  des 
Semigals. 

4  Le  ms.  A  supprime  les  mots  :  natifz  par  force.  Le  chapelain  de 
Ghillebert  l'aurait-il  fait  avec  intention  ? 

5  Leurs  meilleurs  habitz,  cateux  et  joueaulx  qu'ils  ayent  (A). 

6  En  feu  de  bois  de  chaisne  (A). 

7  Perdue  (A). 

8  Le  maître  provincial  était  alors  Conrad  de  Vietinghoff.  1404-1410 
(Lelewel). 


1415.  ET   AMBASSADES.  31 

trouvay  point  de  reise.  Sy  entreprins  par  le  moyen  dudit 
maistre,  de  m'en  aller  en  la  grant  Noegarde  *  en  Russye, 
et  m'en  allay  devers  le  land  mareschal  qui  estoit  à  une  ville 
à  sept  lieues,  près  d'une  ville  que  l'en  nomme  Zeghe- 
walde  2.Et  de  là  en  avant,  je  m'en  allay  tousjours  parle  païs 
de  Liuflant,  de  ville  à  autre,  parmy  les  chasteaux,  cours  et 
commanderies  dudit  maistre  de  l'ordre,  et  passay  à  une 
grosse  ville  fermée  nommée  Winde  3,  qui  est  commanderie 
et  chastel,  et  à  Weldemaer  4  aussy,  qui  est  ville  fermée,  et 
à  Vellin  qui  est  ville  fermée  5  et  commanderie,  et  à  Wis- 
teen  6  qui  est  commanderie  et  villaige.  Et  de  là  à  une  ville 
fermée  et  commanderie  et  chastel,  située  sur  la  frontière 
de  Russie  nommée  le  Narowe  7,  parmy  laquelle  prend  son 
cours  la  rivière  nommée  Narowe  8,  qui  est  grosse  rivière 
et  de  laquelle  la  ville  prend  son  nom.  Et  départ  icelle 
rivière  en  ce  lieu  9  là  les  païs  de  Liuflant  et  de  la  Russie 
appartenant  aux  seigneurs  de  la  grant  Noegarde.  Et  y  a 
de  Righe  jusques  à  le  Narowe  quatre  vins  milles  de  long, 
sy  treuve  on  en  ce  chemin  les  gens  de  quatre  manières  de 


1    Novogorod. 

*  Segewald,   au  nord-est  de  Riga. 

5  Wenden  des  cartes  modernes,  à  peu  près  au  centre  de  la  Livonie. 

*  Wolmar,  en  latin  Woldemaria. 

5  Ces  sept  derniers  mots  ont  été  omis  dans  l'édition  Serrure. 
0  Witstein,  Wittenstein,  Weissenstein  :  la  pierre  blanche,  château- 
fort  bâti  au  moyen  âge,  en  Livonie. 
7    Narwa,  près  du  golfe  de  Finlande. 

*  La  Narowa.  Les  notes  de  l'édition  des  bibliophiles  de  Mons  pla- 
cent cette  rivière  en  Danemarck,  ce  qui  ne  peut  être. 

9  La  phrase  comprise  entre  les  deux  chiffres  de  note  7  et  9,  est 
ainsi  réduite  dans  le  ms.  A  :  Où  il  cueurt  une  grosse  rivière  aussy 
nommée  la  Narowne,  laquelle  départ  en  ce  lieu,  etc. 


32  VOYAGES  1413. 

langaiges,  c'est  à  sçavoir,  les  Lives,  les  Tzamegaelz,  l  les 
Loches  et  les  Eestes.  Et  costie  on,  à  main  senestre,  entre 
Wisteen  et  le  Narowe,  la  mer  de  Liuflant  et  de  Russie, 
desquelz  ditz  païs  on  voit  d'une  vëue,  quant  on  vient  sur  la 
mer  devers  laditte  Narowe,  la  cité  2. 


Item,  de  là  passay  oultre  la  rivière  de  le  Narowe  et 
entray  ou  païs  de  Russie  et  illecque  montay  sur  sledes  3, 
pour  les  grans  nesges  et  froidures  qu'il  faisoit  Et  y  a  là 
ung  chasteau  de  Russie,  nommé  Nyeuslot 4,  qui  siet  à  six 
lieues  de  le  Narowe.  Et  de  Nyeuslot  alay  tousjours  parmy 
le  païs  de  Russie  et  passay  par  aucuns  villaiges  et  chas- 
teaux  assis  en  désers  païs,  plains  de  forests,  de  lacs  et  de 
rivières,  puis  arrivay  en  la  cité  de  la  grant  Noegarde  5. 
Et  y  a  dudit  chasteau  de  Nyeuslot  jusques  à  la  grant  Noe- 
garde vingt  et  quatre  lieues  de  long  6. 

Item,  est  la  ville  de  la  grant  Noegarde  merveilleusement 
grant  ville,  située  en  une  belle  plaine,  avironnée  de  grans 
forests  et  est  en  bas  païs  parfont  de  eaues  7  et  de  places 
maresqueuses,  et  passe  par  le  milieu  de  laditte  ville  une 
très  grosse  rivière,  nommée  Wolosco   8,  mais  est  la  ville 


1  Zamedaels  (A). 

*  Les  mots  :  La  cité,  manquent  dans  A. 

5  Sledes,  Sledy,  appellation  russe  des  traîneaux  (Lelewel). 

*  Neuschloss  :  le  château  neuf,  sur  le  bord  du  lac  Peipus. 
8  Novogorod. 

6  Trente  lieues  d'Allemaigne  (A). 

7  Assize  en  plaine  entre  grans  forests  et  pays  moult  basse  et  pro- 
fonde d'eaues,  etc.  (A). 

8  Qu'on  écrit  aujourd'hui,  sur  les  cartes  officielles,  Wolchow. 


1415.  et  ambassades.  35 

fermée  de  meschans  murs,  l  fais  de  cloyes  et  de  terre,  com- 
bien que  les  tours  sont  de  pierre.  Et  est  une  ville  franche 
et  seignourie  de  commune,  sy  ont  ung  évesque,  qui  est 
comme  leur  souverain.  Et  tiennent  aussy  tous  les  autres 
Russes  de  la  Russie  2,  qui  est  moult  grande,  la  loy  cris- 
tienne  en  leur  créance,  sy  comme  les  Grecs.  Et  y  a  dedans 
laditte  ville  trois  cens  et  cincquante  esglises.  Et  ont  ung 
chastel  assis  sur  laditte  rivière  où  la  maistre  esglise  de 
Sainte- Sophie  qu'ilz  aourent  est  fondée,  et  là  demeure  leur 
dit  évesque. 

Item,  y  a  dedens  laditte  ville  moult  de  grans  seigneurs 
qu'ilz  appellent  Bayares.  Et  y  a  tel  bourgeois  qui  tient 
bien  de  terre  deux  cens  lieues  de  long,  riches  et  puissans  à 
merveilles,  et  n'ont  les  Russes  de  la  grant  Russie  autres 
seigneurs  que  iceulxpar  tour,  ainsy  que  le  commun  veult3. 
Et  est  leur  monnoye  de  keucelles  4  d'argent,  pesans  environ 
six  onces,  sans  emprainte,  car  point  ne  forgent  de  monnoye 
d'or  5.  Et  est  leur  menue  monnoye  de  testes  de  gris  et  de 
martres.  Sy  ont  en  leur  ville  ung  marchié  où  ilz  vendent 
et  achatent  leurs  femmes,  eulz  de  leur  loy,  mais  nous  les 
francs  cristiens  ne  l'oserions  faire,  sur  la  vie6.  Et  changent7 

1  Et  queurt  parmy  en  la  moyenne  de  laditte  ville  une  grosse 
rivière  nommée  le  Woloswo,  fermée  de  meschans  murs.  (A). 

*  Tous  les  autres  de  la  Russie  (A). 

*  Et  n'ont  aultre  roy  et  seigneur  que  le  grant  roy  de  Musco,  sei- 
gneur de  la  grand  Russye,  lequel  ilz  retiennent  pour  seigneur  quant 
ilz  veullent,  et  quant  ilz  veullent,  non.  (A). 

*  Keucelle  ,  lingot.  Les  Novogorodiens  n'avaient  pas  de  numéraire 
alors.  «    Leur  monnaie,  dit  Lelewel,  n'apparut  que  vers  1420.  » 

8  Les  9  derniers  mots  sont  omis  dans  A.. 
6  Sur  paine  de  vie  (A). 

*  Notre  ms.  dit  :  achatent.  J'ai  préféré  la  version  A. 


54  VOYAGES  1415. 

leurs  femmes,  l'une  pour  l'autre,  pour  une  keucelle  d'argent 
ou  deux,  ainsy  comme  ilz  sont  d'acord  que  l'un  donne  de 
saulte  1  à  l'autre.  Et  ont  deux  officiers,  ung  duc  et  ung 
bourchgrave,  qui  sont  gouverneurs  de  laditte  ville,  lesquelz 
gouverneurs  sont  renouveliez  dan  en  an.  Et  illecq  alay 
devers  ledit  évesque  et  lesdits  seigneurs. 

Item,  ont  les  dames  deux  trèches  de  leurs  cheveulz 
pendans  derrière  leurs  dos,  et  les  hommes  une  trèche.  Sy 
fus  neuf  jours  en  laditte  ville  et  me  envoyoit  ledit  évesque 
chascun  jour  bien  trente  hommes  chargiez  de  pain,  de 
chars,  de  poisson,  de  fain  2,  de  chinade  3,  de  cervoises  et  de 
miel 4.  Et  me  donnèrent  les  dessusditz  duc  et  bourgrave  5 
ung  disner,  leplusestrange  et  le  plus  merveilleux  que  je  vëis 
oncques.  Et  fist  cest  y  ver  sy  froit  que  chose  merveilleuse 
seroit  à  racompter  les  froidures  qu'il  y  faisoit,  car  il  me 
failly  partir  pour  le  froit 6. 


Item,  une  merveille  de  froit  y  avoit  que,  quant7  on  che- 
vauchoit  par  les  forests,  on  y  oyoit  crocquier  les  arbres  et 
fendre  du  hault  en  bas,  de  froit.  Et  y  vëoit  on  les  crottes 


*  Soulte  (A).  On  dit  encore  :  la  soulte. 

*  Foin  (A). 

s  Chynaide(A).  Avoine. 

*  Servoise  de  mielz  (A). 

■  Lesdits  susnommez  (A). 

8  L'hiver  de  1412  à  1413  fut  des  plus  doux,  c'est  celui  de  1413  à 
1414  qui  eut  un  froid  si  rigoureux.  C'est  une  preuve  de  plus  que 
donne  Lelewel  pour  rectifier  la  date. 

7  Item,  est  une  merveillieuse  chose  des  froideurs  qu'il  y  avoit  que 
quant,  etc.  (A). 


1415  ET    AMBASSADES.  35 

de  la  fiente  des  chevaulz,  qui  estoient  sur  la  terre  engellées, 
saillir  contremont,  de  froit.  Et,  quant  on  dormoit  de  nuit 
oudit  désert,  on  y  trouvoit  au  matin  sa  barbe  et  ses 
sourcieux  et  paupières  engelées  de  l'alaine  de  Tomme  et 
plaines  de  glachons,  sy  que  au  resveillier  à  paines  povoit 
on  ouvrir  sesyeulz. 


Item y  une  autre  merveille  de  froit  y  vëy  de  long  ung 
pot  de  terre  plain  d'eau  et  de  char  \  mis  au  feu  par  ung 
matin  sur  ung  lacq  ou  désert,  que  je  vëis  l'eaue  boullir  à 
l'un  des  lez  du  pot  et  engeler  à  glace  à  l'autre  lez. 

Itemf  ung  autre  merveille  y  vëy  de  froit,  de  deux  tasses 
d'argent  pesans  trois  mars  de  Troye  dont  j'avoye  puisié 
eaue  de  nuit  en  ung  lacq  dessoubz  la  glace  pour  boire  2,  en 
maniant  icelles  à  mes  mains  chauldes,  estre  engelées  à  mes 
dois,  et,  tantost  icelles  widies,  mis  l'une  en  l'autre,  estre 
engelées  enssamble  tellement  qu'en  prenant  l'une,  sourdre 
les  deux  par  force  de  gelée. 

Item,  on  ne  vent  riens  en  y  ver,  au  marchié  de  la  grant 
Noegarde,  de  vitaille,  soit  poisson,  soit  char  de  pourceau 
ou  de  mouton5,  ne  volille  nulle,  que  tout  ne  soit  mort  et 
engelé.  Et  y  sont  en  tout  le  païs  les  lièvres  tous  blans  en 
y  ver  et  tous  gris  en  esté  4. 

*  Y  vëy  d!ung  pot  de  chair  plain  d'eau  (A;. 

2  A  partir  d'ici,  la  fin  de  ce  paragraphe  est  ainsi  rédigée  dans  le 
ms.  A  :  Estre  engellées  âmes  dois  et  dessoubz  les  deux  grans  icelles 
sourdy  et  levay  par  force  de  gelée. 

3  Soit  de  poisson,  de  pourceau  ne  mouton  (A). 

*  Gachet  remarque  que,   c'est  «  tout  bonnement  une  observation 


36  VOYAGES  1415. 

Item,  sont  tons  les  seigneurs  de  laditte  grant  Noegarde 
puissans  de  quarante  mille  chevaulz  et  de  poeuple  de  piet 
sans  nombre,  et  font  souvent  guerre  à  leurs  voisins,  par 
espécial  aux  seigneurs  de  Liuflant,  et  ont  gaigniet  pour  le 
temps  passé  l  pluisieurs  grans  batailles. 


Item,  partant  de  laditte  grant  Noegarde,  pour  vëoir 
monde,  m'en  alay  sur  siècles,  en  guise  de  marchant,  en  une 
autre  grosse  ville  fermée  du  royaume  et  seignourie  de 
Russie,  nommée  Plesco.  Et  y  a  trente  lieues  d'Allemaigne 
à  passer  par  grans  forests  de  laditte  Noegarde  jusques  à 
Plesco  2. 


Item,  est  Plesco  moult  bien  fermée  de  murs  de  pierres 
et  de  tours,  et  y  a  ung  chasteau  moult  grant,  où  nul  francq 
cristien  ne  peut  entrer  qu'il  ne  lui  faille 3  morir 4.  Et  siet 
laditte  ville  en  escut  sur  deux  grosses  rivières,  c'est  à  sçavoir 
le  Moede  et  Plesco  5,  et  est  seignourie  à  part  luy  dessoubz  le 
i\>y  de  Moeusco.  Et  avoient,  ou  temps  que  je  fus  là,  exillé 
et  enchassié  leur  roy  que  je  vèy  en  la  grant  Noegarde.  Et 

incomplète.  «  Car  il  y  a  en  Russie  une  espèce  de  lièvres  blancs  et  une 
de  lièvres  gris  que  Ion  a  confondus.  »  Lelewel  cite  un  tej.te  latin  d'une 
description  de  la  Livonie,  publiée  par  les  Elsevirs,  qui  prouve  que 
cette  faute  d'observation  n'est  pas  de  Ghillebert,  qui  n'a  fait  que  suivre 
une  opinion  vulgaire  que  l'on  trouve  «  répétée  sans  fin  ». 

*  Du  temps  passet.  (A). 

*  Pskow,  chef-lieu  de  gouvernement  au  sud-sud-ouest  de  Pétersbourg. 
3  Où  nul  ne  peut  entrer  qu'il  ne  faille,  etc.  (A). 

*  Ce  passage  rappelle  un  épisode  du  roman  en  prose  du  XIIe  siècle 
Perceval  le  Gallois,  t.  I,  p.  202,  édition  des  bibliophiles  belges. 

*  Ces  rivières  s'appellent  aujourd'hui  la  Velika  et  la  Pskova,  ainsi 
que  Ta  remarqué  Lelewel. 


1415.  ET    AMBASSADES.  37 

ont  les  Russes  (ficelle  ville  leurs  cheveulz  longs  espars 
sur  leurs  espaulles.  Et  les  femmes  ont  ung  ront  déadême 
derrière  leur  testes,  comme  les  sains  l. 

Item,  de  Plesco,  me  partis  pour  m'en  retourner  en 
Liuflant  et  montay,  atout  mes  sledes,  sur  le  rivière  de  la 
Moeude.  Et  de  le  Moeude,  vins  sur  les  glaces  d'un  moult 
grant  lacq  nommé  le  lacq  de  Pebées  2,  lequel  s'estent  en  lon- 
gueur de  trente  lieues  et  en  largeur  vingt  et  huit  lieues  3, 
ouquel  lacq  sont  pluisieurs  isles,  les  aucunes  habitées  et 
les  autres  non.  Et  fus  cheminant  sur  ledit  lacq,  sans  trouver 
ville  ne  maison,  quatre  jours  et  quatre  nuitz,  et  arrivay  en 
Liuflant  en  une  moult  belle  petite  ville  nommée  Drapt 4, 
qui  siet  à  vingt  et  quatre  3  lieues  de  Plesco. 

Item,  est  la  ville  de  Drapt  très  belle  ville  et  bien  fermée, 
et  y  a  ung  chasteau,  assis  sur  trois  rivières,  et  est  ung 
éveschié  à  part  luy  ,  non  appartenant  aux  seigneurs  de 
Liuflant. 

Item  ,  de  là  remontay  parmy  le  pais  de  Liuflant  à 
Zeghewalde  devers  le  lant  mareschal,  pour  avoir  saufcon- 
duit,  et  passay  par  Winde  6  et  par  Woldemar  7 ,   qui  sont 

1  Derrière  la  teste  comme  ont  les  sainctz  (A). 

2  Le  lac  Peipus. 

5  Lequelle  at  trente  lieues  de  long  et  dix  huict  lieues  de  large  (A). 

4  Dorpat,  aujourd'hui  le  siège  de  la  grande  université  allemande 
de  Russie. 

5  Trente  quatre  (A). 

6  Les  villes  mentionnées  dans  ce  paragraphe  ont  déjà  été  nommées 
plus  haut. 

7  Woldemaire  (A).  Serrure  a  imprimé  Wildemer. 


38  VOYAGES  1414. 

villes  fermées,  et  par  pluisieurs  villaiges  desquelz  je  ne  fay 
point  de  mencion.  Et  y  a  de  Drapt  à  Zeghewalde  cinquante 
lieues  l. 


Item,  de  Zeghewalde,  me  party,  pour  m'en  aler  vëoir  le 
royaume  de  Létau,  devers  le  duc  Witholt,  roy  de  Létau  et 
de  Samette  et  de  Russie,  et  m'en  alay,  tousjours  sur  mes 
sledes,  en  une  ville  fermée  et  chastel,  en  Liuflant,  nommée 
Cocquenhouse  2,  qui  est  à  l'évesque  de  Righe,  et  y  a  quinse 
lieues  jusques  là. 


Item,  de  Cocquenhouse,  montay  sur  la  rivière  de  le  Live 3 
atout  mes  sledes,  et  vins  à  ung  chastel  des  seigneurs  de 
Liuflant,  nommé  Dimmebourg  4,  qui  est  en  ce  lieu  là  le 
derrenier  chastel  qu'ilz  ont  sur  la  frontière  de  Létau  5,  et  y 
peut  avoir  de  Cocquenhouse  environ  quinse  lieues. 


Item,  partant  de  Dimmebourg  en  Liuflant,  entray  ou 
royaume  de  Létau  en  une  grosse  forest déserte,  et  cheminay, 
deux  jours  et  deux  nuitz,  sans  trouver  nulle  habitation,  par 
dessus  sept  ou  huit  grans  lacz  engellez.  Sy  arrivay  en  l'une 
des  cours  dudit  Witholt  nommée  la  Court-le-roy  6.  Et  y  a 
de  Dimmebourg  en  Liuflant  jusques  là  quinse  lieues. 


1  La  distance  de  cinquante  lieues  de  Dorpat  à  Segewald  est  exagérée 

*  Kockenhausen,  sur  la  Diina. 
3  La  Dûna. 

*  Dunaburg. 
B  Lithuanie. 

6  Ce  doit  être  Swenzjany. 


1414.  ET    AMBASSADES.  39 

Item,  de  la  Court-le-roy,  passay  parmy  pluisieurs  vil- 
laiges,  grand  lacz  et  forests,  puis  vins  l  à  la  souveraine  ville 
de  Létau,  nommée  le  Wilne 2,  en  laquelle  a  ung  chastel  situé 
moult  hault  sur  une  savelonneuse  montaigne,  fermée  de 
pierres  et  de  terre,  et  le  masonnaige  de  dedens  est  tout 
édifié  de  bois.  Et  s'envient  la  fermeté  dudit  chasteau  du 
hault  de  la  montaigne  à  deux  lez  fermée  de  murs  jusques  en 
bas,  en  laquelle  fermeté  sont  encloses  pluisieurs  maisons. 
Et  oudit  chastel  et  fermeté  se  tient  coustumièrement  ledit 
duc  Witholt,  prince  de  Létau,  et  y  tient  sa  court 3  et  sa 
demeure.  Et  court  demprès  ledit  chastel  une  rivière  qui 
tire  et  maine  son  cours  et  ses  eaues  parmy  la  ville  d'embas, 
laquelle  rivière  se  nomme  le  Wilne4.  Et  n'est  point  la  ville 
fermée,  mais  est  longue  et  estroitte  de  hault  en  bas,  très 
mal  amaisonnée  de  maisons  de  bois 5.  Et  y  a  aucunes  esglises 
de  bricque.  Et  n'est  ledit  chastel  sur  la  montaigne  fermé 
que  de  bois  par  bolvercques  fais  à  manière  de  murs  6. 

Item,  y  a  de  la  Court-le-roy  jusques  à  la  ville  de  Wilne 
douse  lieues.  Et  sont  les  gens  dudit  royaume  cristiens 
nez  nouvellement  par  la  constrainte  des  seigneurs  de 
l'ordre  de  Prusse  et  de  Liuflant,  et  ont  es  bonnes  7  villes 


1  Parmy  pluisieurs  villaiges  et  très  grandes  forestes,  et  vins,  etc.  (A). 

*  Wilna. 

3  Et  au  dict  chastel  et  fermeté  tient  coustummièrement  le  dict  ducq 
Wittolt,  prinche  de  Leuttau,  sa  courte,  etc.  (A). 

*  Et  y  queurt  une  revière  emprés  le  dict  chastel,  laquelle  vat  parmi 
la  ville  d'en  bas,  appellée  la  Wilne.  (A). 

8  Ammaysonnée  toute  de  bois  (A). 

6  Dessoubz  la  montaigne  que  de  bois  par  boulleur,  faiz  en  guise  de 
murs  (A). 

1  Grosses  (A). 


40  VOYAGES  1414. 

esglises  fondées,  et  aussy  par  les  villaiges  en  font  fonder 
de  jour  en  jour,  et  y  a  oudit  pays  de  Létau  douse  1  évesquiez. 
Et  ont  ung  langaige  à  part  eux.  Et  ont  les  hommes  leurs 
cheveulz  longs  et  espars  sur  leurs  espaules,  mais  les 
femmes  sont  aornées  simplement  aucques  2  à  la  coustume 
de  Picardie. 


'  Item,  est  Létau  païs  désert,  à  la  pluspart  plain  de  lacz 
et  grans  forests,  et  trouvay  en  laditte  ville  de  Wilne  deux 
des  seurs  de  la  femme  dudit  duc  Witholt,  sy  alay  devers 
elles. 

Item,  au  départir  de  le  Wilne,  pour  m'en  retourner  en 
Prusse,  m'en  alay  parmy  le  royaume  de  Létau,  le  chemin 
qui  s'ensieut  :  premier  à  une  très  grosse  ville  en  Létau, 
nommée  Trancquenne  3,  malement  maisonnée  de  maisons 
toutes  de  bois  4,  et  non  point  fermée. Et  y  a  deux  chasteaulz 
dont  l'un  est  moult  viel,  fait  tout  de  bois  et  de  cloyes  de 
terre  placquies,  et  est  ce  viel  chastel  assis  5  sur  ung  costé 
d'un  lacq,  mais  d'autre  part  siet  en  plaine  terre.  Et  l'autre 
chastel  est  en  la  moyenne  d'un  autre  lacq,  au  trait  d'un 
canon  près  du  viel  chastel,  lequel  est  tout  neuf,  fait  de 
bricque  à  la  manière  de  France  G. 


1  Troys  (A). 

*  Et  les  hommes  leurs  cheveulx  espars  sur  les  espaulles,    et  les 
femmes  simplement  wacquez,  etc.  (A). 

5  Traquene  (A).  Troki,  à  l'O-S-O.  de  Wilna. 

4  Mal  maysonnée  toutte  de  bois  (A). 

5  Dont  l'un  est  moult  viel,  tout  de  bois  de  cloyes  et  de  terre,  assis, 
etc.  (A). 

6  Et  est  tout,  neuffe  faict  de  briqhes  à  la  guise  de  France  (A). 


1414.  ET   AMBASSADES.  41 

Item,  demeurent  en  laditte  ville  de  Trancquenne  et  au 
dehors  en  pluisieurs  villaiges,  moult  grant  quantité  de 
Tartres,  qui  là  habitent  par  tribut,  lesquelz  sont  drois 
Sarrasins,  sans  avoir  riens  de  la  loy  de  Jhésucrist,  et  ont 
ung  langaige  à  part  nommé  le  Tartre.  Et  habitent  sambia- 
blement  en  laditte  ville  Allemans,  Létaus  \  Russes  et 
grant  quantité  de  juifz,  qui  ont  chascun  langaige  espécial. 
Et  est  laditte  ville  au  duc  Witholt.  Sy  a  de  le  Wilne 
jusques  là  sept  lieues. 

Item,  tient  ledit  Witholt,  prince  de  Létau,  ceste  ordre 
d'honneur  parmy  son  pays  que  nulz  estrangiers,  venans 
et  passans  par  icelui,  riens  n'y  despendent,  ains  leur  fait  le 
prince  délivrer  vivres2  et  les  conduire  sauvement  partout  où 
ilz  veulent  aller  parmy  ledit  païs,  sans  coustz  et  sans  frais. 
Et  est  ledit  Witholt  moult  puissant  prince,  sy  a  conquesté 
douse  ou  trèse  que  royaumes,  que  païs,  à  l'espée.  Et  a 
toudis  dix  mille  chevaulz  de  se  selle,  appartenais  pour  son 
corps. 

Item,  en  laditte  ville  de  Trancquenne,  y  a  ung  parcq 
enclos,  ouquel  sont 3  de  toutes  manières  de  bestes  sauvaiges 
et  de  venoisons  dont  on  peut  finer  es  forests  et  marches 
de  par  de  là.  Et  sont  les  aucunes  comme  boeufz  sauvaiges, 
nommez  ouroflz,  et  autres  en  y  a  comme  grans  chevaulz 
nommez  w  es  elz4  et  autres  nommez  liellent 5,  et  y  a  chevaulz 

4  Lithuaniens. 

2  Quel  nul  estrangier  qui  y  viegne  n'y  despende  rien  et  leur  fait 
délivrer  vivres,  etc.  (A). 

3  Où  il  y  at  (A). 

*  Weselz  :  on  appelle  dans  les  langues  germaniques  l'âne  :  ezel. 

5  Cheval  hellent  :  on  dit  en  français  l'élan. 

VOY.    ET   AMB.  3 


42  VOYAGES  1414. 

sauvaiges,  ours,  porcz,   cerfz  et  toutes  manières  de  sau- 
vagines. 


Item,  de  Trancquenne,  m'en  vins  à  ung  chasteau  et 
villaige  nommé  Posur  l?  situé  sur  la  rivière  de  le  Mem- 
melle  *,  qui  est  moult  grosse  rivière.  Et  est  ledit  chastel 
moult  grant,  tout  de  bois  et  de  terre,  et  est  moult  fort  assis, 
de  l'un  des  lez,  sur  une  montaigne  moult  reste,  chéant  sur 
laditte  rivière,  mais  à  l'autre  lez  est  situé  en  plaine  terre. 
Et  là,  en  cedit  chastel,  trou  va  y  le  duc  Witholt,  prince  de 
Létau,  sa  femme  et  sa  fille,  femme  au  grant  roy  de  Musco, 8 
et  la  fille  de  sa  fille4.  Et  estoit  ledit  duc  venus  en  ce  lieu  là, 
comme  il  a  de  usaige  de  faire,  pour  chasser  une  fois  l'an  es 


1  Pousseur  (A). — Lelewel  dit  qu'il  n'a  pu  déterminer  la  situation  de  ce 
château.  Il  ajoute  que  les  noms  de  Pozur,  Pozary,  Pozory, Poszary  sont 
communs  en  Lithuanie.  Il  nous  paraît  évident,  d'après  l'itinéraire 
général  de  notre  voyageur,  que  Posur  devait  être  voisin  du  coude  du 
Niémen,  près  du  bourg  actuel  de  Ruraschischki.  Mais  de  Lannoy  fait 
la  distance  trop  petite.  Lelewel  propose  de  lire  15  lieues  au  lieu  de 
5,  entre  Troki  et  Poseur.  Cette  correction  ferait  accorder  les  autres 
données. 

*  Le  Niémen  de  nos  cartes  :  Memel  est  le  nom  allemand  et  Niémen  le 
nom  slave.  Cette  rivière  a  fait  de  bonne  heure  la  limite  des  deux 
races.  Niem  désignait,  pour  les  slaves,   les  nations  teutoniques. 

5  L'épouse  de  Witholt  s'appelait  Anne,  elle  mourut  en  1417.  Sa 
fille,  Sophie,  avait  épousé  en  1390  le  Tzar  de  Moscou,  Basile  II.  La 
Tzarine  de  Moscou  s'appelait  Anne  comme  son  aïeule. Ces  détails  sont 
de  Lelewel  qui  suppose  que  ce  voyage  avait  pour  but  le  mariage  de 
la  jeune  Anne  avec  Jean  Paléologue.  Gachet  ajoute  que  Vassili  Dmi- 
driewitich,  étant  prisonnier  de  Withold,  avait  été  forcé  par  lui  d'épouser 
sa  fille  Sophie. 

*  Prince  de  Leuttau,  et  sa  femme  et  la  fille  du  grand  roy  de 
Musco,  fille  de  sa  fille  (A;. 


1414.  ET   AMBASSADES.  43 

dittesforests,  les  y  vers,  et  s'y  tient  trois  sepmaines  ou  ung 
mois  chassant,  sans  entrer  en  nulles  de  ses  maisons  ne 
villes.  Et  y  a  de  Trancquenne  jusques  audit  chastel  de 
Poseur  cincq  lieues. 

Item,  après  que  me  partis  de  Poseur,  m'en  vins  à  une 
autre  grosse  ville  fermée,  nommée  Cauve  \  et  y  a  ung 
moult  beau  gros  chastel,  assis  en  estut  sur  le  rivière  de  le 
Memmelle  et  siet  à  douse  lieues  de  Poseur. 


Item,  me  partis  de  Cauve,  en  Létau,  alant  tousjours  sur 
la  rivière  de  le  Memmelle  avecq  mes  sledes  et  passay 
par  devant  deux  chasteaulz  dudit  royaume  de  Létau.  Et 
de  celle  rivière  de  le  Memmelle,  entray  sur  une  autre 
rivière  nommée  le  Memmelin  2.  Et  puis,  passant  parmy 
païs  moult  désert,  par  grans  forests  et  grandes  rivières, 
yssy  hors  du  royaume  de  Létau  et  rentray  ou  païs  de 
Prusse,  sy  arrivay  à  ung  gros  chastel  et  petite  ville  fer- 
mée de  bois,  appartenais  aux  seigneurs  de  l'ordre  de 
Prusse,  nommée  Ranghenyt 3,  qui  est  ung  couvent  et  com- 
manderie,  et  y  a  de  Cauve  en  Létau  jusques  à  laditte  ville 
de  Ranghenyt  xvj  lieues. 

Item,  de  Ranghenyt,  retournay  à  Keininczeberghe  4, 

'  Kovno,  sur  le  Niémen. 

*  Lelewel  croit  qu'il  s'agit  d'un  affluent,  qui  aurait  changé  de 
nom,  de  la  petite  rivière  Szeszupa.  Il  nous  paraît  plus  vraisemblable 
qu'il  s'agisse  de  la  Szeszupa  elle-même. 

3  Ragnit,  près  de  Tilsit. 

*  Konigsberg,  comme  plus  haut. 


44  VOYAGES  1414. 

puis  remontay  l  sur  une  mer  de  doulce  eaue,  nommée  le 
Haf,  2  et  vins,  sur  sïedes  tousjours,  sur  ledit  Hafqui 
encores  estoit  moult  engelé,  jusques  en  la  ville  de  Dan- 
zicque  3,  en  Prusse.  Et  contient  ledit  Haf  vingt  quatre 
lieues  de  long  et  dix  ou  douse  lieues  de  large.  Et  costie  on 
le  grant  chemin  de  Danzicque  à  Keininczeberghe,  où  il  y 
a  vingt  et  sept  lieues  par  terre  à  aler  quant  on  va  jus  du 
Haf4. 


Item,  au  retour  que  je  fis  en  laditte  Danzicque,  faillirent 
les  grandes  gelées  et  les  nesges,  qui  avoient  duré  vingt  et 
sept 5  sepmaines,  et  fut  environ  l'entrée  de  mars  qu'il  des- 
gella  sy  fort  qu'il  me  convint  là  laissier  mes  sïedes  et 
remonter  sur  mes  chevaulz.  Et  fit  cette  saison  sy  grant 
froidure  es  païs  de  Russie,  de  Létau  et  de  Liuflant,  que 
moult  de  poeuple  morut  et  engella  de  froit. 


Item,  de  Danzicque,  m'en  revins  à  Marienbourg  et  prins 
congié  aux  hault  maistre  et  seigneurs  6  de  l'ordre  7,  et  puis 
me  party  pour  aler  ou  royaume  de  Poulane  8,  devers  le  roy 


4  A  Keuninczberghe,  où   il  y   at  saicz  lieues,    et    de  Keunincz- 
berglie  remontay,  etc.  (A). 

1  Orthographié  aujourd'hui  :  Haff. 
3  Dantzig. 

*  Lelewel  remarque  ici  que  de  Lannoy    prend   un  grand  soin  de 
déterminer  exactement  les  distances  et  qu'il  y  réussit. 

5  Lelewel  pense  que  c'est  17  semaines  qu'il  faudrait  lire. 

6  Après  la  déposition   de  Henri   de  Plauen,  Michel  de  Sternberg 
avait  été  élu  grand  maître  le  9  janvier  1414. 

7  Au  grand  maistre  des  seigneurs,  etc.  (A). 

•  Pologne. 


1414.  ET   AMBASSADES.  45 

de  Poulane,  pourvëoir  sa  court,  son  estât  et  son  païs.  S  y 
m'en  allay  parmy  le  païs  de  Prusse,  tant  que  je  vins  à  une 
moult  belle  et  riche  ville  fermée,  et  chastel,  couvent  et 
commanderie,  nommée  Thore  \  située  sur  la  rivière  de  le 
Wisle  2.  Et  départ  laditte  rivière,  en  ce  lieu  là,  les  païs  de 
Prusse  et  de  Poulane.  Et  passay  par  ung  chastel  nommé 
Ingleseberch  3  ouquel  on  tenoit  le  hault  maistre  qui  la 
saison  devant  avoit  esté  dégradé  et  demis  de  sa  seignourie, 
et  alay  devers  luy  pour  le  visiter  en  sa  misère  \  dont  j'en 
euz  grant  pitié.  Et  y  a  de  Danzicque  jusques  à  Thore  vingt 
lieues. 


Item,  dudit  lieu  de*  Thore,  envoyay  devers  le  roy  de 
Poulane  pour  avoir  ung  saufconduit  à  aler  devers  luy,  pour 
ce  que  5  j'avoie  esté  armé  en  ladevantditte  reise  de  Prusse 
contre  le  duc  de  Pomer  6,  auquel  ledit  roy  avoit  esté  aydans 
et  envoiay  devers  luy  jusques  à  Traco  7,  où  il  y  a  soixante 
lieues.  Et  endsmentiers  8,  de  laditte  ville  de  Thore,  m'en 
alay  esbatre  à  une  autre  grosse  ville  fermée  en  Prusse  9 
nommée  Columiene  10,  sur  le  Wisle,  à  sept  lieues  de  Thore, 
qui  est  ung  païs  à  part  luy.  Et  de  là,  à  une  lieue  et  demie, 


1  Thorn. 

*  Appellée  Thore,  assize  sur  la  revier  de  Vueslo  (A).  Cette   rivière 
est  la  Vistule. 

5  Château  dans  le  Culmerland,  province  de  Prusse  occidentale. 

*  Et  l'alay  illecq  visiter  en  sa  misère  (A). 
8  Pour  tant  que  (A). 

6  Poméranie. 

7  Cracowe(A). 

8  Endementrans  (Ed.  S).  —  Et  entrant  de,  etc.  (A). 

9  De  Prusse.  (Ed.  S). 

i0  Culm,  en  latin  Culmina. 


46  VOYAGES  1414. 

m'en  allay  à  ung  chastel  et  commanderie  nommé  Albenhoux  \ 
où  on  aoure  sainte  Barbe,  et  y  a  l'un  des  bras  et  une  partie 
du  chief  de  la  benoitte  vierge,  et  y  a  moult  beau  pélerinaige. 
Et  de  là,  fus  mené  sur  le  rivière  de  le  Wisle,  à  une  lieue 
de  Thore,  en  une  islette  où  jadis,  du  temps  que  tout  le 
païs  de  Prusse  estoit  mescréant,  les  seigneurs  des  Blans 
Manteaux,  de  l'ordre  de  Prusse,  firent  leur  première  habi- 
tacion  sur  ung  gros  foeullu  arbre  de  quesne,  assis  sur  le 
bort  de  la  rivière,  où  ilz  firent  ung  chastel  de  bois  et  le 
fortefièrent  de  fossez  autour  arrousez  de  laditte  rivière, 
dont  depuis  par  leur  vaillance,  à  l'ayde  et  retraitte  dudit 
chastel,  concquirent  tout  le  païs  de  Prusse  et  le  mirent  à 
nostre  créance,  et  est  ce  lieu  là  nommé  Aldenhoux. 


Item,  de  laditte  Thore,  m'en  alay  esbattre  en  pluisieurs 
chasteaux  et  villes  de  là  entour,  appartenans  ausdis  sei- 
gneurs de  Prusse.  Et,  mon  saufconduit  venu,  passay  oultre 
la  rivière  de  le  Wisle  et  entray  ou  royaume  de  Poulane. 
Sy  arrivay  à  une  ville  fermée  nommée  Callaiz  2,  en  laquelle 
je  trouvay  ledit  roy  de  Poulane  et  de  Traco  3,  qui  estoit 
illecq  venuesbatre  4pour  chassier  en  ses  forests,  et  fus  huit 
jours  devers  luy  par  les  festes  de  Pasques  5. 

1  Albenhouze,  et  plus  loin  :  Aldenhoulx  (A).  Il  faut  préférer,  avec 
Lelewel,  la  leçon  Aldenhoux,  qui  se  trouve  plus  bas.  Il  s'agit  de 
Althaus  ou  Althausen,  à  8  kilomètres  au  sud  de  Culm,  mentionnée 
dans  les  auteurs  du  temps  pour  des  pèlerinages  à  sainte  Barbe. 

1  Kalisz,  à  peu  près  à  moitié  chemin  entre  Thorn  et  Breslau . 

3  Oacovie,  en  allemand  Krakau. 

1  S 'esbattre  (A). 

8  Le  7  avril. Lelewel  qui  suitce  voyage  particulièrement  dans  l'histoire 
de  Pologne  de  Dlugoss,  constate  que  Jagellon  fêta  la  Pâques  cette  année 
à  Cracovie. 


1414.  ET   AMBASSADES.  47 

Item,  me  fîst  ledit  roy  honneur  et  bonne  chière,  et  fist 
à  ung  jour  sollernpnel  ung  très  merveilleux  et  beau  disner, 
et  me  fîst  seoir  à  sa  table,  puis  au  partir  me  donna  une 
couppe  dorée,  armoyée  de  ses  armes,  et  escripvy  par  moy 
lettres  de  créance  au  roy  de  France  l ,  laquelle  créance  estoit 
qu'il  se  complaignoit  de  luy,  qui  estoit  principal  de  tous 
les  roys  cristiens,  pour  ce  que  tous  les  rois  cristiens 
l'avoient  visité  par  leurs  ambaxades  depuis  sa  nouvelle 
créacion  d'avoir  esté  fait  roy  cristien,  et  ledit  roy  de 
France  non.  Et  y  a  de  laditte  Thore  jusques  à  Callaiz  vingt 
deux  lieues. 


Item,  au  partir  de  Callaiz,  prins  mon  chemin  pour  m'en 
aler  devers  le  roy  de  Béhaigne  2,  et  me  fîst  le  roy  de  Pou- 
lane  conduire  et  mener  hors  de  ses  pais  de  le  Sleisie  3  qui 
luy  appartient 4,  et  arrivay  à  une  moult  belle,  moult  riche 
et  moult  marchande  ville,  située  oudit  pais  et  nommée 
Bresseloen 5.  Et  de  ladessusditte  ville  jusque  à  Bresseloen 
a  dix-huit  lieues. 

Item,  de  Bresseloen,  en  Sleisie,  vins  à  une  ville  fermée 
en  laditte  Sleisie  nommée  Suaydenech 6,  qui  siet  à  six 7  lieues 

1  La  folie  de  Charles  VI  et  les  déchirements  de  la  France  dans  la 
lutte  des  Armagnacs  et  des  Bourguignons  expliquent  cette  interruption 
des  relations  diplomatiques. 

2  Bohême. 

3  L'Eislezie  (A).  La  Silésie,  en  allemand  :  Schlesien. 
*  Que  appartient  au  roy  de  Béhaigne  (A). 

5  Breslau. 

6  Snaidenech  (A).  Schweidnitz,  au  sud-ouest  de  Breslau,  en  latin 
Suidnica. 

7  Sept  (A), 


48  VOYAGES  1414. 

de  Bresseloen.  Et  là  trouvay  le  duc  Loys  de  Brighe, l  lequel 
me  fist  moult  grant  feste  et  honneur  et  me  donna  l'ordre 
et  compaignie  du  roy  de  Land,  2  dont  ilz  sont  de  celle  ordre 
bien  sept  cens  chevalliers,  que  escuiers,  et  autant  de  gen- 
tilzfemmes,  dont  il  estoit  le  chief. 


Item,  me  partis  de  laditte  ville  de  Suaydenech,  en  Slei- 
sie,  entray  ou  royaume  de  Béhaigne  et  passay  par  pluisieurs 
villes,  dont  pour  briefté  je  ne  fay  point  de  mencion.  Sy  vins 
en  la  ville  de  Praghes  3,  qui  est  la  maistre  ville4  du  royaume 
de  Béhaigne,  assise  sur  une  rivière.  En  laquelle  ville  je 
trouvay  le  roy  Jehan  et  la  royne,  et  fus  devers  eulx  onze 
jours.  Et  y  a  de  Sueydenech  jusques  à  Praghes  vingt  six 
lieues. 


Item,  à  Praghes  y  a  deux  villes,  la  vielle  et  la  nouvelle, 
et  est  moult  grande  et  moult  riche.  Et  en  la  nouvelle,  y  a 
une  grosse  tour  sur  laquelle  je  vèy,  en  la  compaignie  et 
avecq  le  roy,  les  reliques  très  dignes  que  on  y  monstre  au 
poeuple  une  fois  l'an,  telz  comme  le  fer  de  la  lance  et  l'un 
des  clauz  de  nostre  seigneur  et  pluisieurs  chiefz  de  corps 
sains.  Et  y  avoit  lors  sy  grant  poeuple,  quand  je  les  vèy, 
que  par  le  tesmoignaige  de  plusieurs  chevalliers  et  escuiers 
il  y  povoit  bien  avoir  xl.m  testes. 


4  Louis   II,  duc  de   Lignitz  et   de  Briege  en  1402,  mort  en  1436. 

(E.  Gachet). 

i  Gachet  et  Lelewel  ne  peuvent  expliquer  cette  expression,  à  moins 
d'y  trouver  une  locution   allemande  :  le  roi  du  pays  :  Landkônig. 

3  Prague. 

*  Que  c'est  la  maistresse  ville  (A). 


1415.  ET   AMBASSADES.  49 

Item,  estoit  alors  tout  le  royaume,  pour  l'occasion  d'un 
homme  prescheur  \  nommé  Housse, 2  en  division  l'un  contre 
l'autre,  et  faisoient  guerre  grant  partie  des  nobles  contre 
le  roy  et  la  royne,  et  entray  oudit  païs,  mais  j'en  widay, 
en  grant  péril  d'estre  rué  jus. 

Item,  me  party  de  laditte  Praghes  pour  m'en  aler  en  la 
duché  d'Osteriché  3  devers  le  duc,  et  vins  à  une  ville  fermée 
nommée  le  Berch  4  en  Béhaigne,  à  sept  lieues  de  Praghes. 
Et  là  sont  les  minières  où  on  tire  l'argent  du  roy  de 
Béhaigne. 

L'an  mille  quatre  cens  et  trèze,  moy  revenu  du  voyaige 
et  reise  de  Prusse,  m'en  alay  en  Engleterre  pour  faire  le 
voyaige  de  Saint-Patrice,  lequel  je  ne  peus  pour  lors  5  faire, 
pour  ce  que  je  fus  détenus  6  et  prins  en  Angleterre.  De 
laquelle  prinse,  la  mercy  Dieu  !  je  fus  envoyé  quittes  et 
délivres  à  l'aide  de  mes  bons  amis,  mais  y  fus  sy  longue- 
ment que  je  ne  peus  estre  au  siège.  d'Arras,  qui  fut  en  ce 
temps. 

L'an  mille  quatre  cens  et  quinse,  fus  en  la  bataille  de 
Rousseauville  7  navré  au  genoul  et  en  la  teste  et  couchié 


1  D'ung  maistre  prescheur  (A). 

*  Jean  Huss. 
3  Autriche. 

*  Kuttenberg,  en  slave  :  Gora  Kutna,  ou    le  mont  Kutna. 

*  Je  ne  peus  lors,  etc.  (A). 

6  Retenus  (A). 

7  La  bataille  de  Ruisseauville  ou  cTAzincourt. 


«*)0  VOYAGES  1416. 

avecq  les  mors,  mais  à  les  despoullier,  je  fus  prins  prison- 
nier l  et  gardé  par  une  espace 2  et  mené  en  une  maison  près 
de  là  avecq  dix  ou  douse  autres  prisonniers,  tous  impo- 
tens.  Et  lors,  à  une  rencharge  que  fist  monseigneur  le  duc 
de  Brabant,  on  crya  que  chascun  tuast  ses  prisonniers, 
dont,  pour  avoir  plus  tost  fait,  on  bouta  le  feu  en  la  maison, 
où  entre  nous  impotensestièmes.  Mais,  par  la  grâce  de  Dieu, 
je  me  trainay  hors  du  feu  à  quatre  piez,  où  je  fus  tant  que 
les  Angles,  noz  ennemis,  revindrent,  où  derechief  fus  prins 
et  vendu  à  monseigneur  de  Cornuaille,  cuidant  que  je  fusse 
ung  grant  maistre,  pour  ce  que,  la  Dieu  mercy,  j'estoye 
assez  honnestement  en  point,  quant  je  fus  pris  la  première 
fois,  selon  le  temps  de  lors.  Sy  fus  mené  à  Callais  et  de  là 
en  Angleterre  jusques  atant  que  on  sceut  qui  j'estoie,  et 
lors  fus  mis  à  finance,  de  quoy  je  paiay  douse  cens  écus 
d'or  et  ung  cheval  décent  francs. Et  au  partir,  mon  maistre 
devantdit  seigneur  de  Cornuaille  me  donna  vingt  nobles 
pour  racheter  ung  harnas. 


L'an  mille  quatre  cens  et  sèze,  moy  revenu  de  prison,  je 
alay  devers  monseigneur  le  duc  Jehan,  en  Bourgongne, 
lequel  me  donna  la  capitainerie  du  chastel  de  l'Escluse 
où  je,  par  la  grâce  de  Dieu,  regnay  trente  ans.  De  là,  je 
revins  devers  monseigneur  le  duc  Phillippe,  lors  comte  de 
Charolois  et  gouverneur  des  marches  de  pardecha  ou  nom 
de  monseigneur  son  père,  lequel  me  donna  l'office  des 
divines  provisions.  Et  fus  continuelment  avecq  luy  jus- 
que à  ce  qu'il  sceut  la  mort  de  monseigneur  le  duc  Jehan, 


1  Prisonnier  tout  impotens  (A). 
*  Par  une  espasse  de  temps  (A). 


1421.  ET    AMBASSADES.  51 

son  père.  Et,  lorsque  monseigneur  le  duc  Phillippe  fut 
duc  de  Bourgongne,  il  m'envoya  en  ambaxade  avecq 
l'évesque  d'Arras,  qui  pour  lors  estoit  à  Mante,  devers 
le  roy  d'Angleterre,  pour  la  paix  du  roy  de  France  et 
d'Angleterre,  laquelle  paix  fut  faitte  xen  icelui  temps  queje 
vous  compte. 

L'an  mille  quatre  cens  et  vingt,  fus  avecques  monsei- 
gneur le  duc  Phillippe  au  siège  de  Motreau  2,  où  il  reprint 
le  corps  de  monseigneur  le  duc  Jehan,  son  père,  et  le  fist 
porter  en  Bourgongne.  De  là  fus  au  siège  de  Melun,  qui 
dura  cincq  mois.  Et  lors,  par  le  trépas  de  messire  Athéis 
de  Brimeu,  premier  chambelan,  le  seau  de  secret  de  mon 
très  redoubté  seigneur  me  fut  baillié,  sans  ce  qu'il  y  eut 
autre  premier  chambellan .  Couchay  devant  luy  l'espace  de 
trois  mois,  et  portay  sa  bannière  deux  fois  ,  la  cotte 
d'armes  vestue,  en  bataille  rengie  avec  luy. 

Ce  temps  pendant,  emprins  le  voyaige  de  Jhérusalem  par 
terre,  à  la  requeste  du  roy  d'Angleterre  et  du  roy  de 
France  et  de  monseigneur  le  duc  Phillippe,  principal  esmou- 
veur3.  Et  lors,  fut  monseigneur  de  Roubaix,  mon  beau- 
frère,  mandé,  pour  lors  estant  à  Arras,  et  luy  fut  ledit 
seau  de  secret  baillié  et  délivre. 

L'an  mille  quatre  cens  vingt  et  ung,  le  quatrième  jour 
de  may,  me  party  de  l'Escluse,  moy  huitième,  c'est  à 
sçavoir   :   moy,   le  Gallois  Dubois,   Colart  le  bastard  de 

*  Ce  qui  suit  jusqu'à  la  fin  de  l'alinéa  est  supprimé  dans  le  ms.  A. 

2  Montereau. 

3  A  la  requeste  du  roy  de  France,  du  roy  d'Engleterre  et  de  mon- 
seigneur, principal  esmouveur  (A). 


52  VOYAGES  1421. 

Marquette,  le  bastard  de  Lannoy,  Jehan  de  la  Roe,  Aggregy 
de  Hem,  le  roy  d'armes  d'Arthois  et  Copin  de  Poucque.  Et 
envoiay  mes  gens,  mes  bagues  et  les  joyaulz  dessusdiz,  par 
mer  en  Prusse,  et  m'en  alay,  moy  deuxième,  avecq  une 
escarcelle,  par  terre,  aussy  en  Prusse,  et  passay  parmy 
Brabant,  Gueldres,  la  Westfale  !  les  éveschiez  de  Minstre 2 
et  de  Bremme  3,  à  Hambouch,  à  Lubecque,  à  Wissemar, 
à  Rostok,  à  Mesunde,  à  Gripsuole  4,  parmy  les  duchez  de 
Meclembourg,  de  Bart,  de  Wougast 5  et  de  Pomère  6,  et 
par  1  eveschiet  de  Canin  7,  puis  vins  à  Danzicque  sur  le 
Wisle  8,  où  je  trouvay  le  grant  maistre  de  Prusse  avecq 
les  seigneurs  de  l'ordre,  9  et  luy  présentay  les  joyaulz  et 
lettres  dessusdittes.  Et  fiz  mon  ambaxade  de  par  les  deux 
roys  de  France  et  d'Angleterre;  lequel  seigneur  me  fist 
grant  honneur  en  moy  donnant  10pluisieursdisners,puis  me 
donna  ung  ronssin  n  et  une  belle  haghenée,  et  donna  au 
roy  d'armes  d'Arthois  dix  nobles  l£.  Et  laissay  Aggregy  de 
Hem,  mon  parent,  avecq  le  hault  maistre,  nommé  messire 
Micquiel  Cocquemeistre,  où  il  demoura  deux  ans  pour 
apprendre  alemant. 

I  La  Westphalie. 

*  Munstre  (A). 

3  Les  évêchés  de  Munster  et  de  Brème. 

*  Hambourg,  Lubeck,  Wismar,  Rostock,  Stralsund,  Greifswald. 
5  Wuolgaste  (A). 

*  Les  duchés    de  Mecklembourg,    de   Barth  (près    Stralsund),   de 
Wolgast  (entre  Stralsund  et  Stettin),  de  Poméranie. 

7  Cammin,  sur  l'un  des  estuaires  de  l'Oder. 

8  Dantzig  sur  la  Vistule. 

9  Le  grand  maistre  de  Prusse  et  Tordre  (A). 

10  Et  me  donnât  (A). 

II  Ronchin  (A).  Serrure  a  lu  :  Roussin. 
,s  Le  Noble  était  une  monnaie  d'or. 


1421.  ET   AMBASSADES.  55 

Item,  de  Prusse,  m'en  alay  devers  le  roy  de  Poulane  >, 
par  la  ville  de  Sadowen  2  en  Russie,  lequel  je  trouvay  par- 
font es  désers  de  Poulane,  en  ung  povre  lieu,  nommé  Oysem- 
my  3,vers  lequel  je  fis  mon  ambaxade  de  la  paix  4,  des  deux 
roys  dessus  nommez  et  luy  présentay  les  joyaux  du  roy 
d'Angleterre,  5  lequel  me  fist  très  grant  honneur,  et  envoya 
au  devant  de  moy  bien  trente  lieues,  pour  moy  faire  venir 
à  ses  despens.  Et  me  fist  faire  oudit  désert  ung  très  beau 
logis  tous  de  vertes  foeulles  et  ramsseaux ,  pour  tenir  mon 
estât  emprès  luy,  6  et  me  mena  à  ses  chasses  pour  prendre 
ours  sauvaiges  en  vie  7,  et  me  donna  deux  très  frisques  8 
disners,  l'un  par  espécial  où  il  y  avoit  plus  de  soixante 
paires  de  metz,  et  me  assist  à  sa  table,  et  me  envoyoit 
toujours  vivres.  Et  me  bailla  lettres,  que  je  demandoie  de 
luy,  adreschans  à  l'empereur  de  Turquie,  avec  lequel  il 
estoit  alyez  contre  le  roy  de  Hongrie,  pour  moi  faire  avoir 
mes   saufconduits  parmy  la  Turquie,    mais  il  me  dist  que 

1  Pologne. 

*  Saint-Domien  (A).  Sandomir  ou  SanJomierz,  sur  les  frontières 
actuelles  de  la  Pologne  et  de  la  Gallicie.  C'est  à  tort  selon  nous  que 
Lelewel  rapporte  ce  nom  à  celui  du  bourg  de  Sadov-Visnia  près  de 
Lemberg. 

3  Oiseminy  (A).  Oziminy,  entre  Sambor  et  Drohobycz,  au  sud-ouest 
de  Lemberg. 

*  Il  faut  sans  doute  lire  comme  plus  loin  (p.  55)  :  «  De  par  les 
deux  roys.  » 

5  L'historien  polonais  Dlugoss  (mort  en  1480)  spécifie  ces  joyaux. 
C'étaient  un  heaume   et  deux  arquebuses  (Lelewel). 

6  Un  très  beau  logis  de  feuilles  verdes  pour  mon  estât  emprès  de 
luy,  etc.  (A). 

7  La  manière  de  prendre  les  ours  en  vie  est  décrite  par  Dromer. 
Respubl.  Polon.,  Elsevir,  p.  73  (Lelewel). 

8  Très  riches  (A). 


54  VOYAGES  1421 . 

ledit  empereur  estoit  mort,  par  quoy  toute  la  Turquie 
estoit  en  guerre,  et  n'y  pourroye  passer  par  terre.  Sy  fus 
six  jours  devers  lui,  et  me  donna,  au  partir,  deuxchevaulz, 
deuxhaghenées,  deux1  draps  de  soye,  cent  martres  sebelins, 
des  gans  de  Russie,  trois  coupes  couvertes,  d'argent  dorées2, 
cent  florins  de  Hongrie,  et  cent  florins  en  gros  de  Béhaigne3. 
A  quatre  gentilzhommes  que  j'avoye,  il  donna  à  chascun 
ung  drap  de  soie,  et  audit  hérault  ung  drap  de  soye 
et  dix  florins  de  Rin  4,  au  queux,  au  charreton  et  au  vallet 
d'estable  donna  à  chascun  ung  florin.  Et  me  donnèrent 
aucuns  de  ses  gens  pluisieurs  menus  dons,  comme  ostoirs, 
gans,  lévriers,  cousteaulz  et  litz  de  Russie.  Et  pour  ce  que 
le  roy  estoit  là  en  lieu  désert,  il  me  envoya, au  partir  de  lui, 
à  une  sienne  ville  nommée  Lombourg  5,  en  Russie,  pour 
me  faire  avoir  bonne  chière.  Sy  me  donnèrent  les  seigneurs 
et  bourgeois  de  laditte  ville  ung  très  grand  disner  et  ung 
drap  de  soye.  Et  les  Hermins  6  qui  là  estoient  me  don- 
nèrent ung  drap  de  soie  et  me  firent  danser  et  faire  bonne 
chière  avecq  les  dames.  Et  me  iîst  conduire  et  mesner  ledit 
roy  hors  de  son  royaume  à  ses  despens  par  pluisieurs 
journées  7. 


*  Quattre  (A). 

*  Le  uis.  A  ajoute  ici  :  plussieurs  menus  dons  et  quantz  d'ostoirs, 
des  lévriers,  des  couteaux,  de  lis  de  Russye. 

3  Bohême. 

*  Du  Rhin. 
5  Lemberg. 

0  Les  Arméniens. 

7  Cet  épisode  du  voyage  de  de  Lannoy  est  relaté  par  Dlugoss, écrivain 
polonais  ;  voici  son  texte,  publié  par  Lelewel  : 

Dum  autem,  1421,  (rex  Vladislaus  Jagello)  diem  sancti  Johannis 
Baptistee  apud   Osiminy  ageret,   Vilhelmus   de  Lannoy,    burgundus 


1421.  ET   AMBASSADES.  55 

Item,  de  là,  me  partis  et  m'en  alay  à  une  ville  en  Russie, 
nommée  Belfz  !,  devers  la  ducesse  de  la  Masoeu  2,  qui  me 
fist  honneur  et  m'envoya  à  mon  hostel  pluisieurs  manières 
de  vivres,  et  estoit  sœur  au  roy  de  Poulane  \  Passay  par 
la  basse  Russie  et  m'en  alay  devers  le  duc  Witholt,  grant 
prince  et  roy  de  Létau,  que  je  trouvay  à  Kamenich  4,  en 
Russie,  enssamble  sa  femme,  acompaigné  d'un  duc  de  Tar- 
tarie  et  de  pluisieurs  autres  ducs,  ducesses  et  chevalliers 
en  grant  nombre.  Auquel  duc  Witholt  je  fis  mon  ambaxade 
de  la  paix,  de  par  les  deux  roys,  et  luy  présentay  les  joyaulx 
du  roy  d'Angleterre,  5  lequel  seigneur  me  fit  aussy  très 
grant  honneur  et  bonne  chière.  Et  me  donna  trois  fois  à 
disner,  me  assit  à  sa  table  où  estoit  assise  la  ducesse,  sa 
femme 6,  et  le  duc  sarrasin  de  Tartarie,  parquoy  je  vëy  men- 
gier  char  et  poisson  à  sa  table,  par  ung  jour  de  vendredy. 


miles,  advenit  et  Vladislaï  polonise  régi,  ex  parte  Henrici,  anglorum 
régis,  literis  commendatitiis  et  muneribus,  videlicet.  stamino  atlan- 
tico  auro  intexto,  galea  ferrea  crista  aurea  insigni  et  duobus  angiicis 
arcubus,  prsesentatis,  petebat  sibi  per  terras  dominiorum  suorurn,  in 
terram  sanctam  hyerosolymorum  tendenti,  salvum  conductum  prses- 
tari.  Vladislaus  autera,  Poloniae  rex,  tara  sua  sponte  in  quoslibet 
advenas  comis  et  munificus,  non  solum  securitatem  per  tërrara  suam 
praestitit,  sed  etiam,  âmplissime  donatum,  Turcarurn  Caesari  per  lite- 
ras  commendavit  (Dlugoss  XI,  p.  438). 

1  Belz,  ville  très-ancienne  sur  la  Zolokia,  à  l'est   de  Lemberg. 

*  Massovie. 

*  Alexandra,    sœur  de  Jagellon. 

*  Kamienietz,  en  Volynie. 

8  Lelewel  remarque  que  le  roi  de  France  ^'envoie  que  des  paroles 
et  que  le  roi  d'Angleterre  y  joint  des  présents.  C'est  que  l'ambas- 
sade se  faisait  au   nom  de   ce  dernier. 

6  Ce  n'était  plus  Anne,  c'était  la  seconde  épouse  de  Jagellon  : 
Juliane,  comme  le  remarque  Lelewel. 


56  VOYAGES  1421. 

Et  y  avoit  ung  Tartre  qui  avoit  sa  barbe  longue  jusques 
dessoubz  le  genoul,  enveloppée  d'un  coeuvrechief.  Et  à  ung 
disner  solempnel  qu'il  fist, vinrent  vers  lui  deux  ambaxades  l, 
l'une  de  la  grant  Noegarde  et  l'autre  du  royaume  de 
Plesco  2,  qui  luy  vinrent  présenter  pluisieurs  présens  mer- 
veilleux, en  baisant  la  terre,  devant  sa  table,  comme  mar- 
tres crues,  robes  de  soye,  soubes,  chapeaux  fourrez,  draps 
de  laine,  dens  de  couragnes  3  qui  est  poisson,  or,  argent, 
bien  de  soixante  manières  de  dons.  Et  receut  ceulz  de  la 
grant  Noegarde,  mais  ceulz  de  Plesco  non,  aincliois  les 
rebouta  de  devant  ses  yeulz  par  hayne.  Et  me  bailla  ledit 
duc,  au  partir,  telles  lettres  4  qu'il  me  failloit  pour  passer 
par  son  moyen  parmy  la  Turquie,  escriptes  en  tartarie,  en 
russie  et  en  latin.  Et  me  bailla  pour  moi  conduire  deux 
Tartres,  et  sèze  que  Russes,  que  Wallosques  5,  mais  me 
dist  bien  que  ne  pourroye  passer  par  la  Dunowe  6,  pour  la 
guerre  qui  estoit  partout  en  Turquie  pour  la  mort  de  l'em- 
pereur. Et  estoit  aliez  avecq  le  roy  de  Poulane  et  avecq 
les  Tartres  7  contre  le  roy  de  'Hongrie .  Et  me  donna 
au  partir  deux  robes  de  soye,  nommées  soubes  8,  fourrées 
de  martres  sebelins,  quatre  draps  de  soye,  quatre  chevaulz, 


4  Notre  ms.  porte  :  qu'il  fist  vers  les  deux  amdassades.  J'ai  préféré 
la  version  A. 

*  Novogorod  et  Pskow. 

5  Serrure  a  imprimé  ;  Conraques. 

*  Dlugoss  rapporte   aussi   que  Jagellon  donna  à  Ghillebert  des  let- 
tres et  il  ajoute  qu'elles  lui  furent  très-utiles. 

5  Valaques. 

6  Le  Danube  ,  en  allemand  Donau. 

7  Le  ms.  A  ajoute  ici  :  semblablement  avecques  les  Turques. 

*  Soube,  szuba,  pelisse  (Lelewel). 


1421  ET   AMBASSADES.  57 

quatre  l  chapeaux  spiclioult 2  de  sa  livrée,  et  dix  coeuvre- 
chiefz  broudez,  quatre  paires  de  tasses  de  Russie,  un  g 
arcq,  les  flesches  et  le  tarcquois  de  Tartarie,  trois  tasses 
escartelées  et  broudées,  3  cent  ducas  d'or  et  vingt  cincq 
keuchelles  d'argent,  vaillant  cent  ducas4.  Lequel  or  et 
argent,  je  reffusay  et  luy  rendy  pour  ce  que  à  celui  temps 
et  heure  s'estoit  aliez  avecq  les  Housses  contre  nostre  foy  5. 
Et  m'envoya  la  ducesse,  sa  femme,  ung  cordon  d'or  et  ung 
grant  florin  de  Tartre  6  à  porter  au  col  pour  sa  livrée.  Et 
donna  ledit  duc  à  mondit  héraultung  cheval  et  une  soube7 
fourrée  de  martres,  ung  chappeau  fric  8  de  sa  livrée,  deux 
keucelles  d'argent  et  six  ducats  d'or 9  et  demy.A  mon  clercq, 
nommé  Lambin,  que  je  renvoyai  devers  le  roy  d'Angleterre, 
donna  il  une  soube,  qui  est  robe  de  soye  10  fourrée  de  mar- 
tres, et  ung  chappel  de  sa  livrée.  A  cinq  gentilzhommes 
que  j'avoye  avecq  moy,  à  chascun  il  donna  un  drap  de  soye. 


4  Trois. 

2  Spichoult.  Lelewel  explique  ce  mot  par  la  langue  polonaise  et  lui 
donne  la  signification  de  shakho  pointu. 

3  Tasses,  étoffes  qui  couvrent  les  plis  de  l'armure. 

4  L'ordre  de  cette  énumération  est  interverti  dans  le  ms.  A,  qui 
supprime  les  trois  derniers  mots. 

5  Les  Hussites  avaient  déjà  l'appui  de  Witholt  et  cherchaient  à 
gagner  celui  de  Jagellon,  qui  devait  bientôt  leur  envoyer  un  empereur 
à  opposer  à  Sigismond  de  Luxembourg. 

6  De  Tartarie  (A). 

7  Robe  (A). 

8  Ung  chappeau  spice  (A). 

9  Le  ms.  A  intercale  ici  quelques  mots  et  termine  ainsi  la  phrase  : 
Aux  keux  et  chartons,  au  vallet  d'estable,  à  chascung  deux  ducatz 
d'or  et  demi. 

'•  Une  robe,  ladite  robe  de  soye  (A). 

VOY.    ET    AMB.  4 


58  YOYAGËS  1421 . 

Item,  me  donnèrent  ung  duc  et 1  ducesse  de  Russie,  de 
ses  gens,  ung  beau  disner  et  une  paire  de  gans  de  Russie 

broudez  et   ung  2 Et  me  furent  donnez  autres 

dons  de  ses  chevalliers  comme  chappeaulz  et  mouffles  four- 
rées de  martres,  et  de  cousteaux  tartarisques,  par  espécial 
de  Guedigol 3 ,  capitaine  de  Pluy,  en  Lopodolye  4.  Et  fus 
devers  ledit  Witholt  neuf  jours  et  puis  m'en  partis. 


Item,  de  Kamenich  5,  m'en  retournay  à  Lombourg  6  où* 
il  y  a  cincquante  lieues,  et  de  tant  me  tordy  hors1  de  mon 
chemin  pour  trouver  ledit  duc  Witholt.  Et  de  Lombourg, 
passant  parmy  la  Russie  la  haute,  m'en  alay  en  7  Lopodolie 
à  une  autre  Kemenich  8,  merveilleusement  assise,  qui  est 
audit  duc,  où  je  trouvay  ung  chevalier,  capitaine  de  Lopo- 
dolie, nommé  Gheldigold  ,  qui  me  festoya  moult  et  me 
donna  de  gracieux  dons  et  de  ses  vivres  et  beaux  disners. 
Et  de  là  m'en  alay  parmy  Wallackie  la  petite  9,  par  grans 
désers,  et  trouvay  le  wiwoude  Alexandrie  10,  seigneur  de 

1  Et  une  ducesse  (A). 

2  Un  mot  est  laissé  en  blanc  dans  les  manuscrits.  C'était  sans  doute 
un  mot  difficile  à  comprendre  par  les  copistes. 

5  Guadiguol,  et  plus  loin  :  Gueldignol  (A). 

4  Podolie. —  Gedigolt,  icinommé  trois  fois,  était  un  haut  dignitaire 
de  la  cour  de  Witholt  ou  Vitovd.  Lelewel  donne  une  equisse  de  sa 
vie,  mais  il  ne  peut  expliquer  le  nom  de  Pluy,  il  suppose  que  c'est 
une  faute  de  copiste. 

5  Kamienietz. 
•  Lemberg. 

7  Vers  (A). 

8  II  s'agit  cette  fois  de  Krzemienietz,  en  Podolie. 

9  La  petite  Valachie.    Le  ch  doit  être  prononcé  kh. 

10  Le  vaivoude  Alexandre,  parent  par  alliance  de  Jagellon  et  de 
Witholt.    ' 


1424.  ET   AMBASSADES.  59 

laditte  Wallackie  et  de  Moldavie,  à  ung  sien  villaige, 
nommé  Cozial  \  lequel  me  dist  pour  certain  encores  mieulz 
la  vérité  de  la  mort  de  l'empereur  de  Turquie  et  la  grosse 
guerre  qui  estoit  par  tout  le  pais  2,  tant  au  costé  devers 
Grèce  comme  oultre  le  bras  Saint- George,  devers  la  Tur- 
quie, et  qu'il  y  avoit  trois  seigneurs  qui  chascun  se  vouloit 
faire  empereur  par  force  3.  Et  que  nullement  ne  pourroye 
passer  la  Dunowe,  car  nul  de  ses  gens  ne  fut  sy  hardy  qui 
m'y  osast 4  conduire,  ne  faire  passer.  Et  sy  failly  5  que  je 
changeasse  mon  propos  d'aler  parmy  la  Turquie.  Et  en 
intention  de  essayer  de  tournoyer  la  mer  Maiour  6,  prins 
mon  chemin  pour  aler  en  Caffa  par  terre.  Et  au  partir 
dudit  seigneur  de  Wallackie,  il  me  donna  ung  cheval,  con- 
duitte  et  truchemans  et  guides,  et  m'en  alay  par  grans 
désers,  de  plus  de  quatre  lieues,  en  laditte  Wallackie.  Et 
vins  à  une  ville  fermée  et  port  sur  laditte  mer  Maiour, 
nommée  Mancastre  ou  Bellegard  7,  où  il  habite  Gênenois, 
Wallackes  et  Hermins.  Et  là  y  vint,  moy  présent,  à  celuy 
temps,  à  l'un  des  lez  de  la  rivière,  le  devant  nommé  Guel- 
digold,  gouverneur  de  Lopodolye,  faire  et  fonder  par  force 
ung  chas  tel  tout  neuf,  qui  fut  fait  en  moins  d'un  mois  8  de 

1  C'est  probablement,  comme  l'indique   l'édition  Serrure,   la  ville 
de  Kozlov,  un  peu  au  nord  du  Dniester. 
fi  Qui  estoit  partout  (A). 

*  Ces  trois  compétiteurs  à  l'empire  après  la  mort  de  Mahomet  I, 
troisième  fils  de  Bajazet,  mort  en  1421,  étaient  Amurath  II  son  fils, 
Mustapha,  le  plus  jeune  frère  de  Mahomet,  et  Chélébi  Mustapha, 
frère  d' Amurath. 

*  Car  nul  de  ses  gens  sy  hardy  qui  ©sast,  etc.  (A). 

5  Et  sy  falloit  (A). 

6  Nom  qu'on  donnait  alors  à  la  mer  Noire. 

7  Bellegard  est  Bialigorod,  la  ville  blanche,  l'Akerman  des  Turcs. 
■  Tout  neuf,  en  moins  d'uug  mois  (A). 


60  VOYAGES  1421. 

par  ledit  duc  Witholt,  en  ung  désert  lieu,  où  il  n'y  a  ne 
bois,  ne  pierres,  mais  avoit  ledit  gouverneur  amené  douse 
mille  'hommes  et  quatre  mille  charettes  chargées  de  pierres 
et  de  bois. 


Item,  à  l'entrer  de  nuit  en  laditte  ville  de  Mancastre,  fus 
moy  et  ung  mien  trucheman  prins,  rué  jus  et  desroeubé  de 
robeurs  et  mesmes  batu  et  navré  ou  bras  villainnement,  et, 
que  plus  est,  je  fus  desvestu  tout  nud  en  ma  chemise  et  loyé 
à  ung  arbre  2,  une  nuit  entière,  emprès  et  sur  le  bort  d'une 
grosse  rivière  nommée  le  Nestre,  où  je  passay  la  nuit,  en 
très  grant  péril  destre  murdry  ou  noyez  ;  mais,  la  merci 
Dieu,  ilz  me  deslièrent  au  matin  et,  tout  nud  comme  devant, 
c'est  à  scavoir  atout  ma  chemise  3,  eschappay  d'eulz  et 
m'en  vins  entrer  en  la  ville 4  sauflavye.Et  ce  jour  arrivèrent 
mes  autres  gens  que  j'avoye  laissié  celle  nuyt  au  désert, 
sy  alloye  devant  pour  prendre  logis  pour  eulx  5.  Et  perdis 
environ  de  cent  à  six  vins  ducas  et  autres  bagues 6,  mais 
enfin  pourchassay  tant  envers  ledit  wiwoude  Alexandrie, 
seigneur  dudit  Mancastre,  que  les  larrons  jusques  à  neuf 
furent  prins  et  à  moy  livrez,  la  hart  au  col,  en  ma  franchise 
de  les  faire  morir  ;  mais  ilz  me  restituèrent  mon  argent  ; 


1  Et  avoit  douze  raille,  etc.  (A). 

2  Desreubé  de  robeurs,  batu  et  navré  au  bras  villaineraent,  devestu 
et  loyé  en  ma  chemise  à  ung  arbre,  etc.  (A). 

3  Le  ms.   A  supprime  dans  cette  phrase  plusieurs  mots  :   Où  je 
passay  la  nuit,  —  C'est  à  savoir  atout  ma  chemise,  etc. 

*  Et  tout  nud  eschappay  et  vins  à  la  ville,  etc.  (A). 
8  Pour  euix  et  pour  moy  (A). 
6  Bagues  et  joyaulx  (A). 


1421.  ET   AMBASSADES.  61 

lors1,  pour l'onneur  de  Dieu,  priay  pour  eulz  et  leur  sauva 
la  vye, 


Item,  de  Mancastre  envoiay  une  partie  de  mes  gens, 
de  mes  bagues  et  joyaulz  par  mer  en  une  nef  en  Caffa,  et 
moy  avecq  les  autres  m'en  alay  2  parterre,  partant  de  laditte 
Wallasquie  pour  aller  audit  lieu  de  Caffa,  parmy  ung 
grant  désert  de  Tar tarie,  qui  me  dura  dix  huit  jours.  Et 
passay  la  rivière  de  Nestre  et  la  rivière  de  la  Neppre 3,  sur 
laquelle  trouvay  ung  duc  de  Tartarie,  amy  et  serviteur 
auducWitholt,  enssamble  ung  gros  villaige  de  Tartres,  qui 
sont  audit  Witholt,  hommes,  femmes  et  enffans,  et  estoient 
sans  maisons,  logiez  sur  la  terre. Lequel  duc,  nommé  Jambo, 
me  donna  largement  poissons  esturgeons  et  me  présenta 
sieuce  de  bacho  4  pour  les  cuire,  et  me  fist  bonne  chière. 
Puis,  me  fist  passer  par  ses  Tartres  merveilleusement,  moy 
et  mes  gens  et  mes  chars,  oultre  laditte  rivière,  qui  avoit 
une  lieue  de  large,  en  petis  batteaux,  tous  d'une  pièce. 
Mais  5  après  deux  jours  que  je  me  fus  party  de  lui,  il  me 
survint  une  forte  aventure,  car  je  perdis  tous  mes  chevaulz, 

1  Mais  (A). 

*  Et  moi  et  les  aultres  allasmes  (A). 

3  Et  passay  la  rivière  de  la  Neppe  (A).  —  Dniester  et  Dnieper. 

*  Cette  sauce  a  exercé  les  commentateurs.  Lelewel,que  Serrure  fait 
rire  en  y  voyant  une  sauce  au  lard,  y  voit  une  sauce  de  baies  du  lata- 
nier  ou  d'huile  d'olive  ;  Bacca.  Ne  serait-ce  pas  simplement  la 
sauce  au  vin  :  Bachus,  en  Italien,  Bacco,  les  termes  de  cuisine  ont 
été  souvent  empruntés  à  cette  langue.  —  Le  ms.  A  tranche  autrement 
la  question,  il  écrit  :  fiente  de  wache.  On  se  sert  en  effet  dans  ces 
pays  comme  combustible  de  bouses  de  vache  séchées. 

8  Le  récit  qui  commence  ici  est  réduit  dans  le  ms.  A  ;  j'en  don- 
nerai quelques  variantes  ; 

Et  au  partyre  de  luy,   dedens  deux  jours  après,   eu  une  grosse 


62  VOYAGES  1421. 

et  mes  gens,  truchemans,  tartres  et  guides,  jusques  au 
nombre  de  vingt  et  deux,  furent  perdus  près  d'un  jour 
et  une  nuyt  entière,  par  aucuns  loups  sauvaiges  et  affamez 
qui  eslevèrent  mes  chevaulz  par  nuit,  comme  je  reposoye 
en  la  forest  déserte  ,  et  les  sieuvirent  mesdittes  gens  près 
de  trois  lieues  longs,  mais  l'endemain,  moyennant  la  grâce 
de  Dieu  et  pluisieurs  pélerinaiges  que  je  voay  l  avecq  mes 
gens  qui  encores  estoient  avecq  moy,  nous  retrouvâmes  tous 
lesdits  truchemans  et  guides,  réservé  ung  Tartre,  très  loyal 
homme,  qui  poursieuvy  mes  chevaulz  tant  que,  par  merveil- 
leuse aventure,  il  les  retrouva  par  ung  seul  cheval  coullu 
qu'il  y  avoit  en  la  compaignie  et  d'une  seulle  jument,  qui 
eulx  deux,  sans  plus,  furent  premiers  trouvez  paissant  ens- 
samble,  sur  quoi 2  ledit  Tartre  monta  pour  aler  quérir  les 
autres,  lequel  Tartre  se  nommait  Gzooyloos,  et  estoit  l'une 
de  mes  guides  qui  très  loyaument  s'en  acquitta,  car  après 
qu'il  eut  retrouvé  tous  mes  chevaulz,  s'il  eust  voulu  estre 
faulz  de  les  embler,  aussy  bien  qu'il  se  monstra  loyal  de 
les  moy  ramener,  nous  estièmes  tous  mors  dedens  lesdittes 
forests  et  grans  désers,  car  nous  estièmes  loing  de  ville  qui 
fut  habitée,  plus  de  sept  journées. 

Item,  au  partir  de  là,   assez  tost  après,   me   survint 

aventure  de  tous  mes  chevaulx  et  mes  gens,  truchemans,  tartres  et 
guides,  jusques  au  nombre  de  vingte  deux  qui  furent  tous  perdus  une 
nuyct  et  près  d'ung  jour  tout  entier,  de  leups  sauvaiges,  et  les  emme- 
nèrent, en  ung  saulte,  en  une  heure,  cachant  parmy  le  désert  près  de 
trois  lieues  long  (A). 

1  Que  moi  et  mes  gens  veyasmes,  tous  furent  retrou veit,  lesditz  che- 
vaulx par  très  merveilleuse  aventure  d'ung  seul  cheval  coullu  (A). 

2  Sur  quoi  ung  alla  quérir  les  aultres,  c'est  assavoir  ung  loyalle 
tartre  nommé  Gzooilloos  que  loyaullement  s'en  aquitta,  etc.  (A). 


1421.  ET    AMBASSADES.  63 

encores  une  autre  aventure,  car,  en  alant  mon  chemin  vers 
ung  empereur  de  Tartarie,  demourant  à  une  journée  près 
de  là,  oudit  désert  de  Caffa,  nommé  l'empereur  de  Salhat, 
amy  dudit  Witholt,  vers  lequel  jealoye  pourvëoir  son  estât 
comme  ambaxadeur  et  portant  vers  lui  les  présens  dudit 
Witholt,  trouvay  à  deux  journées  près  de'là  une  embusche 
de  soixante  à  quatrevins  Tartres  à  cheval  qui  saillirent 
hors  de  roseaux  sur  moy  et  me  voulurent 2  prendre  prison- 
nier, pour  tant  que  tout  nouvellement  ledit  empereur  de 
Salhat  estoit  mors  et  qu'il  y  avoit  la  plus  grant  question 
du  monde  entre  les  Tartres  de  celle  Tartarie  3  et  du  grant 
Kan,  empereur  de  Lourdo  4,  pour  y  faire  ung  nouvel  empe- 
reur, car  chascun  vouloit  avoir  le  sien,  et  estoient  tous 
en  meuterie  et  en  armes  en  laditte  contrée  5,  par  quoy  je 
fus  en  grant  péril,  mais  sy  bien  m'en  vint  que,  à  ce  jour, 
moy  et  mes  gens,  portièmes  les  chapeaux  et  livrées  de 
Witholt,  et  iceulz  Tartres  de  celle  embusche  estoient  des 
gens  du  viel  empereur  de  Salhat 6,  qui  estoit  mort  et  qui 
avoit  esté  grant  amy  audit  Witholt.  Sy  me  laissèrent  aler, 
moyennant  pluisieurs  dons  d'or  et  d'argent 7,  de  pain,  de 
vin  et  de  martres,  que  je  leur  donnay.  Et  me  guidèrent,  en 


1  Je  eu  une  autre,  etc.  (A). 

9  Hors  d'une  roseaux  et  me  voulurent,  etc.  (À). 

5  De  celle  partie  de  Tarterie  (A). 

*  Lourde  (A). 

*  Ladite  ville  et  autour  (A). 

6  Ghillebert  apporte  ici  des  noms  et  des  renseignements  nouveaux 
dans  une  histoire  encore  obscure  :  les  excursions  d'une  horde  des 
Tartares  de  Kaptchak.  Les  annalistes  de  Lithuanie  et  de  Pologne 
auront,  tout  en  le  contrôlant,  à  compter  avec  lui,  comme  le  fait  sentir 
Lelewel   qui  essaie  de  jeter  quelque  jour  sur  ces  événements. 

7  Certain  don  d'argent  et  d'or  (A). 


64  VOYAGES  1422. 

moy  l  tordant  par  ung  autre  chemin,  tant  qu'en  eschievant 
toutes  gens  d'armes,  je  arrivay  à  Sa  miette  de  nuit  à  tfne 
autre  porte,  à  l'autre  lez  de  la  ville  de  Salhat  2,  &  laquelle 
je  m'en  alay  hurter  seullement  pour  dire  je  y  ay  esté. 
Et  sans  entrer  dedens,  ne  sans  reposer,  tout  celle  nuyt 
chevauchay  et  vins  à  Samiette  3  et  puis  en  la  ville  de  Caffa, 
qui  est  ung  port  de  mer  et  ville  de  trois  fermetez,  située 
en  Tartarie,  sur  la  mer  Maiour,  appartenans  aux  Gènenois. 
Lesquelz  Gènenois  me  firent  honneur  et  bonne  chière,  et 
me  envoyèrent  pour  4  présens  vingt  et  quatre  coffins  de 
confiture,  quatre  torses,  cent  chandeilles  de  cire,  ung 
tonnelet  de  malvisie  5  et  du  pain,  et  me  tendirent  ung 
hostel  espécial  pour  moy  en  la  ville.  Et  là,  mis  plaine 
diiligence  6  de  trouver  conseil  ,  guides  et  truchemans  à 
tournoyer  la  mer  Maiour  pour  parfaire  le  chemin  par 
terre  en  Jhérusalem,  car  j'estoye  venu  jusques  à  là  tout 
par  terre,  et  avoye  failly  7  à  passer  la  Dunowe,  mais  en  la 
conclusion  n'y  fut  oncques  remède  ne  moyen  que  je  y 
pëusse  trouver,pour  les  longtains  désers  deshabitez  de  plui- 
sieurs  nacions,  de  diverses  langues  et  créances,  qui  y 
habitent.  Sy  vendylàmes  chevaulz,  et  trouvay,  dedens  neuf 
jours,  quatre  galées  de  Venise,  qui  venoient  de  la  ïane,  avec 
lesquelles  je  revins  en  la  ville  de  Përée   8  et  en  Constanti- 

1  Me  (A). 

•  Samiette  et  Salhat  étaient  en  Crimée. 
,  5  De  la  ville  à  sauveté  (A). 

4  Envoyèrent  leurs  (A). 
8  Malvoisie  (A), 

*  Mis  diligence  (A). 

7  Pour  parfaire  par  ce  chemin  là  le  vovaige  de  Jherusalam  par  terre 
et  avoye  failly,  etc.  (A). 

8  Péra,  du  grec  izépcx,  au-delà  :  faubourg  de  Constantinople  séparé 
par  la  rivière  connue  sous  le  nom  de  la  Corne  d'Or  (Cornu  sinus). 
Péra  appartenait  aux  Vénitiens. 


1422.  ET   AMBASSADES.  65 

noble.  (Duquel  lieu  de  Constantinoble  je  trouvay  le  viel 
empereur  Manuel  et  le  jeune  empereur  son  filz,  auxquelz 
empereurs  présentay  les  joyaux  du  roi  de  Angleterre, 
enssamble  les  lettres  de  la  paix  de  France  et  d'Angleterre. 
Et  fis  mon  ambaxade  de  parles  deux  rois,  touchans  laditte 
paix,  enssamble  le  désir  qu'iiz  avoient  de  avanchier  l'union 
d'entre  les  esglises  Rommaines  et  Grégeoises,  dont  je  fus 
pluisieurs  journées  devers  lesdis  empereurs  occupez  avecq 
les  ambaxadeurs  du  Pape,  qui  lors  y  estoient  pour  ceste 
cause  l.  Et  me  firent  lesdis  empereurs  honneur  et  bonne 
chière,  selon  la  coustume  du  pais  des  Grégeois.  Et  me  mena 
le  jeune  empereur  pluisieurs  fois  à  ses  chasses  et  me  donna 
à  disner  sur  les  champs.  Et  me  donna  le  viel  empereur,  au 
partir,  trente  deux  aunes  de  velours  blancq.  Et  me  fist 
monstrer  sollempnellement  les  dignes  relicques  dont  plui- 
sieurs en  y  avoit  en  la  cité  et  mesmes  aucunes  précieuses 
qu'il  avoit  en  sa  garde,  sy  comme  2  le  saint  fer  de  la  lance  et 
autres  très  dignes.  Et  me  fist  monstrer  les  merveilles  et 
anciennetez  3de  la  ville  et  des  esglises. Laquelle  ville  est  en 
trépier  4  assise  sur  la  mer  et  a  dix  huit  milles  de  tour.  Et 
me  donna  au  partir  une  croix  d'or  à  ung  gros  perle,  en 
laquelle,  en  cincq  parties,  il  fist  enchassier  en  chascun 
membre  une  des  relicques  qui  s'enssieut 5  :  premier,  de  la 
robe  Nostre  Seigneur  Irrisoria,  d'un  saint  suaire  Nostre 
Seigneur,  de  la  chemise  Nostre  Dame,   d'un  oz  de  saint 

1  Geste  raesme  cause  (A). 

2  Et  me  fist  montrer  solempnellement  les  dignes  relliques  pluisieurs 
qu'il  y  a  en  sa  garde,  comme  en  aultre  lieu,  en  Constantinople,  teles 
comme,  etc.  (A). 

3  Les  merveilles  anciennes  (A). 
*  Trespiede  (A). 

5  S'ensuyvent  (A). 


66  VOYAGES  1422. 

Estéene  et  de  saint  Théodore,  escript  sur  chascun  membre 
en  grecq  le  nom  de  chascune  relicque.  Laquelle  croix,  je 
fis  depuis,  à  mon  retour,  enchâsser  en  ung  angèle  d'argent 
et  le  donnay  depuis  à  nostre  chappelle  de  Saint-Pierre,  à 
Lille,  et  pourchassay,và  l'ayde  de  monseigneur  de  Santés, 
mon  frère,  pardons  à  perpétuité,  sept  ans  et  sept  quaran- 
taines. 


Item,  en  iceluy  temps,  avoit  le  viel  empereur  délivré 
hors  de  sa  prison  ung  prince  turcq  nommé  MoustafFa  et 
l'avoit  fait,  par  son  sens  et  puissance,  empereur  de  la  Tur- 
quie, vers  la  Grèce,  après  la  mort  de  Guirici  Chalaby  \ 
son  frère,  par  devant  empereur  de  Turquie,  et  l'avoit  mis 
sur  la  partie  de  Grèce  vers  Gallipoly,  par  condicion  que 
jamais  ne  devoit  passer  le  bras  de  Rommenie  2  pour  passer 
oultre  en  Turquie,  et  devoit  rendre  le  chastel  et  tout  le 
navire  de  Galipoly  à  l'empereur  de  Constantinoble  et  faire 
guerre  perpétuelle  à  Mourart-Bay  3,  estant  seigneur  de 
Prusse  4  et  de  la  Turquie,  qui  lors  y  estoit  recëu  empereur 
par  la  mort  duditGuiricy,  son  frère5,  mais  il  menty  faulce- 
mentdetoutesaprommesse,  car  il  passa  oultre  à  navire  en  la 
Turquie  en  puissance,  et  vint  Mourart-Bay  contre  luy  aussy 
à  grant  puissance  et  furent  grant  temps  l'un  devant  l'autre 
les  deux  puissances  tellement  qu'il  n'y  avoit  entre  eulz 
deux  que  une  rivière.  Sy  fus  adverty  *  de  ceste  besongne, 


1  Mahomet  I,  troisième  fils  de  Bajazet. 

2  Le  bras  de  Roumélie,  c'est-à-dire  les  Dardanelles. 
5  Bursse  (A). 

*  Amurath  II. 

5  Son  père  (A).  Voir  la  note  3  de  la  page  59. 

6  Sy  sceus  (A). 


1422.  ET   AMBASSADES.  67 

par  quoy  je  prins  une  nef  et  du  harnas  pour  aler  devers 
l'un  desdis  empereurs  turcs  espérant  qu'il  y  auroit  bataille, 
mais  l'empereur  de  Constantin oble  fist  arrester  ma  nef,  et 
ne  voult,  pour  la  doubte  de  ma  vie  *,  que  je  y  allasse ,  dont  je 
eus  grant  doeul.  Et  demouray  ainsy  du  tout  résolu  de  par- 
faire mon  voyaige  de  Jhérusalem  par  mer.  Sy  me  mis  en 
une  nef  et  arrivay  en  l'isle  et  ville  de  Rodes  2,  dont  estoit 
maistre  ung  seigneur  chastelain,  lequel  me  fist  honneur. 
Et  illecq  laissay  toutes  mes  bagues,  avecq  l'oreloge  d'or  du 
roy  d'Angleterre,  que  je  ne  peus  présenter  pour  ce  que 
j'avoye  trouvé  ledit  empereur  de  Turquie  mort,  auquel  elle 
adreschoit3.  Et  laissay  là  toutes  mes  gens  séjournans,  qui 
grant  desplaisir  en  eurent,  jusques  à  mon  retour,  et  m'en 
alay,  seullement  moy  troisième,  c'est  à  sçavoir  le  dit  Roy 
d'Arthois,  Jehan  de  la  Roe  et  moy,  pour  parfaire  plus  dis- 
crètement 4  mes  visitations,  le  chemin  5  qui  s'ensieut. 

Item,  de  là  montay  sur  une  petite  nef  qui  me  mena  en 
l'isle,  port  et  ville6 de  Candie,  qui  est  aux  Vénissiens,  où  je 
fus  six  sepmaines,  et  me  firent  le  duc  et  les  gentilzhommes 
grant  honneur   et   me  envoyèrent   pluisieurs   présens  de 

1  L'édition  Serrure  a  ici  une  faute  d'impression  :  Ne  voult  'point  le 
doute  de  ma  vie.  Notre  ms.  écrit  lisiblement  :  ne  voult  pour  la  doute. 
—  Pour  doute  (A). 

2  Rhodes. 

8  Pour  ce  que  javais  trouvé  que  le  dict  empereur  de  Turquie,  où 
elle  alloit,  estoit  mort  (A). 

4  La  reconnaissance  militaire  exigeait  de  la  discrétion,  c'est  pour- 
quoi Ghillebert  laisse  à  Rhodes  sa  suite  et  ses  bagages  et  part  pour 
la   Syrie  avec  Roy  d'Arthois  et  Jehan  de  la  Roe. 

B  Et  le  chemin  (A). 

8   En  l'isle  et  ville  (A). 


68  VOYAGES  1422, 

vitailles.  Et  de  là,  montay  sur  une  autre  nef  qui  me  mena 
au  port  d'Alexandrie,  très  grosse  ville  fermée  où  demeurent 
sarrasins.  Et  y  a  deux  portz,  le  viel  et  le  nouvel.  Lesquelz 
dessusditz  lieux  je  visitay,  avecq  le  lieu  saint  où  sainte 
Katherine  fut  martirisie  et  décolée,  à  mon  povoir,  par 
l'ayde  dudit  Jehan  de  la  Roe.  Et  mis,  de  là  en  avant,  toutes 
mes  visitacions  par  escript  dont  je  fis  ung  livret  qui  çy 
après  s'ensieut,  duquel,  au  retour  de  mon  dessusdit voyaige, 
le  roy  Henry  en  ot  ung  par  copie  et  monseigneur  le  duc 
de  Bourgongne  ung  autre  l.  Et  d'Alexandrie,  m'en  alay  par 
terre  jusques  au  port  de  Rosecto  2 ,  où  il  y  a  trente  six 
milles. Et  illecq  entray  sur  une  germe  qui  me  mena  amont  la 
rivière  du  Nyl  jusques  à  la  grant  ville  du  Kaire,  où  le  sou- 
dan  de  Babilonne  3  demeure  en  ung  riche  chastel.  Et  y  a 
quatre  journées  de  long,  qui  sont  deux  cens  milles. 

Item,  au  Kaire,  visitay  ce  que  y  estoit  à  visiter  de  plu- 
sieurs merveilles  qui  y  sont,  et  fus  devers  le  patriarche 
d'Inde 4,  lequel  me  présenta,  comme  ambaxadeur  du  roy  de 
France,  unefyole  de  fin  balme,  de  la  vigne  où  il  croist,  dont 
il  est  en  partie  seigneur. 

Item,  de  là,  prins  truchemans  sarrasins  et  chargeay  tentes 
et  vitailles  sur  cameulx,  et  deux  asnes  pour  ma  personne, 

1  Dont  au  retour,  etc..  le  roi  Henry  en  eut  ung,  et  un  aultre  mon- 
seigneur le  ducque  de  Bourgoingne  (A).  —  C'est  le  résultat  de  cette 
reconnaissance  militaire  dont  Ghillebert  remit/une  copie  à  chacun  des 
deux  esmouveurs  de  son  ambassade. 

*  Rosette. 

5  II  est  à  peine  nécessaire  de  rétablir  l'orthographe  moderne  : 
Nil,  Caire,  Babylone. 

*  Des  Indes  (A). 


1422.  ET   AMBASSADES.  69 

et  fis  le  chemin  de  Sainte-Katherine  du  mont  de  Sinay  par 
les  désers  d'Egipte,  en  costiant  la  mer  rouge,  où  il  y  a 
onze  journées  de  désers.  Et  y  a  une  esglise  à  Sainte-Kathe- 
rine à  manière  d'un  chastel,  forte  et  quarrée,  où  les  trois 
loix  de  Jhésucrist,  de  Moyse  et  de  Mahommet  sont  en 
trois  esglises  représentées.  Et  en  la  nostre  gisent  les  oz  de 
la  plus  grant  partie  du  corps  de  sainte  Katherine.  Et  mon- 
tay  sur  ledit  mont,  ou  lieu  où  Nostre  Seigneur  donna  la 
première  loy  à  Moyse,  et  puis,  plus  hault  où  le  corps  de 
laditte  sainte  fut  ensepvely  par  les  angèles  de  paradis,  et  y 
demoura  sept  ans  ;  puis  visitay  pluisieurs  hermitaiges  qui 
sont  sur  la  montaigne. 


Item,  oultre  laditte  montaigne,  environ  trois  milles,  pour 
vëoir  merveilles  l,  alay  visiter,  à  l'autre  f&z  du  désert,  une 
pierre  quarrée,  merveilleusement  grande,  laquelle  sieuvoit2 
jadis  par  miracle  le  poeuple  d'Israël  ou  désert.  Et  y  voit 
on  encores  douse  sourgeons  desquelz  saillirent 3  douse  fon- 
taines, qui  abreuvoyent  les  douse  lignies  d'Israël.  Et  est 
celle  pierre  toute  seulle,  loing  de  roches  et  de  montaignes, 
illecq  couchie  emmy  le  sablon. 


Item,  de  Sainte-Katherine,  m'en  vins  au  Kaire  et  illecq 
reprins  truchemans  et  vitaille  et  puis  montay  sur  une 
germe  et  alay,  contremont  la  rivière  du  Nyl,  deux  journées 
de  loing,  jusques  à  une  esglise  de  Saint-George  cristienne. 


1  Pour  merveilles  (A). 

*  Servoit  (A). 

5  Dont  il  sailloient  (A). 


70  VOYAGES  1422. 

Et  illecq  remontay  sur  cameulx  et  m'en  alay  à  Saint- 
Anthoine  des  désers,  où  il  y  a  deux  journées  de  chemin, 
qui  sont  cincq  journées  du  Kaire  2.  Saint-Anthoine  est  une 
abbaye  de  moines  jacobitains,  cristiens  circoncis,  dont  il  y 
a  3cincquante.Et  est  chastel  situé  sur  une  fontaine  saillant 
d'une  roche,  et  y  a  beau  gardin  de  palmes  et  pluisieurs 
autres  arbres  et  fruis. 


Item,  de  là,  passay  oultre  une  grant  montaigne  qui  con- 
tient une  lieue  de  long,  à  la  vëue  de  la  mer  rouge  4,  et  alay 
à  Saint-Pol  des  désers  5,  le  premier  hermite,  qui  est  situé 
en  lieu  bas  entre  montaignes  sur  une  fontaine  saillant  de 
roche6,  et  est  lechastel  fort  et  abbaye  de  jacobitains  7,  subgectz 
àceulz  de  Saint-Anthoine  ,  et  y  a  ung  gardin  de  palmiers. 
Et  illecq  vindrent  les  Indiciens  tous  nudz  en  quantité,  pour 
assaillir  la  place  afin  de  avoir  à  boire  comme  ceulz  qui 
moroyent  de  soif,  quérans  eaue  par  trois  jours  continuelz, 
sans  le  trouver  8  par  ledit  désert. 

Item,  de  Saint-Pol,  retournay  à  Saint-Anthoine  et  de  là 
au  Kaire,  et  mis,  que  de  aler  que  de  venir,  du  Kaire  9  à 
Saint-Anthoine,  sèze  jours. 

*  Deux  (A). 

2  En  remontant  la  vallée  du  Nil. 

*  Dont  il  en  y  a  (A). 

*  A  une  lieue  de  la  mère  rouge  (A). 
8  Dans  la  basse  Thébaïde. 

8  Sur  une  montaigne  saillant  (A). 

7  Notre  ms.  dit  :  Et  est  le  chastel  et  abbaye  forte  de  Jacobitains.  J'ai 
préféré  la  version  du  ms.  A. 

s  Afin  de  boire,  qu'ilz  morroient  de  soiffe,queranspar  trois  jours  eaue 
sans  la  trouver,  etc.  (A). 

*  Le  ms.  A  supprime  les  10  mots  précédents. 


1423.  ET    AMBASSADES.  71 

Item,  me  party  du  Kaire  le  trèsième  jour  de  juing,  mon- 
tay  sur  une  germe  et  vins  aval  d'un  des  bras  de  la  rivière 
du  Nyl  jusques  à  Damiette  en  trois  jours.  Sy  y  peut  avoir 
environ  de  cent  et  cincquante  milles  par  eaue,mais  par  terre 
n'y  a  que  cent  milles.  Et  y  a  sur  laditte  rivière  beaucop  et 
fuison  de  bons  villaiges  et  pais  bien  labouré.  Et  sont  en 
laditte  rivière  pluisieurs  isles,  aucunes  haultes,  aucunes  non, 
les  unes  habitées  et  point  les  aultres  \  et  partout  bateaulz 
nommez  germes.  De  là,  alay  à  Thènes  9,  de  là  à  Rames  3, 
et  puis  en  Jhérusalem  et  es  lieux  là  autour  acoustumez 
de  aler  aux  pèlerins.  De  là,  retournay  à  Rodes  et  de  là  à 
Venise,  le  chemin  accoustumé,  et  de  là,  revins  par  les 
Allemaignes  ,  où  je  fus  prins  du  bastard  de  Lorhaine,  mais 
le  comte  de  Waudemont  me  fîst  délivrer. 


*  Pluisieurs  isles,  aulcunes  habittées  et  aulfunes  non  (A). 

2  Thènes 

3  Ramleh,  entre  Jaffa  et  Jérusalem. 


S'ensieuvent  les  pèlerinaiges, 

PARDONS  ET  INDULGENCES,  DE  SuRYE  ET  DE  ÉgIPTE  l. 


Et  veuillez  sçavoir  que,  en  quelconcques  lieux  cy  après 
nommez  où  vous  trouverez  le  signe  de  la  croix,  il  y  a 
plaine  absolucion  de  peine  2  et  de  coulpe,  et,  es  aultres  lieux 
nommez  cy  après  où  point  n'y  a  le  signe  de  la  croix,  il  y  a 
sept  ans  et  sept  quarantaines  de  pardon.  Et  furent  données 
lesdittes  indulgences  de  saint  Silvestre,  pape,  à  la  prière  de 
saint  Constantin,  empereur,  et  de  madame  sainte  Hélaine, 


1  Les  pèlerinages  masquaient  la  reconnaissance  militaire.  Ghil- 
lebert  leur  donne  presque  autant  d'étendue  et  il  est  à  supposer  qu'il 
mêlait  les  deux  espèces  de  notes  pour  détourner  au  besoin  les  soupçons. 
Ces  pèlerinages  donnent  un  état  complet  des  souvenirs  religieux,  des 
légendes  et  des    superstitions  qui  peuplaient  alors  la  Terre- Sainte. 

8  Absolution  de  tous  les  péchez  de  paine,  etc.  (A). 

5  Cet  alinéa  est  écrit  dans  le  ms.  A  d'un  autre  caractère  et  comme 
faisant  partie  du  titre. 

5 


74  voyages  1421-1425. 

Premièrement,  en  la  cité  de  Joppen,  en  Surie,  qui  est 
dit  Jaffe  â,  est  le  lieu  où  saint  Pierre  resuscita  de  mort  la 
femme  qui  servoit  les  appostelz,  les  disciples  et  les  povres 
de  nostre  seigneur  Jhésucrist,  laquelle  est  nommée  Tabita. 

—  Item,  la  maision  en  laquelle  saint  Pierre  estoit  en 
oroison,  quant  il  eut  la  vision  du  ciel,  au  rivaige  de  la  mer. 

—  Item,  la  pierre  sur  quoy  monseigneur  saint  Pierre 
preschoit.  —  Item,  le  moustier  et  esglise  saint  George,  en 
laquelle  il  fut  martirisiez. 


Item,  en  la  cité  de  Rames  2  est  le  chastel  que  l'en 
nomme  Émaux,  ouquel  est  la  maison  de  Cléophe,  ouquel 
est  le  lieu  où  Jhésucrist  s'assit  et  brisa  le  pain  ;  et  adonc 
saint  Cléophe  et  l'autre  disciple  le  congneurent.  Et  monstre 
on  aussy  en  icelle  maison,  l'église  où  est  le  sépulcre  dudit 
saint  Cléophe.  —  Item,  Ramatham-Sophin,  citez  de 
Elcaire  et  de  Samuel,  prophète,  et  le  sépulcre  d'icelui.  — 
Item,  la  maison  de  Joseph,  le  noble,  qui  ensepvely  nostre 
seigneur  Jhésucrist,  qui  avoit  nom  Centurio.  —  Item,  en 

l'entrée  d'icelle  y  a  plaine  absolucion.  -\ Item,   en  la 

place  de  l'entrée  de  l'esglise  du  Saint-Sépulcre  et  en  la 
moyenne  de  laditte  place  est  le  lieu  ouquel  Nostre  Seigneur 
se  reposa  ung  petit  quant  on  le  menoit  crucefier  en  por- 
tant la  croix.  -| —  Item,  en  l'esglise  du  Saint-Sépulchre  est 
le  mont  de  Calvaire  sur  quoy  Jhésucrist  fut  crucefiez.  -\- — 
Item,  y  est  le  lieu  où   Jhésucrist  fut  recouchiez  et  oingz  et 

enveloppé  es   sains   lincheus.    -\ Item,  y  est  le  saint 

sépulchre  où  Jhésucrist  fut  ensepvely  et  depuis  très  glo- 


1  Jafa,  autrement  Joppé. 
•  Ramieh,  comme  plus  haut. 


4421-1425.  ET   AMBASSADES.  75 

rieux  resuscita.    -\-   —  Item,    où   Jhésucrist   s'apparut  à 

Marie-Magdalaine  en  forme  d'un  gardinier.  -\ Item;  où 

Jhésucrist  fut  emprisonné,  endementiers  que  on  appareilloit 
le  pertuis  en  terre  pour  planter  et  mettre  la  croix1  ou  mont 
de  Calvaire.  —  Item,  où  furent  départis  les  vestemens  de 
Jhésucrist.  —  Item,  la  chapelle  de  Sainte-Hélaine  et  le 
lieu  où  elle  estoit  quant  les  Juifz  quéroyent  la  croix.  — 
Item,  où  sainte  Hélaine  retrouva  la  croix  de  Jhésucrist  et 
les  croix  des  larrons,  la  couronne,  les  espines,  les  claux  et 
la  lance  de  Longis.  +.  —  2  Item,  la  coulompne  à  laquelle 
Jhésucrist  fut  lyez  et  couronnez  d'espines.  —  Item , 
où  fut  trouvé  le  chief  de  Adam.  —  Item,  les  sépul- 
chres  des  roys,  c'est  à  sçavoir  de  Godefroy  et  Bauduin.  — 
Item,  le  lieu  que  on  dist  qui  est 3  la  moyenne  du  monde. 


Cy  s'ensieuvent  les   pardons  et   indulgences    et   les 
pélerinaiges  qui  sont  dedens  la  cite  de  jherusalem. 

L'esglise  monseigneur  saint  Jehan-Baptiste  et  l'ospital 
des  Frères  de  Rodes.  —  Item,  la  maison  du  riche  homme 
qui  reffusa  les  myettes  de  pain  au  ladre.  —  Item,  dedens 
ceste  maison  est  l'esglise  de  monseigneur  saint  Pierre,  en 
laquelle  est  le  lieu  où  il  fut  emprisonnez.  —  Item,  le  quar- 
four  où  les  Juifz  constraindirent  Symon  4  ad  ce  qu'il  portast 
la   croix    de  Jhésucrist,  et  en   iceluy   lieu   mesmes   osta 

4  On  appareilloit  le  trau  où  mettre  la  croix  (A). 

*  Le  ms.  A  met  les  croix  avant  et  non  après,  ce  qui  se  voit  ici  et 
toutes  les  autres  fois  que  le  copiste  a  été  à  la  ligne. 

3  L'Éd.  S.  omet  par  erreur  :  qui  est. 

*  L'Ed.  S.  dit  par  erreur  :  Saint  Symon. 


76  voyages  1421-1423. 

Notre  Seigneur  sa  croix  et  se  retourna  vers  les  femmes 
qui  le  sieuvoient,  en  disant  :  Mes  filles  de  Jhérusalem,  ne 
veuillez  plourer  sur  moy.  —  Item,  Sainte-Marie  du 
Palme,  ouquel  est  le  lieu  où  la  vierge  Marie  chëy  à  terre 
pour  la  douleur  qu'elle  avoit,  quant  elle  vèy  Nostre  Sei- 
gneur portant  la  croix  sur  ses  espaulles  et  condempné  à 
mort.  —  Item,  une  arche  sur  laquelle  furent  mises  deux 
blanches  pierres,  sur  lesquelles  Nostre  Seigneur  se  reposa 
un  petit  quant  on  le  mena  crucefier.  —  Item,  lescolle  de 
la  vierge  Marie  en  laquelle  elle  fut  introduite  et  aprinse  en 
la  lettre1. —  Item,  la  maison  de  Pillate  où  Nostre  Seigneur 
fut  lyez  et  batus,  d'espines  couronnez  et  à  mort  condemp- 
nez  -[-.  —  Item,  la  maison  de  Symon,  le  lépreux,  où 
Jhésucrist  entra  et  mengea  et  pardonna  à  Marie- Magda- 
laine  ses  péchiez.  —  Item,  devant  la  porte  de  la  place  du 
temple  de  Salomon,  est  la  maison  de  Hérode  où  Nostre 
Seigneur  fut  mocquiez  et  vergondez  et  vestus  de  blans  ves- 
temens.  —  Item,  le  temple  de  Nostre  Seigneur,  ouquel  la 
vierge  Marie  fut  présentée,  et  en  icelui  fut  trèze  ans,  et 
fut  en  iceluy  mariée  à  Joseph,  et  Jhésucrist  présentez  et 
entre  les  docteurs  trouvé.  —  Item,  la  pischine  probaticque 
delez  le  temple.  —  Item,    l'esglise  de  Sainte- Anne,   mère 

de  Nostre  Dame,  en  laquelle  elle  fut  née.  -\ Item,  la 

porte  par  laquelle  saint  Estéene  2  fut  menez  à  lapider.  — 
Item,  la  porte  dorée  par  laquelle  Nostre  Seigneur  entra 
en  la  cité  et  ou  temple,  le  jour  des  Pasques  flouries.  Et  en 
icelle  porte  s'entreencontrèrent  le  père  et  la  mère  de  la 
vierge  Marie  et  s'entreacollèrent  en  la  conception  de  la 
vierge  Marie  3. 

*  Item,  l'escolle  où  la  vierge  Marie  aprint  les  lettres  (A). 

4  Estienne  (A). 

5  Le  père  et  la  mère  de  la  vierge  Marie,  en  la  conception  d'j- 
celle  (A). 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  77 


Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinaiges  du  val 
de  josaphat. 

Le  lieu  1  où  saint  Estéene  fut  lapidez. — Item,  le  rieu  de 
Cédron.  —  Item,  l'esglise  et  le  sépulcre  de  la  vierge 
Marie.  -| Item,  la  place  et  le  lieu  ouquel  Nostre  Sei- 
gneur aoura  trois  fois  au  père.  —  Item,  le  sépulchre  de 
Zacharie,  fils  de  Barrachie,  prophète.  Et  en  icelui  lieu  se 
apparut  Nostre  Seigneur  à  saint  Jaque  le  mendre  2,  le  jour 
de  Pasques,  et  là  mesmes  fut  ledit  saint  Jacque  ensepvely. 
—  Item,  le  lieu  où  Judas  Scariot  se  pendy. 


Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinaiges  du  mont 
de  olivet  3. 

Le  gardin  où  Nostre  Seigneur  fut  de  Judas  trahy  et 
baisié,  4  et  des  Juifz  prins  et  loyez,  et  des  appostres  seul 
laissiez.  —  Item,  où  Nostre  Seigneur  mena  saint  Pierre, 
saint  Jacque  et  saint  Jehan  en  disant  :  Triste  est  mon  âme 
jusques  à  la  mort.  —  Item,  où  saint  Thomas  receut  la 
chainture  5  de  la  vierge  Marie,  icelle  montant  es  cieulx.  — 
Item,  le  lieu  où  Jhésucrist  ploura  sur  la  cité  de  Jhéru- 
salem,  le  jour  des  Pasques  flouries.  —  Item,  où  6  l'angèle 

*  Premiers,  le  lieu,  etc.  (A). 

*  Le  meux  (A). 

5  Le  mont  des  Oliviers,  à  l'est  de  Jérusalem. 

4  Fu  de  Judas  baisez  (A). 

5  La  corroyé  (A). 

*  Item,  le  lieu  où,  etc.  (A). 


78  voyages  1421-1423. 

Gabriel  donna  la  palme  à  la  vierge  Marie.  —  Item,  le  lieu 
de  Galilée,   où  Jhésucrist  s'apparut  à  ses  onze  appostres  l. 

—  Item,  l'esglise  de  Saint-Sauveur,  ouquel  lieu  est  la  place 
où  estoit  Nostre  Seigneur  quant  il  monta  es  sains  cieulx  2. 

—  Item,  le  sépulchre  de  saint  Pellage  3. —  Item,  le  lieu  de 
Bethphage.  —  Item,  le  lieu  où  les  apostres  firent  et  com- 
posèrent le  Credo.  —  Item,  où  Jhésucrist  fist  la  Pater 
noster,  et  en  ce  mesmes  lieu  dist  à  ses  apostres  les  signes 
qui  seront 4  devant  le  jugement.  —  Item,  le  lieu  où  la 
vierge  Marie  se  reposoit  aucunes  fois  ung  petit,  quant  elle 
alloit  visiter  ces  sains  lieux  cy  dessus  nommez. 


CY    SENSIEUVENT    LES    PÈLER1NAIGES    DU   VAL    DU    MONT 

DE  SYON  5. 

Premier,  la  fontaine  de  la  vierge  Marie  où  elle  lavoitMes 
draps  de  Nostre  Seigneur,  quant  elle  le  présentoit  au 
temple.  —  Item,  le  lavoir  de  Siloë.  —  Item,  où  Isaye  7,  le 
prophète,  fut  ensepvely.  —  Item,  où  ledit  Isaye  fut  tué  des 
Juifz.  — Item,  la  fontaine  de  Rogel  pour  laquelle  Adonias, 
filz  de  David,-  fist  ung  disner  ad  ce  qu'il  fust  couronnez 
devant  Salomon.  — Item,  la  valée  de  Beneïscon, 8  en  laquelle 

1  Disciples  (A). 

2  Saint  Sauveur  ,  auquelle  Notre  Seigneur  montât  es  sainctz 
cieulx  (A). 

3  Pelaige  (A). 

4  Seroient(A). 

5  Orthographié  aujourd'hui  Sion  ;  c'est  le  promontoire  sud  de 
Jérusalem.  —  Syloë.  (A). 

6  Où  elle  prennoit  l'eaue  et  lavoit,etc.  (A). 

7  Isayas  (A). 

8  Benichon  (A). 


1421-1425.  ET   AMBASSADES-  79 

le  roy  de  Josaphat  vaincqui  par  son  oroison  les  enffans  de 
Moabe  et  de  Amos.  —  Item,  la  rue  Engady  en  laquelle 
souloient  estre  les  vignes  du  balsme,  mais  par  la  royne 
Cléopatre  furent  rapportées  de  Égipte  en  Babilonne.  — 
Item,  les  montaignes  d'Engady  et  les  lieux  très  seurs, 
latibula  David  le  roy.  —  Item,  la  Morte  mer  !.  —  Item,  la 
pierre  du  désert  de  laquelle  Ysaye  parle  en  telle  manière  : 
Emitte  agnum,  Domine,  etc.  en  laquelle  est  assise  une 
cité  qui  est  nommée  Trach.  —  Item,  une  journée  oultre, 
est  une  terre  que  l'en  nomme  Hus 2,  de  laquelle  fut  nez  Job, 
le  pacient.  Et  en  celle  est  la  cité  de  Sébath  en  laquelle  fut 
ensepvely  Aaron,  frère  de  Moyse.  - —  Item,  le  saint  champ 
qui  fut  acheté  trente  deniers,  le  pris  du  corps  de  Jhésu- 
crist.  —  Item,  le  champ  de  fulonis. 


Cy  s'ensieuvent  les  pélerinaiges  du  mont 

DE    SYON. 


Le  lieu  où  saint  Pierre  ploura  amèrement.  —  Item,  où 
les  Juifz  voulurent  ravir  et  emporter  le  corps  de  la  vierge 
Marie,  quant  on  le  portoit  ensepvelir  ou  val  de  Josaphat. 
—  Item,  l'esglise  de  Saint- Angèle,  qui  fut  maison  de 
Anne,  évesque,  en  laquelle  fut  menez  Jhésucrist,  et  là  fut 
examinez,  une  fois  renoiez  de  saint  Pierre  et  bufïiez  d'un 
varlet.  —  Item,  l'esglise  de  Saint-Sauveur,  qui  fut  maison 
de  Cayphe,  évesque,  en  laquelle  Jhésucrist  fut  menez, 
examinez,  batus,  débuffiez,   vergongniez,  emprisonnez  et  à 


1  La  morée  mer  (A), 
*  Hust(A). 


80  voyages  1421-1423. 

mort  condempnez,  dont  on  dist  ^ue  là  est  la  prison  de 
Jhésucrist.  —  Item,  l'esglise  de  la  vierge  Marie,  qui  fut 
le  chasteau  de  David  le  roy,  en  laquelle  est  le  très  saint 
lieu  où  la  vierge  Marie  fut  par  l'espace  de  quatorse  l  ans,  et 
là  trespassa.  —  Item,  près  de  celuy  lieu  est  la  cisterne  de 
la  vierge  Marie,  de  laquelle  eaue  elle  beuvoit.  —  Item, 
le  lieu  où  saint  Jehan,  l'euvangeliste,  célébroit  messe  devant 
la  vierge  Marie.  —  Item,  où  le  sort  chëy  sur  saint  Mathieu 
qu'il  seroit  appostre  par  élection.  —  Item,  le  oratoire  de 
la  vierge  Marie.  —  Item,  le  lieu  où  Jhésucrist  prescha  une 
fois,  et  là  voit  on  le  lieu  où  la  vierge  Marie  se  sëoit.  — 
Item,  les  sépulchres  des  roys  David,  Salomon  et  des  autres 
douse.  —  Item,  où  fut  ensepvely  Symon,  le  juste  et  le 
cremeu.  —  Item,  où  fut  rosty  l'aigniel  de  Pasques  et 
chauffée  l'eaue  pour  laver  les  piez  des  appostres.  —  Item, 
le  lieu  où  saint  Estéenne  fut  ensepvely  la  seconde  fois.  — 
Item,  le  vénérable  lieu  de  la  cène,  ouquel  est  le  lieu  où 
Nostre  Seigneur  mengea  avecq  ses  appostres  l'aigniel 
paschal,  et  leur  démoustra  et  dist  moult  de  belles  parolles 
touchant  charité  2.  Et  là  fist  et  ordonna  le  très  hault  sacre- 
ment de  son  corps  et  de  son  sang.  Et  là  mesmes,  il  se 
apparut  à  ses  appostres  le  jour  de  l'ascension  et  mengea 
avecq  eulz,  et  leur  osta  la  mauvaise  créance  et  la  dureté  de 

leurs  cuers.  H Item,  où  Jhésucrist  s'agenouilla  et  lava 

les  piez  de  ses  appostres3.  —  Item,  le  lieu  très  vénérable 
ouquel  les  appostres  et  disciples  de  Jhésucrist  receurent 
le  Saint  Esperit,  le  jour  de  la  Penthëcouste .  -\ Item,  où 


1  Traize(A). 

*  Parolles  de  charité  (A). 

3  Apostres  et  desciples  (A). 


1421-1423.  ET    AMBASSADES.  81 

Jhésucrist  se  apparut  le  jour  de  Pasques  et  en  l'octave 
les  portes  closes  1  à  ses  appostres.  —  Item,  l'esglise  de 
Saint- Jacque  le  grant  et  le  lieu  où  il  fut  décolez.  —  Item, 
le  lieu  où  Jhésucrist  se  apparut,  le  jour  de  Pasques,  aux 
trois  Maries,  revenans  du  sépulchre,  quant  il  leur  dist  : 
Dieu  vous  salve  2. 


Cy   s'ensuivent    les    pèlerinaiges    de 
béthanie  3. 


Premier,  le  chastel  de  Bethanye.  Item,  le  sépulchre 
du  sainct  Lazare.  —  Item,  la  maison  Symon  le  lépreux,  en 
l'esglise  converse  où  Jhesuchrist  mengeat  quant  Marve 
Magdelaine  ouvryt  sa  alebastre  et  espandit  longuement 
precieulx  sur  son  chieff,  et  adonque  dist  Judas  :  A  quelle 
cause  ne  à  quoi  s'est  faite  ceste  perdition  ?  —  Item,  où 
saincte  Martha  et  saincte  Marye  acoururent  contre  Nostre 
Seigneur  disant  :  Si  tu  eus  icy  esté,  mon  frère  ne  fust 
point  mort.  —  Item,  le  chastel  de  Marthe,  duquel  on  dit 
en  l'euvangile  :  Marie  certainement  séoit  en  la  maison. 


1  Portes  fermées  et  clauses,  etc.  (A). 

2  Salue  (Éd.  S.).  Saulve  (A). 

3  Tout  ce  chapitre  est  emprunté  au  ms.  A  et  manque  dans  le  nôtre. 
J'ai  rétabli  cependant  l'orthographe  de  notre  manuscrit  pour  les 
terminaisons  féminines,  dont  abuse  le  ms.  A  :  Chastelle,  —  Duquelle 
—  Chieffe  —  Mon  frère  ne  fut  point  morte. 


82  voyages  1421-1423. 


cy  s'ensieuvent  les  péler1naiges  du   flun 
Jourdain. 

La  tour  rouge  l.  —  Item,  après 2,  lesglise  Saint-  Joachim, 
père  de  la  vierge  Marie,  ouquel  il  fut  nez  et  se  reprint 
avecq  ses  pastours  quant  il  fut  déboutez  du  temple  ainsi 
que  vergongneux  3. —  Item,  le  mont  de  Quadragésime4,  ou- 
quel Jhésucrist  jeusna  quarante  jours  et  quarante  nuitz.  -f- 
—  Item,  en  la  hauteur  d'icelui  mont  est  le  lieu  où  le  dëable 
monstra  à  Jhésucrist  tous  les  règnes  du  monde.  —  Item, 
la  fontaine  de  Jhérico  5  la  vielle,  laquelle  eaue  adoulcha 
Eliséus,  le  prophète.  —  Item,  Jhérico  la  vielle,  laquelle 
Josué  destruisy  avecq  sa  compaignie.  —  Item,  la  cité  de 
Hay  6.  —  Item,  Béthel 7  où  Jacob  dormy  et  mist  la  pierre  en 
enseigne  et  vëy  l'eschielle,  etc.  —  Item,  Jhérico  la  seconde, 
en  laquelle  fut  nez  Zachéus,  qui  receut  Nostre  Seigneur  en 
son  hostel.  —  Item,  le  lieu  où  Jhésucrist  relumina  8 
laveugle  qui  cryoit  :  Filz  de  David,  etc.  —  Item,  Jhérico 
la  tierce,  et  celle  du  jour  d'huy. —  Item,  le  moustier  de  saint 


*  Premiers,  la  tour  rouge  (A)  —  à  chaque  paragraphe  suivant,  le 
mot  premiers  est  aussi  ajouté  dans  ce  ms. 

*  Le  ms.  A  supprime  ici  le  mot  après,  ce  qui  prouve  bien  que 
Serrure  a  mal  compris  le  texte  lorsqu'il  a  négligé  de  mettre  une  vir- 
gule après  cet  adverbe. 

s  Du  temple  ainsy  vergoigneusement  (A). 

*  Quarentième  (A). 

5  Jérico,  entre  Jérusalem  et  le  Jourdain. 

6  Au  N.-O.  de  Jérico. 

7  A  l'ouest  de  Jérico. 

8  Notre  ms.  dit  :  enlumine.  J'ai  préféré  l'expression  du  ms.  A. 


1421-1423.  ET    AMBASSADES.  83 

Jehan-Baptiste.  —  Item,  le  flun  Jourdain  ouquel  lieu  Jhésu- 

crist  fut  baptisiez,  -j Item,  par  icest  fleuve,  passèrent  les 

Juifz  à  secq  piez  quant  ilz  se  départirent  de  la  terre 
d'Egipte.  Et  Naaman  Cirus  fut  en  celluy  fleuve  gary  de 
lèpre.  Et  sur  cestui  fleuve,  passèrent  à  secq  piez  Elyas  et 
Élyséus,  prophètes,  quant  Élyas  monta  sur  le  char  de  feu. 
Et  en  cestui  fleuve,  passa  trois  fois  à  piez  secq  Marie 
Égipcienne.  —  Item,  le  lieu  où  fut  Béthanie  l  la  seconde, 
de  laquelle  on  dist  en  l'euvangile  :  Hec  facta  sunt  in 
Beihania,  trans  Jordanem,  etc.  —  Item,  le  moustier  saint 
Jhéromme,  ouquel  il  fist  sa  pénitance.  —  Item,  la  mer 
Morte,  en  laquelle  se  fondirent  cincq  citez  pour  le  péchié 
de  bougherie2. —  Item,  en  la  rive  d'icelle  mer,  est  la  femme 
Loth  qui  fut  muée  en  samblance  de  sel.  —  Item,  la  cité 
de  Ségor  3  où  Loth  se  sauva  avecq  ses  deux  filles.  —  Item, 
les  montaignes  d'Arrabicq,  desquelles  Moyse  moustra  au 
poeuple  la  terre  de  promission,  et  en  celles  montaignes 
est  il  ensepvely.  — Item,  le  désert  ouquel  Marie  Égipcienne 
fist  sa  pénitance,  par  l'espace  de  trente  ans.  —  Item,  la 
cité  de  Crach  4,  et  en  icelle  est  la  pierre  du  désert.  —  Item, 
la  cité  de  Sébach  5  en  laquelle  est  le  sépulchre  de  Aaron, 
et  de  là  va  on  bien  par  désers  à  Sainte-Katherine  et  à  Le 
Mecque,  en  laquelle  cité  est  le  corps  du  très  décepvable 
Mahommet 6. 


1  Sur  la  rive  gauche  du  Jourdain,  non  loin  de  la  mer  Morte. 

2  Le  ms.  A  ajoute  ici,  entre  parenthèses  et  d'une  autre  écriture  : 
Sodomie. 

3  Près  de  l'embouchure  du  Jourdain  dans  Ja  mer  Morte. 

4  Dans  la  vallée  de  la  mer  Morte,  rive  ouest. 

s  Probablement  Saba,  ou  nord-ouest  et  non  loin  de  la   mer  Morte. 
6  Le  ms.  A  ajoute  ici  entre  parenthèses  et  d'une  autre   écriture  : 
faux  prophète. 


84  voyages  1421-1423. 


cy-après   s'ensieuvent   les   péler1na1ges   de 
Bethléem  *. 


Le  mont  de  Syon,  ouquelest  le  lieu  où  Salomon  fut  sacrez  et 
oingz  en  roy.  Et  là  est  la  maison  de  Mal  Conseil,  en  laquelle 
fut  fait  le  conseil  de  la  mort  de  Jhésucrist,  quand  Judas 
dist  aux  Pharisiens  :  Quid  vultis  michi  dare,  etc.  2 — Item, 
ou  piet  d'icelui  mont,  c'est  à  sçavoir  en  la  voye  qui  s'en  va 
en  Bethléem,  est  l'esglise  des  trois  roys,  en  laquelle  ilz 
furent  logiez,  quand  ilz  vindrent  en  Jhérusalem.  —  Item,  le 
champ  et  le  lieu  que  on  dist  Bercha,  où  Tangèle  de  Nostre 
Seigneur  tua  cent  et  soixante  cincq  mille  3  hommes  de  nuyt 
en  l'ost  de  Sénécaris  qui  vouloit  destruire  Jhérusalem.  — 
Item,  où  l'estoille  se  apparut  aux  trois  roys.  —  Item,  la 
rue  que  on  dist  Betsura,  de  quoy  on  list  Macabeomm 
capitule- .  —  Item,  le  moustier  de  Hélye,  le  prophète.  — 
Item,  le  sépulcre  de  Rachel,  femme  Jacob.  —  Item,  la  sainte 
cité  de  Bethléem,  en  laquelle  est  l'esglise  de  la  vierge 
Marie  et  le  lieu  où  l'estoille  amena  les  trois  rois  et  là  où  elle 
désaparut4.  —  Item,  le  très  saint  lieu  où  Jhésucrist  fut 
nez.  -| Item,  où  Jhésucrist  fut  circoncis  et  où  il  com- 
mença à  espandre  son  sang 5.  +  —  Et  là  furent  tuez  grant 
partie  des  Innocens.  —  Item,  la  chapelle  Saint- Jhéromme, 
en  laquelle  il  souffry  moult  de  pénitance  et  laboura  moult 
en  l'exposiciôn  et  en  la  translacion  de  la  sainte  escripture. 

1  Près  et  au  sud  de  Jérusalem. 

*  Dare,  et  ego,  etc.  (A). 

5  Cent  et  soixante  mille  (A). 

*  Là  où  s'apparut  (A). 

8  Espandre  pour  nous  son  sang  (A). 


1421-1425.  ET    AMBASSADES.  85 

—  Item,  le  lieu  où  il  demouroit,  et  là  fut  ensepvelis.  — 
Item,  où  furent  ensepvelis  moult  de  Innocens.  —  Item, 
l'esglise  Saint-Nicolay,  en  laquelle  saint  Paule  et  Eusthocie 
firent  leur  pénitance,  et  voit  on  là  en  ce  lieu  leur  'sépulchre. 

—  Item,  dessoubz  icelle  esglise,  y  a  une  chapelle  de  la 
vierge  Marie  en  laquelle  elle  se  annuyta  avecq  Jhéru- 
crist  et  Joseph,  et  là  en  icelle  nuyt  fut  dit  à  Joseph  en 
songe  :  Preng  l'enffant  et  la  mère  d?iceluy  et  t'enfui  en 
Egipte.  —  Item,  en  l'autre  chief  de  la  cité,  est  l'esglise 
des  trois  rois  où  ilz  furent  logiez  quant  ilz  eurent  aouré 
Nostre  Seigneur,  et  là  leur  fut  admonnesté  en  leur  dormant 
qu'ilz  ne  retournassent  mye  par  Hérode,  etc.  —  Item,  près 
d'icelle  est  la  cisterne  de  David,  de  laquelle  eaue  il  désiroit 
à  boire.  —  Item,  une  petite  chapelle  de  la  vierge  Marie, 
en  laquelle  l'angèle  Gabriel  l'encontra  et  lui  dist  où  estoit 
la  terre  d'Égipte  et  lui  monstra  la  voye.  —  Item,  où 
l'angèle  adnoncha  aux  pastoureaux  la  nativité  de  Jhésu- 
crist  et  prindrent l  les  angèles  à  chanter  :  Gloria  in  excelsis 
Deo.  —  Item,  le  chastel  Tacue  dont  fut  Àmos,  le  pro- 
phète. —  Item,  l'esglise  en  laquelle  sont  ensepvelis  douse 
des  mendres  prophètes  et  aussy  grant  partie  des  Innocens. 

—  Item,  le  moustier  de  saint  Gant,  abbé,  qui  fut  père  de 
moult  de  sains  moisnes. 


cy  s'ensieuvent  les  pèlerinaiges  de  la  montaigne 
de  Judée. 


L'esglise  de  Sainte-Croix,  en  laquelle  est  le  lieu  où  crut 
ung  des  bois  de  la  sainte  croix.  —  Item,  la  maison  de 
saint  Syméon  le  juste,  qui  présenta  Jhésucrist  au  temple. 

1  Et  de  là  prindrent,  etc.  (A). 


80  voyages  1421-1423. 

—  Item,  l'esglise  de  Saint- Jehan-Baptiste,  qui  fut  maison 
de  Zacharias,  en  laquelle  la  vierge  Marie  entra  et  salua 
Élizabeth  et  dist  :  Magnificat  anima  mea  Dominum,  etc., 
et  voit  on  là  le  lieu  où  saint  Jehan  fut  nez.  —  Item, 
l'esglise  de  Zacharie,  père  de  saint  Jehan,  en  laquelle  est 
le  lieu  où  saint  Jehan  fut  circoncis  et  lui  fut  mis  son  nom, 
et  quant  Zacharie  eut  ouverte  la  bouche,  il  prophétisa, 
disant  en  telle  manière  :  Benedictus  Dcminus,  Dens 
Israël,  etc.  l.  Et  voit  on  là  le  lieu  ouquel  saint  Jehan  se 
repust  ou  temps  de  l'interfection  des  Innocens.  —  Item, 
le  val  de  Botry  2,  où  les  ployeurs  3  de  Josué  portèrent  l'es- 
tarcho  avecq  leur  crappe  de  roisin.  —  Item,  la  voye  par 
laquelle  alloit  en  à  Gazazeth  4,  et  est  celle  voye  déserte  et 
foresteuse,  et  près  de  là  est  la  fontaine  où  saint  Jehan  bap- 
tisa 5. 

Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinaiges  de  la  Cité 

DE  ÉBRON  6. 

Entre  Ebron  et  Bethléem,  est  la  maison  en  laquelle  fut 
nez  Jonas,  le  prophète.  —  Item,  la  fontaine  et  le  vergier 
de  Abraham  qu'il  donna  à  Sarre,  sa  femme,  en  doaire.  — 
Item,  la  cité  de  Ébron,  la  neufve,  en  la  moienne  de  laquelle 

1  Israël,  quia  visitavit,  etc.  (A). 

*  Le  Botry  est  le  fleuve  qui  vient  à  la  côte  un  peu  au  nord  cTAs- 
calon,  entre  cette  ville  et  Jaffa. 

*  Li  ployeux  (A). 

*  Notre  ms.  laisse  entre  en  et  à  Gazazeth  place  pour  un  ou  plu- 
sieurs mots.  Le  ms.  A,  au  contraire,  écrit  couramment  :  aloit  en 
(on  allait)  à  Gazazazet,  ou  Ganazaret  (Génézareth). 

5  Notre  ms.  porte  :  le  baptisa.  J'ai  préféré  la  version  A. 

6  Hébron,  au  sud  de  Jérusalem,  au  delà  de  Bethléem. 


1421-1423.  ET    AMBASSADES.  87 

est  l'esglise  où  sont  ensepvelis  Adam,  Abraham,  Isaac  et 
Jacob,  et  leurs  femmes. —  Item,  où  Caym  tua  Abel. —  Item, 
où  Adam  et  Eve  plourèrent  cent  ans  la  mort  de  Abel.  — 
Item,  le  champ  d'Amachéus  ouquel  Dieu  forma  Adam.  — 
Item,  Ébron,  la  vielle,  en  laquelle  David  régna  sept  ans  et 
six  mois.  —  Item,  où  Abraham  vèy  trois  enffans,  et  ung  en 
aoura,  en  la  fin  du  val  de  Mainbre.  —  Item,  le  désert  où 
saint  Jehan-Baptiste,  encores  enffant,  ûst  ses  pénitances, 
mengeans  herbes  et  miel  de  silvestre.  —  Item,  la  rue  de 
Bersabée,  jadis  grande,  des  Juifs  ou  lignaigne  de  Juda,  où 
Adam  planta  le  bois  quant  Hélyas,  fuians  en  Oreb  c'est  à 
sçavoir  ou  mont  de  Synay,  laissa  son  enffant  Elizéum. 


Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  de 
Nazareth  l. 

La  rue  de  Griaphanla,  2  de  laquelle  fut  nez  monseigneur 
saint  Estéene,  et  là  fut  ensepvely  pour  la  première  fois  avecq 
Gamaliel,  nourrisseur  de  saint  Pol  et  d'Abiron,  son  filz.  — 
Item,  la  rue  d'Albiera,  en  laquelle  est  l'esglise  de  la  vierge 
Marie,  en  laquelle  est  le  lieu  où  la  vierge  Marie  et  Joseph, 
quérans  Nostre  Seigneur,  qu'ilz  avoient  laissié  en  Jhérusa- 
lem,  le  retrouvèrent  ou  temple  entre  les  docteurs.  — 
Item,  la  rue  de  Anatoth,  de  laquelle  fut  Jhérémias,  le  pro- 
phète. —  Item,  la  rue  de  Sylo,  en  laquelle  est  le  lieu 
où  l'arche  de  Nostre  Seigneur  fut  par  moult  de  temps.  Et  là 
alloient  les  Juifs  faire  leurs  oroisons  devant  ce  que  le  tem- 
ple fust  fait.  —  Item,  le  puich  de  la  femme  samarithaine.  — 
Item,  près  d'icelui  puis,  est  le  lieu  et  la  chapelle  où  les  Juifz 

1  Au  S-E.  d'Acre  et  au  S-O.clu  lac  de  Tibériade  ou  de  Gennézareth. 
1  Gherafarla  (A). 


88  voyages  1421-1423. 

samarithains  font  leur  oroison.  — Item,  la  cité  de  Sicchem  l, 
la  vielle,  ditte  Siccar,  2  de  laquelle  fut  celle  femme  samari- 
taine, en  laquelle  cité  fut  Jhésucrist  et  y  prescha  trois 
jours.  —  Item,  la  ville  de  Sicchem  ou  de  Siccar,  la  noeufve, 
que  on  dist  Nappolona3,  près  de  laquelle  sont  ensepvelis  les 
oz  de  Joseph,  qui  fut  vendus  es  portz  de  Égipte  —  Item, 
la  cité  de  Sabestem  4,  située  en  Samarie,  en  laquelle  ville 
est  l'esglise  de  Saint-Jehan-Baptiste,  qui  baptisa  Nostre 
Seigneur  et  le  lieu  où  il  fut  emprisonné  et  décolé.  —  Item, 
là  emprès,  est  l'esglise  de  Élizée  et  d'Abdye,  le  prophète, 
entre  lesquelz  5  fut  ensepvely  saint  Jehan-Baptiste,  et  encore 
montre  on  là  leur  sépulture.  —  Item,  le  chasteau  appelé 
fgyoro  ,  où  Jhésucrist  nettoya  et  garist  dix  méséax  6.  — 
Item,  le  chastel  de  Zanny.  —  Item,  la  cité  d'Israël  7,  près 
de  laquelle  est  une  fontaine,  et  là  commence  la  plaine 
que  on  dist  le  val  de  Ulusirio,  et  y  a  deux  petites  montaignes, 
c'est  à  sçavoir  Dan  et  Béthel,  esquelles  Jhéroboam,  roy  des 
dix  lignies,  mist  les  veaulz  d'or  et  les  -commanda  aourer 
disant  :  Cy  sont  les  Dieux  d'Israël. 


Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  de  la  cité 
de  Nazareth. 

En  la  sainte  cité  de  Nazareth,  est  l'esglise  de  la  vierge 
Marie,  en  laquelle  esgliseest  la  chapelle  et  le  lieu  où  la  vierge 

1  Entre  Nazareth  et  Jérusalem. 

*  Sikhar. 

3  Surnommée  Néapolis. 

*  Sébaste,  en  Samarie. 

5  L'esglise  de  Élyzée  prophète,  entre  lesquelz,  etc.  (A). 

6  Garist  méséaux  (A).  Lépreux. 

7  Entre  le  mont  Thabor  et  la  mer. 


1421-1425.  ET   AMBASSADES.  89 

Marie  estoit  en  oroisons  quand  l'angèle  Gabriel  la  salua.  — 
Item,  le  lieu  ou  quel  l'angèle  Gabriel  estoit.  —  Item,  la 
fontaine  de  laquelle  Jhésucrist  prenoit  eaue  et  le  portoit l 
à  sa  mère.  —  Item,  la  signagogue  et  esglise  converse,  en 
aquelle  Nostre  Seigneur  entra,  et  là  lui  fut  baillié  ung  livrel 
d'Isaye  où  il  lisy,  ou  premier  chapitre  :  Spirilles  Domini, 
super  me  eweangelizare,  etc.  —  Item,  l'esglise  du  saint 
angèle  Gabriel.  —  Item,  dehors  la  cité,  à  une  mille  devers 
le  solleil  de  midy,  est  le  lieu  où  les  Juifs  voulurent  four- 
commander  par  force  Nostre  Seigneur,  dont  on  dist  : 
Jhesus  autem,  transiens  per  médium  illorum,  ibat,  etc. 
—  Item,  à  dix  milles  de  Nazareth,  est  la  cité  de  Zéphora 2 
de  laquelle  fut  Joachim,  le  père  de  Nostre  Dame.  —  Item, 
à  une  lieue  près  de  Zéphora,  est  une  cité  que  on  dist  Cana 
Galilée  3,  en  laquelle  est  l'esglise  de  Saint-Sauveur,  en 
laquelle  esglise  Dieu  converty  Feaue  en  vin.  Et  d'icelle  cité 
nasquirent  saint  Symon,  l'appostre,  et  Nathanaël.  —  Item, 
en  la  voye  qui  va  de  Nazareth  en  la  cité  d'Acre,  que  on 
dist  Acon  4  ou  Tholomayda  ,  est  le  chastel  de  Sapharaon, 
duquel  nasquirent  saint  Jacque  et  saint  Jehan,  enffans  de 
Zébedée. — Item,  à  quatre  milles  de  Nazareth,  vers  Orient, 
est  le  mont  de  Thabor,  en  la  haulteur  duquel  est  le  lieu  où 

Jhésucrist  se  transfigura  devant  trois  appostres.-] Item', 

en  descendant  d'icelui  mont  est  le  lieu  où  il  dist  à  ses 
appostres  :  Visionem  quam  vidistis,  etc.  —  Item,  ou  piet 
d'iceluy  mont  est  le  lieu  où  Melchisedech  acouru  encontre 
Abraham  qui  retournoit  de  la  mort  des  rois.  —  Item,  le 

*  De  laquelle  eaue  Jhesuscrist  portoit,  etc.  (A). 
8  Sephor,  l'ancienne  Diocaesarea,  au  sud-est  de  Saint- Jean  d'Acre. 
8  Entre  Sephor  et  Acre. 

4  Aujourd'hui  Akko.    Tholomayda  est  une  forme  corrompue  du 
nom  grec  de  cette  ville,  Ptolémaïs. 

6 


90  voyages  1421-1423. 

lieu  où  Jhésucrist  garist  l'enflant  démoniacque  quant  il 
dist  à  ses  appostres  :  CM  gendre  d'ennemy  ne  peut  estre 
bouté  hors  fors  que  par  or  oisons  et  par  jeusnes.  —  Item, 
à  deux  milles  de  Thabor,  vers  midy,  est  la  cité  de  Naym  1,  à 
la  racine  du  mont  de  Hermon  ,  en  laquelle  Jhésucrist 
resuscita  l'enflant  de  la  vefve.  Et  cilz  est  Hermon  le  grant, 
dont  on  dist  es  pseaumes  :  Sicut  vos  Hermon  qui  descendit 
in  montem  Syon.  —  Item,  le  mont  petit  de  Hermon 
dont  Silvestres  dist  es  pseaumes  :  Et  Hermonii  in  monte 
modico. 


Cy  s'ensieuvent  les,  pèlerinaiges  de  la  mer 
de  Galilée. 

A  sèze  mille  du  mont  de  Thabor,  vers  aquilane,  2  est 
Bethsayda  3,  la  cité  de  saint  Pierre,  de  saint  Andrien  et  de 
saint  Philippe,  et  en  celle  cité  Nostre  Seigneur  rendy  la 
parolle  au  muyel,  disant  ainsi  :  Effataquod  est,  etc. 4. — Item, 
à  deux  milles  de  là,  est  la  cité  de  Thibériadis  5,  située  en  la 
rive  de  la  mer,  en  laquelle  sont  encores  sept  esglises,  des- 
quelles les  trois  sont  sur  la  rive  de  la  mer G.  Premièrement 

1  Aujourd'hui  Nain. 

2  Vers  l'aquilon,  c'est-à-dire  au  nord-est,  d'après  la  rose  des  vents 
des  latins. 

3  Près  de  l'estuaire  du  lac.  L'orientation  que  donne  ici  notre  voya- 
geur est  plus  exacte  que  celle  de  la  carte  de  la  Terre-Sainte  d'Orté- 
lius. 

*  Notre  ms.  porte  :  Elpheta,  etc.  J'ai  préféré  la  version  A. 
5  Thibériade  ou  mieux  Tiberina,  sur  la  rive  occidentale  du  lac.  Les 
cartes  modernes  l'appellent  souvent  Tibérias. 
8  Le  ms.  A  omet  ici  les  17  derniers  mots. 


1421-1425.  ET    AMBASSADES.  91 

y  est  l'esglise  où  Jhésucrist  appella  saint  Pierre  et  saint 
Adrien. —  Item,  près  d'icelle  est  l'autre  1  où  Jhésus  appella 
saint  Jacque  et  saint  Jehan,  filz  de  Zébedée.  —  Item,  près 
d'icelle,  est  une  autre  esglise  où  Jhésucrist,  après  la  résur- 
rection, estant  sur  la  rive  de  la  mer,  se  apparut  à  ses 
appostres,  et  là  vëirent  ses  appostres  le  charbon  ardant  et 
brèse  dessus.  —  Item,  dedens  celle  cité  est  l'esglise  de 
Saint-Sauveur  en  laquelle  Jhésucrist  appella  saint  Mahieu 
de  theloneo.  —  Item,  l'esglise  de  Saint-Mathieu,  appostre, 
et  fut  celle  la  maison  dudit  saint  Mahieu,  en  laquelle  Jhésu- 
crist mengea  avecq  lui  quant  il  dist  :  Illi  qui  sunt  sani 
non  indigent  medico.  —  Item,  l'esglise  de  Sainte-Marthe, 
où  Jhésucrist  la  garist  du  cours  de  sang,  par  atouchier 
seullement  le  bord  de  son  vestement.  —  Item,  la  maison 
de  Archisuagis,  où  Jhésucrist  resuscita  sa  fille.  —  Item,  la 
cité  de  Caroza'ïs2,  contre  laquelle  Jhésus  crya  en  l'euvangile  : 
Ve  tibi,  Corozaïm  !  —  Item,  la  cité  de  Cédar  3,  de  laquelle 
on  dist  es  pseaumes  :  Habit avi  cum  habitantibus  Cedar. 
—  Item,  la  montaigne  en  laquelle  Jhésucrist  rassasya 
cincq  mille  hommes  de  cincq  pains 4. — Item,  ou  piet  de  celle 
montaigne  est  le  lieu  où  Jhésus  garist  le  mesel  à  qui  il  dist  : 
Volo  mundare,  et  en  laquelle  Jhésucrist  fist  le  miracle 
de  la  tainture  des  draps,  dont  aucuns  appellent  ce  lieu 
Cana-Galilée,  mais  ce  n'est  mye  vray.  —  Item,  les  baings 
de  l'eaue  chaude.  —  Item,  ou  piet  de  la  mer,  est  ung  mont 
où  Jhésucrist  rassasya  quatre  mille  homme  de  sept  pains  5. 

1  Est  une  autre  église  (A). 

2  Petite  localité  en  remontant  la  rive  droite  ou  orientale  du  lac  de 
Tibériade. 

3  Voisine  de  la  précédente. 
*  Pains  d'orge. 

5  Six  pains  (A). 


92  voyages  1421-1425. 

—  Item,  à  l'autre  lez  de  la  mer,  est  le  chastel  de 
sainte  Marie-Magdalaine.  —  Item,  le  païs  de  Génésarorum  l, 
où  il  y  a  une  cité  appellée  Génézareth  2  près  de  laquelle  est 
le  lieu  où  Jhésucrist  délivra  Tomme  de  la  légion  des  dëables 
qui  entrèrent  es  pourceaux  et  se  boutèrent  en  l'estang  de 
Génézareth,  c'est  à  sçavoir  en  icelle  mer  de  Galilée.  — 
Item,  la  cité  de  Capharnaùm  où  Jhésucrist  sauva  le  serf 
du  centurion 3  et  le  tayon  de  saint  Pierre  lappostre,  et  celle 
est  droit  contre  Bethsayda  4.  —  Item,  la  cité  de  Césaré- 
Philippe 5. — Item,  le  lieu  où  Jhésucrist  dist  aux  appostres  : 
Quem  dicunt  hommes  esse  Mium  hominis.  —  Item,  les 
fontaines  de  Thor  et  de  Dan.  —  Item,  le  mont  Liban  6. 


Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinaiges  qui   sont  devers  la 
mer  de  surie. 


La  cité  de  Sydon  7,  devant  la  porte  de  laquelle  est  le  lieu 
où  Jhésucrist  délivra  de  l'ennemy  la  fille  de  Cananée..  — 
Item,  la  cité  de  Sagepta,  et  l'appelloit  on  jadis  Sarrepta- 


4  Le  ms.  A  orthographie  :  Ganazarorum  et  Ganazareth. 

*  Entre  Tiberias  et  Magdala. 

5  Notre  ms.  porte  :  le  serf  de  conturion.  J'ai  préféré  la  version  A. 

*  Bethsaïda  et  Capharnaùm  sont  aux  deux  extrémités  d'une  baie 
peu  profonde,  sur  le  lac  de  Tibériade,  au  rivage  nord-ouest. 

6  Caeserea-Philippi,  le  Baal-Gad  de  la  Bible.  Dans  la  vallée  supé- 
rieure du  Jourdain,  à  40  ou  50  kilomètres  au  nord  du  lac  de  Tibériade. 

6  Item,  de  monte  Libanii  (A). 

7  Sidon,  aujourd'hui  Saïda,  à  la  côte,  sous  33°  34'. 


14^1-1423.  ET    AMBASSADES.  93 

Sydonie  \  devant  la  porte  de  laquelle  on  voit  le  lieu  où 
Hélias,  le  prophète,  parla  à  la  vefve  Sarreptane,  et  le  lieu 
où  fut  le  miracle  de  l'oille  et  où  Hélyas  demouroit  et 
qù  il  resuscita  la  fille  de  la  vefve  devantditte.  —  Item, 
une  cité  nommée  Cirus  2,  en  laquelle  est  ensepvely  Origènes, 
et  voit  on  devant  la  porte  d'icelle  le  lieu  où  Jhésucrist 
garist  Tomme  démoniacque,  muyel  et  aveugle,  et  le  lieu 
où  Jhésucrist  prescha  quant  la  femme  3  lui  dist  :  Beatus 
venter  qui  te  portavit  et  libéra  que  succisti,  etc.  —  Item, 
la  cité  d'Acre,  ou  d'Acon,  ou  Tholomayda  4,  devant  la  porte 
de  laquelle  on  voit  le  lieu  où  Jonas,  le  prophète,  comme  il 
fut  ou  ventre  du  poisson,  fut  jecté  de  la  mer.  —  Item,  le 
mont  de  Carmely  5  ou  quel  on  voit  le  lieu  où  Hélyas  et  Héli- 
séus,  prophètes,  firent  leurs  pénitances.  —  Item,  la  mon- 
taigne  de  Hélye,  où  premier  fut  commencié  Tordre  des 
Carmes.  —  Item,  le  lieu  où  fut  martirisie  sainte  Mar- 
guerite. —  Item,  à  l'un  des  lez  d'icelle  montaigne,  est 
située  une  cité  nommée  Suna,  de  laquelle  fut  une  femme 
nommée  Sunamitis,  laquelle6  recevoit  Hélyséeensonhostel. 

—  Item,  où  Hélisée  resuscita  de  mort  le  filz  de  laditte 
femme.  —  Item,  la  maison  où  Hélysée  demouroit.  —  Item, 
le  courant  de  Sicen  ouquel  est  le  lieu  où  Héiie,  le  prophète, 
apporta  à  Dieu  sacrefice  et  fist  tuer  les  prestres  de  Baal . 

—  Item,  le  chastel  du  pèlerin,  ouquei  fut  née  sainte  Mar- 


*  Maintenant  Zarpath,  au  sud  de  Saïda. 

•  Tyrus,  Tyr,  le  Sûr  des  cartes  modernes. 
3  La  fille  (A). 

*  Akko  ou  Ptolemaïs  ;  voir  plus  haut  p.  89,  not.  4. 

•  Le  Carmel,  qui  projette  dans  la  mer  un  promontoire  d'un    peu 
plus  de  100  mètres  d'altitude. 

6  Laquelle  resconfiyoit  le  roi  David  et  de  icelle  citté  fut  Sumamitis, 
laquelle,  etc.  (A). 


94  voyages  1421-1425. 

guérite.  —  Item,  le  chastel  de  Cayphas  ouquel  furent  fais 
les  claux  dont  Jhésucrist  fut  atachiet  à  l'arbre  de  le  croix. 

—  Item,  le  chastel  ouquel  fut  trouvé  saint  Phillippe  quant 
Eunuchus  !  fut  baptisiez. — Item,  la  cité  de  saint  Cornille2. 

—  Item,  la  cité  de  Gazée  3,  de  laquelle  saint  Sanson  porta 
par  nuyt  les  portes  sur  une  montaigne,  et  voit  on  en  icelle 
cité  la  maison  où  les  Philistiens  sy  querr oient  saint  Sanson, 
dont  saint  Sanson  print  la  colompne  qui  soustenoit  toute  la 
maison  et  l'emporta,  dont  il  occist  de  gens  moult  de  mil- 
liers.—  Item,  à  cincq  milles  de  Gazée,  est  la  rue  de  Thabita 
où  fut  nez  saint  Hilarion.  —  Item,  le  mont  de  Sinay  4,  que 
on  dist  Oreb,  ou  piet  de  laquelle  y  a  une  esglise  de  Sainte- 
Katherine  et  là  se  repose  le  corps  de  icelle  sainte.  —  Item, 
où  Moyse  vit  5  le  buisson  flambant  et  qui  point  ne  ardoit. 

—  Item,  le  sépulchre  de  saint  Jehan  Climacy.  —  Item,  ou 
vergier  d'icelui  moustier,  est  le  lieu  où  Aaron  fist  l'ydole 
aux  enffans  d'Israël,  quant  Moyses  estoit  en  la  montaigne. 

—  Item,  où  Hélyas,  le  prophète,  fist  sa  pénitance  en  Oreb. 

—  Item,  où  Moyses  se  muchoit6  pour  la  cremeur  qu'il  avoit 
quant  il  parloit  à  Dieu.  —  Item,  où  Moyses  jeusna  quarante 
jours 7.  —  Item,  où  Moyses  receut  les  tables 8  de  la  loy  +. 


1  L'eunuchus  (A). 

2  De  saint  Cornille  où  saint  Pierre  baptisât  le  dict  sainct  Cor- 
nille (A). 

3  Gaza,  aujourd'hui  Guzzeh,  sous  31°  27\ 

*  D'après  une  dissertation  du  Dr  Beke,  publiée  en  1874,  le  Sinaï 
delà  Bible  serait  le  Jebel-el-Nur  (montagne  de  lumière),  à  une  jour- 
née de  marche  au  nord-est  de  la  bourgade  d'Akaka. 

5  Notre  ms.  dit  :  veu.  J'ai  préféré  la  version  A. 

6  Se  reprendoit  (A). 

7  Jours  et  quarante  nuictes  (A). 

8  Reçut  de  Dieu  les  deux  tables  (A). 


1421-1425.  ET   AMBASSADES.  95 

—  Item,  ung  petit  moustier  de  Sainte-Katherine  où  il  y 
a  ung  autre  vergier,  ouquel  est  le  lieu  où  saint  Oursins l  fîst 
ses  pénitances  et  morut.  —  Item,  le  mont  de  Sainte-Kathe- 
"rine,  en  la  haulteur  duquel  est  le  lieu  où  les  angèles  mirent 

le  corps  de  laditte  sainte.  —  Item,  la  pierre 'que  Moyses 
frappa,  dont  grans  fuisons  de  eaues  yssirent.  —  Item, 
Ramasso,  qu'on  disoit  jadis  Eliz  2,  où  il  y  a  douse  fontaines 
et  soixante  dix  palmes.  —  Item,  la  mer  Rouge.  —  Item, 
est  Babille,  la  petite,  située  en  la  terre  d'Égipte,  près  de 
laquelle  est  une  autre  cité  nommée  le  Caire  de  Massère  3  ; 
et  y  a  en  celle  Babillonne  4  une  esglise  de  la  vierge  Marie, 
en  laquelle  elle,  avecq  son  enffant  Jhésucrist  et  Joseph, 
fut  par  l'espace  de  sept  ans,  fuyans  la  persécucion  que  fai- 
soit  Hérode.  —  Item,  l'esglise  de  Sainte-Marie  de  la 
colompne.  —  Item,  l'esglise  de  Sainte-Barbe  et  où  fut  son 
corps  ensepvely.  —  Item,  la  vigne  de  balsme.  —  Item,  le 
fleuve  du  Nyl  qui  vient  de  paradis  terrestre.  —  Item,  les 
greniers  de  Pharaon.  —  Item,  l'esglise  de  Saint- Anthoine 
et  de  Saint-Pol,  premier  hermite,  et  de  Saint-Machaire  et 
de  Saint-Pachomen  5,  et  des  autres  sains  pères.  —  Item, 
Alexandre  la  noeufve 6,  située  en  la  rive  de  la  mer  d'Égipte, 
et  en  icelle  est  le  lieu  où  sainte  Katherine  fut  martirisie. 

—  Item,  le  lieu  où  fut  martirisiez  saint  Jehan  élémosinaire 
et  patriarche  Alexandrin.  —  Item,  Alexandre  la  vielle,  en 


1  Saint  Honofrins  (A). 

*  Elim,  entre  le  mont  Horeb  et  Suez. 

3  Le  Caire,  capitale  actuelle  de  l'Egypte. 

4  On  donnait  plus  particulièrement  ce  nom  à  une  bourgade,  pres- 
que un  faubourg,  au  nord  du  Caire,  entre  cette  ville  et  les  ruines 
d'Héliopolis,.  L'auteur  le  mentionne  de  nouveau  un  peu  plus  bas. 

5  Paschonius  (A). 

6  Alexandrie. 


96  voyages  1421-1425. 

laquelle  est  l'esglise  de  monseigneur  saint  Marc,  euvange- 
liste  et  le  lieu  où  il  fut  martyrisiez.  —  Item,  la  cité  de 
Damast1  qui  est  loingz  de  la  mer  de  Surie  à  trois2 journées, 
et  près  d'icelle  cité  est  le  lieu  où  Jhésucrist  dist  à  saint 
Paul  :  Saule,  Saule,  cur  me  persequeris  ?  —  Item,  la  mai- 
son en  laquelle  saint  Paul  fut  par  trois  jours  sans  estre 
trouvez,  en  son  commencement  ne  mengeant,  ne  beuvant, 
et  là  fut  baptisiez.  —  Item,  la  maison  de  Ananie,  disciple 
de  Dieu,  qui  baptisa  saint  Paul.  —  Item,  ou  mur  de  la 
cité,  appert  encores  une  fenestre  par  laquelle  saint  Paul 
issy.  —  Item,  près  de  Damast  est  le  fleuve  Dabua,  ou  très- 
pas  duquel  saint  Eustace  envoya  ses  enffans.  —  Item,  le 
moustier  et  l'esglise  Sainte-Marie-Sardenay.  —  Item,  le 
val  de  Noë  ouquel  Noë  fist  l'arche,  et,  après  le  déluge,  y 
planta  une  vigne  3  et  sy  habita  en  Damast.  —  Item,  la 
cité  de  Baruth  4  est  située  sur  la  marine  de  Surie,  près 
de  laquelle,  à  une  mille,  est  le  lieu  où  saint  George  des- 
confist  de  dragon.  —  Item,  l'esglise  de  Saint-Sauveur, 
en  laquelle  advint  ung  beau  miracle  des  Juifz  qui 
trouvèrent  en  ung  tablet  l'ymaige  de  Nostre  Seigneur 
pourtraitté,  sy  comme  il  morut  en  l'arbre  de  la  croix,  sy  le 
frappèrent  et  tantost  en  issy  le  sang,  et  adonc,  quant  ilz 
veirent  le  miracle,  ils  se  firent  baptisier  et  se  firent  Cristiens 5. 
—  Item,  l'isle  de  Cyppre 6  est  devers  la  mer  de  Surie,  en  la- 
quelle fut  une  cité  nommée  Constance,  où  fut  le  pallais  du 


*  Damasco  (A).  Damas. 

*  Quattro  (A). 

5  Vignoble  (A). 

*  Beirouth,  sous  33°  49'. 

5  Veirent  le  grand  myracle,  ils  demourèrent   christiens  (A). 

6  L'île  de  Chypre,  du  cuivre,  xvnpoç,  à  cause  de  ses  mines. 


1421-1423.  ET  AMBASSADES.  97 

roy  Constant,  père  de  sainte  Katherine  ;  et  encores  y  voit 
on  le  lieu  où  sainte  Katherine  fut  née.  —  Item,  une  mon- 
taigne  sur  la  haulteur  de  laquelle  a  une  esglise  où  on  mons- 
tre le  corps  du  bon  larron.  —  Item,  la  croix  de  saint  Hila- 
rion.  —  Item,  où  saint  Bernabé  appostre  fut  ars l. 


1  Le  ms.   A  ajoute  ici  :  Cy  finissent  les  indulgenses  et  pardons  de 
sainctz  lieux. 


S'ENSiEUVENT  LES  RAPPORTS  SUR  LES  VOYAiGES  DE  PLU1- 
SIEURS  VILLES,  PORTS  ET  RIVIERES  QUE  JE  FIS  EN  L'AN 
VINGT-DEUX,    TANT   EN    EGYPTE    COMME   EN    SURIE  l. 


CY  APRÈS  s'ENSIEUT  LA   VISITACION   DE    LA    CITE   d' ALEXAN- 
DRIE  ET   DE   LA   SITUACION   D'iCELLE. 


Item,  est  à  sçavoir,   à  l'arriver  par  mer  en  Alexandrie, 
au  plus  cler  temps  qu'il   soit,    on  ne  voit  les  terres  que  de 


1  Notre  manuscrit,  qui  continue  les  voyages  sans  faire  d' autres 
divisions  que  celles  des  chapitres,  ne  donne  pas  ce  titre.  Le  ms.  A 
marque  plus  nettement  les  divers  ouvrages  dont  se  compose  ce  recueil. 
Je  lui  ai  emprunté  son  titre  pour  mieux  indiquer  où  commencent  les 
Rapports. 

Ici  le  pèlerin  fait  place  au  diplomate  et  au  soldat,  et  nous  trouvons 
une  reconnaissance  militaire,  exacte,  complète,  d'une  netteté  et  d'une 
sagacité  admirables.  C'est  ici  que  commence  aussi  le  manuscrit  de 
la  bibliothèque  Bodléienne  d'Oxford,  publié  en  1821  par  Webb.  J'en 
donnerai  les  principales  variantes  en  les  signant  :  (W).  L'auteur  y 
parle  à  la  troisième  personne.  Ce  manuscrit  commence  ainsi  : 

CICest  le  rapport  que  fait  mesure  Quillebert  de  Lannoy,  chevalier. 


100  voyages  1421-1423. 

vingt  à  vingt  cincq  milles  loings,  l  au  plus  loing,  pour  les 
terres  cTÉgipte  qui  sont  sy  basses  et  sv  plaines,  et  voit  on 
plus  tost  la  ville  que  les  terres  pour  deux  montaignes  de 
terre  qui  sont  dedens  la  fermeté  d'icelle,  qui  en  donnent  la 
cognoissance,  dont  la  plus  haulte  des  deux  est  séant  à  la  2 
dextre  à  l'arriver,  au  plus  près  des  murs  par  dedens  sur 
le  viel  port,  et  est  gresle  et  quarré  3  à  fasçon  d  un  dyamant. 
Sur  laquelle,  y  a  une  tourette  de  la  garde  qui  descoeuvre 
toute  la  ville,  les  pors  et  la  circuitté  autour.  Et  l'autre  siet 
à  l'arriver  à  main  senestre,  au  bout  de  la  ville  par  dedens, 
allant  vers  le  Kaire,  et  n'est  pas  sy  haulte,  mais  est  plus 
grosse  et  est  beslongue  sur  la  devallée,  au  plus  hault 4  de 
laquelle  il  y  a  ung  moustier 5  de  Sarrasins,  nommé  6  Mous- 
quaye,  sy  s'étent  petitement,  et  peut  peu  descouvrir. 7  — 
Item,  à  l'arriver,  dix  milles  8  parfont  en  la  mer,  loings  de 
la  ville,  est  le  fons  de  vingt  à  vingt  cincq  braches  de  par- 


Sur  les  visitations  de  pluseurs  miles,  pors  et  rivières  par  luifaittes, 
tant  en  Égipte  comme  en  Surie,  Van  de  grâce  Notre  Seignexir  mil 
CCCC  vingt  et  deux.  Au  commandement  de  très  haut,  très  puissant  et 
très  excellent  prince  le  Roi  Henry  d'Angleterre,  héritier  et  régent  ds 
Franche,  que  Dieux  absoille. 

Et  conmenche  premièrement  la  ditte  Visitation  à  la  veue  de  la  ville 
et  port  d'Alexandrie. 

1  De  long  (A). 

*  A  main  dextre  (W) . 
5  Quarrée  (W). 

*  Au  plus  haut  manque  dans  Téd.  W . 

5  Sur  la  devallée  de  la  quelle  il  y  at  ung  moustier  (A). 
«  Dit  (W). 

7  Sur  la  dévalée  petite  qui  pou  peut  descovrir  (W).  Sui  la  devallée 
petite  que  on  peut  descouvrire  (A). 

*  Milles  (W). 


1421-1425.  ET   AMBASSADES.  101 

font.  Et  y  a  là  pour  tous  gros  navires  bons  fons,  venant 
de  là  jusques  à  1  la  bouche  du  port  nouvel  ;  auquel  nouvel 
port  les  Cristiens  et  toutes  autres  nacions  ont  usance  de 
arriver  pour  marchandise,  et  non  ou  viel. 


La   visitacion  du  viel  port  d'Alexandrie, 
en  Égipte  2. 


Il  est  à  sçavoir  que  en  Alexandrie  a  deux  pors,  c'est 
à  sçavoir,  le  viel  et  le  nouvel.  Et  demeure  le  viel  à  l'arriver 
àmaindextre  3du  nouvel,  et  viennent  tous  deux  iceulz  pors 
batre  aux  murs  de  la  ville.  Et  y  a,  en  manière  d'une  langue 
de  terre,  environ  d'une  mille  de  largue  entre  iceulz  deux 
pors  4  dessusdis.  —  Item,  dedens  le  viel  port,  n'ose  entrer 
nulle  navire5  de  Cristiens,  ne  nul  Cristiens,  par  dedens  la 
ville,  ne  par  dehors,  ne  l'ose  approuchier  depuis  environ 
soixante  ans,  qui  fut  l'an  vingt  et  deux  6,  ouquel  an  le  roy 
Pierre  de  Cyppre  la  print  par  ce  lieu  là,  pourquoy  on 


1  A  venir  de  ci  à  (W). 

2  C'est  la  faction  du  port  vielle  d'Alexandrie  (A).  CVest  lafachon 
du  viel  port  d'Alexandrie  (W). 

3  Notre  ms.  dit  :  à  main  droitte.  J'ai  préféré  la  version  A. 

*  Au  lieu  de  entre,  etc.  l'édition  W  dit:  qui  fait  et  afaconne  les  deux 
portz,  etc.  —  Entre  iceulx  deux  ports,  qui  faict  et  affaconae  les 
deux  ports,  etc.  (A). 

*  Nulle  manière  (A). 

8  Ces  six  derniers  mots  manquent  dans  W. 


102  voyages  m         1421-1423. 

peut  ymaginer  que  ce  lieu  là  est  le  plus  avantaigieux.  — 
Item,  trouvay  par  information,  non  pas  que  je  aye  esté 
dedens,  que  le  viel  port  est  plat  et  n'y  peut  entrer  plus  gros 
navire  que  de  deux  cens  bottes,  gallées  plattes,  fustes  et 
petites  navires  ;  et  est  bien  large  environ  de  une  mille,  et 
est  plat  et  dangereux,  fors  à  ung  canal  ^  qui  est  à  l'arriver 2 
à  main  dextre,  au  plus  près  des  terres.  Et  siet  icelle  entrée 
parmy  le  vent  de  west-zuut-west,  et  par  où  peut  entrer 
seurement  la  navire  dessusditte.  —  Item,  est  ledit  viel  port 
de  fasçon  beslong,  et  est  grant  environ  de  sept  milles  de 
tour,  ad  ce  que  on  peut  clèrement  veoir  à  l'œul,  et  est 
dedens  sceur  pour  tous  vens,  sy  non  pour  ung  gros  vent 
de  west-zuut-west.  Et  vient  icelui  port 3  batre  aux  murs  de 
la  ville  à  une  moult  grosse  tour  noeufe  où  le  soudan  se 
loge  quant  il  vient  en  la  ville  d'Alexandrie.  —  Item,  ou 
lieu  où  icelui  viel  port  vient  batre  aux  murs  de  la  ville,  il 
n'y  a  autre  fossé  que  la  mer,  et  n'y  a  que  le  seul  mur  de 
la  ville,  et  tout  cecy  se  peut  vëoir  par  exemple  4.  —  Item, 
n'est  point  fermé  de  chaienne,  ne  d'autre  chose,  ledit 
viel  port. 


1  Fort  en  un  mauvais  cannai  (A). 

2  A  la  rivière  (A). 

3  Port  viel  (A). 

*  Tout  cecy  se  peut  vëoir  par  exemple.  Cette  expression,  qui  est 
plus  explicite  ailleurs,  revient  cinq  fois  dans  ce  livre  ;  elle  indique 
que  le  rapport  devait  être  accompagné  de  plans  ou  de  cartes,  qu'on 
n'a  pas  retrouvés.  Il  faudrait  donc  ici  un  plan  du  port  d'Alexandrie. 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  105 


La  visitacion  du  nouvel  port  de  la  cite 
d'Alexandrie1. 


Item,  ou  port  nouvel  arrive  tout  le  navire,  qui  vient  en 
Alexandrie,  et  est  l'entrée  d'icelui  de  sept  à  dix  braches 
de  parfont  et  environ  une  mille  de  large,  et  siet  parmy 
noot-noord.  Et  est  tout  ledit  port  grant  environ  de  six 
milles  de  tour,  et  est  de  fasçon  un  peu  beslong 2,  et  vient  la 
mer  batre  dedens  icelui  port  ainsy  que  on  y  entre  à  main 
senestre,  au  mur  de  la  ville,  ouquel  lieu  l'eaue  est  moult 
plate,  comme  il  samble,  et  semée  de  grosses  pierres,  et  là 
ne  ose  approchier  nulle  navire  de  Cristiens.  —  Item,  à 
Tenviron  de  ce  lieu  là,  par  dedens  les  murs  de  la  ville, 3 
joignant  là,  y  a  au  long  du  mur  4  une  alée  qui  est  comme 
chastel5,  où  demeure  l'admirai 6  de  Alexandrie.  Et  en  ce  lieu 
là  où  la  mer  bat  au  mur,  il  n'y  a  nul  fossé  ne  autre  fermeté 
que  le  mur  premier.  —  Item,  depuis  l'entrée  du  port,  à 
mesure  7  que  on  va  plus  avant  dedens,  amendrist  le  fons,  et 
ne  peut 8  gros  navire 9  aprouchier  la  terre  ne  la  ville  dedens, 


1  Chest  lafaclion  dît  port  nouvel  d'AUxandrie  (  W). 
*  Et  est  ung  peu  long  en  fachon  (A). 

3  Le  ms.  A  omet  les  7  derniers  mots. 

4  Mer  (W). 

5  Qui  est  en  ung  chastelle  (A). 

6  Le  Roy  ammiral  (W). 

7  A  fait  que  (W).  En  faict  que,  etc.  (A). 

8  Puent  (W). 

9  Navires  (W). 


104  voyages  4421-1423. 

plus  près  que  à  demy  mille.  Et  en  ce  lieu  là,  communément 
ancrent  les  nefz,  et  y  est  le  fons  environ  de  deux  braches 
de  parfont,  et  de  là  en  avant  jusques  en  terre  y  fait  moult 
plat.  Et  y  a  oudit  port  pluisieurs  lieux  sy  plas  que  la  terre 
y  appert  en  aucuns  lieux  dehors,  mais  qui  a  bon  pillot  il  y 
a  deux  lieux  où  il  fait  bon  pour  sourdre  gros  navires.  Et  n'y 
peut  nuire  autre  vent  que  noord  et  noord-ost,  et  encores 
par  très  grosse  fortune,  et  pou ■  advient  que  nul  vent  y  face 
dommaige.  —  Item,  à  l'entrée  dudit  port,  à  chascun  lez, 
sur  la  terre  ferme  qui  le  clôt,  il  y  a  assis  une  mousquaie  2 
de  Sarrasins,  dont  l'une  est  habitée  et  l'autre  non,  et  tout 
cecy  se  monstre  plus  vivement  par  l'exemple  qui  y 3  est  fait4. 
—  Item,  depuis  celui  lieu  où  la  mer  laisse  à  batre*  au  mur, 
en  montant  à  main  dextre  jusques  à  la  grant  porte  de  la 
ville,  estant  sur  ledit  port  en  terre  ferme,  il  y  a  ung  fossé 
cuirié,  droit  à  plomb,  large  environ  de  cinquante  piez,  plain 
d'eaue  et  ne  samble  guaires  parfont.  —  Item,  d'icelle 
porte,  montant  à  main  dextre  encore  plus  amont,  jusques  à 
une  tour  cornière,  où  la  mer  du  viel  port  vient  batre,  il  y 
a  brayes  dessoubz  les  grans  murs  et  deux  paires  de  fossez, 
dont  le  premier  vers  la  mer  n'est  gaires  parfont,  et  n'y  a 
point  d'eaue.  Et  l'autre,  joingnant  les  murs,  est  cuiriez  à 
plomb  comme  le  premier  dessusdit.  Et  y  a  de  la  dessus- 
ditte  grant  porte  jusques  à  laditte  tour  cornière,  au  long 
du  mur,  bien  cincq  grosses  tours,  que  quarrées,  que  rondes, 

1  Pou  souvent  (A). 

*  Gachet  suppose  que  Ghillebert  a  pris  pour  deux  mosquées  le  grand 
et  le  petit  phare,  s'ils  existaient  alors. 

3  En(W). 

*  L'auteur  renvoie  encore  à  son  plan.  V.  p.  102,  note  *. 

*  L'édition  Serrure  dit  :  abattre.  Notre  ms.  et  l'édition  Webb  sont 
plus  corrects. 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  105 

sans  la  porte,  ne  sans  laditte  tour  cornière.  —  Item,  n'est 
celluy  nouvel  port  point  fermé  de  chayenne,  ne  d'autre 
chose. — Item,  entre  le  nouvel  port  et  le  viel,  il  y  a,  environ 
une  mille  devant  la  ville,  en  la  mer,  ung  lieu  qui  fait  la 
closture  des  deux  pors,  lequel  est  plain  de  musquaies  et 
là  est  armeurière  des  Sarrasins,  l  lequel  lieu  seroit  bien- 
avantaigeux  à  y  dreschier  et  assir  pour  trais 2  et  autres  habil- 
lemens.  —  Item  3,  est  Alexandrie  très  grosse  et  grant  ville 
en  pais  plain,  assise  d'un  costé  sur  les  deux  ports  dessus- 
dis,  sur  la  mer,  et  très  bien  emparée,  très  bien  fermée  tout 
autour  de  hault  murs.  Et  y  a  grant  fuison  de  tours  espesse- 
ment assises,  quequarrées,  que  rondes,  toutes  à  terrasse. — 
Item,  au  dessus  des  grans  murs,  il  y  a  tout  autour  brayes 
et  tourelles 4  espessement  assises. Et  y  a  en  oultre  fossez  cui- 
riez de  machonnerie  à  plomb  par  tout  entour,  en  tout  les  lieux 
cy  dessus  exceptez,  5 et  n'y  a  point  deaue en  iceux  6,  mais 
samblent  larges  de  cincquante  à  soixante  piez,  et7  parfons 
de  vingt  quatre  à  trente.  —  Item,  est  laditte  ville  assise  en 
terre  ferme,  bonne  à  miner,  et  sont  tous  les  murs,  tours, 
brayes  et  les  maisons  de  la  ville  de  blanche  pierre  8  et  dé- 
froyans,  non  pas  croye.  — Item,  est  laditte  ville  creuse 
toute  par  dessoubz  toutes  les  rues  et  les  maisons.  Et  y  a 


1  Le  cimentière,  etc.  (W).  —  Le  cymytier  de  Sarasins  (A). 

*  L'éd.  Serrure  met  :  pourtrais.  M.  W.  écrit  pour  trais  et  notre  ms. 
est  conforme. 

3  L'édition  Webb  fait  ici  un  nouveau  chapitre,  avec  ce  titre  :  Ch'est 
lafachon  de  la  ville  (VAlixandrie. 

*  Brayes  à  tourelles  (A). 

5  Excepté  les  lieux  cy  dessus  exceptez  (À). 

6  Serrure  a  lu  par  erreur  :  icelle. 

7  Notre  ms.  dit  :  de  parfont.  J'ai  préféré  la  version  A. 

8  Pierre  tenre  (W). 

VOY.    ET  AMB.  7 


106  voyages  1421-1425. 

conduiz  dedens  terre  Mâchonnez  par  arches,  par  où  les  puis 
de  la  ville  sont  abeuvrez  de  la  rivière  du  Nyl,  une  fois  l'an. 
Et,  se  2  ainsy  n'estoit,  ilz  ne  auroient  point  d'eaue  fresche  en 
la  ville,  car  pou  y  pleut  ou  néant,  et  n'y  a  puis  ne  fontaines 
naturelles  en  la  ville  3. —  Item,  à  trente  milles  près  d'illecq, 
partant  d'un  villaige,  nommé  le  Hathse  4,sur  le  Nyl, il  y  naist 
une  fosse  faitte  à  la  main  qui  vient  à  une  mille  près  de  la 
ville  au  long  des  murs  et  va  chëoir  dedens  la  mer  du  port 
viel,  par  laquelle,  tous  les  ans  en  la  fin  d'aoust  ou  par  tout  le 
mois  de  septembre,  la  rivière  du  Nyl  qui  en  ce  temps  là  croist 
habondamment,  vient  remplir  tous  les  puis  de  la  ville  pour 
ung  an,  et  les  puis  de  dehors,  dont  les  gardins  sont  arrou- 
sez.  Et  y  a  parmy  zuut-west,  à  une  mille  près  de  la  rivière 
dessusditte,  ung  greil  de  fer  oudit  fossé,  où  commencent  les 
conduits  5,  par  où  l'eau  ditte  vient  en  la  ville,  et  s'ainsy 
n'estoit  comme  dit  est  devant,  ilz  mourroient  de  fain  6  et 
de  soif  en  la  ville,  car  il  n'y  pleut  point,  et  n'y  a  ne  puis 
ne  fontaines  naturelles,  fors  seuliement  quatre 7  grandes  cis- 
ternes  pour  eaue,  se  mestier  estoit.  —  Item,  sont  grant  partie 
des  murs  ouvrez  par  arches  par  dedens,  non  pas  emplis.  Et 
y  a  allées  dessus  pour  deux  hommes  aller  de  front 8,  et  ne 


1  Notre  ms.  omet  le  mot  :  terre.  J'ai  préféré  la  version  A  et  W. 

2  L'éd.  S.  imprime  :  si.  Notre  ms.  et  redit.  W.  sont  plus  corrects. 
5  Car  il  n'y  at  ne  puisse  ne   fontaine  naturelz  en   ladicte  ville, 

car  pou  y  pleut  ou  nive  (A). 

*  Webb  dit  :  Hatfe.  On  retrouve  ce  nom  un  peu  plus  loin  . 

*  Notre  ms.  dit  :  gardins.  J'ai  adopté   la   version  du  ms.   A  et  de 
l'éd.  W. 

G  Les  mots  :  defain,qui  semblent  n'être  pas  logiques,  n'existent  pas 
dans  l'édition  Webb  ni  dans  le  ms.  A. 

7  Trois  ou  quatre  (W).  —  Mais  il  y  at  trois  ou  quattre,  etc.  (A). 

8  Pour  deux  hommes  de  front  (W).  —  De  front  y  parmenner  (A). 


1421-1423.  ET  AMBASSADES.  107 

samblent  point  lesdits  murs  espés  parmy  les  alées,  plus 
hault  de  sept  piez,  et  par  bas,  entre  les  arches,  plus  hault 
de  quatre  ou  de  cincq  piez,  et  les  créniaulx  d'amont  dessus 
les  allées  plus  hault  de  deux  et  demy,  lesquelz  créniaulz 
de  toute  la  ville  sur  tours,  sur  murs  et  sur  brayes,  sont  tous 
fais  à  demy  rons.  Et  n'y  a  par  dessus  les  murs,  par  dedens 
la  ville,  comme  ilsamble  à  vëoir  l,  nulles  terres  nedicques, 
dont  ilz  puissent  estre  fortifiiez  que  de  eulz  mesmes.  — 
Item,  samblent  les  tours  à  vëoir  parmy  les  arches  moult 
peu  espèsses,  comme  vray  est  ;  car  bien  le  ay  sceu  par 
informacion.  Et  n'y  a  murs,  ne  tours  qui  chose  du  monde 
tenissent 2 contre  gros  canons. —  Item,  est  la  ville  très  lon- 
gue de  ost  à  west,  et  estroitte  de  zuut  à  noord.  Et  peut  avoir 
environ  six  milles  de  tour  et  est  moult  peuplée  de  maisons 
très  haultes, 3  toutes  faittes  dessus  à  terraces,  et  sont  moult 
gastées  et  moult  dechëues,  espécialement  es  rues  foraines 
et  envers  le  viel  port,  où  elles  sont  toutes  wides  et  désem- 
parées. Et  pour  ceste  chose  en  partie,  n'y  laisse  on  point 
aler  aucuns  Cristiens,  et  sont  les  rues  meschantes  et 
estroittes,  excepté  deux  ou  trois  grans  rues  où  leurs  mar- 
chiez de  leurs  vivres  sont.  —  Item,  en  icelles  grans  rues, 
on  y  voit  assez  de  gens,  mais  par  toutes  les  autres  rues 
foraines,  on  n'y  voit  comme  nulluy,  et  est  ainsy  comme  des- 
poeuplée  et  allée  au  néant.  —  Item,  nul  Cristien  ne  ose 
approuchier  les  deux  montaignes  qui  sont  par  dedens  la 
ville.  —  Item,  sur  ledit  port  nouvel,  y  a  trois  portes,  c'est 
à  sçavoir,  toutes  à  main  senestre,  ainsy  que  on  descent, 


*  Serrure  a  imprimé   :  semble  vëoir.  Notre  ms.  et  redit.  Webb 
disent  :  à  vëoir. 

*  Durassent  (A). 

3  Très  hautes,  de  la  pierre  dessusditte,  etc.  (W  et  A). 


108  voyages  1421-1425. 

dont  l'une  par  où  on  entre,  est  une  petite  porte,  nommée 
le  Douaire  \  qui  ne  se  oeuvre  que  trois  fois  la  sepmaine,  et 
par  icelle  font  entrer  toutes  leurs  marchandises, 2  excepté  le 
vin  qui  entre  par  la  grant  porte  commune.  —  Item,  est 
l'autre  porte  plus  à  main  droitte  ensieuvant,  et  est  là  le 
chennal 3  où  on  met  les  galées  quant  il  en  y  a,  et  les  fault 4 
tirer  par  terre  environ  le  trait  d'un  arcbalestre  sur  la  terre. — 
Item,  pour  l'heure  que  je  y  fus,  il  n'y  avoit  nulles  gallées, 
ne  fustes  de  guerre.  —  Item,  encores  plus  à  main  dextre, 
il  y  a  une  aultre  grant  porte  commune  par  où  commu- 
nément tout  homme  passe.  Et  par  celle  porte,  de  lez  les 
murs,  il  a  assis  ung  très  grant  couillart,  et  est  icelle 
porte  grande  et  double  de  deux  tours  toutes  quarrées. 
Et,  en  entrant  en  icelle,  on  va  entre  deux  haulz  murs  le 
trait  d'un  arcq  et  passe  on  deux  autres  portes,  dont  l'une 
se  ferme  chascun  jour,  avant  qu'on  soit  au  fort  de  la 
ville.  —  Item,  il  y  a  encore  de  l'autre  bende  de  la  ville 
deux  autres  portes,  ouvertes  chascun  jour,  l'une  parmy 
zuut-ost,  qui  va  aux  fossés  et  aux  gardins 5,  et  l'autre 
parmy  est-noord-ost,  qui   va  vers  Alexandrie  la  vielle  G, 

*  La  douwaine  (A).  Webb  met  en  note  «  douane,  »  et  cette  inter- 
prétation est  exacte,  le  mot  douane  étant  un  mot  arabe,  em- 
ployé pour  désigner  les  bureaux  d'une  administration  locale.  Les 
administrations  de  ce  genre  faisaient  surtout  sentir  leur  action  par  la 
levée  des  impôts.  De  là  l'origine  du  mot  espagnol  aduana,  pris  dans 
un  sens  restreint,  et  imité  en  français  parle  mot  douane. 

8  Toute  sorte  de  marchandise  leur  appartenant  (A). 
3  L'arcenal  (W).  —  L'archenal  (A). 

*  Font  (W). 

5  Ces  7  derniers  mots  manquent  dans  notre  ms.  Ils  se  trouvent  dans 
le  ms.  A  et  dans  l'édition  anglaise. 

6  Notre  ms.  dit  :  la  ville.  J'ai  corrigé  d'après  le  ms.  A  et  l'édi- 
tion W. 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  109 

et  vers  le  Kaire.  Et  par  celle  porte  ne  laisse  on  passer 
nul  Cristien,  ne  sçay  se  c'est  pour  la  grosse  montaigne 
qui  est  là  près.  —  Item ,  sont  icelles  deux  portes 
moult  belles,  à  doubles  tours  quarrées.  —  Item,  y  a  en 
hault,  sur  les  terrasses  de  pluisieurs  tours  qui  sont 
autour  de  la  ville,  des  couillars  tous  dreschiez  *,  et  en  y  a 
encore  2  dix  en  pluisieurs  tours  entour.  —  Item,  ay  sceu 
par  informacion  qu'il  y  a  assez  3  foison  d'arcbalestriers 
de  Rommaigne  4  et  assez  de  petis  canons  dedens  la  ville, 
mais  non  mie  nulz  gros  5,  mais  y  a  grant  nombre  d'arcba- 
lestriers. —  Item,  à  l'autre  lez  de  la  ville,  à  l'opposite  de 
la  terre  qui  est  entre  les  deux  pors,  y  sont  les  murs  de  la 
ville  longs  et  drois,  et  les  tours  y  sont  grandes,  mais 
loings  sont  l'une  de  l'autre,  et  au  long  de  iceulz  murs,  au 
trait  d'un  arcbalestre  près,  sont  toutes  montaignes  de 
terre,  et  oultre  sont  gardins  et  palmiers  à  l'environ  de  la 
ville.  —  Item,  n'y  a  en  toute  la  ville  nulle  place  où  on 
se  puist  recoeullier  et  est  toute  plaine  de  maisons  sy  non 
sur  les  deux  montaignes.  —  Item,  y  a  pluisieurs  marchans 
Cristiens  dedens  la  ville  qui  là  demeurent,  en  espécial 
Venissiens,  Gênenois  et  Catelans, 6  qui  y  ont  leurs  fontèques, 
comme  maisons  grandes  et  belles,  et  les  enferme  on  là 
dedens  et  tous  les  Cristiens,  chascune  nuyt  de  haulte  heure, 
et,  les  matins,  les  laissent  les  Sarrasins   dehors  de  bonne 


*  Tout  dreschiez  en  espécial  devers  ledit  port  (A.  et  WJ. 

2  En  conte  (W). 

3  Assez  grant  (W). 

4  Webb  propose  de  lire  :  Roumanie. 

5  Nuls  gros  dedans  la  ville  (W). 

6  Vénitiens,  Génois  et  Catalans.  M.  Webb  imprime  :  Genevois, 
Cest  une  erreur. 


110  voyages  1421-1423. 

heure,  et  pareillement  sont  enfermez  tous  les  vendredis  de 
l'an,  deux  ou  trois  heures  le  jour,  c'est  à  sçavoir  à  midy 
quant  ils  font  leur  grant  oroison.  Et  y  a  autres  conchiers l 
d'Ancône,  de  Naples,  de  Marseille,  de  Palermes  2  et  de 
Constantinoble,  mais  à  présent  n'y  a  3  nulz  marchans.  — 
Item,  y  a  une  maison  plaine  de  viel  harnas  de  Cristiens, 
et  tout  le  nouvel  que  on  donne  au  Soudan  ou  qu'il  gaigne 
sur  les  Cristiens,  est  là  mis. 


cy  s'ensieut  la.  visitacion  du  *  bras  du  nyl  devers 
Alexandrie,  dont  la  bouche  s'appelle  Rosette. 

Il  est  à  sçavoir  que  de  Alexandrie  jusques  5  à  la  bouche 
du  bras  du  Nyl  appelé  Rosette,  il  y  a  trente  et  cincq  milles 
parterre,  etpar  mer  y  a  bien  soixante  milles,  pour  les  terres 
qui  se  boutent  en  mer,  et  est  Rosette  ung  grant  villaige 
de  bricque,  assez  bon,  assis  droit  sur  la  rivière  du  costé 
vers  Alexandrie  à  cincq  milles  près  de  laditte  bouche  où 
elle  chiet  dedens  la  mer.  Et  y  a  en  icelle  bouche  une 
petite  islette  deshabitée  qui  part 6  laditte  bouche  en  deux  7f 

*  Je  lis  :  conchiers  d'accord  avec  Webb.  Serrure  a  imprimé  :  cou- 
driers. 

e  Serrure  et  Webb  ont  lu  :  De  pèlerins.  Le  ms.  A  nous  fournit 
le  mot  exact,  il  écrit  lisiblement  :  Palermes.  L'idée  de  Webb  qu'il 
s'agirait  des  logements  des  pèlerins  allant  à  Jérusalem,  était  peu 
vraisemblable. 

5  Avoit  (W). 

*  De  l'un  des  bras  (W). 

5  Jusques  de  si  (W). 

6  Qui  part  de  (W) 

7  Deux  entrées  (W). 


1421-1423.  ET    AMBASSADES.  111 

et  est  celle  devers  Alexandrie  la  plus  grande  et  la  plus 
parfonde  comme  j'ay  sceu  par  informacion,  car  nul  Cris- 
tien  n'y  ose  aler.  Et  y  a  bonne  entrée  pour  gallées  et  pour 
plattes  !  fustes.  —  Item,  de  Rosette.  C'est  le  port,  comme 
on  dist,  qui  est  plus  près  de  la  marine  et  où  moult  de 
germes  arrivent,  tant  du  Kaire  qui  vont  en  Alexandrie, 
comme  d'Alexandrie  au  Kaire.  Et  là,  sont  les  mariniers 
de  tout  quanques  2  il  y  a  plus  avantaigeux  et  qui  mieulz 
scevent  le  fait  de  la  bouche  de  Rosette,  qui  en  auroit 
afaire.  Et  de  tout  le  convenant  du  bras  de  la  rivière  qui 
descent  à  Rosette  ,  scevent  iceulx  maronniers  3,  car  à 
grant  paine  trouveroit  on  Cristien  quelconcque,  comme 
j'ay  oy  dire,  qui  bien  sceuist  la  nature  d'icelle  bouche  et 
rivière,  pour  ce  que  d'Alexandrie  ne  de  aillieurs,  ne 
voeulent  souffrir  que  nul  Cristien  y  voist,  comme  ceulz  qui 
tousjours  doubtent  la  concqueste.  —  Item,  de  Rosette, 
en  alant  sur  la  rivière  au  Kaire,  y  a  bien  deux  cens  milles 
par  eaue,  pour  la  rivière  qui  tourne  sy  fort  d'un  costé 
et  d'autre  par  tous  vens.  Et  par  terre,  en  allant  tout  droit 
n'en  y  a  que  cent  et  vingt.  —  Item,  est  à  sçavoir  que 
sur  laditte  rivière,  d'une  bende  et  d'autre,  y  a  pluisieurs 
gros  villaiges  et  portz  en  alant  au  Kaire,  entre  lesquelz 
il  en  y  a  quatre  ou  cincq  4,  sy  comme  Utesinne  5  et  Derut, 
qui  siéent  à  bende  droitte  en  montant  vers  le  Kaire,  et  le 


1  Et  toutes  plattes  (W). 

*  Notre  ms.  porte  :  Et  tout  quanques.  J'ai  préféré  la  version  AetW. 
3  Les  3  derniers  mots  manquent  dans  A  et  W,   et  le  mot  car  y  est 

remplacé  par  ne. 

*  Cincq  bien  gros  (A  et  W). 
5  Utefinne,  d'après  Webb, 


112  voyages  1421-1425. 

Fowa  l  qui  siet  à  bende  senestre,  qui  est  une  très  grosse 
ville  non  fermée.  —  Item,  plus  hault  que  Derut,  vers  le 
Kaire,  de  celle  bende,  siet  ung  villaige  nommé  le  Hatfe 
où  commence  la  fosse  2  qui  maine l'eaue  du  Nyl  en  Alexan- 
drie, et  est  à  vingt  milles  de  Rosette  ou  environ.  —  Item, 
sur  le  bras  de  la  rivière,  y  a  pluisieurs  isles  habitées  et 
labourées,  comme  l'isle  d'Or,  où  croist  foison  de  chucre 3, 
et  l'isle  de  Benignas,  qui  a  bien  quarante  milles  de  long, 
et  l'isle  de  Génosie  4,  grande  et  longue.  Et  y  a  pluisieurs 
autres  meschantes  et  petits  isles,  dont  ce  livre  cy  ne  fait 
point  de  mention,  pour  ce  que,  par  le  gect  de  l'exemple 
de  la  rivière  qui  sur  ce  est  faict 5  le  pourra  on  vëoir 
plus  à  plain.  Aussy  est  à  sçavoir  que  il  y  a  pluisieurs 
menus  villaiges,  tant  de  povre  habitation  sy  comme  de 
bonne,  assis  dessus  et  près  au  gect  d'un  canon  ou  d'une 
mille  de  la  rivière  ;  fustes  ou  germes  6  ne  y  peuvent  venir. 
Et  de  ceulz  cy  en  y  a  sans  nombre.  Et  sont  les  plus 
grans  villaiges,  de  bricques,  et  les  autres,  comme  maisons 
de  Tartres,  rondes  comme  fours,  fais  de  kaiges  7  et  plac- 
quiez  par  dessus.  —  Item,  est  à  sçavoir  que,  depuis 
Rosette,   en  alant  au  Kaire,  sur  la  rivière,  il  y  a  en  plui- 


1  Fouwa,  (A)  ;  c'est  le  Fouah  des  cartes  modernes,  près  de  la  nais- 
sance du  canal  Mahmudieh. 
"  Le  fossé  (A  et  W). 

3  Sucre  (A). 

4  Webb  lit  :  Genofie.  C'est  l'île  de  Gezirat,  un  peu  au  dessus  de  la 
séparation  des  deux  bras  de  Rosette  et  d'Alexandrie. 

5  Cette  fois  la  carte  est  mieux  désignée  que  dans  les  autres  men- 
tions. —  Notre  ms.  dit  :  qui  sur  ce  est  faitte.  Le  ras.  A  :  qui  sur  ce 
en  est  faict. 

6  De  la  rivière  où  germes,  etc.  (W). 

7  Kanes  (W). 


1421-1425.  ET    AMBASSADES.  115 

sieurs  lieux  très  plas  [de]  fons,  espécialement  vers  le  temps 
de  febvrier,  mars  et  apvril,  que  la  rivière  est  moult  basse, 
et  n'y  peut  1  passer  en  ce  temps  là  une  galée,  car  les 
germes  qui  sont  toutes  plates  de  fons  et  mesmes  les  plus 
petites  en  pluisieurs  lieux  s'arrestent  sur  le  fons  2  —  Item, 
cest  article  ne  fait  plus  avant  mencion  de  la  nature  des  bras 
de  ceste  rivière,  pour  ce  que,  en  l'article  qui  parle  du  bras 
de  Damiette,  qui  sont  aucques  d'une ,  mesmes  nature,  en 
parle  plus  à  plain,  cy  après  ensieuvant 3. 


Cy  après  s'ensieut  la  visitacion  du  Kaire  4. 

IteM,  est  le  Kaire,  la  maistresse  ville  d'Égipte,  assise 
sur  la  rivière  du  Nyl,  qui  vient  de  Paradis  terrestre,  et  ne 
vient  point  plus  près  de  la  ville  que  à  Boulacq,  où  il  y  a 
environ  trois  milles.  —  Item,  Boulacq  est  ung  villaige 
joignant  à  Babillonne,  et  sont  là  les  maisons  d'iceluy  assises 
et  fondées  sur  le  bort  fie  la  rivière.  —  Item,  est  à  sçavoir 
que  le  Kaire,  Babillonne  et  Boulacq  5  furent  jadis  chascune 
ville  à  part  lui,  mais  à  présent  s'est  tellement  édiffiée  que 
ce  n'est  que  une  mesmes  chose.  Et  y  a  aucune  manière  de 
fossez  entre  deux  plas 6,  sans  eaue,  combien  qu'il  y  ait 7  moult 

1  Poroit  (W). 

2  Sur  le  fons,  por  la  plateur  de  l'eaue  (W). 

3  Cy  aprez  (W). 

*  Bu  Kaire  et  deBabilone  (W). 

5  Boulak  et  Babylonne  existent  encore.  Voir  plus  haut  pour  ce 
dernier  nom. 

6  Deux  places  (A). 

'  Notre  ms.  dit  :  a.  J'ai  préféré  la  version  A. 


114  voyages  1421-1423. 

de  maisons  et  chemins  entre  deux.  Et  peut  avoir  du 
Kaire  à  Babillonne  trois  milles  et  de  Boulacq  au  Kaire  trois 
milles.  —  Item,  est  la  ville  du  l  Kaire  très  grande  ville 
à  merveilles,  et  a  bien  parmy  Babillonne  trois  2  lieues 
franchoises  de  long  et  une  lieue  et  demye  de  large.  Et 
appert  moult  trop  plus  grande,  mais  elle  est  forment  alée 
à  destruction,  et  espécialement  depuis  environ  vingt  ans 
avant  que  je  y  fus 3.  Elle  est  moult  plaine  de  poeuple  et 
très  marchande.  Et  y  a  marchans  de  Inde  4  et  de  toutes  les 
parties  du  monde5.  Et  est  la  maistre  ville  capital 6  de  tout  le 
pais  du  Soudan,  comme  d'Égipte,  de  Surie,  de  Sayette  7  et 
de  toutes  ses  seignouries,  et  là  où  il  fait  sa  résidence.  — 
Item,  au  bout  delà  ville  du  Kaire,  dessoubz  une  montaigne, 
il  y  a  un  très  beau  8  et  gros  chastel,  bien  muré,  et  dedens 
fort  plain  9  de  maisons,  ouquel  le  Soudan  demeure.  Et  vient 
l'eaue  de  la  rivière  du  Nyl,  en  aucuns  lieux,  dedens  les 
fossez  autour,  par  conduitz  de  fossez  fais  à  la  main.  Et 
est  celui  chastel  assis  hault  sur  roche,  au  dessoubz  de  la 
montaigne,  et  est  près  en  la  fin  du  Kaire,  vers  Babilonne. 


1  De  (W). 

*  Quatre  (A). 

3  Que  je  y  fus  est  supprimé  dans  le  ms.  W.  Le  ms.  A  porte  :  Mais 
elle  vat  moult  à  destruction  et  est  allée  et  espécialement  depuis  vingt 
ans  que  je  n'y  fuis. 

*  De  Judée  (A). 

,    5  Et  en  partie  de  toutes  nations  et  parties  du  monde  (A). 
8  La  maistresse  ville  et  capitale  (A). 

7  Egypte,  Syrie,  Sahid.  Cette  dernière  région  comprend  le  pays 
entre  la  vallée  du  Nil  et  la  mer  Rouge,  depuis  le  parallèle  du  Caire 
jusqu'à  celui  d'Assouah. 

8  Bel  (W). 

*  Fort  et  plain  (W). 


1421-1425.  ET   AMBASSADES.  115 

—  Item,  est  la  ville  du  Kaire  fermée  de  murs  en  aucuns 
lieux  par  dehors,  et  en  la  plus  grant  partie  ne  voit  on 
portes  ne  murs,  car  joignant  les  murs  ont  partout  maisons 
et  édefices  '  et  dedens  les  fossez  et  ailleurs,  comme  fau- 
bourgs, pourquoy  elle  ne  samble  point  fermée,  combien 
que  sy  soit  tellement  que  on  ne  peut  entrer  %  en  la  droitte 
ville  de  nulle  part  que  parmy  portes  qui  se  ferment  de 
nuit.  —  Item,  il  y  a  grans  fossez,  fais  à  la  main,  qui 
viennent  de  la  rivière  du  N\l  entre  le  Kaire  et  Babi- 
lonne,  par  où,  chascun  an,  quant  la  rivière  croist,  la  ville, 
les  gardins  et  tout  le  païs  est  abeuvrez.  —  Item,  sont  les 
fondacions  des  maisons  de  pierre,  de  bricque  et  de  terre 
cuite,  et  les  combles  de  quesne  3  et  de  méchant  marrien, 
placquiez  de  terre  legières  à  ardoir,  et  sont  les  combles 
moult  hault,  tous  à  terrasses,  et  moult  y  a  de  maisons  et 
estroittes  rues.  —  Item,  en  allant  vers  Matrie  \  où 
le  balsme  croist,  il  y  a  bien  deux  milles  de  loing  et  une 
mille  de  large  de  maisons  abatues  et  désolées  par  mortalité, 
et  aussy  devers  Babilonne  et  devers  Boulacq,  comme  dit 

1  Reédifiées  (W).  redificiez  (A). 

8  Fremée,  mais  si  est,  car  on  y  peut  entrer  (W). —  Mais  sy  est  bien, 
car  on  n'y  peult  autrement  entrer  (A). 

3  Kanes  (W). 

*  Notre  ms.  écrit  :  la  marine.  «  Le  rns.  A  et  W.  Matrie. 

«  Webb  y  reconnaît  l'endroit  appelé  Matarea,  que  les  chrétiens  et 
les  musulmans  révèrent  à  l'envi.  On  voit  donc  que  le  mot  marine  est 
un  contresens.  Suivant  la  tradition,  c'est  là  que  Jésus  et  sa  mère 
trouvèrent  un  refuge  dans  leur  fuite.  Les  jardins  de  baume  étaient 
une  des  merveilles  du  pays,  lors  du  voyage  de  Ghillebert  ;  mais  en 
1501,  un  ambassadeur  auprès  du  sultan  en  déplore  déjà  la  perte.  La 
guerre  de  Sélim  contre  les  mamelucks  en  fut  apparemment  la  cause. 
Sous  le  règne  des  nouveaux  maîtres,  on  en  fit  d'autres  plantations, 
que  l'inondation  du  Nil  détruisit  eo  1615.  (E.  Gachet.) 


116  voyages  1421-1423. 

est.  —  Item t  est  toute  la  ville  assise  sur  bonne  terre  vive 
pour  fosser  et  pour  miner,  excepté  le  chastel  qui  est  sur 
roche.  —  Item  y  est  ledit  chastel  moult  grant  comme  une 
ville  fermée,  et  y  *  habite  dedens,  avecq  le  soudan,  grant 
quantité  de  gens,  en  espécial  bien  le  nombre  de  deux  mille 
esclaves  de  cheval,  qu'il  paye  à  ses  souldées  comme  ses 
meilleurs  gens  d'armes  à  garder  son  corps,  femmes  et 
enffans,  et  autres  gens  grant  nombre.  —  Item  y  est  ledit 
chastel  moult  fort  assis  sur  les  murs  de  la  ville,  à  yssue2  et 
entrée  dedens  et  dehors,  et  a  bien  partout  deux  paires  de 
murs,  et  devers  la  ville  une  belle  et  grande  basse  court, 
moult  notablement  fermée  de  beaulz  murs,  et  ausdis  murs 
grant  foison  de  belles  tours  et  grosses,  rondes  et  quarrées. 
Et  fault  depuis  la  première  porte  passer  moult  d'autres 
portes  avant  que  on  soit  ou  maistre  donjon  dudit  chastel. 

—  Iteniy  y  a  fossez  autour  ledit  chastel,  et  non  obstant 
qu'il  soit  hault  assis  et  que  la  rivière  soit  basse,  sy  y 
vient  l'eaue  par  engiens,  de  puichs,  à  roes  tournans  par 
force  de  boeufz,  qui  vont  autour  grant  partie  desdis  fossez. 

—  Item  y  entre  le  chastel  et  la  ville,  y  a  une  moult  grande 
place  et  belle,  comme  est  ung  marchiet,  et  autour  d'icelle 
y  a  quatre  ou  cincq  3  musquaies,  de  grosses  pierres  édefiées, 
qui  sont  à  ung  trait  d'arcbalestre  du  chastel.  —  Item, 
peut  mauvaisement  entrer  4  oudit  chastel  nul  Cristien,  sy 
ne  peut  on  sçavoir  les  choses  dessusdictes,  synon  en  partie 
par  information,  et  le  surplus  par  ce  que  je  en  peusvëoir  et 
considérer.  —  Item,  au  Kaire  ne  en  tout  le  pais  d'Egipte, 
pleut  moult  peu  souvent. 

«  Et  habite  (W). 

*  A  l'yssue  (A). 

1  Cincq  grans(W). 

*  Le  mot  entrer  manque  dans  notre  ms.  Je  l'emprunte  à  A  et  W. 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  117 


Cy  s'énsieuvent  les  conditions  et  natures  des  Soudans 
de  babilonne,  de  leurs  admiraulz  et  esclaves  et  des 
Sarrasins  d'Égipte  ;  de  la  nature  des  païs  de  Égipte 
et  de  Surie.  Et  premièrement  : 

Il  est  à  sçavoir  que  en  tout  le  païs  d'Égipte,  de  Surie 
et  de  Sayette,  communément  il  n'y  a  que  ung  seigneur, 
c'est  à  sçavoir  ung  soudan  de  Babilonne  qui  domine  sur 
tout.  —  Item,  ne  se  fait  icelui  soudan  jamais  naturelle- 
ment de  la  nacion  de  nulz  d'iceulx  du  païs,  pour  ce  que 
les  gens  d'iceulz  païs  sont  trop  meschans  et  de  trop  foeble 
condition  à  bien  garder  leur  païs,  comme  ilz  dient  ;  ain- 
chois  le  font  d'aucun  admirai  esclave  qui,  par  le  sens,  vail- 
lance l  et  grant  gouvernement  de  lui,  se  sçaura  tellement 
advanchier 2 qu'il  aura  acquis  puissance  et  amis,  du  temps3 
du  soudan  et  des  autres  admiraulz  et  esclaves,  sy  que,  après 
la  mort  du  soudan,  par  les  choses  dessusdittes  il  sera  4 
seigneur.  Et  est  ainsi  que,  par  puissance  et  par  parties  qui 
le  soustiennent,  et  non  obstant  ce,  sy  est  il  tousjours  en 
doubte  et  péril  d'estre  bouté  dehors  par  aucun  autre  dit 
admirai 5  qui  sera  puissant  autour  de  luy,  soit  par  trahison 
ou  par  autres  bendes  qui  seront  favourables  à  celuy  admirai 
contre  luy.  —  Item,  non  obstant  ce,  depuis  que  ledit  sou- 


*  Par  la  sienne  vaillance  (A). 

2  Se  sera  tellement  avanciés  (W). 

3  J'ai  emprunté  à  l'édition  Webb  et  au  ms.   A   les  mots  du  temps 
qui  manquent  à  notre  ms. 

*  Il  se  fera  (W). 

5  Autre  amiral  (W). 


H8  .       voyages  142M423. 

dan  aura  régné  et  dominé  grant  temps,  non  obstant  ce  qu'il 
ait  des  enfFans  et  qu'il  ordonne  en  son  vivant  que  ung  de 
sesditz  enffans  soit  seigneur  et  Soudan  après  lui,  et  que 
les  grans  admiraulz  l'ayent  tous  accordez,  sy  advient  il 
trop  peu  souvent  que  icelui  filz  puist,  après  le  soudan  \ 
venir  à  la  seignourie,  ainchois  est  prins  et  mis  en  prison 
perpétuelle  ou  estranglé  couvertement  ou  empoisonné  par 
aucun  d'iceulz  admiraulz.  Et  est  icelle  seignourie  très 
périlleuse  et  très  muable.  —  Item,  et  autant  de  temps  que 
je  fus  en  Surie,  il  y  eut  cincq  soudans  2.  —  Item,  a  tous- 
jours,  sy  comme  on  dit,  ledit  soudan  de  Babilonne,  tant 
au  Kaire  comme  assez  près  là  3,  environ  dix  mille  esclaves 
à  ses  gaiges  qu  il  tient  comme  ses  gens  d'armes4,  qui  lui  font 
sa  guerre  5  quant  il  en  est  mestier,  montez  les  aucuns  à 
deux  chevaulz,  les  aucuns  plus,  les  aucuns  moins.  Et  est 
à  sçavoir  que  iceulz  esclaves  sont  d'estranges  nacions  6 
comme  de  Tartarie,  de  Turquie,  de  Bourguerie  7,  de  Hon- 
guerie,  d'Esclavonnie,  de  Wallasquie,  de  Russie  et  de 
Grèce,  tant  des  pais  cristiens  comme  d'autres.  Et  ne  sont 
point  appelez  esclaves  du  soudan  s'il  ne  les  a  achetez  de 


*  Après  la  mort  du  soudan  (A). 

1  Voici  leurs  noms  comme  Gachet  les  donne  :  Sheck  Mahmoud 
mort  le  24  janvier  1821  —  Ahmed,  son  fils  et  successeur  —  Thatar 
Daher  Seifeddin  qui  déposa  Ahmed  et  mourut  le  30  novembre  — 
Mohamned  SalehNaser  Eddin  son  fils,  sultan  à  10  et  détrôné  Tannée 
suivante.  —  Bourbai  mort  en  1438. 

8  Là  entour  (W). 

4  Notre  ms.  dit  :  comme  de  gens  d'armes.  J'ai  préféré  la  version  A. 

8  Sa  seignourie  (A). 

•  L'éd.  Serrure  dit  :  estrangers  nacions.  Notre  ms.  ni  M.  Webb 
ne  font  cette  faute. 

7  Boulgarie. 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  119 

son  argent  ou  ne  lui  sont  donnez  ou  envoyez  en  présent  d'es- 
tranges  terres.  Et  en  ces  esclaves  cy,  se  confie  le  soudan 
totalement  pour  la  garde  de  son  corps,  et  leur  donne  femmes 
et  gazalz, ■  chevaulz  et  robes,  et  les  met  de  jeunesse  sus  2 
petit  à  petit,  en  leur  moustrant  la  manière  de  sa  guerre, 
et,  selon  ce  que  chascun  se  preuve,  il  fait  l'un  admirai  de 
dix  lances,  l'autre  de  vingt,  l'un  de  cincquante  et  l'autre 
de  cent,  3  et  ainsy  en  montant  deviennent  l'un  admirai  de 
Jhérusalem,  l'autre  roy  et  admirai  de  Damasq,  l'autre  grant 
admirai  du  Kaire,  et  ainsy  des  autres  offices  du  pais.  — 
Item,  est  à  sçavoir  que  iceulz  esclaves  sont  tous  seigneurs 
des  drois  sarrasins  du  pais  natifz,  et  ont  loy  et  liberté  en 
acheter  et  vendre  et  en  tous  autres  avantaiges  devant 
eulz,  et  les  dominent  et  bâtent  sans  ce  que  autre  justice 
en  soit  faitte,  comme  se  cestoient  leurs  mesmes  esclaves, 
et  sont  tous  comme  seigneurs  du  païs.  Et  est  à  sçavoir  que 
communément  les  drois  sarrasins  natifz  du  païs  bien  peu 
se  meslent  des  grans  gouvernemens  des  bonnes  villes,  espé- 
cialement  en  Égipte,  ains  y  gouvernent  tous  les  esclaves. 
—  Item,  quant  le  soudan  fait  guerre  contre  quelque  admi- 
rai rebelle  ou  aucuns  de  ses  ennemis,  quelque  bataille  ou 
effroy  qu'il  y  ave,  est  à  sçavoir  que  nulles  des  communes 
des  bonnes  villes  ne  s'en  moeuvent,  ne  des  laboureurs  ; 
ainchois  fait  chascun  son  mestier  et  sa  labeur,  et  soit  sei- 
gneur qui  le  peut  estre4. — Item,  quant  iceulz  esclaves  vont 
en  guerre,  ilz  sont  tousjours  de  cheval,  armez  seullement 
de  cuirasses  meschantes,  couvertes  5  de  soye,  et  une  ronde 

4  Casais  (W). 

2  Les  met  sus  de  jeunesse  (W). 

8  Et  les  aultres  de  cent  et  aultres  davantaiges  (A). 

*  Et  soit  seigneur  qui  peult  (À). 

B  D'unes  cuirasses,  couvertes,  etc.  (W). 


120  voyages  1421-1423. 

petite  huvette  en  la  teste,  l  et  chascun  l'arcq  et  les  flesches, 
Tespée,  la  mâche  et  le  tambour  pour  i  eulz  rassambler 
comme  trompettes,  et  aussy  quant  ilz  voient  leurs  ennemis 
en  bataille,  ilz  sonnent  tous  à  une  fois  iceulz  tambours  pour 
espoventer  les  chevaulz  d'iceulz.  —  Item,  sont  le  surplus 
des  autres  Sarrasins,  natifz  du  païs,  en  espécial  d'Égipte, 
meschans  gens,  vestus  d'une  chemise,  sans  chausses, 
sans  brayes,  une  torque  3  sur  la  teste.  Et  quant  aux  com- 
munes du  plat  païs,  ilz  ont  pou  arcs,  ne  flesches,  espées,  4 
ne  choses  nulles  de  deffense,  et  est  grande  meschansteté 
que  de  leur  fait.  Mais  il  y  a  une  autre  manière  de  gens 
nommez  Arrabes,  qui  grant  partie  habitent  es  désers  et 
en  pluisieurs  autres  lieux  en  Égipte,  lesquelz  ont  chevaulz 
et  cameulz  5  et  sont  très  vaillans  gens  au  regard  desdis 
Sarrasins,  et  se  treuvent  grant  quantité.  Et  font  les  aucuns 
à  le  fois  6  guerre  au  soudan  mesmes,  et  sont  gens  de  povres 
vivres  et  de  povre  habit  et  n'ont  autres  armures  que  une 
longue  lanchette,  et  gresle  7,  comme  dardes  ployans,  et  ont 
unes  targes  en  manière  d'un  grant  boucler 8  ;  mais  ilz  sont 
trop  plus  vaillans  que  les  Sarrasins,  combien  que  eulz 
mesmes  tous  sont  de  la  secte  de  Mahommet,  et  font  sei- 
gneurs et  admiraulz  d'eulz  mesmes.  Et  souvent  font  grosse 


1  Et  une  rondelle  petite  helmette  en  la  teste  (A). 

2  Le  tambour,  et  leur  sert  le  tambour  pour,  etc.  (A). 

*  Tocque(éd.  S.).  Notre  ms.    porte  lisiblement  :  torque.  —  Tour- 
que  (A). 

*  Ils  n'ont  point  d'arches  ne  d'espées  (A). 
5Chameulx(W). 

8  Quelquefois  (A). 

7  Lanchette  longue  et  gresle  (W).  Une  lancette  meschante,  longue 
et  gresle  (A). 

*  Et  une  targe  au  cousteit,  en  manière  d'un  grand  bouclier  (A). 


1421-1425  ET   AMBASSADES.  121 

guerre  l'un  contre  l'autre,  et  n'ont  villes,  ne  maisons,  ains 
dorment  tousjours  aux  champs,  dessoubz  huttes,  qu'ilz 
font  pour  le  solleil.  Et  de  ceulz  cy,  se  le  soudan  en  avoit  à 
faire  contre  Cristiens,  n'est  point  de  doubte  qu'il  en  trou- 
veroit  assez.  —  Item,  est  à  sçavoir  qu'en  tout  le  païs 
d'Egipte,  en  bonnes  villes  ou  aux  champs,  il  y  a  grant 
quantité  de  Cristiens  1  desquelz  fay  peu  de  mencion  pour  ce 
que  peu  de  prouffit  pourroient  faire  aux  Cristiens  servans 
à  la  matière. 


Cy  après  s'ensieut  la  différence  des  païs  d'Egipte 
et  de  surie.  2 

Item,  il  y  a  différence  entre  le  païs  d'Egipte  et  de  Surie, 
car  Égipte  sy  est  plain  païs  et  ouvert,  et  Surie  sy  est  païs 
rusquilleux  et  plain  de  montaignes,  et  sont  communément 
les  Sarrasins  de  Surie,  natifz  du  païs,  meilleurs  gens 
d'armes,  plus  vaillanz  3  et  plus  habilles  en  fait  de  guerre  et 
pour  la  deffense  du  païs  que  ne  sont  ceulz  d'Egipte.  Et  se 
treuvent  grand  quantité  de  iceulz  Sarrasins  de  cheval  assez 
bien  montez,  chascun  ayant  l'arcq,  les  flesches,  Tespée,  le 
mâche  et  le  tambour,  et  espécialement  depuis  les  marches 


*  «  Il  faut  lire  «  de  crestiens  de  la  chainture  »,dit  Gachet,  sans  quoi 
la  phrase  ne  se  comprend  point.  On  donnait  le  nom  de  chrétiens  de 
la  ceinture  aux  chrétiens  d'Asie,  et  surtout  de  Syrie,  qui  portaient  de 
larges  ceintures  de  cuir  pour  être  distingués  des  musulmans,  d'après 
une  loi  faite  par  le  calife  Motouakkek,  en  856.  »  —  Aucun  de  nos 
deux  ms.  ne  donnent  ce  mot. 

*  Cy  comme  la  différence  d'Egypte  et  de  Syrie  quant  à  leur  pays  (A  . 
3  Meilleurs,  plus  vaillans,  etc.  (A). 

VOY.   ET  AMB.  8 


122  voyages  1421-1425. 

de  Gazère  et  de  Jhérusalem,  au  long  de  la  marine,  en 
venant  vers  Baruth  et  vers  Tripoly !,  et  entre  les  montaignes 
alant  delà  marine  à  Damasq,  à  Halep  2,  et  parmy  ledit  païs, 
qui  est  moult  grant.  —  Item,  pareillement  comme  au  païs 
d'Égipte,  il  y  a  autour  de  Damascq  et  de  Jhérusalem,  en 
pluisieurs  lieux  en  Surie,  emmy  3  les  champs  et  par  les 
montaignes,  Arabes  habitans,  dont  en  temps  de  guerre  les 
aucuns  et  pluisieurs  se  treuvent 4  montez  sur  chevaulz  et 
sur  cameulz  pour  aydier  leur  seigneur,  habilliez,  comme 
dit  est,  pour  la  deffense  du  pais.  —  Item,  autour  de 
Damascq  et  de  Halep,  en  laditte  Surie,  y  a  encores  une 
autre  manière  de  gens,  nommez  Turquemans,  natifz  de 
Turquie,  qui,  par  le  congiet  du  Soudan,  habitent  le  païs  et 
changent  souvent  habitacion  de  lieu  à  autre,  ayans  femmes, 
enffans  et  bestiaulz;  lesquelz  sont,  en  grant  quantité,  mon- 
tez d'assez  bons  chevaulz,  ayans  bons  arcqs,  flesches, 
espées  et  tambours  et  mâches,  5  et  aucuns  ont  targes.  Et 
sont  iceulz  Turquemans  sans  comparoison  meillieurs  et 
plus  vaillans  aux  champs  que  les  Arrabes,  ne  que  les  Sar- 
rasins du  païs,  ne  encores  que  les  esclaves,  et  sont  gran- 
dement et  trop  plus  doubtez  G  ;  et  sont  iceulz  Turquemans 
pretz  7  au  plaisir  dudit  Turcq  et  soudan  8. —  Item,  au  long 
de  la  marine  de  Surie  ont  communément  les  communes  de 


1  Beirouth  et  Tripoli. 
*  Damas  et  Alep. 
8  En  mitant  (A). 

4  Notre  ms.  dit  :  se  tiennent.  A  et  Webb  :  se  treuvent. 

5  Espées,  tambourins  et  masses  (A). 

6  Et  sont  plus  redoubtez  (A). 

7  Tousjours  pretz.  (W). 

8  Et  sont  yceulx  toujours  prêts  au  plaisyr  du  grand  Souldant  (A). 


1421-1423.  ET  AMBASSADES.  123 

piet,  l'arcq  et  les  flesches,   et  pluisieurs  en  y  a  qui  ont 
espées. 

Mémoire  que  en  Surie  !  pleut  trop  plus  que  en  Égipte, 
en  espécial  autour  de  Damasq  et  sur  la  marine  venant  de 
Jaffe  2  à  Tripoly. 


Cy  s'ensieut  la  nature  de  la  rivière  du  Nyl,  et  la 
visitacion  d'icelle  depuis  deux  journees  au  deseure 
du  Kaire  JUSQUES  AU  PORT  DE  Damiette. 

Mémoire  que  la  rivière  du  Nyl  est  très  doulce  eaue  et 
très  saine  et  queurt  doulcement  et  non  pas  trop  rade,  et 
vient  devers  3  les  parties  d'Ynde  et  de  paradis  terrestre, 
comme  on  dist,  et  passe  au  long  d'Égipte  et  vient  par  de- 
vant Babillonne  passer  à  trois  milles  du  Kaire,  vers  la  mer, 
et  passe  devant Boulacq.  —  Item,  environ  à  vingt  milles4 au 
dessoubz  du  Kaire  vers  la  mer,  se  départ  laditte  rivière  en 
deux  bras  très  gros  et  tous  deux  viennent  chëoir  en  la 
mer,  l'un  à  ung  lieu  nommé  Rosette,  qui  est  à  trente  et 
six  milles  près  d'Alexandrie  par  terre,  et  en  y  a  soixante 
et  dix  par  mer,  et  l'autre  bras  vient  chëoir  en  la  mer  de 
Damiette.  —  Item,  est  à  sçavoir  que  ceste  rivière  du  Nyl 
croist,  tous  les  ans,  sans  faillir,  une  fois  l'an,  au-dessus  des 
bors  sy  hault  qu'elle  arrouse  les  terres  d'environ  deux 
ou  trois  milles  parfont  ou  pays.  Et  tant  plus ,  hault  monte 

4  Egypte  (A). 
»  Jaffa. 

3  De  devers  (A). 

*  Notre  ms.  dit  :  dix  milles.  Le  ras.  A  et  l'éd.  Webb  portent  vingt, 
ce  qui  est  manifestement  plus  exact. 


124  voyages  1421-1423. 

on  ■  au  dessus  du  Kaire  et  tant  plus  hault  croist.  Et  tant 
plus  aproche  on  devers  Alexandrie  ou  vers  Damiette,  sur 
tous  les  deux  bras,  et  tant  moins  croist  en  haulteur,  car  plus 
elle  vient  devers  la  mer  et  plus  s'espart  de  tous  costez  en 
lieux  plas  et  larges,  en  fossez,  en  puichs  et  canaux,  qui  sont 
faits  à  la  main,  d'une  bende  et  d'autre  de  la  rivière,  lesquelz 
arrousent  les  villaiges,  les  gardins  et  le  pais  entour. — 
Item ,  quant  la  rivière  est  en  celle  haulteur,  on  retient 
l'eaue  par  escluses  et  trenchis 2,  dont  on  arrouse  le  païs 
en  la  nécessité,  3ou  temps  que  l'eau  s'est  remise  en  son  plus 
bas  degré  4  et  que  la  grant  sécheresse  vient.  —  Item,  est 
à  sçavoir  que  ceste  rivière  est  tous  les  ans  au  plus  bas 
en  la  fin  de  may  et  en  l'entrée  de  juing  ;  et  tousjours,  sans 
faillir,  du  septième  jour  de  juing  jusques  au  dousième,  elle 
commence  à  croistre  et  croist  petit  à  petit  et  s'en  perechoit 
on  telle  nuyt  qu'elle  est  crëute  encore  de  ung  pauche, 
telle  nuit  de  deux,  telle  nuit  de  trois,  et  telles  nuys  de 
quatre  ;  et  aussy  telles  quatre  ou  cincq  nuys,  riens  ou  bien 
peu.  Et  ainsy  son  croistre  ne  tient  point  de  rieule,  mais 
tousjours  elle  ne  fault  point  de  estre  au  plus  hault  en  la 
fin  d'aoust  ou  par  tout  le  mois  de  septembre  5.  Et  en  icelle 
haulteur  que  guaires  plus  ne  croist  ou  amenrist,  elle  se 


*  Devers  ou  dessus  (W).  —  Devers  ou  au  dessus  (A). 
8  Trenches  (A). 

3  En  les  nécessités  (A). 

*  Du  temps  que  l'eaue  s'est  remise  en  sa  place  et  en  son  plus  bas 
degré  (A). 

5  L'édition  Serrure  met  ici  une  virgule,  et  après  amenrist  un  point. 
Notre  ms.  qui  ouvre  ici  comme  presque  généralement  la  phrase  par 
une  initiale  marquée  d'une  barre  rouge,  et  l'édition  Webb  sont  d'ac- 
cord avec  le  sens. 


1421-1425.  ET   AMBASSADES.  125 

tient  bien  deux  mois,  et  puis,  ainsy  comme  elle  est  créute 
sans  rieule,  en  telle  manière  décroist  elle  sans  rieule  petit 
à  petit  et  tant  qu  elle  revient  au  plus  bas  degré  au  jour 
dessusdit.  —  Item,  quant  elle  est  au  plus  bas,  elle  n'a 
en  pluisieurs  lieux  que  bien  peu  d'eaue  de  parfont,  comme 
cy  après  on  parlera  plus  avant.  —  Item,  il  y  a  au  Kaire, 
droit  devant  Babillonne,  emmy  la  rivière  une  yslette, 
petite,  très  bien  habitée,  fermée  autour  de  maisons,  où  il  y 
a  une  maison  basse,  fondée  en  l'eaue,  en  laquelle  a  l  ung 
pillier  de  marbre  où  l'eaue  de  la  rivière  vient  frapper, 
lequel  est  enseignié  de  pluisieurs  enseignes  de  très  2  qui 
sont  pauchz  3,  palmes,  piez  et  picques.  Et  par  ce  pillier 
cognoist  on  ausdittes  enseignes  quant  la  rivière  croist, 
et  quans  paulchz  ou  quantes  palmes,  quans  piez  ou  quantes 
picques,  chacune  nuit,  elle  est  crëute.  Et  y  a  ung  propre 
maistre  pour  ce  cognoistre,  aux  gaiges  du  Soudan,  qui 
va  crier  parmy  le  Kaire  la  cruchon  de  l'eaue  pour  resjouir 
le  poeuple.  —  Item,  quant  elle  vient  à  sèze  picques  de 
hault  ou  dit  pillier,  le  poeuple  du  Kaire  fait  joie 4,  et  monte 
le  Soudan  sur  une  galée  à  ce  ordonnée  et  va  luy  mesmes 
retaillier  et  ouvrir  la  bouche  d'un  grant  fossé  fait  à  la  main, 
qui  part  de  la  rivière  et  passe  parmy  Babillonne.  Et  lors,  par 
là  se  espart  l'eaue  du  Nyl  par  pluisieurs  petis  bras  et  fossez 
parmy  le  Kaire  es 5  gardins  et  ou  païs  autour.  Et  quant  la 
rivière  se  décroist,  lors  on  relié ve  et  restoupe  on  icelie 


Mlya(W). 

e  Trais  (A  et  W). 

3  Pies  (W). 

4  Fait  et  démène  grand  joye  (A). 

*  Serrure  a  imprimé  :  et.  Notre  ms.  est  d'accord  avec  celui  publié 
par  M.  Webb, 


126  voyages  1421-1423. 

bouche,  et  tient 1  on  l'eaue  ainsy  au  Kaire  pour  toute  la 
saison,  car  autrement  ne  pourroit  vivre  le  Kaire2. —  Item, 
est  communément,  chascun  an,  environ  l'entrée  de  juing 
quant  elle  vient  à  sèze  picques,  que  le  Soudan  va  ainsy 
retaillier  ledit  fossé,  et  a  une  picque  vingt  et  quatre  pauch* 
de  long  4.  —  Item,  depuis  ce  jour  en  avant  que  elle  vient  à 
sèze  picques,  elle  va  en  croissant  tousjours  jusques  au  temps 
dessusdit  en  fin  de  septembre,  et  vient  à  dix-sept5 picques, 
à  dix-huit,  à  dix-noeuf  et  à  vingt,  et  pou  de  saisons 
adviennent 6  quelle  ne  viengne  à  vingt  ou  environ.  —  Item, 
quant  elle  passe  vingt,  tout  le  païs  estant  sur  la  rivière  est 
noyez,  et  quant  elle  ne  vient  que  à  sèze  ou  dix-sept,  la  terre 
fructifie  peu  de  biens  et  ont  famine  grande  en  celle  saison, 
mais  quant  elle  vient  à  dix-huit 7,  elle  fructifie  ung  peu 
mieulz,  encore  mieulx  à  dix-nœuf  et  demy  8,  car  lors  est  il 
habondance  de  tous  biens  en  tout  le  païs  de  la  rivière,  et 
lors  au ssy  elle  est  au  plus  hault  que  elle  peut  estre  sans 
tout  destruire.  —  Item,  je  sceuz  par  pluisieurs  oppinions 
que  la  cause  pourquoy  elle  croist  ainsy  par  chascun  an,  sy 
est  par  les  très  grans  pleuves  qu'il  fait,  environ  mars  et 
apvril,  cent  journées  au  dessus  du  Kaire,  en  la  terre  du 
prestre  Jehan,  où  elle  passe.  —  Item,  sont  toutes  les  mai- 
sons et  villes  autour  de  la  rivière  assises  plus  hault  que  la 


*  Retient  (A). 

2  Vivre  les  habitans  audit  Kayre  (A). 

3  Quatorze  pieds  (A). 

*  Le  ms.  publié  par  M.  Webb  place  ici  les  deux  derniers  §  de  ce 
chapitre. 

5  Seize  (A). 

6  Avient  (W). 

7  Au  dix  huitième  (A). 

8  A  dix  nœuf  et  encore  mieulx  à  vingt  et  demy  (A). 


\ 421-1 425.  ET  AMBASSADES.  127 

terre  plaine,  sur  tertres  et  montaignes,  pour  obvier  à  la 
cruchon  de  l'eaue  l.  —  Item,  va  ceste  rivière  du  Nyl,  au 
dessus  du  Kaire,  toudis  parmy  ung  païs  qui  est  au  Soudan, 
appeliez  Sayette 2,  bien  quarante  journées  vers  Inde,  où  il  y 
a,  comme  on  dist,  de  moult  grosses  villes.  Et  est  le  païs 
très  bien  habité  de  bons  gros  villaiges,  d'un  lez  et  de  l'autre 
de  la  rivière,  en  espécial  deux  journées  partant  du  Kaire 
amont  la  rivière  jusques  à  une  esglise  de  Jacobitains, 
nommée  Saint-George,  laquelle  j'ay  visité  en  personne,  et 
le  surplus  ne  sçay  que  par  informacion.  —  Item,  y  a  sur 
ceste  rivière,  tout  du  païs  du  soudan,  une  sy  très  grosse 
quantité  de  barques  alant  de  l'un  à  l'autre  en  marchandise, 
qui  se  nomment  germes  les  aucunes,  et  le  plus 3  à  voilles 
latins,  et  les  autres  à  voilles  quarrez,  que  c'est  une  infinité. 
Et  ne  voit  on  autre  chose  qui  va  amont  et  aval  la  rivière, 
et  sont  toutes  plates  de  fons  dessoubz,  pour  la  rivière  qui 
est  souvent  plate.  —  Item,  en  ces  deux  journées,  il  y  a 
pluisieurs  islettes,  et  y  est  la  rivière  large  le  trait  d'un  canon 
et  parfonde  comme  au  Kaire,  et  monte  amont  parmy  le 
zuut  sans  gaires  tournyer.  —  Item,  est  à  sçavoir  que  le 
bras  de  la  rivière,  qui  va  du  Kaire  à  Damiette,  tourne  très 
fort,  et  y  a  par  eaue  bien  quatre  grosses  journées  qui  valent 
bien  cent  et  cincquante  milles,  et  est  ce  bras  plus  estroit 4  et 
plus  parfont  que  celui  d'Alexandrie  et  de  Rosette,  et  a 
communément  le  trait  d'un  fort  arcbastre  de  large  5  et  en 


*  A  la  inondation  de  l'eauvre  (A). 
8  Sahid,  voir  p. 

3  La  plupart  (A). 

*  Plus  espèsse,  plus  estroite,  etc.  (A). 

5  De  large  manque  à  notre  ms.  Je  l'emprunte  aums.  A  et  à  l'éd.W 


128  voyages  1421-4425. 

pluisieurs  lieux  plusy  et  néantmoins  '  ;  et  en  pluisieurs 
lieux  est  elle  sy  platte  que  tous  les  cops,  les  germes,  mes- 
mement  les  plus  petites  et  quy  ne  sont  point  chargées, 
sarrestent  sur  terre,  et  est  cette  rivière  très  faulce  de  son 
cours,  car  aucunesfois  est  le  courant  de  l'eaûe  en  ung  lieu 
et  aucunesfois  en  ung  autre,  et  ne  pourroit  on  justement 
escripre  la  par  fondeur  d'icelle,  synon  qu'elle  est  sy  plate, 
quant  elle  est  au  plus  bas,  que  mauvaisement  y  pourroit 
passer  2  galiotte  nulle  sans  avoir  bon  pilot  en  ce  temps-là, 
mais  à  la  fin  de  juillet  et  par  tout  le  mois  d'aoust,  de  sep- 
tembre, et  d'octobre  et  jusques  à  mi-novembre,  aiant  tou- 
jours   bon    pilot    Sarrasin   qui    fust    de   Rosette  ou   de 
Damiette,    pourroit  passer  toute  gallée  jusques  au  Kaire, 
et    non    en    autre  temps.  —  Item,    entre    le    Kaire   et 
Damiette,  il   y  a  sur  le  bort  de  la  rivière,  d'une  bende 
et  d'autre,  espessement  assis  villaiges,    à  une    mille  ou 
à  deux  près  l'un  3  de   l'autre,  au  plus   loings,    desquelz 
pluisieurs  sont   pors  4   de   germes   et   de   barques,    dont 
il  en  y  a  pluisieurs  grandes  d'icelles  villettes  ou  villaiges, 
entre  lesquelles  y  est  Scommanob   5,  assis  de  la  bende  vers 


*  Quant  elle  est  au  plus  bas,  et  lors  a  elle  de  profondeur  en  un  lieu 
plus,  en  l'autre  mains  (A  et  W). 

T  Notre  ms.  a  ici  une  phrase  évidemment  incomplète  ;  ils  disent  : 
Que  mauvaisement  y  pourroit  passer  galiotte  nulle,  sans  avoir  bon 
pilot  sarrasin  ou  fust  de  Rosette  ou  de  Damiette,  y  pourroit  passer 
toute  grosse  gallée  jusques  au  Kaire  ,  et  non  en  autre  temps.  La  ver- 
sion du  ms.  A,  presque  conforme  au  ms.  publié  par  Wèbb,  offrant  un 
sens  complet,  je  l'ai  adoptée  ensieuvant  l'orthographe  de  l'éd.  W  plus 
conforme  à  notre  ms. 

*  L'un  manque  à  l'édit.  S. 

*  Pons.  (S). 

3  Saminon,  selon  Webb. 


1421-1425.  ET    AMBASSADES.  129 

Alexandrie,  très  gros  villaige.  Et  y  a  arrière  de  laditte 
rivière  aussy  villaiges  très  grant  foison,  à  deux  ou  à  quatre  l 
milles  parfont  au  pays,  et  sont  édefiez  de  terre,  de  eaue  2  et 
de  meschante  bricque.  Et  y  est  la  terre  très  bien  labourée 
et  grant  habondance  de  blez,  d'orges  et  de  fruis  dedens 
terre,  et  peu  y  a  d'autres  arbres  fors  que  palmiers,  qui 
riens  ne  valent  à  carpentaige,  et  n'y  a  forteresse,  tour  ne 
ville  fermée.  —  Item,  en  ces  trois  3  journées  de  rivière,  y 
a  pluisieurs  petites  islettes,  les  aucunes  habitées  et  les 
autres  non.  —  Item,  y  a  foison  de  cocatrix  4,  et  n'y  a  nulz 
chevaulz  sauvaiges  5.  —  Item,  à  vingt 6  milles  au  dessoubz 
du  Kaire,  alant  vers  Damiette,  il  y  a,  partant  hors  de 
laditte  rivière,  ung  autre  bras  fait  à  la  main  nommez  le 
Elberque,  qui,  de  la  bende  de  Surie,  s'en  va  arrosant  le  païs 
autour  et  va  chëoir  en  ung  port 7  deThênes8,dont  cy  après 
sera  faicte  mencion.  Et  est  ledit  bras  sy  plat  d'eaue  que  à 
paines  y  peuvent  passer  petites  germes.  —  Item  ,  à  douse 
milles  près  de  Damiette,  partant  hors  de  la  rivière,  il  y  a 
ung  autre  bras  de  rivière,  lequel  n'est  pas  grant,  mais  est 
fait  à  la  main,  qui,  en  arrousant  ledit  païs  autour,  va  chëoir 
pareillement  au  dit  port  de  Thênes,  et  est  plus  plat  encores 
et  plus  estroit  que  n'est  le  Elberque,  car  n'y  a  que  petites 
barquettes.  —  Item,  je  sceus 9,  par  vraye  enqueste,  que  le 

1  Trois  (W). 

8  Canes  (W).  —  Quesne  (A). 

5  Quatre  (W). 

*  Coucoudrilles  (A). 

5  Ce  §  manque  dans  l'édition  W. 

6  Webb  dit  à  tort  :  dix  milles. 

7  Par  un  port  en  la  mer  appelé  le  port,  etc.   (A).   —  Sur   la  mer 
appelé  le  port  de  Tenes  (W). 

8  Tineh,  l'ancien  Pelusium. 

9  Mémoire,  que  je  sceu  (A). 


130  voyages  1421-1423. 

Soudan  ne  pourroit  destourber  le  cruschon  de  ceste  rivière 
du  Nyl  dessusditte,  mais  que  le  prestre  Jehan  bien  le  feroit 
et  lui  donneroit  autre  cours,  s'il  vouloit,  mais  il  le  laisse  pour 
la  grant  quantité  des  Cristiens  qui  habitent  en  Égipte, 
lesquelz  pour  sa  cause  morroient  de  faim.  —  Item,,  est  à 
sçavoir  que  le  Soudan  1  ne  laisse  nul  Cristien  passer  en 
Inde  2  par  la  mer  rouge,  ne  par  la  rivière  du  Nyl,  vers  le 
prestre  Jehan,  pour  la  paour  qu'il  a  que  les  Cristiens  ne 
traittent  à  lui  3  à  ce  que  ceste  rivière  lui  soit 4  ostée,  ou 
autre  chose  à  lui  contraire,  car  les  Cristiens  et  le  prestre 
Jehan  de  par  delà  lui  font  souvent  guerre. 


Cy  s'ensieut  la  visitacion  du  port  de  la   ville   de 
damiette  et  de  la  rivière  et  des  riv1erettes  qui  en 

PARTENT  ET  VONT  CHËOIR  AU  PORT  DE  ThÊNES. 

La  ville  de  Damiette  5  est  assise  au  loing  et  sur  les  rives 
de  la  rivière  du  Nyl,  vers  Surie,  à  six  mille  près  de  la 
bouche  de  la  mer,  en  une  islette  qui  de  deux  lez  est  enclose, 
l'un  des  lez  de  rivières  et  l'autre  de  la  mer.  Et  s'estent  très 
longue  sur  la  rivière,  mais  plus  estroitte  vers  les  champs, 
et  est  très  grande,   non  fermée  de  nul  costé,  synon  que 


1  Mémoire,  que  le  grand  Souldan  (A). 

1  Judé  (Ed.  S.).  —  Serrure  a  évidemment  mal  lu  ces  lettres  qui 
peuvent  former  aussi  bien  Inde  que  Judé*.  M.  Webb  a  mieux  compris 
le  texte,  et  dans  notre  ms.  non  plus  que  dans  A,  il  n'y  a  pas  à  se 
méprendre. 

3  Avecque  luy  (A). 

*  Lui  fust  (A). 

•  Si  est  (W). 


1421-1425.  ET   AMBASSADES.  131 

toutes  les  maisons  sur  la  rivière  tiennent  enssamble,  qui  de 
celle  bende  sont  en  manière  de  fermeté.  Et  là  au  long  de 
l'eaue,  y  a  pluisieurs  portelettes,  tant  en  maisons  comme 
autrement,  par  où  l'en  charge  et  descharge  la  marchandise, 
et  desquelles  les  aucunes  se  ferment  de  nuit,  mais  les  autres 
non.  Et  y  ont  pluisieurs  maisons,  leurs  huis  à  leur  poste. 
Et  est  ceste  ville  ancienne  et  deschëue,  édifiée  de  maisons 
de  meschantes  bricques  ;  les  fondacions  et  les  combles,  qui 
sont  communément  haulz,  ne  sont  que  de  quesque  1  et  de 
terre  et  ne  dureroient  rien  au  feu.  Et,  comme  la  renommée 
coeurt,  elle  est  moult  despoeuplée,  deshabitée  et  deschëue 
puis  vingt  ans  en  sça.  Et  n'y  a  riens  de  fort  en  la  ville  que 
les  mousquayes,  une  esglise  de  Sarrasins,  qui  est  peu  de 
chose,  et  une  tourelle  au  dehors  de  la  ville,  que  on  dist  que 
Saint  Loys  fist  faire.  —  Item,  à  l'opposite  de  celle  tour, 
bas2  au  bout  de  la  ville,  vers  la  mer,  il  y  a  en  manière  d'un 
lieu  en  la  rivière  plus  estroit  que  nulle  part  en  laditte 
rivière  au  dessus,  ne  au  dessoubz,  lequel  est  moult  parfont 
et  n'a  que  le  gect  de  une  pierre  d'un  bon  bras  de  large.  Et 
en  ce  lieu  là,  et  d'une  bende  et  d'autre  de  la  terre,  il  samble 
qu'il  y  ait  lieux  très  avantaigeux  pour  y  prestement  fonder 
tours  ou  chasteaulz,  pour  la  rivière  qui  à  ce  affachonne  le 
lieu  et  lui  donne  3  avantaige  de  force,  en  espécial  devant  la 
ville,  car  il  y  a,  dedens  l'eaue,  de  très  grant  parfondeur,  fondé 
murs  très  beaulz,  davantaige  4  et  une  petite  basse  tourelle 
quarrée  et  aucunes  maisons  non  pas  fortes,  que  nulz  ne 


1  Canes  (W). 
8  En  bas  (A). 

3  L'édition  Serrure  omet  le  verbe  :  donne. 

*  Car  il  y  at  dedens  l'une  fond  de   grande   profondeur  de  Teauwe, 
murs  très  beaulx,  etc.  (A), 


132  voyages  142] -1425. 

garde.  Et  en  alant  de  ce  lieu  là  en  la  ville,  monte  la  terre 
ung  peu  en  hault  ;  mais  sur  ung  lieu  tout  propice,  qui  là  est, 
on  pourroit  fonder  une  grosse  tour  vers  la  ville.  Et  n'y  faul- 
droit  que  copper  ung  peu  de  terre,  que  la  rivière  iroit  tout 
autour  et  enclorroit  tout  ce  lieu  là,  et  seroitfortà  merveilles. 
—  Item,  pareillement  à  l'opposite  entre  l  la  rivière,  il  y  a 
commencement  d'un  lieu  très  fort,  et  y  eut  jadis  une  tour 
fondée  en  l'eaue  que  la  rivière  a  abatue,  et  n'y  a  autre 
chose. Et  quivouldroit,  on  pourroit  en  celui  estroit  làclorre  % 
la  rivière  d  une  chayenne  3  ou  jusques  à  la  bouche  où  la 
rivière  chiet  en  laditte  mer.  —  Item,  de  ce  lieu  là,  où  est 
le  bout  de  la  ville,  jusques  à  la  mer,  y  a 4  six  milles  par  eaue 
et  autant  par  terre.  —  Item,  sont  ces  six  milles  5  par  terre 
tout  plain  chemin  de  sablon  assez  pesant  à  aller,  mais  il  y 
a  pluisieurs  rieux  et  courans  qui  arrousent  les  gardins  et 
le  pais,  surlesquelz,  à  venir  6  en  la  ville,  il  fault  passer  par 
petis  ponteaulx  de  laigne  et  de  terre.  Et  trouve  on  assez 
près  de  la  marine  et  assez  près  de  la  ville,  petis  courans, 
ou  milieu  du  chemin,  et  de  palmiers  assez  largement,  et  y 
a  de  la  bouche  ditte  tout  au  long  du  bort  de  la  rivière  et 
vers  Damiette jusques  au  plus  près  de  la  ville,  jongz  et  longs 
roseaux,  pourquoy  au  long  d'icelle  on  ne  pourroit  descendre, 
qui  ne  venroit  jusques  à  la  ville  ou  qui  ne  descenderoit 7  à 
la  bouche  par  petis  bateaulz,  et  là  pourroit  on  descendre, 


1  Outre  (W). 
■  Enclorre  (A). 

*  La  fin  de  la  phrase  manque  dans  l'éd.  Webb. 

*  De  celle  lieu  où  est   le  font   de  la  ville  vers  la  mer,  de  si  à  la 
bouche  où  la  rivière  chiet  en  la  ditte  mer,  y  a,  etc.  (W). 

8  Sept  milles  (A). 

6  Au  venir  (W). 

7  Qui  redescendroit  (W). 


1421-1423.  ET    AMBASSADES.  153 

combien  qu'il  y  fait  sy  très  plat,  tant  d'une  bende  que  de 
l'autre,  que  s'il  faisoit  riens  de  vent  !  ou  il  y  eust  riens  de 
puissance  devant,  il  seroit  très  dangereux.  —  Item,  qui  en 
ce  lieu  là  descenderoit  pour  venir  par  terre  à  la  ville,  il 
fauldroit  ung  peu  tournoyer  pour  issir  hors  de  la  voye 
desdisjongs  et  trouverait  2les  rieux  dessusdiz  en  chemin  3, 
que  les  Sarrasins  feroient  bien  floter  d'eaue  en  une  nuyt 
plus  hault  par  leurs  puichs,  qu'ilz  ont  près  de  la  rivière, 
qu'ilz  tirent  l'eaue  à  roes  et  à  boeufz.  Et  y  a  grant  foison 
d'eaue  de  fossez  là  entour  autre  que  desdis  puichs,  ne  de  la 
rivière,  car  le  lacq  de  Lestaignon 4  vient  flotter  au  plus  près 
du  chemin  à  demye  mile  à  main  senestre  en  alant  de  la- 
dite bouche  vers  la  ville.  —  Item,  droit  en  ce  lieu  là  de 
laditte  bouche,  du  costé  vers  la  ville  sur  terre,  il  y  a  toutes 
les  nuys  six  hommes  de  cheval  qui  font  le  guait  dessoubz 
ung  appentis  de  quatre  pilliers  de  pierre,  pour  les  fustes 
d'armes  qui  y  peuvent 5  arriver.  —  Item,  siet  le  plateur  de 
la  bouche  de  Damiette  en  la  mer  comme  une  mille  de  par- 
font et  est  large  de  deux  à  trois  mille  ou  plus.  Et  y  a  ung 
canal  et  cours  d'eaue  en  celle  plateur  qui,  tous  les  ans  com- 
munément, quant  la  rivière  croist,  se  change  de  lieu  en 
autre,  c'est  à  sçavoir  par  les  sablons  que  6  le  cours  de  l'eaue 
en  emmainne.  Et  aucunes  fois  advient  que  7  ce  dit  canal 


*  Rien  de  mauvais  temps  ou  de  vent  (A). 

*  Tourneroit  (A). 

5  En  plat  chemin  (W). 

*  C'est  le  lac  Mensaleh,  par  lequel  le  canal  de  Suez  débouche  aujour- 
d'hui dans  la  Méditerranée. 

5  Poroient  (W). 

0  Notre  ms.  dit  :  qui  le  cours  de  l'eaue  en  enmainent.   J'ai  corrigé 
d'après  A  et  W. 

7  Et  auitres  fois  advient  et  bien  souvent  que,  etc.  (A). 


134  voyages  1421-1423. 

se  mue  plus  d'une  fois  Tan,  par  lequel  qui  veult  entrer  en 
la  rivière  du  Nyl  il  fault  entrer  et  yssir,  et  est  moult  péril- 
leux à  l'entrée  et  plus  à  l  l'issir  pour  la  mer  qui  redonde 
contre  le  courant  de  la  rivière,  et  n'a  ce  cours  d'eaue  et 
canal  que  huit  palmes,  de  ung  quartier  la  palme  de  parfont, 
néant  moins  et  néant  plus  quant  la  rivière  croist  ou  qu'elle 
est  au  plus  hault  que  quant  elle  est  au  plus  bas.  Et  y  a 
ung  homme  de  par  la  ville  de  Damiette  ordonné,  qui  tous- 
jours  tente  2  ou  sonde  le  fons,  pour  sçavoir  quant  le  canal 
de  la  bouche  se  remue,  et  est  celui  le  pillot  qui  moustre 
aux  nefz  et  aux  fustes,  qui  veulent  entrer  dedens,  le  chemin 
et  l'entrée.  —  Item,  par  ce  canal,  ayant  bon  pillot,  entrent 
bien  nefz  de  deux  cens  bottes  et  toutes  galées  et  menues 
fustes,  quant  le  temps  est  bon  et  qu'il  fait  doulz  vent 
venant  de  la  mer.  —  Item,  depuis  qu'elles  ont  passé  celle 
dangereuse  bouche,  il  y  a  bon  fons,  d'une  brache  et  demye 
et  deux  braces  de  parfont,  au  courant  d'icelle  jusques  à  la 
ville,  au  mains,  quant  elle  est  au  plus  bas.  Et  y  est  la  rivière 
largue  d'un  trait  de  canon  avant  en  pluisieurs  lieux,  mains 
que  plus,  et  tourne  ung  petit.  — Item,  environ  trois  milles 
de  parfont  en  la  mer,  oultre  celle  bouche,  il  y  a,  en  esté, 
bon  lieu  et  bon  pellaige  pour  sourgir  3  et  arriver  4  toutes 
grosses  nefz,  et  en  ce  lieu  là  il  y  a  quatre  braches  de  parfont. 
Et  n'y  a  vent  qui  tant  y  nuyse  que  zuut-west.  Et  là  vient 
communément,  l'esté,  tout  le  gros  navire,  et  peu  en  y  a  qui 
entrent  dedens  la  bouche,  pour  ce  qu'elle  est  sy  périlleuse, 
synon  aucunes  petites  nefz  de  cent  et  cincquante  bottes  au 

1  Notre  ms.  dit  :  plus  l'issir.  J'ai  préféré  la  version  A  et  W. 

*  Tatte  (A). 

5  Séjourner  (A). 

*  Ancrer  (W). 


1421-1425.  ET    AMBASSADES.  155 

plushault,  qui  là  se  veulent  y  verner  ou  refaire  ;  mais,  l'iver, 
n'y  osent  demeurer  nulles  nefs  pour  ce  qu'il  y  a  sy  peu  de 
abril  l.  —  Item,  quant,  en  celuy  pellaige  ou  sourgissoir, 
le  vent  se  met  à  grant  fortune,  les  nefz  qui  là  sont  s'en  vont 
devant  le  port  de  Thênes  à  secours  et  là  sont  plus  sceure- 
ment. 

Mémoire  que,  de  l'une  des  bouches  de  la  rivière  du  Nyl 
jusques  à  l'autre,  par  mer  il  y  a  quatre  vins  2  et  dix  milles, 
et  est  ce  pais  là  une  isle  très  habondant  et  fructueuse  et  très 
plaine  de  villes  et  de  villaiges.  Et  est  parmy  le  pays  et  au 
long  de  la  rivière,  le  meilleur  païs  d'Egypte  et  le  nomme 
on  Garbye. 

Mémoire  que,  dedens  la  rivière  du  Nyl,  il  y  a  la  plus 
grant  habondance  de  poissons  du  monde,  mais  il  n'est  pas 
sain  à  en  plenté  essayer  3,  combien  que  l'eaue  est  sy  saine 
qu'on  n'en  peut  trop  boire.  Et  sont  les  poissons  4  comme 
grans  chevaulz  sauvaiges,  et  y  a  grant  multitude  de  cocatrix 
qui  sont  en  laditte  rivière  du  Nyl,  espécialement  devers 
Rosette. 


1  D'abri  (W). 

2  L'édition  Serrure  porte  :  quatre  nuis.  C'est  évidemment  une  faute 
de  lecture.  Le  ms.  A  et  l'édition  Webb  sont  d'accord  avec  notre  ms. 
Trente  milles,  serait  plus  exact. 

*  A  lui  en  planté  asaier  (W).  —  A  ly  en  plenté  assaisir  mais  le 
eauwe  est  saine  (A). 

*  Mémoire,  des  poissons  (W). 


156  voyages  1421-1423. 


Cy  s'ensieut  la  fasçon  du  lacq  de  Lescaignon  \ 

« 

Item,  en  la  ville  de  Damiette,  il  y  a  encores,  partant  de 
la  rivière  du  Nyl,  ung  estroit  brachelet  d'eaue  courant,  fait 
à  la  main,  comme  ung  fossé,  passant  parmy  les  gardins  de 
la  ville,  qui  ont  bien  quatre  milles  de  long,  lequel  s'en  va 
chëoir  à  six  milles  près  de  Damiette  en  ung  grant  lacq  d'eaue 
salée  que  la  mer  sy  a  2  gaignée  dès  long  temps,  nommé 
Lescaignon,  lequel  a  bien  deux  cens  3  milles  de  tour  et  est 
plain  d'islettes  perdues4. Et  est  à  sçavoir  que  parmy  lades- 
susditte  rivierette,  qui  n'a,  au  temps  que  l'eaue  de  la  grosse 
rivière  est  au  bas,  que  deux  ou  trois  piez  de  parfont,  s'en 
vont  bien  aucunes  gripperies  petites,  non  chargies,  de 
Damiette  dedens  ledit  lacq  de  Lestaignon,  ou  quel  lacq  y  a 
fons  assez  pour  icelles.  Et  là,  en  attendant  la  marchandise 
pour  elles  chargier,  viennent  de  Damiette  autres  plus  petites 
barques  chargées  d'icelle  marchandise  et  les  chargent  dessus 
lesdittes  gripperies  et  germes.  Et  est  ce  lieu  là  où  ilz  les 
chargent,  aussy  sur  ledit  lacq,  à  xxv  ou  à  xxx  5  mille 
près  de  Damiette.  Et  puis,  ainsy  chargies,  s'en  vont  au  long 
dudit  lacq  de  Lescaignon,  ayans  fons  de  quatre  ou  de  cincq 
piez  d'eaue,  jusques  à  la  bouche  du  port  de  Thênes,  devant 
nommé,  où  la  haulte  mer  vient.  Et  par  ceste  rivière  droit 

*  Lac  Mensaleh. 

*  La  mer  a  (W): 

5  Notre  ms.  et  l'éd.  Serrure  donnent  trois  cens  ;  la  version  A 
et  W  nous  fournit  un  chiffre  plus  exact. 

*  De  sledes  perdues  (A). 

tt  Notre  ms.  et  l'éd.  Serrure  portent  :  à  quinze  ou  à  vint  mille.  Le 
manuscrit  publié  par  M.  Webb  nous  fournit  un  chiffre  plus  exact. 


4421-1423.  ET   AMBASSADES.  137 

là,  issent  plus  communément  de  Damiette,  telz  petis  vais- 
seaulz  pour  aler  en  leur  marchandise  qu'ilz  ne  font  par  la 
grant  bouche  de  la  rivière  du  Nyl  à  Damiette,  pour  ce  que 
tant  est  périlleuse.  —  Item,  ou  dit  lacq  y  a  habondance  à 
trop  grant  merveille  de  poisson  assez  plus  encores  qu'en  la 
rivière  du  Nyl.  —  Item,  aucunes  fois,  les  grandes  germes 
ne  les  gripperies,  qui  s'en  vont  de  Damiette  en  leur  mar- 
chandise, ne  vont  pas  chargier  en  ce  lieu  là  de  Lescaignon 
dessusdit  leur  marchandise  parmy  laditte  riviérette,  pour 
ce  qu'elle  a  1  sy  peu  de  fons,  ainchois  issent  par  la  bouche 
de  la  rivière  à  Damiette  et  s'en  vont  par  mer,  costiant  la 
terre  autour,  et  entrent  oudit  port  de  Thênes  et  remon- 
tent par  ledit  lacq  de  Lescaignon  en  bon  grant  fons  2  et  là 
par  petites  barques  chargent,  sy  comme  dit  est.  —  Item, 
est  à  sçavoir  que  ce  n'est  pas  chemin  convenable  à  maron- 
nier  du  monde,  ayans  aussy  grosse  fuste  que  gripperies 
ou  grosses  germes,  de  entrer  oudit  port  de  Thênes  pour 
vouloir  aler  parmy  ledit  lacq  et  le  chemin  dessusdit  à 
Damiette,  s'il  n'avoit  ung  propre  pillot  du  pais,  car  le 
chemin  y  est  à  tenir  très  mauvais,  entre  pluisieurs  islettes, 
pour  le  peu  de  fons  qu'il  y  a  en  pluisieurs  lieux,  car  tous 
les  cops  3,on  se  treuve  sur  terre. —  Item,  y  a  de  Damiette, 
par  ce  chemin  dessusdit,  jusques  audit  port  de  Thênes,  qui 
chiet  en  la  mer,  soixante  et  dix  milles,  et  par  la  marine 
aussy  autour  en  y  a  autant. 


1  Qu'il  y  a  (A). 

8  La  fin  de  la  phrase  est  rédigée  dans  l'édition  Webb  comme  suit  : 
Et  reviennent  toujours  au  lieu  dessusdit  aians  bon  grant  fons  et 
là  par  petites  barques  chargent  comme  dit  est.  —  Id.  A. 

8  A  tous  coups  (A). 

VOY.   ET  AMB.  9 


158  voyages  1421-1425. 


Cy  après  s'ensieut  la  visitacion  du  port  de 
Thênes. 

Item,  est  le  port  de  Thênes  très  bon  port  pour  petis 
bateaulz,  gallées  et  plattes  fustes,  et  est  l'entrée  très  large 
de  Tune  terre  à  l'autre,  et  siet  aussy  \  comme  on  y  arrive 
par  mer,  parmy  zuut-west  ;  mais  ung  peu  plus  avant  entre 
les  terres,  il  y  a  une  bouche  qui  a  deux  ou  trois  milles  de 
large,  dangereuse  et  assez  périlleuse  à  y  entrer  et  à  en  saillir, 
près  autant  qu'en  celle  de  Damiette,  pour  la  mer  qui  redonde 
contre  les  courans  des  eaues  doulces,  qui  chiéent  dedens 
le  lacq  de  Lescaignon  et  par  conséquent  oudit  port.  Et  n'a 
pour  entrer  en  laditte  bouche  que  ung  tout  seul  canal, 
nommé  cours  de  l'eaue,  qui  n'a  que  sept  ou  huit  quartiers 
de  parfont,  par  lequel  il  fault  entrer  et  yssir,  non  obstant 
ce  que  l'ouverture  de  la  bouche  soit  moult  grande  ;  lequel 
canal  se  change  très  souvent  de  lieu  à  autre  par  les  courans 
merveilleux  qui  mainent  les  sablons  puis  cy,  puis  là  2.  Et  y 
peut  on  mauvaisement  entrer  atout  nefz  de  deux  cens 
bottes  et  sans  pillot,  mais  qui  a  bon  pillot,  nefz  de  trois 
cens  et  de  quatre  cens  y  entrent  bien,  d'un  bon  doulz  vent 
venant  de  la  marine  ;  et  depuis  que  on  est  dedens  celle 
bouche,  y  a  très  bon  fons,  de  deux,  de  trois  et  de  quatre 
braches. —  Item  3,  que  deux  ou  trois  milles  de  parfont  en  la 
mer,  oultre  laditte  bouche,  y  a  très  bon  sourgissoir  pour 
grosses  nefz,  et  y  a  abril  contre  pluisieurs  vens  pour  la  grant 


1  Ainsi  (W). 

8  Or  de  chà,  or  de  là(W).  Puis  de  çà,  puis  de  là  (A) 

5  Mémoire  (A  et  W). 


1421-1425.  ET   AMBASSADES.  139 

entrée  qu'il  y  a  et  pour  les  terres  d'icelle,  qui  sont  loing 
l'une  de  l'autre,  qui  donnent  abril,  combien  que  ce  n'est  que 
tout  pellaige  ;  mais  l'yver,  quant  les  nefz  n'osent  demourer 
devant  Damiette  pour  le  fort  temps,  elles  viennent  à  secours 
pour  sourgir  1  en  ce  lieu  là.  —  Item,  à  laditte  bouche,  à 
l'endroit  où  le  canal  est  environ  de  deux  à  trois  milles 
large  et  en  amenrissant  petit  à  petit,  ledit  port  comme  une 
rivière  s'en  va,  comme  dit  est,  ou  lacq  de  Lescaignon.  — 
Item,  sur  ledit  port  en  terre,  n'y  a  autre  ville  ne  villaige, 
que  deux  ou  trois  povres  maisons,  moitiés  déchëues  et  des- 
habitées, mais  est  à  sçavoir  que,  non  obstant  ce,  il  y  a 
tousjours  gens,  barques  et  cameulz  et  marchandise  2  qui 
passe  ou  râpasse 3  par  terre  et  par  eaue  en  ce  lieu  là,  car  par 
terre  et  par  eaue,  c'est  le  droit  chemin  alant  du  Kaire  à 
Gazère  4  et  en  Jhérusalem. 


Cy-APRES  SENSIEUT  LA  VISITACION    DE  JAFFE, 


Jaffe  5  siet  en  la  coste  de  Surie  sur  la  mer,  à  deux  cens 
milles  près  du  port  de  Thênes  par  mer,  et  à  trente 6  milles  de 
Jhérusalem  par  terre.  Et  est  le  plus  prouchain  port  qui  soit 
près  de  Jhérusalem;  et  fut  jadis  grant  ville  fermée,  mais  à 


1  Séjourner  (A). 

*  Marchandises  (W). 

3  Passent  ou  repassent  (W). 

1  Gaza. 

5  Jafa  ou  Joppé. 

8  Vingt  (A). 


140  voyages  1421-1423. 

présent  elle  est  toute  desrocquie  l,  et  n'y  a  que  trois  caves, 
où  nul  ne  demeure,  où  les  pèlerins  se  logent  quant 
ils  viennent  au  sépulcre.  Et  est  le  pais  comme  plain  et 
plat 2,  mais  3  le  assiette  de  ceste  ville,  qui  fut,  siet  hault 
sur  une  montaigne  et  y  feroit  on  bien  lieu  fort 4.  —  Item, 
dessoubs  ces  trois  caves  y  a  ung  petit  port,  fait  comme  par 
force,  pour  plattes  et  petites  fustes,  comme  gripperies  et 
galiottes,  et  à  grant  paine  y  peut  une  galée  entrer.  Et  a 
cedit  petit  port  deux  bouches,  c'est  à  sçavoir,  ainsy  comme 
on  y  arrive,  l'une,  la  meilleur  et  la  plus  grant,  parmy 
zuut-west,  5  et  l'autre  parmy  ost-zuut-ost  6.  —  Item,  à 
quatre  milles  7  de  parfont  en  la  mer,  il  y  a  bon  sourgissoir 
pour  grosses  nefz  et  là  a  il  à  le  fois  fons  8  de  quatre  à  cincq 
braches  de  parfont,  mais  là  est  elle  ou  dangier  de  tous 
vens  venans  de  la  marine.  —  Item,  à  Jaffe,  y  a  deux  fon- 
taines sur  la  rive  de  la  mer,  etquiconques  cave  9  ou  sablon 
sur  icelle  rive,  c'est  toute  bonne  fontaine  10.  —  Item,  il  y  a 
gardes  ll  à  Jaffe  tousjours,  pour  nonchier  à  Rames  les  mar- 
chans  et  les  pèlerins  quant  ils  y  viennent. 


1  Serrure  imprime  :   defroquié.   C'est  une  erreur    dans    laquelle 
M.  Webb  n'est  pas  tombé.  —  Desroucquée 

I  Et  pal  (W). 

3  Serrure  a  imprimée  par  erreur  :  mains. 

4  Très  fort  (A). 

5  s-o.  —  S-S-O.  (W). 

•  E-S-E. 

7  Trois  railles,  d'après  Webb. 

*  Et  là  a  le  fons  (W).  —  Et  là  a  le  plus  fond  (A). 

9  Serrure  a  imprimée  :  eaue  au  lieu  de  cave.   Webb  est  plus  exact. 

10  Et  quelconques  cave  au  sablon  est  très  bonne  fontaine  (A). 

II  L'édition  Serrure  et  notre  ms.  écrivent  :  gardins.Cest  une  erreur 
dont  le  ms.  A  et  l'édition  W  nous  fournissent  la  correction. 


1421-1425. 


ET    AMBASSADES. 


141 


CY  APRÈS  SENSIEULT  LA  V1SITACI0N  DE  RAMES. 

De  JafFe  à  Rames  l,  y  a  dix  milles  de  terre  et  est  très 
beau  plain  païs,  et  y  a  aucuns  bons  villaiges  alant  de  l'un  à 
l'autre,  desquelz  2  en  aucuns  il  y  a  puichz  d'eaue  doulce, 
mais  moult  escarssement  y  a  eaue,  car  peu  y  pleut.  Et 
quant  il  y  pleut  largement, 'il  y  a  de  beaulz  frommens  et  de 
beaulx  gardins  autour  de  Rames  3  et  arbres  de  tous  fruits 
selon  la  sécheresse  du  pays,  assez  largement.  Et  est  l'aoust 
en  ce  païs  là  emmy  juillet.  —  Item,  est  Rames  grosse 
ville  non  fermée,  située  en  plain  païs,  édefiée  de  maisons 
de  belle  blanche  franche  pierre  Jailliée,  combles  et  tout  à 
terrasse,  et  sont  basses  communément.^  Et  est  celle  ville 
au  soudan  4. 


Cy  après  s'ensieut  lavisitacion  de  Jhèrusalem, 

EN   BRIEF. 

De  Rames  en  Jhèrusalem,  a  vingt  milles,  tout  païsde  mon- 
taignes  dures,  et  y  a  bien  peu  de  labeur,  et  païs  5povre  et 
sauvaige.  Et  y  treuve  on  ungpeu  de  vignes  en  aucuns  lieux, 


1  Ramleh,  anciennement  Rama,  sur  la  route  de  Jafa  à  Jérusalem. 

»  Esquelz  (W). 

5  II  y  croist  du  beau  froment  et  y  a  des  beaux  jardins  à  l'entourne 
de  Rames  (A). 

*  Et  y  a  amiral.  (W).  —  Et  ceste  ville  est  au  Soudain  et  y  at  ung 
admiralle  (A). 

5  Et  est  pays,  etc.  (A). 


142  voyages  1421-1423. 

et  y  a  trois  ou  quatre  chasteaux  '  que  villaiges,  en  chemin, 
et  en  voit  on  aussy  aucuns  des  deux  costez,  et  n'y  a  eaue  en 
chemin  que  en  deux  lieux,  en  puichs  très  parfons  et  dange- 
reux ;  mais  près  de  Jhérusalem,  on  y  voit  sur  haultes  mon- 
taignes  pluisieurs   chasteaux,    les    aucuns    déchëus,    les 
aucuns  non, que  édefièrent  les  Cristiens  jadis 2.  Et  encores  en 
aucuns  y  habitent  Cristiens  de  la  chainture,  et  ont  puich 
d'eaue  les  aucuns.  —  Item,  est  Jhérusalem  assise  en  pen- 
dant d'une  montaigne,  d'une  bende  devers  west  et  de  l'autre 
devers  ost.  Elle  est  située  au  dessoubz   du  val  de  Josaphat 
et  du  val  de  Stiloé  3,  et  en  ceste  bende  de  ost,  joignant  les 
murs  de  la  ville,  est  le  temple  Salomon  et  la  porte  dorée 
au  plus  près  des  murs  de  la  ville.  Et  dessoubz,  ou  val  de 
Josaphat,  est  le  sépulcre  Nostre  Dame.  Et  oultre,  vers  ost, 
sur  la  montaigne  est  le  mont  de  Olivet  4.  —  Item,  est 
Jhérusalem  longue  de  zuut  à  noord,  et  large  de  oost  à 
west.    Et  est  assis  au  milieu  de  la  ville,  près  de  zuut, 
l'esglise 5  du  Saint-Sépulcre. Et  est  Jhérusalem  bien  édiffiée  de 
belles  maisons  de  belle  blanche  franche  pierre  tailliée,  toutes 
à  terrasse,  mais  moult  y  a  peu  d'eaue  et  à  grant  chierté  6, 
car  peu  souvent  y  pleut,  mais  y  a  puichs  et  sisternes  assez 
pour  avoir  eaue  par  habondance  s'il  plouvoit  largement,  et 
la  meilleur  eaue  qui  y  soit  sy  est  d'un  puich  sourdant  qui 
est  en  l'esglise  du  Saint-Sépulchre.  —  Item,  au  dehors  de 


«  Casaux  (W). 

*  Jadis  au  temps  passé  (A). 

3  Notre  ms.  écrit  :  Silcé.  Les  autres  :  Syloë. 

*  Des  Oliviers. 

B  Et  assez  au  milieu  de  la  ville  plus  près  de  Zaf,  siedreglize(W). 
Et  assez  au  milieu  de  la  ville  près  de  zut,  sied  l'esglise  (A). 
6  Et  grant  chieretté  (W). 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  145 

la  ville,  vers  poient  Ml  y  a  ung  petit  chastel  désemparé,  au 
gect  d'un  canon  de  la  ville.  —  Item,  dedens  les  murs  de 
la  ville,  encores  vers  poient  et  west 2,  il  y  a  ung  autre 
petit  chastel  de  moult  belle  franche  pierre  tailliée,  nommé 
le  chastel  David,  assis  ung  peu  hault,  habité  et  gardé.  Et 
est  du  costé  des  champs  assez  fort  et  cuirié  en  aucuns  lieux, 
mais  aillieurs  entour  et  pardedens  la  ville,  n'est  gaires  fort. 
Et  y  a  plas  fossez  et  meschans,  et  ne  pourroit  riens  durer 
après  la  ville  prise 3.  —  Item,  est  Jhérusalem  fermée  tout 
entour  de  murs,  non  pas  haulz  et 4  bien  emparez,  et 5  a 
aucunes  povres  tours  en  aucuns  lieux,  mais  peu  en  y  a. 
Et  aussy,  en  aucuns  lieux,  y  a  aucuns  povres  fossez  plas  6 
et  en  aucuns  lieux  non,  et  ne  samble  riens  forte  contre  puis- 
sance de  gens,  car  la  plus  grant  force  qui  y  est  sy  est  qu'elle 
assez  fort  assise.  —  Item,  est  le  pais  entour  très  povre, 
plain  de  montaignes,  ayans  grant 7  deffaulte  d'eaues.  Et  le 
bien  qui  y  est,  sy  est  d'aucunes  vignes  qu'il  y  a  en  aucuns 
lieux,  mais  moult  escar sèment 8. 


1  Ponent(W). 

2  Vers  ponent,  assavoir  west  (A). 

3  La  ville  se  elleestoit  prise  (A). 

4  Ne  (W). 

8  L'édit.  S.  supprime  ici  la  particule  et. 

6  L'éd.  Serrure  imprime  :  plains.  Erreur  corrigée  par  notre   ms. 
par  A  et  par  l'édition  Webo- 

7  Grante. 

8  Le  ms.  A  omet  ces  trois  derniers  mots. 


144  voyages  1421-1423. 


S'ENSIEUT  LA  VIS1TACION  DU  PORT  D'ACRE. 


En  Acre,  a  très  bon  port  de  tous  vens  pour  galées  et 
autres  fustes,  et  est  cloz  de  grosses  pierres,  et  samble  qu'il 
fut  jadis  fait  à  la  main. Et  a  environ  deux  milles  de  tour,  et 
siet  l'entrée  d'icelui  ainsy  comme  on  y  arrive,  parmy  noord- 
ost,  laquelle  est  large  le  trait  d'un  arcbalestre  et  parfont 
par  dedens,  pour  y  entrer  naves  de  quatre  à  cincq  cens 
bottes,  et  sourgentpar  dedens l  au  plus  près  de  la  plus  grant 
roche  laquelle  fait  le  port 2.  Et  là,  est  le  plus  grant  fons,  le 
surplus  duditport  est  tout3  plat. —  Item,  naves  plus  grosses 
que  de  cincq  cens  bottes  ne  entrent  point  dedens,  anchois 
sourgent  droit  devant  laditte  entrée,  ouquel  lieu  il  y  a 
très  bon  fons  pour  tous  gros  navire,  et  y  fait  sceur  par 
fortune  de  tous  vens,  pour  les  terres  qui  ainsy  se  boutent 
à  l'avantaige,  et  les  vens  qui  plus  y  nuysent  sont  noord  et 
noord-west.  —  Item,  il  y  a  de  celle  bende  là,  ung  autre 
petit  portelet,  moult  bien  encloz  de  muraille,  où  la  mer  vient, 
lequel  sert  à  mettre  petites  fustes.  Et  seroit  encores  légière- 
ment  remis  à  point  pour  y  mettre  galées.  —  Item,  se  peut 
ceste  chose  cy  et  autres  mieulz  monstrer  par  l'exemple  qui 
en  est  fait,  qui  escripre  ne  se  pourroit 4  sans  longue  narration 
et  grant  langaige  5. 

1  Le  ms.  A  omet  les  14  mots  qui  précèdent. 

8  Laquelle  est  large  de  trait  d'un  arcbalestre  et  parfont  dedens,  au 
plus  près  de  la  grande  rouche  laquelle  fait  le  porte,  et  y  pourroit 
entrer  navires  de  quattre  ou  cincq  cents  bottes,  et  sourgent  là  par 
dedens  au  plus  près  de  laditte  grande  rouche  (A). 

3  Plas  (W). 

*  Le  ms.  A  finit  ici  ce  §. 

8  Indication,   plus  précise  que  les  autres,  qui  annonce  une   ou 
plusieurs  cartes. 


1421-1425.  ET   AMBASSADES.  145 


Cy  après  s'ensieut  là  forme  de  la  ville 
d'Acre. 

Item,  il  y  a  sur  le  port  d'Acre  une  terre  en  manière 
dune  langue,  qui  de  la  terre  ferme  se  boute  en  la  mer,  sur 
quoy  la  cité  d'Acre  fut  fondée.  Et  au  lez  devers  ledit  port, 
vient  la  mer  batre,  au  gect  d'une  pierre  des  murs,  et  de 
l'autre  bende  de  la  langue,  vers  la  mer,  estoient  les  murs 
fondez  en  la  mer,  et  au  lez  devers  les  champs,  il  y  avoit 
deux  paires  de  beaulx  fossez,  cuiriez  à  plomb,  sans  eaue, 
comme  il  samble,  et  deux  paires  de  murs  à  grosses  tours 
rondes,  qui  se  boutent  dehors1,  cuiriez  embas  2.Et  fut  jadis 
moult  belle  cite,  de  grans  et  notables  édefîces,  esglises  et 
pallais  moult  grans,  de  belle  franche  pierre  tailliée  et  moult 
richement  édifiée,  mais  à  présent  elle  est  toute  desrochie  3 
jus  et  toute  deshabitée,  les  murs  et  les  tours  renversez  et 
minez4, et  les  fossez  en  pluisieurs  lieux  remplis  desédefices 
qui  sont  abatus  dedens,  mais  encores  y  sont  les  fondacions 
de  pluisieurs  belles  tours  et  des  murs  de  la  ville  en  aucuns 
lieux,  et  y  a  grant  foison  de  très  belles  caves  en  terre,  5  et 
entières,  qui  ne  sont  point  gastées.  Et  y  a  encores  grant 
foison  des  grans  pans  des  murs  drois,  tant  des  pallais  comme 
des  esglises,  et  qui  voit  ceste  ville  de  loings,  ce  semble  estre 


1  Qui  se  bouttent  au  tallut  (A). 

*  En  bas  à  talut  (W). 

•  Serrure  lit  encore  :   defrocqié.  au   masculin   au  lieu  du  féminin. 
Webb  est  plus  exact. 

4  Renversées  et  muées  (A). 

5  Et  enterrées  (A). 


146  voyages  1421-1425. 

merveilles  de  beauté.  —  Item,  fut  ceste  cité  grande  de 
tour  environ  trois  milles,  et  est  fondée  en  bon  terroir  pour 
fourmens,  cottons  et  autres  biens.  Et  y  a,  vingt  milles  à  la 
ronde,  le  plus  beau  pays  du  monde  \  une  partie  plain  et  l'autre 
montaignes,  sans  arbres,  dont  deffaulte  y  a  là  entour.  Et  y  a 
une  petite  riviérette  d'eaue  doulce,  en  manière  de  rieu, 
qui  descend  d'une  montaigne  assez  .près  de  là,  et  vachëoir, 
au  plus  près  des  murs  vers  les  champs,  dedens  le  port  dessus- 
dit en  la  mer,  mais  il  est  à  sçavoir  que  l'eaue  est  flasque  et 
malsaine.  Et  pareillement  l'aè'r  du  païs  d'autour  d'Acre 
n'est  pas  sain,  car  il  est  bas,  et  y  pleut  coustumièrement 
très  habondamraent,  combien  que  la  chaleur  de  l'esté  sèche 
tout.  —  Item,  en  toute  la  ville,  n'y  a  que  une  toute  seulle 
fontaine  de  bonne  eaue,  laquelle  siet  devers  les  champs, 
auprès  du  port,  devers  2  les  fossez  de  la  ville,  et  est  assez 
grande  et  très  bonne.  Et  en  tout  le  pays  autour,  n'a  nulle 
rivière  et  y  a  pou  d'eaue,  fors  en  aucuns  cassaulz,  où  il  y  a 
des  puiz  et  es  autres  non,  mais  se  la  ville  estoit  habitée, 
icelles  grandes  3  pleuves,  recëues  en  cysternes,  donneroient 
assez  eaue  4. —  Item,  droit  devant  Acre,  vers  les  champs,  au 
trait  d'un  canon  hors  de  la  ville,  il  y  a  une  petite  montaigne 
de  terre,  faitte  à  la  main,  que  ung  Soudan  fist  jadis  faire,  où 
il  se  logeoit  quant  il  y  tint  le  siège  six  ans  et  qu'il  la  print. 
—  Item,  en  celle  ville,  n'y  a  homme  demourant,  fors  deux 
ou  trois  gardes  Sarrasins  pour  sçavoir  quant  il  y  arrive 
navire,  mais,  à  deux  milles  près  de  là,  il  y  a  ung  villaige 
bien  habité  nommé  Acre  la   noeufve,  où  lesdittes  gardes 


*  Et  à  XX  milles  à  la  ronde,  il  y  a  le  plus  beau  pays  du  monde  (W). 

*  Dedans  (A). 

5  Les  grandes,  etc.  (A). 

*  Eaue  assez  (W). 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  117 

anonchent  ledit  navire l.  —  Item,  en  Acre  la  vielle  il  y  a, 
joingnant  ledit  port,  pluisieurs  maisons  et  céliers  2  fermez, 
où  les  marchans  Véniciens  mettent  leur  cotton,  et  en  Acre 
la  mendre  3y  a  tousjours  ung  Vénicien  facteur  des  autres, 
pour  4  leur  dit  cotton.  —  Item,  est  à  sçavoir  que  ceste  ville 
d'Acre  seroit  bonne  à  réhabiter,  mais  il  fauldroit  temps  et 
puissance.  —  Item,  de  Jaffe  à  Acre,  y  a  soixante  milles 
par  mer  et  autant  par  terre. 


Cy  après  sensieut  là  visitacion  du  fort 
de  Sur. 

Sursiet  en  la  coste  de  Surie,  sur  la  mer,  à  xxv  milles  5  par 
mer  et  par  terre  près  d'Acre.  Et  est  à  sçavoir  qu'il  y  a 
devant  la  ville,  en  la  mer,  quatre  ou  cincq  grosses  roches  et 
longues  dont  les  aucunes  appèrent  ung  peu  hors  de  l'eaue 
et  les  autres  non,  lesquelles  roches  font  le  port  de  Sur  6.  Et 
dedens  icelluy  port  peuvent  entrer  nefz  de  soixante  à  qua- 
trevins  bottes  et  non  plus  grandes  et 7  toutes  autres  plates 
fustes.  Et  est  très  bon  port  et  scëur  de  tous  vens.  Et  y  a 
pluisieurs  entrées,  par  entre  les  roches,   qui  sont  grandes 


4  Les  dicts  navires  (A). 

*  Webb  imprime,  sans  doute  par  une  erreur  du   ras.  :  icelles. 
3  La  neuve  (A  et  W). 

*  Pour  lever  (W).  Pour  louer  (A). 

5  Notre  ms.   dit  :  sur.  J'ai  préféré  la  version  du  ms.  A,  qui   évite 
aussi  plus  loin  la  répétition  de  ce  mot  et  dit  :  en  la  mer. 

'  Sûr,  l'ancienne  Tyr. 

7  Serrure  met  en  au   lieu   de  et  qui  se  trouve  dans  notre  ms.  et 
dans  l'édition  W. 


148  voyages  1421   1425. 

et  bonnes  pour  lesdittes  petites  fustes  ;  mais  pour  les  nefz 
dessusdittes  de  soixante  à  quatrevins  bottes,  n'y  a  parfondeur 
n'entrée  nulle  scëure  \synon  ainsy  comme  on  y  vient  devers 
Baruth  au  long  des  terres.  Et  celle  est  la  plus  saine  entrée, 
laquelle  siet  ainsy  comme  on  y  arrive  parmy  zuut,  et  sont 
lesdittes  roches  assez  loings  l'une  de  l'autre.  —  Item,  est 
ledit  port,  entre  la  ville  et  lesdittes  roches  très-grand  et  long 
et  a  bien  cincq  à  six  milles  de  tour. 


Port  pour  grosses  nefs, 
a  Sur  ». 


Item,  quant  grosses  naves,  de  quatre  ou  cincq  ou 
six  ou  sept  ou  huit  cens  ou  de  milles  bottes,  viennent 
à  Sur,  elles  sourgent  toutes  en  la  mer  au  dehors  des- 
dittes  roches.  Là  y  a  il  bon  fons  et  bon  port  pour  tous 
gros  navire,  par  les  terres  de  devers  Baruth,  d'un  costé, 
et  la  ville  de  l'autre,  qui  leur  donnent  abril  contre 
pluisieurs  vens,  mais  pour  icelles  grosses  nefz  n'est  pas  lieu 
pour  y  gaires  séjourner,  pour  les  fors  vens  de  west,  de 
noord-west  et  de  noord  qui  leur  pourroient  nuyre.  — 
Item,  est  à  sçavoir  que  pour  galliottes  et 3  autres  petis 
navires,  mendres  que  de  galées,  il  y  a  encores  entre  ledit 
port 4  ung  autre  plus  petit  port  très  bel,  tout  ront,  lequel  est 


1  N'y  at  profondeur  ne  aulcune  entrée  sëure  (A). 

*  Notre  ms.  ne   fait  pas  de  chapitre  ici  :  Les  ms.  A  et  W  sont 
d'accord  pour  en  faire  un.  J'ai  adopté  cette  version. 

5  Galiottes,  lins  et  (A  et  W). 

*  Entre  le  dict  port  des  roches  (A). 


1421-1425.  ET   AMBASSADES.  149 

encloz  de  la  fermeté  de  la  ville.  Et  non  obstant  ce  que  la 
fermeté  soit  assez  déchëue,  sy  n'y  peuvent  entrer  nulles 
fustes  sy  non  par  une  petite  entrée  d  une  bouche  mendre 
que  pour  logier  deux  galées,  laquelle  est  platte  d'eaue.  Et 
y  a  une  tour  quarrée,  petite,  à  l'un  des  lez  de  la  bouche,  et 
le  mur  à  l'autre  lez.  —  Item,  il  y  avoit  quant  je  y  fus  une 
petite  fustelette  armée  x  comme  une  galiotte 2,  et  y  en  faisoit 
l'admirai  faire  deux  ou  trois  noeufves. 


Cy  après  s'ensieut  la  forme  de  la  ville 
de  Sur  3. 


Il  y  a  à  Sur  une  terre  toute  ronde  qui  se  boutte  en  la  mer, 
et  ne  s'en  fault  mie  une  mille  que  ce  soit  une  isle  enclose 
de  mer.  Et  là  sus  fut  fondée  jadis  la  belle  et  grant  cité  de 
Sur,  et  toutes  les  tours  4  d'environ,  dedens  la  mer.  Et  devers 
les  champs,  estoit 5  fermée  en  icelle,  mille  de  large,  de  deux 
paires  de  beaux  murs,  à  grosses  tours  moult  belles,  et  trois 
paires  de  fossez  sans  eaue,  dont  les  deux  paires  les  plus 
prouchains  des  murs  estoient  cuiriez  à  plomb  très  richement. 
Et  fut  icelle  ville,  du  temps  des  Cristiens,  édiffiée  d'esglises 
grandes,  de  pallais  et  plaine  de  maisons  riches,  haultes  et 
belles,  toutes  de  franche  pierre  tailliée,  comme  en  Acre,  mais, 


4  L'édition  Serrure  a  lu  :  d'arrivée.    Notre   ms.    et   le  ms.  A  sont 
d'accord    avec  l'édition  Webb. 
*  Comme  fort  galiotte  (A). 

3  CKest  la  fourme  de  la  ville  de  Sur  (A  et  W). 

4  Et  tous  les  murs  (W).  —  Les  murs  d'entour  (A). 

5  Estoient.  (Edit.  S.) 


150  voyages  1421-1423. 

quant  elle  fut  reprinse  des  Sarrasins,  elle  fut  toute  abatue,  les 
combles,  les  édefices  et  tous  les  murs,  grosses  tours,  minées 
comme  en  Acre,  dont  les  fossez,  par  les  édefices  qui  furent 
dedens  abatus,  en  furent  fort  remplis  devers  les  champs, 
sy  que  à  présent  elle  est  toute  désolée,  excepté  la  fondacion 
sur  la  mer  entourqui  encores  est  très  belle.  Et  y  a  pluisieurs 
maisons  à  belles  caves  \  légières  à  reédefier.  Et  fut  Sur  la 
ville  où  jadis  les  rois  de  Suriese  souloient 2  couronner  devant 
deux  très  grosses  tables3  de  marbre,  qui  sëoient  en  une 
grande  esglise,  qui  à  présent  sont  abatues  en  terre,  et  l'es- 
glise  aussy.  —  Item,  n'y  a  en  la  ville  de  Sur  nulles 
rivières,  mais  il  y  a  deux  ou  trois  cysternes  et  pluisieurs 
puichz,  non  paa  de  trop  bonne  eaue,  et,  vers  les  champs, 
il  y  a  une  belle  et  bonne  fontaine  dedens  les  fossez.  —  Item, 
au  dehors  de  Sur,  quatre  milles  sur  les  champs,  vers  les 
montaignes,  il  y  a  une  très  grant  habondant  fontaine, 
faitte  moult  richement,  ouvrée  de  marbre,  que  jadis  fist 
faire  Salomon  *,  laquelle  du  temps  des  Cristiens  couroit  par 
conduitz  et  abeuvroit  la  ville,  mais  à  présent  les  conduis 
sont  rompus.  —  Item,  à  une  mille,  à  l'autre  lez,  devers 
Sayette  5,  il  y  a  une  autre  grande  et  belle  fontaine  sour- 
gissant 6. —  Item,  est  le  pais  d'entour  bon  à  labeur,  et  y  a 
par  usance  habondance  de  blez  et  de  cottons.  Et  est  à 
sçavoir  que,  depuis  Acre  jusques  à  Sur,  et  de  Sur  au  long 


1  Serrure  lit  encore  :  eaues,  pour  caves.  Webb  est  d'accord  avec 
nos  mss . 
s  Vouloient  (Éd.  S).  C'est  une  erreur. 
3  Piliers  (W). 
*  Que  jadis  fist  Salomon  (A). 

5  Le  Kâssinijé,  l'ancien  Leontes. 

6  A  omet  le  mot  :  sourgissant. 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  151 

de  la  coste  de  la  mer  jusques  à  Sayette,  quatre  ou  cincq 
milles  de  parfont  en  terre,  est  l  presque  toute  plaine  bien 
labourée.  Et  oultre  sont  toutes  montaignes  haultes  où  il  y 
a  pluisieurs  villaiges  et  forteresses,  telles  quelles,  et  sont 
habitées  et  plaines  de  gens  de  deffence  et  de  chevaulz.  — 
Item,  à  cincq  milles  de  Sur,  à  l'autre  lez,  vers  Sayette,  il 
y  a  une  moult  belle  rivière,  clère  et  parfonde,  près  autant 
large  comme  le  Lys,  nommée  Cassenne  2,  qui  des  mon- 
taignes va  chëoir  en  ce  lieu  là,  et  la  passe  on  3  au  pont.  — 
Item,  y  a  pluisieurs  autres  petis  rieux  de  eaue  doulce  entre 
Sur  et  Sayette.  —  Item,  a  esté  la  ville  de  Sur  toute  des- 
habitée depuis  qu  elle  fut  ainsy  abatue,  jusques  à  l'an  mille 
quatre  cens  et  vingt  et  ung,  que  ung  grant  admirai  nommé 
Elboé  4,  bon  Sarrasin,  le  commensça  à  faire  réhabiter.  Et 
y  avoit,  quant  je  y  passay,  bien  trois  cens  mesnaiges,  qui 
pou  y  repairoient,  car  la  ville  a  bien  huit  milles  de  tour.  — 
Item,  est  sans  comparoison  le  pais  d'environ  Sur  plus  bel 5, 
plus  sain  et  y  a  de  meillieures  yaues  que  autour  d'Acre,  et 
seroit  chose  notable  qu'elle  fustrepoeupléeetréhabitée, 6  mais 
il  y  fauldroit  puissance  de  gens  et  grant  espace  de  temps. 


*  Le  verbe  est  a  été  omis  dans  l'édition  W. 

2  Casseniie  (W).  Saïda,   l'ancienne   Sidon,   sur  la  côte,    un  peu  au 
sud  de  Beirouth. 

3  Et  là  le  passe  (W). 

4  Ebboé  (W). 

5  Le  pays  d'entourne,  plus  bel  (A). 

*  Et  seroit  notable  chose  à  le  réhabiter  (A). 


152  voyages  1421-1425. 


Cy  après  sensieut  la  visitacion  de  Sayette.  l 

Sayette  siet  en  la  coste  de  Surie  sur  la  mer,  à  vingt  milles 
près  de  Sur  par  mer  et  autant  par  terre.  Et  y  a,  du  costé  de 
devers  Baruth,  une  bonne  mille  arrière  de  la  ville  et  de 
la  terre,  une  grande  et  longue  roche,  qui  plainement  se 
moustre  hors  de  la  mer,  laquelle,  avecq  une  autre  petite 
islette,  séant,  toute  ronde,  de  ce  costé,  au  ject  d'une  pierre 
des  murs  de  la  ville,  font  le  port  de  Sayette.  Et  de  celle 
islette jusques  à  une  assez  grosse  tour,  très  ronde,  séant 2  sur 
terre  ferme,  au  bout  des  murs  de  la  ville,  d'icelle  bende,  il 
y  a  ung  pont  de  pierre,  ouvré  par  arches,  sur  quoy  on  va 
desdis  murs  à  l'islette.  Et  souloit  estre  une  retraitte  qui 
à  présent  est  de  pou  de  valeur. 


Cy  s'ensieut  après,  la  forme  3  du  port 
de  Sayette. 


Item,  est  le  port  de  Sayette  grant  et  assez  bon  pour  tout 
moyen  navire,  et  y  a  fons  assez  pour  naves  de  quatre  à  cincq 
cens  bottes,  mais  ledit  port  est  fort  découvert  pour  les  vens 
fortunaux  de  noord-ost  et  de  noord-noord-ost.  Et  est  l'entrée 
d'icelui  port  large  de  une  mille  ou  plus,  et  siet,  ainsy  comme 
on  y  arrive  par  mer,  parmy  zuut-west,  devers  la  bende  de 


*  Sahid.  Voir  plus  haut,  p.  114,  note  7. 
1  Séant  du  confin,  etc.  (A). 
*Ch'e$t  la  forme  (W). 


1421-1425.  ET   AMBASSADES.  155 

Baruth. — Item,  il  y  a,  droit  au  front !  devant  la  ville,  devers 
la  mer,  ung  autre  petit  plat  port2  pour  petites  fustelettes,3 
comme  petites  galiotes  et  barques,  lequel  est  fait  à  la  main, 
comme  il  samble.  Et  est  enclos,  devers  la  bende  de  Sur  de 
grosses  pierres,  et  de  l'autre  costé,  par  devers  Baruth,  il 
s'afachonne  et  est  fait  et  cloz  de  laditte  ronde  islette,  et  siet 
la  bouche  d'iceluy,  ainsi  comme  on  y  arrive,  parmy  zuut. 


CY  APRÈS  S  ENSIEUT   LA  FORME  4  DE  LA  VILLE 
DE  SAYETTE. 

Item,  est  Sayette  ville  fermée,  très  petite,  assez  bien 
édefiée  de  maisons  basses,  toutes  de  pierres  grises,  située  bas 
sur  ces  deux  pors,  comme  onpeultvëoirpar  exemple 5,  et  n'y 
a  que  ung  sengle6  mur  bas  en  toute  la  fermeté,  devers  la  mer, 
avecq  aucunes  meschans  petites  tourettes,  excepté  la  tour 
cornière,  vers  Baruth  dessusdit,  qui  est  belle  assez.  Et,  de 
la  bande  des  champs,  il  y  a  en  manière  de  deux  murs  mal 
emparez,  bas  et  meschans,  et  ung  seul  petit  meschant  plat 
fossé,  sans  eaue,  à  moitié  remply  en  aucuns  lieux  des 
maisons  qui  par  dessus  les  murs  y  sont  chëues  et  des 
ordures  7  de  la  ville  que  on  y  jette.  Et  est  à  sçavoir  que  les 
premiers  murs  ne  sont  synon  maisons  de   pierre   tenans 


*  Au  droit  front  (A). 

•  Port  plat  (W). 

8  Fustes  et  fragattes  (A). 

4  Ch'est  la  forme,  etc.  (A  et  W). 

5  Encore  la  carte. 

6  Saingle  (W).  Simple  (A). 
1  Ordines(W). 

VOY.   ET  AMB.  |Q 


154  voyages  4421-1423. 

ensamble,  qui  font  la  fermeté  avecq  deux  ou  trois  petites 
tourelles  meschantes,  mal  emparées,  qu'il  y  a.  Et  le  second 
mur  pareillement  est  fait  de  maisons  tenans  enssamble.  Et 
entre  ces  maisons  et  les  murs,  est  ainsy  comme  à  manière  * 
d'une  rue.  Et  là,  vers  les  champs,  il  n'y  a  nulz  huis  aux 
portes,  mais  sont  les  entrées  assez  fortes,  mais  le  lez  vers 
les  champs  est  très  foeble.  —  Item,  vers  les  champs,  à 
l'autre  bout  de  la  ville,  vers  le  costé  de  Sur,  assez  près 
de  la  mer,  il  y  a  une  montaignette  de  terre  assez  haulte, 
fermée  de  meschans  murs,  bas  et  déchëus,  entour,  et  une 
povre  basse  tourelle  quarrée  dedens,  qui  descoeuvre  le  port 
et  la  ville,  et  est  à  manière  d'un  chastel 2,  et  vont  les  deux 
murs  de  la  ville  en  bas  d'un  costé  et  d'autre  en  montant 
jusques  aux  murs  de  la  fermeté  du  chastel  d'en  hault.  — 
Item,  est  à  sçavoir  que  la  ville  de  Sayette  et  la  montaignette 
au  chastel  sont  assis  sur  une  terre  à  manière  de  montaigne, 
grande  et  ronde  entour,  et  semble  que  jadis  la  fermeté  de 
la  ville  sy  vint 3  jusques  au  descendant  d'icelle. —  Item,  est 
à  sçavoir  que,  aux  portes  qui  vont  sur  la  mer,  il  y  a  huis 
qui  se  ferment  de  nuit,  et  y  a  pluisieurs  autres  entrées  sans 
portes  qui  ne  se  ferment  point,  mais  sont  estroittes  et  assez 
fortes.  Et  sont  les  murs  et  tours  vers  la  mer  mieulx  emparez 
que  ceulx  vers  les  champs,  et  y  fait  plus  fort  aussi,  pour  le 
petit  port  qui  est  droit  devant,  où  autres  navires  que 
barques  ne  peuvent  entrer.  —  Item,  en  la  ville  de  Sayette 
n'y  a  cisterne,  ne  autre  eaue  que  de  puichz  et  encores  n'en 
y  a  il  pas  largement,  mais  hors  de  la  ville,  à  une  mille 
près  d'icelle,  sur  la  mer,  sur  les  champs,  alant  vers  Baruth, 


4  Et  une  manière  (A). 

2  C'est  en  manière  de  chastel  (A). 

s  S'en  vint  (A). 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  155 

y  a  une  petite  rivière  de  montaignes  de  bonne  eaue,  et  es 
villaiges  autour  aussy  y  a  il  par  raison  éaue.  —  Item, 
autour  de  Sayette,  il  y  a  ung  peu  de  plaine  *  et  y  a  oliviers, 
figuiers  et  autres  arbres,  assez  largement,  et  y  a  de  beaulz 
villaiges,  édefiez  de  bonne  pierre,  et  de  *  bonne  labour  de 
blez  et  cottons  par  raison,  et  oultre  celle  plaine,  sont  mon- 
taignes grosses  où  il  y  a,  par  oïr  dire,  demourant  grant 
poeuple,  eaue  assez  et  bon  païs.  —  Item,  alant  de  Sayette 
à  Baruth,  on  treuve3  trois  ou  quatre  rieux  que  petites  riviè- 
re ttes,  et  y  a  chemin  mauvais  et  pierreux  4  et  païs  de 
montaigne  sans  labeur,  excepté  à  quatre  ou  à  six  milles 
près  de  Baruth,  qu'il  y  a  plain  païs  et  ung  très  beau  grant 
bos  de  sappins,  vignes  et  oliviers,  qui  vers  là  commencent 
et  durent  jusques  à  la  ville  de  Baruth  devantditte. 


cy  après  s'ensieut   la    visitacion  5,  du   port  de  la 
ville  de  Baruth  6. 

Baruth  siet  en  la  coste  de  Surie,  sur  la  mer,  à  vingt  six  7       ( 
milles  de  Sayette  par  mer  et  par  terre8,  et  est  bonne  ville  et 
bien  marchande,  non  fermée,   édiffiée  de  maisons  de  belle 
pierre  tailliée,  appartenant  au  Soudan,  et  fut  jadis,  du  temps 


1  Palmes  (A); 

•  L'éd.  Webb  supprime  ici  la  particule  de. 

8  Tienne  (Ed.  Serrure).  Les  trois  mss.  portent  :  treuve. 

*  Mal  chemin  pierreux  (A). 

6  Ck'est  la  Visitation,  etc.  (A  et  W). 

6  Beirouth,  grande  ville  sur  la  côte  de  la  mer  du  Levant. 

1  XXV  (W). 

8  Et  autant  par  terre  (A). 


156  voyages  .      4421-1425. 

des  Cristiens,  très  grosse  ville  fermée,  mais  à  présent  est 
ainsy1  diminuée, combien  qu'elle  soit  habitée,  avec  les  Sarra- 
sins, de  grand  nombre  de  marchans 2  Cristiens,  comme  Venis- 
siens,  Gênenois 3,  Grégeois4  etautres.Et  est àsçavoir  que  au- 
dit lieu  de  Baruth,y  a  deux  chateaulz  bons  5,  assis  sur  la  mer, 
l'un  àungdes  lez  du  port  et  l'autre  à  l'autre  lez  du  port.  Etrest 
celui  dedens  le  plus  grant  comme  la  maison  6  où  l'admirai 
demeure  et  n'est  pas  fort  ne  gardé  de  personne,  ains  seroit 
habandonné  se  riens  de  puissance  venoit7.Et  l'autre,  à  l'autre 
lez  du  port,  vers  la  Turquie  et  vers  Tripoly,  'est  ung  petit 
chastelet,  assis  sur  une  roche  8  fondée  en  la  mer  du  lez  de  la 
marine,  et  du  lez  vers  les  champs  est  assis  en  terre  ferme 
bonne  à  miner.  Et  là  entour  y  a  doubles  fossez,  sans  eaue, 
mais  vers  la  mer  n'y  a  fors  le  mur  et  la  roche  dessoubz9,qui 
est  haulte  et  roiste  assez10. Et  est  à  sçavoir,  en  conclusion  du- 
dit  chastel  que  ce  ne  sont  que  deux  tours  quarrées  encloses 
de  murs,  l'une  sur  la  roche  ditte  et  l'autre  sur  les  champs 
plus  arrière,  dont  en   l'une  ne  en  l'autre,  n'y  a  guaires  de 
beauté  ne  de  bonté,  fors  tant  qu'elles  sont  gardées  de  Sar- 
rasins contre  Cristiens  ll.  —  Item,  est  ledit  chastel  assis 
hault  et  vers  la  mer  et  vers  les  champs,  et  y  a  une  entrée 


1  Aussy'(A). 

*  Toutefois  il  j  a  grant  foison  de  marchans,  etc.  (A). 

5  Genevois  selon  l'éd.  W.  Erreur  déjà  signalée  plus  haut. 

*  Vénitiens,  Génois,  Grecs. 
5  Tous  deux(W). 

8  Comme  maison  (A  et  W)- 

7  Venoit  devant  (A). 

8  Roste  roche  (A  et  W). 

*  De  dessoubz  (A) . 

10  Et  roste  assis  (mauvaise  version  de  redit.  Webb). 
"  Contregardée  de  Sarrasins  (W)- 


1421-1425.  ET    AMBASSADES.  157 

assez  forte  vers  la  ville  de  Baruth,  mais  n'est  pas  bien 
emparée  et  samble  que  on  n'en  fait  guaires  de  compte. 
—  Item,  au  dessoubz  dudit  chastel,  plus  près  de  la  ville  de 
Baruth,  bas  sur  la  mer,  en  lieu  plat,  y  a  une  autre  petite 
tour  quarrée,  assez  bonne,  laquelle  est  emparée  et  gardée  ; 
et  font  les  Mores,  de  nuyt,  en  deux  lieux,  le  guait,  espécia- 
lement  *pour  la  garde  du  port  et  delà  ville,  l'un  en  icelle  tour 
et  l'autre  sur  une  tour  dudit  chastel,  atout  gros  tambours  ; 
quant  l'un  sonne,  l'autre  lui  respond,  et  font 2  trois  guetz  la 
nuyt,  ceux  du  premier  guait  sonnent  ung  cop,  ceulz  du 
second  guet  sonnent  deux  cops  et  ceulz  du  tiers  sonnent 
trois  cops. — Item,  est  la  ville  de  Baruth  mal  garnie  d'eaue 
doulce,  mais  à  deux  milles  près  d'icelle,  alant  à  3  Tripoly,  par 
terre,  assez  près  de  la  marine,  est  le  lieu  où  saint  George 
tua  le  serpent,  ouquel  lieu  a  une  chapelette.  Et  assez  près 
de  là,  y  a  une  rivière  de  bonne  eaue  doulce  venans  de 4  mon- 
taignes  qui  va  là  chëoir  en  la  mer.  Et  est  à  sçavoir  que 
autour  de  Baruth  y  a  beaulz  gardinaiges  et  tous  bons  fruits 
et  abondance  de  sappins,  espécialement  à  quatre  milles  de  la 
ville  vers  Sayette,  et  de  là  en  alant  à  Damasq,  il  y  a  molt 
crueux  chemin  de  montaignes  et  valées  sèches  et  povres  de 
labeur,  combien  que,  d'une  bende  et  d'autre  du  chemin,  il 
y  a  villaiges  aucuns  et  fontaines  de  roches  assez  par  raison. 
Et  droit  en  mylieu  du  chemin,  entre  Baruth  et  Damasq,  il  y 
a  une  belle  plaine  très  bien  labourée,  large  de  quatre  lieues 
et  longue  à  merveilles,  assise  entre  deux  montaignes,  ou 
mylieu  de  laquelle  coeurt  une  belle  rivière  d'eaue  doulce 


1  En  pluisieurs  lieux  guait  espécial  (A). 

2  Notre  ms.  dit  :  sont.  J'ai  préféré  la  version  A  et  W. 
■  Vers  (A  et  W). 

*  Venante  des  (A). 


158  voyages  1421-1425. 

qui  s'espart  en  pluisieurs  ruisseaulz  *.  — Item,  y  a  audit 
lieu  de  Baruth,  une  raille  ou  deux  parfont  en  la  mer,  bon 
sourgissoir  pour  tous  gros  navires,  galées  et  plates  fustes, 
mais  n'est  mie  le  port  scëur  pour  tous  vens,  car  noord  et 
noord-west  y  font  moult  de  mal  l'y  ver.  Et  en  approuchant 
la  terre  à  demye  mille,  est  ledit  port 2  plat,  et  fault  les 
galées  demourer  3  assez  loingsduditsurgissoir  qui  est  moult 
grant,  car  on  y  peut  entrer  de  tous  lez.  Et  n'est,  à  dire 
au  vray,  fors  que  pelaige  4.  Et  est  à  sçavoir  que,  oultre 
ledit  lieu  de  Baruth,  vers  Tripoly,  la  mer  se  boute  moult 
parfont  en  terre  comme  feroit  unglacq,mais  là  fait  il  plat5 
à  merveilles.  —  Item,  est  Baruth  le  droit  port  de  toutes 
les  marchandises  qui  vont  et  viennent  à  la  cité  de  Damasq 
et  est  à  deux  journées  de  Damasq  par  terre. 


CY  APRÈS  s'ENSIEUT  LA  6  VISITACION  DE  DAMASQ  7, 
EN   BRIEF. 


Damasq  siet  au  dessoubz  d'une  haulte  raontaigne,  déserte 
de  labeurs,  en  l'une  des  plus  belles  plaines  du  monde,  moult 
bien  labourée  et  moult  fructueuse,    entre    gardins  non 


*  L'édition  Webb  ouvre  ici  un  nouveau  chapitre  intitulé  :  CICest 
la  forme  du  port  de  Barut. 

5  Moult  plat  (W). 

s  Et  fault  que  les  galées  demourent  (A). 

*  Palage(W). 

5  Mais  là  fault,  c'est  qu'il  est  plat,  etc.  (A). 

6  CVest  la,  etc.  (A  et  W). 

7  Damas. 


1421-1425.  ET   AMBASSADES  159 

pareilz  de  beauté  et  de  tous  fruis  délitans  l  plus  qu'en  nulz 
autres  gardins.  Et  est  avironnée  dedens  et  dehors  de  rivié- 
rettes  et  des  meilleures  eaues  du  monde  en  grant  habon- 
dance,  mais  n'y  a  nulle  grosse  rivière 2.  Et  est  laditte  ville 
moult  fort,  fermée  de  doubles  murs  et  de  belles  tours,  toutes 
à  terrasse,  et  les  fossez  autour  cuiriez  sans  eaue,  et  est 
grande  de  deux  lieues  de  tour,  et  est  plus  longue  que  largue, 
située  3sur  terre  bonne  à  miner. Et  fut  toute  arse  du  temps 
du  Tambur  \  qui  fut  l'an  passé  a  vingt  et  deux  ans  5,  mais 
très  fort  se  recommence  à  restorer  et  réédefier.  Et  y  a 
très  beau  chastel  assez  bas  en  la  ville,  bien  fermé  de 
sèngles  murs  et  de  belles  tours.  Et  y  queurt  une  riviérette 
autour  des  murs,  d'un  costé,  mais  ô  d'autre  costé  y  a  bien 
peu  d'eau e  es  fossez  qui  sont  tous  quiriez  autour  ;  et  en  celle 
ville  de  Damasq  y  a  ung  roy  admirai,  subget  au  Soudan 
de  Babilonne,  qui  a  tousjours  grant  nombre  d'esclaves  de 
Turquemans,  d'Arrabes  et  de  Sarrasins  bien  montez  et 
gens  de  guerre  des  meillieurs  de  Surie. 


1  Fruis  délicatz  (A). 

2  Nulles  grosses  rivières  (Èdit.  S).  Grandes  rivières  (A). 

3  Et  est  assise  (A  et  W). 

4  Timour-Leng,  Timour  le  boiteux  ;  vulgairement,  pour  les  peuples 
latins,  Tamerlan. 

s  Tanbur,  l'an  passé  XXII  ans  (A  et  W). 
6  Et  (W). 


160  voyages  1421-1425. 


Grèce  ou  destroit  de  Rommenie 


Galipoly  est  située  ou  destroit  de  Rommenie,  sur  la 
Grèce,  et  est  ville  très  grande,  non  fermée,  et  y  a  ung 
chastel  assis  assez  près  de  la  mer,  quarré,  à  huit  petites 
tours,  et  sont  fondées  sur  haultes  douves, 3  quiriez  en  quar- 
rure.  Et  sont  les  fossez  d'entour  par  devers  la  terre,  haulz, 
sans  eaue,  comme  il  samble,  et  ceulz  par  devers  4  la  mer 
sont  bas  et  y  a  de  leaue.  Et  droit  dessoubz  le  chastel,  sur 
la  mer,  y  a  ung  bon  petit  port  pour  gallées  et  pour  toutes 
petittes  fustes.  Et,  pour  celui  port  garder,  y  a  une  très 
belle  grosse  tour  quarrée  sur  la  rive  de  la  mer,  tout  bas 
sur  5  la  terre  ferme,  vers  le  chastel.  Et  d'autre  bende,  y  a 
ung  mur,  fait  en  la  mer,  qui  clôt  ledit  port  avec  aucuns 
longs  peulz  6  et  moyennant  lesdis  peulz  n'y  remaint  fors  7 
une  petite  entrée  par  où  les  galées  entrent  et  n'y  a  point  de 
chaienne.  —  Item,  y  avoit  oudit  port,   quant  je  y  passay  8, 


*  CKest  la  Visitation  du  port  et  chastel  de  Galipoli,  etc.  (W). 

2  Le  détroit  des  Dardanelles. 

3  Dounes  (Ed.  Serrure). 

*  De  devers  (A). 

5  Le  mot  sur  manque  à  l'édition  anglaise. 

6  Peulz  :  pieux. 
1  Sinon  (A). 

8  Quant  je  y  passai  (W).  L'auteur  qui  jusqu'ici  a  parlé  à  la  3e  per- 
sonne, prend  pour  la  première  fois  la  parole  dans  le  ms.  de  la 
Bib.  Bodléienne. 


1421-1423.  ET   AMBASSADES.  101 

quatre  galées  et  moult  grant  nombre  de  petis  vaisseaulz 
passaigiers  et  petites  fustes.  Et  y  ont  les  Turcqs  communé- 
ment tous  leurs  plus  grans  povoirs  de  galées  et  de  fustes 
plus  qu'ilz  n'ont 1  nulle  part  aillieurs.  —  Item,  droit  à  l'op- 
posite  dudit  Galipoly,  entre  la  mer  appellée  le  destroit  de 
Rommenie,  sur  la  Turquie,  y  a  une  très  belle  tour  2  où  les 
Turcs  font  communément  le  3  passaige  de  l'un  païs  à  l'au- 
tre. Et  est  en  ce  lieu  là  la  mer  estroite  environ  de  trois  à 
quatre  milles  de  large.  Et  qui  auroit  ledit  chastel  et  port, 
les  Turcs  n'auroient  nul  scëur  passaige  plus  de  l'un  à  l'au- 
tre et  seroit  leur  pays  qu'ilz  ont  en  Grèce  comme  perdu 4  et 
deffect.  —  Item,  y  a,  de  Constantinoble  à  Galipoly,  cent  et 
cincquante  milles,  et  y  a  devant  ledit  Gallipoly,  lieu,  mer 
et  fons  assez  scëur  5et  compétent  à  sourdre  6  et  mettre  l'an- 
chre  pour  grosses  naves  non  obstant  ce  qu'il  n'y  aye  pas 
droit  port  pour  icelles  7. 


L'an  vingt  et  trois,  moy  revenu  de  mon  dessusdit  voyaige, 
alay  à  Londres,  devers  le  jeune  roy  d'Angleterre,  faire 
mon  rapport  de  la  charge  que  me  avoit  baillie  le  feu  roy 


*  Qu'ilz  ayent  (A). 

1  C'est  le  Château  d'Asie. 
3  Leur  (A  et  W). 

*  En  grand  dangier  comme  perdu  (A). 

*  Une  lieue  en  mer,  fonds  assez  scëur  (A). 

*  S'enradre  (W). 

7  Ici  s'arrête  le  manuscrit  de  la  bib.  Bodléienne  publié  par 
M.Webb.  C'est  ici  aussi  que  finissent  les  Rapports  de  Ghillebert  sur  sa 
reconnaissance  militaire  en  Syrie. 


162  voyages  1421-1423. 

d'Angleterre,  son  père.  Et  lui  rapportay,  et  à  son  conseil, 
Torloge  d'or  que  je  dévoie  présenter  de  par  ledit  roy  son 
père,  au  grant  Turcq.  Et  me  donna  le  roy  au  partir  trois 
cens  nobles  et  paya  tous  mes  despens. 


S'ensieuvent  les  guerres  de  Hollande 


L'an  vingt  et  six  2  fus  en  la  première  armée  que  monsei- 
gneur le  duc  fist  en  Hollande  contre  madame  de  Hollande 3, 
et  ses  aliez.  Et  me  fist  mondit  seigneur  capitaine  de 
Rotredam,  soubz  moy  deux  cens  combatans,  où  nous 
eusmes  une  aventure  de  la  commune  4  de  la  ville  qui  s'es- 
meut  contre  nous  et  se  mirent  en  armes  pour  nous  envahir5, 
mais  par  la  grâce  de  Dieu  n'y  eut  nully  tué 6,  car  laditte 
commune  se  retray  chascun  en  son  hostel  7  par  8  l'admon- 
nestement  d'un  bon  curé  qui  se  revesty  des  aournemens 


'  Le  ms.  A,  fidèle  à  son  procédé,  ouvre  ici  une  nouvelle  division 
avec  un  titre  que  je  lui  emprunte. 

2  L'an  raille  quatre  cents  vingte  six  (A). 
5  Jacqueline  de  Bavière. 

4  Par  le  commung  (A). 

5  Contre  nous  et  tout  en  armes  (A). 

6  Blessié  (A). 

7  Ceulx  de  la  ville  soi  retraïrent  chascung  en  leurs  maisons  (A). 
•  Pour  (Édit.  Serrure). 


104  voyages  1421-1423. 

ecclesiasticques  et  apporta  le  Corpus  Domini  entre  nous  et 
laditte  commune  \  Et,  en  retournant  en2  l'ostel  de  monsei- 
gneur le  duc  audit  Rotredam,  ou  la  pluspart  de  nous 
estions  logiez,  le  pont  rompy  et  chè'urent  dedens  la  rivière 
environ  trente 3  hommes  d  armes  de  noz  gens,  mais  il  n'y 
eut  personne  noyet. 


L'an  vingt  et  sept,  fus  en  la  seconde  armée  de  Hollande, 
et  le  vingt  et  quatrième  jour  de  jenvier  fus  avecq  mondit 
seigneur  le  duc  en  la  bataille  de  Broudeeshams  4,  où  il  y 
eut  vingt  et  six  cens  Englés  desconfis,  dont  le  seigneur  de 
Flicbatre  5  estoit  capitaine,  qui  s'enfuy  et  environ  de  trois 
cens  Angles  avecq  lui,  et  les  autres  furent  tous  mors  ou 
prins. 


L'an  vingt  et  huit6,  le  deuxièmejour  de  jenvier,  partant 
de  l'Escluse  me  envoya  mondit  seigneur  le  duc  en  amba- 
xade,  pour  le  fait  des  Housses  \  en  Hongrie,  devers  le  roy 


1  Entre  le  commung  et  nous  (A). 

*  Au  retourner  dedens  (A). 

3  Dedens  bien  trente,  etc.  (A). 

4  Brouwershaven,  dans  l'île  de  Schouwen,  eu   Zélande.  Le  ms.  A 
écrit  Brou,  et  laisse  la  fin  du  mot  en  blanc. 

•  Fitz-Waiter.  —  Frelattre  (A). 

6  L'an  mille  quatre  cents,  etc.  (A). 
'  Les  hussites. 


1421-1425.  ET  AMBASSADES.  165 

des  Rommains,  roy  de  Béhaigne  l  et  de  Hongrie,  et  devers 
le    duc    Aubert    d'Ostrice   2  et   devers   les   esliseurs   de 
l'Empire.  Ouquel  voiage    demouray  quatre  mois.    Passay 
par  Brabant,   par  Julliers,    par  Coulongne  3,   par  Bach- 
karth  4,  ville  fermée,  au  duc  5  Palatin  ,  par  Mayence, 
par   Francfort,    par   Nieustacq   au  6  marquis    de   Bran- 
debourg, par  Reyghezebourg  *,  ville  fermée  et    éveschyet, 
et  est  Bavière,    et  y  passe-on  la   Dunoe  8.    Passay  par 
Paisse 9,   ville  fermée   et  deux   chasteaulz,    assis  sur  la 
Dunoue,   appartenant  au   duc   Aubert    d'Ostrice   10,    par 
Brouchk11,  ville  fermée  sur  la  rivière  de  Larten  12,par  Altent- 
bourg  l5,  villaige  et  chastel  sur  laditte  rivière  et  est  au  roy 
de  Hongrie I4 .  De  là  à  Boudes l5,  ville I6  fermée  sur  la  Dunoue  ", 

1  Bohème. 

•  Autriche. 
a  Cologne. 

*  Bacharach,  au-dessous  du  Bingerloch  ou  défilé  deBingen,  entre 
Coblence  et  Mayence. 

B  Au  comte  (A). 

6  Nyeustadt,  appartenant  au,  etc.  (A). 

1  Reuchezebourg  (A).  Ratisbonne,  en  allemand  Regensburg. 

8  La  Danube  (A).  Le  Danube,  en  allemand  Donau. 

9  Passau ,  à  la  frontière  de  la  Bavière  et  de  l'Autriche. 

10  Cette  phrase  est  rédigée  ainsi  dans  le  ms.  A  :  Et  alors  passay 
par  Linthes,  évesquié,  ville  fermée,  et  y  a  deux  chasteaux  assis  sur  la 
Danube,  au  ducque  Albert  d'Austrice. 

41  Bruck,  sur  la  Leitha,  au  S-E.  de  Vienne. 

*2  Notre  ras.  porte  :  la  rivière  de  rieu.  J'ai  préféré  la  version  A  qui 
donne  un  nom  à  ce  rieu. 

"  Altenburg,  entre  Presbourg  et  Raab. 

•*  Sur  laditte  rivière  du  rieu  de  Hongrie  qui  est  au  roy  (A  ). 

«•  Buda-Pesth. 

"  Belle  ville  (A). 

17  Sur  la  Dutonne  (A). 


466  voyages  1421-1423. 

où  je  trouvay  le  roy  de  Hongrie,  l'empereur  Sigismond, 
auquel  je  fis  mon  ambaxade  comme  j'avoie  de  charge,  lequel 
revenoit  de  la  guerre  de  Turquie.  Et  me  fist  cest  honneur 
que  par  ung  jour  sollempnel  me  fist  porter  l'espée  devant 
luy.  De  là  remontay  à  Vienne  en  Osterice,  où  je  trouvay  le 
duc  Aubert  d'Osterice,  auquel  je  fis  mon  ambaxade  comme 
j'avoye  de  charge,  et  me  donna  au  partir  une  couppe  d'ar- 
gent dorée.  Et  de  là,  m'en  revins  à  Mayence,  où  je  trouvay 
l'archevesque  auquel  je  fis  pareillement  mon  ambaxade,  et 
me  donna  au  partir  ung  cheval  celle  et  harnaschié l  à  la  mode 
du  pais.  De  là,  je  alay  devers  les  autres  esliseurs  de  l'Em- 
pire ausquelz  je  fis  2  ce  que  j'avoie  de  charge,  et  puis  m'en 
revins,  par  Coulongne  3,  devers  mondit  seigneur. 

L'an  vingt  et  neuf4,  publia  monseigneur  le  duc  Philippe 
de  Bourgongne  son  ordre  de  la  thoison,  où  il  me  fist  hon- 
neur de  moy  eslire,  l'un  des  vingt  et  cincq. 


LE   VOYA1GE   DU   TRAU    SAINT-PATRICE   5. 

L'an  mille  quatre  cens  et  trente,  le  quatrième  jour  de 
mars,  je  me  party  de  l'Escluse  pour  m'en  aler  en  ambaxade 
de  par  monseigneur  le  duc,  devers  le  roy  d'Escoce  6,  et  de 


*  Harnaschié  (A). 

*  Et  devers  eulx  fis  (A). 
3  Cologne,  sur  le  Rhiu. 

*  L'an  mille  quatre  cents,  etc.  (A). 

5  J'emprunte  encore  ce  titre  au  ms.  A. 

*  Ecosse. 


14211423.  ET    AMBASSADES.  167 

là  passer  oultre  en  pèlerinaige  1  au  trau  2  Saint-Patrice,  en 
Hirlande  3.  Passay  4  le  royaume  d'Angleterre,  montay  sur 
mer  à  Callais  5,  prins  terre  à  Zantwich  6,  passay  par  Lon- 
dres, par  Hunditon  7,  ville  fermée,  par  Dancastre  8,  grosse 
ville  non  fermée,  assise  sur  la  rivière  du  Don  ;  passay  par 
Yorch  9,  ville  fermée,  chastel  et  archevesché,  assise  sur  la 
rivière  du  Hous  10,  qui  va  chëoir  en  la  mer  à  trente  milles 
de  là.  Puis  passay  par  ung  port  nommé  Houlz  n,  Neufchas- 
tel  12, ville  fermée  et  chastel, assise  sur  la  rivière  de  Thouy  13, 
qui  vachëoir  en  la  mer  à  six  milles  de  là  à  ung  port  nommé 
Thinemuda  14.  Passay  par  Bambourg,  très  fort  chastel,  vil- 
laige  et  prioré,  séant  sur  une  roche,  droit  sur  la  mer,  et 
samble  qu'il  y  ait  trois  fermetez. 

1  Pérégrinaige  (A). 

2  Trou  (Ed.  S.). 

3  Irlande. 

*  Passay  parmy  (A). 

5  Calais. 

6  Sandwich,  au  nord  de  Douvres. 

7  Huntingdon,  au  N-O.  de  Cambridge. 

8  Doncaster,  au  sud  d'York. 

9  York. 

10  Ouse. 

11  Hull,  port  à  l'embouchure  du  Humber. 

M  New  Castle.  La  plus  étrange  confusion  règne  ici  dans  l'édition  S. 
On  n'a  pas  reconnu  Neuf-chastel  comme  un  nom  propre  ,  et 
l'on  en  a  fait  «  le  château  »  de  Hull,  «  ville  fermée  et  château,  » 
sans  s'apercevoir  du  pléonasme.  De  plus,  à  la  table  des  noms 
géographiques  on  explique  Thouy  par  Tweed.  Or  ni  Hull  ni  même 
Newcastle  ne  sont  sur  la  Tweed.  Enfin  il  en  résulte  que  Tynemouth 
(Thinemuda)  est  placée  à  l'embouchure  d'une  rivière  qui  n'en  appro- 
che pas  de  plus  de  vingt  lieues. 

15  Thus  (A).  —  C'est  la  Tyne. 

*4  Tynemouth. 


168  voyages  1421-1423. 

Item,,  on  dist  qu'en  ce  chastel  fut  la  doloreuse  garde 
que  Lancelot  du  Lacq  par  sa  proësce  fist  depuis  nommer 
la  joyeuse  garde.  Passay  de  là  par  Bervich  \  ville  fermée, 
bien  gastée,  fort  chastel,  séant  sur  la  rivière  de  Thouy  2, 
laquelle  départ  Angleterre  et  Escoce.  Et  siet  laditte  ville 
oultre  la  rivière  du  costé  vers  3  Escoce,  mais  c  est  aux 
Anglais  ;  passay  par  Doubar  4,  ville  désolée  des  guerres  et 
ung  très  fort  chastel  séant  sur  la  rive  de  la  mer.  Passay 
par  Andreston  5,  bonne  ville  non  fermée,  et  y  a  une  belle 
esglise  nommée  Saint- Andrieu,  sy  a  très  beau  chastel  et  est 
éveschié  toute  la  meilleure  d'Escoce.  Passay  par  Saint- 
Yaestreen6,  une  bonne  ville  non  fermée,  et  chartreux,  séant 
sur  la  rivière  du  Thony  \  Passay  Strenelinch  8,  ville  mar- 
chande et  assez  bonne,  non  fermée,  séant  sur  la  rivière  du 
Foith,  que  on  passe  illecq  à  pont 9.  Et  y  a  ung  très  fort 
chastel  assis  sur  une  roche  que  fist  le  roy  Artus,  comme 
on  dist.  Passay  par  Donfriez  10,  bonne  ville  non  fermée, 
assise  sur  la  rivière  du  Quix,  qui  va  chëoir  en  la  mer  de 
Ponent,  à  quatre  milles  près  de  là. Passay  par  Carliel  ll,très 

*  Berwich. 

*  Ici  il  s'agit  véritablement  de  la  Tweed,   qui  sépare  l'Angleterre 
de  l'Ecosse. 

5  D'Escosse  (Éd.  S.) 

4  Dunbar. 

5  St-Andrew's,  dans  le  comté  de  Fife,  où  se  trouve  l'église  dédiée 
à  Saint-André,  patron  de  la  grande  université  écossaise. 

6  Saint-Jehan-Stoen  (A). 

7  Thon  (A).  Probablement  la  Tay. 

*  Stirling,  au  N-O.  d'Edimbourg. 

9  Stemelinch,  ville  assez  bonne,  non  fermée,  marchande,  assise  sur 
la  rivière  de  Forth  que  l'on  passe  à  le  pont.  (A). 

10  Dumfries,  sur  le  Nith.La  mer  du  Ponent  est  la  mer  l'Irlande. 
H  Carlion  (A).  Carlisle,  dans  le  Cumberland. 


1431.  ET   AMBASSADES.  169 

belle  petite  ville  fermée  et  très  beau  chasteau  et  éveschiet, 
où  le  roy  Artus  tenoit  sa  court  et  son  hostel,  comme  on 
dist. 


Item,  que  de  Carliel,  vers  la  mer  de  ponent  et  de  Hir- 
lande  jusques  à  Bervich,  séant  sur  la  mer  d'orient  et  de 
Flandres,  a  soixante  milles  de  l'un  à  l'autre,  et  est  la  largeur 
d'Angleterre  à  cest  endroit.  Passay  par  Lancastre  \  gaste 
ville,  non  fermée,  et  ung  gros  chastel  assez  bel,  assis  hault 
et  séant  sur  la  rivière  de  Lun,  à  six  milles  près  de  la  mer. 
Et  vient  la  marée  jusques  au  port,  et  est  duché.  De  là,  à 
Concquessant,  une  abbaye  de  chanonnes  rieulez  2.  De  là, 
montay  sur  mer  le  xxvii6  jour  de  may  pour  passer  en  Hir- 
lande,  et  vins  descendre  à  Dronda  3,  ville  fermée,  à  trois 
lieues  près  de  la  mer  sur  la  rivière  de  Bonen  4,  et  y  a,  de 
Lancastre  jusques  à  Dronda,  de  cent  à  six  vingts  milles. 
De  là,  passay  à  Kennelich  5,  ville  très  mal  fermée,  encore 
au  roy  d'Angleterre,  séant  sur  la  frontière  des  Escos  6  sau- 
vaiges,  et  y  a  une  povre  abbaye.  De  là,  montay  à  Cavaen  7, 
povre  ville  non  fermée,  et  est  au  roy  Auraly,  qui  demeure 
en  une  meschante  place  et  povre  tour  sur  la  ville.  Passay 


4  Lancaster,  sur  la  Lune. 

*  Regulliers  (A). 

5  Drogheda,  à  40  kilomètres  au  nord  de  Dublin. 

*  La  Boyne,  où  fut  livrée  la  bataille  fameuse  dans  laquelle  succom- 
bèrent les  jacobites.  En  Irlande,  comme  en  Allemagne  et  en  Pologne, 
notre  voyageur  cherche  surtout  à  rendre  le  son  des  noms  géogra- 
phiques. 

5  Probablement  Kells,  sur  le  Blackwater. 

6  Des  Hyrons  (A). 

7  Cavan,  chef-lieu  du  comté  de  ce  nom. 

VOY.  ET  AMB.  11 


170  VOYAGES  1431. 

à  Coloniensy,  très  petit i  villaige,  et  alasmes  à  piet  parmy 
la  forest,  pour  ce  que  nulz  chevaulx  n'y  peuvent  passer, 
pour  les  arbres  abatus.  De  là,  allay  jusques  à  ung  grant 
lacq  2  où  fault  la  seignourie  du  roy  Auraly  et  y  commence 
la  seignourie  et  païs  du  roy  Magmir,  et  contient  ledit  lacq 
de  cincquante  à  soixante  milles  de  long  et  a  environ  trente 
milles  de  large.  Et  dist-on  que  en  ce  lacq  y  a  bien  cent 3  et 
soixante  isles,  et  va  4  ledit  lacq  chè'oir  en  la  mer  de  noord- 
west.  Alasmes  à  ung  villaige  et  isle  nommé  Roussaux- 
moustier,  et  y  sont  les  maisons  toutes  de  cloies  et  est  à  un 
ducq  qui  a  bien  quinse  cens  barques,  nommé  Macaniénus, 
subgect  au  roy  Magmir,  lequel  duc  nous  presta  une  chimbe 
pour  aler  au  trau  Saint-Patrice,  sur  quoy  nous  montasmes 
et  naviasmes  à  rîmes  5  jusques  à  l'isle  de  Saint-Patrice. Pas- 
sâmes par  pluisieurs  isles  où  nous  descendismes  pour  disner 
et  dormir 6,  desquelles  je  ne  fay  point  de  mencion  pour  la 
povreté  qui  y  est,  trouvasmes  anciennes  esglisettes  et  povres 
abbayes. 


Item,  depuis  ce  dit  lacq  jusques  au  lacq  Saint-Patrice, 
y  a  quatre  milles  par  terre,  laissâmes  là  nostre  chimbe  et 
allasmes  ces  quatre  milles  à  pies. 


4  Petit  (Ed.  Serure). 

2  II  s'agit  évidemment  du  lac  Erne,   partie  supérieure.   Le   lac 
Saint-Patrice,  dont  il  est  parlé  plus  bas,  est  la  partie  inférieure. 

5  Trois  cens  (A). 

*  Notre  manuscrit  ainsi  que  l'édition  Serrure  porte  :  la  ;    le   sens 
impose  la  correction  que  je  trouve  dans  le  ms.  A. 
5  A  resmes  (A). 
a  Où  il  nous  fallut  descendre,  dysner  et  dormire  (A). 


1431.  ET   AMBASSADES.  171 

Item,  passâmes jusques  à  l'isle  du  purgatoire  Saint-Patrice, 
où  il  y  a  demy  mille,  en  une  autre  chimbe,  et  dist  on  qu'en 
celui  lacq  a  douse  isles,  dont  en  l'une  est  le  cloistre  et  prioré 
Saint-Patrice,  et  tout  ce  1  ou  païs  du  roi  Magmir  devant 
nommé. 

Mémoire  que  l'isle  du  purgatoire  Saint-Patrice  est  lon- 
gue sur  quarrure  et  a  deux  cens  dextres  de  tour,  et  y  a 
une  chapelle 2  de  Saint-Patrice  et  quatre  ou  cincq  cahutes 
de  cloyes,  couvertes  d'estrain. 

Item,  est  le  lieu  du  purgatoire  Saint-Patrice  comme  une 
fenestreflamengue,  fermée  à  bonne  clef  et  d'un  huis  sengle3, 
et  est  de  haulteur  à  la  terre  de  la  chappelle,  et  siet  noord 
à  quatre  piez  près  du  coing  noord-ost  d'icelle  à  la  ligne 
et  juste  volume  dudit  coing,  et  a  ledit  trau  neuf  piez  de 
long,  en  alant  de  ost  à  west,  et  après,  retourne  cincq  piez 
vers  zuut-west  et  a  en  tout  de  quatorse  à  quinse  piez  de 
long.  Et  est  mâchonné  de  pierres  noires,  et  a  environ  deux 
piez  de  large  et  trois  piez  de  hault  escharsément.  Et  au 
bout  d'icelui  trau,  où  je  fus  enfermé  deux  ou  trois  heures, 
dist  on  que  c'est  une  bouche  d'enfer,  mais  Saint-Patrice 
l'estouppa  d'une  pierre  qu'il  mist  sus,  qui  encore  y  est. 

Item,  à  douse  milles  près  du  purgatoire  Saint-Patrice,  y 
a  ung  bon  port  de  mer  pour  grosses  nefz,  vers  noord-ost, 
ou  païs  du  roy  Adrinlyoris  4,  roys  des  Hirlandois  sauvaiges, 


4  Et  tout  c'est  (A). 

*  Pauvre  chappelle  (A). 

3  Fermée  d'une  huisse  saingles  fermée  à  la  cleff  (A). 

*  Adruilyoris  (Ed.  Serrure). 


172  VOYAGES  1451, 

et  se  nomme  ce  port  Esroy  l  ou  Losseroy.  Dudit  trau  Saint- 
Patrice  retournay  à  Dronda,  par  le  chemin  dessusdit,  tant 
par  mer  comme  par  terre,  que  à  piet,  que  à  cheval,  à 
trente  et  six  milles  de  là  à  Donnelun  2,  ville  fermée,  très 
bel  chastel,  quarré,  fossé  sans  eaue,  où  on  tient  la  justice 
de  l'eschequier  de  par  le  roy  d'Angleterre,  à  quoy  les  Irlan- 
dois  resortissent.  Et  est  la  ville  sur  la  rivière3. De  là  passay 
à  Cestre  4,  par  eaue,  où  il  y  a  six  vingt  milles  5  de  loing  et 
vient  on  de  Donnelun  par  oost,  droit  aux  terres  de  Galles,  et 
y  ad  une  terre  à  l'autre  soixante  milles,  et  du  commencement 
de  la  terre  de  Galles  jusques  à  Cestre,  soixante  milles,  et 
est  la  ville  de  Cestre  fermée  et  très  bonne,  et  y  a  chastel  et 
dongion  très  fort,  assis  sur  la  rivière  de  Drobastre  6  qui  va 
chëoir  en  la  mer  à  six  milles  de  Cestre,  et  départ  laditte 
rivière  Angleterre  et  Galles. De  là,  à  Lischfield  7,  très  bonne 
petite  ville  non  fermée,  mais  il  y  a  une  esglise  cathédrale 
très  bien  fermée  de  nuyt,  et  la  plus  belle  petite  esglise  du 


1  Asroe,  tout  à  fait  à  l'embouchure  de  l'Erne,  au  dessous  de  la 
ville  actuelle  de  Ballyshannon. 

*  Dublin. —  «A  trente  et  six  mille  de  la  Dunoe, Donnelun  »  (Ed.  ser- 
rure). —  Et  y  at  quattre  vingtz  et  saiez  milles  de  là  à  Domelin  (A). 

5  Sur  la  rivière  d'Emmelif  (A). 

*  Chester,^au  sud  de  Liverpool. 

5  Notre  ms.  porte  :  six  milles.  Cette  distance  est  évidemment  fau- 
tive et  de  nature  à  jeter  beaucoup  de  confusion.  L'auteur  lui-même 
compte  60  milles  de  Dublin  au  commencement  de  la  terre  de  Galles, 
c'est-à-dire  au  Carmel  Head,  et  de  ce  point  à  Chester  encore  60  milles. 
Total  120  milles,  au   lieu  de  6. 

Cette  note  était  rédigée  lorsque  le  ms.  A  nous  a  fourni  une  version 
conforme  que  j'ai  adoptée. 

e  La  Dee. 

7  Lichfield,  ville  du  Staffordshire. 


1431-1435.  ET    AMBASSADES.  173 

païs,  du  plus  riche  et  assonny  *  ouvraige  de  pierre  qui  soit 
en  Angleterre,  et  est  éveschiet.  Passay  par  Conventré  2, 
très  bonne  ville  et  marchande,  par  Daventie  3,  par  Don- 
trixe  4,  Saint-Albons  5,  de  là  à  Londres.  Et  de  là  alay 
devers  la  roine  Katherine  qui  estoit  à  trente  milles  de  Lon- 
dres, à  une  maison  de  plaisance  et  gros  villaige  nommé 
Plassiet,  où  il  y  a  ung  parcq  aux  dains.  De  là  revins  à 
Londres  et  à  Douves  le  droit  chemin. 


Item,  celui  an,  par  le  jour  des  rois,  fus  à  une  armée 
avecq  mon  seigneur  le  duc  de  Bourgogne  contre  ceulz  de 
Cassel  qui  s'estoient  rebellez,  que  monseigneur  cuida  com- 
batre,  mais  ilz  se  rendirent. 


L'an  trente  et  trois,  me  envoya  mon  seigneur  en  amba- 
xade,  ouquel  je  fus  ung  an,  avecq  levesque  de  Nevers, 
l'eslëu  de  Besenchon  6  et  autres,  devers  le  concile  qui  se 
tint7  à  Basle. 


L'an  trente  et  cincq,  le  vingtième  jour  de  febvrier,  partis 
d'Arras  après  le  parlement  et  la  paix  d'Arras,  et  m'en  alay 
à  Saint- Jacques  en  Galice,  par  terre,  pour  acomplir  le  veu 


*  Assouvy  (Ed.  Serrure). 

"  Commentre  (A).    Conneztré  (éd.  Serrure).  —  Conventry,  dans  le 
comté  de  Warwick. 

3  Daventry  dans  le  Northamptonshire. 

4  Dunstrixe  (A).  Sans  doute  Dunstable,  défiguré  par  les  copistes. 

5  Saint-Albans,  au  NNO  de  Londres. 

•  Besançon. 

'  Qui  se  tenoit,  etc.  (A). 


174  voyages  1437-1446. 

que  j'avoye  fait  au  trespas  de  ma  femme.  Et  à  mon  retour 
dudit  voyaige,  je  vins  devers  mon  seigneur  le  duc,  qui  estoit 
au  siège  de  Callaiz  et  le  encontray  en  armes  entre  Saint- 
Omer  et  Gravelinghes  \ 


Lan  trente  et  sept,  moy  estant  à  l'Escluse,  le  deuxième 
jour  de  jullet,  ceulx  de  Bruges  mirent  siège  devant  laditte 
ville,  où  ilz  furent  dix  huit  jours. 

L'an  quarante  et  deux,  fus  en  ambaxade  de  par 2  mon- 
seigneur le  duc,  pour  le  fait  de  madame  de  Luxembourg, 
avec  le  comte  de  Naxau  3,  le  chancelier  de  Brabant  et  l'ar- 
chediacre  de  Tournay,  devers  l'empereur  que  nous  trou- 
vasmes  à  Francfort,  et  donna  à  disner,  la  nuit  Saint-Lau- 
rens,  et  nous  fîst  cest  honneur  qu'il  nous  fist  seoir  à  sa 
table,  et  dura  notre  ambaxade  cincquante  jours,  et  plai- 
doyasmes  devant  l'empereur. 

L'an  quarante  six,  le  pénultime  jour  d'aoust,  me  party 
de  Lille,  pour  acomplir  le  saint  voyaige  de  Jhérusalem.  Et 
avecq  ce,  fus  en  ambaxade  de  par  4  monseigneur  le  duc, 
devers  le  roy  d'Aragon 5.  Passay  parmy  Bourgongne,  par 
Savoye,  par  Melan  6,  par  Ferrare,  par  Venise,  par  Saine  7 


4  Entre  Saint-Omer  et  Gra vélines. 

*  De  la  part  (A) 

5  Nassau. 

*  Eûvoyé  par  (A). 

'  La  roi  d'Arragon  qui  tenoit  les  champs  (A), 

*  Milan. 

7  Siene  (A).  —  Sienne,  en  Toscane. 


1446.  ET    A      ASSADES,  175 

la  vielle,  par  Boulongne  la  crasse,  par  Romme.  Et  arrivay 
à  Naples,  oùjetrouvay  le  filz  naturel  du  roy  d'Arragon 
qui  me  festia  et  me  donna  ung  très  beau  disner.  De  là, 
m'en  alay  devers  le  roy  d'Arragon  qui  tenoit  les  champs 
et  le  trouvay  à  ung  villaige  Presensano  1  auquel  je  fis  mon 
ambaxade  comme  j'avoye  de  charge,  et  me  donna,  au  par- 
tir, ung  drap  d'or  bleu  et  à  mon  filz  ung  velours  et  à  moy 
aussy 2.  Et  de  là  retournay  à  Naples,  où  je  montay  sur  mer 
le  quatrième  jour  de  décembre,  sur  une  nef  de  Gênenois  3, 
arrivay  à  Messine,  en  l'isle  de  Secille,  au  dixième  jour,  et 
y  a  trois  cens  milles.  Passay  devant  l'isle  de  Stranglo  4, 
qui  pour  lors  jettoit  grant  flamme  de  la  haulteur  de  deux 
lances  ou  environ  ;  passay  par  devant  l'isle  de  Brocquant 5, 
qui  tousjours  fume.  De  là  arrivay  à  Modon  6,  où  il  y  a  cincq 
cens  milles  ;  partis  de  Modon  par  fortune  de  vent  et  arrivay 
à  ung  port  au  bout  de  l'isle  de  Candie,  devers  ponent, 
nommé  Crabourch  7,  où  il  y  a  deux  cens  milles.  De  là 
encores  par  fortune  de  vent  arrivay  au  port  et  chastel 
Destia  8,  à  l'autre  bout  de  l'isle  de  Candie  devers  levant  où 
il  y  a  deux  cens  milles. 


1  Ce  nom,  laissé  en  blanc  dans  notre  ms.,  nous  est  fourni  par  le 
ms.  A. 

*  Au  lieu  de  :  et  à  moi  aussy,  le  ms.  A  dit  :  cramoisy . 
5  De  Génois. 

*  Stromboli,  au  nord  de  la  Sicile. 

5  L'île  de  Vulcano,  dans  les  Lipari. 

6  Modoni,  à  l'angle  SO  du  Péloponèse. 
Erabouche  (A).  Grabusa,  île  et  port. 

*  Sitia.  Ces  noms  sont  fort  défigurés.  Il  résulte  de  ces  indications 
que  De  Lannoy  a  passé  le  long  de  la  côte  septentrionale  de  Candie. 


176  VOYAGES  1446. 

Item,  partis  '  de  là,  arrivay  à  Rodes  pour  aler  enChippre, 
mais  fortune  de  vent  nous  mena  en  la  Turquie  à  ung  port 
nommé  Malfata  2,  où  fusmes  dix  jours.  De  là,  arrivâmes  au 
bout  de  huit  jours  à  Famagouste  3,  en  l'isle  de  Cyppre,  où  il 
y  a  sept  cent  milles.  —  Item,  de  Famagouste  alay  par  terre 
à  Nicosye  4,  devers  le  roi  de  Cyppre,  où  il  y  a  douse  lieues. 
— Item y  de  Nicosye  à  Cherismes  5  ville  et  chasteau,  est  à  six 
lieues. — Item,  de  Chérisme6  montay  sur  une  gripperie  et  arri- 
vay à  Baffe7  en  deux  jours  et  y  a  deux  cens  milles  ;  de  là  arrivay 
en  quatre  jours  au  port  de  Jaffe  8,  en  Surie,  où  il  y  a  trois 
cens  milles.  De  là  montay  sus  asnes  et  alay  jusques  à  une 
ville  non  fermée  nommée  Rames  9.  —  Item,  de  là,  arrivay 
par  terre  en  Jhérusalem  où  il  y  a  trente  milles,  où  je  fiz 
les  pèlerinaiges  acoustumez  aux  pèlerins.  Et  puis,  revins 
monter  à  Jaffe,  repassay  par  Cyppre  et  par  fortune  de  vent 
arrivay  à  ung  port  nommé  Cacquau10,  jadis  ville  fondue  llen 
abisme.  Là,  passay  par  devant  le  chasteau  rouge,  et  par 


«  Party  (A). 

*  Je  ne  trouve  pas  de  port  de  ce  nom  dans  ces  parages.  Malfata 
signifiant  «  mauvaise  fortune  »,  l'auteur  aurait-il  pris  pour  le  nom 
du  lieu  un  surnom  appliqué  à  ce  port,  par  les  marins  battus  de  la 
tempête  ? 

5  Famagusta,  sur  la  côte  est  de  l'île  de  Chypre. 

*  Nicosia,  pour  les  Turcs  Levkosieh. 
B  Cheresmes. 

8  Les  15  mots  qui  précèdent  manquent  à  notre  ms.  Je  les  emprunte 
au  ms.  A. 

7  Baffa,  petit  port  sur  la  côte  méridionale  de  l'île  de  Chypre. 

8  Jafa. 

8  Rameh,  entre  Jafa  et  Jérusalem.  Il  en  a  été  parlé  précédemment. 

10  Sur  la  côte  de  l'Asie  Mineure,  vis-à-vis  de  la  pointe  orientale  de 
l'île  de  Chypre. 

11  Fondrée(A). 


1446.  ET   AMBASSADES.  177 

fortune  de  vent  arrivay  au  chaste!  et  bourch  de  Lindo  \ 
au  bout  de  l'isle  de  Roddes 2,  et  de  là,  retournay  à  Roddes. 
De  Roddes,  montay  sur  une  nave  de  Catelans  et  arrivay 
à  Thoron  3,  où  je  montay  sur  une  petite  gripperie  et  revins 
à  Modon  4.  De  là,  montay  sur  une  nave  de  Venissiens  pour 
aler  à  Tourson 5,  mais  fortune  de  vent  nous  mena  en  l'isle 
de  Chifelonie  6,  et  y  a  deux  cens  milles.  Partis  de  là, 
arrivay,  encore  par  fortune  de  vent,  en  l'isle  de  Pacachou  7 
et  y  a  cent  et  cincquante  milles.  De  là  à  Tourson  8  et  puis 
à  Parence  9,  où  il  y  a  six  cens  et  vingt  milles.  Là,  montay 
sur  une  gripperie,  passay  par  devant  Chitanone,  par  devant 
la  Candisterie,  parmy  le  gouffre  de  Triest  et  arrivay  à 
Fryol l0,  à  une  petite  riviérette  d'eau  doulce,  où  je  arrivay 
à  deux  lieues  près  de  Montflascon  "  qui  est  terre  ferme. 
De  là,  à  Cividal  12  par  terre,  où  je  achetay  des  chevaux  et 
vins  au  long  du  païs  de  Friol  jusques  aux  Allemaignes.  Et 


*  Lindo,  sur  la  côte  orientale  de  l'île  de  Rhodes,  porte  encore  ce 
nom.  » 

*  A  partir  d'ici  jusqu'à  la  note  5,  le  ms.  A.  omet  une  phrase  et 
s'exprime  ainsi  :  De  Roddes,  montay  sur  une  nève  de  Venissiens  pour 
aler  à  Courfou. 

*  Santorin,  l'ancienne  Théra. 

*  Modoni,  voir  plus  haut,  p.  175,  note  6. 

5  Durazzo,  en  Albanie.  —  Courfue  (A). 

6  Cathephelonie  (A).  —  Céphalonie. 
'  L'île  de  Paxo,  au  sud  de  Corfou. 

*  Corfou  (A). 

9  Parenzo,  en  Istrie. 

10  Le  Frioul. 

14  Monfalcone,  au  N-0  de  Trieste. 

"  Cividale.  C'est  un  bourg  de  Vénétie   à   l'entrée  des   montagnes.. 
De  Lannoy  a  passé  les  Alpes  par  le  col  de  Tarvis. 


178  VOYAGES    ET    AMBASSADES.  1450. 

passay  les  mons  à  Nazareth,  au  païs  du  duc  Sigismond 
d'Osterice,  passay  par  Memingue  l,  par  Olme  qui  est  sur 
la  Dunoe  2,  par  Spierre  sur  le  Rin  3,  par  Mayence,  etc. 
Coulongne  4  et  par  Brabant. 

Item y  Tan  cincquante,  qui  fut  l'an  de  la  jubilée,  je  fus  aux 
grans  pardons  àRomme,  etc. 

Cy  finent  les  voyaiges  que  fist  Messire  Guillebert 

de  lannoy  5,  en  son  temps  seigneur  de  santes, 

de  wlllerval,  de  tronchiennes,  de 

Beaumont  ET  DE  Wahégnies. 


*  Memmingen,  à  l'OSO  de  Munich. 

2  Ulm,  sur  le  Danube. 

s  Spire  (en  allemand  Speyer)  sur  le  Rhin. 

4  Cologne. 

5  Serrure  ajoute  ici  de  son  chef  :  «  Chevalier  de  la  toison  d'or.  » 
Ces  mots  se  trouvent  dans  le  ms.  A. 


riNÉRAIRES      DE      GUILLEBERT    DE    l.ÂNNOY 


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ÉPHÊMERIDES 


DE 


GHILLEBERT    DE    LANNOY 

ANALYSE  DE  SA  VIE 

b'après  les 

VOYAGES    ET   AMBASSADES, 

APPUYÉE   ET   COMPLÉTÉE 
PAR    DES    DOCUMENTS    AUTHENTIQUES 


ÉPHÉMÉRIDES. 


1386. 


Naissance  de  Ghillebert.  —  Son  aïeul  s'appelait  Hugues,  il 
mourut  en  1349  en  laissant  deux  fils  : 

I.  L'aîné  :  Hugues.  Son  premier  fils,  Jean,  épousa  une  de  Croj 
et  eut  pour  aîné  Jean  de  Lannoj  qui  fut  chevalier  de  la  Toison 
d'or,  gouverneur  de  Lille,  Douai  et  Orchies,  ambasssadeur  en 
Angleterre  et  gouverneur  de  Hollande  et  de  Zélande  (1454), 
et  qui  mourut  en  1497.  Jean  est  l'auteur  d'une  lettre  à  son  fils. 

Hugues  eut  pour  second  fils  Anthoine,  dont  le  fils  aîné, 
Jean,  mort  en  1498,  donna  à  cette  maison  Charles  de  Lannoj, 
chevalier  de  la  toison  d'or  (1510),  vice-roi  de  Naples  (1522), 
créé  prince  par  Charles-Quint.  C'est  le  vainqueur  de  Pavie. 

II.  Le  cadet  :  Guillebert  *,  auteur  de  la  branche  des  Lan- 


'  Le  cartulaire  des  fiefs  de  Roubaix,  renouvelé  en  1389,  mentionne 
ce  Guillebert  pour  le  fief  du  Parc.  (Saint-Génois,  monuments  anciens.) 


182  ÉPHÉMÉRIDES. 

noy  de  Santés.  11  eut  cinq  enfants  : 

1°  Hugues,  1384-1456.  Chevalier  et  chambellan  de  Jean 
sans  peur,  1405-1419,  conseiller  et  chambellan  de  Philippe  le 
Bon,  gouverneur  de  Lille  (1415)  grand  maître  des  arbalétriers 
de  France  (1421),  capitaine  de  Compiègne  (1422),  chevalier  de 
la  Toison  d'or  (1429),  gouverneur  de  Hollande  et  de  Zélande  ; 
•plusieurs  fois  ambassadeur  du  duc  à  Rome,  en  France  et  en 
Angleterre,  mort  en  1456,  le  1er  mai. 

C'est  un  des  plus  grands  diplomates  de  son  temps. 

2°  Ghillebert.  C'est  notre  écrivain. 

3°  Bauduin  le  bègue,  aussi  chevalier  de  la  Toison  d'or,  gou- 
verneur de  Lille  (1432),  mort  en  1479. 

4°  Jean  dit  Percheval. 

5°  Agnès. 

Ghillebert  naquit  en  1386.  Il  eut  trois  femmes  : 

1°  Léonore  d'Esquiennes,  veuve  de  Jean,  seigneur  de  Mon- 
tigny,  en  Ostrovant,  morte  sans  postérité. 

2°  Marie  (ou  Jeanne)  de  Ghistelles,  fille  de  Jean  de  Ghis- 
telles,  seigneur  de  Dutzeele,  qui  lui  donna  deux  fils  :  Philippe, 
seigneur  de  Villerval  dont  le  fils  Philippe  fut  chevalier  de  la 
Toison  d'or,  conseiller  de  Charles  le  Quint  et  gouverneur  de 
Tournay,  mort  en  1535,  —  et  Jaques,  mort  sans  postérité. 

3°  Isabeau  de  Drinkam,  fille  de  Jean  seigneur  de  Drinkam 
qui  lui  donna  :  Pierre  de  Lannoy,  seigneur  du  Fresnay  ',  bailly 
d'Alost,  chevalier  de  la  Toison  d'or,  mort  en  1496.  —  N.  De 
Lannoy,  abbé  de  Saint-Bertin,  —  et  Marguerite  épouse  Mont- 
cavrel. 

1  Ghillebert  tenait  le  fief  du  Fresnoy  en  1455  :  «  Messire  Guillebert 
de  Lannoy,  chevalier,  seigneur  de  "WiUerval  »  tient  le  «  fief  et  terre 
du  Frasnoit  gisant  en  la  paroisse  de  Willem  ».  (Dénombrement  de 
Cysoing ,  du  1er  décembre  1455.  Reg.  aux  dénombrements  des 
fiefs  de  Lille,  1447-1457,  ancien  L  106  ;  f°  iiij"  xiij  v».  —  {Archives 
départ,  à  Lille,  chambre  des  comptes .) 


ÉPHÉMÉRIDES.  185 

Ghillebert  portait  d'argent  à  trois  lions  de  sinople  ,  armés, 
lampassés  de  gueules,  couronnés  d'or,  deux  et  un  brisé  de 
bordure  de  gueules,  lambel  à  trois  pendants  d'azur  »  (Lelewel). 

Sa  devise  qu'on   trouve  au  bas  de  plusieurs   actes  était  : 

VOSTRE  PLAISIR. 

1399, 

Premier  fait  d'armes.  Ghillebert  accompagne  le  comte  de 
Saint-Pol  dans  son  expédition  dans  l'île  de  Wight,  au  secours 
du  roi  Richard" d'Angleterre  contre  la  révolution  soulevée 
par  Henri  de  Lancastre  (Henri  JV)  (Voyages,  p.  9). 

1400. 

Expédition  contre  le  château  de  Watigny.  Le  sire  de  Jeu- 
mont  attaque  le  seigneur  de  Lort  ;  Ghillebert  y  va  «  pour 
cause  de  lignage  »  à  l'appel  de  son  parent  le  vieux  seigneur 
de  Jeumont  (p.  10). 

1401  (date  rectifiée). 

Descente  en  Angleterre.  Emile  Gachet  a  rectifié  la  date  de 

1400  donnée  par  Ghillebert.  Descente  du  comte  de  la  Marche 

(depuis,  roi  de  Naples)  en  Angleterre,   de  Harfleur  à  Fal- 

mouth.  Incendie  de  Falmouth.  Naufrage  au  retour  vers  Saint- 

vMalo(p.  10). 


1403-1404  (dates  rectifiées). 

Premier  pèlerinage  a  Jérusalem.  Ce  voyage  dura  deux  ans. 
De  Gênes  en  Sicile  et  à  Jérusalem  ;  puis,  de  Jérusalem  à 
Constantinople ,  en  Turquie  ,  à  Gallipoli ,  à  Chypre  ,  au 
Kaire,  à  Babylone,  en  Assyrie,  à  Rhodes,  en  Sicile,  et  en 
Provence  (p.  11). 


184  ÉPHÉMÉRIDES. 

1403  (rectifié). 

Tournoi  a  Valence.  Ghillebert  y  va  avec  le  sénéchal   du 
Hainaut,  Jean  de  Werchin,  Tanneguy  du  chastel,  etc.  (p.  13). 

1407  (rectifié). 

Expédition  d'Espagne  contre  les  Maures.  Sous  l'Infant  Don 
Ferrand  de  Castille.  Ghillebert  se  met  sous  la  bannière  du 
comte  de  la  Marche.  Prise  de  plusieurs  places  dans  la  pro- 
vince de  Grenade.  Trêve  de  huit  mois  (p.  13). 
«  Si  nous  consultons  les  chroniques  espagnoles  sur  les  faits 
de  cette  campagne  contre  les  Mores,  nous  aurons  encore  une 
date  à  changer  ici.  Ce  n'est  pas  en  juillet  1405,  mais  en  juillet 
1407  que  Guillebert  doit  avoir  rejoint  l'armée  de  l'infant  de 
Castille.  Voici,  au  reste,  pour  le  prouver  quelle  fut  la  marche 
des  événements  historiques  :  Le  5  janvier  1407,  Jean  II  suc- 
céda à  son  père  Henri  III,  roi  de  Castille,  avec  la  régence  de 
son  oncle,  l'infant  don  Fernand.  Ce  dernier  résolut  aussitôt  de 
faire  aux  Mores  une  guerre  vigoureuse  et  partit  de  Ségovie,  le 
13  avril  1407,  pour  aller  prendre  le  commandement  de  l'ar- 
mée. Le  20  juillet,  le  comte  de  La  Marche  arrivait  à  Séville, 
afin  de  partager  les  périls  de  cette  campagne.  Bientôt  Pruna 
fut  surprise  par  les  chrétiens  ;  les  Mores  firent  le  siège  de 
Baeza  le  17  août  ;  le  26  septembre  les  chrétiens  attaquèrent 
Zara,  et  le  3  octobre  enfin,  eut  lieu  le  fameux  siège  de  Setenil, 
qui  occupe  une  grande  place  dans  les  chroniques  d'Andalousie. 
Nous  n'avons  pas  besoin  d'entrer  dans  plus  de  détails  sur  les 
vicissitudes  de  cette  guerre,  cela  démontre  assez  que  la  date 
de  Guillebert  de  Lannoy  doit  être  changée.  Ce  qui  le  prouve- 
rait mieux  encore,  c'est  qu'il  ajoute  qu'au  rompement  de  V ar- 
mée, après  avoir  prins  congié  de  Vinfant  de  Castille,  lequel 
donna  à  son  campagnon  et  à  luy,  à  chascun  ung  cheval  et  une 


ÉPHÉMÉRIDES.  185 

nule,  il  alla  vers  le  roy  de  Portugal  qui  le  recenttla  grande- 
ment et  paya  tous  ses  despens  parmy  son  royaume.  Ce  rompe- 
ment  de  Varmée ,  c'est  tout  simplement  la  trêve  de  huit  mois 
accordée  au  roi  de  Grenade,  en  janvier  1408. 


1408. 


Retour  d'Espagne.  Par  Saint-Jacques  et  la  France.  Ghille- 
bert  assiste  à  Paris  à  l'assemblée  où  maître  Jean  Petit  fît 
l'apologie  du  meurtre  du  duc  d'Orléans,  8  mars  1408  (p.  14). 

1408  (rectifié). 

Expédition  de  Liège,  du  comte  de  Hainaut  (Guillaume  IV), 
en  faveur  de  son  frère  Jean  de  Bavière,  évêque  de  Liège, 
contre  les  communes  révoltées. Sièges  de  Fosses,  de  FJorinnes 
etc.  Ghillebert  est  blessé  (p.  12). 

Bataille  d'Othée.  23  septembre  1408.  Jean  sans  Peur  ayant 
rejoint  Guillaume  IV,  leur  armée  détruit  les  milices  com- 
munales (p.  13).  Messire  Hue  de  Lannoy  et  deux  de  ses 
frères  assistaient  à  cette  bataille,  au  dire  de  Lefebvre  de 
Saint-Remy  (p.  13). 

1410  (rectifié). 

Seconde  expédition  en  Espagne.  Rupture  de  la  trêve  avec 
le  roi  de  Grenade.  Départ  de  l'Ecluse  sur  la  flotte  d'Espagne. 
Naufrage.  Ghillebert  échappe  à  la  tempête  et  à  deux  vais- 
seaux anglais  qui  menacent  sa  «  petite  nef  »  de  sauvetage. 
Il  est  rejeté  à  Harfleur,  traverse  la  France  et  rejoint  par 
terre  l'armée  de  l'infant  de  Castille.  Siège  d'Antequera. 
Bataille  devant  la  ville.  Siège  d'Archidona  et  levée  de  ce 
siège.  Siège  de  Ronda,  Ghillebert  y  est  blessé.  Course  con- 
tre Malaga  (p.  15-17). 

VOV.  ET  AMBAS.  12 


186  ÉPHÉMÉKIDËS. 


1411  (rectifié). 

Voyage  en  Espagne.  Trêve.  Gliillebert  en  profite  pour  visiter 
Grenade,  Alcala,  etc.  — -  Retour  en  France  par  Séville  et 
l' Aragon  (p.  17). 

1412  (rectifié). 

Guerre  des  Armagnacs.  Gliillebert  rentré  à  Paris  devient 
échanson  de  Jean  sans  Peur.  Il  prend  part  aussitôt  à  la 
guerre  contre  les  Armagnacs,  dans  la  Guienne,  le  Poitou  et 
le  Limousin  (p.  18). 

Siège  de  Bourges.  En  s'y  rendant,  Gliillebert  est  blessé  devant 
Limeux,  dans  une  escarmouche  (p.  19). 

1413  (rectifié). 

Voyage  en  Prusse.  Croisade  en  Lithuanie.  Après  les  Maures, 
Gliillebert  va  combattre  les  «  mécréans  »  de  Lithuanie.  Les 
chevaliers  Teutoniques  attaquaient  la  Lithuanie  et  la  Pologne, 
sous  prétexte  de  religion,  car  le  peuple  était  resté  attaché 
au  culte  de  ses  ancêtres. 

Lelewel  a  donné  l'itinéraire  de  ce  voyage,  étape  par  étape, 
du  mois  de  mars  1413,  départ  de  l'Ecluse,  au  7  avril  1414  où 
Ghillebert  fête  la  Pâques  chez  le  roi  Jagellon,  et  d'où  il  partit 
pour  rentrer  en  Belgique  par  Breslau,  Prague,  l'Autriche  et 
l'Allemagne  (p.   20-49). 

C'est  pendant  ce  voyage  qu'il  fut  fait  chevalier,  en  août  1413. 


ÉPHÉMÉRIDES.  187 


1414  (rectifié). 

Voyage  en  Angleterre.  Grotte  de  Saint-Patrice.  Ghillebert 

est  retenu  prisonnier,   ce  qui  l'empêche,  dit-il,   d'assister 

au  siège  d'Arras  (septembre  1414)  (p.  49). 

Le  duc  prit   une  part  de  sa  rançon,  comme  on  le  voit  par 

le  compte  qui  suit  :  «  Paiement  de  3000  frs.  àGuillebin  de  Lan- 

noy  chevalier,  par  lettres  du  duc  en  date  du  18  octobre  1414, 

àcause  de  ses  bons  services  et  pour  lui  aidier  à  paier  sa  rançon.  » 

{Archives  de  Lille.  Recette  générale,   compte  de  Pierre  Macé, 

1414-1415). 


1415. 


Bataille  d'Azincourt.  Il  y  est  blessé,  fait  prisonnier,  mené 
en  Angleterre,  puis  relâché  moyennent  1200  écus  d'or  de 
rançon  (p.  49). 


1416. 


Le  château  de  l'Écluse.  Ghillebert  est  nommé  par  Jean  sans 

Peur  capitaine  du  château  de  l'Ecluse,  où  il  régna  30  ans, 

dit-il  (p.  50). 

Les  documents  conservés  dans  les  archives  des  ducs  de  Bour- 
gogne viennent  à  l'appui  des  assertions  de  l'auteur. 

D'une  convention  entre  Jean  sans  Peur  et  l'un  des  prédéces- 
seurs de  Ghillebert,  il  résulte  que  le  sire  de  Waregnies  s'en- 
gage à  tenir  le  château  de  l'Ecluse  à  ses  frais  et  dépens,  à  y 
entretenir  continuellement  40  hommes  d'armes,  40  arbalétriers 
et  40  hommes  de  pied,,  moyennant  une  somme  annuelle  de 
8000  frs  d'or.  (Acte  du  17  mars  1396,  bibliothèque  nationale 
de  France,  fonds  de  Bourgogne,  tome  72,  p.  316.) 


188  ÉPHÉMÉRIDES. 

Voici  les  conditions  faites  à  Ghillebert  : 

?"  «  A  messire  Guillebert  de  Lannoy,  chevalier,  conseillier  et  cham- 
bellan de  monseigneur  le  conte  de  Charroloiz,  son  filz,  lequel  mon- 
dit  seigneur,    aïant  en  grant  mémoire  les  très-notables,  agréables  et 
loyaulx  services  que  ledit  messire   Guillebert  a  faiz  à  lui  et  sondit 
filz  tant  en  ses  guerres  comme  autrement,   en  plusieurs  et  diverses 
manières,  fait  chacun  jour  incessanment,  et  espoire  que  face  ou  temps 
avenir,  et  pour  certaines  autres  raisonnables  causes  à  ce  le  mouvans, 
confians  à  plain  de  ses  grans  sens,  preudommie  et  bonne  diligence, 
icellui  a  retenu,  fait,  commiz,  ordonné  et  establi  en  l'office  de  capi- 
taine de  son  chastel  de  L'Escluse,  lors  vacquant  par  le  trespas  de  feu 
le  seigneur  du  Bois  derrenier  possesseur  d'icellui,  pour  le  avoir,  tenir, 
exercer  et  gouverner  bien  et  deuement,  à  tele  charge  et  nombre  de 
gens  d'armes,  de  trait  et  de  picquenars,  et  en   recevoir  les  monstres 
et  reveues,  tout  en  la  forme  et  manière  que  avoit  accoustumé  de  faire 
ledit  feu  seigneur  du  Bois,  et  y  tenir  et  avoir  en  son  vivant  selon  sa 
première  retenue,  et  y  faire  toutes   autres  et  singulières  choses  qui 
audit  office  appartiennent  et  que  bon  et  loyal  capitaine  doit  faire  de 
raison,  tant  comme  il  plaira  à  mondit  seigneur,  aux  gaiges  ancienne- 
ment accoustumez  et  aux  autres  droiz,  prouffiz  et  émolumens  y  appar- 
tenans  et  telz  que  ses  prédécesseurs,   capitaines  dudit  chastel,  ont 
prins  et  parceuz  ou  tamps   passé,  et  mesmement  ledit  feu  seigneur 
du  Bois,  par  la  manière  dessusdite,   ainsi  que  de  toutes  les  choses 
dessusdites  et  autres  pluseurs  peut  plus  à  plain  apparoir  par  lesdites 
lettres,  dont  vidimus  est  cy  rendue  à  court.  Et  est  assavoir  que  ledit 
feu  seigneur    du  Bois,  comme  capitaine  dudit  chastel,  souloit  avoir 
et  prendre  annuelment,  de  mondit  seigneur,  gaiges  qui  estoient  de 
cinq  mil  trois  cens  francs  monnoye  royal  par  an,  moyennant  lesqeulx 
gaiges  il  estoit  tenu  de  avoir  et  tenir  continuelment,  oudit  chastel, 
pour  la  garde,  garnison,  seurté  et  défence  d'icellui,  XXV  hommes 
d'armes,  sa  personne  et  le  chastelain  dudit  chastel  comprins  en  icel- 
lui nombre  ;  item,  XXX  arbalestriers,  en  ce  comprins  deux  prestres, 
deux  canonniers  et  six  portiers  ;  et  XXV  hommes  de  pié  appeliez 
picquenars,  bons  et  souffisans,  ausquelx  gens  d'armes,  arbalestriers 
et  picquenars,  ledit  capitaine  devoit  payer  leurs  gaiges  en  la  manière 
qu'il  seroit  d'accort  avec  eulx  ,  telement  que  mondit  seigneur  n'en 


EPHEMERIDES. 


189 


eust  aucunes  plaintes  ou  poursuites  d'eulx.  Et  lesquelx  gens  d'armes, 
arbalestriers  et  picquenars,  ledit  feu  seigneur  du  Bois  et  aussi  ses 
prédécesseurs  capitaines,  souloient  et  ont  esté  acoustumez  de  païer 
et  baillier  gaiges  telz  et  en  manière  qui  s'ensuit,  c'est  assavoir  :  à 
chacun  homme  d'arme  VI  frans  pour  mois  ;  à  chacun  arbalestrier 
IIII  fr.  pour  mois  ;  et  à  chacun  picquenare  III  fr.  par  mois,  ainsi  que 
ce  puet  assez  apparoir  par  les  monstres  et  reveues  de  et  sur  ce  faites 
rendues  sur  les  comptes  précédens  ;  montent  les  gaiges  dessusdiz 
tous  ensemble,  pour  an,  au  pris  que  dit  est,  à  la  somme  de  quatre 
mille  cent  quarante  frans  ;  ainsi  appert  qu'il  demouroit  de  net  pour 
le  capitaine,  en  ce  comprins  ses  gaiges  d'un  homme  d'armes,  sanz 
ses  pratiques  et  émolumens  en  ce  cas  observez  et  gardez,  douze  cens 
trente  deux  frans  ;  lequel  nombre  de  gens  d'armes,  arbalestriers  et 
picquenars,  mondit  seigneur,  depuis  la  date  de  ses  dites  lettres,  pour 
certaines  causes  qui  a  ce  l'ont  meu,  a,  par  aucuns  de  ses  gens,  fait 
diminuer  et  modérer  jusque»  à  son  plaisir,  voulenté  ou  rappel,  jà  soit 
ce  que  il  n'en  ait  baillié  aucunes  lettres  patentes  ne  closes  sur  ce, 
au  nombre  de  cinquante  personnes,  non  comprins  en  ce  la  personne 
dudit  messire  Guillebert,  capitaine,  lesquelx  auront  gaiges  selon  que 
cy  dessus  est  expressé  '  et  dont  la  déclaration  s'ensuit  :  Premiers, 
XII  hommes  d'armes  chacun  à  VI  fr.  par  mois  ;  item,  XXVI  arbales- 
triers, en  ce  comprins  II  prestres,  deux  canonniers  et  six  portiers, 
chacun  à  IIII  frans  pour  mois,  et  XII  picquenares  à  III  fr.  chacun 
pour  mois  ;  du  priz  de  XXXVI  groz  viez  pièce,  c'est  tout,  l'un  parmi 
l'autre,  pour  an,  IImVcXLIIII  franz,  sanz,  en  ladicte  ordonnance,  de 
rien  comprendre  ne  diminuer  lesdis  gaiges  d'icellui  capitaine,  qui 
montent  à  XIICXXXII  frans  comme  dit  est  ;  somme  ensemble  que 
à  ce  compte  lesdis  gaiges  montent  présentement  tout  ensemble  : 
IIImVIIc  LXXVI  frans.  Pour  ce  cy,  audit  capitaine,  sur  lesdis  gaiges 
de  lui  et  lesdis  souldoyers,  ses  compaignons,  des  mois  de  décembre 
et  janvier  l'an  mil  quatre  cens  et  seize,  par  mandement  de  monsei- 
gneur et  quictance  dudit  capitaine  à  ce  servant,  la  somme  de  six  cens 
escuz  de  XXX  gros  pièce,  assavoir  :  à  icellui  capitaine  IICXLII  fr. 

4  «  Les  lettres  de  monseigneur  contiennent  qu'il  doit  baillier  sa  let- 
tre de  l'artillerie  et  autres  garnisons  estans  oudit  chastel,  laquelle 
chose  il  a  faicte,  et  en  est  l'inventaire  en  la  chambre.  »  Note  marginale* 


190  ÉPHÉMÉRIDES. 

XII  s.  parisis,  de  XXXVI  gros  *  le  franc ,  et  ausdiz  soldoyers 
IIIPXXIIII  frans  à  icellui  priz,  qui  valent,  monnoie  de  ce  présent 
compte,  IXc  1. 

«  A  lui,  sur  samblable  et  les  mois  de  février  et  mars  l'an  mil 
quatre  cens  et  seize  dessusdite  Ve  escus  de  XXX  groz  pièce,  assa- 
voir :  audit  capitaine  CXXXI  fr.  X  s.  par.,  de  XXXVI  groz  viez  le 
franc,  et  ausdis  sauldoyers  IIIPXXIIII  fr.  audit  pris,  valent,  monnoye 
de  ce  temps,  par  quictance  dudit  capitaine,  avec  monstres  et  reveues 
de  Godefroy  le  Sauvaige,  bailli  de  l'eaue,  à  ce  commiz  par  monsei- 
gneur, VIIcL  1. 

«  A  lui,  pour  samblable  et  les  gaiges  de  lui  et  sesdiz  compaignons 
sauldoyers  oudit  chastel,  desserviz  es  mois  de  décembre,  janvier, 
février  et  mars  CCCC  et  dix  sept,  avril  et  may  quatre  cens  et  dix 
huit,  par  vertu  d'un  mandement  patent  de  monseigneur  sur  ce  fait 
et  donné  à  Troyes  le  Ve  jour  d'avril  l'an  mil  quatre  cens  et  dix  huit. 
Pour  ce  cy,  par  vertu  d'icellui  et  d'un  autre,  adréçant  à  messires 
des  Comptes  à  Lille,  qu'ilz  ont  devers  eulx,  avecques  quictance  dudit 
capitaine  cy-rendue ,  la  somme  de  XVIIICLII  fr.  de  XXXIII  groz 
vielz  pièce,  valent  IImIIcIIIIxxXI  1.  XVII  s.  »  {Archives  de  Lille, 
Compte  de  Barthelemi  Le  Vooght,  1416-1418,  fol.  32.) 

Par  lettres  du  19  septembre  1419,  insérées  au  7°  registre 
des  Chartes,  fol.  86,  archives  de  Lille,  Philippe  le  Bon  confirme 
Ghillebert  dans  son  office  de  capitaine  du  château  de  l'Écluse,  le 
pouvoir  qu'il  en  avait  reçu  du  duc  Jean  sans  Peur  étant  expiré 
par  suite  de  la  mort  de  ce  prince,  et  ce  en  considération  du 
«  bon  et  grant  devoir  que  nostredit  chevalier  a  fait  en  la  garde 
«  de  nostredit  chastel  et  les  grans  et  notables  services  qu'il  a 
«  fais  longuement  et  loyalment  à  feu  nostredit  seigneur  et  père 
«  et  à  nous.  » 

Par  d'autres  lettres,  du  19  juin  1419,  confirmées  par  Philippe 
le  Bon  le  5  décembre  de  la  même  année  et  insérées  au  même 
registre,  fol.  86  v°,  le  duc  Jean  sans  Peur  avait  affecté  spé- 
cialement certaines  parties  de  ses  domaines  au  paiement  des 

*  «  Soit  fait  leur  compte  à  XXXIII  groz  le  franc  seulement,  car  à  ce 
pris  leur  doit  estre  paie,  et  non  audit  pris  de  XXXVI  groz.  »  Note 


ÉFHÉMÉIUDES.  191 

gages  de  Ghillebert ,  capitaine  du  château  de  l'Ecluse,  et 
de  ses  soldats. 

Les  gages  du  capitaine  du  château  de  l'Écluse  et  de  ses 
«  soldoyers  »  ayant  été  assignés  sur  la  Recette  Générale  de 
Flandre,  on  trouve,  dans  le  premier  compte  de  Barthélemi  Le 
Vooght,  titulaire  de  cette  recette,  courant  du  26  novembre 
1416  au  24  juin  1418,  au  fol.  82,  un  passage  relatif  au  paie- 
ment fait  à  Guilbert  de  Lannoy  pour  ses  gages  et  ceux  de  ses 
hommes  d'armes.  De  ce  passage,  il  résulte  que  Guilbert  est 
entré  en  fonctions  en  décembre  1416,  en  remplacement  de 
Jean  du  Bois,  seigneur  d'Annequin  et  de  Vermelles. 

Une  lacune  qui  existe  dans  la  série  des  Comptes  de  la  Recette 
Générale  de  Flandre,  entre  le  25  juin  1443  et  le  31  décembre 
1449,  ne  permet  pas  de  préciser  l'époque  à  laquelle  Ghillebert 
fut  remplacé  par  le  seigneur  de  Ternant.  Le  compte  de 
1442-1443  mentionne  encore  l'allocation  payée  au  seigneur 
de  Lannoy  ;  le  compte  de  1450  porte  cette  allocation  comme 
ayant  été  payée  à  Simon  de  Lalaing  remplissant,  par  intérim 
et  du  consentement  du  duc,  les  fonctions  de  capitaine  du  châ- 
teau de  l'Écluse  «  durant  l'empeschement  de  monseigneur  de 
Ternant.  » 

1416. 

L'office  des  divines  provisions.  Ghillebert  était  déjà  conseiller 
et  chambellan  du  fils  de  Jean  sans  Peur,  le  futur  Philippe  le 
Bon,  alors  gouverneur  des  états  du  Nord  pour  son  père.  Phi- 
lippe, comte  de  Charolais,  lui  donne  alors  l'office  des  divines 
provisions,  c'est-à-dire  l'administration  des  affaires  spiri- 
tuelles de  sa  maison.  [Voyages,  p.  50.) 

1417-1419. 

Guerre  en  France.  Ghillebert  dit  simplement  qu'il  ne  quitta 
plus  le  comte  à  partir  de  ce  moment  jusqu'à  l'assassinat  du 
duc,  de  1416  à  1419  (p.  50). 


192  ÉPHÉMÉRIDES. 

Son  livre  ne  mentionne  rien  pendant  ces  trois  années.  Ghil- 
lebert  n'a  voulu  y  raconter  que  ses  voyages  et  ambassades,  et 
nous  y  trouverons  bien  des  lacunes  pareilles.  Celle-ci  fut  rem- 
plie surtout  par  l'expédition  des  Bourguignons  contre  les  Arma- 
gnacs, en  France  et  devant  Paris  :  «  Toutefois,  dit  Monstrelet, 
le  ditduc  de  Bourgogne,  entre  Pontoise  et  Meulan,  fit  mettre 
tous  ses  gens  en  bataille  pour  les  voir  tous  à  une  fois  en  ordon- 
nance, comme  s'ils  eussent  été  en  présence  de  leurs  ennemis... 
Il  y  avoit  un  grant  nombre  de  gens....  desquels  à  savoir  des 
principaux  qui  avoient  charge  de  gens  les  noms  s'ensuivent  :... 

«  Messire  Hue  de  Lannoy  et  son  frère  messire  Guillebert.  » 
{Chronique.  Êdit.  Buchon,  I,  ch.  184,  p.  416.  —  Idem,  fol. 
108bis  du  ms.  de  Paris,  fonds  français  N°  1278.) 

Ghillebert  dit  qu'il  fut  continuellement  avec  le  comte  Phi- 
lippe. Faut-il  en  inférer  qu'il  l'accompagna  en  Hollande  lors- 
qu'il y  alla,  en  1417,  pour  apaiser  le  discord  entre  Jaqueline 
de  Bavière  et  son  oncle  l'évéque  de  Liège  ?  (Monstrelet,  Ib. 
p.  426.) 

Était-il  aussi  à  l'assemblée  d'Arras  et  au  parlement  d'Amiens 
où  Philippe  recruta  des  adhésions  en  faveur  de  la  politique  de 
son  père  et  de  la  reine  contre  les  Armagnacs  ?  On  doit  le  sup- 
poser. 

1419. 

Ambassade  en  Angleterre.  Pacte  de  Troyes.   Vengeance 
de  Jean  sans  Peur.  «  Nous  voici  enfin,  dit  Em.  Gachet,  à  la 
vie  politique  de  Guillebert  de  Lannoy.  Le  batailleur  s'ef- 
facera  un  peu  et  modérera  sa  fougue  pour  faire  place  à 
l'homme   sage  et  prudent.  Le  conseiller  du  duc  Philippe  va 
se  trouver  investi  de  la  plirs  haute  confiance.  » 
Gachet  suppose  que  c'est  malgré  lui  que  Ghillebert  alla  négo- 
cier Vinfâme  pacte  de  Troyes.  C'est  mal  comprendre  l'esprit  de 
l'époque  et  d'une  cour  qui  s'associait  à  la  vengeance  du  meur- 
tre de  Montereau. 


ÉPHÉMÉRIDES.  195 

Ambassade  auprès  du  roi  d'Angleterre  avec  l'évêque  d'Arras 
«  qui  pour  lors  estoit  à  Mantes  »  pour  préparer,  l'alliance 
anglaise  (Voyages,  p.  51). 

Rymer  a  publié  concernant  ces  négociations  plusieurs  actes 
où  Ghillebert  paraît.  En  voici  le  sommaire  : 

1°  Lille  ,  Ier  oct.  1419.  Instructions  et  commissions  aux 
ambassadeurs  du  duc,  l'évêque  d'Arras,  Guillebert  de  Lannoy, 
etc.  etc.  (Texte  latin  inséré  dans  le  n°  7  qui  suit). 

2°  Mantes,  9  octobre  1419.  Sauf-conduit  en  latin  donné  par 
le  roi  d'Angleterre  aux  susdits  ambassadeurs.  (Acôa  Publica 
t.  IX,  p.  803.) 

3°  Mantes,  19  novembre  1419.  Autre  sauf-conduit,  en  latin, 
à  huit  autres  ambassadeurs  ,  y  compris  Ghillebert  (t.  XI , 
p.  811). 

4°  Arras  ,  7  décembre  1419.  Pleins  pouvoirs  de  traiter 
donnés  à  ces  huit  ambassadeurs,  y  compris  Guillebin  (sic)  de 
Lannoy  (texte  français  inséré  dans  le  n°  6  suivant  (t.  IX, 
821  et  suiv.). 

5°  Arras,  7  décembre  1419.  Pleins  pouvoirs  semblables  repro- 
duits dans  le  n°  7  suivant.  De  Lannoy  y  est  nommé  Guillelme 
(t.  IX,  828  et  s.). 

6°  Rouen,  25  décembre  1419.  Trêve  générale  entre  la  France 
et  V Angleterre.  Ghillebert  y  représente  le  duc  avec  l'évêque 
d'Arras,  etc.  etc.  (t.  IX,  p.  818-825). 

7°  Rouen,  25  décembre  1419.  Instrument  du  dit  traité.  Ghil- 
lebert y  intervient  (t.  IX,  p.  827  et  s.). 


1419. 


Parlement  de  Flandre.  Avant  d'aller  à  cette  ambassade, 
Ghillebert  avait  assisté  au  parlement  de  Flandre  (novembre 
1419).  Chastellain  le  dit  (t.  I,  p.  84),  et  l'avis  émis  par 
Ghillebert  a  été  conservé,   signé  de  sa  main.  L'éditeur  de 


194  ÉPHÉMÉRIDES. 

Chastellain  l'a  publié.  J'en  donnerai  le  texte  exact  :  on  y  voit 
une  première  signature  autographe  de  Ghillebert. 
Voir  aux  annexes,  la  pièce  N°  1. 


1420. 


Mariage  du  roi  d'Angleterre.  Le  2  juin,  Ghillebert  assiste  au 
mariage  du  roi  d'Angleterre  et  de  Catherine  de  France. 
Chastellain  met  dans  l'escorte  de  Philippe  le  Bon  :  «  Mes- 
sireHue  de  Lannoj  et  son  Jlls  messire  Guillebert.  »  C'est  son 
frère  qu'il  faut  lire. 


1420. 


Procuration  des  filles  du  duc  Jean.  Par  acte  signé  du  14  et 
du  16  janvier  1420,  la  veuve  et  les  trois  filles  de  Jean  sans 
Peur,  constituent  procureurs  à  l'effet  de  poursuivre  les 
meurtriers  du  duc,  un  certain  nombre  de  conseillers  de  Bour- 
gogne, parmi  lesquels  :  Guillevin  de  Lannoy.  (Bibl.  Nat.  de 
France,  fonds  de  Bourg,  t.  95,  p.  555-563.) 


1421 


Siège  de  Montereau,  Philippe  le  Bon  y  reprend  le  corps  de 

son  père.  Siège  de  Melun  (Voyages,  p.  51). 

C'est  à  cette  expédition  que  se  rapporte  le  compte  que 
voici  : 

«  A  messire  Guillebin  de  Lannoy,  chevalier,  conseiller  et  cham- 
bellan de  mondit  seigneur,  et  plusieurs  autres  cy  après  nommés,  la 
somme  de  1900  frs,  monnoie  royal,  que  monseigneur  lui  a  donné  pour 
les  causes  et  en  la  manière  cy  après  déclarée.  C'est  assavoir  audit 
messire  Guillebin  de  Lannoy  que  mondit  seigneur  lui  a  donné  tant 


ÉPHÉMÉRIDES.  195 

pour  considération  des  bons,  notables  et  agréables  services  qu'il  lui 
a  fais  en  armes  et  autrement  depuis  son  derrier  département  de  son 
pays  de  Flandres  comme  pour  et  en  récompensation  de  pluseurs 
chevaulx  qu'il  a  eus  perdus  durant  ledit  temps  au  service  de  mondit 
seigneur  et  afin  qu'il  eust  mieulx  de  quoy  retourner  honnourablement 
oudit  pays  de  Flandres  :  M  francs.  »  (Archives  de  Dijon  ;  comptes  de 
GuiGuilbaut,  an.  1420-21,  B.  1612,  fol.  98.) 

Le  double  de  cette  pièce  se  trouve  aux  archives  de  Lille, 
comptes  de  Gui  Guilbaut  1420-1421,  fol.  117  v°. 


1421-1423. 

Voyage  et  ambassade  en  Orient.  A  la  requeste  du  roi  d'Angle- 
terre et  du  duc  de  Bourgogne ,  Ghillebert  entreprend  le 
voyage  de  Syrie  et  de  Jérusalem,  (p.  51  et  suivantes). 
Il  résulte  du  texte  de  Ghillebert  que  le  duc  de  Bourgogne  fut 
«  le  principal  esmouveur  »  de  cette  reconnaissance  militaire, 
entreprise  par  de  Lannoy  pour  préparer  une  nouvelle  croi- 
sade ;  que  le  roi  d'Angleterre  se  joignit  au  duc  pour  donner  au 
voyageur  des  pouvoirs  et  des  instructions  diplomatiques,  ainsi 
que  des  recommandations,  avec  de  riches  présents,  pour  les 
divers  souverains  qu'il  devait  visiter,  et  enfin  les  moyens 
pécuniaires,  nécessaires  à  ce  difficile  voyage.  L'exploration  ter- 
minée, Ghillebert  présenta  son  rapport  aux  deux  souverains  : 
«  Le  roi  Henry  en  ot  ung  par  copie  et  monseigneur  le  duc 
de  Bourgogne  un  autre.  »  Avant  et  après  son  voyage,  il  reçut 
plusieurs  sommes  de  Philippe  et  il  dit  lui-même  qu'à  son 
retour  le  jeune  roi,  qui  avait  succédé  à  son  père,  «  me  donna 
trois  cens  nobles  et  paya  tous  mes  despens.  »  Toutes  mes 
dépenses  ne  peut  avoir  ici  d'autre  signification  que  :  tout  ce 
que  j'ai  dépensé  pour  son  compte. 

La  part  du  duc  payée  au  départ  et  au  retour  résulta  des  docu- 
ments suivants  : 


196  ÉPHÉMÉR1DES. 

Gand,  1421.  «  A  mes&ire  Guilbert  de  Lannoy,  chevalier,  conseil- 
lier  et  chambellan  de  monseigneur  le  duc,  la  somme  de  cinq  cens 
escus  d'or  du  pris  de  XLII  gros,  nouvelle  monnoye  de  Flandres, 
l'escu,  que  tant  pour  et  en  récompensation  de  la  perte  et  dommage 
que  lors  en  lui  en  venant  de  Paris  avec  mondit  seigneur  et  en  son 
service  il  fîst  d'avoir  esté  destroussé  des  ennemis  et  adversaires  du 
roy  nostre  sire  et  les  siens,  comme  pour  lui  aidier  à  supporter  les 
grans  frais,  missions  et  despens  qu'il  lui  fauldroit  faire  et  soustenir 
ou  voïage  que  adont  il  estoit  délibéré  et  conclud  de  faire  en  Jhérusa- 
lem,  mondit  seigneur  lui  a  donné  pour  une  fois,  de  sa  grâce  espécial, 
li  comme  il  appert  par  son  mandement  sur  ce  fait,  donné  à  Gand 
se  VIIIe  jour  de  mars  l'an  M.CCCC.XX  ;  garni  de  quittance  dudit 
messire  Guilbert  d'icelle  somme,  tout  cy-rendu  ;  pour  ce  Ve  escus 
d'or  de  XLII  gros.  »  (Archives  de  Lille,  comptes  de  Gui  Guilbaut,  rece- 
veur général  des  finances,  depuis  le  3  octobre  1420  jusqu'au  2  octo- 
bre 1421,  fol.  117  v°,  chapitre  des  «  Dons  et  récompensations.  » 

Le  double  de  cet  acte  se  trouve  aux  archives  de  Dijon. 
(Comptes  du  même,  même  année,  B.  1612,  fol.  128  v°.) 

Le  compte  de  Gui  Guilbaut  pour  1423-1424  portait  le  paie- 
ment d'une  somme  de  500  frs  à  Ghilbin  de  Lannoy  par  let- 
tres données  à  Arras  le  5  avril  1423  après  Pâques,  «  en  con- 
sidération de  ses  grands  services  »  et  «  pour  lui  aidier  à 
supporter  les  frais  et  despens  qu'il  a  fais,  puis  deux  ans  en  ca, 
en  certains  loingtains  voyages  oultre  .mer.  » 

Mais  cet  article  avait  été  rayé  en  marge  «  par  faulte  des 
lettres.  »  (Fol.  92,  archives  de  Lille). 

Au  compte  de  1426,  le  même  receveur,  en  vertu  des  mêmes 
lettres  données  à  Arras  le  5  avril  1423,  et  qui  sans  doute  ne 
firent  plus  faulte  au  dossier,  paie  ces  500  frs  en  répétant  que 
c'est  pour  «  lui  aidier  »  à  supporter  les  frais  de  son  voyage 
d'oultremer.  (Fol.  76  v°,  iVrchives  de  Lille). 

Arras,  1424.  «  A  messire  Guiwin  de  Lannoy,  chevalier,  conseiller 

et  chambellan  de  mondit  seigneur,  la  somme  de  cinq  cens  frans 

{sic)  laquelle  icellui  monseigneur,  tant  pour  considération  des  grans 


ÉPHÉMÉRIDES.  197 

et  notables  services  que  ledit  de  Lannoy  lui  a  fais  longuement  et  loy- 
aument  faisoit  chascun  [an]  pour  en  plusieurs  et  maintes  manières 
comme  pour  lui  aidier  à  supporter  les  frais  et  despens  qu'il  a  fais  puis 
deux  (ans1)  en  certains  longtains  voyages  oultre  mer,  lui  a  donné 
ceste  fois  de  sa  grâce  espéciale,  si  qu'il  appert  par  ses  lettres 
de  mandement  sur  ce  faictes,  données  à  Arras  le  Ve  jour  d'avril 
l'an  M.CCCC.XXIII  après  pasques,  par  lesquelles  icellui  seigneur 
veult  icelle  somme  de  Ve  frans,  rapportant  sur  ce  quittance  dudit 
chevalier,  estre  allouée  es  comptes  dudit  receveur  général  ,  non 
obstant  quelconques  gaiges,  dons  ou  bienfais  par  ledit  seigneur  à 
lui  autresfois  fais  non  exprimez  es  dites  lettres.  Pour  ce  icy  par 
vertu  d'icelles  garnies  selon  leurdit  contenu  Ve  frs. 

(Archives  de  Belgique.  Compte  de  Guy  Guilbaut  commençant  au 
IIIe  jour  du  mois  d'octobre  mil  CCCC  vint  trois  incluz,  et  finissant  au 
IIIe  jour  d'octobre  l'an  mil  CCCC  vint  et  quatre),  fol.  Cil.) 

Ici  se  présente  un  fait  que  nous  avons  pas  le  droit  de  passer 
sous  silence.  Il  semble  résulter  d'un  document  publié  par 
Rymer  que,  pour  se  procurer  de  plus  grandes  ressources  pécu- 
niaires, au  moment  de  partir,  Ghillebert  aurait  inventé  une 
histoire  de  dangers  auxquels  il  n'aurait  échappé  qu'après 
avoir  été  détroussé, et  aurait  obtenu  une  nouvelle  somme  pour  ses 
dépenses.  Rentré  en  Flandre,  le  roi  d'Angleterre  étant  mort, 
il  aurait  attendu  la  majorité  du  nouveau  roi  et  l'occasion  de  lui 
avouer  sa  faute,  et  en  1443  seulement,  il  se  serait  accusé  devant 
le  souverain,  offrant  de  restituer  et  demandant  une  décharge 
de  conscience.  Je  n'ai  rien  trouvé  qui  pût  confirmer  ce  docu- 
ment. Si  Ghillebert  avait  reçu  deux  fois  la  même  somme  au 
départ,  on  en  trouverait  la  mention  dans  les  comptes  de  la 
recette  générale  des  finances.  Cela  prouve  déjà  qu'il  n'aurait 
pas  étendu  la  fraude  au  duc  de  Bourgogne.  Mais  je  n'ai  rien 
trouvé  non  plus  qui  pût  infirmer  l'acte  publié  par  Rymer. 

On  le  trouvera  p.  211  à  l'année  1443. 

1  Le  mot  an  et  ans  est  omis  deux  fois  dans  le  texte. 


198  ÉPHÉMÉRIDES. 


1423. 


Voyage  en  Angleterre. Ghillebert  y  remet  au  roi  son  mémoire  : 
Rapports  et  visitations  de  la  /Syrie  et  de  V Egypte  (p.  99  et  s.). 


1423. 


Mariage  de  la  sœur  du  duc.  Les  lacunes  du  livre  recommen- 
cent ici.  Nous  pouvons  les  combler  en  partie. 

19  Avril  1423.  Vidimus  du  traité  de  mariage  entre  Madame  Mar- 
guerite de  Bourgogne,  duchesse  de  Guienne  (sœur  de  Philippe  le 
Bon)  et  de  Arthur  de  Bretagne  comte  de  Richemont.  Amiens  14  avril 
1423.  Contresigné  par  le  duc,  levêque  de  Tournai,  et  plusieurs 
témoins,  parmi  lesquels  :  Messire  Hue  et  messire  Guillebert  de  Lan- 
noy. 

(Extraits  des  registres  de  la  chambre  des  comptes  de  Dijon.  Biblio- 
thèque nationale  de  Paris,  fonds  de  Bourgogne,  vol.  110,  p.  128-130.) 

Les  Etats  de  Brabant.  Ghillebert  est  chargé  d'une  mission 
auprès  des  États  réunis  à  Braine-le-Comte. 

1423,  21  août.  Quittance  par  Jean,  seigneur  de  Mamines,  Guilbert 
de  Lannoy,  chevaliers,  conseillers  et  chambellans  du  duc  de  Bour- 
gogne, et  Thierry  le  Roy,  conseiller  et  maître  des  requêtes  de  l'hôtel 
du  même  duc,  de  la  somme  de  64  francs  à  eux  payée  «  pour  ung 
«  voïage  que  nous  faisons  présentement,  par  l'ordonnance  et  comman- 
«  dément  de  mondit  seigneur,  dès  la  ville  d'Arras  devers  monseigneur 
«  de  Brabant  et  les  Trois  Estats  de  sondit  pays  estans  à  Bresne  le 
«  Conte,  pour  ylec  besongnier  d'aucunes  choses  secrètes  touchans  la 
«  recouvrance  de  Guise  et  autres  places  à  l'environ,  que  mondit  sei- 
«  gneur  ne  veult  autrement  cy  estre  déclairié.  » 

(Archives  de  Lille,  Ch.  des  comptes.  Pièces  originales.  Parchemin. 
B.  1466.) 


ÉPHÉMÉRIDES.  199 


1424. 


Descente  de  Glocester  en  Flandre.  «  Quand  ceste  armée 
dut  passer  par  auprès  de  l'Escluse  en  Flandres ,   messire 
Gfuillebert  de  Lannoy,  alors  capitaine  de  léens,  envoya  par 
"bateaux  légiers  le  faire  sçavoir  au  duc  Phelippe,  quy  lors 
estoit  à  La  Haye,  lequel  se  partist  à  tout  sa  gent  le  plus 
tost  qu'il  pot,  dès  l'heure  de  minuyt,  et  se  mist  efforchiement 
sur  la  mer  à  Squidem,  droit  la  veille  des  Troys  Roys,  et  fist 
armer  hastivement  les  communes  de  Hollande  et  de  Zellande 
tenant  son  party,  sycomme  Dordrech,   Le  Haye,  Squidam, 
Rostredam,  Herlam,  aveuc  plusieurs  signe ur,s  de  Zellande, 
tant  que  en  IIII  jours  ils  furent  bien  sur  la  mer  VIXX  bateaux. 
Or  vous  dirons  des  Englès  quy,  à  grosse  armée,  passèrent 
la  coste  de  Flandres  à  ce  délibérés  que  de  reconcquester  tout 
les  pays  dessucdits  tenant  le  parti  au  duc  Philippe.  Icelluy 
Lannoy  les  costoia  tousjours  atout  légiers  bateaux  habilles  et 
propices  aux  mers  de  Hollande,  quy  sont  sy  plates  que  les 
bateaux  d'Engleterre'ne  povoient  cheminer  bonnement  partout 
comme  ils  faisoient  ;  et  ains  que  jamais  peussent  prendre  port, 
il  lor  demoura  sur  les  bancqs  de  terre  deux  ou  trois  bateaux, 
que  les  Flamangs  gaingnièrent,  et  les  prisonniers  quy  dedens 
estoient.Et  certes  il  est  vraysamblable  qu'ils  euissent  reconc- 
quis  tout  le  pais  et  mis  enleurobbéissance,  s'ils  euissent  eubt 
bateaux  convegnables  à  la  nature  de  la  mer  de  Hollande,  mais 
touttef  ois  ils  secouroient  et  recoeulloient  leurs  gens  des  bateaux 
atterrés  par  botequins.  Quand  ces  Englès  veyrent  qu'ils  ne 
povoyent  passer  bien  à  leur  aise  par  inhabilité  de  leurs  bateaux, 
ils  voldrent  arriver  àSerixé,  une  puissante  ville  de  Zellande, 
mais  ceux  de   ladilte  ville  ne  les  y  voldrent  laissier,  ains 
dirent  qu'ils  ne  obéyroient  encoires  à  l'une  partie,  ne  à  l'au- 
tre, ains  aviseroient  laquelle  part  seroit  la  plus  forte,  et  à 
celle  ils  se  tenroient.    » 


200  ÉPHÉMÉRIDES. 

(Le  livre  des  trahisons  de  France.  Chroniques  relatives  à  la 
domination  des  ducs  de  Bourgogne.  II,  180.  Je  n'ai  pas  colla- 
tionné  ce  texte.) 

«  A  maistre  Jehan  Le  Sot,  conseiller  de  monseigneur,  la  somme 
de  quatorze  frans  pour  certain  voyage  que,  de  l'ordonnance  de  mondit 
seigneur,  il  a  nagaires  fait  en  la  compaignie  de  monseigneur  de  Hum- 
bercourt,  monseigneur  de  Heuchin  et  messire  Guillert  de  Lannoy, 
chevaliers,  conseillers  et  chambellans  de  mondit  seigneur,  par-devers 
le  duc  de  Glocester,  lors  arrivé  à  Calais  à  grant  compaignie  de  gens 
d'armes  et  de  trait,  pour  lui  requérir,  de  par  mondit  seigneur,  que  son 
chemin,  pour  se  traire  ou  pays  de  Haynau,  il  voulsist  prenre  autre 
part  que  par  le  pays  d'Artois,  ou,  se  faire  ne  se  povoit,  qu'il  et  ses 
gens  y  passassent  gracieusement,  en  faisant  aux  subgiez  de  mondit 
seigneur  le  moins  de  dommaige  qu'ilz  peussent.  Ouquel  voïage  ledit 
maistre  Jehan  Le  Sot  vaqua  du  XXlIIIe  jour  d'octobre  M.CCCC.XXIIII, 
que  pour  ce  se  party  de  son  hostel  à  Arras,  jusques  au  pénultime  jour 
d'icellui  mois  inclux  qu'il  y  retourna.  » 

(Compte  du  receveur  général  des  Finances,  Gui  Guilbaut,  année 
1424-1425  fol.  68,  v°.  Archives  de  Lille,  cité  par  Desplanque  :  Pro- 
jet d'assassinat  de  Philippe  le  Bon,  mémoires  étrangers,  t.  XXX11I. 


1426. 

Expédition  en  Hollande,  de  Philippe  le  Bon  contre  Jacque- 
line de  Bavière.  Ghillebert  y  est  nommé  capitaine  de  Rot- 
terdam (Voyages,  p.  163). 

Le  compte  de  Gui  Guilbaut,  1425  1426,  fol.  200  v°,  relate  un  paie- 
ment de  3937  fians  et  demi  à  messire  Guiibert  de  Lannoy,  seigneur 
de  Willerval,  chevalier,  conseiller  et  chambellan  du  duc  de  Bour- 
gogne, pour  la  solde  des  hommes  d'armes  qu'il  a  sous  ses  ordres  et  qui 
ont  été  passés  en  revue  par  le  maréchal  de  Bourgogne  à  l'Ecluse,  le 
1er  juillet  1426,  à  Rotterdam  le  6  septembre  1426  et  à  Harlem  le 
15  juillet  de  la  même  année. 

(Archives  de  Lille,  recette  générale  des  finances.) 


ÉPHÉMÉRIDES.  201 

1427. 

Seconde  campagne  de  Hollande.  Bataille  de  Brouwershaven. 
(Voyages,  p.  164.) 

1428. 


Gages  de  Ghillebert.  On  trouve  mention  de  divers  paiements  : 
106  s.  6  d.  à  messire  Guilbert  de  Lannoy,  pour  sa  pen- 
sion des  cinq  derniers  jours  de  février  1428,  à  raison  de 
40  frans  par  mois  comme  conseiller  et  chambellan  du  duc. 
(Archives  de  Lille,  recette  génér.  Compte  de  Gui  Guilbaut 
1428,  fol.  76  v°.) 

Paiement  d'un  autre  terme  de  la  même  pension.  (IHd.  fol. 
91  v°.) 
Autre  paiement  de  828  livres  pour  gages.  (IUd.  fol.  207.) 

1428-1429. 

Guerre  des  Hussites. 

I.  —  Travaux  préparatoires. 

1°  Mémoire  en  huit  parties  sur  un  projet  de  guerre  contre 
les  Hussites.  (Ms.  de  la  Bibl.  nat.  de  Paris,  fonds  français 
N.  1278,  fol.  150,  etc.) 

Voir  aux  annexes  N.  II. 

2°  Paiement  de  9  1.  12  s.  à  Guilbert  pour  avoir  vaqué,  en 
mars  1428,  quatre  jours,  venant  de  l'Ecluse  à  Bruges  devers 
monseigneur  «  pour  aucuns  des  affaires  d'icellui.  (Archives  de 
Lille,  recette  générale,  compte  de  Gui  Guilbaut  pour  1428, 
fol.  186  v°.) 

VOY.    ET  AMB.  13 


202  ÉPHÉMÉRIDES. 

3°  1429.  Paiement  de  12  1.  à  Guilbert  de  Lannoy  pour  être 
venu  en  septembre  1428  d'Arras  à  Bruges,  sur  le  fait  de  l'am- 
bassade qu'il  devoit  faire  en  Allemagne.  (Ibid.) 


II.  —  Ambassade  en  Allemagne,  au  sujet  des  Hussites,  près 
du  roi  des  Romains  et  des  électeurs  de  l'empire.  (Voyages, 
p.  164-166.) 


«AJehandeLanthere,  pelletier,  demourant  à  Bruges,  pour  VI"  mar- 
tres que  monseigneur  a  fait  prendre  et  acheter  de  lui  et  icelles  donner 
à  Aymé  Bourgois,  escuïer,  pour  fourrer  ung  bon  habit  pour  luy  à  son 
derrain  partement  de  devers  mondit  seigneur  pour  aler  en  certaine 
ambaxade  secrète  où  mondit  seigneur  le  envoyé  avec  et  en  la  compai- 
gnie  de  messire  Guilbert  de  Lannoy  et  autres,  au  pris  de  IX  s.  la 
pièce,  valent,  comme  appert  par  samblables  quittances  et  certifica- 
tions, (qu'es  articles  précédens)  sur  ce  L1III  livres.  »  (Archives  de 
Lille,  Recette  génér.  des  finances,  compte  de  1428-1429,  fol.  207  v°.) 


«  A  messire  Guilbert  de  Lannoy,  chevalier,  conseillier  et  cham- 
bellan de  mondit  seigneur,  que  icellui  seigneur  luy  a  donné  tant  pour 
considéracion  de  ses  services  comme  pour  luy  aidier  à  abillier,  et  en 
récompensacion  des  frais  et  despens  qu'il  luy  convendra  faire  en  alant 
en  certain  loingtain  voyaige  secret  où  mondit  seigneur  l'a  envoyé, 
dont  il  ne  veult  aucune  déclaration  estre  faicte,  comme  appert  par  sa 
quittance,  sur  ce  CXV  livres.  »  {lbid.  fol.  208  r°.) 


III.  —  Mémoire  au  duc,  relatif  à  la  guerre  des  Hussites. 
Ghillebert,  facile  à  reconnaître  ici,  expose  au  duc  la  situation 
des  affaires  telle  qu'il  l'a  vue  pendant  son  ambassade.  (Ms.  de 
Paris,  fonds  français  N.  1278,  fol.  146.  Voir  aux  annexes 
N.  III.) 


ÉPHÉMÉR1DES.  205 


1429. 


Ghillebert  suppléant  de  son  frère  Hugues.  Une  quittance 
sur  parchemin,  où  se  trouve  la  seconde  signature  que  nous 
ayons  rencontrée  de  Ghillebert,  montre  qu'il  suppléait  son 
aîné  auprès  du  duc.  Sous  Jean  sans  Peur,  Hugues  recevait 
3  frans  d'or  par  jour  de  service  «  devers  le  duc  '.  »  Ici  Ghil- 
lebert reçoit  32  sous  par  jour. 

«  Guillebert  de  Lannoy,  seigneur  de  Willerval,  chevalier,  conseiller 
et  chambellan  de  monseigneur  le  duc  de  Bourgogne,  confesse  avoir 
reçu  de  Jehan  de  Mariette,  maistre  de  la  despense  ordinaire  de  mon- 
dit  seigneur,  la  somme  de  trente  sept  livres  six  sols  huit  deniers  du 
poids  de  quarante  gros  monnaie  de  Flandre  la  livre,  que  doné  m'est 
par  mondit  seigneur  à  cause  de  ma  pension  de  XXXII  s.  dite  monnaie 
qu'il  m'a  ordonné  de  prendre  et  avoir  de  lui  toutes  fois  que  en 
l'absence  de  messire  Hue  de  Lannoy  mon  frère  je  irai  devers  lui  servant 
en  dit  estât,  et  ce  pendant  les  cinq  derniers  jours  du  mois  de  mars  et 
tout  le  mois  d'avril  devant  Pâques,  sur  lequel  temps  (j'ai)  en  l'absence 
de  mondit  frère  été  continuellement  devers  mondit  seigneur,  compte 
pour  les  estres  de  la  despense  de  son  hostel,  de  laquelle  somme  de 
XXXVII 1.  VI  s.  VII  d.,  monnaie  dite,  je  me  tieng  pour  content  et 
bien  payé  et  en  quitte  mondit  seigneur  ledit  Jehan  Mariette,  pour 
tous  ceux  qu'il  appartient.  Tesmoing  mes  scel  et  saing  nouvel  y  ai 
mis  le  Xe  jour  de  mai  l'an  mil  IIIIC  vingt  et  neuf. 

vostre  plaisir. 

Ghillebert  de  Lannoy.  » 

(Bibliothèque  Nationale  de  Paris,  cartons  du  cabinet  des  titres,  au 
nom  de  Lannoy.) 


1  Acte  du  15  septembre   1418.  (Bibl.  de   Paris,  fonds  de  Bour- 
gogne t.  95.) 


204  ÉPHÉMÉ  RIDES. 

1429. 


Voyage  du  duc  a  Paris,  après  l'assaut  manqué  de  Paris  par 
Jeanne  d'Arc.  Paiement  de  158  frs  à  Guillebert  de  Lannoy 
pour  «  la  solde  de  lui  et  des  hommes  d'armes  qu'il  a  eus  sous 
ses  ordres  pour  servir  monseigneur  le  duc  en  armes,  ou 
voyage  de  Paris  »  pendant  20  jours  commençant  le  27  sep- 
tembre 1429.  (Compte  des  armes  payées  par  Jehan  Abonnel, 
joint  à  son  compte  de  la  recette  générale  de  1429,  archives 
de  Dijon,  fol.  16.) 


1431. 


10  Janvier.  Mariage  du  duc  Isabelle  de  Portugal,  après 
avoir  été  jetée  sur  les  côtes  d'Angleterre  par  une  tempête, 
aborde  au  port  de  l'Écluse,  y  est  reçue  et  conduite  par 
Ghillebert  à  Bruges  où  elle  épousa  le  Duc.  Voir  à  l'an- 
née 1432. 

C'est  dans  les  fêtes   de  ce  mariage   que  fut  institué  l'ordre 
de  la  Toison  d'or. 

Institution  de  l'ordre  de  la  Toison  d'or.  Ghillebert  fait  par- 
tie de  la  première  promotion.  Une  donne  que  trois  lignes  sur 
cet  événement  (p.  166).  Mais  on  sait  qu'il  assista  à  la  première 
fête  de  l'ordre,  tenue  à  Lille  le  30  novembre  1431  ;  au  second 
conseil,  tenu  à  Bruges  en  1432  ;  au  troisième,  à  Dijon  en 
1433,  et  qu'il  manqua  à  la  quatrième  fête  (19  décembre  1434). 
Il  assista  aussi  à  la  cinquième,  tenue  à  Bruxelles  dans  l'église 
de  Sainte-Gudule  en  1435,  et  en  1445  il  fit  partie  d'une 
commission  chargée  d'examiner  les  statuts  de  l'ordre  pour 
les  reviser.  Quand  il  mourut,  il  eut  pour  successeur  dans 
l'ordre  le  roi  Edouard  d'Angleterre. 


ÉP11ÉMÉR1DES.  203 


1431 


Ambassade  près  du  roi  d'Ecosse.  Ghillebert  en  profite  pour 
visiter  le  trou  de  Saint-Patrice,  comme  il  a  visité  les  lieux 
saints  dans  son  voyage  de  Syrie.  «  On  jugera,  dit  Gachet, 
si  tout  cela  indique  une  grande  crédulité  de  la  part  de  notre 
pèlerin.  »  Ghillebert  en  prend  l'occasion  de  rappeler  quelques 
souvenirs  de  poèmes  de  chevalerie  sur  Lancelot  du  Lac. 
(Voyages,  p.  166). 


1431 


Conférences  avec  le  duc.  Ghillebert,  parti  le  2  mars  pour 
l'Ecosse,  était  revenu  en  juin.  On  voit  que  le  duc  lui  envoie 
un  messager  de  Bruges  à  l'Écluse  le  deux  juin.  Alors  Ghille- 
bert vient  à  Bruges  conférer  avec  le  duc  pendant  13  jours 
du  24  août  au  6  septembre  ;  puis,  il  va  quinze  jours  à  Lille, 
à  partir  du  25  novembre,  et  fait  réparer  le  château  de  l'Ecluse. 
Cela  ressort  des  pièces  suivantes  : 

«  A  Groud,  chevaucheur  de  Bruges,  pour  le  IIe  jour  du  mois  de 
juin  porter  lettres  dudit  Bruges  à  messire  Guilbert  de  Lannoy  estant 
à  Calais,  pour  aucuns  des  affaires  mondit  seigneur,  pour  ce  L  solz.  » 

«  A  messire  Guilbert  de  Lannoy,  seigneur  de  Willerval  et  de 
Tronchiennes,  et  cappitaine  du  chastel  de  l'Escluse ,  la  somme  de 
IIIIXXIIII  frans  du  pris  de  XXXII  gros  monnoye  de  Flandres  le  franc, 
pour  les  despens  de  luy,  ses  gens  et  chevaulx,  d'estre,  par  le  com- 
mandement de  monseigneur  le  duc,  venu  devers  luy  en  sa  ville  de 
Bruges  pour  certains  ses  affaires,  et  y  vacquié,  avec  les  autres  gens 
du  conseil  d'icelluy  seigneur  par  l'espace  de  XIII  jours  entiers  com- 
mençans  le  XXIIIIe  jour  d'aoust  mil  CCCC.XXXI  et  finissans  le 
VIIe  jour  de  septembre  ensuivant  ;  et  pour  autres  quinze  jours 
entiers  qu'il  a  vacquez  à  estre  venu  à  Lille  par  l'ordonnance  de  mon- 
dit seigneur  pour  par  son  adviz  pourveoir  à  la;  réparacion  de  sondit 


206  •  ÉPHÉMÉRIDES. 

chastel,  comme  pour  autres  ses  affaires,  et  y  vacqua,  taut  pour  son 
aler ,  venir ,  séjour  et  retour ,  lesdis  XV  jours  commençans  le 
XXVe  jour  de  novembre  oudit  an  et  continuelment  ensuivant,  où 
sont  pour  tout  XXVIII  jours  ;  pour  chacun  desquelz  icelluy  seigneur 
luy  a  tauxé  et  ordonné  prendre  et  avoir  III  frans  dicte  monnoie  ; 
pour  ce  comme  appert  par  mandement  sur  ce  de  mondit  seigneur 
donné  en  sa  ville  de  Lille  le  XIIIe  jour  de  décembre  oudit  an,  et  quit- 
tance d'icellui  messire  Guilbert ,  contenant  assercion  cy  rendue,... 
IIII«IIII  frans  de  XXXII  gros. 

(Archives  de  Lille,  recette  générale  des  finances,  comptes  de  l'an- 
née 1431,  fol.  122  v°  et  fol.  137  r°.) 


1432. 


Révolte  a  Cassel.  Le  jour  des  rois.  Campagne  contre  la  com- 
mune de  Cassel  révoltée  (Voyages,  p.  169). 
Avant  cela  Ghillebert    avait  reçu    Isabelle  de  Portugal  à 

l'Écluse  (janvier  1430)  et  l'avait  conduite  avec  sa  suite  sur  des 

barques,  de  l'Écluse  à  Bruges,  où  elle  allait  épouser  le  duc. 
Ce  fait,  la  campagne  de  Cassel  et  l'ambassade  d'Ecosse  sont 

consignés  dans  la  pièce  suivante  : 

«  A  messire  Guilbert  de  Lannoy,  seigneur  de  Willerval,  chevalier, 
conseillier  et  chambellan  de  mondit  seigneur,  la  somme  de  IIIc  frans 
du  pris  de  XXXII  gros  monnoye  de  Flandres  le  franc,  que  mondit 
seigneur  de  sa  grâce  luy  a  donnée,  tant  en  considéracion  des  bons, 
notables  et  agréables  services  qu'il  luy  a  faiz  ou  tamps  passé  en  plu- 
sieurs et  maintes  manières,  fait  chacun*jouret  espère  que  fera  ou  tamps 
advenir,  comme  en  récompensation  de  plusieurs  frais  et  despens,que  au 
temps  que  Madame  la  Duchesse,  sa  compàigne,  arriva  en  la  ville  de 
Z'Escluse,  icellui  messire  Guilbert  fist,  pour  savoir  sa  venue  et  faire 
poindre  et  mettre  à  point  plusieurs  bargettes  pour  la  recevoir  et 
amener  en  la  ville  de  Bruges,  aussi  des  fraix,  missions  et  despens 
qu'il  luy  convint  faire  pour  certain  nombre  de  gens  d'armes  qu'il 
mist  sus  et  amena  ou  service  de  mondit  seigneur  en  l'armée  que  en 
la  saison  passée  il  fist  à  rencontre  de  ceulcc  de  Cassel,  et  de  ceulx  que 


ÉPHÉMÉRIDES.  207 

samblablement  lui  a  convenu  faire  ou  voyaige  que  par  le  comman- 
dement d'icellui  seigneur  il  a  derrain  fait  es  pays  d'Angleterre, 
d'Escosse  et  es  marches  de  par  delà,  et  pour  plusieurs  autres  causes 
et  considéracions  plus  à  plain  contenues  et  déclairées  es  lettres  de 
mandement  de  mondit  seigneur  données  en  sa  ville  de  Bruges  le 
second  jour  de  septembre  oudit  an  mil  CCCC.XXXI  ;  pour  ce  payé, 
comme  appert  par  icelles  et  quittance  dudit  messire  Guilbert  cy 
rendue,  IIIe  frans  de  XXXII  gros.  »  (Ibid.  fol.  153  r°.) 


1433. 


Le  concile  deBale.  Ambassade  de  Ghillebert  (Voyages,  p.  173). 
Il  existe  de  nombreuses   pièces  relatives  à  cette  ambassade. 
Citons-en  quelques-unes  : 

1 1  mai  1433,  lettre  par  laquelle  le  duc  reconnaît  le  concile,  datée  de 
Bruxelles,  en  latin:..  Plénum  confidentes  de  probitate,  industriae,  fide- 
litate  et  reliqua  virtute  Reverendi  in  Christo  Patris  Episcopi  Niver- 
nensis  nec  non  dilectorum  et  fidelium  consiliarïorum  nostrorum 
Domini  Guilberti  de  Lannoy,  domini  de  Villaveralle^  militis  et  cas- 
tellani  nostri,  etc.  (Bibliothèque  de  Paris,  fonds  de  Bourgogne  vol.  95, 
p.  776.) 

1  Septembre  1433.  Instructions  pour  les  ambassadeurs  du  duc  au 
Concile  de  Bâle.  (Ibid.  tome  99,  p.  338,  et  tome  70,  p.  6.)    • 

Le  même  en  latin.  (Ibid.  vol.  95,  p.  768.) 

Le  duc  ordonne  de  ne  pas  céder  le  pas  aux  électeurs,  22  mai  1433. 
(Ibid.,  t.  95,  p.  778.) 

La  première  des  pièces  que  nous  publions  (annexe  N.  IV), 
expose  nettement  cette  affaire.  C'est  un  spécimen  des  actes  de 
la  diplomatie  des  ducs  de  Bourgogne. 

Enfin  les  archives  de  Lille  et  de  Dijon  nous  fournissent  sur 
le  concile  de  Bâle,  des  comptes  que  voici  : 

«  A  Jehan  Abonnel  dit  le  Gros,  commis  au  gouvernement  de  la  des- 
pense extraordinaire  des  finances  de  mondit  seigneur,  sur  ce  que  ledit 


208  ÉPHÉMÉRIDES. 

Mahieu  Regnault  pourra  devoir  à  mondit  seigneur  à  cause  de  sa 
reeepte,  commenceant  le  Ier  jour  de  janvier  prochainement  venant,  la 
somme  de  C  frans  monnoye  royal  en  deniers  payez  à  messire  Guil- 
bert  de  Lannoy  chevalier,  conseiller  et  chambellan  de  mondit  sei- 
gneur sur  ce  qui  peut  luy  estre  deu  de  ses  journées  et  vacquations 
que  par  son  commandement  et  ordonnance  il  a  faictes  au  saint  Con- 
cile de  Basle.  Pour  ce  par  lettre  dudit  Jehan  Abonnel  faite  soubs  ses 
sàing  manuel  et  signet  le  XIIIIe  jour  de  décembre  M. CCCC. XXXIII 
cy  rendue  C  frans.  » 

(Archives  de  Dijon,  compte  de  Mathieu  Regnault  pour  1432-1433. 
B.  1651,  fol.  50.) 

«  A  messire  Guilbert  de  Lannoy,  seigneur  de  Willerval,  chevalier, 
conseiller  et  chambellan  de  monseigneur,  la  somme  de  six  cens  qua- 
rante florins  de  Rin,  du  pris  de  XIII1  groz  monnoye  royal  pièce,  à  luy 
deuz  par  mondit  seigneur  pour,  de  son  commandement  et  ordon- 
nance, avoir  esté  et  vacquié  continuelment,  avec  et  en  la  compaignie 
de  Révérend  Père  en  Dieu  l'Evesque  de  Ntvers,  et  maistre  Jehan  de 
Frum  ,  trésorier  de  Besanchon,  au  Saint  Concilie  à  Basle ,  pour 
aucuns  ses  affaires  et  besongnes  secrètes  dont  il  ne  veult  que  aultre 
déclaracion  en  soit  faicte  ;  où  il  a  vacquié  depuis  le  XVe  jour  de  juing 
derrain  passé  jusques  au  XXIIII*  jour  de  ce  présent  mois  de  novem- 
bre, où  sont  VIIIXX  jours  entiers,  pour  chacun  desquelx  mondit  sei- 
gneur luy  a  tauxé  et  ordonné  prendre  et  avoir  de  luy  IIII  d'iceulx 
florins,  qui  font  la  devantdicte  somme  de  VICXL  florins  de  Rin  audit 
pris,  payez  audit  messire  Guilbert  de  Lannoy,  comme  appert  par  man- 
dement de  monseigneur  le  duc  sur  ce  fait  et  donné  en  sa  ville  de 
Dijon  le  darrain  jour  de  novembre  Tan  mil  CCCC. XXXIII  cy  rendu, 
avec  quittance  dudit  messire  Guilbert,  par  icellui  mandement  requise, 
contenant  assercion  en  sa  conscience  d'avoir  vacquié  par  lesdiz 
VIII"  jours  oudit  voïaige  pour  les  causes  dessusdictes  ;  pour  ce  cy 
VICXL  florins  de  Rin  de  XIIII  groz  royaux.  » 

(Archives  de  Lille,  comptes  de  Tannée  1433,  fol.  87  r°.) 

«  A  messire  Guilbert  de  Lannoy,  seigneur  de  Willerval  et  de 
Thonchines,  chevalier,  conseillier  et  chambellan  de  monseigneur  le 
duc,  la  somme  de  quatre  vingt  sept  frans  demi,  dicte  monnoye  royale, 
laquele  mondit  seigneur  luy  a  ordonné  estre  bailliée  et  délivrée  comp- 


ÉPHÉMÉRIDES. 


tant  pour  icelle  de  par  luy  porter  de  sa  ville  de  Dijon  au  Saint  Con- 
cilie de  Basle,  pour  de  par  lui  donner  et  présenter  à  ses  advocat  et  pro- 
cureur illec,  ausquelz,  pour  et  en  réeompensacion  des  peines  et  tra- 
vaulx  qu'ilz  ont  eues  et  supportées  en  icellui  saint  Concilie,  ont  et 
supportent  journelment  pour  ses  besongnes  et  affaires  ;  c'est  assavoir 
audit  advocat  en  L  florins  d'or  à  XV  groz  monnoye  royal  pièce 
LXII  frans  demi,  et  audit  procureur  en  XX  desdiz  florins  XXV  frans, 
à  eulx  païez,  comme  appert  par  mandement  de  mondit  seigneur  le 
duc  sur  ce  fait  et  donné  audit  lieu  de  Dijon  les  jours  et  an  que  dessus 
(6  décembre  1433).  Cy  rendu  avec  quittancée  dudit  messire  Guilbert, 
contenant  assercion  en  sa  conscience  d'avoir  bailliée  et  distribuée 
pour  la  cause  et  en  la  manière  dicte,  la  dicte  somme  de  1II1"VII  frans 
demi  Royaulx.  (Ibid.  fol.  238  r*.) 


1436. 


Traité  d'Arras.  Pèlerinage.  Ghillebert  avait  fait  partie  de 
la  suite  du  duc  à  Arras,  Lefebvre  de  Saint-Remy  le  dit  ;  il 
quitte  cette  ville  après  la  signature  du  traité  et  va  à  Saint- 
Jacques  en  Galice  remplir  un  vœu  qu'il  avait  fait  lors  de 
la  mort  de  sa  seconde  femme  (Voyages,  p.  173-174). 


1437. 


RÉVOLTE  DES  BrUGEOIS. 

(  Voyages,  p.  174). 


Siège  de  l'Écluse  qui  dura  18  jours 


1439. 


Conseils  au  duc  de  Bourgogne.  Ghillebert  rédige  un  Avis 
au  duc  de  Bourgogne  sur  la  guerre  et  sur  la  réforme  du  gou- 
vernement. Avis  publié  dans  cette  édition  et  dont  il  nous  est 
resté  quatre  minutes  qui  forment  comme  les  premiers  essais 
de  son  Instruction  au  jeune  Prince. 

(Ms.  de  Paris,  N.  1278,  fol.  16,  26,  22  et  44.) 


210  .  ÉPHÉMÉR1DES. 


1440. 


Conflit  d'autorité.  Ghillebert  plaide  contre  les  gens  de  la  loi 
de  l'Ecluse  (l'autorité  civile),  pour  faire  décider  un  conflit 
de  juridiction  et  maintenir  le  droit  de  justice  du  capitaine  du 
château.  Le  duc  lui  donne  gain  de  cause.  Jugement  du 
27  janvier  1439  (vieux  style). 
(Ms.  de  Paris,  N.  1278,  fol.  133.)  Voir  aux  annexes,  N.  V. 

1442-1443. 

Réparations  au  château  de  l'Ecluse*  Ghillebert  fait  réparer 

le  château. 

Certificat  sur  parchemin  en  date  du  24  mars  1441  avant 
Pâques,  où  Ghillebert  et  son  lieutenant  déclarent  conforme  un 
compte  de  travaux  faits  aux  ponts,  tours  et  murailles  du  châ- 
teau, pour  une  somme  de  3007  livres,  12  deniers  parisis  mon- 
naie de  Flandre. 

(Bibl.  Nat.  de  Paris,  cabinet  des  titres,  au  nom  Lannoy.  là. 
archives  de  Lille,  pièces  originales,  Parchemin  B.  1535.) 


1442. 


Ambassade  a  Francfort.  Près  de  l'empereur,  pour  les  affaires 
de  Luxembourg  dont  les  habitants  avaient  dépossédé  la 
duchesse  qui  avait  institué  Philippe  le  Bon  comme  héritier 
de  ses  États  tyoyages,  p.  174). 


ÉPHÉMÉRIDES.  211 


1443. 


Amende  honorable. 

Super  fraude  et  mendacio,  Patri  Régis  factis,  de  exoneratione  con- 
scientise. 

Rex,  omnibus  ad  quos,  etc.  Salutem. 

Supplicationem  Gilberti  de  Lannoy,  militis,  consiliarii  et  camerarii 
Philippi  Ducis  Burgondise,  castri  de  Slusis  (L'Ecluse)  in  Flandriâ 
capitanei,  nuper  nobis  porrectam  recepimus  continentam  ut, 

Cumipse  anno  millessimo  quadringentesimo  vicesimo  (1420.) 

In  servitio,  Triomphalis  mémorise,  inclitorum  Principum,  domini 
Caroli,  nuper  Régis  Francise,  avi  nostri,  et  domini  Henrici,  nuper 
Régis  Anglise ,  Patris  nostri ,  ad  tune  Hseredis  prsefati  Domini 
Karoli  et  Regentis  Regnum  Francise,  tempore  obsidionis  ante  civita- 
tem  de  Melun,  in  dicto  regno  Francise  durantis,  sub  prsefato  Duce 
Burgundise  nuper  existens. 

Ab  eodem  Pâtre  nostri  ordinatus  et  constitutus  fuisset  ambassator 
et  nuntius  suus  specialis  ad  peregrinandum  et  visitandum,  dicta  obsi- 
dione  finitâ  ,  civitatem  sanctam  Jérusalem  ,  aliaque  diversa  loca  , 
civitates,  portus  et  flumina  Terrse  Promissionis,  Egipte  et  Sirese, 

Ac,  ad  portandum  et  prsesentandum  certas  litteras  suas  patentes 
pacificationis  confsederationis,  ligse  et  amicitise  inter  prsefatum  domi- 
num  Karolum  et  dictum  Patrem  nostrum  initarum  et  factarum,  cum 
certis  jocalibus  et  muneribus,  quibusdam  regibus  et  principibus,  per 
ipsum  Gilbertum,  ex  parte  prsefati  Patris  nostri,  prsesentandis, 

Et  ducentas  libras  pro  sumptubus  et  expensis  necessariis  laboris, 
itineris  et  peregrinationis  suse  prsedictse,  ab  eodum  Pâtre  nostro  Pari- 
siùs  prse  manibus  recepisset, 

Subsequenter  idem  Gilbertus,  postquam  quemdam  currum  suum, 
plénum  vestimentis,  jocalibus,  armis  et  aliis  diversis  bonis  suis,  ad 
valorem  duarum  millium  et  quatuor  coronarum,  cum  omnibus  literis 
prsedictis,  per  invasionem  et  deprsedationem  quarumdam  gentium 
armorum,  in  partibus  Picardise  amiserat,  tam  per  nuncium  suum, 
quem  pro  consimilibus  literis  recuperandis  versus  prsedictum  Patrem 
nostrum  destinaverat,  quàm  per  se  ipsum,  eidem  Patri  nostro  adver- 


212  ÉPHËMÉRIDËS. 

santis  sibi  fortunée  extremae  depauperationis  amaritudinem  prae- 
tendens,  lamentabiliter  suggessisset  quod  ipse,  velut  infelix  et  infor- 
tunatus,  omnia  ornamenta,  jocalia,  literas  et  pecunias,  quae  à  praefato 
Pâtre  nostro  Parisiùs  acceperat ,  per  hujusmodi  depraedationem  et 
infortunium  irrecuperabiliter  perdidisset, 

Ad  cujus  subitaneae  depauperationis  modum  ,  idem  Pater  noster 
bénigne  et  favorabiliter  oculos  compassionis  dirigens,  ex  mero  motu 
suo,  et  absque  aliquâ  supplication e,  seu  requestâ,  ex  parte  ipsius 
Gilberti  praefato  Patri  nostro  factâ  eidem  Gilberti,  in  ejus  recessu 
Calesii,  in  recompensationem  dampni  et  infortunii  sui  praedictorum, 
iteratô  alias  ducentas  libras  et  unum  vestimentum  de  panno  aureo 
gratiosè  contulit  liberaliter  et  donavit, 

Posteàque  idem  Gilbertus  ,  ambassatâ  et  itinere  peregrinationis 
suée  transactis,  in  regnum  nostrum  Angliae  veniens,  praefato  Pâtre 
nostro  tune  temporis,  vocante  Altissimo,  de  média  ad  superna  sublato 
nostraeque  tenerae  aetatis  auspicio  infantiae  pallio  similiter  incluso, 

Postquam  expeditionem  itineris  et  complementum  ambassiatae  suae 
coram  concilio  nostro  apud  Westmonasterium  declarasset, 

Carissimo  avunculo  nostro  Henrico  Cardinali  Angliae  et  Episcopo 
Wyntoniae  humiliter  confitebatur  quod,  durante  ambassiatâ  suâ,  ver- 
mis  conscientiae  suum  interiorem  continué  corrodebat,  pro  eo  quod, 
impulsu  ambitiosae  cupidinis,  à  veritate  devians,  praedictas  ducentas 
libras,  quas  à  praefato  Pâtre  nostro  Parisiùs  receperat,  mendaciter 
finxit  se  per  infortunium  praedictum  perdidisse,  cum  eas  in  rei  veri- 
tate non  perdidisset,  et  tali  subtilitatis  medio.  à  praefati  Pâtre  nostro, 
fraudulenter  circumvento,  alias  ducentas  libras  iteratô  contra  con- 
scientiam  Calesiis  habuisset, 

Undè,  à  praefato  Avunculo  nostro, tanquam  à  Nobis,  filio  et  haerede 
praefati  Patris  nostri  veniam  postulans,  submisit  se  restitutioni  indè, 
secundum  discretionem  et  arbitrium  ipsius  avunculi  nostri,  Nobis  in 
hac  parte  faciendae, 

Et,  quamquam  idem  Avunculus  noster  adtunc,  sui  contriti  cordis 
humilitate  ad  pietatem  motus  reatum  et  crimen  praedictae  fraudis 
praefato  Gilberti  nomine  nostro  dimiserat  et  restitutionem  indè  facien- 
dam  plenariè  relaxerat,  confessori  suo  licentiam  et  potestatem  ipsum 
ad  hoc  crimine  absolvendi,  absque  restitutione  faciendâ,  misericor- 
diter  concedendo, 


ÉPHÉMÉRIDES.  213 

Idem  tamen  Gilbertus,  jam  senio,  laboribus  et  setate  confractus  et 
quasi  ad  vita3  vesperem  declinans,  reatum  et  crimen  doli  et  fraudis 
prsedictorum  ante  oculos  suse  mentis  adducens,  adhuc  salubri  terrore 
concussus,  Nobis  attentiùs  et  devotè  supplicavit  quatenus,  ad  prsemissa 
benignâ  consideratione  advertentes,  velimus,  ob  reverentiam  Dei,  et 
intuitu  caritatis,  ad  clariorem  exonerationem  conscientiae  suae,  ex 
certâ  scientiâ  nostrâ,  culpam  et  crimen  prsedicta  ei  dimittere,  et 
dictum  ultimum  donum  ducentarum  librarum,  sibi  per  praefatum 
Patrem  nostrum  Calesiis  factum,  ratificare  et  confirmare,  vel  saltem 
ad  minus  declarare  qualem  vel  quantam  restitutionem  ab  eo  in  hac 
parte  voluerimus  exigere  et  habere,  se  ipsum  in  omnibus  voluntati 
nostrae  humiliter  offerendo, 

Nos  igitur,  suis  praecibus  favorabiliter  et  misericorditer  inclinati, 
intuitu  caritatis  et  pro  clariori  exoneratione  suae  conscientiae,  ità  quod 
nichil  ibi  resideat  quod  oculis  Divinae  Majestatis  ofFendat,  crimen  et 
reatum  dolosae  fraudis  praedictae  ei  dimittimus  et  restitutionem,  indè 
nobis  per  ipsum  Gilbertum  in  hac  parte  fiendam,  remittimus  et  relaxa- 
mus,  prœdictumque  ultimum  donum  ducentarum  librarum,  sibi  per 
praefatum  Patrem  nostrum  Calesiis  factum,  ex  certâ  scientiâ  nostrâ, 
pro  Nobis  et  haeredibus  nostris,  ratificamus,  approbamus  et  in  per- 
petuum  confirmamus, 

In  cujos,  etc. 

Teste  Rege  apud  Westmonasterium,  decimo  die  martii, 

Per  ipsum  Regem,  et  de  data  praedictâ  auctoritate  Parliamenti. 
(Rymer,  Acta  publica,  t.  XI,  p.  22  et  s.) 


1444. 


Conflit  entre  le  duc  et  le  dauphin.  Une  trêve  venait  d'être 
signée  entre  la  France  et  l'Angleterre.  Mais  la  dispersion 
des  troupes  ne  se  fit  pas  sans  désordres.  Les  compagnies  que 
le  dauphin  ramenait  de  Languedoc  ayant  fait  une  excur- 
sion en  Bourgogne  et  été  rudement  repoussées  par  le  maré- 
chal de  Bourgogne,  le  dauphin  jura  vengeance  et  le  duc 
attendait  l'attaque  prêt  à  la  riposte.  «  Il  fallut  s'entremettre 
pour  réconcilier  les  deux  princes,  »  dit  Sismondi, 


214  ÉPHÉMÉR1DES. 

Ghillebert  fut  chargé  de  cette  entremise,  comme  on  le  verra 
par  l'acte  qui  suit  : 

«  A  messire  Guillebert  de  Lannoy,  seigneur  de  Willerval,  cheva- 
lier, conseillier  et  chambellan  de  mondit  seigneur,  la  somme  de  quatre 
vins  dix  neuf  frans  de  XXXII  groz  monnoye  de  Flandres  chacun 
franc  pour  certains  voïages  par  lui  fais,  par  le  commandement  et 
ordonnance  de  mondit  seigneur,  c'est  assavoir  :  pour  estre  allé  devers 
icellui  seigneur  à  Bruxelles  au  retour  de  certains  ses  ambassadeurs 
qu'il  avoit  envoyé  devers  le  roy  nostre  sire  pour  le  fait  de  la  paix  des 
royaulmes  de  France  et  d'Angleterre  ;  pour  lequel  voïaige  faire  ledit 
messire  Guilbert  de  Lannoy  se  partit  de  l'Écluse  le  XXVIIIe  jour  de 
juing  l'an  mil  IIICXLIIII,  et  en  alant  et  séjournant  devers  mondit 
seigneur  audit  Brouxelles  et  aussi  à  Lille,  où  arrivèrent  assez  tost 
aprez  aucuns  ambassadeurs  dudit  roy  de  France  et  de  monseigneur 
le  Daulphin,  et  en  retournant  audit  lieu  de  l'Écluse,  y  a  vacqué 
jusques  au  XIXe  jour  de  juillet  ensuivant,  où  sont  l'un  et  l'autre 
jours  incluz  vint  deux  jours  entierz.  Et  pour  ung  anltre  voïage  par 
lui  fait  de  rechief  de  ladicte  ville  de  l'Escluse  devers  mondit  seigneur 
à  Brouxelles,  pour  la  venue  du  séneschal  de  Poitou  et  aultres  ambas- 
sadeurs, envoiez  de  par  ledit  roy  nostre  sire  devers  mondit  seigneur, 
où  ledit  messire  Guilbert  a  vacqué,  alant,  séjournant  et  retournant, 
depuis  le  XVIIIe  jour  d'octobre  ensuivant  jusques  au  XXVIIIe  jour 
d'icellui  mois,  où  sont  l'un  et  l'autre  desdis  jours  incluz,  unze  jours  ; 
montent  lesdis  voïages  trente  trois  jours  entiers,  pour  chacun  desquelz 
mondit  seigneur  lui  a  tauxé  et  ordonné  prendre  et  avoir  de  lui  trois 
frans,  comme  il  pceult  apparoir  par  mandement  donné  le  XXIXe  jour 
d'octobre  l'an  mil  IIIICXLIIII,  cy  rendu,  avec  quittance  et  certifica- 
cion,  pour  ce  cy  ladicte  somme  de  IIIIXXXIX  frans  de  XXXII  groz, 
valent  LXXIX  livres  IIII  solz  de  XL  groz.  » 

(Archives  de  Lille,  compte  de  Martin  Cornille  pour  1444-45, 
fol.  64  v°.) 

Le  mandat  de  ce  compte  se  trouve  aux  archives  de  Lille 
dans  les  pièces  originales  sur  Parchemin  B.  1539  :  «  Négocia- 
tions à  Bruxelles  et  à  Lille,  dit  l'acte,  pour  le  fait  de  la  paix 
des  deux  royaumes  de  France  et  d'Angleterre.  »  (29  oct.  1444.) 


ÉPHÉMÉR1DES.  215 

1445. 

Ghillebert  achète  une  maison  a  Lille. 

Mai,  1445.  Vente  par  Jean  Crespiel  et  Marguerite  Du  Gardin,  sa 
femme,  à  noble  et  puissant  seigneur  Guillebert  de  Lannoit,  chevalier, 
seigneur  de  Willerval  et  de  Tronchiennes,  d'une  maison  à  Lille  située 
à  front  de  la  Rue  des  Fives. 

(Archives  de  Lille,  pièces  originales  sur  papier,  B.  1542.) 

1445. 

Révision  des  statuts  de  l'ordre  de  la  toison  d'or. 
15e  fête  de  l'ordre,  11  décembre  et  jours  suivants.  Séance 
du  15. 

«  Aiant  été  trouvé  convenir  de  faire  quelques  changemens  aux 
«  ordonnances  de  Tordre,  l'assemblée  nomma  M"  de  Croy,  de  Chi- 
«  may,  de  Ternant,  de  Santés  et  de  Willerval,  chevaliers  de  l'ordre, 
«  à  l'effet  d'en  examiner  les  statuts  et  ordonnances  et  d'y  faire  les 
«  additions,  diminutions,  corrections  et  interprétations  convenables, 
«  lesquels  changemens  dévoient  avoir  lieu  comme  s'ils  estoient  com- 
te pris  dans  les  premières  constitutions  de  l'ordre.  »  Inventaire  des 
archives  de  Vordre  de  la  Toison  d'or,  qui  se  conservent  à  Bruxelles, 
formé  en  1759  et  1760  par  ordre  de  S.  E.  le  comte  Charles  de 
CoUenzl...  par  Emmanuel  Joseph  de  Turck,  Officiai  à  la  Secret  air  erie 
du  Conseil  Privé  de  Sa  Majesté.  Tome  I,  première  partie.  Archives 
de  Vienne.  P.  29. —  (Voir  aussi  Reiffenberg,  Eist.  de  Vordre,  p.  29.) 

1445. 

Tournoi  de  Jacques  de  Lalaing.  «  Sy  furent  ordonnés  l  par 
le  duc,  dit  Chastellain,  deux  chevaliers  notables  de  sa  cour 
pour  être  du  conseil  d'iceluy  Jehan  de  Boniface,  dont  l'un  fut 
messire  Ghillebert  de  Lannoy.  »  (Le  livre  des  faits  de  Jacques 
de  Lalaing,  œuvres  complètes  de  Chastellain  t.  VIII,  p.  83.) 

4  Le  15  Décembre,  d'après  Chastellain,  et  le  11,  d'après  Olivier  de 
la  Marche. 


216  ÉPHÉMÉR1DES. 

1445. 

Prêt  a  Philippe  le  Bon. 

«  A  Jehannin  Myatre,  chevaucheur  de  ladicte  guerre  de  monsei- 
gneur le  duc,  pour  avoir  porté  lettres  closes  de  par  mondit  sei- 
gneur, ou  mois  de  may,  de  la  ville  de  Gand  à  messire  Guilbert  de 
Lannoy,  capitaine  de  l'Escluse,  que  l'on  disoit  estre  audit  lieu,  mais 
il  n'y  estoit  point  ;  ains  estoit  à  Lille,  par  lesquelles  monseigneur  leur 
(sic)  requéroit  luifaireprestde  Ve  livres  pour  convertir  en  ses  affaires; 
et  pour  son  retour,  XLII  s.  »  (Archives  de  Lille,  compte  de  1445, 
fol.  105  v°.) 

1446. 

Mort  de  la  duchesse  de  Charolais.  Dans  le  compte  précé- 
dent, Ghillebert  est  encore  nommé  capitaine  de  l'Écluse.  Il  y 
régna  30  ans,  dit-il,  c'est-à-dire  jusqu'en  1446.  Le  compte 
qui  suit  ne  porte  plus  cette  mention.  Ghillebert  vient  d'Arras 
à  Bruxelles  «  pour  aucuns  grans  affaires  »  entre  le  2  et  le 
13  août  1446.  C'était  après  la  mort  (juillet  1446)  de  Cathe- 
rine de  France,  l'épouse  du  fils  du  duc,  et  sans  doute  pour 
la  rédaction  de  ledit  daté  du  6  août  1446  et  l'organisation  du 
Grand  Conseil. 

«  A  messire  Guilbert  de  Lannoy,  seigneur  de  Willerval,  chevalier, 
conseiller  et  chambellan  de  mondit  seigneur,  la  somme  trente  six 
francs  de  XXXII  gros  monnoye  de  Flandres,  le  franc,  qui  deue  lui 
estoit  pour  ses  gaiges  et  journées  de  douze  jours  entiers  commenchans 
le  second  jour  d'aoust  Van  mil  CCCC.XLVI  et  finissans  le  XIIIe  jour 
d'icellui  mois,  lesdis  jours  inclux,  qu'il  a  vaquié  à  estre  venu  de  la 
ville  d'Arras  en  la  ville  de  Bruxelles  devers  mondit  seigneur  pour 
aucuns  ses  grans  affaires  dont  il  ne  veult  cy  estre  fait  aultre  décla- 
racion,  au  pris  de  trois  francs  dicte  monnoye  par  jour  que  icellui  sei- 


ÉPHRMÉRIDËS.  217 

gneur,  par  ses  lettres  patentes  donnée  audit  Bruxelles  le  IXe  jour 
dudit  mois  d'aoust,  luy  a  tauxé  et  ordonné  prendre  et  avoir  de  lui 
par  jour  ;  pour  ce  par  lesdictes  lettres  et  quittance  à  ce  servans, 
XXXVI  frans  de  XXXII  gros.  »  (Ibid.  Compte  de  Martin  Cornilie 
pour  1446-1447,  fol.  73  r°.) 


1446. 


Voyage  a  Jérusalem,  avec  une  ambassade  pour  le  roi  d'Arra- 
gon.  Ce  troisième  voyage  ne  dut  pas  être  moins  politique 
que  le  second  ;  c'est  sans  doute  à  cette  matière  secrète  que 
se  rapportent  les  trois  comptes  suivants  :  (  Voyages,  p.  174  et  s.) 

«  Amessire  Guilbert  de  Lannoy,  seigneur  de  Willerval,  chevalier, 
conseiller  et  chambellan  de  mondit  seigneur,  la  somme  de  cent  salus 
d'or  du  pris  de  XLVIII  groz  monnoye  de  Flandres  la  pièce,  que  mon- 
dit seigneur  luy  a  ordonné  estre  baillié  et  délivré  comptant,  pour 
icelle  somme  baillier  et  délivrer  par  son  command  et  ordonnance  à 
Hue  de  Carnin,  estant  à  Lille,  pour  lui  aidier  à  supporter  et  sous- 
tenir  les  frais  et  despens  qu'il  pourra  faire  et  soustenir  à  venir  avec 
luy  «t  en  sa  compaignie  en  certain  voïage  où  mondit  seigneur  lui  a 
ordonné  aler  par  le  commandement  que  dessus,  de  la  ville  de  Bruxelles 
en  certains  lieux  et  pour  matières  secrètes  touchans  les  affaires 
d'icellui  seigneur,  dont  il  ne  veult  aultre  déclaracion  estre  faicte  ; 
comme  il  appert  par  mandement  de  mondit  seigneur  donné  le  VIIe  jour 
de  novembre  l'an  mil  IIIICXLVI  ;  pour  ce  par  ledit  mandement  et 
quittance  dudit  messire  Guilbert  cy-rendue  ladite  somme  de  C  escus 
de  XLVIII  groz,  valent  VI™  livres  de  XL  groz.  » 

(Archives  de  Lille,  compte  de  Martin  Cornilie  pour  1446-47,  fol. 
175  v°.) 

«  A  messire  Guilbert  de  Lannoy,  seigneur  de  Willerval,  chevalier, 
conseillier  et  chambellan  de  mondit  seigneur,  la  somme  de  sept  cens 
trente  cinq  salus  d'or  du  pris  de  XLVIII  groz  monnoie  de  Flandres 
la  pièce,  que  par  le  commandement  et  ordonnance  d'icellui  seigneur 
ledit  Receveur  Général  lui  a  païé,  baillié  et  délivré  comptant,  en 
prest  et  paiement  sur  certain  voïage  où  mondit  seigneur  avoit  envoyé 

VOY.  ST  AMBAS.  14 


218  KPHÉMÉRIDKS. 

de  la  ville  de  Brouxelles  en  certains  lieux  et  pour  aucunes  matères 
secrètes  touchans  les  besongnes  et  affaires  d'icellui  seigneur  dont 
il  ne  veult  cy  autre  déclaracion  estre  faicte,  et  ce  pour  sept  mois 
entiers  commenchans  le  XIe  jour  d'aoust  l'an  mil  1IIICXLVII,  qu'il 
se  parti  de  ladicte  ville  de  Brouxelles  pour  aler  oudit  voiaige,  et  finis- 
sans  continuelment,  au  pris  de  trois  salus  et  demi  que  mondit  sei- 
gneur lui  atauxé  et  ordonné  prendre  et  avoir  de  lui  par  jour  comme  il 
pœut  apparoir  par  mandement  de  mondit  seigneur  donné  le  VIIe  jour 
de  novembre  Tan  mil  IIIIC  quarante  sept  ;  pour  ce  par  ledit  mande- 
ment cy  rendu  avec  quittance  ladicte  somme  de  VIIcXXXV  salus  de 
XL VIII  groz, 'valent  VIIICIIIIXXIX  livres  de  XL  groz.  »  (Ibid.  comptes 
de  1446-47,  fol.  85  v°.) 

Attestation  du  3  janvier  (1447)  par  Gui  Guilbaut,  que  Jean  Peutin, 
orfèvre  à  Bruges,  a  fait  et  livré,  par  Tordre  du  duc  de  Bourgogne, 
deux  colliers  d'or  de  l'ordre  de  Thoison  d'or  ,  pesans  ensemble 
quatre  mars  une  once  et  huit  estrelins  d'or,  au  pris  de  LXII  saluz  de 
XLVIII  groz  de  Flandres  pièce  le  marc  valent  deux  cens  cinquante 
neuf  saluz,  et  pour  la  façon  d'iceulx  deux  coliers  LX  saluz.  Montent 
ensemble  ces  deux  parties  à  trois  cens  dix  neuf  saluz,  et  desquelz 
deux  coliers  mondit  seigneur  a  prins  et  retenu  l'ung  devers  lui  et 
l'autre  a  fait  par  moy  baillier  à  messire  Guillebert  de  Lannoy,  sei- 
gneur de  Willervàl,  son  conseillier,  chambellan  et  chevalier  dudit 
ordre,  pour,  de  par  mondit  seigneur,  le  porter  et  présenter  au  roy 
d'Arragon,  auquel  icelluy  seigneur  l'a  envoie.  » 

(Archives  de  Lille,  pièces  originales,  parchemin  B.  1548.) 


1450. 

Voyage  a  Rome,  pour  le  jubilé.  {Voyages,  p.  178.) 

Ghillebert  a  achevé  son  livre  en  1450  ;  il  s'arrête  à  cette 
année  et  nous  ne  pouvons  guère  le  suivre  dans  les  12  années 
qu'il  vécut  encore. 


ÉPHÉMÉRIDES.  219 


1452. 


Mort  de  la.  troisième  femme  de  Ghillebert. 


1452  —  53. 


Expédition  contre  Gand.  Ghillebert  y  prit-il  part  ?  Le  long 
récit  inachevé  de  Chastellain  (t.  II,  p.  235,  etc.)  y  nomme 
plusieurs  fois  un  seigneur  De  Lannoy  sans  le  désigner  ni 
par  son  prénom  ni  par  ses  qualités. 


1454. 


Le  vœu  du  Faisan.  On  trouve  un  sire  de  Lannoy  à  cette  fête, . 
mais  ni  Olivier  de  la  Marche  ni  Mathieu  de  Coucy  ne  donnent 
son  prénom.  Gachet,  après  M.  Webb,  affirme  que  c'est  Ghil- 
lebert, et  il  s'autorise  d'une  expression  de  ce  vœu  qui  rap- 
pelle la  devise  de  notre  auteur  :  Votre  plaisir.  Mais  Olivier 
de  la  Marche  dit  qu'il  fit  revoir  son  récit  par  un  de  Lannoy 
qui  était  à  la  fête  et  l'on  sait  d'après  lui-même,  qu'il  ne  com- 
mença à  écrire  ses  mémoires  qu'en  1471,  c'est-à-dire  après 
la  mort  de  Ghillebert.  Mathieu  de  Coucy  donne  à  ce  de  Lan- 
noy le  titre  de  chastelain  de  Venuchon  ou  Thomichon,  et  de 
lieutenant  du  duc  en  ses  pays  de  Hollande,  de  Zélande  et  de 
Frise.  Ces  titres  ne  conviennent  guères  à  Ghillebert.  De 
la  Marche  le  fait  chevalier  de  la  Toison  d'or,  mais  depuis 
1451,  un  nouveau  de  Lannoy,  le  quatrième,  était  entré  dans 


220  ÉPHÉMÉRIDES. 

Tordre,  c'est  Jean.  D'autres  manuscrits  (Le  livre  de  la  mort 
du  duc  Jean  de  Bourgogne,  et  V Entrée  de  Reims.  Paris 
fonds  franc.  N.  5739)  ne  donnent  pas  le  prénom.  Peut-on 
supposer  que  Ghillebert,  qui  avait  au  moins  68  ans,  ait  pu 
s'engager  à  prendre  les  armes  pour  la  croisade  sans  imiter 
la  prudence- de  son  frère.  Hugues  prit  part  au  vœu  du  Fai- 
san, mais  il  eut  soin  de  faire  des  réserves  :  «  Et  si  à  l'ocoi- 
son  de  sa  vieillesse  et  foiblesse  de  corps  ne  povoit  aller  »  il  y 
enverrait  deux  hommes  d'armes  (Mathieu  de  Coucy).  Hugues 
n'avait  que  deux  ans  de  plus  que  son  frère. 


1461. 


On  trouve  cette  année  un  de  Lannoy  dans  l'escorte  du  duc 
accompagnant  Louis  XI  rentrant  d'exil  sur  le  trône.  Ghillebert 
avait  alors  75  ans.  Ce  doit  être  Jean. 


1462. 

Mort  de  Ghillebert.  22  avril. 

Il  fut  enterré  à  Lille  dans  l'église  de  Saint- Maurice,  «  où 
il  a  l'épitaphe  qui  suit,  devant  le  grand  autel.  »  (Les  quatre 
officiers  de  l'ordre  de  la  Toison  d'or,  etc.  Archives  de  Vienne, 
ms.  p.  17,  et  Mausolée  de  la  Toison  d'or,  p.  13)  : 

«  Cy  gist  Noble  Chevalier  Messire  Guillebert  de  Lannoy, 
Seigneur  de  Willerval  et  de  Tronchiennes,  Frère  et  compagnon 
de  la  Toison  d'or,  qui  donna  mille  écus  de  quatre  s.  de  gros, 
monnoye  de  Flandres,  pour  l'entretènement  du  service  divin 
en  ladite  église,  et  trespassa  anno  1462,  le  22  d'Avril. 

«  En  la  mesme  Tombe  gist  Dame  Isabelle  de  Drinckam, 
Dame  de  Willerval,  ma  très-chère  et  ma  bien-aymée  Com- 
pagne, laquelle  trespassa  anno  1452,  le  11  de  Febvrier.  » 

«  Et  de  l'un  des  côtés  (du  mausolée),  ajoute  l'auteur,  estoient 


ÉPHÉMÉRIDES.  221 

les  Cartiers  suivants  :  Lannoy,  Molembais,  Mingoval,  Mailly  : 
Drinckam,  Flandres,  Gistelles,  Dixmude  : 

Et  de  l'autre  côté  :  Lannoy,  Molembais,  Mingoval,  Mailly  : 
Gistelles,  Dudseel,  Craon,  Chastillon. 

Sa  devise  :  Vostre  plaisir.  » 


ANNEXES 


s 


ANNEXES 


LE  PARLEMENT  DE  FLANDRE.  1419. 
—  Voir  p.  194  — 

Bourgogne,  1419  : 

mémoire  de  guillebert  de  lannoy  contenant  son  avis, 
touchant  ce  que  le  duc  de  bourgogne  devoit  repon- 
DRE AUX   PROPOSITIONS    DU  ROY  D' ANGLETERRE.  (Écrit  ail 

dos  de  la  pièce.) 

L'opinion  de  messire  Guillebert  de  Lannoy  est  que  mon- 
signeur  de  Bourgogne  ne  se  doit  pour  le  présent  assentir  as 
demandes  et  offres  du  roy  d'Engleterre,  fors  que  par  les  eon- 
disions  qui  s'ens.suivent  :  est  à  savoir  que,  se  il  s'y  assentoit 
sans  le  roy  et  la  roïne,  son   souverain  seigneur  et  dame,  et 


226  ANNEXES. 

sans  aucuns  autres  de  son  sanc  à  quy  ches  haute  matière 
puent  compéter,  che  seroit  chose  de  pou  de  valleur  pour  par- 
venir à  la  sëurté  de  l'intension  dudit  roy  ;  mes  mondit  sin- 
gneur  de  Bourgogne,  en  entendant  en  grant  afecsion  de  cuer 
et  d'amour  asdictes  demandes  et  ofres,  yra  deviers  son  souve- 
rain singneur  et  dame  tout  le  brief  que  il  pora  et  prometera  en 
bonne  foy  audit  d'Engleterre  de  eux,  leurs  bonnes  villes,  cheux 
de  son  sanc  et  leurs  nobles  et  sugés  induire  de  tout  son  pooir 
à  condescendre  asdictes  demandes,  et  y  entendera  mondit 
singneur  vollentiers  tant  quant  à  sa  personne,  moïennant  cer- 
taines modificasions  qui  après  se  poront  traitier,  au.  bien  du 
roiaume  et  de  mondit  singneur,  et  requerra  mondit  singneur 
au  roi  d'Engleterre  d'avoir  unes  trêves  générales  de  deux  ou 
trois  mois  pour  che  tans  pendant  traittier  et  conclure  les  cosses 
dessus  dictes. 

Votre  plaisir.  Ghillebert  de  Lannoy. 

(Chartes  de  Flandre,    collection  Moreau,  t.  III,   N°   1425, 
p'èce  96.) 


II 

PREMIER  MÉMOIRE  SUR  LA  GUERRE   DES  HUSSITES.   1428. 

—  Voir  p   201  — 

Bibliothèque  nationale  de  France,  fonds  français  N.  1278. 

11  existe  de  ce  mémoire  diverses  copies  : 

1°  Une  mise  au  net  complète  (fol.  50 et  s.),  mais  qui  ne  repro= 
duit  pas  exactement  le  brouillon  qui  suit,  ce  qui  fait  supposer 
qu'entre  cette  minute  et  le  premier  jet,  il  y  a  eu  un  ou  plusieurs 
essais  de  l'auteur.  Une  partie  de  cette  pièce  a  été  imprimée 
dans  les  Œuvres  de  Chastellain,  t.  2. 

C'est  le  texte  que  nous  publions.  J'ai  marqué  de  guillemets 
les  fragments  qui  ont  paru. 

2°  Un  brouillon  de  la  main  de  l'auteur,  dont  les  feuillets  ont 
été  mal  reliés  dans  le  ms.,  et  qu'il  faut  classer  comme  suit  : 
fol.  153,  154,  159,  152,  151,  157,  155,  156,  plus,  une  page 
intercalaire,  fol.  159  r°,  dont  les  §§  sont  à  intercaler  dans  ceux 
du  folio  154.  J'en  ai  donné  en  note  les  variantes  sous  la 
signature  A. 

3°  Un  feuillet  détaché  (fol.  150),  qui  commence  par  un  item  et 
qui  semble  une  page  d'une  mise  au  net.  Cette  rédaction  diffère 
du  N.  1,  par  le  texte  et  par  le  classement  des  paragraphes. 
J'en  ai  donné  les  variantes  sous  la  signature  B. 

4®  Un  paragraphe,  écrit  au  verso  de  la  dernière  page  du 
brouillon  (156  v°).  Je  l'ai  appelé  C. 


228  ANNEXES. 

AVIS. 

A  correction,  c'est  ce  que  il  samble  que  monseigneur  le  duc 
de  Bourgogne  a  à  faire  et  pourvèoir  se  Dieux  lui  donne  la  grâce 
et  volenté  de  aller  à  puissance  d'armes,  à  ceste  saison  nouvelle, 
sur  les  desloyaulx  incrédulles  ou  royaulme  de  Béhaigne  que  l'en 
appelle  Housses  l,  et  se  comprend  cest  avis  en  VIII  parties. 

Premiers,  et  devant  toutes  choses ,  que  il  se  dispose  et 
entende  à  lui  marier  ;  car  s'il  estoit  allié  par  mariage  à  aucune 
notable  princesse,  tous  ses  bons  et  loyaulx  subgès  en  seroient 
joyeux  et  conforté  en  leurs  corages  et  auroient  espérance  que 
de  lui  demourroit  noble  génération,  pour  gouverner  après  lui 
les  notables  tènemens  que  Dieux  lui  a  envoyés  et  en  seroient 
plus  libéral  *  à  le  servir  de  corps  et  en  chevance  3. 

«   Item  4,    hastivement  B  doit  mondit  seigneur  envoyer   du 

*  La  fin  de  l'alinéa  manque  dans  le  brouillon  A. 

'  On  avait  d'abord  écrit  :  A  le  aidier  et  servir  en  corps,  etc. 

5  Plus  libéral  à  le  aidier  et  conforter  en  corps  et  en  chevance  (A). 

*  Item,  pour  prévenir  et  advanchier  l'entreprinse  dessusdite,  est 
nécessaire  d'envoyer  hastivement  gens  notables  devers  nostre  Saint- 
Père,  en  cour  de  Rome  et  à  notredit  Saint-Père  remonstrer  que  mon- 
seigneur le  cardinal  d'Engleterre  venant  des  parties  d'AUemaignes  et 
des  frontières  où  sont  lesdits  incrédulles  a  infourmé  monseigneur  le 
duc  de  la  grande  cruaulté  et  deshonneur  que  font  iceulx  hérites  S 
nostre  foy,  et,  après  pluseurs  choses  par  lui  remonstrées  de  ceste 
besongne,  requist  à  monseigneur  que  il  se  volsist  employer  à  résister 
et  destruire  lesdis  Housses,  disant  que  monseigneur  devoit  délaisser 
tous  aultres  affaires,  combien  qu'il  cognoissoit  bien  qu'il  en  avoit  de 
très-grans,  pour  entendre  à  la  besongne  de  nostre  créateur  et  de  son 
église,  disant  en  oultre  que  mondit  seigneur  le  duc  estoit  le  prince 
qui  plus  pooit  fère  de  bien  en  ceste  chose,  méismement  que  tous  les 
conversances  d'AUemaignes  désirent  tous  sa  venue.  Et  en  ce  mesme  temps 
arriva  monseigneur  le  prieur  du  Pont-Saint-Esprit,  message  de  nostre 
dit  Saint-Père  qui  ossi  parla  à  mondit  seigneur  des  choses  dessusdictes. 
Et  aussi...  (C). 

8  B  supprime  :  hastivement. 


ANNEXES.  229 

«  moins  ung  chevalier  et  ung  clerc,  gens  notables  et  expers, 
«  devers  notre  Saint-Père  en  court  de  Romme,  et  illec  expo- 
«  ser  de  par  notre  *  dit  seigneur  *  comment  mondit  seigneur  a 
«  oy  très-révérend  père  en  Dieu,  monseigneur  le  cardinal  d'En- 
«  gleterre  s  qui  venoit  des  parties  d'Allemaigne,  où  de  par 
«  notredit  Saint-Père  il  estoit  commis  légat  pour  pourvëoir 
«  et  résister  à  la  faulse  et  détestable  entreprinse  et  hérisie  que 
«  soustiennent  et  croient  les  gens  du  royaulme  de  Béhaigne, 
«  que  l'en  appelle  Housses  4,  les  grandes  inhumanitez  et  des- 
«  honneur  que  il  font  à  notre  foy  cristienne  5.  Pour  quoy  ce 
«  considéré  il  pria  6  à  mondit  seigneur  de  Bourgoigne  7  que  il 
«  se  volsist  disposer  •  et  mettre  sus  en  armes  *  à  rencontre  des 
«  dessus  dis  hérittes  i0.  Et  combien  qu'il  ait  de  grans  affaires, 


1  Mon  (B). 

*  A  notredit  saint  père  (B). 

*  Le  cardinal  d'Engleterre,  lequel  a  exposé  et  dit  comment  il 
venoit,  etc.  (A  et  B). 

*  Houxses  (B). 

*  Le  brouillon  A  ajoute  ici  :  Dont  tout  bon  catholique  doivent 
estre  desplaisant. 

6  Prioit  (B). 

7  De  Bourgogne,  manque  à  B. 

8  Disposer  et  fère  prest  en  se  demonstrant  vray  champion  de  l'église, 
et  se  mettre  sus,  etc.  (B). 

9  Mettre  sus  en  armes,  pour  y  pourvëoir  et  se  y  employer  (B). 

10  Le  brouillon  A  rédige  ce  qui  suit  jusqu'à  la  fin  du  §  en  deux  §§ 
qui  ont  été  résumés  dans  la  mise  au  net.  Les  voici  : 

Item,  lui  dist  en  oultre  icelui  cardinal  que  c' estoit  le  prince  crestien 
qui  plus  pooit  fère  de  bien  en  ceste  chose,  meïsmement  que  tous  les 
princes  et  communaultez  des  parties  d'Allemaigne  désiroient  qu'il  s'i 
volsist  emploier  (*). 

Item,  en  oultre,   remonstera  à  mondit  seigneur  que  combien  qu'il 

(*)  La  minute  B  dit  à  peu  près  de  même,  mais  sans  alinéa  :  «  Et  que  ce 


230  ANNEXES. 

«  nul  n'en  doit  aller  devant  la  besongne  de  la  foy,  et  aussi 
«  c'est  le  prince  que  ceulx  des  parties  d'Allemaigne  désirent  le 
«  plus  qu'il  volsist  aller  par  delà  en  armes. 

«  Item,  dist  mondit  seigneur  le  cardinal  que  il  avoit  espé- 
«  rance  ferme  de  mener  en  ceste  entreprinse  et  à  compaignie 
«  de  monseigneur  de  Bourgogne,  de  IIII  à  VI  M  archiers, 
«  tous  du  royaulme  d'Engleterre  '. 

«  Item,  pendant  *  le  temps  que  mondit  seigneur  le  cardi- 
«  nal  estoit  devers  mondit  seigneur  le  duc,  arriva  5  devers  lui 
«  monseigneur  le  prieur  du  Pont-Saint-Esprit,  légat  et  mes- 
«  sage  *  de  "  notredit  Saint-Père,  envoyé  à  mondit  seigneur, 
«  lequel,  entre  aultres  choses,  parla  à  mondit  seigneur  de  ceste 
«  devantdicte  besogne  ,  et  lui  dist  que  notredit  Saint-Père 
«  auroit  grant  plaisir  6,  et  seroit  moult  joyeux  se  mondit 


vëoit  que  mondit  seigneur  avoit  de  grans  guerres  ou  pays  de  Hol- 
lande et  aultre  part,  toutesvoyes  toutes  telz  guerres  il  devoit  délaissier 
pour  entendre  à  la  besongne  de  la  foy,  que  nulle  besongne  tempo- 
relle ne  doit  à  bon  prince  crestien  estre  pour  fére  devant  ceste. 

*  Ce  §  manque  au  brouillon. 

*  Item,  en  après,  lui  sera  dit  que  pendant  (A).  Item,  en  outre  lui 
sera  dit  que  pendant  (B). 

5  II  arriva  (B). 

*  L'éditeur  de  Chastellain  a  imprimé,  messager.  Les  trois  minutes 
portent  :  message. 

5  De  par  notre  (B). 

*  B  termine  ainsi  ce  §  :  seroit  moult  joyeux  et  auroit  grant  plaisir 
pour  le  bien  de  notredite  foy  cristienne  ,  se  mondit  seigneur  se 
voloit  ou  pooit  employer  et  que  notredit  saint  père  voldroit  bien  que 
Dieux  l'en  donnast  la  grâce  et  honneur  devant  tous  autres  princes. 


est  le  prince  de  la  crestienté  qui  plus  i  puet  fère  de  bien,  méismement  que 
tous  les  princes  et  communaultez  d'Allemaigne  désirent  moult  qu'il  s'i  vol- 
sist  employer.  »  B  ajoute  ensuite  le  môme  §  que  A,  avec  quelques  variantes. 


ANNEXES.  231 

«  seigneur  en  ce  se  vouloit  employer  pour  le  bien  et  reliève- 
«  ment  de  no;tre  foy  cristienne,  et  voldroit  bien  l  que  Dieux 
«  lui  donnast  la  grâce  et  l'onneur  de  en  venir  à  une  bonne 
«  fin  devant  tous  aultres  princes,  ce  que  mondit  seigneur  a  fort 
«  retenu  en  son  corrage. 

«  Item,  et  depuis  ce  que  mondit  seigneur  le  duc  heult  oy  2 
«  lesdis  cardinal  et  prieur,  avec  les  complaintes  que  pluseurs 
«  grans  princes,  prélas,  citez  et  bonnes  villes  des  parties  d'Al- 
«  lemaigne  ont  fait  "  et  font  savoir  journelment,  mondit  sei- 
«  gneur,  4  mëu  de  foy  et  de  vraye  amour  à  son  benoit  créateur 
«  et  à  son  Eglise  cristienne,  est  tant  ardamment  désirans  et 
«  affectez  5  que  plus  ne  puet  de  combattre  et  mettre  8  tout  ce 
«  que  Dieux  lui  a  preste  pour  résister  7  à  rencontre  des  dessus- 


*  Et  voldroit  que  (A). 

"  Heult  oy  *  par  mondit  seigneur  le  cardinal  les  très  grans 
cruaultez  et  hérésies  dessusdits  Housses,  le  meschief  que  ce  est  et 
aeroit  pour  la  cristienté  se  tele  erreur  et  foursennerie  duroit  longue- 
ment, et  aussi  *  ce  que  de  ceste  besongne  lui  avoit  parlé  le  devant 
dit  monseigneur  le  prieux  *  avec  *  la  générale  complainte  que  plu- 
seurs grans  princes,  etc  (A). 

■  Faites  (B). 

*  Journelment  à  mondit  seigneur  le  duc,  mondit  seigneur,'  etc. 
(A  et  B). 

*  Affectez  tant  que,  etc.  (A).  —  Affectez  que  (B). 

6  Plus  ne  puet  de  mettre  (A). 

7  Plus  ne  puet  de  employer  son  corps,  sa  chevalerie  et  mettre  tout 
son  pooir  à  pourvëoir  et  résister,  etc.  (B). 


*  Item,  et  après  lui  sera  dit  que,  depuis  que  mondit  seigneur  ot  oy 
par  ledit  monseigneur,  etc.  (B). 

*  Ossy  (B). 

*  Le  prieux,  de  par  notre  dit  Saint  Père  (B), 

*  Et  oye  la  généralle,  etc.  (B). 


232  ANNEXES. 

«  dis  hérites  '  en  délaissant  *  tous  ses  aultres  affaires  \ 

«  Item,  après  ces  choses  remoustrées  à  notre  dit  Saint-Père 
«  parlesdis  ambaxadeurs  l  sera  requis  de  par  5  mondit  seigneur 
«  que  notredit  Saint-Père  vuelle  commettre  et  donner  la 
«  charge  à  mondit  seigneur  de  ceste  sainte  et  notable  entre- 
«  prinse  devant  tous  aultres  princes,  ou  cas  toutesvoyes  que 
«  l'empereur  ne  le  fëist  6  ;  en  donnant  commandement  par 
«  bulles  7  à  tous  aultres  princes  et  gens,  de  quelque  estât  que 
«  ilz  soient,  que  à  mondit  seigneur  le  duc  ilz  obéissent  en  ceste 
«  partie,  et,  à  l'aide  de  Notre-Seigneur  8,  y  fera  le  bien  et 
«  prouffit  de  la  cristienté  et  aussi  son  honneur  9. 

«  Item,  et  après  ce  l0,  sera  remoustré  par  lesdis  ambaxa- 
«  deurs  H  que  pour  les  grans  guerres   que  mondit  seigneur  le 


*  Desdis  faux  Housses  et  desléaulx  hérites.  B  s'arrête  ici.  On  avait 
ajouté  à  ce  paragraphe  2  lignes  et  demie  qui  ont  été  biffées  ;  les 
voici  :  Et  pour  ce  fère  n'est  travail  ne  péril  de  corps  qui  l'en  puist 
enipeschier  se  ses  affaires  estoient  méismement  mieux  disposez  que  il 
ne  sont  pour  le  présent. 

*  En  délaissant  pour  ceste  chose  entendre  tout  autre  guerres  et 
querelles  queles  qu'elles  soient  (A). 

3  C'est  ici  que  le  brouillon  commence  à  intervertir  les  paragraphes 
et  pour  cela  il  renvoie  à  une  page  supplémentaire,  fol.  159. Les  ratures 
commencent  aussi  à  se  montrer. 

*  Et  la  grant  volenté  de  mondit  seigneur,    sera   requis,  etc.   (A). 

6  Le  brouillon  avait  d'abord  écrit  :  au  nom  de  mondit.  Ces  mots 
ont  été  biffés  et  remplacés  en  marge  par  :  de  'par. 

*  Cette  réserve  a  été  ajoutée  entre  les  lignes  dans  le  brouillon. 

7  Par  bulles  manque  dans  le  brouillon. 

g  A  l'aide  de  Notre-Seigneur,  mondit  seigneur  y,  etc.  (A). 

8  Ce  paragraphe,  après  deux  autres  raturés,  est  le  premier  de  la 
page  supplémentaire. 

,0  Item,  en  outne,  etc.  (A). 

11  Les  mots  :  par  lesdis  ambaxadeurs  sont  remplacés  dans  le  brouil- 
lon par  :  à  notre  dit  Saint  Père. 


ANNEXES.  235 

«  duc  a  longuement  soustenues  pour  cause  de  la  mort  et  mur- 
ce  -dre  perpétré  en  la  personne  de  feu  monseigneur  le  duc  Jehan, 
«  que  Dieux  pardoinst,  et  depuis,  celles  qu'il  lui  a  convenu 
«  soustenir  pour  garder  ses  héritages  es  pays  de  Hénau,  Hol- 
«  lande  et  Zellande,  il  a  moult  grandement  frayé  et  despendu 
«  de  sa  chevance,  et  combien  qu'il  ait  telle  et  si  bonne  volenté 
«  que  dit  est,  toutesvoyes  il  ne  porroit  pas  mettre  sus  hasti- 
«  vement,  tout  à  ses  despens,  telle  puissance  de  gens  que  à 
«  ceste  entreprinse  appertient,  pour  quoy  lui  est  nécessitez  de 
«  avoir  l'ayde  de  notredit  Saint-Père  et  de  l'Eglise. 

«  Item,  et  pour  la  cause  dessusdicte,  mondit  seigneur  prie 
«  à  notredit  Saint-Père  que,  pour  haster  et  advanchier  la 
«  besoingne  de  la  cristienté   et  son  armée,  il  lui  vuelle  prester 

«  la  somme  de,etc laquelle  notredit  Saint-Père  puet  recou- 

«  vrer  par  tout  la  cristienté  4,  car  nul  ne  doit  prétendre  excu- 
«  sation  en  tel  cas. 

«  Item  2,  dire  à  notredit  Saint-Père  que,  à  l'ayde  de  Notre- 
«  Seigneur,  mondit  seigneur  le  duc  menra  en  ceste  armée  une 
«  grant  et  notable  puissance,  est  assavoir  de  III  à  IIII  M  gen- 
«  tilzhommes  et  IIII  M  hommes  de  trait  ou  plus,  et  espoire 
«  que  il  y  menra  gens  de  tel  estât  qu'il  se  trouvera  bien  puis- 
«  sant  de  XV  M  3  combatans  ou  plus. 

«  Item,  que  notre  dit  Saint-Père  vuelle  envoyer  aucun  nota- 
ce  ble  prélat  en  légation  ou  royaulme  de  France,  en  la  partie  de 
«  l'obéissant  du   roy  notre  seigneur,  et  en  oultre  4  es  pays  de 


*  La  fin  de  la  phrase  est  rédigée  comme  suit  dans  le  brouillon  :  Qui 
en  cest  grant  affère  doit  aidier  à  soustenir  la  foy  et  l'église. 

8  Nouveau  paragraphe  de  la  page  supplémentaire. 
5  Et  espoire,  veu  Testât  des  gens  qu'il  menra  avec  lui,  de  se  trouver 
acompaignié  de  XV  M,  etc.  (A). 

*  En  oultre  ce  (A). 

VOY.    ET  AMB.  15 


234  ANNEXES. 

«  Savoye,  Bretaingne,  Brabant4  ,  Liège,  Namur,  Hollande,  Zel- 
«  lande,  Hénau  et  la  conté  de  Bourgoingne,  pour,  par  icelluy 
«  légat,  assambler  les  princes  et  prélas  de  par  deçà,  pour  ensam- 
«  ble  adviser  tout  ce  qui  sera  expédient  pour  la  conduite  de 
«  ceste  sainte  entreprinse,  tant  en  linance  comme  aultrement. 
«  Itern,  apporter  par  ledit  légat  lettres  de  notredit  Saint- 
«  Père  à  monseigneur  *.  le  régent  le  royaulme  de  France,  duc 
«  de  Bethfort,  et  les  gens  des  trois  estas  dudit  royaulme  soubz 
«  son  gouvernement,  requerrant  instamment  icellui  seigneur 
«  que  il  vuelle  secourir  à  la  cristieneté  et  se  employer  à  l'en- 
te contre  des  dessusdis  hérittes,  en  la  compaignie  de  monsei- 
«  gneur  le  duc  de  Bourgongne,  son  beau-frère  3,  en  délaissant 
«  toutes  aultres  choses  4  et  5  le  induire  que,  pour  le  bien  de  la 
«  cristieneté,  il  s'i  vuelle  emploier  en  sa  personne,  et  por- 
«  roiton,  s'il  lui  plaisoit,  trouver,  le  temps  pendant,  aucunes 
«  trieuwes  ou  abstinences  de  guerre  à  ses  adversaires  et  d'un 


1  Es  pays  de  Brabant,  etc.  (A). Le  brouillon  ne  parle  ni  de  la  Savoie 
ni  de  la  Bretagne. 

8  Le  brouillon  avait  d'abord  écrit  simplement  :  «  Itemy  envoier 
bulles  à  monseigneur.  »  Il  a  biffé  et  écrit  au-dessus  la  variante  qui  se 
trouve  dans  la  mise  au  net. 

3  Le  brouillon  a  ici  une  phrase  incidente  de  plus  :  Lequel  de  sa 
france  volenté  pour  soustenir  la  foy  s'i  veult  emploier,  en  délais- 
sant, etc. 

4  On  avait  écrit  d'abord  dans  le  brouillon  :  En  délaissant  toute 
aultre  besongne   aussi  avant  que  possible.   Les  mots  imprimés  en 

.italiques  ont  été  supprimés  et  remplacés  par  :  Tons  autres  fais   tem- 
porelz . 

5  A  partir  d'ici,  la  phrase  est  différente  dans  le  brouillon  qui  dit  : 
En  le  induisant  que  pour  si  grant  bien  se  vuelle  condescendre  à  aucune 
voye  de  paixou  au  moins  aucune  abstinence  de  guerre,  durant  laquelle 
l'en  poroit  besongnier  d'un  commun  accord  au  fait  de  la  cristienté 
comme  dit  est,  en  lui  disant  que  semblable  requeste,  etc. 


ANNEXES.  235 

«  commun  acord  besongnier  ,  en  lui  disant  que  semblable 
a  requeste  fait  not redit  Saint-Père  au  Dolphin. 

«  Item,,  et  se  par  monseigneur  le  régent  est  prétendu  excu- 
«  sacion  obstant  les  affaires  et  les  guerres  qui  de  présent  sont 
«  ou  royaulme  de  France  S -que  au  moins  il  se  volsist  emploier 
«  et  tenir  la  main  adfin  que,  par  les  dessusdictes  gens  des 
«  trois  estas,  aucune  bonne  ayde  de  gens  ou  de  finances  se 
«  mëist  sus,  pour  aidier  à  la  cristienté  et  soustenir  l'armée 
«  que  fait  mondit  seigneur  de  Bourgongne. 

«  Item,  samblablement  soit  par  notredit  Saint-Père  envoyet 
«  légat  portant  bulles  devers  le  Dolphin,  et  à  icellui  et  les  gens 
«  des  trois  estas  de  son  obéissance  requérir  samblable  requeste 
«  que  on  fait  à  mondit  seigneur  le  régent,  comme  cy  dessus 
«  est  faite  mention  2. 

«  Item,  semblable  requeste  faire  à  monseigneur  le  duc  de 
«  Brabant,  monseignenr  le  duc  de  Bretaigne,  monseigneur  le 
«  duc  de  Savoye  et  les  trois  estas  de  leurs  pays  3. 

«  Item,  que,  pour  l'avancement  des  finances  * ,  par  notredit 
«  Saint-Père  soient  données  bulles  et  indulgences,  et  apportées 
«  par  mondit  seigneur  le  légat,  commis  ou  dessusdit  royaulme 
«  et  es  aultres  pays  dessusdis,  icelles  bulles  contenant  la 
«  fourme  dont  baillera  la  coppie  révérend  père  en  Dieu,  mon- 
«  seigneur  l'évesque  de  Tournay  5. 


1  De  France,  manque  dans  le  brouillon. 

*  Ce  §,  écrit  d'abord  en  tête  de  la  page  supplémentaire,  y  a  été 
biffé  ;  puis  il  a  été  intercalé  à  sa  place  dans  le  brouillon,  fol.    154  v°. 

3  Dernier  paragraphe  de  la  page  supplémentaire,  qui  d'après  les 
chiffres  de  classement,  aurait  dû  se  trouver  après  celui  qui  le  suit  ici. 

*  Pour  V avancement  des  finances,  manque  dans  le  brouillon. 

8  Le  brouillon  ajoute  ici  un  paragraphe  :  «  Item,  demandera 
notredit  Saint  Père  qu'il  vuelle  donner  ses  bulles,  adreschiées  à  tous 
prélas,  princes, seigneurs,  gardes  des  bonnes  villes,cités  et  chasteaulx, 
par  lesquelles  il  leur  amoneste  et  requiert,  de  par  Dieu  et  son  église, 


236  ANNEXES. 

«  Item,  demander  à  notredit  Saint-Père,  par  bonne  manière, 
«  son  advis  l  à  qui  le  conqueste  doit  estre,  qui,  au  plaisir  Dieu, 
«  se  fera  sur  lesdis  hérittes.  » 


Seconde  Partie. 

Item,  doit  mondit  seigneur  envoyer  une  ambaxade  bien 
notable  et  de  gens  bien  congnoissans  es  pays  d'Allemaigne 
pour  y  faire  de  par  mondit  seigneur  ce  qui  s'ensiult  : 

Item,  *  parler  aux  princes,  prélas  et  gouverneurs  de  3  citez 
et  bonnes  villes,  voisines  et  marchissans  aux  ennemis  de  la 
foy  *  et  leur  sera  dit  5  .  que  mondit  seigneur  est  bien  en  volenté 
de  venir  en  ceste  saison  nouvelle  à  très  grant  puissance  de 
gens  d'armes  et  de  trait,  ainsi  que  aultre  fois  leur  a  fait 
savoir  6,  et  pour  ce  désire  à  savoir  de  eulx  en  quel  disposition 
ilz  sont  pour  faire  guerre  contre   lesdiz  ennemis  et  quelle  ayde 


que  à  monseigneur  le  duc  de  Bourgongne,  commis  de  par  l'église  et 
toute  sa  compaignie  allant  en  cest  voiage,  ils  vuellent  donner  aide, 
confort  et  soustenance,  et  administrer  vivres  en  payant  pris  raison- 
nable. 

*  Son  advis,  manque  dans  le  brouillon. 

*  Premiers  (A). 
8  Des  (A). 

*  Le  brouillon  ajoute  ici  :  «  Et  leur  remoustrer  la  bonne  volenté 
et  affection  que  mondit  seigneur  a  au  bien  de  la  cristienté  et  le  grant 
désir  qu'il  a  [de]  destruire  les  mauvais  Houx,  hérites,  ainsi  que  ce  leur 
a  jà  fait  savoir  par  ses  lettres,  et  tous  jours  persévère  en  ce  saint 
propos  et  aussi  il  en  est,  veu  la  nécessité,  fort  requis  par  notre  saint 
père  et  l'église.  » 

Après  ce  passage,  le  brouillon  ouvre  un  nouveau  paragraphe  où 
se  retrouve  la  fin  de  celui  où  il  l'a  intercalé. 

5  Item,  en  oultre  leur  sera  dit,  etc.  (A). 

6  Cette  phrase  incidente  manque  dans  le  brouillon. 


ANNEXES.  .  237 

mondit  seigneur  poroit  trouver  par  de  là  ',  tant  de  gens  comme 
de  finances  *  pour  soldoyer  lesdites  gens  d'armes  et  de  trait 
que  il  menroit  en  sa  compaignie,  laquelle  sera  très  grande  et 
souffisans  comme  dit  est  3. 

Item,  *  demander  aux  dessusdis  princes,  prélas  et  gouver- 
neurs de  bonnes  villes  comment  mondit  seigneur  le  duc  et  ses 
gens  d'armes,  en  allant  oudit. voyage,  porroit  avoir  ouverture, 
logis  et  passages  parmy  les  bonnes  villes  et  fortresses,  et 
aussi  comment  on  recouveroit  de  vivres  et  le  pris  que  on  met- 
troit  sur  iceulx. 

Item,  demander  aux  dessusdis  princes,  prélas  et  gouver- 
neurs quel  5  chemin  mondit  seigneur  et  sa  puissance  por- 
roient  aller  par  delà  pour  le  plus  aisié,  tant  du  chemin  comme 
pour  trouver  habondance  6  de  vivres,  et  par  quel  lieu  il  leur 
samble  que  on  devroit  entrer  ou  pays  des  ennemis. 

Item,  enquérir  7  de  Testât  desdis  adversaires  ,  comment  il 
se  maintiennent  en  leur  guerre,  quel  nombre  de  gens  de  cheval 
ils  sont,  comment  il  sont  armez  et  abatonnez,  quel  nombre  de 
gens  de  piet  il  sont  et  combien  il  ont  de  gens  de  trait  et  quelx 
habillemens  et  soucieutez  ilz  ont  quand  ilz  tiennent  les  champs 
en  guerre. 

Item,  demander  aux  dessusdis  princes,  prélas  et  gens  du 
pays  quelz  remèdes  leur  samblent  estre  convenables  et  néces- 
saires pour  résister  aux   engins  et  malices  desdis  ennemis,  et 

1  Trouver  en  eux  (A). 

2  De  gens  et  aussi  de  finances  (A). 

3  Comme  dit  est,  ne  se  trouve  pas  dans  le  brouillon. 

*  Ce  paragraphe  manque  ici  dans  le  brouillon.  On  le  trouve  plus 
loin  (voir  p.  238  note  2). 

8  Le  brouillon  avait  d'abord  écrit  :  par  .quel  chemin.  Mais  le  mot 
par  a  été  biffé. 

a  Notre  texte  porte  :  «  Tant  chemin  et  trouver  habondance.  »  Le 
brouillon  A  dit  :  «  Tant  du  chemin  comme  pour  habondance.  »  J'ai 
combiné  les  deux  textes. 

7  Demander  (A). 


238  ANNEXES. 

se  ceulx  des  pays  de  par  delà  ont  advisé  aucuns  habillemens 
pour  remédier  à  rencontre  desdis  adversaires  et  que  leSdis 
ambaxadeurs  les  puissent  vëoir  s'aucuns  en  y  a. 

Item,  demander  aux  dessusdis  princes  comment  on  se  auroit 
à  gouverner  se  lesdis  adversaires  ne  se  osoient  mettre  avant 
pour  bataille,  mais  se  retraisissent  en  villes  et  fortresses,  et 
comment  on  les  porroit  asségier  et  continuer  les  sièges  ,  et 
aussi  avoir  vivres  \ 

Item,  *  avoir  advis  avec  ceulx  desdis  pays  de  par  delà  qui 
de  ce  ont  congnoissance  quel  monnoie  tant  d'or  comme  d'argent 
mondit  seigneur  et  ses  gens  porroient  porter  par  delà  pour 
leur  plus  grant  pourftt,  et  en  ce  cas  trouver  aucun  bon  moyen 
avec  les  princes,  pays  et  bonnes  villes  \ 

Item.,  que  mondit  seigneur,  avec  sa  dite  ambaxade,  envoyé 
aucuns  gentilzhommes,  sages  et  congnoissans,  pour  visiter  deux 
ou  trois  manières  de  chemins  pour  aller  par  delà  et  méismement 
quelx  rivières  et  passages  et  quelx  logis  on  trouveroit  pour 
entrer  es  pays  desdis  ennemis,  et  visiter,  s'il  y  a  rivières, 
comment  on  trouveroit  navie,  et,  ii\  y  fault  aller  à  charroy  *, 
comment  on  en  recouvera  5,  et  que  cest a  chose  soit  bien  et 
deuement  visitée  par  les  gens  de  monseigneur  sans  ce  qu'il  s'en 
atende  de  rien  aux  gens  du  pays.  Et  aussi  qu'il  se  infourment 
à  la  vérité  comment  on  trouveroit  vivres  et  comment  l'armée 
en  porroit  estre  servie  7. 

1  Et  aussi  avoir  vivres,  manque  dans  le  brouillon. 

*  Le  brouillon  place  ici  le  paragraphe  omis  à  la  page  précédente. 
Ce  §  est  sur  un  autre  feuillet  (fol.  158)  et  rien  n'y  indique  qu'il  doive 
être  reporté  ailleurs.  Une  seule  variante  mérite  d'y  être  notée  :  au 
lieu  de  :  Et  le  pris  que  on  mettroit,  etc.,  il  dit  :  Et  quel  pris  et  quel 
provision  en  mettroit  sur  iceulx. 

3  Princes  et  pays,  etc.  (A). 

*  Et  se  c'est  chemin  de  charoy  (A). 

5  Comment  on  trouveroit  charoy  (A). 

6  Ceste  (A). 

7  Et  comment  ilz  porroient  servir  l'armée. 


ANNEXES.  239 


Tierce  Partie. 


Item,  pendant  le  temps  que  on  feroit  les  choses  dessus- 
dites, envoyer  devers  l'Empereur  et  lui  signifier  comment 
nostre  Saint-Père  a  induit  monseigneur  le  duc,  etc.,  de  se 
emploier  à  la  destruction  des  Housses,  félons  hérittes,  et  aussi 
la  bonne  volenté  que,  pour  l'amour  de  notre  foy  cristienne, 
mondit  seigneur  a  à  ceste  sainte  besongne. 

Item,  '  remoustrer  à  l'Empereur  comment  mondit  seigneur 
se  dispose  de  aller  contre  lesdis  ennemis,  et  auroit  mondit 
seigneur  grant  joye  que  les  affaires  dudit  Empereur  fussent 
disposez  de  se  employer  contre  lesdis  hérittes  à  ceste  saison 
prochaine,  et  en  ce  cas,  mondit  seigneur  le  yroit  acompai- 
gnier  à  toute  puissance  *.Car  c'est  le  prince  du  monde  que  mon- 
dit seigneur  veroit  le  plus  volentiers  en  sa  conduite  d'armes, 
car  il  lui  samble  que  à  tous  jours  mais  il  en  vaulroit  de 
mieulx. 

Item,  en  oultre  prier  3  au  dit  Empereur  que  ce  que  mondit 
seigneur  le  duc  fait  en  ceste  partie,  il  le  vuelle  avoir  pour 
agréable  et  le  avoir  pour  recommandé  en  lui  baillant  ses 
lettres  patentes,  par  lesquelles  il  mande  aux  princes,  prélas, 
gardes  de  bonnes  villes,  citez,  fortresses  et  passages  de  l'Empiré, 
que  à  mondit  seigneur  et  à  ses  gens  face  toute  ayde,  confort  et 
assistense,  en  lui  baillant  ouverture  et  passage  durant  ceste 
présente  armée  et  lui  administrant  vivres,  pour  son  argent, 
à  pris  raisonnable,  icelles  lettres  le  plus  au  prouffit  de  mondit 
seigneur  que  l'en  pora  obtenir  *. 

1  Ce  §  est  placé  dans  le  brouillon'après celui  qui  le  suit  ici  ;  mais  on 
a  indiqué  la  transposition  en  marge  au  moyen  des  lettres  A  et  B.  On 
comprendra  en  lisant  ce  §  quel  sentiment  politique  l'a  fait  ajouter 
ici  et  placer  le  premier. 

*  Servir  à  toute  sa  puissance  (A). 
3  Pryer  (A). 

*  Recouvrer. 


240  ANNEXES. 

Quarte  Partie  \ 

Item, que,  sceu  l'intention  de  notre  Saint-Père  et  de  l'Eglise,2 
sur  les  requestes  dessusdites,  qui  doit  donner  à  mondit 
seigneur  la  fondation  principalle  de  son  entreprinse,  et  méis- 
mement  en  fait  de  finances,  mondit  seigneur  porra,  selon  ce, 
faire  son  mandement,  grant,  moyeu  ou  petit  '. 

Item,  il  samble  que,  le  légat  venu  *  es  parties  de  par  deçà  et 
lui  assamblé  avec  les  princes  et  prélas  et  aultres  notables 
gens,  bien  affectez  en  ceste  matère,  tant  d'église  comme 
nobles  5,  il  deveroit  ordonner  notables  prédications  qui  par 
toutes  les  églises  et  paroisces  de  par  deçà  seroient  preschies 
par  pluseurs  jours  solempnez,  et  par  icelles  prédications  5  on 
porroit,  à  l'ayde  des  princes  et  prélas  et  de  leurs  Oificiers  et 
des  loix  des  citez  et  bonnes  villes,  mettre  sus  une  finance  qui  se 
prenderoit,  sans  exception  de  personne,  sur  chacune  teste, 
certain  taux  d'argent,  ou  tant  que  leur  dévotion  porteroit  6, 
et,  se  ce  se  pooit  conduiie,  on  y  leveroit  une  très  merveilleuse 
finance  \ 


1  Les  paragraphes  de  cette  partie  sont  aussi  placés  différemment 
dans  le  brouillon,  mais  on  a  indiqué  en  marge,  par  des  chiffres,  le  clas- 
sement tel  qu'il  a  été  suivi  dans  la  mise  au  net. 

■  Et  de  V Eglise  manqae  dans  le  brouillon. 

3  Après  ce  §,  le  brouillon  en  avait  commencé  un  autre  qui  a  été  biffé 
et  que  voici:  Item,  à  correction,  semble  qu'il  y  a  plusieurs  manières 
pour  avoir  finance  et  ayde  pour  l'entreprinse  dessusdite. 

4  Que,  quand  le  légat  sera  venu,  etc.  (A). 

5  La  phrase  contenue  entre  les  deux  signes  de  notes  5  a  été 
ajoutée  en  marge  dans  le  brouillon. 

6  Ou  tant  que  leur  dévotion  'porteroit  a  été  ajouté  entre  les 
lignes  dans  le  brouillon. 

7  Le  brouillon  a  ajouté  ici  :  «  Et  poroit  on  assez  légièrement  savoir 
avant  la  main  combien  tout  ce  porroit  monter  pour  se  fonder  sus.  » 


ANNEXES.  241 

Item,  se  poroit  lever  ceste  dite  finance  de  chacune  paroisce 
par  deux  preudomes  avec  le  curé,  lesquelx  yroient  d'ostel  en 
hostel  faire  queste,  et  seroit  mis  par  escript  *  tout  ce  que 
chacun  auroit  donné  et  par  trois  jours  de  feste  solempnel  la  lire 
publicquement  *  adfin  que  chacun  pëust  savoir  que  la  finance 
seroit  devenue  et  combien  elle  auroit  monté  \ 

Item,  que,  les  indulgences,  qui  seront  advisées  par  mondit 
seigneur  de  Tournây  et  dont  cy  dessus  est  faite  mention, 
publiées,  pluseurs  *,  meus  de  bonne  dévotion  et  pour  estre 
absolz,  donront  de  grans  sommes  de  deniers. 

Item,  que  l'en  pora  avoir  grant  finansse  des  disimes  des 
gens  d'Eglisse  \ 

Item,  aussi  puet  advenir  6  que  pluseurs  seigneurs,  chevaliers 
gentilzhommes,  marchans  et  riches  bourgois  y  voiront  aler  à 
leur  despens,  ou  y  envoyer  gens  d'armes  et  de  trait  7,  et  tant 
fauroit  moins  de  finances  *. 


1  En  escript  (A). 

2  Le  brouillon  dit  :  Le  lire,  et  omet  :  Publicquement. 

3  Et  combien  elle  monteroit  justement  (A). 

*  Plusieurs  gens  (A). 

5  Ce  §  a  été  ajouté  à  la  mise  au  net,  en  grande  écriture  ronde,  et 
sans  doute  par  l'auteur.  Il  manque  au  brouillon. 

6  Cette  expression  de  doute  :  aussi  peut  advenir,  a  été  ajoutée  dans 
le  brouillon  entre  les  lignes. 

7  Ce  qui  suit  est  remplacé  r^ans  le  brouillon  par  ces  mots  :  Que  il  y 
envoieroient  à  leur  despens  semblablement. 

•  Le  brouillon  a  ici  un  §  de  plus  qui  peut  se  comparer  à  l'avant- 
dernier  de  cette  partie,  ajouté  par  l'auteur  (V.  note5)  :  Item  que 
les  Xes  (dissimes)  que  notre  saint  père  aura  ordonné  prendre  sur 
les  gens  d'église  devra  valloir  aucune  bonne  et  grande  somme, 


242  ANNEXES. 

Quinte  Partie. 

«  Item,  toutesfois,  se  mondit  seigneur  maine  le  nombre  de 
«  IIIM  hommes  d'armes  et  IIIIM  hommes  de  trait  comme  des- 
«  sus  est  dit,  les  gaiges  d'iceulx  hommes  d'armes  prendront 
«  XXescus  de  XL  gros,  et  gens  de  trait  la  moitiet,  banerés 
«  et  chevaliers  selon  leur  estât  à  l'avenant,  montera  pour  mois 
«  Cirtil  escus,  telz  que  dit  sont,  sans  en  ce  riens  comprendre 
«  Testât  de  mondit  seigneur,  et  veu  le  lontaing  chemin  et  qu'il 
«  fault  partout  paier,  l'en  ne  porroit  point  donner  plus  petis 
«  gaiges  \. 

«  Item,  et  se  porront  trouver  lesdites  gens  d'armes  et  de 
«  trait  en  la  manière  qui  s'ensiult. 

«  Est  s  assavoir,  mondit  seigneur  de  Brabant  HIC  hommes 
«  d'armes,  s'il  y  venoit  en  personne,  et  s'il  n'y  pooit  aller 
«  qu'il  3  commesist  aucun  notable  de  son  pays  pour  mener  le 
«  nombre  dessusdit,  avec  IIC  arbalestriers  ou  aultre  nombre 
«  convenable. 

«  Item,  monseigneur  le  duc  de  Bretaigne,  se  samblablement 

1  De  ce  paragraphe  très-tourmenté  de  rédaction  dans  le  brouillon, 
avec  des  alinéas  biffés  et  un  passage  en  marge  à  demi  biffé,  on  peut 
lire  ce  qui  reste  comme  suit  :  Item,  que  mondit  seigneur  devroitcon- 
tendre,  se  les  finances  dessusdittes  le  peuvent  porter,  de  mener  avec 
lui  ou  dessus  dit  voiage  IIIM  hommes  d'armes  et  IIIIM  hommes  de 
trait,  lesquelz  tous  ensamble  et  méismement  qu'il  y  aura  plusieurs 
grans  seigneurs  et  généreulx  hommes  de  grant  estât  qui  menront 
pour  eulx  sans  accompagnier  grant  nombre  de  gens  et  telement  que 
les  dessus  dis  IIIM  hommes  d'armes  et  IIIIM  hommes  de  trait  l'en 
poroit  sceurement  estimer  à  plus  de  XVM  combatans,  lesquelx  IIIM 
hommes  d'armes  pour  advertissement,  veu  les  estas, montent  pour  court 
che  estimer  à  XX  escus  de  XL  gros,  ung  homme  de  trait  à  la  moitié, 
banerez  et  chevaliers  sievant,  la  somme  de  C  mil  escus,  du  poids 
dessusdit,  pour  mois. 

*  C'est  (A). 

3  Qu'il  y  (A). 


ANNEXES. 


245 


«  n'y  pooit  venir,  qu'il  volsist  envoyer  IIIC  hommes  d'armes  et 
«  IIIC  arbalestriers  ou  archiers  ou  aultre  nombre  samblable- 
«  ment  que  dessus. 

«  Item  ,  révérend  père  en  Dieu,  monseigneur  l'évesque  de 
«  Liège,  atout  IIC  hommes  et  IIC  arbalestriers. 

«  Item,  que  monseigneur  le  duc  deSavoye  volsist  envoyer  le 
«  prince  !  son  filz  acompaignié  de  IIIC  hommes  d'armes  et  de 
«  IIIC2 arbalestriers 5,et  se  les  dessusdis  princes  voloient  envoyer 
«  les  nombres  des  gens  d'armes  et  de  trait  cy  dessus  requis,  qui 
«  montent  à  XIC  hommes  d'armes  et  mil  hommes  de  trait,  mondit 
«  seigneur  auroit  tant  moins  à  recouvrer  de  gens  en  sesdis  pays. 

«  Item,  *  pour  payer  les  gens  d'armes  et  de  trait  des  dessusdis 
«  princes  et  prélas,les  finances  se  porront  trouver  en  leurs  pays 
«  méismement, en  usant  par  la  manière  efc  praticque  dessusdit s. 

«  Item,  porroit  mondit  seigneur  mander  venir  avec  lui  le 
«  conte  de  Vernebourcq,  qui  est  seigneur  bien  amé  et  congnëu 
«  en  toutes  les  Allemaignes  et  est  très  vaillant  en  guerre,  et  lui 
«  baillier  certaine  retenue  de  gens  8. 

1  Monseigneur  le  prince  (A). 

*  IIC  (A). 

5  Le  reste  de  l'alinéa  manque  dans  le  brouillon,  où  ces  derniers 
mots  sont  suivis  de  deux  lignes  biffées, et  d'une  ligne  intercalaire,  bif- 
fée aussi. 

*  Cet  alinéa  a  été  ajouté  en  marge  dans  le  brouillon. 

8  Le  brouillon  ajoute  ici  des  paragraphes  que  le  premier  §  de  la 
page  244  rend  inutiles  : 

Item,  du  pays  de  Hénau,  C  et  L  hommes  d'armes  et  IIC  archiers. 

Item,  du  pays  de  Hollande  et  Zéllande  tant  de  ceulx  qui  par  cy 
devant  ont  esté  de  l'obéisance  de  monseigneur  comme  de  ceulx  qui 
de  présent  se  sont  remis  en  son  obéissance  et  gouvernement,  C  hom- 
mes d'armes  et  cent  arbalestriers. 

Item,  de  le  conté  de  Namur,  L  hommes  d'armes,  qui  montent  de 
pour  tous  les  pays  dessusdis  XIIIIC  hommes  d'armes  et  XIIC  hommes 
de  trait. 

6  Ce  paragraphe  n'existe  pas  dans  le  brouillon. 


244 


ANNEXES. 


«  lient,  se  aucuns  desdis  princes  ne  venoient  ou  envoyoient 
w  par  la  manière  dessus  déclarée,  il  converoit  que  mondit  sei- 
«  gneur  trouvast  les  devansdis  IIIM  hommes  d'armes  et  IIIIM 
«  hommes  de  trait  surses  pays  de  Bourgogne,  Artois,  Flandres, 
«  Hénau, Hollande  ou  Zellande  et  Namur  *,au  moins  ce  qu'il  faul- 
«  roit  pour  le  parfait  dudit  nombre  *,  et  pour  estre  sceurement 
«  acertené,  il  convendroit  mander  à  certain  jour  les  gens  des 
«  dessusdis  pays  et  les  aultres  gentilzhommes  et  mettre  par 
a  mémoire  les  nom*;  de  ceulx  qui  en  tel  cas  sont  à  mander  ; 
a  mais  ce  se  puet  délayer  tant  c'on  aura  oy  nouvelles  des  amba- 
«  xadeurs  envoyés  à  Rome. 

«  Item,  et  quant  lesdis  seigneurs  et  gentilzhommes  venront 
«  devers  mondit  seigneur,  par  bonne  manière  les  doit  amon- 
«  nester  5  de  venir  audit  voiage  et  appointier  avec  eulx  quel 
«  nombre  chacun  menra,tant  d'hommes  d'armes  que  de  gens  de 
«  trait  4  et  la  manière  qu'ilz  auront  à  eulx  conduire  allant  oudit 
«  voyage,  et  aussi  prendre  bonne  sceuretéd'eulx  (Ju'ils'entreten- 

1  Bourgogne,  Artois  et  Flandre  (A).  On  comprend  qu'après  les 
trois  paragraphes  cités  p.  243  note  s,  où  est  fixé  le  contingent  du  Hai- 
naut,de  la  Hollande  et  de  Namur,  le  brouillon  n'avait  plus  à  citer  ici 
ces  provinces. 

*  Le  brouillon  va  ici  à  la  ligne  et  rédige  ainsi  la  fin  de  ce  § 
(je  néglige  quelques  mots  intercalés,  sans  portée)  : 

Item,  pour  trouver  l'acomplissement  des  gens  d'armes  et  de  trait, 
en  le  parfait  de  IIIM  hommes  d'armes  et  de  IIIIM  archiers,  oultre 
ce  que  dessus  est  dit,  pour  ce  assembler  et  mettre  sus,  mondit 
seigneur  doit  mander  devers  lui  tous  les  notables  seigneurs,  banerès, 
chevaliers  et  escuiers  que  il  a  accoustumé  de  mander  pour  mener  en 
ses  guerres,  tant  de  son  pays  de  Bourgongne,  ducé  et  conté,  que  de  sa 
conté  de  Flandre  et  d'Artois,  en  ce  comprins  Boulongne  et  Saint-Pol 
et  les  aultres  tenemens  des  pays  de  France  que  monseigneur  a  en  son 
gouvernement.  (Suivent  des  lignes  biffées). 

3  Item,  iceulx  venus  devers  lui,  par  bonne  manière  les  ammones- 
ter,  etc.  (A). 

4  Avec  eulx  du  nombre  qu'ilz  doivent  mener  et  la  manière,  etc.  (A). 


ANNEXES.  245 

«  ront  en  bonne  obéissance  le  voyage  durant,  et  '  aussi  fère  lors 
«  pluseurs  bonnes  ordonnances  nécessaires  pour  conduite  des- 
«  dictes  gens  d'armes. 

«  Item,  que  lesdites  gens  d'armes  et  de  trait  que  mondit  sei- 
«  gneur  menra  en  sa  compaignie,  comme  dit  est,  2  des  pays  de 
«  par  deçà,  monseigneur  messire  Jehan  de  Luxembourg  en 
«  devroit  avoir  le  charge  et  les  conduire  5  soubz  monseigneur 
«  le  duc  de  Bourgoingne. 

«  Item,  monseigneur  le  prince  d'Orenges,  semblablement 
«  avoir  le  charge  de  ceulx  des  ducez  et  contez  de  Bourgoingne 
a  et  des  pays  d'environ. 

Item,  monseigneur  le  marissal  de  Bourgoingne  useroit  en 
général  de  son  office,  ainssi  que  à  marissal  appartient. 


VIe  Partie. 

Item,  que  mondit  seigneur  se  doit  pourvëoir  de  grant  et 
souffissant  artillerie,  tant  de  ars  à  main,  flesches,  cordes,  arba- 
lestres  à  monter  au  crocq  et  à  guindas,et  de  trait  à  ce  servant 4. 

Item,  de  lances,  haces  ou  maillés  de  ploncq  5. 

Item,  de  pavaiz  grans  et  petis,  pour  pourvëoir  contre  le  trait 
des  adversaires. 

Item,  de  canons,  bombardes,  pouldres  et  estoffes  6  et  aultres 
soutivetez  selon  ce  que  on  trouvera  estre  nécessaire  par  le 
rapport  des  ambaxadeurs  que  mondit  seigneur  aura  envoyé  es 
parties  d'Alleniaigne  et  méismement  de  ceulx  qui  seront  char- 


*  Le  brouillon  termine  ce  §  ainsi  :  Et  ad  ce  fère  avec  bon  avis. 

2  Le  mot  est  manque  dans  notre  texte.  Il  n'a  pas  été  omis  dans  le 
brouillon. 

3  Le  charge  de  les  conduire  (A). 

4  Et  tout  ad  ce  servant  (A). 
6  Plônc(A). 

6  Pouldres,  estoffes  (A). 


246  ANNEXES. 

gié  4  de  savoir  Testât  desdis  ennemis  *  et  de  la  manière  qu'ilz 
tiennent  en  faisant  leur  guerre  3  adfin  de  se  pourvëoir  selon  ce. 

Item,  pour  trouver  bonne  artillerie  de  ars  à  main  et  flesches, 
veu  que  c'est  pour  la  cristienté,  l'en  porroit  savoir  à  monsei- 
gneur le  régent  se  on  en  porroit  recouvrer  ou  royaulme  d'En- 
gleterre. 

Item,  samblablement ,  pour  canons  ,  tentes  ,  pavillons  et 
aultres  habillemens  de  guerre,  dont  cy  dessus  est  fête  mention , 
l'en  poroit  savoir  se  on  en  porroit  recouvrer  es  bonnes  villes 
d'Allemaigne,  es  lieux  les  plus  prochains  desdis  adversaires,  et 
sur  cest  article  avoir  bon  ad  vis,  pour  tousjours  faire  le  plus 
grant  prouffit  *. 

Item,  ordonner  deux  hommes  notables  5,  preudezhommes  et 
sages  qui  conduiront  le  fait  de  l'artillerie  dessusdite. 


/ 

VIIe  Partie. 


Item,  que  mondit  seigneur,  pour  le  conduite  de  sa  personne 
et  (3e  son  hostelet  généralment  de  tous  ses  affaires,  se  doit  pour- 
vëoir de  X  6  ou  XII  notables  hommes  de  conseil,  tant  d'église 
comme  de  chevaliers  anchiens,  congnoissans  les  affaires  du 
monde  par  expérience,  et  aultres  en  desoubz,  gens  de  qui  on  se 
puist  aidier  en  telz  grans  fais,  comme  à  ceste  présente  entre- 


*  Chargiés(A). 

'  Anemiz  (A). 

s  Ce  qui  suit  manque  dans  le  brouillon. 

4  Pour  en  avoir  le  meilleur  marchiet  (A). 

5  Ce  qui  suit  est  rédigé  dans  le  brouillon  en  ces  termes  :  Expers  et 
rescruz,  de  bonne  conscience  et  seur,  qui  conduiront  les  artilleries 
dessusdites. 

6  On  pourrait  lire  :  XI,  dans  la  mise  au  net,  mais  le  brouillon  écrit 
lisiblement  X. 


ANNEXES.  247 

prinse  appertient,  pour,  avec  les  seigneurs  et  cappitaines  des- 
sus nommez  aidier  à  conduire  les  besongnes  *  et  affaires. 

Item,  que  mondit  seigneur  pourvoye  à  la,  conduite  de  sa  per- 
sonne durant  ledit  voiage  2,  des  habillemens  appertenans  à  sa 
haultesse,  vestemens,  3  armeures,  chevaulx  et  aultres  choses 
ainsi  qu'il  appertient,  veu  le  grant  entreprinse  et  les  lieux 
estranges  où  il  est  tailliés  de  aller,  pour  4  y  garder  son  hon- 
neur et  croistre  sa  renommée  toudis  de  bien  en  mieux. 

Item,  que  durant  le  voyage  que  mondit  seigneur  est  taillié 
de  faire,  il  doit  choisir  des  officiers  de  son  hostel  de  tous  estas, 
des  plus  habilles  et  expers  et  les  mieulx  tailliés  de  endurer  les 
travaux  et  furnir  ce  que  en  tel  cas  est  appertenant  de  faire. 

Item,  il  samble  que  on  porroit  envoyer  es  parties  d'Alle- 
maigne  où  mon  dit  seigneur  est  taillié  de  converser  le  plus, 
bonnes  gens  pour  acheter  bledz,  vins,  chars  et  aultres  choses 
pour  soustenir  son  estât,  dont  l'en  porra  avoir  beaucoup  mil- 
leur  marchié  se  on  le  fait  avant  la  main  que  quant  mondit 
seigneur  y  seroit  et  qu'il  y  auroit  grant  nombre  de  gens. 

Item,  que  pour  mettre  sus  et  soustenir  Testât  et  despense  de 
mondit  seigneur,  lui  convient  avoir  grant  finance,  laquelle  se 
pora  trouver  sur  les  pays  de  mondit  seigneur  %  mais  qu'il 
volsist  entendre6  au  premier  article  où  il  parle  de  son  mariage. 


1  Le  brouillon,  après  avoir  intercalé  en  marge  la  phrase  précé- 
dente, termine  ainsi  l'alinéa  :  Et  doivent  bien  estre  esleus  et  bien 
advisez  ceulx  que  mondit  seigneur  voira  embesongnier. 

2  Les  mots  :  Durant  le  dit  voyage  manquent  dans  le  brouillon. 

*  Tant  des  habillements  appertenans  à  sa  haultesse  que  de  veste- 
mens, etc.  (A). 

4  Le  brouillon  termine  ainsi  ce  §  :  pour  y  garder  son  honneur  et 
renommée. 

0  Le  brouillon  ajoute  ici  :  Assez  aisiément. 

6  Se  mon  dit  seigneur  vouloit  entendre,  etc.  (A). 


248  ANNEXES. 


VIII*  Partie. 


Item,  que  mondit  seigneur  pourvoie,  es  pays  de  Bour- 
goingne,  ducé  et  conté,  de  aucun  ou  aucunes  qui  en  son  absense 
ait  ou  ayent  ,1e  gouvernement  *  à  qui  on  se  puisse  retraire 
quant  aucune  chose  sourvendra,  et  2  samblablement  soit  pour- 
vëu  es  pays  de  Flandre,  Artois,  Hénau,  Hollande  et  Zeelande 
et  aultres  pays  3  dont  mondit  seigneur  a  le  gouvernement. 

Item,  que  pour  assëurer  lesdis  pays,  mondit  seigneur 
prende  treuwes  ou  abstinences  à  tous  ses  ennemis  et  malvuel- 
lans,  durant  le  temps  au  moins  que  il  est  tailllé  d'estre  hors  de 
ses  pays  4. 

Item  5,  se  les  finances  pooient  estre  souffissans  pour  payer 
le  nombre  de  IIIM  homes  d'armes  et  IIIIM  hommes  de  trait, 
comme  dit  est,  lesquelx  l'en  puet  estimer  avec  Tostel  de  mondit 
seigneur  le  duc  au  nombre  de  XVM  combatans,  qui  est  une 
notable  puissance,  se  Lieux  leur  vuelt  prester  sa  grâce,  et 
encore  que  mondit  seigneur  le  cardinal  se  porte  fort  d'amener 
avec  lui  V  ou  VIM  combatant  du  royaulme  d'Engleterre,  et  sans 
riens  extimer  la  puissance  des  seigneurs  d'Allemaigne. 

*  A  partir  d'ici  le  brouillon  varie  encore,  il  dit  :  Et  que  avant  son 
partementen  prende  abstienence  ou  trieuwes  tant  aux  coramuogs, 
comme  aux  Allemans  et  générairnent  à  tous  ceulx  qui  guerre  ou 
empeschement  porroient  fère  auxdits  pays  durant  l'absence  de  mon 
dit  seigneur. 

*  Item,  semblablement,  etc.  (A). 

*  Le  brouillon  termine  ainsi  :  Et  ad  ce  fère  fault  bien  avoir  bon 
ad  vis. 

*  Ce  §  manque  au  brouillon.  La  même  idée  avait  déjà  été  exprimée 
à  la  fin  du  précédent  §  (Voir  note  1  de  la  présente  page). 

8  Les  deux  derniers  paragraphes  manquent  dans  le  brouillon.  Le 
précédent  §  s'arrête  au  bas  d'une  page,  fol.  156,  dont  le  verso  est 
à  demi  rempli  par  une  variante  du  2e  alinéa  du  mémoire,  que 
j'ai  appelée  C.  (Voir  page  228  note  *). 


ANNEXES.  249 

«  Item,  supplie  humblement  celui  qui,  de  bonne  affection, 
«  selon  son  petit  entendement,  a  fait  hastivement  cest  advis  que 
«  on  le  vuelle  prenre  en  bien,  car  s'il  y  a  faulte,  ce  n'est  point 
«  par  faulte  de  bonne  volenté,  mais  on  en  puet  demander  à 
«  faulte  de  sens,  tousjours  prest  de  se  remettre  et  réduire  à  la 
«  milleur  oppinion  et  aussi  prest  de  déelairer  sur  toutes  les 
«  choses  escriptes,  plus  emplement  son  entendement  qu'il 
«  n'est  cy  présentement  mis  par  escript.  » 


VOY.    ET   AMB.  16 


II] 

DEUXIÈME  AVIS  SUR  LA  GUERRE  DES  HUSS1TES.  1429. 

—  Voir  p.  202.  — 
Ms.  fond  français  1278,  fol.  146. 

Pour  vouloir  entreprendre  armée  contre  les  Hous,  il  est 
expédient  d'avoir  les  choses  qui  s'ensiuvent. 

Premièrement,  que  le  prince  qui  la  charge  de  laditte  armée 
vouldra  entreprendre,  si  ait  lettres  du  Roy  des  Romains  l 
advétans  es  éliseurs,  princes,  prélas  et  bonnes  villes  dudit 
empire,  contenans  comme  ledit  roy  à  estably  et  requis  le  dit 
prince  comme  le  plus  puissant  du  Saint-Empire  de  vouloir 
prendre  et  supporter  la  charge  de  ladite  armée  comme  son 
propre  lieutenant,  et  avec  ce,  soit  contenu  esdittes  lettres  que 
ledit  Roy  mande  es  dessusdiz  que,  sur  la  féaulté  et  léaulté  qu'ilz 
ont  en  lui  et  au  bien  de  la  cristienté,  soient  vrays  obéissans  au- 
dit prince,  et  avec  ce,  que  les  deniers  qui  sont  levez  et  qui  se 
lèveront  soient  distribuez  de  tout  en  tout  par  l'ordonnance  du- 
dit prince. 

Item,  que  ledit  Roy  rescripve  à  notre  Saint-Père  le  pape  que, 
pour  les  grans  affaires  qu'il  a  contre  les  Turcs  qui  son  royaume 

*  L'Empereur  Sigismond,  élu  en  1410,  mort  en  1437. 


ANNEXES.  251 

de  Hongrye  vueillent  destruire,  il  ne  peut  fore  armée  contre 
les  diz  Hous,  1  pourquoy  il  a  eslëu  pour  son  lieutenant  ledit 
prince  comme  le  plus  grant  dudit  empire  pour  estre  chief  de  la- 
dite armée,  et  pour  ce,  qu'il  supplie  au  pape  que  pareillement 
vueille  rescripre  es  princes  dessusdiz  et  à  tous  autres  qu'ils  soient 
vrays  obéissans  audit  prince  et  maldye  et  excommenye  tous  les 
désobéissans  audit  prince  et  bénéisse  tous  les  vrays  obéissans, 
et  avec  ce,  que  le  dit  pape  donne  dissime  sur  ledit  empire  et 
autres  pays  voisins  pour  lever  argent  pour  ladite  armée, 
lequel  sera  emploiet  par  l'ordonnance  dudit  prince. 

Item,  estoit  l'entention  du  dit  Roy,  quant  je  me  partis, 
d'aller  à  Rome  sur  ceste  saint  Remy,  pour  soy  coronner  *  et 
parler  au  pape  desdites  matières,  et  pour  tant,  se  ainsi  est  que 
le  dit  prince  vueille  entreprendre  ladite  charge, en  passant  quant 
le  dit  Roy  fera  toutes  les  montaignes ,  il  approuchera  le  pays 
de  Bourgogne  à  deux  journées  près,  et  là  ledit  prince  porra 
parler  à  lui,  et  porra  envoier  aucuns  de  son  conseil  à  Rome 
avecques  ledit  Roy  s'il  n'y  vouloit  aler. 

Item,  pour  savoir  la  puissance  desdiz  Hous,  par  le  raport  des 
chevaliers  du  pays  à  présent  fuitifs  et  de  l'ostel  dudit  Roy,  est 
sceu  qu'ilz  ne  se  peuent  trouver  en  toute  puissance  plus  de 
VIIIC  (?)  hommes  d'armes,  mais  de  commune  de  XXX  à  XLM 
combatans,  et  dient  lesdiz  chevaliers  que,  se  ung  puissant  prince 
venoit  ou  pays,  qu'il  y  a  plusieurs  forteresses  et  bonnes  villes 
qui  lui  feroient  obéissance  et  ayde  contre  lesdiz  Hous,  mais 
sans  veoir  ladite  puissance,  ilz  ne  se  oseroient  mouvoir,  car 
l'année  passée,  pour  tant  que  les  Alemans  que  il  furent  à  grosse 
puissance,  ilz  s'en  revindrent  fuyans  sans  ouser  actendre  la 
bataille,  par  quoy  ceulx  qui  leur  avoient  fait  obéissance  en 
furent  destruis. 

*  Sigismond  ne  put  armer  contre  les  Hussites  qu'en  1431.  11  le  fit 
sans  succès. 

*  Il  reçut  la  couronne  de  fer  à  Milan  en  1431  et  la  couronne  d'or 
à  Rome  le  31  mai  1433. 


252  ANNEXES. 

Item,  que  ledit  pays  est  pays  plain  et  y  peuent  aller  charios 
pour  mener  tous  vivres,  et  aussi  est  fertile  de  tous  biens,  exepté 
de  vins. 

Item,  par  commune  extimacion'  de  gens,  ledit  prince  porra 
avoir  des  gens  des  pays  d'Alemaigne  de  cinq  à  VI  M  chevaliers 
et  escuiers. 

Item,  n'est  point  possible  que  nul  prince  puist  entreprendre 
ceste  matière  sans  avoir  le  sceu  et  consentement  dudit  Roy, 
pour  plusieurs  raisons  que  l'en  porra  bien  dire  audit  prince. 

Item>que  desjà  sont  levées  grans  sommes  de  deniers  qui  sont 
mises  en  dépost  es  églises  catédrales  des  cités  jusques  à  ce 
qu'il  soit  advisé  qui  sera  chief  à  la  saison  qui  vient  pour  la- 
dite armée,  et  à  cellui  prince  une  chacune  province  lui  man- 
dera par  escript  les  sommes  de  deniers  qu'ilz  ont  en  garde. 

Item,  porra  l'en  encores  advertir  audit  prince  plus  de  choses 
quant  il  vouldra  prendre  la  charge,  mais  qui  la  vouldra 
emprendre,  que  ce  soit  en  temps  deu,  car  grant  fait  ne  se  puet 
conduire  s'il  n'est  mis  sus  de  longue  main. 

Item,  n'est  pas  possible  que  par  prince  de  la  langue  d'Ale- 
maigne ceste  chose  se  puisse  conduire,  la  cause  si  est  car 
le  roy  de  Dampnemarche  '  siapluseurs  grosses  guerres  dont  il  est 
assez empeschié  et  aussi  n'a  pas  gens  de  ses  subgés  qui  sceussent 
conduire  une  telle  matière. 

Item%  que  le  duc  Loys,  conte  palatin  du  Rin,  i  seigneur 
d'Edelebert,  est  chief  des  éliseurs,  si  est  tellement  malade  du 
corps  que  de  lui  ne  fault  plus  fère  mémoire. 

Item,  que  le  duc  de  Saint-Seigne,  marquis  de  Misse,3  qui 
estoit  le  plus  puissans  des  Alemaignes  et  éliseur  en  l'Empire, 

1  Eric,occupé  depuis  1414  à  la  guerre  avec  les  princes  deHolstein, 
pour  le  duché  de  Sleswick,  guerre  qui  dura  jusqu'en  1435. 

*  Louis  III,  dit  le  Barbu,  comte  palatin,  mort  en  1436. 

3  Frédéric  I,  de  Misnie  (la  capitale  de  la  Misnie  était  Meissen), 
électeur  de  Saxe,  mort  le  14  janvier  1428.  Son  fils,  né  en  1411,  avait 
17  ans  quand  il  mourut.  Notre  auteur  dit  environ  16  ans. 


ANNEXES.  255 

est  aie  nouvellement  de  vie  à  trespast,  lequel  a  laissié  ung  filz 
qui  a  environ  XVI  ans,  lequel  est  trop  jone  por  conduire  une 
telle  matière.     ' 

Item,  que  le  marquis  de  Brandebourg,1  qui  est  le  tiers  éliseur, 
si  est  très  malade  de  sa  personne,  et  aussi  n'a  pas  puissance  de 
soy  pour  conduire  une  telle  matière. 

Item,  ne  sera  point  chose  d'expédient  que  les  arcevesques  de 
Méance,  de  Coloigne  et  de  Trièves,  qui  sont  les  autres  éliseurs, 
que  ung  d'eulx  fut  ydoyne  pour  estre  chief  de  ladite  armée. 
•  Item, quele  duc  Alebert  d'Osteriche  2ne  porroit  conduire  ceste 
matière,  car  les  ducz  de  Zaine  5  ne  les  éliseurs  ne  y  obéiroyent 
point, pour  ce  qu'ilz  se  dient  estre  de  plus  grant  lignage  que  ledit 
duc  d'Osteriche,  et  aussi  il  n'a  point  puissance  pour  ce  fère. 

Item,  pour  toutes  conclusions  n'est  point  possible  chose  à 
croire  que  ceste  matière  se  puisse  conduire  ne  mener  à  effect 
sans  chief,  dont  le  roy  des  Romains  est  l'un  et  le  prince  à  qui 
cecy  s'adrece  est  l'autre,  et  en  ceste  opinion  se  tiennent  la  plus 
grant  partie  des  princes  d'Alemaigne  et  ainsi  fault  que  l'un 
d'eulx  soit  chief  et  tousdiz  y  estre  en  personne. 


1  Frédéric  I,  marquis  de  Brandebourg.  L'auteur  dit  avec  raison 
que  la  puissance  lui  manque.  S'étant  rais  à  la  tête  de  l'armée  impé- 
riale en  1430  pour  cette  même  guerre,  il  n'y  put  réussir. 

*  Albert,  duc  d'Autriche,  fils  d'Albert  IV  et  de  Jeanne  de  Bavière, 
fut  Empereur  en  1438  sous  le  nom  d'Albert  II. 

5   Les  ducs  de  Saxe. 


IV 

LE  CONCILE  DE  BALE.  1433. 
—  Voir  p.  207.  — 

Archives  de  la  Cote  d'Or,  à  Dijon.  Layette  des  conciles,  (79)  cote  8, 
aujourdhui  B,  11615.  —  Copie  :  Bibl.  nat.  de  Paris  fonds  de 
Bourgogne,  t.  95,  p.  708  et  s. 

I 

A  notre  très  chier  et  honnoré  Seigneur  Messire  N.  Rolin, 
seigneur  d'Authume  et  chancelier  de  notre  très  redoubté  seigneur 
monseigneur  le  duc  de  Bourgoingne. 

Nostre  très  cher  et  très  honnoré  seigneur, nous  nous  recoman- 
dons  à  vous  tant  chièrement  que  povons,  et  avons  receu  voz 
lettres  escriptes  à  Dijon  le  XXIXme  de  mai,  faisant  mencion  de 
pluseurs  poins,  entre  les  autres  que  ne'voulsissions  prandre 
aucun  appointement  ou  lieu  de  Monseigneur  sans  son  ordon- 
nance. Sur  quoy  plaise- vous  savoir  que  dudit  lieu  tous  diz  avons 
fait  bon  devoir  et,  affin  que  soyés  plus  advertis,  vous  envoyons 
la  proposicion  faicte  en  latin  avec  les  responses  faictes  par  eulx. 
Au  surplus  par  le  concilie  ont  esté  ordonnés  les  cardinalx  avec- 
ques  eulx  appelez  VIII  des  IV  députations  pour  y  appointer ,  et 
comme  entendons  ils  n'y  diffinièrent  riens  ;  mais,  par  manière 
de  expédient  jusques  ad  ce  que  plus  grandement  soient  informés, 
sans  préjudice  des  parties,  ont  entencion  que  TAmbaxade  de 


ANNEXES. 


255 


Monseigneur  et  des  dessusdits  soient  entrelassées  incontinent 
après  les  Roys,  le  premier  des  gens  de  Monseigneur  premier 
ausy  conséquemment.  Mais  de  l'accepter  nous  ne  sommes 
aucunement  d'acord  sans  avoir  premier  l'advis  de  mondit 
seigneur  ou  de  vous,  ains  avons  propoz  de  en  publique  de- 
mander ledit  lieu  de  Monseigneur  comme  autrefois  avions,  et 
après  cela  prandre  congié  dudict  concile  et  nous  tirer  devers 
vous  pour  avoir  advis  sur  tout  et  de  ce  que  s'en  fera.  Se  nous 
n'alons  par  delà,  vous  avertirons  incontinant. 

En  oultre  maistre  Jehan  Vivien  est  arrivez  par  deçà  le  IIIe 
de  juing  et  nous  a  apporté  lettres  de  créance  contenans  en  effet 
que  mondit  seigneur  étoit  très  content  de  ce  que  nous  estions 
arrestés  à  Èasle  et  ne  vouloit  point  que  pour  l'eure  alissions  à 
Rome. 

Item,  nous  commendoit  de  adhérer  de  par  lui  audit  con- 
cilie et  sur  ce  nous  a  envoyé  très  large  povoir  en  lettres  patentes 
signées  Serrarii  et  seellées  du  seel  de  secret. 

En  oultre,  quant  à  la  question  dudit  lieu,  mondit  seigneur 
s'en  rapporte  entièrement  à  nous  d'y  faire  le  mieux  que  pourrons 
et  de  garder  toutesfoiz  son  honneur,  et  gardent  l'amistié  si 
avant  que  pourrons  entre  mondit  seigneur  et  lesdiz  éliseurs. 

Et  en  oultre,  pour  ce  que  grande  voix  court  es  divers  lieux  des 
différens  qui  sont  entre  notre  saint  père  et  le  concilie,  mondit 
seigneur  nous  a  mandé  de  rechief,  car  ainsy  nous  avoit  esté 
chargé,  à  notre  département,  de,  en  toutes  manières  que  pour- 
rons, saulve  Tonneur  de  mondit  seigneur  et  sa  conscience, 
favoriser  et  porter  le  fait  du  Pape  et  de  non  consentir  de  par 
luy  à  sa  déposicion  ou  suspension,  etc. 

Sur  lesquelles  matières  et  quant  au  fait  du  Pape,  nous  voions 
qu'à  touttes  fins  pluseurs  tendent  à  la  destitucion  et  déposicion 
du  Pape,  soubs  coleur  d'une  cédule  par  laquelle  ilz  vuellent 
entièrement  adnuller  son  élection,  et  après  ont  entencion  de 
procéder  à  sa  déposicion,  tant  soubs  celle  coleur  que  soubz 
tiltre  qu'il  est  dilapidateur  des  biens  d'Église  et  inutile  au 
gouvernement  d'icelle,  et  nonobstant  qu'il  aye  envoyé  de  pré- 


256  ANNEXES. 

sent  cinq  bulles  et  ordonné  légas  et  commis  pour  présider  ad  ce 
concilie  et  procéder  à  tous  les  poins  pour  lesquelx  le  concilie 
est  mis  suz.  Toutesfoiz  ceulx  dudit  concilie  n'en  sont  aucune- 
ment contens,vueîlent  bouter  oultre  leur  entreprise,  *  et  en  vérité 
se  Dieu  n'y  pourvoie,  nous  aurons  cisme  en  l'église,  qui  sera 
trouble  pour  tout  le  monde. Touteifoiz  au  regard  deceste  matière, 
l'Empereur  et  tous  les  Alemans  sont  au  contraire  et  pour  riens 
ne  consentiront  à  la  déposicion  de  notre  dit  Saint-Père.  De 
ceste  oppinion  sont  les  Anglois  qui  sont  par  deçà  ;  de  ceste 
oppinion  sont  les  gens  de  monseigneur  de  Savoye  et  sur  ce  nous 
a  escript  mondit  seigneur  de  Savoye  que  en  cas  que  ceulx  dudit 
concilie  vouldroient  procéder  à  l'encontre  du  Pape  à  déposicion 
etc. ,  nous  voulsissons  opposer  avecques  lui  en  ceste  matière, disans 
qu'il  n'a  point  satisfait  et  qu'il  estbesoingde  adhérer  simplement 
etsanscondicion,et,se  Dieu  n'y  pourvoye,  nous  sommes  en  dan- 
gier  d'avoir  cisme  en  l'Eglise,  et  quant  ad  ce  les  Ambaxadeurs 
de  l'Empereur,  des  Eliseurs  de  l'Empire,  du  Roy  de  France  et 
du  Roy  d'Engleterre,  du  Roy  d'Arragon,  du  Duc  de  Savoye, 
du  Duc  Alberch  d'Auterriche,  du  marquis  de  Misse,  sont  d'une 
conclusion  de  non  vouloir  aucunement  assentir  affaire  chose 
dont  cisme  peut  venir  et  avons  tenu  journées  avec  eulx  pluseurs 
et  prins  conclusion  de  premièrement  exorter  ceulx  du  concilie 
qu'il  veuille  délayer  telles  voies  et  encore  requérir  notre  dit 
Saint  Père  de  adhérer  plainement  et  en  cas  quils  vouldroient 
procéder  avant,  et  non  déférer  aux  requestes  faictes  par  les 
dits  Ambaxadeurs,  avons  conclud  de  protester  de  non  assensu 
aut  consensu,  etc.  Et  hier  fut  exécutée  la  voye  deéxortation  en  la 
personne  du  Président  dudit  Concilie,  touz  lesdits  Ambaxa- 
deurs présens,  par  la  bouche  de  l'évesque  de  Nevers,  en  nom  de 
toux  lesdits  ambaxadeurs,  et  avons  espoir  d'y  proffiter  au- bien 
de  l'Église  universale. 

Et  quant  au  fait  de  l'Evesque  d'Aucerre,  nous  y  avons  fait  et 

1  Les  neuf  lignes,   «i  importantes,   qui  suivent  jusqu'aux  mots   : 
disant  qu'il  n'a  point  satisfait,  etc.,  manquent  dans  la  copie  de  Paris. 


ANNEXES.  257 

faisons  tout  le  mieulx  que  pouvons  et  avons  mis  suz  procureurs 
et  advocas  pour  son  droit  garder. 

Quant  aux  nouvelles  de  par  de  ça,  les  ennemis  se  fortiffient  de 
jour  en  jour  en  suppoux  et  prélas,  et  hyer  arriva  l'Evesque  de 
Roddez,  armignac,  et  de  notre  costé  nulz.Si  ferez  bien  ainsi  que 
propoux  en  avez,  comme  le  nous  escripvés,  d'y  pourvëoir  Mon- 
seigneur venir. 

Nous  vous  envoyons  une  cédule  contenant  la  récepcion  de 
l'Empereur  à  Rome. 

Le  pourteur  des  présentes  a  demeuré  par  deçà  jusques  à 
présent  pour  actendre  ceulx  dont  chargé  l'aviez  et  a  besoigné 
diligemment. 

Notre  très  chier  et  honnoré  seigneur,  se  chose  voulez  par  de 
ça  que  faire  puissions  mandez-le  nous  et  nous  l'acomplirons 
de  très  bon  cueur,  ce  scet  Notre  Seigneur  qui  vous  doint 
bonne  vie  et  longue,  et  l'acomplissement  de  touz  voz  bons  désirs. 

Escript  à  Basle,  le  XV  de  juing. 

Les  toux  vostres,  je  Evesque  de  Nevers,  G.  De  Lannoy, 
chevalier,  je  Vivien,  et  je  de  Fruyn  '  ambaxadeurs  de  Monsei- 
gneur le  Duc  à  Basle. 


II 


A  notre  très  honnoré  seigneur  monseigneur  d'Authume, 
chancellier  de  notre  très  redoubté  seigneur  monseigneur  le 
duc  de  Bourgoingne. 

Notre  très  honnoré  seigneur,  tant  et  si  humblement  que 
povons  plus,  nous  nous  recommandons  à  vous  et  vous  plaise 
savoir,  notre  très  honnoré  seigneur,  que  nous  escripvons  présen- 
tement à  notre  très  redoubté  seigneur  monseigneur  le  duc  sur 
le  fait  de  notre  venue  en  ceste  ville  de  Basle  et  autres  choses 
touchans  notre  charge  ainsi  que  plus  à  plain  pourrés  veoir  par 

*  Ce  nom  est  laissé  en  blanc  dans  la  copie  de  Paris. 


258  ANNEXES. 

lez  lettres  de  mondit  seigneur  et  certains  articles  en  icelles 
enclos,  lesquelx  vous  envoyons  semblablement  enclos  en  ces 
présentes  afin  de  y  prendre  et  avoir  advis  avec  mon  dit  seigneur, 
et  mesmement  en  l'article  touchant  la  requeste  sur  la  dilacion 
du  décret  dont  avons  entre  autres  choses  espécial  charge.  Si 
vous  supplions,  notre  très  honnoré  seigneur,  humblement  qu'il 
vous  plaise  sur  ce  advertir  mondit  seigneur  et  y  tenir  la  main 
envers  lui  afin  de  savoir  et  avoir  son  advis,  voulloir  et  bon 
plaisir  ou  fait  dessusdit  pour  procéder  et  nous  gouverner  selon 
qu'il  nous  mandera  et  que  ce  soit  le  plus  brief  que  faire  ce 
pourra  ainsi  que  la  chose  le  requiert.  Notre  très  honnoré  sei- 
gneur, nous  sommes  adez  prests  et  désirans  de  faire  et  acomplir 
à  notre  povoir  vos  bons  plaisirs  de  très  bon  cuer,  comme  scet 
notre  seigneur  qu'il  vous  ait  en  sa  saincte  et  benoicte  garde  et 
vous  doint  bonne  vie  et  longue.   Escript  à  Basle  le  XVIIIe  jour 

de  septembre  (1433). 

(Les  signatures  sont  coupées.) 

S'ensuivent  les  articles  dont  est  faite  mencion  es  lettres  devant 
dites. 

Et  premièrement, comment  les  gens  et  ambasseurs  de  monsei- 
gneur nouvellement  envoyez  au  saint  concile  de  Basle  ont  esté  à 
grant  joye  et  honneur  receu  audit  lieu  de  Basle  et  très  grande- 
ment accompaigniez  des  gens  familliers  de  messieurs  les  car- 
dinalz,  monseigneur  le  duc  Guillaume  de  Bavière,  protecteur 
dudit  concile,  et  autres  illec  estans.  Lesquels  leur  vinrent  au 
devant  plus  d'une  demie  leue  et  les  acompaignèrent  jusques  en 
leur  hostel. 

Item,  que  lesdiz  ambasseurs  ont  trouvez  mesdiz  seigneurs 
les  cardinalz,  en  leur  commune  visitacion,  très  favorables  aux 
affères  de  mondit  seigneur,  en  eulx  offrant  en  tout  ce  que  faire 
pourroient  pour  lui  et  son  bon  vouloir  et  plaisir,  et  semblable- 
ment ledit  duc  Guillaume  et  le  bourgmaistre  et  conseil  dudit 
lieu  de  Basle  qui  visitarent  iceulx.  ambasseurs  le  jour  ensuivant 
quilz  furent  illec  arrivez,  en  eulx  adjoyssant  de  leur  venue  et 
offrant  comme  dessus  et  leur  envoyèrent  au  disner  vin  à  grande 
planté,  blanc  et  vermeil. 


ANNEXES.  259 

Item,  que  eulx  arrivés  au  lieu  de  Montbélial,  ont  trouvez 
certaines  lettres  des  autres  ambassadeurs  de  mondit  seigneur 
audit  lieu  de  Basle  et  pansent  que  les  pareilles  avoient  esté 
envoyées  à  monseigneur  le  chancellier,  contenant  pluseurs 
nouvelles  advenues  audit  lieu  de  Basle,  touchans  leurs  charges 
en  icellui  lieu. 

Item,  que  eulx  arrivez  audit  lieu  de  Basle  et  à  plain  informé 
des  choses  dessusdictes,  c'est  assavoir  que  le  lundi  VIP  de 
septembre,  ledit  Guillaume,  ensemble  un  nommé  messire  Jehan 
Offembourch  chevalier,  avoient  fait  requeste  que,  actendu  que 
l'Empereur  estoit  en  chemin  et  qu'il  seroit  de  certain  à  Basle 
pour  tout  le  mois  de  septembre  et  qu'il  apporteroit  chose  dont 
ils  seroient  contens  par  raison, ils  voulsissent  proroguer  le  temps 
donné  au  Pape  pour  adhérer,  jusques  à  sa  prouchaine  venue. 
Et,  sur  ce  eue  ce  dit  jour  délibéracion  et  conclusion,  fut  depuis 
le  jeudi  Xe  de  ce  mois  conclut  le  délay  de  trente  jours  ensui- 
vans  après  ledit  Xe  jour  et  lendemain  vendredi  XIe  dudit  mois 
publié  par  décret  en  cession  publique, dont  le  double  est,  comme 
dit  est,  encloux  esdites  lettres  avec  ces  présens  articles. 

Item,  en  ce  même  temps,  arriva  un  évesque,  ambasseur  du 
Pape, nommé  Serinensis,  et  alors  futassés  commun  qu'il  appor- 
tait bulles  de  adhésion  ou  adhérence  de  par  le  Pape.  Pour 
lesquelles  choses,  lesdiz  ambasseurs,  ensemble  1  evesque  de 
Neversetsescompaignons,ad  ce  présens  les  gens  de  monseigneur 
le  duc  de  Savoye  estans  audit  lieu  de  Basle,  ont  mis  en  conseil 
et  délibéracion  s'ils  dévoient  procéder  à  l'entérinement  de  leur 
charge,  et  mesmement  au  regart  du  fait  du  Pape  et  s'ils  pro- 
cèderoyent  incontinent  à  faire  la  requeste  de  délay  de  trois 
mois,etc.Et  après  pluseurs  raisons  et  motiz  d'un  costé  et  d'autre, 
actendu  que  la  chose  estoit  fort  muée  depuis  leur  département 
et,  se  le  Pape  adhéroit  dedans  ledit  temps  et  ils  eussent  fait  leur 
requeste,  elle  seroit  irritative  et  sans  aucun  fruit  ou  prouffit, 
l'en  actendoit  avoir  certaines  nouvelles  du  Pape  en  ceste  matière 
et  que  temps  souffisant  resteroit  pour  faire  ladite  requeste. 
Ont  esté  tous  d'un  commun  accort  que,  pour  le  présent,  l'en 


260  ANNEXES. 

délaieroit  à  faire  icelle  requeste  soubs  couleur  d'actendre 
monseigneur  le  conte  de  Fribourg  et  aussi  les  gens  et  ambas- 
seurs  de  monseigneur  de  Savoye  qui  doivent  briefment  estre 
audit  lieu  de  Basle. 

Item,  a  esté  l'advis  desdiz  ambasseurs  que,  ou  cas  que  le  pape 
adhérera  au  saint  concile  dedens  le  terme  dessusdit,  qu'il  ne 
sera  jà  besoing  de  procéder  à  ladite  requeste.  Toutesfois  que,  en 
cas  que  dedans  le  dit  temps,  ils  sentiroient  que  le  pape  ne  adhé- 
reroit  et  auroit  envoyé  lesdites  bulles  de  adhérence  ou  que  par 
occasion  d'aucunes  autres  deffences  et  conditions  que  pourroient 
d'un  costé  et  d'autre  à  cause  d'icelles  bulles,  ladite  adhésion  ne 
seroit  parfaicte  dedens  ledit  temps  et  que  pour  ce  ceulx  du  con- 
cile vouldroyent  procéder  à  l'exécution  de  leur  décret  dont  s'en 
pourroient  ensuir  inconvéniens,  Cisme  ou  esclandre,  sont  tous 
conclus,  fermes  et  déterminez  en  cedit  cas  dedans  certains 
jours  compectans  devant  à  procéder  entièrement  à  la  poursuite 
de  ladite  requeste  et  en  deffault  d'acomplissement  d'icelle,  pro- 
céder à  l'exécution  contenue  aux  instructions  de  mondit  sei- 
gneur se  non  que,  dans  ledit  temps  ils  aient  autres  nouvelles  et 
mandement  de  mondit  seigneur. 

Item,  ce  dit  jour,  se  sont  trez  par  devers  messieurs  les  car- 
dinalz  de  Saincte-Croix  aucun  des  gens  de  mondit  seigneur  de 
Bourgoingne  et  de  Savoye,  pour  avoir  leur  advis  sur  l'article 
dessusdit.  Et  a  esté  entièrement  mondit  seigneur  de  Saincte- 
Croix  de  l'advis  dessusdit  et  monseigneur  de  Rouhem,  du  délay 
et  que  se  en  la  fin  l'on  ne  pouhoit  obtenir  ladite  requeste,  l'on 
pourroit  obtenir  aucun  autre  bien. 

Item,  le  venredi  XVIIIe  jour  de  ce  présent  moys,  ont  pré- 
senté en  plain  concilie  les  ambaxeurs  des  Eliseurs  une  lettre  de 
part  tous  leurs  maistres  escriptes  à  Francfort  où  il  l'ont  tenu 
certaine  journée,  contenans  en  effect  que  le  saint  concilie  voul- 
sit  délayer  et  proroguer  le  terme  donné  au  Pape  de  LX  jour  et 
souspendre  l'exécucion  d'icellui  jusques  ad  ce  que  leur  ambaxade, 
qu'estoit  preste  et  desjà  estoit  en  chemin,  fut  alée  devers  notre 
dit  saint  Père  et  l'Empereur  le  exorter,  etc.  et  requéroyent 
instamment  avoir  sur  ce  responce  incontinant. 


ANNEXES. 


261 


Item,  affin  que  par  inadvertance  ne  soit  oblié,  le  Roy  notre 
sire,  par  ses  lettres,  avoit  requis  paroillement,  de  environ  le 
XVIIe  jour  d'aoust. 

Item,    le  XIe  de  ce  moys,  furent  leues  lettres  du  Dalphin 
requérant  ce  mesme  et  que  ung  nommé  Messire  Symon  Charles 
estoit  ordonné  pour  aler  devers  le  Pape. 
(Archives  de  Dijon,  ancienne  lay.  79.  Liasse  1,  cote  13,  aujour- 
d'hui B  11615  :  pièce  originale.) 


CONFLIT  D'AUTORITÉ.  1440. 

—  Voir  p.  210.  — 

Ms.  de  Paris,  fonds  français  n.  1278,  fol.  133-136. 

Ce  conflit  entre  les  magistrats  de  la  ville  de  l'Ecluse  et 
la  garnison  du  château  fut  tranché  par  le  duc  en  faveur  de 
l'autorité  militaire  et  au  mépris  de  ses  anciennes  lettres 
patentes  par  lesquelles  il  avait  accordé  aux  bailli  et  éche- 
vins  des  droits  de  police  et  de  fiscalité  sur  la  garnison. 
D'après  ces  actes,  la  conduite  des  magistrats  avait  été 
légale,  Philippe  les  annule  néanmoins  et  va  jusqu'à  donner 
à  l'annulation  un  effet  rétroactif. 

La  garnison  s'était  cependant  conduite  brutalement  : 
Pour  se  faire  rendre  un  tavernier,  des  soldats  avaient 
arrêté  et  emprisonné  au  château  deux  bourgeois.  Les  magis- 
trats protestent  contre  ces  violences  et  demandent  qu'amende 
honorable  soit  faite  par  le  capitaine  à  l'autorité  communale. 
Philippe  le  Bon  n'entend  rien  ;  non-seulement  il  donne 
droit  à  l'autorité  militaire  sur  le  fait,  mais  il  lui  assure  à 
tout  jamais  le  droit  de  justice  et  l'exemption  d'impôts,  et  il 
exige  que  la  sentence,  portée  au  nom  de  ses  lettres  anté- 
rieures, soit  supprimée.  Le  temps  des  libertés  communales 
était  passé. 


ANNEXES.  263 

«  Phelippe  etc.  A  tous  ceulx,  etc. 

Comme  certain  débat  se  fust  jà  pièça  mëu  en  notre  ville  de 

l'Escluse  tant  de  parolles  comme  de  fait  entre  Colin  Fauviel, 

maistre  artilleur  et  trois  ses  complices,  tous  soldoiers  de  nostre 

chastel  de  l'Escluse, d'une  part,  et  Jehan  Van  Husonne,  bourgeois 

de  notredite  ville  de  l'Escluse,  d'autre.  Pour  lequel  débat  les 

bourgmaistres,  eschevins  et  conseil  d'icelle  notre  ville  eussent, 

environ  le  mois  d'aoust  l'an  mil  CCCC  trente  huit,  banny  hors 

de  notredite   ville  de  l'Escluse  trois  d'iceulx  soldoyers  nommez 

Christoffle  le  Kanne,  Hannequin  Hermanszoie  et  Jehan  Wan- 

dois,  l'espace  de  six  ans,  en  leur  donnant  tiltre  de  tassement,  et 

avec  ce,  environ  le  mois  de  février  ensuivant  ou  dit  an,  les  diz 

de  la  Loi  de  notredite  ville  eussent  fait   prendre  ung  nommé 

Jehan  le  Kokere  ,   tavernier  et  aussy  soldoyer    de  notredit 

chastel,  et  le  mettre  en  leur  prison  par  deux  fois  en  le  calengant 

à  chacune  fois  de  l'amende  de  soixante  livres  monnoye  de  notre 

pays  de  Flandres,  les  deux  pars  à  appliquier  à  notre  prouffit 

et  la  tierche  part  au  prouffit  de  notredite  ville,  pour  cause  de 

ce  qu'il  avoit  vendu   vin  en  notredit  chastel,  contre  la  teneur 

de  certain  prévilège  que  lesdiz  de  l'Escluse  disoient  avoir  de 

nous,   desquelles  amendes,  affin  de  yssir  hors  du  dangier  de 

prison,  le  dit  Jehan  se  fust  caucionné  envers  iceulx  de  l'Escluse. 

Et  pendant  lesdites  prise  et  caucion,  les  soldoyers  de  notredit 

chastel  fussent  yssuz  hors  d'icellui  notre  chastel  et,  par  voye  de 

fait,  prins  deux   bourgois  sur  l'eschévinnage  de  notredite  ville 

et  iceulx  menez  prisonniers  de  notredit  chastel,  afin  de  ravoir, 

par  ce  moyen,   franc   et  quite  desdites  prison   et  caucion,  le 

devantdit  Jehan  le  Kokere  leur  compagnon,  lequel  lesdits  de 

l'Escluse   avoient   fait   prendre   à  tort  et  induement,  comme 

disoient  lesdits  soldoyers. 

Pour  occasion  desquelles  choses,  procès  et  question  se  fussent 
menez  par  devant  nous  et  notre  conseil  estant  lez  nous,  entre 
notre  amé  et  féal  chevalier,  conseiller,  chambellan  et  capitaine 
de  notredit  chastel,  messire  Guilbert  de  Lannoy,  seigneur  de 
Willerval,  tant  en  son  nom  à  cause  de   sadite  capitannerie 


264  ANNEXES. 

comme  ou  nom  de  tous  les  soldoyers  de  notredit   chastel,  notre 
procureur  général  de  Flandres  avouet  avec  eulx,  d'une  part,  et 
lesdiz  de  la  Loy  de  notredite  ville  de  l'Escluse  d'aultre.  Disans 
et  maintenans   lesdiz  capitaine  et   procureur  que  à  tort,  sans 
cause  et  induement,  lesdiz  de  l'Escluse  avoient  proféré  le  ban 
et  prins  la  cognoissance  des  soldoyers  dessusdiz  et  fait  prendre 
et  emprisonner  ledit   Jehan  le  Kokere,  pour  la  cause  dite,  et 
que  pour  quelconque  cas,  délit  ou  offense  que  les  capitaine  ou 
soldoyers  de  notredit  chastel  commettent  et  perpètrent  en  icelle 
notre  ville  et  eschévinnage  de  l'Escluse,   les  bailli,  sergens  ou 
Loy    de  l'Escluse  ne  autres  ne  peuent  ne   doivent   prendre 
cognoissance,    correction  ou   pugnicion  ;    mais,     à  cause    de 
notre  haultesse    et  seigneurie,  appartient    et  doit  appartenir 
seulement  et  pour  le  tout  en  tous  cas  audit  capitaine,  son  lieu- 
tenant ou  à  nous,  la  cognoissance,  correction  et  pugnition  des- 
diz  soldoyers,  lesquelz  sont  commiz  de  par  nous  et  à  noz  des- 
pens  à  la  garde,  sëurté  et  deffense,de  nuyt  et  de  jour,  de  notre- 
dit chastel,  qui  est  la  principale  clef  de  notre  pays  de  Flandres 
et  à  nous  si  prouâtable  pour  le  bien  de  notre  seigneurie  que  plus 
ne  pourroit,  et  que  aussi  à  cause  de  notre  dicte  hautes  se  et  sei- 
gneurie, lesdiz  capitaine,  son  lieutenant  et  soldoyers  avoient  fran  - 
chise  et  liberté  de  vendre  à  détail  et  autrement,  dedans  notredit 
chastel  et  les  bassecourt  et  barrières  d'icellui,  toutes  manières  de 
vivres,  tant  vins  et  cervoises  corne  chars  et  autres  vitailles  et 
denrées,  à  toutes  personnes  qui  achater  en  voulloient,  sans  pour 
ce  forfère  ne  encourir  envers  nous  ne  envers  lesdiz  de  l'Escluse 
ou  autres  en  quelconque  amende.  Et  que  ce  soit  vray  depuis 
XXIII  ans  en  ça  que  ledit  messire  Guilbert  avoit  exercé  les- 
diz offices   de   capitaine,  aucun   soldoyer  de    notredit   chastel 
n'avoit  esté  prins  ou  arresté  par  lesdiz  bailli  ou  sergens  pour 
quelconque  cas  qu'il  eust  perpétré  en  notredite  ville  et  eschévin- 
nage d'icelle,  que  tantost,  à  la  requeste  et  sommacion  de  luy  ou 
de  son  lieutenant,  le  dit  soldoyer  ne  luy  ait  esté  rendu  pour  en 
fère  pugnition  selon  ledit  cas,  sans  ce  que  lesdiz  bailly  et  Loi 
de  l'Escluse  en  aient  prins  ne  eu  quelconque  cognoissance  ne 


ANNEXES.  265 

en  fait  pugnition  par  ban  ne  autrement.  Aussi  que  pendant 
iceulx  XXIII  ans,  lesdiz  soldoyers  ou  aucuns  d'eulx  avoient,  en 
tout  temps  et  à  toutes  heures,  beu  vin  et  tous  autres  buvrages 
et  dispensé  toutes  manières  de  vitailles  en  icellui  notre  chastel, 
et  avec  ce  vendu  publiquement  au  veu  et  sceu  desdiz  de  l'Es- 
cluse  pain,  char,  vin,  cervoises  et  autres  denrées,  à  détail,  et  eu 
boucher  et  boucherie  en  notredit  chastel  et  bassecourt  et  bar- 
rière d'icellui,  sans  en  payer  assize  ou  maletote  ne  forfère 
aucune  amende,  à  nous  ne  à  notredite  ville, et  en  ceste  manière 
en  avoient  tous  les  autres  capitaines  et  soldoyers  et  leurs  pré- 
décesseurs joy,  usé  et  possésé  dès  la  fondacion  de  notredit 
chastel.  Offrans  leurs  fais  à  prouver  tant  que  pour  souffire,  et 
contendans  afin  que  lesdiz  de  l'Escluse  fussent  par  nous  con- 
dempnez  de  mettre  au  néant  et  trachier  hors  de  leur  registre 
le  devantdit  ban  desdiz  trois  soldoyers,  comme  induement  fait, 
et  iceulx  souffrir  retourner  et  converser  paisiblement  en  notre- 
dite ville,  aussi  ledit  Jehan  le  Kokere  délivrer  quitte  et  absolz 
desdites  deux  amendes  et  la  caucion  rendue,  et  au  surplus  leurs 
diz  faiz,  proposition  et  conclusion  à  eulz  adjugiez,  faisans 
demande  de  despens  fais  et  à  faire  jusques  en  diffinitive. 

Les  desputez  desdiz  de  l'Escluse  maintenoient  au  contraire, 
disans  que,  au  regard  dudit  ban  qu'ilz  avoient  proféré  sus  lesdiz 
trois  soldoyers,  ils  l' avoient  fait  à  droit  et  à  bonne  cause  et  que 
par  vertu  de  certaines  lettres  de  déclaration  et  sentence  par 
nous  donnée  en  notre  ville  de  Gand,  ou  mois  de  may  l'an 
mil  CCCC  et  XIIII,  lors  nous  nous  estans  conte  de  Charolois 
et  ayans  le  gouvernement  de  notre  pays  de  Flandre,  sur  cer- 
tains débatz  et  questions  qui  à  cause  de  la  cognoissance  et 
pugnicion  desdiz  soldoyers  avoient  esté  entre  lesdiz  de  l'Escluse 
et  feu  le  seigneur  Dubois,  prédécesseur  capitaine  dudit  messire 
Guilbert,  la  cognoissance  de  tous  les  fais  perpétrez  par  lesdiz 
soldoyers  entre  notredite  ville  et  eschevinage  de  l'Escluse  leur 
en  appartenoit,  pour  iceulx  pugnir  et  corrigier  tant  criminel- 
ment  comme  civilement  selon  leurs  démérites,  et  aussi  que  à 
bonne  et  juste  cause  ilz  avoient  fait  prendre  ledit  Jehan  le 
VOY.  ET  amb;  17 


266  ANNEXES. 

Kokere  et  le  caucionné  pour  lesdites  deux  amendes  chacune  de 
LX  livres,  à  mauvaise  cause  et  à  tort  lesdiz  soldoyers  avoient 
prins  et  menez  prisonniers  en  notredit  chastel  leursdiz  deux 
bourgois  et  que  par  vertu  de  certaines  autres  lettres  données 
aussi  de  nous  en  notredite  ville  de  Gand,  ou  mois  de  mars  l'an 
mille  CCCC  XIIII,ou  temps  de  notredit  gouvernement,  et  rati- 
fiez par  feu  notre  très  chier  seigneur  et  père,  dont  Dieu  ait 
l'âme,  ilz  avoient  prévilège  et  droit  que  lesdiz  capitaine  et  sol- 
doyers ne  povoient  ne  dévoient  vendre  pain,  char,  poisson,  vin, 
cervoise  ne  autres  denrées ,  ne  vitailles  quelconques  oudit 
chastel,  bassecourt  et  barrières  d'icellui,  sur  paine  d'encourir 
et  forfère  envers  eulx,  pour  chacune  fois  qu'ilz  le  feroient,  cha- 
cun l'amende  de  LX  livres,  et  ce  pour  occasion  de  l'interest  et 
dommaige  que  ilz  disoient  que  nous  et  eulx  en  avions  en 
assises  courrans  en  notredite  ville  pour  notre  ottroy  dont 
prenons  certaine  porcion,  lesquelz  assiz  se  diminuoient  très 
fort  par  ladite  vendicion  qui  se  faisoit  en  notredit  chastel, 
sauf  et  réservé  seulement  les  vins  de  noz  garnisons  qui  se 
povoient  renouveller  et  vendre  à  détail  à  tout  homme  durant 
VI  sepmaines  en  l'an  et  non  plus,  assavoir  depuis  le  my-aoust 
jusques  à  la  Saint-Remy,  pourveu  toutesvoies  que  le  maistre 
de  notredite  garnison  est  tenu  de  iceulx  vins  préalablement 
offrir  à  vendre  en  gros  aux  assiseurs  de  notredite  ville,  et, 
s'ilz  ne  povoient  estre  d'accord  du  priz,  en  cas  povoient  vendre 
lesdiz  vins  à  détail  comme  dit  est.  Et  desquelles  choses,  tant 
de  la  cognoissance  et  pugnicion  desdiz  soldoyers  comme  desdites 
vendicions  de  vins  et  autres  parties  dessus  déclarées,  non 
povoir  ne  devoir  faire  en  notre  chastel,  bassecourt  et  barrières 
d'icellui,  lesdiz  de  l'Escluse  avoient  joy  et  usé,  selon  le  contenu 
de  nosdites  lettres,  paisiblement,au  veu  et  sceu  desdiz  capitaine 
et  soldoyers,  de  si  longtemps  qu'il  n'estoit  mémoirevdu  contraire, 
et  avoient  banny,  corrigé,  pugny  et  pris  amendes  par  plusieurs 
fois  sur  lesdiz  soldoyers,  ou  temps  dudit  capitaine  et  de  ses 
prédécesseurs  capitaines.  Offrans  leurs  fais  à  prouver  tant  que 
pour  souffire,  et  contendans  que  par  nous  fust  dit  et  jugié 


ANNEXÉS.  267 

nosdites  deux  lettres  sortir  effect  et  demourer  en  leur  force  et 
vertu  pour  en  joi*r  et  user  paisiblement  et  plainement  par  lesdiz 
de  l'Escluse  et  leurs  successeurs, et  le  ban  desdiz  trois  soldoyers 
et  emprisonnement  dudit  Jehan  le  Kokere  qu'ils  avoient  fait 
faire  et  la  caucion  prinse  d'icellui  Jehan,  eu  usant  d'icelles 
lettres,  estre  valable,  en  condempnant  ledit  Jehan  le  Kokere  à 
retourner  prisonnier  en  Testât  qu'il  estoit  en  notredite  ville,  et 
à  payer  lesdites  amendes  au  prouffit  de  nous  et  de  notredite  ville, 
selon  le  contenu  de  nosdites  lettres  ,  et  lesdiz  capitaine  et  sol- 
doyers à  mettre  leursdiz  deux  bourgois  franchement  et  quitement 
au  délivre,  et  faire  par  ledit  capitaine  vers  iceulx  de  l'Escluse 
amende  honnourable  à  notre  discrécion,  en  lui  faisant  demande 
des  despens  par  eulx  fais  ou  à  faire  en  ceste  partie  jusques  en 
diffinitive. 

A  quoy  fu  répliqué  par  lesdiz  capitaine  et  procureur,  disans 
que  onques  lesdiz  de  FEscluse  n'avoient  en  riens  joy  ne 
usé  du  contenu  de  nosdites  lettres  comme  ilz  se  vantoient,  et 
partant  ne  doivent  icelles  estre  d'aucune  valeur  ou  effect  ;  ten- 
dans  à  fin  que  dessus  et  que  icelles  lettres  fussent  par  nous 
adnullées. 

Sur  lesquelles  propositions  nous  eussions  envoyé  en  notre- 
dite ville  de  l'Escluse,  certains  noz  conseilliers  et  commissaires, 
pour  eulx  illec  informer  de  la  vérité,  auquel  lieu  lesdites  par- 
ties, chacune  de  son  costé,  eussent  à  nosdiz  conseilliers  et 
commissaires  administré  autant  de  tesmoings  et  tout  ce  qu'il 
leur  plaisoit  et  dont  elles  se  vouloient  aidier  en  ceste  partie,  et 
mesmement  lesdiz  de  l'Escluse  exhibèrent  en  forme  de  preuve 
nosdites  deux  lettres  et  autres  ensaignements  et  registres 
servans  à  leurs  propos. 

Laquelle  informacion  faite  et  raportée,  par  nozdiz  commis- 
saires et  conseilliers,  close  et  scellée  par  devers  nous,  avons 
ensemble  tout  le  démené  de  ladite  matière  fait  vëoir  et  visiter 
en  notre  conseil  estans  lès  nous,  par  grande  et  meure  délibéra- 
cion,  et  pour  sur  ce  oïr  droit  et  notre  sentence  et  ordonnance, 
fait  aujourd'hui  venir  pardevant  nous  lesdites  parties,  assavoir 


268  ANNEXES. 

le  devant  dit  messire  Guilbert  ou  nom  que  dessus  et  les  députez 
de  notredite  ville  de  l'Escluse  et  ou  nom  d'icelle. 

Savoir  faisons  que,  vëu  et  considéré  tout  ce  que  à  vè'oir  et 
considérer  fait  et  à  mouvoir  nous  peut  en  ceste  partie,  nous, 
par  sentence  diffinitive  et  pour  droit,  avons,  en  la  présence  des- 
dites parties,  dit,  déclaré  et  ordonné,  disons,  déclarons  et 
ordonnons  par  ces  présentes  ce  qui  s'ensiut. 

Premièrement,  que,  non  obstant  le  contenu  esdites  lettres 
patentes  dont  dessus  est  fête  mencion,  lesquelles  comme  sur- 
reptices,  et  aussi  parce  que  au  contraire  a  esté  depuis  usé, décla- 
rons non  devoir  sortir  effect  doresenavant,  les  capitaine,  lieute- 
nant et  soldoyers  de  notredit  chastel  de  l'Escluse  présens  et 
à  venir,  ensemble  leurs  femmes,  enfans  et  familliers,  sont  et 
demeurent  à  tousjours  exemps  de  la  Loy  et  justice  de  notre- 
dite ville  de  l'Escluse,  de  quelconque  cas  ou  déliz  qu'ilz  ou  aucun 
d'eulx  auroient  commis  et  perpétré  ou  commettroient,  fust  en 
notredite  ville  de  l'Escluse  et  eschevinage  d'icelle,  on  en  notre- 
dit chastel,  bassecourt  et  barrières  d'icellui  ;  sans  ce  que  ceulx 
de  la  Loy  de  notre  avantdite  ville  de  l'Escluse,  présens  ou 
à  venir,  en  doyent  cognoistre  ne  les  pugnir  ou  corrigier,  par 
ban  ne  autrement,  criminelment,  corporèlement  ne  civilement, 
en  quelconque  manière  que  ce  soit. 

Mais,  se  iceulx  soldoyers,  leurs  femmes,  enfans  et  famil- 
liers, ou  aucuns  d'eulx  perpétroyent  en  nosdit  chastel, 
bassecourt,  barrières  et  ville  ou  eschevinage  de  l'Escluse  aucuns 
cas,  délitz  ou  maléfices,  feust  d'ommecide  ou  autrement,  sur  les 
bourgois  de  notredite  ville  ou  les  oostrelings  et  autres  nacions 
et  personnes  quelconques  fréquentans  et  habitans  en  notredite 
ville  de  l'Escluse,  ledit  capitaine  ou  son  lieutenant  en  aura  et 
prendra  la  cognoissance  et  sera  tenu  de  les  pugnir  et  corrigier, 
criminelment,  corporèlement  ou  civilement,  selon  l'exigence 
desdiz  cas,  et  en  faire  raison  et  justice  de  son  office,  et  aussi 
à  la  complainte  de  la  partie  bleciée,  tellement  qu'elle  s'en 
devra  tenir  contente. 

Et,    se     lesdis    délinquans,    soldoyers  ou  leurs  familliers, 


ANNEXES.  269 

estoient  prins  ou  arrestez  en  notredite  ville  et  eschevinage 
par  noz  bailli  ou  sergens  de  l'Escluse,  fust  en  présent  mef- 
fait  ou  autrement,  incontinent  que  ledit  capitaine  ou  son 
lieutenant  le  requerra,  lesdiz  délinquans  seront,  sans  aucun 
délay  ou  difficulté,  renduz  et  délivrez  à  icellui  capitaine  ou 
son  lieutenant,  qui  sera  tenu  d'en  faire  pugnicion  et  adminis- 
trer justice,  comme  dit  est.  Mais,  s'il  y  a  cas  dont  appertiengne 
mort  ou  forfaiture  de  membre,  ledit  capitaine  ou  son  lieute- 
nant, après  ce  que  il  en  aura  fait  le  procès  du  perpétrant 
dudit  cas  et  le  jugié  et  condempné,  délivrera  icellui  perpétrant 
à  notre  bailli  de  l'Escluse  ou  à  son  lieutenant,  pour  au  surplus 
le  mettre  à  exécucion  selon  ladite  condempnation.  Lequel 
notre  bailli  ou  son  lieutenant,  présent  et  à  venir,  commettons 
à  ce  dès  maintenant  pour  lors  par  ces  présentes. 

Item,  que  s'il  avenoit  que  aucun  bourgois,  manant  ou  habi- 
tant de  notredite  ville  de  l'Escluse  ou  autre  estrangier  com- 
mist  et  perpétrast  aucun  cas  ou  délit  sur  lesdiz  capitaine,  son 
lieutenant,  soldoyers  ,  leurs  femmes ,  enfans  et  familliers  ou 
aucun  d'eulx,  fust  d'ommicide  ou  autre,  en  icelle  notre  ville  et 
eschevinage,  notredit  bailli  ou  son  lieutenant  et  ceulx  de  la 
Loy  de  notredite  ville  seront  tenuz,  à  la  porsuite  et  complainte 
de  la  partie  bleciée,  en  fère  droit  et  loy  ainsi  qu'il  appartien- 
dra, sans  dissimulacion. 

Item,  que  se  ledit  capitaine  ou  son  lieutenant  et  lesdis  notre 
bailli  ou  son  lieutenant  et  (ceux)  de  la  Loy  de  notredite  ville 
estoient  deffaillans,  délayans  ou  refusans  de  faire  et  administrer 
loy  et  justice  aux  gens  et  parties  complaignans,  d'un  costé  et 
d'autre,  ladite  partie  complaignant  ou  grevée  pourra  appeler 
devant  nous  dudit  grief  ou  refuz,  ou  venir  à  remède  à  nous  ou 
notre  conseil  estans  lez  nous,  là  où  en  reservons  par  cestes  la 
congnoissance  et  déterminacion. 

Item,  que  le  ban  proféré  par  lesdiz  de  l'Escluse  sur  les  per- 
sonnes dessus  nommez,  trois  soldoyers  et  chacun  d'eulx,  sera 
par  lesdiz  de  l'Escluse  trachié  et  effacié  hors  de  leur  registre 
et  miz  au  néant,  et  seront  iceulx  banniz,  remis  et  restituez  en 


270  ANNEXES. 

notredite  ville,  non  obstant  que  le  terme  de  ledit  ban  ne  soit 
point  expiré. 

Item,  que,  au  regard  des  deux  arrestz,  faiz  par  lesdiz  de 
l'Escluse  sur  la  personne  de  Jehan  le  Kokere,  tavernier  de 
notredit  chastel,  iceulx  arretz  seront  mis  au  néant,  ensemble  la 
caucion  par  lui  sur  ce  baillée,  et  avec  ce  lui  seront  renduz  et 
restituez  ses  deniers  s' aucuns  en  a  payez  pour  lesdites  amendes. 
Et  semblablement,  seront  par  ledit  capitaine  ou  son  lieutenant 
incontinent  miz  au  délivre  franchement  et  quittement,  se  desjà 
ne  sont,  les  deux  bourgois  de  notredite  ville  que  lesdiz  sol- 
doyers  avoient  prins  et  menez  en  notredit  chastel  comme 
davant  est  déclaré. 

Item,  que  doresenavant  les  capitaines  et  soldoyers  de  notre- 
dit chastel,  présens  et  à  venir,  leurs  femmes  et  familliers,  por- 
ront  doresenavant  boire  et  despenser  vin  et  tous  autres  buvrages 
et  avoir  toutes  manières  de  vitailles  en  icellui  notre  chastel, 
avec  ce  vendre  ou  faire  vendre  en  notredit  chastel,  bassecourt 
et  barrières  d'icellui,  ainsi  que  ilz  ont  fait  anciennement,  sans 
fraude,  pain,  char,  poisson,  vin,  chervoise  et  autres  denrées  et 
vitailles  quelconques  à  détail,  l'un  à  l'autre  et  aux  manans, 
ouvriers  et  habitans  de  notredit  chastel,  sans  en  payer  à  nous 
ou  nos  successeurs  ne  à  notredite  ville  aucuns  assiz  ou  male- 
totes,  ne  en  estre  reprins  ne  pugniz  par  lesdiz  de  l'Escluse  ne 
autres,  par  voye  de  prison  ou  amende  quelconques. 

Item,  que  franchement  pourront  aler  boire  es  tavernes  de 
notredit  chastel  les  parens  et  amiz  desdis  soldoyers,  les  gens 
et  officiers  et  familliers  de  nous  et  de  nosdiz  successeurs , 
ensemble  tous  estrangiers  quelconques,  comme  ilz  ont  acous- 
tumé  de  faire,  sans  pour  ce  mesprendre  et  sans  ce  que  lesdiz 
de  l'Escluse  le  leur  puissent  deffendre,  excepté  à  leurs  bour- 
gois lesquelz  ils  en  pourront  pugnir  à  leur  discrécion,  pourveu 
toutesvoyes  que  nul  ne  pourra  emporter  ne  faire  emporter  vin 
ne  cervoise  par  pots  ne  par  cannes  hors  de  notredit  chastel  ou 
bassecourt  en  notredite  ville,  ou  préjudice  des  assiz  d'icelle, 
sauf  et  réservé  seulement  nosdiz  gens,  officiers  et  familliers  qui 


ANNEXES.  271 

en  pourront  envoyer  querre  sans  fraude  pour  le  boire,  et  aussi 
lesdiz  soldoyers,  s'ilz  vont  disner  ou  souper  en  notredite  ville, 
pourront  chacun  porter  ou  faire  porter  ung  lot  de  vin  ou  de 
ceivoise  pour  leur  boire  et  non  plus,  ou  envoyer  ung  pot  de 
vin  à  leur  ami  s'il  le  vient  vëoir  et  il  disne  en  notredite  ville. 
Mais,  se  les  taverniers  de  notredit  chastel  envoyent  vin  ou 
cervoise  par  kannes  ou  par  pots  en  notredite  ville,  excepté  en 
la  manière  dessusdite,  ou  que  le  boucher  d'icellui  notre  chastel 
portast  ne  féist  porter  couvertement  ne  autrement  char  à  la 
maison  des  gens,^  au  préjudice  des  bouchers  de  notredite  ville, 
ceulx  de  la  loy  d'icelle  notre  ville  porront  faire  prendre  et 
arrester,  par  noz  bailli,  son  lieutenant  ou  sergens  illec,les  potz, 
kannes  et  vin  et  ladite  char,  et  de  ce  requérir  justice  audit 
capitaine  ou  son  lieutenant  en  lui  rendant  lesdiz  potz,  vin  et 
char,  lequel  capitaine  ou  son  lieutenant  sera  tenu  d'en  pugnir 
lesdiz  facteurs  selon  le  cas,  sans  ce  que  iceulx  de  l'Escluse  ne 
pourront  jamais  demander  amende  sur  ledit  tavernier,  bouchier 
ne  autre  soldoyer  quelzconques,  ne  les  faire  pour  ceste  cause 
prendre  ne  emprisonner  en  notredite  ville.  Toutes voy es,  s'au- 
cun  des  bourgois  ou  manans  de  notredite  ville  estoient  le  por- 
teur desdiz  potz  ou  kannes  de  vin,  de  cervoise  ou  de  char, 
lesdiz  de  l'Escluse  les  en  pourront  pugnir  à  leur  discrécion. 

Jtem,  que  les  vins  de  notre  garnison  de  notredit  chastel,  qui 
aucune  fois  est  grande  et  nécessaire  de  renouveller,  se  vendront 
en  telle  saison  en  Tan  qu'il  semblera  le  plus  prouffitable  audit 
capitaine  et  au  maistre  desdites  garnisons  par  l'espace  de  six 
sepmaines  en  suiaument  (?)  et  non  plus,  en  mettant  notre 
enseingne  à  la  barrière  dehors  publiquement,  à  tout  homme 
soient  bourgeois  et  autres  qui  acheter  en  vouldront,  et  se  puisse 
emporter  par  kannes  et  par  lotz  pour  en  estre  plus  tost 
délivré,  sans  ce  que  lesdiz  de  l'Escluse  en  pussent  calengier 
aucun  desdiz  acheteurs  ne  autres. 

Et  au  regard  des  despens  de  chacune  partie,  nous  le  com- 
pensons et  pour  cause. 

Tous  les  quelx  poins  et  chacun  d'eulx  en  la  fourme  et  manière 


272  ANNEXES. 

qu'ilz  sont  déclairez,  nous  avons  donnez  et  ottroyez,  donnons 
et  ottroyons  ,  par  ces  lettres  présentes,  en  tant  que  mestier 
est, par  point  de  prévilège  perpétuel,  ausdiz  capitaine,  son  lieu- 
tenant et  soldoyers  de  notredit  chastel  de  l'Escluse  ,  leurs 
femmes  et  familliers,  présens  et  à  venir,  pour  en  joïr  et  user 
plainement  à  tousjours. 

Et  en  oultre,  voulons,  ordonnons  et  déclairons  par  ces  pré- 
sentes que  les  dessusdiz  capitaine,  soldoyers,  leurs  femmes  , 
enfants  et  famille,  présens  et  à  venir,  soient  et  demeurent  de 
ce  jour  en  avant  et  à  tousjours  francs  et  exemps  de  notre  bail- 
liage de  l'iaue  à  l'Escluse,  en  tous  cas  criminelz  et  civilz,  non 
nobstant  que  en  cest  présent  procès  n'en  ait  esté  fête  aucune 
question  ou  mencion,  ainsi  et  pareillement  que  les  avons  exemp- 
tez et  affranchez  des  baillage,  loy  et  eschevinage  de  notredite 
ville  de  l'Escluse.  Si  donnons  en  mandement  à  noz  bailliz  de 
l'eaue  et  de  terre  à  l'Escluse,  aux  bourgmaistres,  eschevins  et 
conseil  de  notredite  ville  de  l'Escluse  et  de  notre  ville  de  la 
Mude  et  à  tous  noz  autres  justiciers  et  officiers  quelzconques, 
présens  et  à  venir,  ou  à  leurs  lieutenants  et  à  chacun  d'eulx 
endroit  soy  et  si  comme  à  lui  appartiendra,  que  le  contenu  en 
cesdites  présentes  ilz  gardent,  entretiengnent  et  observent  et 
facent  garder,  entretenir  et  observer  de  point  en  point,  sans 
aler  ou  faire  ne  souffrir  estre  aie,  fait,  ores  ne  ou  temps  à 
venir,  en  quelque   manière  que  ce  soit,  au  contraire. 

En  tesmoing,  etc.,  donné  etc.  à  Arras  le  XXVIIme  jour  de 
janvier  an0  XXXIX    » 


VI 

TABLE  DES  PÈLERINAGES. 
—  P.  73-97.  — 

Queresmius  l  a  publié  au  XVIIe  siècle  une  nomenclature 
de  ces  pèlerinages  qui  correspond  à  celle  de  Ghillebert  et 
où  il  indique  comme  lui,  par  une  croix,  les  indulgences  plé- 
nières.  Ce  tableau  a  été  traduit  et  publié  de  nos  jours  par 
Mgr  Mislin  2  qui  y  voit  «  la  plus  complète  indication  des 
sanctuaires  de  la  Terre-Sainte.  » 

Je  reproduis  ici  la  traduction  de  Mislin,  mais  en  suivant 
l'ordre  de  Ghillebert.  J'y  ai  rétabli  quelques  mots  de  Que- 
resmius qui  n'avaient  pas  été  traduits. 

Queresmius  s'en  réfère  à  un  manuscrit  (serait-ce  celui 
de  De  Lannoy)  et  à  Rodriguès  3. 

Ce  qui  est  imprimé  en  italiques  manque  aux  nomencla- 
tures plus  récentes  et  n'appartient  qu'à  Ghillebert. 

*  Elucidatio  Terra  Sanctœ.  Anvers,  Plantin,  1639.  Le  privilège 
est  de  1633  (t.  I,  p.  448). 

*  Les  Lieux  saints,  etc.  3  vol.  gr.  in  8.  Paris  1858  (t.  II,  p.  338). 
5  Quœstiones  regulares,  Anvers,  Belleros   1628.  La  licence  est  de 

1601  (t.  II,  quest.  93.) 


274  .  ANNEXES. 


pèlerinages,  pardons  et  indulgences  de  surye 
et  de  Egypte. 


«  Il  y  a  dans  la  Terre-Sainte  beaucoup  de  lieux  auxquels  sont 
«  attachées  des  indulgences  ,  les  unes  plénières,  indi- 
«  quées  dans  la  liste  suivante  par  une  |,  les  autres  de 
«   7  ans  et  7  quarantaines  \  »  (Mislin.) 

I.  De  Japfa  a  Jérusalem. 

f  La  ville  de  Joppé  ou  Jaffa,  où  saint  Pierre  ressuscita 

Tabita.  p.     74 

—  La  maison  où  saint  Pierre  eut  la  vision  qui  lui  or- 

donna de  porter  T évangile  à  tous  les  hommes,  sans 
en  excepter  personne. 

—  La  pierre  où  saint  Pierre  prêcha. 

—  Lydda  et  dans  cette  ville  l'église  de  Saint- Georges. 

II.  Ramleh. 

—  La  ville  de  Ramla  avec  l'église  de  Nicodème. 

"f  Le  bourg  d'Emmaiïs  et  la  maison  de  Cléophas  où  Jésus  - 
Christ  fut  reconnu  à  la  fraction  du  pain. 

—  Le    tombeau    de    saint  Samuel,   sur  la    montagne 

d'Ephraïm. 
|  La  maison  du  centurion  Joseph. 
t  H  endroit  où  Christ  se  reposa  en  montant  au  Calvaire. 

'  Chaque  fois  que  l'indulgence^indiquée  comme  partielle  au  XVe  siè- 
cle est  notée  comme  plénière  au  XVIIe,  j'ai  ajouté  à  la  croix  une 
astérisque. 


ANNEXES.  275 

•f  Le  mont  sacré  du  Calvaire  où  Jésus-Christ  fut  crucifié. 

t  Le  lieu  où  Christ  fut  mis  au  lincuel. 

|  Le  saint  Sépulcre. 

f  *  Le  lieu  où  Jésus- Christ  apparut  à  Marie -Magdeleine 

sous  la  forme  d'un  jardinier.  p.  75 

—  Le  prison  de  Notre  Seigneur. 

—  La  chapelle  du  Partage  des  vêtements  de  Jésus-Christ. 
f   La  chapelle  de  sainte  Hélène. 

f  L'endroit  où  a  été  retrouvée  la  sainte  Croix. 
|   La  colonne  de  la  Flagellation. 

—  La  chapelle  d'Adam. 

—  Les  tombeaux  de  Godefroid  de  Bouillon  et  de  Bauduin. 

—  Le  lieu  dit  :  le  centre  du  monde. 


III.    JÉRUSALEM. 

f  La  ville  de  Jérusalem. 

— L église  Saint- Jean-Baptiste  et  l'hôpital  des  frères  de 
Rhodes. 

—  La  maison  du  riche  qui  refusa  du  pain  au  ladre. 

—  La  prison  de  saint  Pierre,  apôtre. 

—  Le  carrefour   où  Simon  de   Cyrène  fut  contraint  de 

porter  la  croix. 

—  Sainte-Marie  du  palmier ■,  où  Marie  tomba  à  terre.      p.  76 

—  Une  arche  où  se  trouvent  enchâssées  deux  pierres  où 

Christ  se  reposa. 

—  L'école  de  la  Vierge. 

|  Le  palais  de  Pilate,  gouverneur,  et  autres  saints  lieux. 

|  L'église  et  le  lieu  de  la  flagellation. 

f  La  maison  du  pharisien,  dite   aussi  de  la  Magdeleine, 

qui  y  reçut  le  pardon  de  ses  péchés, 
t  Le  palais  d'Hérode,  tétrarque  de  Galilée 

1  Queresmius  n'indique  ici  qu'une  indulgence  partielle. 


276  ANNEXES. 

t  Le  temple  de  la  présentation  de  la  sainte  Vierge. 

—  La  piscine  probatique. 

-j-  *  L'église  de  Sainte-Anne  et  le  lieu  de  la  conception  et 
de  la  naissance  de  la  sainte  Vierge. 

—  La  porte  judiciaire. 

•j-  La  porte  de  la  Ville  Sainte  par  laquelle  Jésus-Christ 
entra  le  jour  des  Palmes,  appelée  la  'porte  d'Or. 


IV.  La  vallée  de  Josaphat. 

—  Vallée  de  Josaphat.  p.  7  7 

—  Le  lieu  où  saint  Etienne  fut  lapidé. 
|  Torrent  de  Cédron. 

—  L'église  de  la  Vierge,  dans  la  vallée  de  Josaphat  où  se 

trouve  :  f  le  tombeau  de  cette  même  Vierge. 

—  Le  lieu  où  Jésus-Christ  laissa  les  trois  apôtres  lorsqu'il 

alla  prier  son  Père. 

—  Le  tombeau  du  prophète  Zacharie,  que  les  Juifs  tuèrent 

entre  le  temple  et  l'autel. 

V.  Le  mont  des  Oliviers. 

—  Le  mont  des  Oliviers. 

|  Le  lieu  où  Jésus-Christ  fut  trahi  par  un  baiser,  pris 

par  les  Juifs,  abandonné  de  ses  disciples. 
■f  Le  lieu  où  Jésus-Christ  pria  et  sua  le  sang. 

—  L'endroit  où  saint  Thomas  trouva  la  ceinture  de  la 

sainte  Vierge  après  son  Assomption. 

—  Le  lieu  où  Jésus-Christ  pleura  sur  la  ville. 

—  Le   lieu  où  la  sainte  Vierge,  sur  le  point  de  mourir, 

reçut  une  palme  d'un  ange. 
f  L'église  du  Saint-Sauveur,   etc.,  etc. 
t  L'endroit  où  Jésus-Christ  monta  au  Ciel. 


ANNEXES.  277 

—  La  grotte  de  sainte  Pélagie. 

—  Bethphagé. 

—  L'endroit  où  les  apôtres  composèrent  le  symbole. 

—  Le  lieu  où  Jésus-Christ  pria  et  enseigna  à  prier. 

—  Le  lieu  où  la  sainte  Vierge  se  reposa  et  pria. 


VI.  La  vallée  -de  Sion. 

—  La  fontaine  de  la  Bienheureuse  Vierge  Marie. 

—  La  vallée  de  Siloé. 

—  Où  haie  fut  enseveli. 

—  Où  il  fut  tué. 

—  La  fontaine  de  Rogel. 

—  La  vallée  de  bénédiction. 

—  La  rue  Engaddy.  p.  79 

—  Le  désert  d'Engaddi,  où  David  se  cacha. 

—  La  mer  Morte. 

|  *  La  pierre  de  Béthanie  sur  laquelle  Jésus-Christ  fut 
assis. 

—  Le  monastère  de  saint  Sebas,  abbé. 

—  Haceldama,  c'est-à-dire  le  champ  du  sang. 

—  Le  champ  de  Fulonis- 

VIL  La  montagne  de  Sion. 

—  La  grotte  où  saint  Pierre  pleura  amèrement. 

—  Le  lieu  où  les  Juifs  voulurent  prendre  le  corps  de   la 

Sainte  Vierge,  lorsqu'on  la  portait  au  tombeau. 

|  La  maison  d'Anne,  grand  prêtre  des  Juifs. 

t  La  maison  du  grand  prêtre  Caïphe  et  dans  cette  mai- 
son :  la  prison  de  Jésus-Christ. 

f  La  maison   où  après   l'ascension  vécut  et  mourut  la 

sainte  Vierge.  p.  80 


278  ANNEXES. 

—  La  citerne  de  la  Vierge. 

—  La  chapelle  de  Saint- Jean  TÉvangéliste  dans  laquelle 

il  célébrait  les  divins  mystères  en  présence  de  la 
sainte  Vierge. 

—  Le  lieu  où  le  sort  tomba  sur  Mathias. 

—  La  maison  de  la  Vierge  Marie. 

—  Le  lieu  où  Christ  prêcha  et  où  s'assit  Marie. 

—  Le  lieu  où  fut  le  tombeau  de  David. 

—  Le  tombeau  de  Simon  le  Juste. 

—  Où  fut  rôti  ï 'agneau  pascal,  etc. 

—  Le  tombeau  de  Saint  Etienne,  premier  martyr. 
t  L'Eglise  des  Saints-Apôtres  où  se  trouve  : 

—  Le  Cénacle. 

—  Le  lieu  où  Jésus-Christ  lava  les  pieds  à  ses  disciples. 

—  Le  lieu  où  le  Saint-Esprit  descendit  sur  les  Apôtres. 

—  Où  Christ  apparut  à  ses  Apôtres,  le  jour  de  Pâques. 

—  L'église  de  Saint-Jacques  le  Majeur.  p.  81 

—  Le  lieu  où  Jésus-Christ  apparut  aux  femmes  après  sa 

résurrection  et  leur  dit  :  «  Je  vous  salue.  » 


VIII.  Béthanie. 

—  Le  bourg  de  Béthanie. 
-f  Le  tombeau  de  Lazare. 

—  La  maison  de  Simon,  le  lépreux,  pharisien. 

—  Le  château  de  Lazare,  frère  de  Marie-Magdeleine  et 

de  Marthe. 

—  La  maison  de  sainte  Marthe. 

IX.  Le  Jourdain. 

—  Les  tombeaux  de  saint  Joachim  et  de  sainte  Anne, 

parents  de  la  Vierge.  p.  82 

•j-  Le  mont  sacré  de  la  Quarantaine. 


ANNEXES.  279 

—  Le  mont  où  Satan  montra  au  Christ  les  royaumes  du 


—  La  fontaine  du  prophète  Elisée. 

—  La  ville  de  Jéricho. 

—  La  mile  de  Hay. 

—  La  ville  de  Bethel,  où  Jacob  vit  l'échelle. 

—  La  maison  de  Zachée,  le  publicain. 

—  L'endroit  où  Christ  rendit  la  vue  à  V aveugle. 

—  Jéricho,  la  troisième  et  dernière. 

—  L'église  de  Saint-Jean-Baptiste. 

■J*  Le  fleuve  du  Jourdain.  p.  83 

—  Béthanie,  la  seconde. 

—  Le  monastère  de  saint  Jérôme,  dans  une  vaste  soli- 

tude. 

—  La  mer  morte. 

—  Où  la  femme  de  Lothfut  changée  en  sel. 

—  Ségor,  où  Loth  s'enfuit  avec  ses  deux  filles. 

—  Les  monts  d'Arralie,  d'où  Moïse  montra  au,  peuple  la 

terre  promise  et  où  il  fut  enterré. 

—  Le  désert  où  Marie  Égyptienne  fit  'pénitence. 

—  La  ville  de  Crach. 

—  Sébaste,  où  il  y  a  une  église  de  Saint-Jean-Baptiste. 

X.  Bethléem. 

—  Le  mont  de  Sion,  où  se  trouve  la  maison  de  Mauvais- 

Conseil  où  Judas  vendit  le  Christ.  p.  84 

—  La  citerne  des  Trois-Rois. 

—  Le  champ  de  Berch  où  l'ange  tua  en  une  nuit  160,000 

assiégeants  de  Jérusalem. 

—  La  rue  Betsura. 

—  Saint  Elie,  prophète. 

—  Le  tombeau  de  Rachel,  épouse  de  Jacob, 
f  *  Bethléem,  cité  de  David. 


280  ANNEXES. 

—  L'église  de  la  Sainte- Vierge. 

-J-  La  grotte  de  naissance  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ. 
-j-  Où  il  fut  circoncis. 

—  Où  eut  lieu  le  massacre  des  Innocents. 

—  L'école  de  saint  Jérôme. 

—  Le  tombeau  de  saint  Jérôme.  p.  85 

—  Le  tombeau  des  saints  Innocents. 

—  Le  tombeau  de  sainte  Paule  et  d'Eustochie  sa  fille. 

—  La  grotte  de    la  sainte  Vierge,  ou  l'église  de  Saint- 

Nicolas. 

—  Léglise  des  Trois-Rois,  on  ils  couchèrent  après  avoir 

salué  le  Christ. 

—  La  citerne  de  David. 

—  Une  petite  chapelle  de  la  Vierge  à  ï endroit  où  l'ange 

lui  montra  la  route  d^  Egypte. 

—  La  maison  des  Pasteurs. 

—  La  ville  deThécua. 

—  Le  tombeau  des  Prophètes. 

—  Le  monastère  de  saint  Cant,  abbé. 


XI.  Pèlerinages  de  la  montagne  de  Judée. 


—  Les  montagnes  de  Judée. 

—  L'église  de  la  Sainte-Croix. 

—  La  maison  de  Simon  le  Juste, 

—  La  maison  de  Zacharie  dans  laquelle  entra  la   sainte 

Vierge  lorsqu'elle  salua  Elisabeth, 
-j-  *  L'église  et  le  lieu  où  est  né  saint  Jean-Baptiste.        p.  86 

—  La  vallée  de  Botry. 

—  La  route  de  Génézareth,  où  se  trouve  la  fontaine  de 

saint  Jean-Baptiste. 


ANNEXES.  281 

XII.  La  cité  d'Èbron. 

—  La  maison  où  naquit  le  prophète  Jonas. 

—  La  fontaine  de  Sarah. 

—  La  ville  d'Hébron. 

—  Où  Caïn  tua  Abel. 

—  Où  Adam  et  Eve  pleurèrent  la  mort  d 'Abel.  p.  87 

—  Le  champ  d'Amachius  où  Dieu  forma  Adam. 

—  Ébron  la  vieille. 

—  La  vallée  de  Mambré. 

—  Le  désert  de  saint  Jean-Baptiste. 

—  La  rue  de  Bersabée. 

XIII.  Nazareth. 

—  Le  lieu  où  gisait  le  corps  de  saint  Etienne  avant 

d'être  enseveli. 

—  Elbir,  où  il  y  avait  une  église  de  la  sainte  Vierge 

Marie. 

—  La  rue  où  naquit  Jérémie. 

—  La  rue  de  Sylo  où  V arche  resta  quelque  temps. 

-f-  *  Le  puits  de  la  Samaritaine  et  le  domaine  de  Jacob. 

—  La  ville  de  Sichem,  ou  Naplouse.  p.  88 

—  Sébaste,  où  il  y  a  une  église  de  Saint-Jean-Baptiste. 

—  L'église  d'Elisée. 

—  Où  Christ  guérit  dix  lépreux. 

—  Les  tombeaux  des  rois  d'Israël. 

XIV.  La  ville  de  Nazareth. 

—  La  ville  de  Nazareth  et  l'église  de  l'annonciation  de 

la  Vierge. 

—  La  fontaine  de  Jésus  et  de  Marie  ou  l'église  de  Saint- 

Gabriel,  p.  89 

VOÏ   ET  AMB.  18 


282  ANNEXES. 

—  L'église  du  saint  ange  Gabriel. 

—  La  synagoge. 

—  Le  lieu  où  les  Juifs  voulaient  forcer  Jésus. 

—  Zephoris(Sephor)  patrie  de  Joachim  et  d'Anne,  parents 

de  la  Vierge, 
f  *  La  ville  de  Cana  en  Galilée. 

—  La  ville  de  Ptolémaïs. 
-j-  Le  mont  Thabor. 

—  Le  lieu  où  Christ  dit  à  ses  apôtres  :  La  vision  que  vous 

avez  vue,  etc. 

—  Où  Melchisedech  rencontra  Abraham. 

—  Où  Christ  guérit  ï enfant  démoniaque.  p.  90 
-j-  *  La  ville  de  Naïm. 

—  Le  mont  Hermon. 

XV.  La  mer  de  Galilée. 

—  La  ville  de  Bethsaïda,  patrie  de  saint  Pierre. 

—  La  ville  de  Thibériade. 

—  L'église,  à  V endroit  où  Christ  appela  saint  Jaques  et 

saint  Jean.  p.  91 

—  L'église  ou  le  Christ  après  sa  résurrection  apparut 

à  ses  apôtres  et  où  ils  virent  le  charbon  ardent. 

—  L'église  du  Saint- Sauveur,   là  où  Christ  appela  saint 

Mathieu. 

—  L'église  de  Saint-Mathieu,  au  lieu  où  Christ  dit  : 

«  Ceux  qui  se  portent  bien  n'ont  pas  besoin  de  mé- 
decin. )) 

—  L'église  Sainte-Marthe  ,    au  lieu  où  Christ  guérit 

une  femme  d'un  flux  de  sang. 

—  La  maison  d'Archisuagis  où  Christ  ressuscita  sa  fille. 

—  La  cité  de  Corozaïm,  dont  Christ  a  dit  :  Malheur  à 

toi,  Coromïm. 
— •  La  ville  de  Cédar. 


ANNEXES.  283 


—  La  montagne  où  Jésus-Christ  rassasia  avec  quelques 

pains  et  quelques  poissons  4  à  5  mille  hommes. 

—  Où  Christ  guérit  le  muet,  etc. 

—  Les  tains  d'eau  chaude. 

—  La  montagne  où  Christ  rassasia  4000   hommes  de 

7  pains. 

—  Magdelen,  château  de  sainte  Marie-Magdelaine.  p.  92 

—  Le  pays  de  Qénézareth  où  Christ  délivra  le  possédé. 

—  La  ville  de  Capharuaum. 

—  Césarée  en  Palestine. 

—  L'endroit  où  Christ  dit  aux  apôtres  :  «  Celui  que  les 

hommes  disent  le  fils  de  Dieu,  etc.  » 

—  Les  fontaines  de  Thor  et  de  Dan. 

—  Le  mont  Liban  et  les  églises  qui  s'y  trouvent. 

XVI.  Près  de  la  mer  de  Syrie. 

—  La  ville  de  Sidon,  vulgairement  Saïda  (où  Christ  exor- 

cisa la  fille  de  Cananée. 

—  Sarepta  (où  Élie  fit  des  miracles). 

—  Sur,  où  se  trouve  le  tombeau  d'Origine  et  T endroit  où 

Christ  guérit  V aveugle,  le  muet,  etc.  p.  93 

—  La  ville  de  Ptolémaïs. 

—  Le  mont  Carmel. 

—  La  montagne  ÏÏÉlie  où  fut  fondé  V  ordre  des  Carmes. 

—  L'endroit  où  fut  martyrisée  sainte  Marguerite. 

—  Suna,  patrie  de  la  Sunamite. 

—  L'endroit  où  Elisée  ressuscita  le  fils  de  la  Sunamite. 

—  La  maison  d'Elisée. 

—  Le  torrent  de  Sichen,  où  Elisée  fit  tuer  les  prêtres  de 

Baal. 

—  Le  château  des  pèlerins. 

—  Le  château  de  Caïphe  où  f tirent  faits  les  clous  de  la 

croix.  p.  94 


284  ANNEXES. 

—  Le  château  de  saint  Philippe. 

—  La  cité  de  saint  Serville. 

—  Gaza,  dont  Samson  enleva  les  portes. 

—  La  rue  T alita  où  naquit  saint  Hilarion. 

—  Le  mont  Horeb. 

—  Le  mont  Sinaï  ou  de  sainte  Catherine. 

—  Le  lieu  où  le  Seigneur  apparut  à  Moïse  dans  le  buisson. 

—  Le  tombeau  de  saint  Jean  Climacy. 

—  Le  lieu  où  Aaron  établit  des  idoles,  pendant  que  Moïse 

était  sur  la  montagne. 

—  Où  Eliefit  sa  pénitence. 

—  Où  Moïse  se  cacha. 

—  Où  il  jeûna  40  jours. 

■J-  Où  il  reçut  les  tables  de  la  loi. 

—  Un  petit  couvent  de  sainte  Catherine  où  saint  Oursin 

fit  pénitence  et  mourut.  p.  95 

—  L'église  de  Sainte-Catherine  et  dans  cette   église  le 

lieu  où  elle  souffrit  le  martyre. 
f  *  Le  rocher  d'Horeb  frappé  par  la  verge  de  Moïse. 

—  JElim,  où  il  y  a  12  fontaines. 

—  La  mer  rouge. 

—  L'église  des  Jacobites  où  l'on  dit  que  la  bienheureuse 

Vierge  Marie  habita  avec  l'enfant  Jésus. 

—  L'église  de  Sainte-Marie  de  la  Colonne  où  fut  enseveli 

le  corps  de  Sainte  Barbe. 

—  L'église  de  Sainte-Barbe  où  fut  enseveli  son  corps. 

—  La  vigne  de  baume. 

—  Le  Nil,  qui  sort  du  paradis  terrestre. 

—  Les  greniers  de  Pharaon. 

—  L'église    de  Saint- Antoine  et  de  saint  Paul,  saint 

Macaire,  saint  Pacôme  et  autres  hermites. 

—  Alexandrie  la  neuve. 

—  L  endroit  où  fut  martyrisé  saint  Jean  élémosinaire, 

patriarche  dA  lexandrie. 

—  Alexandrie  la  vieille. 


ANNEXES.  285 

•  L'église  de  Saint-Marc,  où  il  prêchait  et  où  il  reçut  la 
couronne  du  martyre.  p.  96 

Le  lieu  de  la  conversion  de  l'apôtre  saint  Paul,  dans 
la  ville  de  Damas. 

La  maison  de  Jude  où  saint  Paul  resta  trois  jours. 

L'église  où  est  la  fontaine  dans  laquelle  saint  Paul 
fut  baptisé. 

La  fenêtre  par  laquelle  les  frères  descendirent  saint 
Paul. 

La  maison  d'Ananie  qui  baptisa  saint  Paul. 

Le  fleuve  Dabua  où  saint  Eustache  envoya  ses  enfants. 

Le  couvent  et  V église  de  sainte  Marie  Sardenay. 

La  vallée  où  No'éflt  V arche  et  planta  la  vigne  après 
le  déluge. 

La  ville  et  les  églises  de  Beyrouth. 

L'église  du  Saint-Sauveur  ou  des  Juifs,  ayant  vu  jail- 
lir du  sang  d'une  image  du  Christ  qu'ils  frappaient, 
se  firent  baptiser. 

L'île  de  Chypre  et  la  ville  de  Constance,  où  fut  le 

palais  du  roi  Constant,  père  de  sainte  Catherine.  On 
y  montre  le  lieu  de  naissance  de  sainte  Catherine. 

Une  montagne  avec  une  église  où  Von  montre  le  corps 
du  Ion  larron.  p.  97 

La  croix  de  saint  Hilarion. 

OU  saint  Barnabe,  ayôtre,  fut  brûlé. 


VII 


LE  MANUSCRIT  D'OXFORD. 

Corrections  d'après  le  manuscrit  de  la  bibliothèque 
bodléienne  d'oxford. 

J'ai  d'abord  collationné  mon  texte  sur  l'édition  que 
M.  Webb  a  donnée  du  manuscrit  d'Oxford.  Depuis,  par 
suite  de  l'obligeance  du  gouvernement  anglais,  j'ai  pu  con- 
sulter le  manuscrit  lui-même  et  le  collationnement  m'a 
permis  de  rectifier  plusieurs  erreurs,  les  unes  de  la  pré- 
sente édition,  les  autres  dues  à  l'éditeur  anglais.  En  voici 
le  résultat  : 

P.  99.  Première  ligne  du  texte  :  Item  est  à  sçavoir.  Le  Rap- 
port de  Ghillebert  ne  pouvait  commencer  par  un 
Item.  Le  ms.  dit  :  Il  est  à  sçavoir. 

P.  101,  n.  4.  Cette  note  commence  ainsi  :  «  Au  lieu  de  entre, 
etc.,  l'édition  W.  dit  :  Qui  fait,  etc.  »  —  Il  faut  au 
contraire  supprimer  ce  premier  membre  de  phrase  et 
lire  :  «  Entre  iceulx  II  pors  qui  fait,  »  etc. 

P.  103,  n.  4.  L'édition  Webb,  comme  l'indique  cette  note, 
dit  :  mer  au  lieu  de  mur.  C'est  une  faute  typogra- 
phique de  l'édition  anglaise. 


ANNEXES.  287 

P.  108,  n.  1.  —  Au  lieu  de  la  douwaine,  lisez  :  la  dowaire. 
—  —     n.  4.  —  L'édition  Webb,  comme  l'indique  cette  note, 
dit  par  erreur  :  font ,   au  lieu  de  faut,  qui  se  trouve 
dans  le  manuscrit  d'Oxford.   ' 
P.  109.  n.  3.  —  Au  lieu  de  :  Assez  grant,  lisez  :  grant. 

n.  6.  —  Ajoutez  :  le  manuscrit  écrit  :  Genevois. 

P.  110,  n.  5.  —  Au  lieu  de  :  Jusques  desi,  lisez  :  Desi. 

n.  6.  —  Au  lieu  de  :  qui  part  de,  lisez  :  qui  part. 

P.  114,  n.  1.  — La  variante  indiquée  par  cette  note  est  une 
erreur  de  l'édition  Webb  et  ne  se  trouve  pas  dans 
le  ms.  d'Oxford. 

n.  3.  —  Au  lieu  de  :  Que  je  y  fus  est  supprimé,  etc. 

lisez  :  Devant  que  je  y  fus  est  supprimé,  etc. 
P.  119,  n.  5.  —  L'édition  Webb  omet  un  mot  et  porte  comme 
la  note    l'indique  :  D'unes  cuirasses  couvertes.   Le 
ms.   d'Oxford,  conforme  au  nôtre,  dit  :  D'unes  cui- 
resses  meschantes  couvertes,  etc. 
P.  121,  n.  1.  —  Cette  note  se  termine  ainsi  :  «  Aucun  de  nos 
deux  manuscrits  ne  donnent  ce  mot.   »  —  Il  faut 
ajouter  :  le  ms.  d'Oxford  seul  le  donne,  il  dit  :   Cris- 
tiens  de  la  chainture. 
P.  124.  n.  1.  —  Au  lieu  de  :  Devers  ou  dessus,  lisez  :  Devers 
ou  au  dissus. 

n.  5.  —  Le  manuscrit  d'Oxford  confirme  cette  note  : 

La  phrase  s'ouvre  par  la  majuscule  E,  marquée  de 
rouge. 
P.  125,  n.  3.  —  Au  lieu  de  :  Pies,  lisez  :  Qui  sont  paus,  piez 

et  piques. 
P.  128,  ligne  9.  —  Au  lieu  de  :  Passer  galiotte  nulle,  lisez  : 
Passer  galiotte  ne  lin. 

n.  5.  —  Au  lieu  de  Saminou,  lisez  :  Samanou. 

P.  129.  n.  1.  —  La  variante  indiquée  dans  cette  note,  ne  se 
trouve  que  dans  l'édition  Webb  ;  c'est  une  erreur 
typographique.  Le  manuscrit  est  conforme  à  notre 
texte. 


ANNEXES. 

P.  132,  n.  7.  —  Même  rectification. 
P.  135,  n.  1.  —  Même  rectification. 
n.  3.  —  Au  lieu  de  :  A  lui  en  planté  asaier,  lisez  : 

à  lui  en  plenté  asasier. 
P.  140,  n.  2.  —  Note  à  supprimer. 
P.  142,  n.  5.  —  Au  lieu  de  :  Zaf,  lisez  :  Zut. 
P.  143,  n.  7.  —  La  variante  est  due  encore  ici  à  l'édition  Webb 

et  non  au  manuscrit  d'Oxford. 
P.  144,  n.  3.  —  Au  lieu  de  :  Plas,  lisez  :  Plus  plas. 
n.  5.  —  Ajoutez  à  cette  note  :  Le  ms.  d'Oxford  omet 

les  six  derniers  mots  de  cet  alinéa. 
P.  146.  n.  1.  —  Au  lieu  de  :  Il  y  a  le  plus  beau  pays,  lisez  : 

Il  y  a  plus  beau  pays. 
P.  147,  n.  2.  —  L'erreur  que   je     supposais  de  M.  Webb  , 

appartient  au  manuscrit. 
P.  149,  n.  1.  —  Ajoutez  à  cette  note  :  Le  ms.  d'Oxford  dit  : 

D'armée. 
n.  4.  Au   lieu  de  :   Et  tous  les  murs  (W.),  lisez  :  Le 

ms.  d'Oxford  ouvre  ici  une  nouvelle  phrase  et  dit  : 

Tous  les  murs  d'entour  dedens  la  mer  et  devers  les 

champs  estoit  fermée  en  icelle  mille  de  large,  etc. 
P.  150,  n.  3.  —  Ajoutez  à  cette  note  :   Au-dessus  des  mots 

piliers  de  marbre^  on  a  écrit,  entre  les  lignes,    dans 

le  manuscrit  d'Oxford  :  Porfir. 
P.  151,  n.  1.  —  L'omission  signalée  dans  cette  note  est  de 

M.  Webb.  Le  mot  se  trouve  dans  le  ms. 
P.  156,  n.  3.  —  Ajoutez  :  Le  ms.    d'Oxford  écrit  :  Jenevois. 
n.  10.  —  Mauvaise  version  de  l'édition  Webb.  Ajou- 
tez :  Et  du  ms.  d'Oxford. 
n.  11. — Au  lieu  de  :  Contregardée  de  Sarrasins,lisez  : 

Gardées  de  Sarrasins  contre. 
P.  161,  n.  6.  —  Au  lieu  de  :  S'enrardre,  comme  M.  Webb  l'a 
imprimé,  le  ms.  écrit  :  S'enadre. 


L'INSTRUCTION  D'UN  JEUNE  PRINCE. 


L'INSTRUCTION  D'UN  JEUNE  PRINCE, 


TRAVAUX  PRELIMINAIRES. 
L'AVIS    DE    1439. 

Bibliographie. 

Bibliothèque  nationale  de  Paris,  fonds  français,  N°  1278. 

A.  fol.  16-22.  Avis  laïliè  à  monseigneur....  (Note  au  dos 
de  la  liasse).  Bonne  copie  de  l'Avis. 

B.  fol.  26-34.  —  Même  avis,  avec  de  nombreuses  ratures, 
corrections, intercalations,  qui  lui  donnent  les  caractères 
d'un  brouillon. 

C.  fol.  44.  —  Fragment  du  début  du  même  avis.  Un  seul 
feuillet,  r°  et  v°. 

D.  fol.  22-25.  Rédaction  différente  du  même  avis. 

E.  fol.'  25  v°.  Dix-sept  lignes,  dont  les  trois  premières 
sont  biffées,  d'un  essai  de  rédaction,  différente  du  para- 
graphe correspondant  du  même  avis. 


292  l'instruction  d'un  jeune  prince. 

J'ai  choisi  pour  texte  la  bonne  copie  A,  la  seule  qui 
porte  au  dos  de  la  liasse  l'inscription  :  «  Avis  à  monsei- 
gneur »,  ce  qui  fait  supposer  que  c'est  cette  pièce  dont  une 
copie  a  été  remise  à  Philippe  le  Bon. 

J'ai  désigné  d'après  les  lettres  ci-dessus  :  B,  C,  D,  E,  les 
autres  minutes,  dont  j'ai  indiqué  en  notes  les  variantes. 


AVIS 

BA1LIÉ   A   MONSEIGNEUR   LE   DUC   DE  BOURGOGNE. 


Veu  l  le  temps  qui  règne  de  présent %  ou  royaulme  de 
France,  la  conduite  et  gouvernement  du  roy  et  de  monsei- 
gneur le  dolphin,  des  princes  et  seigneurs  par  qui  ilz  se 
conseillent,  les  traictiez  ou  aliances  que  de  nouvel  ilz  ont 
fait  avec  le  roy  et  roiaume  d'Angleterre  et  autres  seigneurs, 
3,  comme  l'en  dist,  les  compaignes  et  gens  d'armes  nommez 
Escorcheurs  que  l'en  tient  sur  les  champs, 4  il  puet  sembler, 
à  correction,  qu'ilz  aient  estrange  voulenté  envers  monsei- 
gneur le  duc  de  Bourgogne,  et  que  ores  ou  en  temps  avenir, 


1  Voir  le  début  de  la  minute  D,  à  la  fin  :  Annexe  I. 

'  Veu  le  temps  qui  est  moult  estrange  ou  royaulme  de 
France  (B). 

3-4  Les  mots  contenus  entre  ces  deux  chiffres  de  note,  man- 
quent dans  B. 


294  l'instruction. 

s'ilz  voient  leur  point  \luy  porteront  dommage  ou  du  moins 
le  tendront  en  doubte  et  souppechon  2,  luy  et  ses  pays  3. 
Pourquoy  mondît  seigneur  se  doit  tenir  tousjours  prest 
et  garny. 

Or,  pour  se  fortiffier  et  résister  4  à  rencontre  de  tous  ses 
malvoellans,  mondit  seigneur  devroit  faire  5  cinq  choses, 
sauve  tousjours  sa  noble  correction  et  de  messires  de 
son  conseil.  La  première,  que,  par  tous  bons  et  sages 
moyens  que  l'en  pourra  aviser,  il  mette  paine  d'acquérir 
l'amour  et  bienvoellance  du  roy  et  de  monseigneur  le  dol- 
phin  et  de  leurs  conseillers  6,  comme  il  a  fait  jusques  en  cy, 
et  semblablement  en  Angleterre  et  Allemaigne,  etc. Et 7,  pré- 
supposé que  mondit  seigneur  fust  informé  qu'ilz  eussent,  ou 
aucun  d'eulx,  estrange  voulenté  8  vers  luy,  toutevoies  il 
est  aucune  fois  nécessaire  et  prouffitable  de  parler  bel, 
passer  temps  et  dissimuler  9,  et  se  conduire  par  ambassades, 
lettres  ou  journées,  et  ce  temps  pendant,  que  mondit  sei- 
gneur se  pourvoie  tant  de  aliance,  finance,  et  ordonne  son 
fait  mieulx  et  plus  souffisaument  qu'il  n'est  de  présent  10. 

1  Quant  ilz  verront  leur  point  (B) . 

2  En  oremeur  et  subjection  (B). 

3  Les  mots  qui  suivent  jusqu'à  la  fin  du  §  n'existent  pas 
dans  B. 

4  Et  pour  résister  et  se  fortifier  (B). 
B  Faire  en  toute  diligence  (B). 

6  Et  ceulx  de  leur  conseil  (B). 

7  Car  (B). 

8  Informé  qu'ilz  aient  estrange  voulenté  (B). 

9  Dissimuler,  au  moins  jusques  à  ce  que  l'en  soit  pourveu 
tant  de  aliance,  etc.  (B). 

10  Qu'il  n'est  de  présent  et  que  l'en  voye  leur  finable  inten- 
tion (B). 


TRAVAUX   PRÉLIMINAIRES.  295 

La  seconde  et  principalle  provision  l,  tant  pour  acquérir 
la  grâce  de  Notre  Seigneur  de  qui  viennent  les  victoires,  le. 
cuer  et  entière  amour  de  ses  subgès,  dont  2  il  a  aussi 
,  grant  nombre  ou  plus  que  prince  qui  soit  aujourd'uy  en  la 
cristienté,  et  avec  ce  acquérir  3  bonne  renommée  par  tout 
le  monde  :  que  de  ce  jour  en  avant  il  se  voulsist  gouverner 
par  bonne  ordonnance  4  et  droiturière  justice,  modérée  par 
sagesse  5  de  clémence  et  pité,  et  en  ceste  bonne  6  et  sainte 
intention  fonder  tout  son  fait, de  ce  jour  en  avant,  et  atten- 
dre au  surplus  tout  ce  que  Dieux  luy  vouldra  envoier  7.  Et 
il  est  vraysemblable,  ceste  chose  deuement  exécutée  et  mise 
à  euvre,  que  mondit  seigneur  vendroit  au  dessuz  de  tous 
ses  ennemis  et  seroit  le  plus  amé,  honnouré  et  redoubté 
prince  des  cris  tiens. 

La  tierche  8,  que  mondit  seigneur  voulsist  entendre 
au  fait  de  ses  finances  et  de  sa  despense  9  mieulx  et  plus 
sagement  qu'il  n'a  fait  jusques  à  présent,  et  se  pourvëoir 
de  trésor,  afin  que,  se  guerre  ou  aucun  grant  affaire  tou- 
chant son  honneur  ou  la  deffense  de  ses  subgès  luy  survient ,0 
qu'il  y  puist  notablement  et  hastivement  résister  comme  il 


1  Item,  la  seconde  provision  (B). 

2  Subgès  entièrement,  desquelz  (B). 

3  Et  acquérir  (B) . 

1  Gouverner  par  raison,  etc.  (B). 
s  Sagesse  et  prudence,  etc.  (B). 
6  Et  sur  ceste  bonne  (B). 

i  Ce  qui  suit  jusqu'à    la    fin    du    §    n'existe    pas   dan*   la 
minute  B. 
s  Item,  la  tierche  provision  (B). 
•  Et  despense  (B) . 
10  Sourvient(B). 


296  l'instruction. 

appartient  l.  Car  c'est  tout  rien  de  prince,  quant  guerre 
luy  sourvient,  s'il  n'est  garny  de  trésor  avant  la  main,  car 
en  temps  de  guerre,  est  forte  chose  à  prince  de  trouver 
grans  finances. 

La  quarte  2,  que  par  tous  bons  et  honnourables  moyens 
qu'il  pourra  aviser,  il  prende  aliance  et  amistez  avec  les 
princes  ou  seigneurs  de  qui  il  pourroit  estre  aidiez  et  secou- 
ruz  à  son  besoing.  Et  s'il  y  a  aucunes  divisions  et  discen- 
cions  entre  les  bonnes  villes,  pays  et  subgès,  qu'elles  soient 
ostées  et  mises  en  bonne  union. 

La  cinquisme  3,  que  par  l'advis  et  conseil  de  gens  en  ce 
cognoissans  ,  mondit  seigneur  4  se  pourvoie  d'artillerie, 
ordonne  capitaines,  sa  chevallerie  et  gens  de  guerre,  les 
communaultez  de  ses  bonnes  villes  et  compaignons  du  plat 
pays,  par  si  bonne  manière  et  ordonnance  que  chacun  sace 
avant  la  main  ce  que  l'en  doit  faire  5,et  que  d'ores  en  avant, 
se  l'en  met  gens  d'armes 6  suz,  que  ce  ne  soit  pas  àla  destruc- 
tion du  povre  peuple,  comme  l'en  a  fait  par  ci  devant 7, 
et  semble,  à  correction,  que  en  ce  l'en  trouvera  de  bonnes 
manières  et  provisions,  qui  y  vouldra  entendre.  Et  es  cinq 
choses  dessusdictes,  entendre  diligamment  et  les  mettre  à 
exécucion,  ainsi  que  au  cas  appartient. 


*  La  fin  du  §,  à  partir  d'ici,  n'existe  pas  dans  le  brouillon  B 
et  a  été  ajoutée  d'une  autre  encre  dans  la  minute  C. 

*  Item,  la  quarte  provision  (B). 
3  Item,  la  cinquisme  (B). 

*  Mondit  seigneur,  manque  dans  B. 
5  Ce  qu'il  doit  faire  (B). 

9  S'il  fait  armées  (B). 

7  A  partir  d'ici,  la  fin  du  §  n'existe  pas  dans  le  brouillon  B 
et  a  été  ajoutée  en  marge  dans  la  minute  C. 


TRAVAUX    PRÉLIMINAIRES.  297 

Et,  pour  parler  en  ces  matières  plus  clèrement  et  enten- 
damment  que  le  général  de  ce  que  dit  est  ne  contient, 
et  venir  ung  peu  à  la  practique  et  manière  de  faire  x  : 
Toute  créature  qui  a  sens  et  cognoissance  des  comman- 

1  Le  brouillon  B  a  ici  un  long  passage  qui  a  été  supprimé 
dans   les  autres  minutes  ;  le  voici  : 

«  Au  premier  point,  se  mondit  seigneur  le  duc  puet  trou- 
ver seure  amistié  et  bonne  amour  avec  le  roy  et  monseigneur 
le  dolphin,  il  s'en  doit  très  fort  travillier  et  prendre  de  près, 
ayans  regart  *  à  l'aliance  que  aucuns  maintiennent  qu'ilz  ont 
prins  [de  nouvel]  **  avec  le  roy  et  roiaume  d'Angleterre  ;  car 
guerre,  ainsi  que  les  choses  vont  de  présent,  luy  seroit  dure 
et  périlleuse  à  soustenir  ;  et,  pour  eulx  complaire,  délaissier  de 
son  droit  et  des  choses  qui,  par  la  paix  faicte  à  Àrras,  luy 
ont  esté  promises  et  données,  se  l'en  voit  que  ce  soit  chose 
employée  ferme  et  durable,  car  mondit  seigneur  n'y  pourra 
faire  mauvais  marchié  ,  pourveu  que  ses  anciennes  seigneu- 
ries, honneurs  et  prérogatives  luy  demeurent  franches  et 
entières,  comme  il  en  a  usé  par  ci  devant,  [ou  que,  par  ces 
moyens,  mondit  seigneur  peuist  estre  cause  de  la  paix  générale 
de  Franche  et  d'Engleterre,  et  en  ce  comprins  luy  et  ses 
subgès,  de  bonne  foy,  sans  malice  ou  cautelle.] 

Et,  à  ce  propos,  pour  ce  que  l'en  dist  que  le  roy  de  Secille  et 
Charles  d'Anjo  et  les  leurs  ont  grant  auctorité,  pooir  et  gou- 
vernement autour  du  roy,  se  par  leur  moyen  et  conduite  aucun 
bien  se  povoit  traictier,  considéré  que  mondit  seigneur  et  eulx 
sont  si  prouchains  de  lignage  que  chacun  scet,  pour  contendre 
au  bien  de  paix ,  mondit  seigneur  le  duc  doit  désirer  que 
aucuns  bons  moyens  et  amistiez  se  peuissent  trouver  entre 

•  On  avait  d'abord  écrit  :  tien  l'alliance.  Le  mot  veu  a  été  biffé  et 
Ton  a  écrit  en  marge  :  ayans  regart  à. 

*"  Je  mets  entre  crochets  les  mots  ajoutés  au  texte  entre  les  lignes. 

VOY.   ET  AMB.  19 


298  l'instruction. 

démens  de  Dieu  doit  contendre  de  se  gouverner  par  droi- 
ture et  justice,  faire  à  autruy  ce  que  on  vouldroit  que  on 
luy  feist,  et  plus  les  princes  que  autres,  qui  ont  le  peuple 
à  gouverner  et  qui  n'ont  autre  correction  sur  eulx  sinon  la 

eulx,  et  s'en  prendre  de  près  pour  y  venir,  non  pas  pour  chose 
que  jusques  en  cy  ilz  l'aient  desservy,  ne  pour  doubte  de  leur 
puissance  ou  povoir,  mais  [seulement]  pour  le  bien  de  paix  et 
le  salut  du  povre  peuple  de  France,  qui,  par  les  guerres,  se 
destruit,  comme  l'en  voit  journellement,  qui  est  pité. 

Item,  et  d'autre  part,  se  mondit  seigneur  treuve  que  ces  sei- 
gneurs de  la  maison  d'Anjo  ne  se  voellent  mettre  à  raison  et 
continuent  en  leurs  rigueurs,  induiseùrs  et  moyens  de  division 
etftre  le  roy  et  mondit  seigneur  ;  en  ce  cas,  devroit  avoir  ung 
bon  ad  vis  secré  avec  ses  conseillers,  par  quelle  manière  il  y 
pourroit  pourvè'oir.  Maistre  Jehan  de  Meung  fist  ung  ver  qui 
dist  : 

Encores  vault-il  mieulx,  beau  raestre, 

Décevoir  que  décè'uz  estre. 

Item,  au  second  point,  faisant  mencion  de  se  gouverner  par 
justice,  toute  créature  *qui  a  sens, entendement  et  cognoissance 
de  notre  sainte  foy  cristienne,  doit  savoir  que  justice  procède 
[et  descend  du  chiel  et]  de  la  grâce  divine,  doit  commencier  en 
sa  personne  et  du  mouvement  de  son  cuer,  et  pour  parler  à  la 
vérité  sans  flaterie,  il  n'est  pas  rechevabîe  ne  digne  de  justicier 
autruy,  [quoique  l'en  die,]  qui  ne  fait  justice  de  luy  mesmes,  et 
ceste  chose  appartient  plus  aux  princes  que  à  autres  personnes 
qui  n'ont  sur  eulx  autre  correction  que  de  la  cremeur  de  Dieu 
et  leur  propre  conscience  ;  et  se  mondit  seigneur  voelt  **  pour- 

*  Ici  le  brouillon  reprend  le  texte  mais  avec  de  si  nombreuses 
variantes. 

**  L'auteur  avait  d'abord  mis  :  voelt,  il  l'a  effacé  et  mis  au-dessus  : 
voloit,\rtx\s  il  a  biffé  encore  ce  mot,  et  a  écrit  à  côté,  entre  les  lignes  : 
voelt. 


TRAVAUX   PRÉLIMINAIRES.  299 

cremeur  de  Dieu  et  leurs  propres  consciences,  auxquelz 
princes  l'en  doit  prendre  exemple  de  bien  vivre  '. 

Et  pour  deuement  trouver  la  manière  de  vivre  en  jus- 
tice et  bonne  ordonnance,  ung  prince  devroit  fonder  ung 
conseil  de  vin,  x  ou  xn  personnes,  gens  notables,  de  bonne 
renommée  et  conscience,  et  les  choisir  par  bonne  délibé- 
ration et  ad  vis,  par  le  conseil  desquelz  il  démenroit  et  con- 
duiroit  tous  ses  affaires  2.  Et  afin  qu'il  se  peuist  plainement 
assëurer  et  confier  en  eulx  et  en  leur  conseil,  et  pour  3  les 
instruire  et  advertir  de  son  intention  et  comment  il  voelt 
gouverner  de  ce  jour  en  avant,  il  leur  devroit  faire  faire  le 
serement  qui  s'ensuit,  lequel  serement  porte  instruction, 
comme  l'en  peut  vëoir  4  : 

vëoir  à  son  fait,  il  se  devroit  *  reformer  tout  premiers  de  ses 
oultrages  et  superfluitez  et  se  mettre  à  raison,  et  tous  ses  sub- 
gès,  serviteurs  et  officiers,  [de  quelque  estât  qu'ilz  soyent,]feront 
semblablement  et  fauldra  qu'ilz  le  facent.  » 

1  La  minute  C  s'arrête  ici. 

2  On  avait  écrit  d'abord  :  toutes  matières.  On  a  biffé  ce  mot 
avant  d'écrire  les  suivants, et  on  a  écrit  au  dessus  le  mot  :  tous, 
et  mis  à  la  suite  la  version  actuelle. 

5  On  avait  d'abord  écrit  :  aussi, qu'on  a  biffé  et  remplacé  entre 
les  lignes  par  le  mot  :  pour. 

4  Ce  §  est  rédigé  dans  le  brouillon  B  comme  suit  : 
«  Et  pour  deuement  trouver  ia  conduite  et  manière  de  vivre 
en  justice,  mondit  seigneur  devroit  [fonder  ung  conseil]  choisir 
et  eslire  [vin]  dix  ou  douze  conseillers  notables,  tant  clers  que 
chevaliers,  résidens  journellement  devers  luy ,  gens  de  conscience, 
sages  et  de  bonne  renommée,  prendre  le  grain  et-  laissier  la 
paille,  et  à  iceulx  conseillers  esleuz  faire  faire  ung  serement 

L'auteur  avait  d'abord  écrit  :  doit. 


500 

«  Vous  jurez  par  la  foy  et  serement  de  votre  corps,  les 
«  saintes  Euvangiles  qui  cy  sont  et  la  représentation  du 
«  corps  de  Notre  Seigneur  Jhésucrist  que  vous  vëez  icy 
«  figuré,  et  sur  votre  part  de  paradis,  que  de  ce  jour  en 
«  avant,  justement  et  loiaument,  selon  raison,  justice  et 
a  bonne  équité,  vous  conseillerez  monseigneur  le  duc  de 
«  Bourgogne  en  toutes  ses  besoignes  !  et  affaires,  et  que 2 
«  sanz  acception  de  personnes,  con  prouchains  qu'ilz 
«  vous  puissent  estre  ;  ne  pour  flaterie  ,  cremeur  de 
h  personne,  amour,  hayne,  prouffit  3  ou  dommage,  sans 
u  dissimulacion,  ne  laisserez  à  dire  vérité,  selon  le  sens  et 
«  entendement  que  Dieux  vous  a  preste  ;  et  si  tendrez 
«  secrez  les  consaulx,  sans  les  descouvrir  par  signes,  lettres 
«  ou  de  bouche,  à  quelque  personne  qui  soit  vivant  ;  et 4 
«  advertirez  mondit  seigneur  5  de  tout  ce  que  saurez  estre 
«  prouffitable  et  honnourable  à  luy  ou  préjudiciable  6  ;  et 
«  ne   baillerez   conseil   ne  advertissement   par  7  quelque 


solempnel  cy  après  déclaré,  afin  qu'il  se  puist  de   ce  jour  en 

avant, avec  l'obligacion  de  la  féaulté  qu'ilz  luy  doivent,  assëurer 

et  confier  en  eulx  et  en  leurs  consaulx.  » 

1  B  dit  :  et  Madame  la  Duchesse,  en  toutes  leurs  besognes.  » 
*  Les  mots  Et  que,  manquent  dans  B  et  sont  reportés  plus 

loin,  après  :  qu  Hz  puissent  estre. 

3  Perte  (B). 

4  Et  qui  plus  est  (D). 

5  Mesdiz  seigneur  et  dame  (B). 

8  De  tout  ce  que  saurez  à  eulx  estre  prouffitable  et  honnou- 
rable ou  préjudiciable  (B).  —  De  tout  ce  que  lui  saurez  prouffi- 
table, honourable  ou  préjudiciable  (D). 

7  En  (B). 


TRAVAUX    PRÉLIMINAIRES.  501 

«  manière  à  nulz  qui  ait  l  à  faire  devant  mondit  seigneur 
«  ou  son  conseil  2  au  préjudice  et  dommage  de  luy  3.  Et, 
«  d'aultre  part,  que,  par  vous,  à  votre  présentacion, 
«  nominacion  ou  pourchas,  ne  avancerez,  ne  aiderez  à 
«  avancier 4  personne  quelconque,  en  bénéfices, estas,  offices 
«  ou  lois  de  bonnes  villes,  se  vous  ne  les  sentez  et  cognois- 
«  siez  preudommes  5,  gens  sages,  cremans  Dieu  et  de  bonne 
«  conscience,  habilles  et  ydoines  es  bénéfices,  estas  ou 
«  offices  où  en  les  vouldroit  commettre  6.  Et  si  jurez  7  que 
«  vous  ne  ferez  requestes  à  mondit  seigneur  qui  touchent 
«  dons  de  finances,  bénéfices  d'offices,  grâces,  pardons  ne 
«  retenues,  de  gens  quelconques,  particulièrement  ;  mais, 
«  s' aucunes  en  avez  à  faire,  que  vous  les  ferez  en  plain 
«  conseil.  Et  si  promettez  que  vous  ne  ferez  bendes  ne 
«  aliances  quelconques  les  ungs  avec  les  autres,  pour 
«  conduire  requestes,  besoignes  ne  prières,  mais  direz 
«  francement,  en  conseil  et  sans  moyen  de  practique,  ce 
«  que  vous  avez  sur  le  cuer,  selon  votre  conscience  et  opi- 
«  nion 8.  Et,  d  autre  part,  que  vous  ne  prenderez  gages,  ne 

1  Qui  auront  (B).On  avait  d'abord  écrit  :  à  celuy  ou  ceulx  qui 
auront. 
*  Devant  mesditz  seigneur  et  dame  ou  leur  conseil  (B). 

3  D'iceulx  (B). 

4  Ou  promouvoir  (D). 

5  Preushommes,  a  été  intercalé  dans  B.  Puis  :  cremans  Dieu 
eti  manquent. 

6  Commettre  ou  instituer  (B). 

7  Le  brouillon  B  ne  contient  pas  ce  qui  suit  jusqu'à  la  note  1 
de  la  page  suivante. 

8  Mais  direz  en  conseil,  francement  et  sans  moyen  de  prac- 
tique,  votre  opinion  selon  votre  sens  et  conscience  et  aussi  que 
vous  ne  prenderez  gaiges,  etc.  (D). 


502  l'instruction. 

«  pencions  quelconques  d'autres  princes  ne  seigneurs, 
«  sinon  de  mondit  seigneur  le  duc,  se  ce  n'estoit  par  son 
«  ordonnance  et  bon  plaisir,  passé  en  plain  conseil.  Et 
«  encores  jurez  *  sur  les  seremens  dessuz  déclairez,  que 
«  vous  ne  prenderez  dons  2  ne  prouffiz  quelconques  de 
«  personne  qui  vive,  ne  par  quelque  moyen,  subtilité  cou- 
«  verte  ou  engien  que  ce  soit  ou  puist  estre  3,  mais  seu- 
«  lement  vous  tendrez  contens  de  telz  gages  4,  pen- 
«  cions,  prouffis,  bienfais  et  émolumens  publiques  que 
«  mondit  seigneur  vous  ordonnera.  Et  5,  s'il  venoit  6  à 
«  votre  cognoissance  que  aucuns  de  voz  compaignons  con- 
«  seillers  7  feissent  le  contraire  de  cest  serement,  que  vous 


1  Ici  s'arrête  ce  qui  manque  au  brouillon  B. 

2  Dons  corrumpables  (B). 

3  Ne  par  quelque  moyen  que  ce  soit  ou  puist  estre  (B). 

4  Que  de  ou  pour  personne  qui  ait  à  faire  à  mondit  seigneur 
ou  son  conseil,  soit  pour  justice  ou  pour  finance  ou  pour  avoir 
quelque  avencement  de  luy  ou  de  sondit  conseil,  en  estât  de 
bénéfice,  d'office, [gouvernement  des  bonnes  villes]  ou  autrement, 
conment  que  ce  soit,  vous  ne  prenderez  aucuns  dons  corrum- 
pables ne  aultre  que  volatille  et  autres  pareils  vivres  ou 
buvrages,  lesquelz  vivres  ou  buvrages  doivent  en  regart  de 
vostre  estât  estre  consumez,  usez  dedens  II  ou  III  *  jours  au 
plus  tart,  et  tellement  en  ce  vous  conduirez  que  toute  considé- 
racion  soit  regettée  que  par  le  moyen  des  dits  dons  [ou  de 
promesse]  vostre  courage  soit  ou  puist  estre  aucunement  cor- 
rompu, mais  seulement  vous  tendrez  contens  de  telz  gages 
etc.  (D). 

5  La  phrase  qui  commence  ici  n'existe  pas  dans  le  brouillon  B. 

6  Et  aussi  promettez  que  s'il  venoit  (D). 

7  Conseillers  ou  officiers  (D). 

*  Ou  III,  a  été  biffé. 


TRAVAUX   PRÉLIMINAIRES.  303 

«  le  direz  ou  ferez  savoir  à  mondit  seigneur,  et  que  vous 
«  garderez  francement  et  entièrement  les  ordonnances  que 
«  mondit  seigneur  a  faites  et  fait  présentement.  Et  avec  ce 
«  gréez  :  et  consentez  de  votre  france  voulenté  que,  s'il 
«  estoit  prouvé  ou  trouvé  deuement  que  euissiez  prins 
«  aucuns  dons  corrumpables,  oultre  et  par  dessuz  vosdiz 
«  gages  et  émolumens  publiques,  ou  fait  notoirement  le 
«  contraire  des  seremens  dessusdits  2,  que  vous  en  soyez 
«  pugniz  en  corps  et  en  biens,  à  la  voulenté  et  discrécion 
«  de  mondit  seigneur  et  de  son  conseil,  sans  en  requérir 
«  grâce  ne  pardon.  » 

Et  3,  après  cest  serement  fait,  mondit  seigneur  leur 
devroit  dire  et  déclairer  que  4  son  intencion  france  et 
entière,  sans  quelque  doubte,  est  de  se  gouverner  5  de  ce 
jour  en  avant  par  la  manière  dessusdite  et,  en  la  con- 
fiance de  leurs  sens,  loiautez  et  du  serement  qu'ilz  y  ont 
fait,  il  leur  promet  en  parolle  de  prince  qu'il  ne  fera  ne 
entendera  en  aucunes  besoignes,  entreprinses  ne  requestes 
qui  touchent,  se  premiers  n'en  a  oy  et  eu  l'advis  de  son 
conseil,  pour  après  ce  en  disposer  selon  sa  conscience  et 
bon  plaisir  ;  et  aussi,  qu'il  gardera  et  entretendra  fermement 
les  ordonnances  par  luy  présentement  faictes  et  n'y  fera 
aucunes  muances  se  ce  n'est  passé  en  grant  conseil,  6  en 

1  Et  gréez,  etc.  (B). 

2  Les  huit  mots  qui  précèdent  sont  omis  dans  B. 

3  A  partir  d'ici  jusqu'à  la  note  l  de  la  page  312,  la  minute 
D  rédige  ces  idées  de  la  manière  indiquée  dans  la  note,  à  la  fin  : 
Annexe  II. 

4  Item,  cest  serement  fait,  leur  dira  et  déclarra  que,  etc.  (B). 
56  De  se  gouverner  de  ce  jour  en  avant  par  justice  droitu- 

rière  selong  leur  advis  et  conseil,  comme  dessuz  est  dit,  leur 
promettant  en  parole  de  prince  et  sur  sa  conscience,  de  le  ainsi 


304  l'instruction. 

leur  donnant  franchise   et  auctorité  de  dire  et  exposer  en 
conseil  tout  ce  que  bon  leur  semblera,  présupposé  qu'il 
leur  semblast  que  ce  fust  contre  son  affection  et  plaisir, 
et  que,  à  l'occasion  de  ce,   il  ne  les  aura  en  suspection, 
ymaginacion,  ne  maie  grâce,  car  il  luy  plaist  et  voelt  que 
vérité,  justice  et  franchise,  en  déboutant  flaterie,  convoitise 
et  toutes  manières  de  rapines  \  aient  auctorité  et  puissance 
d'ores  en  avant  en  son  conseil,   en  eulx   ordonnant  gages 
raisonnables  et  compétens,   selon   leurs  estas,  moiennant 
lesquelz  il  voelt  estre  conseilliez  et  serviz  diligamment  et 
loiaument,  2  selon  le  contenu  du  serement  dessusdit  ;  car  3 
s'il  trouvoit  qu'ilz  féissent  le  contraire,  il  les  en  pugniroit, 
sans  nulz  espargnier,   con  grans  qu'ilz  fussent  4,    si  que 
ce  seroit  exemple  à  tous,  5  et  avec  ce, les  priveroit  et  débou- 
teroit  à  tousjours  de  son  service  ;  6  mais  s'ilz  le  servent 
loiaument  et  francement  comme  il  appartient,   mondit  sei- 
gneur leur  fera  des  biens  7  selon  ce  que  ses  affaires  le  pou- 
ront  porter,  et  les  aura  pour  recommandez  en  honneurs, 
offices  et  bénéfices  devant  tous  autres,  en  leur  déclairant 


faire,  sans  jamais  aler  au   contraire,  en,   etc.  etc.  (La  phrase 
placée  entre  les  deux  signes  de  notes  est  rédigée  ainsi  dans  B). 
1  Convoitise  et  rapine  (B). 

*  Le  brouillon  (B)  avait  écrit  d'abord  :  «  Il  voelt  estre  serviz 
d'eulx  loiaument,  sans  convoitise  ne  rapine.  »  Puis  l'auteur  a 
biffé  :  sans  convoitise  ne  rapine  ,  et  remplacé  :  serviz  d'eulx, 
par  :  consiliez  et  serviz  loiaument. 

*  On  avait  écrit  car  dans  le  brouillon  (B).  On  l'a  biffé  et  rem- 
placé par  et. 

4  Ces  4  derniers  mots  manquent  au  brouillon  B. 

5  A  tous  autres  (B). 

fl  Les  douze  derniers  mots  n'existent  pas  dans  le  brouillon. 
7  Des  biens  cy  après  (B). 


TRAVAUX  PRÉLIMINAIRES.  305 

qu'il  voelt  que  ledit  serement  soit  publiié  par  toutes  les 
bonnes  villes  de  ses  pays,  en  lieu  publique,  afin  que  chacun 
sace  comment  mondit  seigneur  d'ores  en  avant  se  voelt  gou- 
verner l  et  aussi  par  ce  moyen  tenir  son  conseil  en  cremeur 
et  doubte  de  mesprendre  ne  fallir. 
Et  \  après  le  conseil  ainsi  estably  et  ordonné,  mondit 


*  Il  se  voelt  gouverner. — Cequi  suit,  jusqu'à  la  fin  du  §, n'existe 
pas  dans  le  brouillon  B. 

2  A  partir  d'ici  le  brouillon  B  a  une  rédaction  différente. 
Voici  comment  il  rédige  les  4  §§  suivants  : 

Item,  au  tiers  point  faisant  mencion  des  finances  et  despences 
de  mondit  seigneur,  tout  homme  de  raison  qui  craint  Dieu  et 
a  cognoissance  de  ses  sains  commandemens,  doit  contendre  à 
vivre  du  sien,  et,  en  briève  doctrine,  faire  à  autruy  ce  que  on 
vouldroit  que  on  luy  feyst.  Pourquoy,  mortdit  seigneur  devroit 
contendre  de  vivre  du  sien  et  modérer  ses  voulentés,  sans 
travillier  ses  subgès,  se  nécessité  raisonnable  ne  le  constrai- 
gnoit  à  ce  faire.  Et  pour  vivre  du  sien,  il  devroit  faire 
vëoir  toutes  les  receptes  particulières  de  ses  pays  et  seigneu- 
ries, [comme  il  a  encommencié],  et  combien  présentement  elles 
peuvent  valoir  en  droit  demaine,  rabattuz  les  fiefz,  aumosnes 
et  gages  d'officiers,  et  faire  extraire  hors  d'iceulx  toutes  les 
charges,  et  dont  elles  procèdent,  qui  au  pardessuz  de  ce 
sont  sur  les  dites  receptes.  Et  icelles  [bien]  veues  et  regar- 
dées par  conseil  de  preushommes,  oster  toutes  les  superfluitez 
[et  oultraiges]  qui  par  raison  se  pourront  oster,  et  le  surplus 
des  charges  procédans  par  dous,  provisions  de  personnes  ou 
assignacions,  que  par  bonne  remonstrance  et  manière  de  parler 
à  ceux  à  qui  il  touche,  aians  considéracion  aux  grans  affaires 
que  mondit  seigneur  a  de  présent  et  les  restrinctions  qu'il  a 
fait  sur  luy,  madame  la  duchesse,  ses  conseillers  et  gens  de 
son  hostel,  et  les  grans  charges  que  mondit  seigneur  a  donné 


306  l'instruction. 

seigneur  devroit  aviser  à  tous  ses  affaires  et,  entre  autres 
choses,  au  fait  de  ses  finances  et  de  sa  despence,  et  icelle 
corrigier  et  modérer,  comme  l'en  dist  qu'il  a  encommencié 
de  faire,  tellement  qu'il  peuist  vivre  du  sien  et  de  ses 
demaines,  veu  qu'il  a  tant  de  notables  pays  et  seignouries 
que  chacun  scet,  sans  travillier  ses  subgès,  se  ce  n'estoit 
pour  très  grans  et  raisonnables  causes.  Et,  pour  conscience 
et  honneur  et  monstrer  bon  exemple  à  tous,  mondit  sei- 
gneur tout  le  premier  se  devroit  corrigier  et  mettre  à  rai- 
son, et  il  est  vray semblable  que  ses  officiers  et  serviteurs 
l'ensivroient,  et  fauldroit  qu'ilz  le  fëissent. 
Et  \  se  le  conseil  eslëu  estoit  assemblé  pour  entendre 


et  donne  journellement  au  povre  peuple  de  ses  pays,  qui  sont 
fort  traveillez,  et  les  doubtes  qu'il  a  des  guerres  à  venir,  ilz  se 
voellent  de  leur  bon  gré  [et  consentement]  modérer  et  contenter 
de  raison  jusqu'à  ce  que  Dieu  donne  à  mondit  seigneur  plus 
grant  largesse  de  finances  qu'il  n'a  de  présent. 

1  Les  neuf  §§  qui  suivent  (p.  306-309)  ne  forment  dans  le 
brouillon  B  que  deux  courts  alinéas  que  voici  : 

Item,  et  ce  fait,  mondit  seigneur  poura  vëoir  clèrement  quel 
chose  luy  demourra  de  nette  revenue  pour  an,  et,  selon  la 
somme,  ordonner  Testât  de  luy,  de  madame  la  duchesse,  mon- 
seigneur et  madame  de  Charolois  ;  car  ce  n'est  pas  sagement 
fait  ne  bien  conduit  de  mettre  Testât  devant  la  recepte,  mais 
selon  la  recepte  et  revenue,  l'en  doit  faire  son  estât  et  despense. 

Item,  on  puet  présupposer  [par  général]  que,  les  superfluitez 
ostées,  comme  dit  est,  [lesquelles  superfluitez  ont  moult  de 
branches  et  se  comprendent  en  moult  de  manières], il  demourroit 
à  mondit  seigneur  de  nette  revenue  cent  et  cinquante  mille 
escuz  de  xl  g.  pièce,  pour  an  [ou  plus],  qui  montent  pour  mois 
xii™  vc  escuz,  de  laquelle  somme  l'en  devroit  conduire  ung 
très  grant  estât,  les  choses  bien  enparchiées  ;   car  ce  seroit 


TRAVAUX   PRÉLIMINAIRES.  307 

en  ceste  matière,  il  ne  fait  point  à  doubter  qu'ilz  trouve- 
roient  de  bons  remèdes  et  notables  provisions  au  fait  de  ses 
finances  ;  mais,  pour  en  parler  à  correction  et  par  manière 
d'avertissement  ,  lencommencement  de  ceste  besoigne 
seroit  que  mondit  seigneur  vëist,  déprime  face,  tout  du  long, 
les  charges  qui  sont  sur  les  receptes  de  tous  ses  pays,  dont 
elles  naissent  et  procèdent,  ce  qui  est  fait  c&mme  l'en  dist. 
Et,  ces  choses  bien  vëues  et  examinées  par  l'advis  du  con- 
seil eslëu,  comme  dit  est,  oster  les  oultrages  et  superfluitez, 
lesquelles  superfluitez  se  comprendent  en  maintes  manières, 
tant  en  nombre  d'officiers  en  finances  comme  autrement, 
et  modérer  les  choses,  renions trant  à  ceulx  à  qui  il  touche 
les  grans  affaires  de  mondit  seigneur,  et  comment  luy, 
madame  la  duchesse  et  les  gens  de  leurs  hostelz,  grans, 
moyens  et  petis,  se  sont  modérez,  restrains  et  mis  à  raison, 
la  compassion  et  pité  que  l'en  doit  avoir  du  povre  peuple 
que  mondit  seigneur  a  traveillié  et  traveille  pour  ses  affaires 
si  grandement  que  chacun  scet,  avec  toutes  autres  belles 
reraoustrances  en  telz  cas  appartenant,  etc.,  requérant 
que  semblablement  ilz  se  voellent  mettre  à  raison  et 
sentir  les  affaires  que  mondit  seigneur  a  de  présent. 

Et,  ces  modérations  et  restrinctions  faictes,  on  peut 
présupposer  par  général  qu'il  demourroit  à  mondit  seigneur 
de  nette  revenue  de  ses  demaines,  sans  en  ce  comprendre 
les  dons,  aides,  fourfaitures  et  aventures  extraordinaires 
qui  journellement  aviennent,  la  somme  de  viiixx  mille  escuz 


pour  payer,  à  xv  francs  pour  mois,  viiic  hommes  d'armes  pour 
an  ;  lequel  estât,  tousjours  à  correction,  comme  dit  est  dessuz, 
se  pourroit  [et  devroit]fère  par  l'advis  de  monseigneur  le  chan- 
celier, [son  premier  chambellan  et]  aucuns  des  maistres  d'ostel 
et  conseillers  de  mondit  seigneur,  en  petit  nombre  à  ce  députez. 


508  l'instruction. 

de  xl  gr.  pour  an,  ou  plus,  qui  est  belle  revenue  et  belle 
recepte,  et  de  quoy,  les  choses  bien  départies  et  propor- 
tionnées par  raison,  l'en  devroit  conduire  ung  bel  et  hon- 
nourable  estât. 

Et,  à  correction,  qui  se  vouldroit  conduire  selon  ce  que 
l'en  a  de  revenue,  qui  seroit  chose  raisonnable,  ceste  somme 
de  vm„  mille  escuz  se  devroit  départir  en  six  parties  :  la 
première,  en  la  despense  ordinaire  de  mondit  seigneur  et 
gages  de  ses  officiers  domestiques  ;  la  seconde,  en  la  des- 
pense de  madame  la  duchesse,  monseigneur  et  madame  de 
Charolois  ;  la  tierche,  en  l'extraordinaire  de  mondit  sei- 
gneur, tant  pour  ses  vestemens,  habillemens  de  corps, 
harnas,  chevaulx,  chiens  et  oiseaux,  dons  libéraux  et 
aumosnes  ;  la  quarte,  en  l'extraordinaire  de  madame  la 
duchesse,  monseigneur  et  madame  de  Charolois  ;  la  quinte, 
en  ambassades  et  messageries  pour  la  conduite  de  ses 
affaires  ;  la  vi%  es  pencions  et  retenues  des  seigneurs  de 
son  sanc  et  de  ceulx  de  qui  il  est  serviz. 

Or,  pour  parler  en  particulier  de  ceste  matière,  tousjours 
à  correction,  par  l'ordonnance  qui  de  nouvel  est  avisée, 
comme  l'en  dist,  la  despense  de  mondit  seigneur,  en  ce 
comprins  monseigneur  de  Beaujeu,  Adolf  monsieur  l  et 
Anthoine  le  bastart  de  Bourgogne,  ne  monte  par  an,  à  tout 
compter  à  gages,  que  Lxnm  vic  imxx  11.  de  xl  gr. 

Et,  d'autre  part,  la  despense  de  madame  la  duchesse, 
monseigneur  et  madame  de  Charolois,  mesdemoiselles  de 
Bourbon  et  de  Gueldres,  mesdemoiselles  d'Estampes,  la 
mère  et  la  fille,  ne  monte,  selon  ladite  nouvelle  ordon- 
nance, que  xxxim  vic  11.  de  xl  gr. 

*  Adolphe  Monsieur. On  appela  ainsi  successivement  Adolphe  et 
Philippe  de  Clèves. Voyez  notamment  la  Chronique  de  Despars, 
IV,  p.  122.(Note  de  M.  Kervyn,  Bulletins  de  V Académie.) 


TRAVAUX  PRÉLIMINAIRES.  309 

Et,  se  raondit  seigneur  se  vouloit  mettre  à  raison,cest  à 
entendre  délaissier  de  ses  voulentez  pour  faire  son  prouffit 
et  s'enrichir  hastivement,  il  pourroit  sembler  qu'il  se 
devroit  contenter,  pour  une  espace  de  temps, au  moins  tant 
qu'il  fust  plus  au  devant  qu'il  n'est  de  présent,  pour  son 
extraordinaire,  de  la  somme  de  xxxm  escuz,  c'est  assavoir 
pour  l'entretènement  de  ses  armes,  chevaulx  et  vestemens 
de  son  corps,  xum,  et  pour  ses  dons,  autres  xnm,  et  pour 
ses  déduis  de  chiens  et   oiseaux, vim,  qui  font  lesdizxxxm. 

Item,  pour  l'extraordinaire  de  madame  la  duchesse, 
monseigneur  et  madame  de  Charolois,avec  la  terre  de  Cas- 
sel  et  autres  choses  qu'elle  a,  dix  mille  escuz. 

Item,  pour  estimacion,  tant  pour  ambassades  corne  mes- 
sageries, vmra  escuz,  combien  que  ce  n'est  pas  chose  que 
on  puist  estimer  justement. 

Item,  pour  les  pencions  de  messeigneurs  de  son  sanc, 
monseigneur  le  chancelier,  monseigneur  de  Croy  et  autres, 
xvnm  escuz. 

Lesquelles  six  parties  dessusdites  montent  en  somme  à 
vnxx  xix  mille  mc  11.  de  xl  gr.,  qui  seroit  vnc  moins  desdis 
vm"  mille  escuz  l. 

Et,  en  faisant  lesdites  restrictions  et  se  conduire  par 
ceste  manière  2,  mondit  seigneur  vivroit  du  sien  et  de  ses 
demaines  3,  qui  seroit  vie  raisonnable,  plaisant  à  Dieu  et 
loée  des  sages  et  preudommes,  et 4  par  ce  moyen  pourroit 
mettre  en  trésor,  de  ce  jour  en  avant,  ou  emploier  au  fait 
de  ses  guerres  ou  au  paiement  d'une  partie  de  ses  debtes, 


*  Ici  finissent  les  9  §  qui  n'en  forment  que  deux  dans  B. 
a  Item,  à  se  conduire  par  ceste  manière,  etc.  (B). 

*  Son  domaine  (B) 

4  Plaisant  à  Dieu  et  à  tous  ses  subgès  (B) . 


310  l'instruction. 

toutes  les  aides  données  et  à  donner,  aventures,  fourfaitures 
et  successions  qui  luy  sourviennent  journellement,  qui  n'est 
pas  petite  chose,  et  si  seroit  exemple  et  miroir  à  tous  autres 
princes  de  vivre  vertueusement  et  sagement,  et  tellement 
que  tous  preudommes  auroient  désir  de  vivre  soubz  luy  et 
sa  seignourie,  et  feroit  cesser  ung  langage  qui  a  couru  et 
queurt  par  ses  pays,  qui  est  tel  que  l'en  dist  que  plus  vient 
à  mondit  seigneur  de  pays,  prouffis  et  revenues,  et  moins  a 
de  trésor,  et  qu'il  est  tousjours  en  nécessité,  quelques  aides 
que  ses  subgès  luy  facent. 

Or,  l  on  pourroit  faire  question  et  demande  comment 
ceste  chose  se  pourroit  exécuter,  veu  que  mondit  seigneur 
a  son  demaine  obligié,  engagié  et  assigné,  et  pareillement 
les  aides  qui  luy  sont  accordées,  mengiées,  obligiées  et 
assignées,  etc.,  et  que,  par  ces  ordonnances,  l'en  ne  ven- 
droit  point  à  avoir  trésor  comptant  pour  paier  gens  d'armes, 
se  ung  hastif  affaire  sourvenoit. 

A  ces  trois  questions,  on  puet  respondre  en  brief  que 
ung  conseil  de  preudommes  bien  esleu,  comme  dit  est,  les 
ordonnances  dessusdites,  faictes  et  publiiées,  trouvera 
légièrement  provision  et  remède  en  toutes  les  doubtes  et 
questions  dessusdites  ;  mais,  pour  en  parler  par  manière 
d'ouverture,  on  doit  savoir  que  une  grant  playe  ne  puet 
estre  sanée  sans  souffrir  doleur,  mais  la  doleur  se  passe 
légièrement  pour  l'espérance  que  l'en  a  d'avoir  briefment 
santé  ;  pourquoy  on  doit  entendre  qu'il  fault  que  mondit 
seigneur  face  blanc  pappier  et  prende  du  plus  bel  et  du  plus 
cler  de   toutes   ses  revenues  en  reboutant  toutes  autres 

1  A  partir  d'ici,  le  brouillon,  sans  aller  à  la  ligne,  commence 
une  rédaction  toute  différente  qui  se  prolonge  jusqu'à  la  fin. 
Nous  la  publions  plus  loin  :  Annexe  III. 


TRAVAUX   PRÉLIMINAIRES.  311 

choses  ;  car  à  la  nécessité  vivre  convient,  et  fault  que 
seignourie  soit  maintenue  et  relevée  quant  elle  est  en 
nécessité,  mesmement  quant  le  relièvement  se  fait  par 
bonne  ordonnance  et  délibéracion  de  conseil  notable.  Et 
doit  l'en  entendre  que,  par  l'advis  du  conseil  dessusdit, 
ceulx  qui  auroient  empeschement  ou  retardement  en  ces 
matières  ne  perderoient  pas  le  leur,  mais  seroient  conten- 
tez et  relevez  par  bons  moyens,  et  fait  â  croire  pour  vérité 
que,  se  l'en  vëoit  que  mondit  seigneur  euist  prins  bonne 
ordonnance  de  vivre  vertueusement,  ferme  et  estable,  que 
tous  ses  bons  subgès  le  vouldroient  sentir  et  cognoistre 
plus  que  onques  mais. 

Or,  qui  bien  considère  les  affaires  que  mondit  seigneur 
a  de  présent,  on  puet  vëoir  clèrement  que  luy  est  de  pure 
nécessité,  veu  le  temps  qui  règne  et  les  voisins  qu'il  a, 
d'avoir  trésor  et  argent  comptant,  et,  pour  y  venir  hastive- 
ment,  il  ne  fait  point  à  doubter  que  le  conseil  y  trouvera 
de  bons  moyens,  et,  entre  autres  choses,  il  n'est  point 
créable,  les  choses  bien  vëues,  que  mondit  seigneur  ait 
desjà  despendu  toutes  les  aides  qui  luy  sont  accordées  par 
tous  ses  pays,  et,  se  meilleur  advis  ne  se  povoit  trouver, 
que  mondit  seigneur  fesist  ung  emprunt  général,  du  gré  et 
consentement  des  estas  de  ses  pays,  jusques  à  la  somme  de 
IIe  mille  riddres  du  moins,  et  iceulx  mettre  en  trésor 
sans  y  touchier  par  quelque  manière,  se  ce  n'estoit  pour  la 
defFence  de  ses  pays  et  subgès. 

Et  il  est  vraysemblable  que,  quant  les  subgès  de  [mondit 
seigneur]   l  seront  bien  informez  et  verront  de  fait  comment 

1  Un  coin  de  la  page  est  déchiré  ici  et  plusieurs  mots 
manquent  au  texte.  J'ai  pu  remplir  ces  vides  et  je  mets  ces 
mots  entre  crochets. 


312  l'instruction. 

il  [se  gouverne]  à  raison  et  les  belles  et  prouffitables  ordon- 
nances et  [restrinctions]  qu'il  a  faictes,  lesquelles  il  voelt 
tenir  et  faire  tenir  [fermement]  sans  jamais  aler  au  contraire, 
les  notables  personnes  que  mondit  seigneur  a  esleues  pour  son 
grant  conseil,  ainsi  serementez  comme  dit  est,  que  ses  bons 
subgès  luj  aideront  à  drecier  et  conduire  son  fait,  veu  que 
ce  n'est  pas  le  bien  de  mondit  seigneur  seul,  mais  le  bien 
de  tous,  grans,  moyens  et  petis  ;  et  ne  fait  point  à  doubter, 
les  choses  bien  remoustrées,  practiquiées  et  mises  à  bonne 
exécucion,  que  mondit  seigneur  sera  secouruz  par  ses  sub- 
gès, tant  de  gens  que  de  finances,  tellement  que,  à  l'aide 
de  Dieu,  il  n'aura  garde  des  malices  et  malvoellances  de 
ses  voisins,  con  grans  qu'ils  soient,  mais  en  brief  temps  se 
trouvera  en  très  grant  trésor  et  richesse,  amé  de  ses  subgès, 
doubté  et  cremu  de  ses  ennemis. 

Et  l,  s'il  sembloit 2  à  aucuns  que,  à  se  conduire  selon  cest 

*  Ce  §  est  le  même  dans  la  minute  D,  sauf  quelques  variantes 
que  j'ai  notées  ci-après. 

"  Au  verso  du  dernier  feuillet  de  la  minute  D,  resté  en  blanc, 
on  a  essayé  une  variante.  L'écriture  est  rapide  et  négligée, 
des  lignes  sont  effacées  et  tout  semble  indiquer  que  c'est 
l'auteur  lui-même  qui  a  écrit  les  lignes  que  voici  : 

«  Dont  moult  de  biens  s'en  ensivroient,  car  par  ce  moyen 
mondit  seigneur  gouverneroit  lui  et  tous  ses  subgès  par  droitu- 
rière  justice  dont  il  est  vraysemblable  qu'il  en  acquéroit  la 
grâce  de  notre  seigneur  et  l'entière  et  parfète  amour  de  ses 
subgès,  qui  sans  quelque  doubte  le  secourroient  de  corps  et  de 
chevance,  et  si  feroit  cesser  les  langages  qui  communément  se 
dient  par  tous  ses  pays,  si  est  que  plus  sourvient  à  mondit  sei- 
gneur de  pays,  terres  et  seigneuries,  ou  dons  d'aydes,  et  plus 
est  povre,  et  au  darrier  l'autre  est  que  chacun  s'émerveille 
comment  il  puet  estre  que  mondit  seigneur   qui  a  tant   de 


TRAVAUX    PRÉLIMINAIRES.  315 

advis,  l'auctorité  l  de  la  personne  de  mondit  seigneur  le 
duc  en  fust  en  quelque  manière  amenrie  ou  diminuée,  ou, 
d'autre  part,  que  ce  fust  empeschement  ou  retardement 
d'avoir  finances,  ceîuy  qui  baille  cest  advis,  en  tous  les 
poins  et  articles  dessusdiz,  2  sera  tousjours  prest,  à  correc- 
tion, de  baillier  solucions  et  esclarchir  les  matières,  selon 
son  entendement,  tellement  au  plaisir  de  Dieu  que  l'en 
trouvera  que  ce  sera  le  bien  et  honneur  de  mondit  seigneur 
et  de  tous  ses  subgès.  Et,  présupposé  qu'il  y  eust 3  aucune 
folye  ou  erreur,  il  supplye  que  l'en  luy  voelle  pardonner, 
car  4  bonne  voulenté  et  non  autre  chose  l'a  mëu  à  le  faire, 
et  le  péril  et  nécessité  qu'il  voit  es  affaires  de  mondit 
seigneur,  veu  le  temps  qui  règne  5. 


[notables]  pays  et  seignouries  et  liève  tant  d'ayde,  est  povre  et 
diseteux,  et  l'en  voit  ses  serviteurs  et  gens  de  finances  riches 
et  puissans.    » 

Nota  que,  par  vie  et  conduite  légière  et  vicieuse,  mondit  sei- 
gneur se  treuve  au  darrier  comme  on  puet  vèoir  et  n'a  point 
d'apparance  de  se  relever  sn  non  par  vie  vertueuse,  etc.   » 

«  Et  haultesse  (D). 

*  Soit  à  part  ou  en  plain  conseil  (D). 
5  En  cest  avis  (D). 

*  A  partir  d'ici  la  minute  D  termine  ainsi*ce  §  :  Car,  sur  Dieu 
et  sur  mon  âme,  rien  ne  le  muet  à  ce  faire  sinon  l'amour  qu'il 
a  à  mondit  seigneur  et  au  bien  publique  de  ses  pays  et  le  péril 
et  nécessité  où  les  choses  sont  de  présent. 

s  La  minute  D  ajoute  ici  un  §  de  quelques  lignes  :  Et  se 
mondit  seigneur  le  duc  se  vouloit  conclurre  et  délibérer  de  se 
gouverner  parla  manière  dessusdicte,il  fauldroit  que  les  choses 
fussent  bien  conseilliées  et  débatues  par  gens  notables,  crois- 
tre,  diminuer  ou  adjouter,  pour,  par  bonne  et  sage  manière,  les 
mettre  à  exécucion. 

VOY.  ET  AMB.  20 


ANNEXES. 


—  Page  203,  note  1 .  — 

La  minute  D  rédige  ainsi  le  début  de  l'Avis  jusqu'au 
serment  : 

«  Qui  à  la  vérité  voelt  vëoir  et  bien  considérer  en  quel 
estât  et  disposicion  monseigneur  le  duc  de  Bourgogne  est  à 
présent  tant  en  France,  Angleterre  et  Allemaigne,  les  anciennes 
haynes  et  envies  que  l'en  a  sur  luy  et  sur  ses  pays,  et  d'autre 
part  qui  bien  considère  son  gouvernement  et  la  foiblesse  de 
ses  finances  et  comment  il  est  au  darrière  en  moult  de  manières , 
on  puet  jugier  et  vëoir  clèrement ,  se  ung  grant  et  pesant 
affaire  de  guerre  lui  sourvenoit  soudainement,  qu'il  est    en 


516  l'instruction. 

dangier  et  péril  de  son  estât  et  [de  la]  '  haulte  renommée  que 
jusques  en  cy,  grâce  à  Dieu,  il  a  eue,  se  Dieu  et  luy  hastivement 
n'y  pourvoient. 

Et,  pour  obvier  à  ces  périlz  et  inconveniens,  semble  à  [la] 
correction  [de  monseigneur  le  àuc,(et  de  Madame  la  duchesse)  et 
de  (leur)  son  noble  conseil], que  son  principal  refuge,aide  et  con- 
fort doit  estre  en  Dieu  et  en  ses  bons  et  loiaux  subgès,  dont  il 
a  autant  ou  plus  grant  nombre  que  prince  qui  au  jour  d'uy 
soit  en  toute  cristienté,  et  riches  et  puissans  pays. 

Or,  2  pour  acquérir  la  grâce  de  Notre  Seigneur,  dont  vient 
toute  victoire,  et  l'entière  et  parfaite  amour,  aide  et  confort  de 
ses  subgès,  il  se  devroit  gouverner  de  ce  jour  en  avant  ver- 
tueusement par  bonne  ordonnance  et  droiturière  justice, 
acompaignie  de  clémence,  pité  et  amour  de  droit,  ainsi  que  à 
bon  prince,  sage,  catholique  et  cristien  appartient  de  faire,  et 
en  ce  saint  et  prouffitable  propos  se  fermer  et  conclure  de  user 
la  fin  de  ses  jours  en  délaissant  affections  voluntaires,  menues 
practiques  et  consaulx  particuliers. 

Et  5,  pour  se  conduire  par  la  manière  que  dit  est,  mondit 
seigneur  devroit  déclairer  à  ses  conseillers  que  son  intencion 
ferme  et  entière  est  de  se  gouverner  d'ores  en  avant  par  justice 
et  bonne  ordonnance,  comme  en  substance  dessuz  est  déclairé. 
Et  afin  que  eulx,  tous  ses  subgès  et  autres  sacent  sa  bonne  vou- 
lenté  et  intencion  et  [aussi]  pour  estre  assëuré  plus  que  onques 
mais  de  la  franchise  et  conscience  de  ses  conseillers  et  officiers, 
il  luy  plaist  qu'ilz  luy  facent  le  serement  qui  cy  aprèd  s'ensiut  ; 
car  selon  le  contenu  d'icelluy  mondit  seigneur  se   voelt  gou- 

*  Tout  ce  qui  est  placé  entre  crochets  est  intercalé  entre  les  lignes 
ou  écrit  en  marge  ou  ajouté  après  coup  d'une  autre  encre. 
Ce  qui  est  en  italiques  est  biffé  dans  le  manuscrit.. 

*  En  marge  :  Nota  que  cest  article  doit  bien  estre  estudié  par  mon- 
seigneur le  duc,  madame  la  duchesse,  etc. 

*  En  marge  :  Nota  qu'il  fust  ordonné  que  on  besognast  au  conseil 
plus  diligamment  et  à  meilleure  heure  que  on  ne  fait  de  présent. 


TRAVAUX    PRÉLIMINAIRES.  317 

verner,  mettre  suz  justice  [droiturière]  et  oster  toutes  désor- 
données convoitises  et  corrupcions  aussi  avant  qu'il  le  pourra 
ne  saura  faire. 

Ici  vient  le  serment  avec  quelques  variantes  indiquées 
plus  haut  en  notes  :  p.  300-303. 


II. 

-  Pages  303-312.  — 
Après  le  serment,  la  minute  D  continue  en  ces  termes  : 

Item,  (mondit  seigneur  voelt)  *  que  le  dit  serement  soit  fust 
publiié  partout  et  de  fait  atachié  en  tableaux  es  halles  et  mai- 
sons des  bonnes  villes  de  ses  pays,  en  lieu  où  on  les  pourra 
mieulx  vëoir  et,  au  desoubz  d'icelluy  serement,  escript  que,  s'il 
estoit  trouvé  et  prouvé  souffisamment,  sans  barat  ou  malengien, 
que  aucuns  d'iceulx  conseilliers  fëissent  le  contraire,  espéciale- 
ment  d'avoir  prins  dons  corrumpables,  etc.  que  ce  fust  ou  péril 
de  àtousjours  perdre  la  grâce  de  mondit  seigneur,  banir  de  ses 
pays,  et  fourfaire  ou  confisquier  envers  luy  la  moitié  de  toute 
leur  chevance  [et  que  pareille  punicion  en  auront  ceulx  qui 
par  dons  et  corupeions  contendront  à  fère  leurs  resoignes]  * 
en  déclairant  que  ceulx  qui  ceste  chose  auroient  deuement 
amené  à  la  cognoissance  de  mondit  seigneur  (icelly  seigneur) 
[il]  leur  donroit  le  tiers  denier  de  la  fourfaiture  dessuz  déclai- 
rée  et  les  tendroit  en  sëureté  contre  ceulx  qui  auroient  délin- 
quié  en  leur  serement. 

1  Les  mots  imprimés  en  italiques  sont  biffés  dans  le  manuscrit. 
*  Ajouté  en  marge. 


318  L  INSTRUCTION. 

Item,  ce  serement  fait,  mondit  seigneur  devroit  avoir  si 
grant  confidence  et  sëureté  en  ses  conseillers  que  d'ores  en 
avant  il  ne  devroit  faire,  ordonner  ne  accorder  aucunes  choses 
touchant  les  gouvernements  et  conduites  de  ses  pays,  emprinse 
de  guerres,  constitucion  d'officiers,  distribucion  de  finances, 
ne  retenue  de  gens,  sans  sur  ce  avoir  oy  l'advis  d'ung  bon  et 
grant  nombre  de  ses  conseillers,  pour,  après  ce  que  d'iceulx 
a-eroit  adverty,  en  faire  au  surplus  à  son  bon  plaisir,  et  ung 
chacun  cognoist  mondit,  seigneur  si  bon  et  si  sage  que,  luy 
bien  adverty  et  informé  [avant  la  main],  ne  feroit 
chose  que,  de  raison  et  justice,  pour  son  honneur  et  prouffit 
et  le  bien  de  son  peuple,  [bon  prince]  ne  seroit  tenu  de   faire. 

Item,  que,  hors  du  serement  dessusdit,  fust  extrait  par  bon 
advis  et  conseil,  oultre  et  par  dessuz  les  anciens  seremens, 
que  tous  officiers,  gouverneurs,  bailliz,  prévostz-  escouthètes, 
eschevins  et  telz  gens,  etc.  ont  acoustumé  de  faire,  la  clause  de 
non  prendre  dons  ne  prouffis  corrumpables,  etc.,  surencourrir 
es  paines  et  fourfaitures  dont  dessuz  est  faite  mencion,  et  ce 
serement  publiié  et  mis  en  tableaux  comme  dessuz  est  déclairé. 

Item,  les  choses  dessusdictes  délibérées  '  et  mises  à  exé- 
cucion,  mondit  seigneur,  au  regard  du  fait  de  ses  finances 
devroit  principalement  faire  visiter  et  vëoir  par  gens  en  ce 
cognoissans  quel  chose  il  a  et  luy  puet  demourer  chacun  an  de 
nette  revenue  de  tous  ses  pays,  et,  pour  croistre  la  somme,  oster 
et  faire  oster  les  superfiuitez  et  oultrages,  tant  en  nombre 
d'officiers  comme  autrement,  ou  modérer  les  charges  dont  ses 
receptes  particulières  sont  chargiées,  et  de  la  somme  entière 
qui  lors  demourroit,  les  superfiuitez  ostées,  selon  la  valeur  et 
grandeur  d'icelle  [revenue]  ordonner  sa  despense  et  icelle 
[somme]  départir  et  proporcionner  par  bonne  manière  pour  la 


1  En  marge  :  Nota.  Se  la  despense  de  mondit  seigneur  se  mettoit 
à  raison,  l'advis  que  Guillaume  le  Muet  a  mis  avant  pour  la  con- 
duite des  finances  est  bon  et  proufiitable. 


TRAVAUX    PRÉLIMINAIRES.  519 

conduite  de  son  estât,  mais  de  peu  ou  de  rien  servent  aucunes 
ordonnances  se  mondit  seigneur  ne  se  met(toit)  à  raison,  [vive 
du  sien]  et  voelle  conduire  sa  despense  selon  sa  recepte  ou  au 
moins  au  plus  [près]  que  l'en  pourra. 

Item,  qui  voelt  considérer  quel  bien  et  prouffit  puet  avenir 
à  mondit  seigneur  et  à  tous  ses  subgès,  se  son  plaisir  estoit 
de  se  gouverner  par  la  manière  dessusdite  et  de  corrigier  et 
pugnir,  con  grans  qu'ilz  fussent  [et  sans  nul  espargnier],  ceulx 
qui  iroient  au  contraire  de  leur  serement  et  de*ce  que  dit  est, 
l'en  trouvera  que  ce  seroit  réformacion  et  exaucement  de  jus- 
tice, le  salut  de  l'âme  de  mondit  seigneur  et  de  ses  conseillers, 
honneur  et  renommée  si  grande  par  toute  cristienté,  que  tout 
le  monde  en  parleroit  en  bien  et  que  ung  chacun  désirroit  de 
vivre  et  demourer  soubz  luy  et  sa  seignourie,  mesmement  (veu 
Vestrange)  (jui  bien  considère  le  gouvernement  des  princes 
voisins  de  mondit  seigneur. 

Et  est  vravsemblable  que  mondit  seigneur,  en  se  gouvernant 
par  ceste  manière  sans  abuser,  ne  pourroit  faire  requeste  à  ses 
subgès,  à  eulx  possible  et  raisonnable  [fust  du  sel  ou  d'autre 
chose]  qui  luy  fust  ne  deuist  estre  refusée  ;  et  s'il  se  mettoit  à 
ce  saint  et  prouffitable  gouvernement,  il  viveroit  plus  joieuse- 
ment  cent  mille  fois  qu'il  n'a  fait  par'ci  devant. 

Et  s'il  sembloit  à  aucuns  que,  à  se  conduire  selon  c'est  advis, 
l'auctorité  et  haultesse  de  mondit  seigneur  le  duc  en  fust  en 
quelque  manière  amenrie,  etc. 

Voir  la  suite,  ayec  les  variantes,  plus  haut  p.  312,  etc. 


III. 


310,  note  1.  — 


Le  brouillon  (B), à  partir  de  la  phrase  indiquée  plus  haut, 
donne  à  la  fin  de  l'Avis  une  rédaction  toute  différente,  que 
voici  : 

...Et  si  pourroit  espargnier  et  mettre  en  trésor  toutes  les  aides 
qui  luy  sont  ou  seront  accordées  cy  après, montant  à  moultgrans 
sommes,  avec  les  successions,  aventures  et  fourfaitures  qui 
journellement  lui  pevent  avenir  et  aviennent,qui  n'estpas  petite 
chose.  Ets'aucundisoitque  les  demaines  de  mondit  seigneur  sont 
mengiées  etgrant  partie  des  aides  desjà  assignées,  il  fauldroit 
regarder  comme  dessuz  est  dit,  comment  les  choses  (vont)  sont 
au  vray  ;  mais  on  puet  présupposer,  à  la  vérité,  que  les  aides 
accordées  montent  à  trop  plus  grant  somme  que  les  assignations 
et  charges  dessusdictes  ne  font  [jusques  en  cy]  et  qu'il  (y  demeure) 
en  reste  très  grans  sommes  à  recevoir. 

Item,  pour  ce  que  mondit  seigneur  est  présentement,  selon 
les  apparances  que  on  voit,  en  nécessité  d'avoir  finances  pour 
paier  gens  d'armes  et  conduire  son  fait,  semble  que  pour  en 
recouvrer  [hastivement],  il  devroit  assembler,  selon  l'usance  et 
manière  de  ses  pays,  les  notables  (gens),  tant  d'église,  (les)  nobles, 
(et)  comme  bonne  -  villes,  et,  iceulx  assemblez,  (eulx)  remoustrer 


TRAVAUX    PRÉLIMINAIRES.  521 

par  bonne  manière  la  conduite  du  roy,  et  de  monseigneur  le 
dolphin  et  aucuns  des  seigneurs  de  France,  les  manières  qu'ilz 
tiennent  et  comment  ilz  soustiennent  ouroiaume  ces  compaignes, 
que  l'en  dist  Escorcheurs,  qui  destruisent  tout  le  monde,  amis  et 
ennemis, et  journellement  entrent  et  se  fourrent  es  pays  de  mon- 
dit  seigneur,  tant  ez  marches  de  Bourgogne  comme  es  marches 
de  Picardie  et  Haynau,  où  mondit  seigneur  a  résisté  et  résiste 
journellement  le  mieulx  qu'il  puet,  laquelle  résistence  luy  a 
cousté  tant  que,  à  l'occasion  de  ce,  il  en  est  fort  amendry  de 
chevance,  avec  plusieurs  autres  belles  remoustrances  que  l'en 
sauroit  bien  aviser,  et,  entre  autres  (choses),  les  devoirs  en  quoy 
mondit  seigneur  s'est  mis  et  met  journellement  envers  le  roy, 
et  en  après  la  restrinction  qu'il  a  fait  en  son  estât  et  despense 
et  es  personnes  de  luy,  madame  sa  compaigne,  ses  conseillers  et 
gens  de  son  hostel,  grans,  moyens  et  petits,  et  avec  ce  comment 
véritablement  il  est  tout  concluz  et  délibéré  de  ce  jour  en  avant 
de  se  gouverner  par  [conseil  eslëu],  raison  et  justice,  et  espar- 
gnier  et  deffendre  son  peuple,  comme  bon  prince  droiturier  est 
tenuz  de  faire,  en  eulx  remoustrant  le  serement  qu'il  a  fait 
faire  ausdiz  conseillers,  (en  eulx)  requérant  que,  se  aucuns 
desdiz  conseillers  ou  officiers  de  ce  jour  en  avant  {faisoient  le) 
[aloient au] contraire,  qu'ilz  l'en  voellentadvertir,  et  sans  doubte 
il  les  en  pugnira  sans  nulz  espargnier,[com  grans  qu'ilz  soyent], 
car  il  voelt  vivre  d'ores  en  avant  par  autre  manière  qu'il  n'a 
ait  [jusques  en  cy.] 

Item,  pour  ce  que  mondit  seigneur  voit  ces  gens  d'armes  et 
Escorcheurs,  qui  sont  en  grant  nombre  et  tiennent  les  champs, 
et  attent  de  heure  en  heure  qu'ilz  se  viegnent  fourrer  en  ses 
pays,  avec  pluseurs  autres  aliances  et  périlz  que  mondit  sei- 
gneur sent  [et  voit]  en  ces  matières,  (et)  dont  pluseurs  de  ses 
subgès  peuvent  bien  avoir  cognoissance,  il  luy  est  nécessité  de 
hastivement  estre  furny  de  finances  pour  paier  ses  gens 
d'armes,  et,  qui  plus  est,  que  tous  Ses  subgès  se  disposent  et 
tiegnent  prestz  pour  secourir  et  deffendre  ses  pays,  comme  ilz 
sont  tenuz  de  faire,  car  mondit  seigneur  [ne  veult  espargnier 


522  l'instruction. 

son  corps,  et]  a  fait  et  voelt  faire  son  devoir  envers  le  roy  et 
monseigneur  le  dolphin,  et  ne  sera  commenceur  de  guerre,  car 
il  ne  demande  que  paix  et  que  on  luy  voelle  entretenir  le  traic- 
tié  fait  et  passé  à  Arras.  Pourquoy,  ces  choses  considérées, 
mondit  seigneur  leur  devroit  requérir  qu'ilz  voellent  aviser  la 
manière  et  moyen,  soit  par  emprunt  général  ou  autrement, 
comment  il  pourra  hastivement  avoir,  en  deniers  comptans,  la 
somme  de  nc  mille  riddres,  et  n'entent  pas  que  ce  soit  au  dom- 
mage ne  destruction  de  nulz,  car  il  les  voelt  faire  rendre  et 
bien  paier  des  aides  qui  accordées  luy  sont,  tant  en  Brabant, 
Flandres,  Hollande  et  ses  autres  pays,  et  de  ce  bailler  toutes 
les  sëuretés  que  l'en  y  saura  aviser  ;  car  mondit  seigneur  n'y 
voelt  procéder,  [ne  aler  avant]  que  de  bonne  foy,  et  qui  plus 
est  {promettre  à  iceulx)  [yceulx  deux  cens  Quille  riddres]  mettre 
en  trésor  et  non  y  touchier,  se  non  en  cas  que  l'en  le  viegne 
courir  sus  ;  car  chacun  scet  que  les  aides  qui  luy  sont  accordées 
par  ses  subgès  sont  à  venir  [eus)  à  longs  termes,  et  la  guerre  peut 
venir  soudainement,  avec  toutes  (les)  bonnes  [aultres]  remous- 
trances  que  l'en  poura  aviser  servans  à  la  matière. 

Item,  au  quart  point,  faisant  mencion  de  prendre  aliances,  etc. 
il  semble  que  mondit  seigneur  les  devroit  cherquier,  par  tous 
honnourables  moyens,  avec  tous  princes,  seigneurs  et  seigneu- 
ries, comme  dessuz  est  touchié,  et,  entre  autres,  se  l'en  voit 
que  le  roy  et  monseigneur  le  dolphin  (se)  continuent  en  [rageurs, 
cautelles  couvertes  et]  (en)  duretez  envers  mondit  seigneur  et 
ses  subgès,  comme  ilz  ont  fait  jusques  en  cy,  et  que,  par  le 
moyen  de  madame  la  duchesse,  qui  présentement  se  emploie 
par  delà,  l'en  n'y  puist  prouffiter  ne  trouver  sëureté,  en  ce  cas, 
mondit  seigneur  devroit  contendre  d'avoir  unes  trieuves  géné- 
ralles  pour  luy  et  tous  ses  pays  et  subgès,  avec  le  roy  et 
roiaume  d'Angleterre  (pour)  [par]  grant  espace  de  temps,  et 
(aussi)  prendre  aucunes  aliances  par  mariages  avec  aucuns 
grans  seigneurs  d'Angleterre,  car  [aucuns  maintiennent  ']  qu'il 

1  On  avait'  d'abord  écrit  :  car  on  dist. 


•  TRAVAUX    PRÉLIMINAIRES.  325 

en  y  a  (de  lien  grans)  qui  très  fort  désirent  d'avoir  aliance  et 
amistiez  avec  mondit  seigneur  et  les  siens. 

Item,  encoresàce  propos,  mondit  seigneur  devroit  practiquier 
que  notre  Saint-Père  le  pape  voulsist  envoier  aucun  légat  devers 
le  roy  et  monseigneur  le  dolphin  et  les  seigneurs  de  France, 
pour  les  requérir  et  amonester  par  la  meilleur  manière  que  l'en 
saura  aviser  qu'ilz  voellent  tenir  et  faire  tenir  la  paix  si  solen- 
nelment  faicte  à  Arras,  comme  chacun  scet,  où  les  paines  ecclé- 
siastiques (y)  sont  si  grandes  que  plus  ne  pevent;  et  pareillement 
(mondit  seigneur  devroit)  escrire  lettres  et  envoier  messages 
aux  princes  de  France,  comme  le  duc  d'Orléans,  de  Bretaigne, 
de  Bourbon,  d'Alenchon  et  les  autres  grans  seigneurs  du 
roiaume,  (et  pareillement)  aux  prélas  et  bonnes  villes,  afin  qu'ilz 
se  voellent  emploier  devers  le  roy  et  monseigneur  le  dolphin 
tellement  que  la  paix  puist  estre  entretenue,  comme  dit  est, 
veu  que  mondit  seigneur  est  prest,  de  son  costé,  de  faire  son 
devoir  envers  le  roy  et  tout  ce  que  bon  [et  léal]  vassal  et 
parent  est  tenuz  de  faire.- 

Item,  au  v°  et  darrenier  point,  qui  fait  mencion  que  mondit 
seigneur  devroit  ordonner  et  disposer  ses  apparaulx  de  guerre, 
capitaines  et  chevallerie  mettre  en  ordonnance,  et  pareillement 
ses  bonnes  villes  et  gens  du  plat  pays,  de  qui  il  se  pouroit  aidier, 
se  ung  grant  affaire  luy  sourvenoit,  à  faire  cest  advis  et  ordon- 
nance que  mondit  seigneur  voulsist  es  marches  de  Picardie, 
Flandres,  Brabant,  Haynau  et  pays  d'environ,  commettre  mon- 
seigneur le  conte  d'Estampes,  et  son  conseil,  appelle  à  ce 
monseigneur  de  Croy,  [son  premier  chambellan,]  aucuns  des 
seigneurs  de  Brabant  et  de  Flandres,  monseigneur  le  bailli  de 
Haynau,  monseigneur  de  Habourdin,  messire  Baudet  de  Noyelle, 
[le  souverain  de  Flandres,  les  gouverneurs  d'Arras  et  de  Lille] 
et  le  seigneur  de  Santés,  *  pour,  par  bon  advis  et  délibéracion, 
aviser  comment  d'ores  en  avant  on  sauroit  à  gouverner  [et  mettre 

*  On  avait  d'abord  écrit;  me3sire  Baudet  de  Noyelle,  le  gouverneur 
d'Arras  et  de  Lille,  le  sire  de  Santés  et  le  souverain  de  Flandres. 


324  l'instruction 

sus]  es  marches  de  par  deçà,  pour  assembler  puissance  à  résister 
à  rencontre  des  ennemis  de  mondit  seigneur,  se  mestier  estoit, 
et  comment  les  choses  se  pourroient  conduire  en  espargnant  le 
povre  peuple  le  plus  que  on  pourroit,  comme  dessuz  est  dit,  et 
pareillement  le  faire  faire  en  Bourgongne,  se  fait  n'est. 

Item,  et  se  le  plaisir  de  mondit  seigneur  est  de  se  gouverner 
par  la  manière  dessusdicte,  il  puet  sembler,  à  correction,  que  ce 
sont  voyes  honnourables  et  raisonnables  selon  Dieu  et  le  monde. 
Quant  à  Dieu,  c'est  chose  véritable  que  prince  ne  luy  puet  faire 
plus  belle  offrande  ne  oblacion  que  de  gouverner  le  peuple 
qu'il  a  desoubz  luy  en  raison  et  justice  droiturière,  sans  fainte, 
comme  dessuz  est  touchié,  ne  fonder  (hospital)  [chanésies,  cha- 
pelles, ne  hospitaulx]  n'est  '  plus  charitables  que  de  maintenir 
son  peuple  en  paix,  le  supporter  de  travaulx  et  vexations,  et, 
pour  obvier  aux  causes  et  mouvemens  d'orgoel  et  d'oultrage, 
se  préserver  de  povreté,  attemprer  et  modérer  sa  despense,  se 
enrichir  et  vivre  du  sien  raisonnablement,  comme  toute  créa- 
ture est  tenue  de  faire.  (Car)  Et  par  la  manière  dessusdicte, 
mondit  seigneur  soustendroit  son  estât  de  son  domaine,  vivroit 
du  sien,  ses  serviteurs  bien  paiez,  et  si  mettroit  en  trésor  et 
à  part  les  aides  qui  luy  sont  ou  seront  accordées  cy  après,  avec 
les  successions,  aventures  et  fourfaitures  qui  journellement 
luy  pevent  avenir  et  aviennent,  .qui  n'est  pas  petite  chose, 
comme  dessuz  est  dit. 

Item,  et  s'il  sembloit  à  mondit  seigneur  le  duc  que  de  conduire 
son  fait  par  conseil,  comme  dit  est,  fust  servage  et  amenrisse- 
ment  de  sa  haultesse  et  auctorité,  il  ne  le  doit  ainsi  entendre, 
[car  vivre  vertueusement  et  sagement  n'est  pas  servage,  mais 
franchise  et  liberté,]  car  [toutes]  les  bonnes  ymaginacions  et 
mouvemens  prouffitables  qui  luy  vendront  au  devant  seront, 
par  conseil  de  preudommes,  avanciez, amendez  et  mis,  par  bonne 
sagesse  et  practique,  àexécucion,  et,  par  contraire,  par  conseil 
sera  desmëuz  et  advertiz  du  mal  qui  s'en  puet  ensuir. 

1  N'est  manque. 


TRAVAUX   PRÉLIMINAIRES.  325 

Item,  et  s'aucun  vouloit  dire  que  à  vivre  ainsi  par  justice  et 
conseil,  modérer  et  amenrir  sa  despense,1  veu  le  temps  qui  règne 
et  l'usance  des  autres  princes,  mondit  seigneur  ne  seroit  tant 3 
prisié,  ne  doubté, et  n'auroit  les  finances  3  qu'il  a  par  la  manière 
que  l'en  a  usé  par  ci  devant  et  fait  encores  de  présent  :  à  ce  on 
puet  respondre,  et  la  vérité  est  telle,  qu'il  aura  et  assemblera 
plus  de  finances  et  sera  plus  honnouré  et  doubté  des  sages  et 
vaillans,  amé  de  ses  subgès  et  secouru  par  eulx  à  tous  ses 
besoings,  doubté  et  cremu  de  ses  ennemis,  cent  fois,  que  de  vivre 
voluntairement  en  grans  beubans,  une  fois  faisant  justice  et 
user  de  conseil,  et  l'autre  non  ;  car  en  telz  seignouries  muables 
et  voluntaires,  nul  ne  s'ose  assëurer,  mais  vivent  tous  les  subgès 
d'ung  prince  en  doubté  et  suspection,  en  laquelle  ne  puet  avoir 
parfaite  amour,  [et  leur  samble  que  toutes  les  aydes  qu'ils  font 
et  donnent  (à  monseigneur)  ne  pourâtent  rien,  mais  est  chose  per- 
due.] Et  veu  la  conduite  du  roy  et  de  monseigneur  le  dolphin,  la 
disposition  en  quoy  mondit  seigneur  est  avec  Angleterre  et  Alle- 
maigne,  après  la  grâce  de  Dieu,  la  vraie  sëureté  et  deffense  de 
mondit  seigneur  est  en  ses  subgès,  desquelz  il  puet  avoir  les 
cuers  en  se  gouvernant  par  raison  et  justice,  comme  dit  est,  (et) 
non  pas  seulement  les  cuers  de  ses  subgès,  mais  attraire  à  luy  les 
preudommes  et  gens  de  bonne  voulenté,  tant  de  France  comme 
des  autres  pays  voisins.  [Et  n'y  aura  Franchois,  Anglois,  ne 
autre  qui  ne  doubté  bien  d'entreprendre  sur  mondit  seigneur.] 
Et  par  ces  moyens,  mondit  seigneur  seroit  un  des  plus  puissans 
et  honnourez  princes  de  la  cristienté,  et  en  peu  de  temps  très 
riche  et  garny  de  trésor,  [et  s'il  eust  vescu  par  cy  devant  par 
ceste  manière,  il  fust  l'ung  des  plus  riches  prinches  du  monde  4. 

Item,  et  pour  savoir  auvray  se  l'advis  des  choses  dessusdictes 
seroit  honnourable  et  prouffitable  à  mondit  seigneur,  il  pourroit 

*  Où  avait  mis  d'abord  :  Son  estât. 

*  On  avait  mis  d'abord  :  N'en  serait  point  tant. 
5  On  avait  écrit  d'abord  ;  Tant  de  finances. 

*  On  avait  écrit  d'abord  :  De  la  cristienté: 


326  l'instruction. 

mander  tous  ses  notables  conseillers  et  secrétaires,  l'ung  après 
l'autre,  ou  tous  ensemble, eulx  moustrer  ledit  advis  et  faire  jurer 
solennelment  qu'ilz  luy  dient  francement, sans flaterie, lequel  leur 
semble  estre  plus  prouffitable  et  honnourable  en  corps  et  en  âme, 
ou  de  se  gouverner  et  rigler  selon  cest  advis,  ou  de  vivre  et  se 
conduire  par  la  manière  qu'il  a  fait  par  ci  devant  et  fait  encores 
de  présent.  [Et  celuy  qui  baille  cest  advis,  se  mondit  seigneur 
y  voeult  entendre,  sera  prest  devant  (mondit  seigneur)  luy  et  son 
conseil  de  respondre  à  toutes  les  doubtes  que  on  poroit  faire 
en  ceste  matière,  tousjours  à  correction,  comme  dit  est.] 


L'INSTRUCTION  D'UN  JEUNE  PRINCE 


L'INSTRUCTION  DUN  JEUNE  PRINCE. 


BIBLIOGRAPHIE. 


I.  Manuscrits  consultés. 


A.  —  Bibliothèque  royale  de  Bruxelles,  n°  10976,  in-4°, 
vélin.  XVe  siècle. 


La  lettre  historiée  du  prologue  contient  les  armes  des  ducs  de 
Bourgogne,  entourées  du  collier  de  la  Toison  d'or. 

En  tête  du  prologue,  se  trouve  une  miniature  représentant  le  duc, 
au  milieu  de  sa  cour,  au  moment  où  l'auteur  lui  remet  son  livre,  dans 
une  salle  du  palais.  Philippe  le  Bon  est  assis  à  gauche  sous  un  dais, 
ayant  à  sa  droite  son  fils  Charles  et  un  groupe  de  seigneurs  qui  sont 
debout.  A  sa  gauche,  deux  personnages  en  robe  noire.  En  face  de  lui, 
l'auteur,  à  genoux,  vêtu  en  seigneur,  lui  tend  le  livre  fermé.  Le  duc, 
VOY.  et  ahb.  21 


330  l'instruction. 

son  fils  et  les  trois  seuls  seigneurs  dont  la  poitrine  soit  visible  dans  le 
groupe,  portent  le  collier  de  la  Toison  d'or. 

L'auteur  porte  le  même  collier. 

Sur  les  montants  et  sur  le  toit  du  dais,  on  remarque,  comme  orne- 
ments, des  briquets,  alternant  avec  deux  lettres  liées  entr'elles  par 
une  bandelette.    Ce  sont  des  e  ou   des  l  gothiques  minuscules. 

On  trouve  dans  d'autres  manuscrits  de  Philippe  le  Bon  des  lettres 
semblables.  (Bibliothèque  de  Bourgogne  n.  9511,  p.  398,  etc.).  Là  ce 
sont  visiblement   des  e  gothiques   minuscules,   mis  en  regard. 

Contrairement  aux  autres  manuscrits,  la  miniature  qui  représente 
la  mort  du  roi  Ollerich  vient  ici  en  tète  du  premier  chapitre  au  lieu 
de  précéder  le  prologue. 

On  peut  appeler  ce  manuscrit  l'exemplaire  de  Philippe  le  Bon. 


B. — Bibliothèque  de  l'arsenal,  à  Paris,  n°  33,  in-4°,  vélin. 
XVe  siècle. 


V Instruction  y  est  suivie  des  Enseignements  paternels. 

Après  la  table,  on  y  voit  une  miniature  représentant  la  mort  du  roi 
Ollerich.  L'auteur  est  à  genoux  ;  le  fils,  du  roi  et  les  seigneurs 
entourent  le  lit. 

En  tête  du  premier  chapitre,  une  seconde  miniature,  à  peu  de  chose 
près  pareille  à  celle  du  ms.  de  la  bibliothèque  nationale  de  France, 
n.  1216,  montre  l'auteur  dans  un  jardin,  avec  pavillon  au  fond, 
offrant,  à  genoux,  son  livre  au  jeune  prince. Ni  l'auteur  ni  le  prince  ne 
portent  la  Toison  d'or. 

M.  Kervyn  de  Lettenhove  dit  :  «  Ce  précieux  manuscrit  paraît 
«  avoir  appartenu  à  Philippe  le  Bon.  Les  rinceaux  sont  ornés  de  fusils 
«  et  autres  emblèmes  de  la  Toison  d'or  et  de  la  devise  :  Je  l'ay 
«  emprins.  » 

Cette  devise  est  celle  du  Téméraire  et,  les  armes  des  deux  ducs 
étant  les  mêmes,  la  devise  est  décisive  et  prouve  que  c'est  au  fils  de 
Philippe  que  le  manuscrit  a  appartenu . 

On  peut  appeler  ce  manuscrit  l'exemplaire  de  Charles  le  Téméraire. 


BIBLIOGRAPHIE.  331 


C.  —  Bibliothèque  nationale  de  France,  fonds  français, 
n°  1216,  in-4°,  vélin.  XVe  siècle. 


L'Instruction  y  est  suivie  des  Enseignements  paternels. 

Après  la  table  des  matières,  ce  manuscrit  contient,  en  tête  du  pro- 
logue, une  miniature  représentant  la  mort  du  roiOllerich.  Autour  du 
dais  du  lit,  sur  la  draperie  et  sur  certains  carreaux  du  parquet,  on 
trouve  aussi  des  lettres  mises  à  la  suite  et  liées  par  une  bandelette.  Ici, 
il  n'y  a  pas  de  doute  :  ce  sont  des  l  minuscules  gothiques.  Van  Praet 
dit  :  Un  dais  parsemé  de  deux  L  enlacées.  (Recherches  sur  Louis  de 
Bruges,  p.  147). 

En  tête  du  premier  chapitre,  une  seconde  miniature  montre  l'au- 
teur, en  cheveux  blancs,  vêtu  de  noir,  à  genoux,  offrant  son  livre 
fermé  à  un  jeune  prince,  en  houpelande,  derrière  lequel  se  tient  un 
seigneur  de  la  cour.  Au  fond,  un  jardin  et  un  pavillon,  comme  dans 
le  ms.  de  l'Arsenal.  Sur  le  dais  et  sur  le  toit  du  pavillon,  les  mêmes 
l  liées  ensemble. 

Les  lettrines,  qui  ouvrent  le  prologue  et  le  premier  chapitre,  sont 
remplies  par  trois  grandes  fleurs  de  lys.  Mais  ces  armes  semblent  y 
avoir  été  mises  après  coup  :  l'or  diffère  de  l'or  des  autres  lettres, 
et  l'encadrement  ne  parait  pas  destiné  à  cet  écusson.  Les  autres 
lettrines,  fol.  19  v°,  27,  37  v°,  40,  47  v°,  54  v°,  sont  remplies  autre- 
ment et  l'or  en  est  meilleur.  Cette  supposition  est  corroborée  par  le 
manuscrit  de  la  même  bibliothèque,  n.  1217,  où  la  lettrine  primitive 
est  restée  intacte  et  où  les  armes  de  France, pareilles  à  celles-ci, ont  été 
placées  au  bas  de  la  page  en  dessous  de  Tencadremeut  d'arabesques. 

On  doit  penser  que  ce  manuscrit  a  appartenu  d'abord  à  un  seigneur 
de  la  cour  de  Bourgogne. Une  note  de  Paulmy,  écrite  sur  le  manuscrit 
de  l'Arsenal,  prétend  que  le  manuscrit  n°  1216  a  appartenu  à  Louis 
de  Bruges,  seigneur  de  Gruthuse  (1436-1492).  Van  Praet  le  décrit 
au  nombre  de  ceux  qui  ont  fait  partie  de  cette  riche  bibliothèque  et  il 
dénonce  «  l'empressement  »  qu'on  mit  en  France  «  à  faire  oublier 
l'origine  de  ces  richesses  en  enlevant  de  chaque  volume  tout  ce  qui 
pouvait  rappeler  le  premier  possesseur  »  :  On  recouvrit  les  armes  de 
Louis  de  Bruges  par  celles  du  roi  ou  on  les  effaça  sans  les  remplacer  ; 


332  l'instruction. 

on  supprima  son  étendard  et  sa  devise,  on  gratta  le  chiffre  de  son 
épouse  Marguerite,  pour  le  remplacer,  à  côté  du  sien,  commun  à 
Louis  XII,  par  celui  d'Anne  de  Bretagne,  et  l'on  alla,  dans  un  manus- 
crit où  le  créateur  de  la  bibliothèque,  le  protecteur  de  Colard  Mansion, 
était  représenté,  jusqu'à  mettre  «  sur  les  épaules  de  ce  seigneur  la 
tête  de  Louis  XII.»  Mais  cette  œuvre  de  vandalisme  ne  put  être  com- 
plète, on  négligea  plus  d'une  devise  et  l'on  conserva  les  emblèmes  qui 
font  reconnaître  aujourd'hui  le  premier  propriétaire  qu'on  voulait 
déposséder  de  l'honneur  d'être  un  des  plus  intelligents  fondateurs  de 
bibliothèques  modernes. 

Ce  manuscrit  doit  être  appelé  l'exemplaire  de  Louis  de  Bruges. 


D.  —  Bibliothèque  de  Sainte-Geneviève,  Rf.  in  4°,  17,  petit 
format,  vélin.  Ms.  de  la  bibliothèque  de  Tersan. 

Après  la  table,  une  miniature,  encadrée  d'arabesques,  représente  le 
roi  sur  son  lit  de  mort  ;  son  fils  est  auprès  de  lui  et  l'auteur  est  devant 
eux,  en  robe  noire  bordée  de  fourrure. 

L'auteur  porte  au  cou  la  Toison  d'or. 

On  lit  sur  la  garde  les  deux  notes  que  voici  : 

«  Dans  aucun  de  ces  manuscrits  (de  la  bibliothèque  nationale  et  de 
«  l'Arsenal)  on  ne  trouve  C2  que  dans  celui-ci  on  lit  fol.  7  v°,  1.  11, 
«  jusqu'au  folio  12  r°,  ligne  dernière. 

—  «  Dans  ce  manuscrit  cy,  n'est  point  le  3e  chapitre  que  j'ajoute  en  le 
«  copiant,  sur  papier  détaché,  du  ms.  de  la  bibliothèque  de  l'Arsenal. 
«  Il  manque  aussi  la  fin  du  second  chapitre.  » 

Le  passage  nouveau,  annoncé  dans  la  première  note, est  unique;  c'est 
un  songe  du  roi,  intercalé  dans  le  prologue. Je  l'ai  donné  en  note,  mais 
je  ne  le  crois  pas  de  l'auteur. 

Ce  texte  est  celui  qui  se  rapproche  le  plus  du  nôtre,  même  par  ses 
fautes. 

E.  —  Bibliothèque  nationale,   n°   1957,    Ms.   sur  papier, 
petit  format,  sans  miniatures. 

V Instruction  y  est  suivie  de  V Enseignement  d'un  père. 


BIBLIOGRAPHIE.  335 

Même  texte  que  le  n°  1216,  et  excellente  copie  où  certaines  fautes 
ne  se  retrouvent  pas. 


F. — Bibliothèque  de  l'Arsenal,  belles  lettres,  n°  314,  sur 
papier,  contenant  aussi  des  œuvres  d'Alain  Chartier. 

C'est  une  copie  assez  bonne.  Les  lettrines  y  ont  été  laissées  en  blanc. 

G. — Bibliothèque  nationale  de  Paris,  n°  1956,  velin,  petit 
format  de  80  feuillets.  Fin  du  XVe  siècle,  fol.  1-26.  — 
Une  des  autres  pièces  du  recueil,  l'épitaphe  de  Charles  V, 
porte  la  date  de  1468. 


Ce  manuscrit  est  des  plus  curieux.  La  rédaction  en  est  entièrement 
différente  :  chaque  idée  y  est  conservée,  mais  réduite,  et  ce  travail  de 
concision  est  fait  avec  beaucoup  de  soin  et  de  clarté. 

D'abord,  on  incline  à  penser  que  ce  pourrait  être  le  texte  original 
de  l'auteur,  qu'on  aurait  développé  plus  tard  en  arrondissant  les 
phrases  et  en  complétant  les  conseils  par  des  détails  d'idée  et  de 
style.  Les  autres  manuscrits  cependant  sont  plus  anciens  et  celui-ci 
est  unique,  ce  qui  établit  déjà  une  forte  présomption  contre  lui.  Mais, 
quand  il  n'y  aurait  que  deux  manuscrits, celui-ci  et  un  autre  de  rédac- 
tion différente,  l'étude  des  textes  pourrait  résoudre  ce  problème. 

Deux  différences  surtout  sont  déterminantes  :  le  chapitre  sur  la 
guerre  est  très-émondé  ici,  les  expressions  y  sont  mitigées,  l'insis- 
tance de  l'écrivain  à  blâmer  «  la  cruelle  qui  tout  gaste  et  destruit  », 
qui  «  prend  sa  nourreçon  en  trois  vices  diaboliques  :  orgueil,  vaine 
gloire  et  convoitise  »,  a  disparu,  et  les  «  horribles  et  cruels  tour- 
mens  »  deviennent  «  les  inconvéniens  »  de  la  guerre. 

Ensuite,  quand  l'auteur  parle  des  communes,  le  texte  change  encore  : 
chaque  fois  qu'il  est  question  des  trois  Etats,  l'auteur,  après  la  noblesse 
et  le  clergé^nomme  «  les  sages  et  notables  des  cités  et  bonnes  villes  »  ; 
le  résumé,  au  contraire,  dit  que  le  prince  doit  consulter  les  princes, 
les  gens  d'église,  «  et  autres  assistens  ».  Puis,  le  beau  paragraphe 


554  l'instruction  d'un  jeune  prince. 

où  De  Lannoy  énumère  les  conditions  sévères  d'une  bonne  représen- 
tation nationale,  se  retrouve  à  peine,  dans  une  fin    de  phrase  banale. 

Enfin,  quand  l'auteur  conseille  au  prince  de  régler  ses  finances, 
l'expression  si  nette  de  vivre  du  sien  est  encore  affaiblie  ici  et  devient  : 
vivre  sans  vendre. 

Il  est  évident  que  cette  réduction  a  été  faite  plus  tard,  et  les  qua- 
lités de  clarté,  de  style  et  de  résumé, autant  que  ce  soin  de  ménager  le 
sentiment  monarchique,  désignent  un  écrivain  français  du  temps  de 
Louis  XI,  plutôt  qu'un  seigneur  de  la  cour  de  Philippe  le  Bon. 

Il  aurait  fallu  publier  tout  ce  manuscrit,  car  il  n'est  guère  de  phrase 
qui  n'y  soit  changée.  Je  n'ai  pas  cru  devoir  le  faire,  je  me  suis  borné 
aux  principaux  passages  et  à  tout  ce  qui  peut  marquer  les  différences 
ou  éclairer  le  texte  de  l'auteur. 


II.  Imprimé. 


H.  —  Édition  du  Temple  de  Baccace  de  Chastellain,  suivi 
de  X Instruction  au  jeune  Prince.  Paris,  chez  Galliot 
Dupré,  1517. 


Je  me  suis  servi  de  l'exemplaire  de  la  bibliothèque  nationale  de 
Paris  :  Réserve,  in  fol.  Z,  n.  2121. 


Je  publie  le  texte  du  manuscrit  de  Philippe  le  Bon  (A) et 
j'indique  les  variantes  des  divers  manuscrits  sous  les  lettres 
qui  m'ont  servi  de  nos  d'ordre. 


L'INSTRUCTION  D'UN  JEUNE  PRINCE. 


Ci  commence  la  table  1  du  livre  intitulé  V Instruction  d'un 
jeune  prince  pour  se  bien  gouverner  envers  Dieu  et  le 
monde.  Et  contient  vin  chapitres  qui  cy  après  sensièvent. 

Le  premier  chapitre  ensengne  comment  ung  jeune  prince 
doibt  sur  toutes  choses  crémir  Dieu  qui  lui  a  donné  aucto- 
torité  et  seignourie  sur  le  peuple. 

Le  second  chapitre  parle  comment  princes  et  grans 
seigneurs,  qui  ont  le  poeuple  à  gouverner,  doivent  vivre 
attempréement  et  mettre  paine  d'avoir  en  eulx  bonnes 
meurs  et  prouffi tables. 

Le  111e  chapitre  parle  du  bien  et  du  prouffit  qui  vient  aux 
princes  terriens  quant  ilz  gouvernent  eulx  et  leurs  subgez 
par  raison  et  par  justice. 

Le  ime  chapitre  ensengne  de  quelles  meurs,  estât  et 


1  La  table  manque  dans  D,  G,  H.  Tout  ce  qui  est  imprimé  en 
lettres  italiques  est  écrit  dans  le  manuscrit  à  l'encre  rouge. 


536  l'instruction  d'un  jeune  prince. 

conditions,  princes  et  grans  seigneurs  doivent  eslire  leurs 
conseilliez  et  officiers  principaulx. 

Le  ve  chapitre  parle  comment  rois  et  grans  seigneurs 
doivent  avoir  grant  regard  sur  leurs  officiers  et  serviteurs 
adfin  qu  ilz  ne  facent  chose  contre  raison  ne  au  dommage 
ou  deshonneur  deulx  ou  de  leurs  subgetz. 

Le  vie  enseigne  aux  princes  que  pour  la  révérence  de 
Dieu  et  l'amour  qu'ilz  doivent  avoir  à  leurs  subgetz,  se 
gardent  demprendre  guerre  contre  cristiens. 

Le  viie,  que  diligamment  ilz  doivent  entendre  à  la  con- 
duite et  gouvernement  de  leurs  finances. 

Le  viip  et  dernier  chapitre  parle  de  l'ordre  et  estât  de 
chevalerie  et  comment  on  le  doit  entendre  ! . 


9  B  ajoute  ici  #  Ici  fine  la  table  et  s'ensieut  le  prologue. 


Prologue  sur  le  livre  de  V Instruction  d'un  jeune  grince  à 
se  bien  gouverner  envers  Dieu  et  le  monde  l. 


Pour  acquérir  honneur  et  bonne  renommée,  ung  vaillant 
chevalier  des  marches  de  Picardie  se  tyra  jadis  es  parties 
de  Prusse  et  de  Lyfland  2.  Et  tant  y  fu  que  luy  sambla 
que  par  honneur  s'en  povoit  départir.  Si  monta  en  mer 
au  port  de  Damzich  3  en  Prusse,  pour  retourner  en  son 
pays.  Mais  sur  la  mer  luy  prinst  ung  si  grant  et  horrible  4 
tourment  que  pour  sauver  sa  vie,  lui  et  sa  nef  couvint 
arriver  ou  royaume  de  Norwèghe,  au  port  de  Mastraut  qui 
est  ung  lieu  à  présent  désert  et   mal  habité  5  de  gens, 

*  B  supprime  cet  entête.  —  Cy  commence  l'Instruction  du  jeune 
prince.  Prologue  (G).  —  Prologue  sur  le  livre  de  l'Instruction  d'un 
jeune  prince  (H). 

2  Hirlande  (G).  —  L'issland  (E).  —  Hyrlande  (H). 
5  Dansil  (G).  —  Danzich  (B.  et  D).  — -  Danzichen  (H). 

*  Print  si  très  horrible  (G). 

5  A  dit  :  mal  habitable.  J'ai  préféré  la  version  de  tous  les  autres 
textes.  La  rédaction  E  dit  :  à  présent  mal  habité. 


238  l'instruction. 

jà  soit  ce  que  anciennement  l  l'en  treuve  es  croniques 
qu'ilz  furent  si  habundans  en  poeuple  que  par  leur  force 
et  puissance  ilz  conquirent 2  le  païs  de  Normendie  3.  Et, 
en  ce  port  de  Mastraut,  en  attendant  vent  prouffitable, 
demoura  le  dict  chevalier  ung  grant  espace  de  temps, durant 
lequel  temps  il  ala  ung  jour  visiter  4  une  petite  prioré  5 
assés  près  de  ce  port,  fondée  en  l'onneur  et  révérence  de 
monseigneur  sainct  Olphe,  qui  est  sainct  fort  requis  et 
aouré  oudict  royaume  de  Norwèghe. 

Or  advint  que,  en  luy  pormenant 6  par  ceste  église,  son 
clerc,  qui  bien  sçavoit  la  langue  du  pays,  regarda  ou  creus 
d'un  mur  où  il  trouva  ung  coyer  7  de  parchemin  escript  en 
mauvaise  lettre  et  effacie  8.  Lequel  coyer  il  lut  au  mieulx 
qu'il  poeult.  Et  quant  il  Tôt  lëu,  il  dist  à  son  maistre 
qu'il  avoit  trouvé  ung  extrait  de  croniques,  comme  il  lui 
sambloit,  ouquel,  selon  son  advis,  avoit  de  beaulx  ensei- 
gnemens. 

Adont  le  chevalier  lui  commanda  qu'il  le  translatast 
d'Alemant  en  Franchois  9,  dont  il  se  excusa  pour  ce  qu'il 
n'entendoit  pas  bien  au  vray  le  langaige  et  que  la  lettre 


1  Anchienoement  (E).  —  Aulcunement  (H). 

*  Conquestèrent  (G). 

5  Combien  qu'on  trouve  par  croniques  que  anciennement  ils  furent 
si  habondans  en  peuple  qu'ils  conquirent  Normendie  (G). 

*  Viseter  (D,  E,  F). 

*  Prieuré  (B,  F). 

«  Pourmenant  (B,  D,  E). 

7  Cayer  (F,  H).  —  Quayer  (G). 

8  Effacée  (E,  G). 

9  G  réduit  ainsi  la  fin  de  ce  §  :  Ce  que  feist  ledit  clerc  au  mieuk 
qu'il  sceut,  et,  en  passant  temps,  Dieu  leur  envoya  bon  vent  et  tant 
qu'ils  arrivèrent  en  Flandres. 


PROLOGUE.  539 

estoit l  si  soullie  et  planée  que  à  grant  paine  le  povoit  on 
lire  et  que  bonnement  ne  le  sçauroit %  translater  qu'il  ne 
fust  moult  incorrect.  Néantmoins,  pour  obéir,  il  le  trans- 
lata au  mieulx  qu'il  peut 3.  Et,  ainsi  en  passant  temps,  en 
la  parfin  Dieu  leur  envoya  si  bon  vent  qu'en  pou  de  temps 
après  ilz  arrivèrent  sauvement  au  pays  de  Flandres.  Et 
contenoit  le  dit  coyer  ce  qui  sensieut. 

L'an  mil  iicxxxi,  après  la  mort  du  vaillant  roy  Ruthe- 
gheer,  qui  tant  preudomme  fu,  crému  4  et  redoubté,  régna 
son  filz  Ollerich,  beau  prince,  hardi  aux  armes,  homme  de 
beau  personnage  5,  gracieux  entre  dames,  lequel  ot  moult 
de  guerres  en  son  temps,  à  l'occasion  de  quoy  et  de  son 
légier  gouvernement  voluntaire,  il  traveilla  ses  subgetz 
en  maintes  manières,  dont  il  estoit  fort  blasmé  et  reprins 
des  preudommes  de  son  royaume  6.  Et  environ  l'eage  de 
xxx  ans,  il  se  maria  à  une  dame  nommée  Luthegart,  fille 
au  roy  de  Poulane  7,  dame  notable,  sage,  gracieuse  et  de 
belles  meurs,  de  laquelle  il  ot  pluiseurs  8  enfans,  dont 
l'aisné  fut  nommé  Rodolph,  qui  en  son  temps  fu  bon  prince 
et  droiturier,  bien  amé  de  ses  subgetz  et  régna  moult 
noblement 9. 

Or  advint  que  une  moult  griefve  et  aspre  10  maladie 

*  Est  (C,  D,  E). 

*  Le  ms.  A  dit  :  sçavoit.  J'ai  préféré  la  version  B  et  E. 

*  Néantmoins,   pour   obéir  à  sondit  maistre,  il  en  print  si  grant 
diligence  que  ledit  livre  fut  par  luy  translaté  au  mieulx  qu'il  pot  (F). 

4  Craint  (G). 

5  Homme  de  beau  corsaige  (H). 

a  On  ne  pouvait  mieux  peindre  Philippe  le  Bon  en  quelques  mots. 
7  Poulaine  (D,  E,  H).  —  Poullaine  (G). 
'  Beaux  enfants  (H). 

9  Qui  en  son  temps  fut  bien  aymé  et  régna  moult  noblement  (H). 

10  Aspre  et  griève  (E,  D). 


340  l'instruction. 

survint  au  roy  Ollerich,  son  père ,  tellement  que  les 
maistres  n  y  sçavoient  donner  conseil.  Durant  laquelle 
maladie  ung  chevalier  1  preudomme  bien  renommé,  son 
subget,  nommé  Foliant  de  Ional  2,  qui  en  son  temps 
avoit  servi  le  roy  Ruthegheer  son  père  et  pareillement  le 
roy  Ollerich  long  espace  de  temps,  mais  pour  ce  que  le 
bon  chevalier  Foliant  vëoit  le  desroy  de  la  conduite  du  roy 
Ollerich,  son  maistre,  et  qu'il  laissoit  les  voyes  3  de  raison 
et  de  justice  et  usoit  voluntairement  du  conseil  de  gens 
vicieux,  hayans  le  bien  publique,  à  l'occasion  de  ce  s'estoit 
départy  du  service  du  roy.  Touttesfois  4,  quant  il  sceut 
sa  maladie,  lui  qui  l'amoit  de  tout  son  cœur,  ne  se  peut 
tenir  qu'il  ne  le  venist  vëoir  et  visiter,  et  tant  fist  qu'il  vint 
en  la  présence  du  roy,  lequel  il  trouva  en  son  lit  très 
oppressé  5  de  maladie,  dont  moult  luy  desplëut.  Doulce- 
ment  et  humblement  le  salua.  Et  quant  le  roy  le  vit  6,  il 
en  fu  moult  joyeux  et  lui  dist  :  «  Ha,  mon  bon  amy 
Foliant,  tu  soyes  le  bien  venu  ;  je  te  voy  voulentiers.  Or 
plëust  à  Dieu  que  par  cy  devant  je  t'eusse  crëu,  car  je  scay 
que  moy  et  tous  mes  affaires  en  vaulsissent  7  mieulx  en 


*  Un  bon  chevallier  (G). 

8  Fouliant  (G).   -  Folyant  (H).  —  Folliant  de  Yonnal  (F). 

5  Les  termes  (F).  —  A  partir  d'ici  jusqu'à  la  note  4  G  rédige  ainsi  : 
Lequel  avoit  laissé  le  service  d'iceluy  Ollerich  pour  ce  qu'il  avoit 
laissé  la  voye  de  raison  et  de  justice  et  usoit  de  conseil  volontaire  de 
gens  vicieux,  non  aymans  le  bien  publique.  Touttefois,  etc. 

4  Toutefois,  quant  il  sceut  la  malladie,  il  le  venist  visiter  jusques  à 
son  lit  où  il  le  trouva  moult  oppressé  de  mal  ;  il  le  salua  bien  doul- 
cement,  etc.  (G). 

*  A  écrit  :  aspressé.  J'ai  corrigé  d'après  B,  C,  E  et  H.  —  Agrevé  (F). 

6  Vëy(B). 

7  Voulsissent  (B,  C,  D). 


PROLOGUE.  341 

corps  et  en  âme.  Hélas  !  chier  amy,  j'endure  paine  mer- 
veilleuse et  voy  bien  que  ma  fin  approche  1  » .  Et  après 
ces  paroles,  le  roy  se  confessa  moult  dévotement  et  de 
cœur  contrit  de  tous  ses  péchiés. 

Et  lors,  son  confesseur  lui  bailla  absolucion  et  lui 
charga  pour  pénitance  qu'il  priast  mercy  à  tous  ses  subgetz 
et  qu'il  enjoindiet  à  son  filz  Rodolph,  devant  tous,  qu'il 
voulsist  estre,  après  lui,  bon  prince  et  droiturier  2.  Et 
quant  le  roy  ot  fine  sa  confession,  il  appella  son  premier 
chambellan  et  lui  commanda  que,  sans  faillir,  il  féist  len- 
demain au  matin,  à  vin  heures,  se  Dieu  lui  donnoit  tant 
de  vie,  assembler  et  venir  devers  luy  tous  les  gens 
d'église,  nobles  et  des  gens  de  ses  bonnes  villes  3  et  de 
son  poeuple  4  autant  que  recouvrer  en  pourroit,  et  pareil- 
lement Rodolph,  son  filz,  et  aussi  tous  ses  conseilliers  et 
officiers  de  quelconques  estât  qu'ilz  fussent 5,  lequel  cham- 
bellan acompli  6  son  commandement. 

Et  quant  vint  au  matin  environ  ix  heures,  le  roy,  qui 
avoit  fait  faire  ung  lit  en  la  grant  sale  du  palais,  se 
fist 7  illec  porter,  car  il  estoit  si  griefvement  malade  que 


4  Le  ms.  de  la  bibliothèque  de  Sainte-Geneviève  (D)  supprime  la 
phrase  qui  termine  ce  paragraphe  et  intercale  ici  une  vision  du  roi 
qui  ne  se  trouve  dans  aucun  autre  manuscrit  et  que  nous  publions  à 
la  fin  de  l'Instruction. 

*  Droiturier  seigneur  (B,  C). 

'  Tous  nobles  gens  d'église  et  peuple  des  villes  (G).  —  Nobles  et 
populaires  des  bonnes  villes  (H). 

4  La  suite  manque  dans  le  résumé  G,  qui  termine  ainsi    ce  § 
Ce  que  feit  le  chambellan. 

5  Soient  (C). 

•  Fist  (E). 

1  A  dit  :  Si  se  fist.  J'ai  préféré  la  version  de  tous  les  manuscrits. 


342  l'instruction. 

nullement  ne  se  povoit  soustenir.  Et  incontinent  la  grant 
sale  fu  si  plaine  de  gens  que  à  grant  paine  se  povoit  on 
tourner  l. 

Et  lors  le  roy  Ollerich,  qui  moult  avoit  la  voix  casse  et 
foible,  en  la  présence  de  tous  ,  leur  pria  2  humblement 
pardon  et  mercy  des  abus,  griefz  3  et  dommages  que 
maintes  fois  il  leur  avoit  fait  en  son  temps  4.  Et  tantost  il 
fîst  venir  devant  luy  Rodolph  son  filz  et  aultres  princes  et 
grans  seigneurs  de  son  ost,  et  illec  ordonna  son  testament 
par  très  bonne  manière.  Entre  aultres  choses,  il  eslut  sa 
sépulture  en  1  église  de  monseigneur  sainct  Olphe,  à  Droul- 
phèle  \  en  son  royaume  de  Norwèghe  6. 

En  après  ,  il  commanda  à  son  filz,  sur  quanques  il 
lamoit 7  et  doubtoit  et  si  chier  qu'il  avoit  sa  bénédiction  8, 


1  G  réduit  ce  §  et  le  relie  avec  le  suivant  en  ces  termes  :  Et  quand 
venist  au  lendemain,  le  roi  se  feit  porter  en  la  salle  en  ung  lit  qu'il 
y  avait  fait  drecer.  car  il  ne  se  povoit  soubstenir,  et  là  en  présence 
de,  etc. 

*  Leur  requist  et  demanda  (H). 

3  Le  ms.  A  écrit  :  Grefz,  ainsi  que  l'imprimé.  J'ai  corrigé  d'après 
tous  les  autres  manuscrits. 

*  D  ajoute  ici,  en  rappelant  la  vision  :  «  Et  par  espécial,  des 
v  péchiés  dont  dessus  est  faite  mencion ,  en  promettant  en  parolle 
de  roy  que,  se  Dieu  le  vouloit  espargnier  ceste  fois,  jamais  jour 
de  sa  vie  il  ne  renquerroit  es  v  des  fautes  dessusditz,  mais,  tout 
le  remanant  de  sa  vie,  leur  seroit  boin  prince  et  droitturier,  amant 
et  désirant  le  bien  publicq.  » 

5  Roulphelle  (G).  —  Droulphel  (E).  —  H  supprime  ce  nom. 
8  D  ajoute  ici  :  «  Et  qui  leur  dist  la  vision  qu'il  avoit  eue  durant 
sa  faulte.  » 
'  Il  amoit  (C). 

*  En  après,  il  commanda  à  son  fils  qu'il  voulsist  estre  bon  prince 
et  juste,  sur  quant  qu'il  avoit  chier  sa  bénédiction  (G). 


PROLOGUE.  343 

que  après  lui  il l  voulsist  estre  bon  prince  et  droiturier  et 
qu'il  gouvernast  son  poeuple  par  raison  et  justice  2,  en 
luy  priant,  sur  toute  l'obéissance  et  amour  que  bon  filz  doit 
avoir  à  son  père,  qu'il  luy  voulsist 3  promettre  ceste  chose 
et  le  jurer  en  sa  main  en  la  présence  de  tous  ses  barons, 
et  il  en  porteroit  la  paine  de  sa  mort  plus  légièrement 4. 
Laquelle  chose  Rodolph  son  filz  luy  accorda  libéralement 
et  de  bon  5  cœur.  A  dont  le  baisa  le  roy  par  grant  amour  et 
puis  lui  donna  la  bénédiction  6,  telle  que  père  est  tenu  de 
faire  à  son  enfant  au  partir  de  ce  siècle. 

Et  après  ce,  le  roy  tourna  moult  amiablement  son  regard 
sur  Foliant  de  Ional,  son  ancien  serviteur,  duquel  il  est 
parlé  cy  dessus,  et  luy  dist  :  «  Foliant,  je  t'ay  trouvé 
durant  mon  temps  preudomme,  loyal,  franc,  non  flateur, 
sans  convoitise  et  sans  corruption,  amant  honneur,  cheva- 
lerie et  le  bien  publique  7.  Je  recongnois  cy  et  devant 
Dieu  que  je  ne  t'ay  pas  si  grandement  guerdonné  comme  tu 
l'as  déservi  ;  mais,  se  Dieu  plaist,  mon  filz  s'en  acquitera 
mieulx  envers  toy  que  je  n'ay  fait.  Mon  chier  amy,  je  te 
prie  en  mon  dernier  8  et  te  commande  sur  toute  l'amour 
que  tu  eus  oncques  à  moy  que, après  mon  décès,  tu  veulles  9 
mettre  par  escript  et  baillier  à  Rodolph,  mon  filz,  pour 

1  Plusieurs  manuscrits  suppriment  ici  le  pronom  :  il  (C,  E,  D,  F). 

2  D  supprime  les  mots  :  Et  justice, et  ajoute  :  Et  que  sur  toutes  choses 
terriennes  se  gardast  d'encheoir  es  v  péchiés  cy  dessus  déclairés. 

3  A  dit  :  Voeulle.  J'ai  préféré  la  version  commune  à  B,  C,  D,  E  et  F. 

*  Plus  ayséement  (G). 

5  De  son  bon  cuer  (C). 

*  Le  reste  du  §  est  supprimé  (G). 

7  Amy,  je  t'ay  trouvé  toujours  loyal  et  preudomme  honnourable  et 
aymant  le  bien  publique,  sans  convoitise  et  corruption  (G). 
'  Desrenier  (E).  —  Derrain  (F  et  H). 

*  Veuilles  (C). 


544  l'instruction. 

doctrine,  la  manière,  moyen  et  praticque  que  ung  bon 
prince  auroit  à  tenir  pour  acquérir  la  grâce  de  notre  saul- 
Jhésucrist,  bonne  renommée  et  la  vraye  et  entière  amour 
de  ses  subgetz.  Je  me  confie  tant  en  toy  que  tu  ne  luy 
bailleras  chose  '  par  escript  ne  metteras  au  devant  qui  ne 
soit  à  son  honneur  et  au  proufïit  de  son  âme.  » 

Adoncques  Foliant  se  mist  à  genoulx,  en  remerciant 
très  humblement  le  roy  de  l'onneur  qu'il  luy  portoit,  et 
luy  dist  :  «  Certes,  mon  souverain  seigneur,  je  ne  suy  pas 
digne  ne  souffisant  2  de  sçavoir  parler  ne  mettre  par  escript 
comme  il  appartient  en  si  haulte  matère.  Mais  pour  obéir 
à  vostre  noble  commandement,  j'en  feray  mon  petit  povoir, 
et  Dieu  me  doint  grâce  de  faire  chose  qui  soit  à  son  plaisir, 
au  bien,  honneur  et  proufïit  de  Rodolph,  vostre  noble  filz, 
et  de  tous  voz  bons  subgetz  3  !  » 

Lors  dist  le  roy  :  «  Mon  filz,  je  te  prie  que  tu  adjoustes 
foy  en  ce  que  Foliant  de  Ional  te  baillera  par  escript 4.  Et 
jà  soit  ce  qu'il  ne  soit  pas  clerc  ne  aprins  de  lettres,  il  a 
qui  autant  vault  ou  plus,  car  il  est  sage,  prudent,  de  grant 
expérience  et  qui  moult  a  vëu  5.  » 

Et  après  ces  parolles  6,  le  bon  prince  devint  par  si  foible 
que  de  tous  poins  le  cœur  luy  failly  de  rechief,  et  cuidèrent 

1  Doctrine  (G). 

*  A  écrit  :  suffisant.  Jai  corrigé  d'après  B,  C,  D,  et  F. 

*  Et  lui  dist  :  Mon  souverain  seigneur,  de  mon  petit  povoir  j'acom- 
pliray  vostre  commandement,  combien  que  je  soye  ignorant  pour 
telle  matière  conduire,  Dieu  me  doint  grâce  d'y  faire  chose  à  son 
plaisir  et  qui  soit  au  prouffit  de  voz  bons  subgez  (G). 

*  Mon  fils,  en  ce  que  Foliant  de  Ional  te  baillera  par  escript,  je 
te  prie  que  tu  ajoustes  foy  (E). 

*  Car  combien  qu'il  ne  soit  pas  clerc,  si  est  prudent  et  saige  et  a 
beaucoup  vëu  (G). 

*  Paroles  dictes  (H). 


PROLOGUB.  345 

tous  les  assistens  qu'il  fust  oultré.  Mais  assés  tost  après, 
il  jecta  ung  soupir  et  joingny  l  les  mains  vers  le  ciel  et,  de 
voix  moult  foible  et  casse  2,  il  dist  ainsi  : 

«  0  filz  3,  regarde  moy  et  prens  exemple  à  lestât  où  je 
suis  de  présent,  qui  au  jour  d'uy  estoye  roy  de  trois 
royaumes,  riche  4,  puissant  et  acompaignié  de  trente  ou 
quarante  mile  hommes,  prestz  de  acomplir  mes  commande- 
mens  5.  Hélas,  mon  filz,  tout  ce  ne  me  poeut  valoir  ne 
prouffiter,  car  morir  me  convient.  Je  congnois  que,  au 
partir  de  ce  siècle,  je  n'emporteray  se  non  mes  biens  fais 
tant  seulement.  Et  n'auray  chancellier,  advocat  ne  pro- 
cureur qui  parle  pour  moy.  Mais,  moy,  dotant  pécheur,  il 
me  fauldra  respondre  et  attendre  tele  sentence  que  nostre 
bon  créateur  vouldra  ordonner  sur  moy.  »  Adoncques  il 
s'escria  de  toute  sa  puissance  en  disant  :  «  0  Jhésus, 
Jhésus,  ayés  mercy  de  moi  !  » 

Lors,  son  confesseur  luy  fist  moult  de  notables  remou- 
strances  pour  le  salut  de  son  âme,  puis  luy  présenta  la 
vraye  croix  et  lui  mist  sur  sa  bouche,  lequel  le  6  baisa  et 
rebaisa  moult  dévotement,  et  qui  plus  est,  la  print  entre 
ses  bras,  et,  sans  plus  mot  dire,  fina  le  bon  roy  sa  vie  7. 
Et  quant  sa  mort  fu  scëue,  il  n'est  bouche  d'omme  qui 
sëust  dire  le  merveilleux  doeul  qui  lors  fu  mené  de  tous. 
Certes  Rodolph,  son  filz,  en  faisoit  tant  que  c'estoit  pitié  à 


*  Joindy(B). 

*  Cassée  (H). 

»  0  fils,  fils  (D,  E). 

*  Les  neufs  mots  qui  suivent  sont  supprimés  dans  F. 

5  Riche  et  puissant  d'avoir,  damys  et  de  gens  d'armes  (G). 

6  La  (F,  H). 

7  Fina  le  bon  roy  ses  jours  (G). 

VOY.   ET  AMB.  22 


346  l'instruction. 

vëoir.  Et  le  bon  preudomme  Foliant  de  Ional  estoit  si 
forment  troublé  l  qu'il  ne  povoit  mot  dire  et,  en  larmoyant 
tendrement  des  yeulx,  prioit  Dieu  dévotement  pour  lame 
du  roy.  Mais  durant  ce  doeul ,  le  corps  fu  richement 
embammés  2  et  ensevely  et  mis  en  ung  sarcus  3  de  plomb, 
comme  en  tel  cas  appartient. 

Puis  après  ,  les v princes  et  barons  de  l'ost  vindrent 
devers  Rodolph,  qui,  moult  humblement  et  tous  d'une 
voix,  luy  présentèrent  à  faire  hommage  et  le  servir  ainsi 
que  bons  et  loyaulx  subgetz  sont  .tenus  de  faire  à  leur 
souverain  seigneur.  De  quoy  il  les  mercya  de  bon  coeur. 
Mais  au  regard  de  son  couronnement,  il  leur  dist  qu'il 
le  vouloit  délayer  jusques  à  tant  qu'il  repassé  4  ëust  la 
mer.  Et  à ,  l'occasion  de  la  mort  du  roy  son  5  père,  il 
rompy  son  armée.  Mais  il  desloga  son  ost 6  en  très  belle 
ordonnance  et  tant  chevaucèrent  qu'ilz  vindrent,  sans  avoir 
empeschement  aulcun,  ou  pays  de  l'Yflant  où  la  navire  les 
attendoit. 

Et  après  ce  qu'ilz  furent  montés  sur  mer,  en  assés  brief 
de  temps  7  aprez,  ilz  arrivèrent  saulvement  ou  royaume 
de  Norwèghe,  es  portz  de  Mastraut,  dont  il  est  parlé  cy 
dessus.  Et  illecques  les  princes  et  la  plus  grant  partye  de  la 
chevalerie  de  ses  royaumes  prindrent  congié  de  Rodolph, 
et  s'en  retourna  chascun  en  sa  8  contrée  9. 

4  Tourblé  (D,  E). 

*  Embasmé  (Bj. 

3  Sercus  (B).  —  Serqueil  (H). 

*  Râpasse  (B). 

5  Son  bon  père  (H). 

6  Host(C). 

7  Brief  temps  (E). 

8  Leur  (D). 

9  Et  s'en  retournèrent  chascun  en  son  pays  (F). 


PROLOGUE.  547 

Et  au  regard  de  Foliant  de  Ional,  son  ancien  serviteur  , 
il  luy  commanda  qu'il  ne  laissast  en  nulle  manière  qu'il 
ne  aportast  au  jour  de  son  couronnement  les  enseignemens 
et  doctrines  de  quoy  le  roy  son  père  le  charga  à  sa  mort. 
Laquelle  chosa  il  désiroit  bien  à  vëoir. 

Et  aprez  ce  que  le  preudomme  Foliant  fu  arrivé  en  son 
hostel  et  sy  fu  une  espace  l  reposé,  il  pensa  maintes  fois, 
de  jour  et  de  nuit  *,  au  commandement  et  requeste  que  le 
roy  OUerich,  son  maistre,  lui  fist  à  son  trespas,  et  aussi 
aprez,  Rodolph,  son  filz  3.  Et,  après  moult  d'ymaginations 
et  pensées  sur  ce  eues,  en  la  parfin,  il  concupt 4  en  soy 
une  doctrine  5  que,  selon  son  sens  6  et  entendement,  lui 
sambla  estre  nécessaire  et  prouffitable  7  pour  enseignier  et 
endoctriner  ung  jeune  prince  à  se  bien  gouverner  envers 
Dieu  et  le  monde.  Laquelle  doctrine  il  comprist  8  en 
vin  chapitres  qui  cy  après  s  ensièvent 9. 

Cy  fine  le  prologue  de  ce  livret,  intitulé  V Instruction  d'un 
jeune  prince  pour  se  bien  gouverner  envers  Dieu  et  le 
monde.  Et  contient  vin  chapitres  partiaulx,  comme  il 
apparra  en  la  déduction  de  ce  traittié  10. 


1  Ung  espace  de  temps  (C). 

*  Jour  et  nuit  (F). 

5  Rodolph,  son  maistre,  fils  d'icelluy  (F). 

4  Conceupt(B).  —  Conchupt  (E). 

5  II  conchut  en  soy  doctrine  (F). 

6  Selon  son  ad  vis,  sens,  etc.  (F). 

7  F  supprime  :  Et  prouffitable. 

8  Et  compilla  (F). 

9  Et  contient  huyt  chapitres  paruiaulx,  commi  il   apparra  en  la 
déduction  de  ce  traictié  (H). 

10  F  et  H  suppriment  ce  §,  écrit  à  l'encre   rouge  dans  la  plupart 
des  manuscrits  ;  ils  suppriment  aussi  les  titres  des  chapitres. 


Comment !  ung  jeune  prince  doit  sur  toutes  choses  crémir 
Dieu  qui  luy  a  donné  auctorité  et  seignourie  sur  le 
poeuple.  Premier  chapitre  2. 


Crémir  3  Dieu  est  le  premier  commandement  de  sapience, 
car  celluy  qui  l'aime  et  craint  est  ferme  en  foy,  obéissant 
à  l'église  et  garde  4  estroitement 5  ses  commandemens  et 
se  conduit  en  ensievant  la  doctrine  qu'il  nous  a  enseignie 
et  remoustré  par  les  saintes  euvangiles. 

Ung  prince  6  qui  craint  Dieu  et  maintient  justice  se  poeut 


1  Icy  après  s'ensieut  comment,  etc.  (B).  —  Le  premier  chapitre 
enseigne  comment,  etc.  (D,  E,  F). 

2  Premier  chapitre  de  l'Instruction  du  jeune  prince  (H). 

3  Craindre  (G,  H). 

*  A  écrit  :  Se  garde.  J'ai  corrigé*  d'après  B,  C,  E. 

5  Car  celuy  qui  le  craint,  l'ayme  et  est  ferme  en  sa  foy,  etc.  (G).  — 
Car  celui  qui  aime  et  craint  Dieu,  maintient  justice,  est  ferme  en  foy 
et  obéissant  à  l'église,  garde,  etc.  (F). 

6  Prince  (D). 


550  l'instruction. 

confier  en  la  parole  de  sainct  Pol  où  il  allègue  l  :  «  Se 
Dieu  est  avec  nous,  qui  nous  porra  nuire  ne  résister  con- 
tre nous  ?  »  Et,  mon  souverain  seigneur, pour  ce  que  je  ne 
suis  pas  clerc  ne  aprins  de  lettres  2  et  que  à  mon  estât  3 
ne  appartient  pas  de  guères  avant  parler  en    si    haultes 
matères,  je  vous  conseille,  pour  le  salut  de  vostre  âme  et 
vous  deuement  introduire  de  nostre  sainte  foy  cristienne, 
que  vous  faciez  diligence  de  cerchier  par  tous  voz  royaumes 
ung  notable  clerc,   homme  de  bonne  vie  et  sainte,  non 
flateur,  pour  vous  endoctriner  et  enseignier  comme  à  bon 
prince   catholique  et  cristien  appartient  \   Et  se  je  dis  : 
non  flateur,    ce  n'est  pas  sans  cause,  car  aultre  chose  est 
de  adrechier  ung  jeune  prince  ou  aultres  grans  seigneurs, 
qui  n'ont  aultre  correction  sur  eulx  se  non  la  crémeur 
de  Dieu  et  leur  propre  conscience  seulement,   que  d'aultres 
simples  personnes,  subgettes  aux  corrections  des  drois,  loix 
et  coustumes  des  pays  et  de  qui  on  5  poeut  avoir  raison  et 
justice  trop    plus    legièrement  que  d'un  prince  ou   grant 
seigneur  qui  ne  la  font,  comme  on  voit  de  présent  en  plui- 
seurs  lieux,  se  non  quant  il  leur  plaist. 

Helas  !  considérons  en  nous  mesmes  en  quelle  desplai- 
sance et  amertume  de  coeur  vivent  subgetz  qui  sont 
gouvernés  6  ou  ont  à  marchir  7  à   princes  s'ilz  ne  crain- 


4  Où  il  allègue  et  dit  (B).  —  Qui  dit  (G). 
4  Que  je  ne  suis  pas  lettré  ne  clerc  (G). 

*  Ne  apprins  de  lettres  de  mon  estât  (F). 

*  Je  vos  conseille  que  ayez  un  notable  clerc  de  bonne  vie,  non  flat- 
teur, pour  vous  instruire  en  nostre  saincte  foy  catholique  (G). 

8  L'en  (C,  E). 

6  Gouvernez  hors  des  termes  de  raison  et  de  justice  (F). 

7  A  mercy  (C).  —  Ont  affaire  (H). 


/ 


CHAPITRE    I.  351 

gnent  Dieu.  Car  la  crémeur  de  Dieu  est  le  frain  et  la 
bride  qui  retient  princes -et  tous  puissans  hommes  de  mal 
faire  et  les  ramaine  au  chemin  de  raison  et  de  justice  \  Ci 
fine  le  premier  chapitre  *. 


1  Hélas  !  considérons  en  nous  mêmes  en  quelle  angoisse  vivent 
subgez  gouvernez  par  prince  qui  ne  craint  Dieu,  car  la  crémeur  de 
Dieu  est  le  frain  qui  retient  princes  de  mal  faire  et  qui  leur  fait  tenir 
justice  et  raison  (G).  , 

2  Cet  explicit  est  supprimé  dans  B,  C,  E,  etc. 


Comment l  princes  et  grans  seigneurs  qui  ont  poeuple  à 
gouverner  doivent  vivre  attempréement  et  mettre  paine 
Savoir  en  eulx  bonnes  meurs  2  et  prouffitables.  Second 
chapitre. 


Soy  constituer  est  le  premier  commandement  des  loix. 
Car  ceulx  qui  ont  le  poeuple  à  gouverner  et  la  justice  £ 
maintenir,  jà  soit  ce  3  qu'ilz  eussent  sens  et  cler  enten- 
dement en  pluiseurs  choses,  toutesfois,  s'ilz  sont  vicieux 
et  désordonnés  en  leur  estât  et  manière  de  vivre,  ilz  en 
sont  de  tous  mains  honnourés  et  prisiés  4  ;  car  raison 
voeult  et  enseigne  que  princes  qui  ont  la  conduite  du 
poeuple  soient  de  si  belles  meurs  et  vie  si  honneste  et 
attemprée  que  tous  y  puissent  prendre  exemple. 


*  Le  second  chapitre  parle  comment,  etc.  (B,  C,  D,  H,  etc). 

*  Plusieurs  copies  suppriment  la  fin  de  l'alinéa. 

*  Jà  fist  il  (C,  D,  E). 

*  Quelque  sens  qu'ilz  ayent,  s'ilz  sont  vicieulx  en  leur  estât,  ilz  en 
ont  moins  prisiez  (G). 


354  l'instruction. 

Ung  prince,  qui  souverainement '  tend  à  bonne  renommée 
et  à  la  gloire  de  paradis  en  fin,  doit  rendre  paine  d'avoir 
en  luy  2  les  quatre  vertus  cardinaulx  3  :  c'est  assavoir 
prudence,  justice,  continence  et  force  4,  que  aulcuns  nom- 
ment magnanimité,  haultesse  de  coeur  ou  force  de  courage. 
Par  le  moyen  desquelles  vertus  et  de  vraye  foy  en  Jhésu- 
crist  la  créature  poeut  rendre  à  Dieu  son  âme  pure  et  nette 
ainsi  qu'il  luy  a  prestée,  et  acquérir  bonne  renommée  en  ce 
monde. 

Et  pour  parler  de  ces  vertus,  prudence  est  la  première 
nommée  et  est  la  fontaine  dont  sourdent 5  toutes  bonnes 
meurs.  Elle  a  en  soy,  qui  bien  la  considère,  les  vertus  de 
l'âme.  C'est  assavoir  foy,  espérance  et  charité.  Et,  selon 
nostre  langue,  prudence  vault  autant  à  dire  que  sens  par- 
fait ou  cler  entendement,  par  le  moyen  de  quoy,  avec  la 
grâce  divine,  nos  prédicesseurs  ont  eu  par  ci  devant 6  con- 
gnoissance  que  Jhésucrist  est  vray  Dieu,  tout  puissant  et 
parfait,  et  en  qui  l'en  7  doit  croire  et  obéir  à  ses  sains 
commanderaens,  doctrines  8  et  église  cristienne  9. 

Prudence  est  le  miroir  cler  et  luisant  où  toute  créature 
se  poeut  vëoir,  et  qui  bien  s'i  10  mire  il  congnoist  toutes  ses 


1  Princes  souverainement  qui,  etc.  (D,  E,  F). 

"  A  la  gloire  de  paradis,  doit  avoir  en  soy  mesmes  (C). 

3  Cardinalies  (G  et  H). 

*  Atremprance  et  force  de  courage  (G). 

*  Prudence  est  la  première  de  ces  vertus,  dont  sourdent  (F). 

6  Nos  prédécesseurs  par  cy  devant  ont  eu  (C,  D,  E,  F). 

7  On  (B). 

8  A  qui  l'en  doit  obéir  et  croire  doctrine  (C). 

9  Ont  eu  congnoissance  de  la  divinité  et  humanité  de  Jésucrist, 
de  ses  commandemens,  de  sa  doctrine  et  de  l'église  cristienne  (G). 

*°  S'y  (C).- Se  (E,  H,  H). 


CHAPITRE   il.  555 

defaultes  et  voit  ce  que  lui  messiet  et  dont  il  poeut  estre 
blasmé  et  reprins,  la  povre  et  vile  matère  dont  il  est  créé, 
le  lignage  dont  il  est  issu,  l  ses  vices  et  deffaultes,  souvent 
pense  à  la  mort,  à  la  gloire  2  de  paradis  et  aux  horri- 
bles paines  d'enfer.  Elle  aime  science  et  diligence,  et 
jamais  ne  dist  ne  entreprent  chose  que  par  avant  n'ait 
empensé  3  et  estudié  quelle  fin  il  en  poeut  venir  4. 

Justice  est  la  seconde  vertu,  tant  exellente  et  proufîi- 
table  que  à  paine  bouche  d'omme  ne  le  pourroit  dire  ne 
main  ne  le  sçauroit  escripre  5.  C'est  la  balance  juste,  qui 
jamais  ne  fault,  dont  nostre  bon  créateur  Jhésucrist  tient 
le  cordon  en  sa  main.  Elle  poise,  balance,  mesure  6  et 
départ 7  toutes  choses  à  juste  et  droite  équité  et  donne  et 
rend  à  un  chascun  ce  qu'il  doit  avoir  ou  qu'il  a  desservi. 
Par  son  auctorité,  vivent  princes,  royaumes,  païs  et  gens 
de  tous  estas,  en, paix,  ricesse,  labeur  et  marchandise. 
Justice  en  effect  est  la  protection  et  espéciale  sauvegarde 
de  l'église,  vesves  et  8  orphenins,  des  laboureurs,  foibles 
et  petis  ;  elle  les  préserve  et  garde  des  violences  9,  malices 
et  oultrages  des  fors  et  des  faulx,  et  est  doubtée  et  crémue, 
plus  que  fouldre  de  ciel,  des  orguilleux,  félons  et  convoi- 
teux. 


!  Issuz  (C,  E). 

*  Aux  gloires  (D,  F . 
5  Pensé  (C,  E,  H). 

*  Advenir  (B,  C,  D). 

8  Bouche  ne  main  d'omme  ne  le  sauroit  dire  na  escripre  (F). 
0  Mesure,  balance  (C,  E). 

7  Et  départ  est  supprimé  dans  E  et  F. 

8  Des  veuves  et  des  (H). 
»  Voluntez  (H). 


556  l'instruction. 

Ceste  vertu  appartient  par  espécial  aux  princes  qui  ont 
le  poeuple  à  gouverne  plus  que  à-1  nulz  aultres.  Bienè'urez 
et  amés  de  Dieu  sont  princes  qui  l'ont  en  leurs  coeurs  et 
la  font  sur  eulx,  leurs  enfans,  prouchains  de  lignage,  ser- 
viteurs et  officiers,  sans  nulz  espargnier. 

Continence,  dont  j'ay  parlé  cy  dessus,  2  est  la  tierce 
vertu  que  moult  fait  à  loer.  Car  elle  a  povoir  et  puissance 
de  résister  aux  mouvemens  désordonnez  de  la  char,  glou- 
tonnye,  yvresse,  convoitise  et  rapine  désordonnée  ;  la  der- 
verie  3  de  ire,  ne  lardant  feu  de  luxure  ne  le  4  poevent 
vaincre  ne  sourmonter,  tant  est  plaine  d  attemprance  et  de 
modération  en  tous  ses  fais.  Elle  est  occasion  et  moyen  de 
longue  vie,  ayde  à  paix  et  à  concorde  et  prouffitable  en 
corps  et  en  âme  5. 

Magnanimité  est  le  1111e  des  vertus  que  on  doit  moult 
honnourer,  car  princes  ne  chevaliers  6  de  haulte  renommée 
ne  firent  oncques  entreprinse  ne  vaillance  en  armes  dignes 
de  mémoire  sans  sa  compaignie,  ayde  et  confort.  Ceste 
vertu,  selon  nostre  langaige  7,  vault  autant  à  dire  que  force 
de  courage  ou  hardement,   qui  appartient  espéciallement 


1  A  écrit  :  Que  nulz.  J'ai  corrigé  d'après  B,  C,  D,  E  et  F. 

*  Dont  dessus  ay  parlé  (C,  D,  E). 

5  Druerie  (H). 

*  La  (C,  H). 

s  G  rédige  ainsi  ce  §  :  La  tierce  vertu  est  atremprance  par  laquelle 
on  a  povoir  de  résister  aux  mouvemens  désordoonez,  tant  de  chair, 
du  monde  que  du  déable  ;  ne  n'est  péchié  qui  puisse  vaincre  Tomme 
qui  use  de  ceste  vertu  en  ses  fais.  Elle  donne  longue  vie,  est  très  prou- 
fitabie  au  corps  et  à  l'âme. 

6  A  et  B  disent  :  Car  chevaliers.  J'ai  préféré  la  version  des  autres 
manuscrits  (C,  D,  E,  F).  —  Nul  chevalier  (H). 

7  Langue  (B). 


CHAPITRE    II.  557 

aux  princes  et  chevaliers  \  car  de  sa  nature  elle  est  res- 
confortée  de  tout  ce  qui  poeut  advenir  :  rencontrée  de 
lance,  bombarde,  canon,  tourment  de  mer,  dureté  d'vver, 
chaleur  de  soleil  ;  ne  le  grant  nombre  de  ses  ennemis,  villes 
ne  fortz  chasteaux,  encloz  de  murs  à  haultes  tours  2,  ne 
le  poevent  esbahir  ne  empeschier  ses  entreprises,  ne 
garantir  son  ennemy,  puis  qu'il  l'a  enchâssé  3  ;  l'effusion 
du  sang,  de  lui  ne  d'aultres,  ne  le  poeut 4  esbahir  ne  doubter  ; 
la  mort  luy  samble  petite  paine  à  endurer,  pour  acquérir 
honneur  et  bonne  renommée.  Que  en  diroie  je  plus  ?  elle 
est  comme  invaincable  tant  qu'elle  ait  raison  et  justice  en 
sa  compaignie  5. 

Et,  mon  très  amé  seigneur,  entre  ces  vertus,  humilité, 
fille  de  prudence,  fait  moult  à  loer.  Car  elle  engendre 
paix  &  et  préserve  d'envie  et  fait  amer  la  créature.  Car 
quant  prince  est  humble  et  pitéable  et  donne  audience  aussi 
bien  au  petit  que  au  grant,  il  fait  son  devoir  et  en  est 
prisiez  et  amez7.Et  avec  ceste  noble  vertu  d'humilité  appar- 

1  Princes  et  grans  seigneurs  (C). 

2  A  fortes  tours  et  hautes  (H). 
5  Encachié  (C,  E). 

*  Pèvent  (B,  C). 

5  G  résume  ainsi  ce  §  :  La  quarte  vertus  est  nommée  force  de  cou- 
rage laquelle  appartient  par  espécial  à  princes  et  chevalliers,  car 
sans  elle,  ne  fait  jamais  chevallier  entreprinse  digne  de  mémoire,  car 
il  n'est  lance,  canon,  challeur  ne  froit,  nombre  d'ennemis  ne  haul- 
teur  de  mur,  ne  torment  de  mer,  qui  la  puisse  esbaïr,  ne  garantir  son 
ennemy.  Par  son  moyen,  on  ne  craint  mort  ne  autre  peine  pour 
acquérir  honneur.  C'est  une  vertus  invincible,  mais  qu'elle  ait  raison 
et  justice  en  sa  compaignie. 

6  Car  engendre  paix  et  concorde  (C).  —  Car  celle  est  mère  de 
paix  (G). 

7  Et  la  doit  avoir  prince  qui  veult  avoir  l'amour  des  grans  et  des 
petis  (G). 


558  l'instruction. 

tient  à  1  prince  estre  franc  et  véritable  et  gardant  foy, 
lettres  et  scellez,  tellement  que  chascun  se  puist  assëurer 
et  arrester  en  ses  promesses,  lettres  et  parolles. 

Et  ad  ce  propos,  l'en  treuve  en  temps  ancien  que  empe- 
reurs, rois  et  grans  seigneurs  ne  s'obligoient  pour  toute 
sëureté  en  aultre  manière  que  seulement  en  parole  de 
prince.  Car  leurs  paroles  et  lettres  estoient  en  ce  temps  si 
bien  tenues  et  estroitement  gardées  que  l'en  n'y  trouvoit 
nulle  défaulte  2.  Francise,  qui  bien  la  voeult  entendre,  fait 
moult  à  recommander  en  prince  ou  noble  chevalier  et  pro- 
cède de  justice  et  de  magnanimité.  Car  la  personne  france, 
sur  toute  riens,  craint  honte  et  reproche. Et  cilz  3  qui  aime 
honneur  et  craint  honte,  vouldroit 4  autant  souffrir  mort  5 
que  d'estre  reprochié  d'avoir  commis  lâcheté  de  corps,  traï- 
son  ne  aultre  vilain  cas,  ne  de  avoir  6  faulsé  foy,  lettres 
ne  scellez  7.Et  de  sa  nature,  elle  het  orgueilleux  et  flateurs 
et  ne  poeut  endurer  leurs  pompes  ne  faintes  manières,  mais 
a  pitié  8  des  povres,  foibles  et  petis  et  espargne  les  humbles, 
et  desplaist  d'oïr  dire  mal  9  de  nul  en  derière ,   et  ne 


1  A  dit  :  Au,  ainsi  que  H.  J'ai  préféré  la  version  commune  à 
C,  E,  F.  —  A  ung  prince  (B). 

1  Faulte  (C).  —  A  ce  propos,  ou  temps  ancien,  roys  et  princes  pour 
toute  sëurté  ne  s'obligeoient  si  non  en  parolle  de  prince,  laquelle  lors 
estoit  si  bien  tenue  que  on  n'y  trouvoit  aulcune  faulte  (G). 

s  Celuy  (C).  —  Chiaulx  (E). 

♦  Vauldroit  (C,  D,  E). 

6  Estre  mort  (H). 

6  D'avoir  (C,  E,  H). 

1  Sceaulx  (H). 

8  Pité  (C,  D,  E). 

9  D'oïr  mal  (B). 


CHAPITRE  II.  359 

désire  à  moustrer  sa  puissance  se  non  contre  !  les  orgueil- 
leux ou  ceulx  qui  à  tort  traveillent  contre  raison  les  sim- 
ples 2,  foibles  et  petis.  Son  coeur  et  sa  bouche  tiennent 
ensamble  3,  car  pour  rien,  homme  franc  ne  daigneroit  dire 
ne  affermer  le  contraire  de  ce  que  son  noble  coeur  pense  4. 
Et  5  jà  soit  ce  que  francise,  selon  l'opinion  d'aulcuns,  soit 
condition  périlleuse,  pour  ce  que  par  cy  devant  pluiseurs 
fois  a  esté  vëu  maint  preudomme  et  hardy  chevalier  mort 
et  detrenchié  6  en  pièces,  exillié  et  débouté  de  son  pays  à 
l'occasion  de  francise,  comme  par  exemple  on  poeut  vëoir 
es  histoires  du  sage  7  Cathon  et  de  maint  aultre  vaillant 
prince  8,  toutesvoies  ceulx  qui  plus  fort  blasment  francise, 
si  confessent  ilz  9  qu'elle  dépent  entre  vertu  et  vérité,  qui 
n'est  pas  reproche,  mais  loenge  grant. 

Mon  10  ch'ier  ll  seigneur,  je  ne  voeul  pas  oultréement  12 


*  Le  ms.  A  écrit  :  Entre.  J'ai  corrigé  d'après  B,  C,  D,  E,  F  et  H.  — 
Sur  (G). 

*  Qui  à  tort  et  contre  raison  travaillez  (sic)  les  simples  (B). 

3  Elle  tient  le  cuer  et  la  bouche  liez  en  ung,  ne  jamais  la  bouche 
ne  parle  contre  le  cueur  (G). 

*  De  ce  que  le  coeur  pense  (H). 

5  Tout  ce  qui  suit  jusqu'à  la  note  2  de  la  page  suivante  est  rem- 
placé dans  le  résumé  G  par  les  lignes  que  voici  : 

Et  combien  que  franchise  selon  l'oppinion  d'aucuns  soit  condition 
périlleuse,  touttefois,  à  la  vérité,  qui  bien  en  use,  c'est  une  vertu  loua- 
ble, en  espécial  en  ung  prince  qui  n'a  d'autre  correction  sur  luy  sinon 
la  crémeur  de  Dieu  et  sa  conscience. 

«  Détaillés  (C). 

7  Du  prince  Cathon  (B,  C,  D,  E,  H).  —  Sage  Cathon  (F). 

8  Vaillans  hommes  — Vaillant  homme,  (B,  C,  E,  F,  H). 

9  S'ilz  confessent  (E). 
*°  Mais  mon  (C,  D,  E). 
"  Très  chier  (B). 

"  Aultrement  (H). 


360  l'instruction. 

soustenir  que  chevalier, clerc  ou  homme  de  france  condicion, 
qui  en  tous  ses  fais  et  paroles  voeult  user  de  francise  et  de  tout 
dire  la  vérité,  que  à  l'occasion  de  ce  n'en  puist  bien  avoir  à 
soustenir  de  corps  ou  de  chevance  ,  car  tous  vrais  dis 
selon  le  temps  qui  rengne,  ne  sont  pas  bons  1  dis.  Mais 
aultre  ■  chose  est  d'un  prince,  qui  n'a  aultre  correction  sur 
luy  que  la  crémeur  de  Dieu  et  sa  propre  conscience,  comme 
dessus  est  dict,  que  d'un  chevalier  ou  povre  gentilhomme 
qui  n'a  pas  povoir  3  de  soustenir  ne  porter  oultre  la  vérité 
de  sa  bonne  et  juste  querelle. 

Mais  je  vous  conseille  que,  en  tous  voz  fais  et  paroles, 
soyés  franc  et  véritable  4,  sans  riens  doubter  ne  crémir 
que  Dieu  seulement.  Et  vous  gardés  d'estre  vanteur  ne 
mesdisans  de  dames  ne  damoiselles,  félon  ne  mal  gracieux 
en  voz  langages  ne  maintiens,  renoier,  jurer, ne  respandre, 
batre  5  ne  férir  voz  serviteurs,  et  sur  toutes  choses  vous 
gardés  de  yvresse  et  de  luxure  désordonnée.  Car  luxure 
souille  et  empesche  toute  vertu,  et  yvresse  fait  perdre  à 
l'omme  son  entendement,  dont  à  l'occasion  de   ce,  souvent 


1  A  écrit  :  bon.  J'ai  préféré  la  varsion  commune  à  B,  C,  E  et  H. 
—  Car  toutes  vérités,  selon  le  temps  qui  règne,  ne  sont  pas  bons  de 
dire  (F). 

*  G,  à  la  suite  du  texte  cité  à  la  note  5  de  la  page  précédente,  termine 
ainsi  ce  §  :  Aultrement  va  de  gens  de  bas  estât  qui,  pour  vouloir  user 
de  trop  grant  franchise  et  de  tout  dire  vérité,  ont  souvent  à  souffrir  en 
corps  ou  en  biens  parce  qu'ilz  n'ont  pouvoir  de  soubstenir  leur  que- 
relle, comme  qu'elle  soit  juste  et  bonne. 

3  Qui  n'a  pas  puissance  (B).  —  Le  povoir  (C.  D,  E). 

*  Mais  ung  prince  doit  estre  franc  et  véritable  (G). 

5  Renoyeur,  jureur  ne  respandeur,  battre,  etc.  (F).  —  Langage,  ne 
menteur,  regnoieur,  jurer,  battre  (H). 


CHAPITRE    II.  361 

se  meuvent  questions  et  débatz,ettolt  toutes  bonnes  meurs 
et  abrège  la  vie  l . 

Largesse  et  libéralité,  sur  toutes  choses,  appartient  aux 
princes  et  grans  seigneurs  2.  Car  ilz  en  sont  loés  et  aînés. 
Tesmoing  Aristotle  3  qui,  entre  les  enseignemens  qu'il  fîst 
au  roy  Alixandre,  luy  remoustra  4  qu'il  n'est  jà  mestier  de 
fort  chastel  à  prince  qui  largement  donne.  Mais  de  ceste 
matère  de  donner,  parleray  plus  à  plain  cy  après  où  il 
appartendra. 

Gardés  vous  d'oïr  jengleries  5  ne  de  vous  esseuler  avec 
variez  ne  gens  de  basse  condition.  Mais  vous  acompaigniez 
et  prendés  voz  esbatemens  avec  nobles  hommes,  sages  et 
bien  renommez.  Et  se  aulcuns  rappors  vous  sont  fais,  ne 
arrestés  jamais  tant  que  partyes  soyent  oyes,  se  la  chose 
touche  6,  la  vérité  en  soit  scëue  7,  pour  pugnir,  de  quelque 
estât  qu'ilz  soient,  ceulx  qui  l'auront  déservi.  Et,  se  on 
vous  mesfait,  n'en  prendez  vengance  8  tant  que  vostre  yre 
soit  passée,  car  attemprance,  comme  dessus  est  dit,  est 
vertu  qui  moult  fait  à  prisier  ;  car,  par  chaleurs  et  hastivetez 


4  Et  soi*  toute  riens,  se  doit  garder  d'estre  yvroigne  ne  luxurieux, 
car  yvresse  fait  perdre  l'entendement  à  l'omme  et  luxure  empesche 
toute  vertu  et  avec  abreige  la  vie  de  la  personne  (G). 

|"  Libéralité  sur  toutes  choses  appartient  aux  princes  (G): 

5  Aristote  (B,  C,  etc.). 

*  A  dit  :  Moustra.  J'ai  préféré  la  version  des  autres  manuscrits 
B,  C,  D,  EetF. 

9  Jengliers  (C).  —  Jangleries  H). 

8  Vous  touche  (H).—  N'est-ce  pas  plutôt  :  que  la  chose  touche,  qu'ij 
faudrait  lire  ? 

7  Que  parties  oyes  sur  la  chose,  la  vérité  en  soit  scëue  (C).  —  Jus- 
qu'à ce  que  partie  soit  ouye  et  vérité  soit  sëue  (G). 

8  La  vengance  (C,  D). 

VOY.   ET  AMB.  25 


362  l'instruction. 

de  princes,  sont  advenus  l  maintz  meschiefz  comme  l'en 
poeut  vëoir  en  maintes  histoires. 

Gardés  vous  d'ingratitude  et  recongnoissiez  les  services 
et  plaisirs  que  l'en  vous  a  fait 2  et  à  voz  prédicesseurs  en 
temps  passé.  Hounourés  et  supportés  les  anciens  et  sur 
toutes  choses  ayés  pitié  des  povres,  et,  se  paix  et  accort  est 
par  vous  fait  à  aulcuns  de  voz  ennemis,  gardés  que  jamais 
après  ne  vous  souviengne  de  la  malvoeullance  3. 

Appliquiez  vous  4  à  diligence  et  à  lever  matin,  et  expé- 
diez légièrement  ceulx  qui  vous  prient  ou  ont  à  faire  à 
vous  \  car  parresse  et  longueur  est  chose  mal  séant  en 
toute  créature  et  par  espécial  en  roys  et 6  princes  qui  ont 
le  poeuple  à  gouverner  7.  Et  ycy  fine  le  second  chapitre  de 
ce  livre. 


1  A  partir  d'ici ,  il  manque  à   D    plusieurs   feuillets   jusqu'à    la 
page  367,  note  11. 
s  A  fait  à  vous  (C,  E). 

3  Jamais  ne  se  doit  souvenir  à  ung  prince  de  maltalent,  après  qu'il 
a  fait  paix  à  son  ennemy  (G). 

4  Le  mot  :  vous  manque  dans  A.  J'ai  corrigé  d'après  B,  C,  E  et  H. 

5  A  faire  de  vous  (C). 

6  A  toute  créature...  à  roys  et  à  princes  (C). 

7  Le  résumé  rédige  ce  §  ainsi  :  Il  doit  diligemment  expédier  ceulx 
qui  ont  à  besoinger  à  luy,  car  paresse  est  malséant  en  princes  qui 
ont  gouvernement  de  peuple  (G). 


Cy  parle  du  bien  et  du  prouffit  l  qui  ment  auwpr  in  ces  et 
grans  seigneurs  terriens  quant  Hz  gouvernent  eulx  et 
leurs  subgetz  par  raison  et  par  justice  *.  Icy  commence 
le  111e  chapitre. 


Bouche  (Tomme  mortel  ne  pourroit  dire  ne  exposer  le 
bien  qui  s'ensuit  quant  ung  roy  ou  ung  prince  de  sa  condi- 
cion  aime  la  chose  publique  et  gouverne  luy  et  son  poeuple 
par  raison  et  par  justice.  Car  de  justice  3  vient  paix  et  par 
paix  le  poeuple  croist  et  multiplie  en  ricesse,  labour  et 
marchandise. 

Et  jà  soit  ce  que  raison  et  justice,  en  commun  parler, 
portent  deux  noms,  si  sont  elles  si  anexées  et  conjoinctes 
ensamble  que  ce  n'est  en  substance  que  comme  tout  une 
chose,  car  justice  ne  fait  riens  sans  raison  et  raison  conduit 

*  Le  tierz  chapitre  parle  du  lien  et  prou  fit  (C,  E). 

*  Quel  bien  et  prouffit  vient  aux  princes  quand  ils  gouvernent  eux 
et  leurs  subgez  par  raison  et  justice  (G). 

3  Par  justice  (C  et  F). 


364  l'instruction. 

tous  ses  fais  par  justice.  Car  deux  choses  nous  a  Dieu  lais- 
siez en  terre  pour  nous  enseignier  le  droit  chemin  par  où 
l'en  poeut  acquérir  bonne  renommée  en  ce  monde  et  la 
gloire  de  paradis  en  fin  l. 

Raison,  selon  l'opinion  des  philosophes  et  des  anciens 
pères,  est  le  différent  qui  est  entre  beste  et  créature.  Et 
certes,  qui 2  bien  y  pense  et  regarde  notre  création  et 
povre  fragilité  naturele,  ilz  dient  bien  vérité,  car  la  personne 
sans  raison  fait  plus  à  eslongier  et  fuir  que  nule  beste, 
quen  3  sauvage  quelle  soit  \ 

Raison,  la  prouffitable, nous  ensengne  ce  que5  nous  devons 
faire  ou  eschiever,  taire  ou  parler  6,  et  si  est  l'escu  et  def- 
fense  qui  nous  garde  des  assaulx  que  nous  livre  journelle- 
ment le  déable,  le  monde  et  la  char  7.  Car  tant  que  créature 
se  voeulle  aider  de  raison,  de  légier  sont  reboutez  vices, 
car  en  son  aide  8  y  9  survient  la  crémeur  de  Dieu.  Et  puis 


1  Et  combien  que  justice  et  raison  ayent  deux  noms,  si  ce  n'est 
ce  que  une  mesme  chose  en  substance,  car  justice  se  conduit  par 
raison  laquelle  Dieu  nous  a  donnée  pour  nous  enseigner  le  droit  che- 
min à  aller  en  paradis  (G). 

•  Que  (C  et  F). 

■  Comme  (C).  —  Quelque  (H). 

•  Nule  beste  sauvage  ne  autre  (F).  —  Et  est  plus  à  craindre  la  per- 
sonne qui  ne  use  de  raison  que  la  beste  sauvage  (G). 

5  Nos  enseigne  que  (C). 

•  Raison  enseigne  à  faire  le  bien  et  laisser  le  mal  (G). 

7  Le  monde,  la  chair  et  le  dyable  (E).  —  Le  monde,  le  dyable  et 
la  chair  (H). 

•  C'est  l'escu  et  deffense  contre  tous  vices  à  qui  s'en  veult  aydier, 
car  en  son  aide,  etc.  (G). 

'  n  (C). 


CHAPITRE    DI. 


365 


que  crémeur  !  de  Dieu  et  raison  sont  ensamble,la  personne 2 
est  saulvée  et  hors  de  péril. 

L'effect  de  raison  poeut  estre  comparé  à  la  vertu  de 
prudence  qui  en  toutes  choses  est  nécessaire  3.  Si  doit  toute 
personne,  par  espécial  prince,  mettre  paine  d'avoir  raison 
en  tous  ses  fais. 

Justice,  la  droiturière,  dont  dessus  est  parlé,  qui  bien 
la  voeult  entendre,  la  doit  comprendre  en  trois  parties  4. 
La  première,  toute  créature  qui  a  sens  et  entendement  la 
doit  avoir  en  luy  mesmes  et  ou  mouvement  de  son  cœur, 
c'est  asçavoir  se  corrigier  de  ses  mes  fais  et  défaultes 
avant  que  aultre  justice  que  la  sienne  y  mette  la  main  5. 
Car  cilz  n'est  pas  dignes  de  pugnir  et  justicier  le  poeuple 
s'il  n'a  puissance  et  voulenté  de  faire  raison  et  justice  de 
luy  mesmes  6.  C'est  à  entendre  que,  se  l'en  a  fait  domage 
ou  injure  à  aultrui,  que  jamais  l'en  arreste  tant  qu'il  soit 
amendé  ou  restitué,  et,  en  briesve  substance,  que  l'en  face 
à  aultrui  ce  que  on  vouldroit  que  on  lui  fëist 7. 

Et  les  aultres  deux  parties  de  justice,  au  regard  de  la 
temporalité,  appartiennent  8    seulement   aux  empereurs, 

1  La  crémeur  (B,  C,  E). 

*  Car  si  en  son  ayde  y  survient  la  crainte  de  Dieu  et  la  raison 
ensemble,  la  personne,  etc.  (H). 

5  Cette  phrase  est  supprimée  dans  G. 

*  Justice  se  doit  comprendre  en  trois  parties  (G). 

8  La  première,  toute  personne  qui  a  entendement  la  doit  avoir  en 
son  cuer,  en  se  corrigant  de  ses  meffaiz  devant  que  autre  justice  y 
mette  la  main  (G). 

a  Car  il  n'est  pas  digne  d'autruy  pugnir  qui  ne  se  scet  justicier  (G). 

7  Et  qui  fait  à  autruy  dommage  ou  injure  ne  doit  tarder  à  le 
réparer  ainsi  qu'il  voldroit  qu'on  luy  fëist  (G). 

8  A  écrit  :  appartient. Le  sens  indiquait  la  correction  que  j'ai  trou- 
vée dans  B,  C,  E,  F,  G  et  H. 


566  l'instruction, 

roys  et  grans  seigneurs,  à  leurs  officiers  et  vassaulx,  c'est 
asçavoir  de  garder  les  bons,  paisibles  et  prouffitables,  des 
oppressions,  malices  et  violences  des  fors  et  des  f'aulx  ! 
et  les  promouvoir  et  avancier  es  bénéfices,  estas,  honneurs 
et  offices  devant  tous  aultres  et  s'en  faire  servir,  et  d'aultre 
partpugnir  et  corrigier  les  malfaiteurs,  félons  et  cruelz,  de 
leurs  mesfais,  crismes  et  deliz,  selon  les  drois  usages  et 
coustumes  des  pays,  sans  nulz  espargnier  com  grans  qu'ilz 
soient,  par  moyen  de  prières  ne  de  dons,  d'or  ou 2  d'argent, 
que  on  leur  en  puisse  ou  sache  faire. 

Et  tiercement,  estre  3  bon  et  droiturier  juge  en  toutes 
causes  et  querelles,  tant  réeles  que  personneles,  qui  surve- 
nir et  mouvoir  se  poevent,  partie  contre  aultre,  en  leurs 
royaumes  et  pays,  sans  donner  ne  porter  faveur,  délays 
ne  longueurs,  pour  amour  ne  hayne,  dons  ne  promesses, 
ne  supporter,  par  eulx  ne  leurs  officiers,  néant  plus  les 
grans  que  les  petis  4.  Et  en  ces  trois  parties  se  poeut 
entendre  l'effect  de  la  noble  vertu  de  justice  5. 

Vray  est  que  justice,  selon  la  rigueur  de  sa  droiture, 
a  bien  mestier  d'estre  acompaignie  de  clémence  et  de 
pitié.  Car  s' ainsi  n'estoit,  ignorance,  simplesse  ou  neccessité 
n'auroient  point  de  excusation,  comme  6,  pour  exemple,  se 


1  Des  forts,  mallicieulx  et  faulx  (F).  —  Des  faulx  et  des  foulx  (H). 
«  Ne  (C,  E). 

'  A  dit  :  Est,  comme  B  et  H.  J'ai  corrigé  d'après  C,  F,  etc. 
*  Tout  ce  §  est  supprimé  dans  G.  C'est  évidemment  une  redondance 
5  G  lie  la  fin  de  ce  §  avec  le  début  du  suivant  : 
Et  en  ces  trois  parties  gist  la  noble  vertuz  de  justice,  laquelle  doit 
estre  accompaigniée  de  clémence  et  de  pité. 
'  C  supprime  :  comme. 


CHAPITRE   III.  367 

deux  frères  jouoient  ensamble  l  et  que  en  leur  esbat  l'un 
occëist  l'autre  2  ;  ou  archier  ou  arbalestrier,  cuidant  férir 
cherf  ou  bisse  3  en  la  forest,  assenast  de  maie  adventure 
son  compaignon,  ou  s  aulcun,  assailly  fust,  pour  le  sien,  son 
raaistre  ou  son  corps  deiFendre,  fust  à  ce  mené  4  qu'il  cou- 
venist  qu'il  fust  occis  ou  qu'il  occëist;  en  telz  cas  5  pitéables  ou 
samblables,  doivent  princes  et  grans  seigneurs,  qui  ont  lajus- 
tice  à  maintenir,  user  de  clémence  et  de  pitié  et  espargnier 
les  simples,  paisibles  et  ignorans,  ceulx  de  bonne  voulenté 
et  de  vie  honneste,  et  de  tous  poins  moustrer  la  rigueur  de 
justice  sur  les  félons,  cruelz,  malicieux  et  prevoqueurs  6,qui, 
par  engin,  propos  délibéré  et  force  de  leurs  lignages  7  ou 
d'aide  en  court,  conduisent  leur  crismes,  tenses,  convoi- 
tises et  cruaultés,  et  en  sont  coustumiers  8. 

Or  y  a  bien  manière  à  prince  de  se  gouverner  droituriè- 
rement  par  justice  si  que  9n'y  soit  trop  lasche,  ne  piteux, 
ne  corrumpu  par  prières  ne  par  dons,  ne  d'aultre  part  trop 
dur  ne  rigoreux  10.Et  pour  entre  ces  deux  "  extrémités  user 

1  Qui  se  jueroient  ensemble  (F). 

2  L'autre,  par  fortuit  cas  (Fj. 

*  Biche  (C  et  H). 

*  Fust  acheminé  (C). 

5  Exemple,  comme  si,  en  jouant,  ung  occioyt  l'autre,  ou  que  ung 
archier  tuast  son  compaignon  cuydant  tuer  un  cerf,  en  tel  cas, 
etc.  (G). 

6  Provoquiez  (C). 

7  De  lignages  (C). 

*  En  tel  caz,  princes  doivent  user  de  clémence  et  excuser  igno- 
rance et  non  pas  [user]  de  rigueur  de  justice  sinon  contre  les  félons 
qui,  par  leurs  malices  ou  secours  de  lignage,  conduisent  leurs  crimes 
et  en  sont  coustumiers  (G). 

8  Par  justice  qui,  etc.  (C). 

10  Car  on  n'y  doit  estre  trop  lasche  ne  trop  vigoureux  (G). 

11  Ici  finit  la  lacune  du  ms.  D.  (Voir  la  note  1,  p.  362.) 


368  l'instruction. 

sagement, princes  qui  désirent  d'acquérir  la  grâce  de  Nostre 
Seigneur,  bonne  renommée  et  l'amour  de  leurs  subgetz, 
doivent  mettre  paine  et  l  faire  diligence  de  trouver  par 
tous  leurs  royaumes  et  pays  sept  ou  huit  preudommes  *  de 
bonne  vie,  sages  et  plains  de  vertus,  tant  clercs,  chevaliers 
ou  aultres  gens  3  notables,  pour  les  conseillier  en  telz 
matères  et  en  toutes  aultres  choses  touchant  la  monarchie 
et  gouvernement  de  leurs  seignouries  4  ;  car  plus  cler  voient 
en  justice  et  en  toutes  choses,  pluiseurs,  à  droit  eslëuz, 
que  ung  seul  en  particulier  5. 

6  Et  pour  conclusion,  princes  se  doivent  conduire  selon  la 
doctrine  de  la  loy  de  nature,  laquelle  est  crémir  et  amer 
Dieu  et  requérir  son  ayde  et  conseil  à  l'encommencement 
de  tous  ses  fais,  et  d'aultre  part,  de  faire  à  aultrui  ce  que 
on  vouldroit  que  on  luy  fëist.  Et  doivent  regarder  aux 
jugemens,  requestes  et  commandemens,  qu'ilz  les  facent 
telz  et  samblables  sur  leurs  subgetz  qu'ilz  vouldroient  que 
l'en  fëist  sur  eulx.  Et  icy  fine  le  tiers  chapitre  de  cest  livre. 


1  A  écrit  ici  :  De.  J'ai  corrigé  d'après  B,  C,  D,  E,  F  et  H. 

*  Il  manque  un  z  à  la  fin  de  ce  mot  dans  A.  J'ai  corrigé,  d'accord 
avec  la  plupart  des  manuscrits  :  B,  C,  D,  F,  etc. 

3  Ou  gens  (C,  D). 

*  Et  pour  saigement  s'y  conduire  et  soy  acquiter  tant  envers  Dieu 
que  envers  le  monde,  on  doit  toujours  avoir  en  sa  compaignie  saiges 
et  preu des  gens  comme  chevalliers  et  grans  clers,  pour  conseil  donner 
en  telles  manières  et  autres  touchant  la  monarchie  et  gouvernement 
de  leurs  seigneuries  (G). 

5  Car  plus  cler  voient  deux  que  ung  (G). 

*  En  conclusion,  prince  en  tous  ses  fais  doit  garder  les  deux  com- 
mandemens de  nature  qui  sont  :  faire  à  aultruy  ce  qu'on  vouldroit 
qu'on  luy  feist,  et  ne  faire  à  aultruy  ce  qu'on  ne  vouldroit  lui  estre 
fait.  Et  icy  fine  le  ine  chapitre  (G). 


Cy  dist l  de  quelz  meurs,  estas  et  conditions  princes  et 
grans  seigneurs    doivent    eslire  leurs    conseilliers   et 
officiers  principaulx.  1111e  chapitre. 


L'en  treuve  en  la  bible,  ou  xvie  chapitre  d'Eutronomie 2 
que  Nostre  Seigneur  commanda  de  sa  bouche  à  Moyse  que 
à  gouverner  son  poeuple  constituast  juges  droituriers  3, 
sans  porter  partyes  néant  plus  le  grant  que  le  petit,  et 
qu'ilz  se  gardassent  de  prendre  dons,  car  dons  aveuglent 
tous  juges  et  les  font  fourvoier  et  eslongier  droiture. 

Et  en  ensievant  l'en  treuve,  ou  xvme  chapitre  d'Exode 
que  ung  nommé  Jetro,  qui  vëoit  la  paine  que  Moyse,  son 
cousin,  prenoit  à  l'occasion  du  gouvernement  du  poeuple, 
icelluy,  mè'u  de  pité,  luy  conseilla  que  pour  luy  aidier 
à  supporter  ses  charges,  eslisist  *,   de  sa  gent,  des  plus 

*  Le  1111e  chapitre  enseigne,  etc.  (C,  D,  E,  etc.). 

•  D'Antronomie  (C).  —  D'Euteronome  (G).  —  D'Euteronomie  (H). 

3  G  supprime  les  10  mots  suivants. 

4  II  eslesist  (C). 


570  l'instruction. 

puissans  hommes,  véritables,  crémans  Dieu  et  héans  con- 
voitise l.  Certes,  mon  très  amé  seigneur,  il  n'est  homme 
qui  sauroit  2  donner  milleur  conseil  ne  plus  prouffitable  en 
ceste  matère  que  d'ensiévir  la  parole  de  3  Nostre  Seigneur 
et  le  conseil  de  Jetro.  C'est  à  entendre  4  que  vous  eslisiés 
conseilliez  et  officiers  puissans  et  notables  des  conditions 
dessusdictes  ,  et  que  sur  toutes  choses  se  gardent  de 
prendre  dons  quelconques  à  cause  de  leurs  estas  et  offices. 
Et,  se  ainsi  le  faites,  ce  ne  sera  pas  vostre  bien  seulement, 
mais  le  très  grant  5  prouffit  de  tous  voz  subgetz  et  le 
salut  de  vostre  âme  6. 

Et,  à  ce  propos,  l'en  treuve  entre  les  enseignemens  que 
Aristotle  7  bailla  au  jeune  roy  Alixandre,  quant  il  emprist 
à  conquester  le  monde,  luy  conseilla  entre  aultres  choses 
que  ne  surhaulchast  jà  ceulx  qui  par  nature  doivent  estre 
bas.  Et,  pour  exemple  luy  remoustra  que  le  ruissel  qui  court 
par  l'abondance  de  la  pluye  va  8  plus  orgueilleusement  que 


1  Et  ou  xvnie  chapitre  d'Exode,  y  a  que  Jetro,  voyant  la  peine  que 
son  cousin  Moyse  prenoit  à  gouverner  son  peuple,  luy  conseilla  que 
pour  luy  aydier  à  supporter  ses  charges,  il  esléust,  de  ses  gens, 
hommes  véritables  et  non  convoiteux  (G). 

*  Il  n'est  pas  né  qui  vous  sauroit  (B,  C,  D,  E).  —  Il  n'est  pas  né 
qu'il,  etc.  (C).  —  Il  n'est  nul  (H).  —  Il  n'est  homme  (F). 

3  Plusieurs  ms.  suppriment  la  particule  de. 

*  C'est  à  dire  (H). 

5  A  dit  :  grant.  —  Les  autres  ms.  sont  d'accord  pour  dire  :  très 
grant  (B,  C,  D,  E,  F). 

•  La  fin  de  ce  §  est  remplacée  dans  G,  par  ces  lignes  :  —  Le  conseil 
de  Jetro,  et  élire  gens  telz  qu'ilz  enseignent,  car  c'est  le  prouffit  des 
subgetz  et  le  salu  de  son  âme. 

7  Aristote  (C,  etc.). 

•  Queurt  (D,  E). 


CHAPITRE   IV.  371 

celluy  qui  vient  '  de  la  fontaine  et  court  toujours.  Et 2  pour 
ensiévir  la  parole  de  Nostre  Seigneur,  le  conseil  de  Jetro  et 
la  doctrine  d'Aristotle,  c'est  grant  folie  aux  3  princes  et 
grans  seigneurs  de  avancier  et  édifier  ung  homme  vicieux 
de  basse  condicion  4,  car  à  l'omme  nouvel  fault  trop  de 
choses  avant  ce  qu'il  soit  pareil  ne  samblable  à  ceulx  des 
anciens  lignages,  desquelz  princes  et  grans  seigneurs  pevent 
assez  trouver  en  leurs  royaumes  5  et  pays  pour  eulx  en 
faire  servir  s'ilz  en  vouloient  faire  diligence. 

Hélas  !  ancores  n'est  ce  pas  le  fort  de  trouver  conseilliers 
et  officiers,  puissans  et  riches  et  de  bon  lignage.  Maiz 
c'est  la  maistrie  de  trouver  conseilliers  et  officiers  preu- 
dommes,  sages,  eslevés  en  entendement  ou  en  science,  véri- 
tables, crémans  Dieu  et  héans  avarice  6,  7  car  gens  de  teles 
condicions,  selon  le  temps  qui  rengne,  sont  clersemés  et 
difficilles  à  trouver,  veu  la  puissance  et  auctorité  que  a  de 
présent  convoitise,  rapine  et  corruption,  qui  ont  tel,  povoir 
que  à  paines  au  jour  d'uy  n'y  a  si  vaillant  chevalier  ne 
clerc,  tant  sace 8  de  science,  qu'ilz  ne  se  voeullent  aider  de 
leurs  malices  et  engins,  qui  est  pitié. 


*  Queurt  (Ibid.). 

*•*  Par  quoy  ung  prince  ne  doit  tant  avancer  gens  de  basse  condi- 
dition  (G). 

3  A  princes  (C,  F).  —  As  (G). 

8"6  Entre  ces  deux  signes  de  notes,  G  lie  les  deux  §§  comme  suit  : 
A  leur  royaumes,  combien  que  le  fort  est  de  les  trouver  preudomes, 
saiges,  véritables,  et  craignans  Dieu  et  héans  avarice  (G).  —  Non 
avaricieulx  (H). 

7  G  termine  ainsi  ce  §  : 

Car  aujourd'huy  telz  gens  sont  bien  clersemés,  veu  que  convoi- 
tise, rapine  et  corruption  ont  tel  cours  que  à  paines  est  il  nul  cheva- 
lier ne  clerc  qui  en  soit  net,  dont  c'est  pitié  (G). 

•  Sache  (C,  D).  —  Tant  soit  saige  (H),  —  Tant  sage  de  science  (F), 


372  l'instruction. 

Si  vous  devés  sur  toutes  choses  garder  de  faire  chiefz  de 
vostre  conseil,  voz  principaulx  officiers  ne  prouchains  de 
voz  personnes,  gens  convoiteux,  corrumpus  ne  flateurs. 
Car  présupposé  qu'ilz  fussent  ores  les  plus  subtilz  et  cler- 
vëans  qui  oncques  furent,  ou  sages  comme  Salomon  l,  si 
les  doivent  princes  eslongier  à  cause  de  ces  vices.  Car  j'ose* 
bien  dire  et  maintenir  3  devant  tous  que  princes  qui  se  con- 
duisent par  convoiteux,  rapineux  ou  flateurs,  sont  et 
seront  tousjours  en  nécessité,  leurs  pays  divisés,  povres  4 
et  sans  justice.  Car  justice  et  francise,  ne  d'aultre  part  con- 
voitise et  flaterie  ne  pevent 5  demourer  en  ung  corps  ne 
eulx  accorder  ensamble  ne  que  feu  et  eaue,  ou  ancores 
mains. 

Si  vous  conseille,  mon  très  amé  seigneur,  pour  faire 
juste  élection  de  voz  officiers  principaulx  ou  prochains  de 
vos  personnes,  que  d  ores  en  avant  vous  ne  les  prendez  ne 
eslisiéz,  soient  clers  ou  chevaliers,  qu'ilz  n'aient  xxxvi  ans 
passés.  Car,  quant  l'en  vient  jusques  à  cest  éage,  on  poeut 
clèrement  vëoir  et  avoir  congnoissance  du  sens,  gouverne- 
ment et  conduite  des  personnes,  de  leurs  vices  et  vertus. 

Et,  pour  mieulx  entendre,  je  excuse  et  tiens  pour  vaca- 
bonde  Tomme  à  l'occasion  de  jeunesse  jusques  à  l'éage  de 
xxvi  ans,  mais  de  là  jusques  à  xxxvi,  en  l'espace  de  ces  x 


1  Salmon  (C,  D,  E). 

*  G  résume  ainsi  le  début  de  ce  §  : 

Si  doit  un  prince  esloigner  telz  gens  de  son  conseil  et  de  sa  per- 
sonne, à  cause  de  leurs  vices,  car  j'ose,  etc. 
5  Car  j'ose  bien  maintenir  (C,  D). 

*  G  supprime  le  mot  :  povres. 

5  A  dit  :  peut.  J'ai  mis  le  pluriel  d'accord  avec  B,  C,  D,  E,  F,  G.  — 
L'imprimé  dit  :  peult.  —  G  termine  ce  §  comme  suit  :  car  justice  et 
convoitise  ne  pèvent  ensemble. 


CHAPITRE   IV.  375 

ans,  poeut  on  vëoir  clèrement  le  chemin  que  la  personne 
voeult  tenir,  soit  de  vivre  en  vices  ou  en  vertus.  Et  n'y  a 
si  malicieux  ne  tant  sace  couvrir  ses  vices  ne  faintes 
manières,  que  en  dedens  ces  x  ans  l'en  ne  puisse  très  bien 
vëoir  et  sçavoir  ses  inclinacions,  et  avoir  la  congnoissance 
de  la  vie  et  estât  des  personnes  et  de  leurs  meurs,  qui  en 
vouldra  enquérir  à  la  vérité  l. 

Si  devés,  et  tous  princes,  faire  grant  diligence  d'enqué- 
rir, non  pas  à  ung  ou  à  deux,  mais  à  pluiseurs,  des  meurs 
et  condicions  de  ceulx  qui  vous  sont  présentez  ou  que  vous 
avez  intention  d'eslire  ou  entretenir  *  pour  conseilliez  ou 
officiers  principaulx,  et  par  dessus  toutes  choses  s'ilz  crain- 
dent  Dieu  et  s'ilz  font  raison  et  justice  d'eulx  mesmes, 
comme  dessus  est  dit. 

Et  ceste  enqueste  se  doit  faire  es  lieux  et  places  où  les 
personnes  ont  demouré  et  hanté,  à  leurs  voisins  ou  servi- 
teurs, à  leurs  compaignons,  marchans  ou  aultres  qui  3  ont 
eu  à  faire  ou  à  besongnier  à  eulx,  et,  par  dessus  tous,  aux 
sages  et  notables  des  contrées,  villes  et  pays  où  ilz  ont 
demouré  et  conversé,  sans  vous  en  arrester  seulement  aux 
gens  de  vostre  court  pour  les  faveurs. 

Et  par  tele  enqueste,  deuement  faite  4  avec  le  sens 
et  entendement   que   vous   pourrez  trouver  et  percevoir 


1  Et  conseille  que  prince  jamais  ne  prengne  pour  chiefz  de  son 
conseil  gens,  quelz  qu'ilz  soient,  s'ilz  n'ont  xxxvi  ans  passés,  car  en 
celui  éage,  on  voit  clèrement  de  quelle  conduite  ils  sont  et  en  celuy 
temps  ilz  ont  prinz  leur  ploy  pour  vivre  en  vertus  ou  en  vices.  Ne  ne 
peut  ung  homme,  dès  ce  qu'il  passe  xxvi  ans,  tant  celer  ses  inclina- 
tions qu'on  ne  congnoisse  ses  meurs  et  conditions  (G). 

*  D'entretenir  (B,  C). 

*  A  dit  :  A  qui.  J'ai  corrigé  d'après  tous  les  textes,  sauf  B. 

4  L'édition  de  1517  qui  est  très  fautive  dit  ici  :  doivent  faire. 


574  l'instruction. 

de  fait  es  personnes,  pourrés  lors  choisir  et  eslire  voz 
principaulx  conseilliers  et  officiers  en  qui  vous  vous 
povez  et  devez  fier  et  arrester  pour  la  conduite  et  mon- 
archie de  voz  royaumes  et  seignouries.  Et,  se  vous  ne 
povez  la  paine  d'eslire  si  grant  estrutine  \  que  au  mains 
eslisiez  deuement  ceulx  qui  ont  à  conduire  la  justice. 

Lesquelz  conseilliers  ainsi  notablement  eslëuz,  devez  tant 
honnourer  et  adjouster  si  grant  foy  et  crédence  en  eulx,  que 
toutes  requestes,  que  l'en  vous  fera  de  ce  jour  en  avant,  de 
promotions,  de  bénéfices,  d'offices,  grâces  ou  pardons, 
retenues  de  serviteurs,  ne  choses  qui  touchent  finances, 
que,  avant  que  en  faciez  response,  voulliez  2  dire  aux  requé- 
rans  qu'ilz  vous  baillent  par  escript  leurs  intencions  et  les 
causes  et  moyens  pourquoy,  selon  leur  advis,  il  leur  samble 
que  vous  doyez  obtempérer  à  leurs  requestes 3,  et,  avant  que 
en  faciez  responce,  devez  avoir  l'advis  de  voz  conseilliers  ou 
de  la  plus  grant  part  d'iceulx.  Car  plus  cler  voient,  comme 
dessus  est  dit,  pluseurs  que  ung  ou  deux  particuliers  4. 
Mais  par  ce  que  j'ay  dit,  mon  intention  n'est  pas  que  je 
vueille  de  tous  poins  rebouter  le  conseil  des  convoiteux  et 
rapineux  et  que  princes  ne  s'en  puissent  faire  servir,  car 
il  en  est  de  ces  conditions  qui  ont  beau  sens  et  cler  enten- 
dement. Mais  je  les  répreuve  à  les  mettre  chiefz  de  conseil 
ne  donner  auctoritez  principales,  à  cause  de  ces  vices  ;  car 
c'est  ung  proverbe  ancien  que  tousjours  rechiet  le  chat  sur 


1  Par  si  grant  escrutine  (B,  C,  D,  H).  —  Par  si  grant  cure  (F). 

2  Voeuillés  (E).  —  Voelliez  (D). 

5  Que  en  fâchiez  avant  réponse  aux  requérans  qu'ilz   vous  bail- 
lent (C). 

*  Que  ung  seul  (F).  —  Que  ung  ou  deux  en  particulier  (C). 


CHAPITRE   IV.  575 

ses  piez  l.  Et  soyez  certain  que  oncques  prince  ne  grant 
seigneur  qui  usast 2  par  conseil  de  preudommes  en  nombre 
suffisant  et  les  voulsist  oïr  avant  qu'il  disposast  de  ses 
affaires,  ne  fu  decëu,  jà  soit  ce  que  pluseurs  flateurs  et 
gens  vicieux,  qui  voeullent  faire  leurs  besongnes  à  part, 
pourroient  dire  que  c  est  tout  rien  3  de  prince  qui  ne  use 
de  son  auctorité  particulière,  mais  j'ay  veu  et  voy  ancores 
de  présent  en  pluseurs  royaumes  que  princes  voluntaires, 
usans  de  consaulx  *  à  part,  sans  disputacion  ne  examen  de 
conseil  notable,  tenu  à  heures  raisonnables,  fourvoient 
souvent,  et,  à  l'occasion  de  ce,  sont  povres  et  souffraiteux 
et  qui  piz  est,  hays  en  cœur  de  leurs  subgetz.  Et  c'est  pro- 
verbe ancien  où  est  dit 5  :  A  telz  princes, telz  chevaliers,  et 
à  tel  maistre,  tel  varlet 6. 

Pour  quoy,  se  vous  avés  désir  et  voulenté  de  vous  mon- 
strer  bon  et  droiturier  devant  Dieu  et  le  monde,  mettes 
paine  d'avoir  officiers,   conseilliers  et  prouchains  de  vous, 


1  Le  résumé  (G)  fait  ici  un  contresens,  en  appliquant  le  proverbe 
cité,  autrement  que  Fauteur  : 

Et  combien  que  convoiteux  et  rapineux  soient  à  rebouter  d'être 
chiefz  de  conseil,  pour  leurs  vices,  toutesfois  pour  ce  qu'il  en  est  qui 
ont  bel  entendement,  on  peut  bien  avoir  leur  oppinion,  car  c'est  ung 
proverbe  ancien  que  toujours  rechiet  le  chat  sur  les  piez. 

*  A  dit  :  usaist.  J'ai  préféré  l'orthographe  de  divers  manuscrits  : 
B,  C,  etc. 

3  Riens  (C). 

*  Conseil  (C,  E). 

3  Le  mot  dit  manque  à  notre  texte  (A).  Il  se  trouve  dans  les  autre» 
manuscrits  :  Où  il  dit  :  (B,  C,  E)  —  Où  il  est  dit  (D,  F,  H). 

6  Mais  je  n'ay  veu  ne  leu  en  livre  que  jamais  bien  en  advint  à 
prince  qui  usast  de  conseil  parcial,  et  ceulx  qui  le  font  s'en  treuvent 
decëus  et  haïz  de  leurs  subgez  et  c'est  le  proverbe  ancien  :  A  tel 
prince,  telz  chevalliers,  et  à  tel  seigneur,  tel  varlet  (G). 


576  l'instruction. 

preudommes,  crémans  Dieu,  véritables,  non  corrumpus 
et  héans  convoitise ,  et  par  là  pourra  un  chascun 
avoir  congnoissance  de  la  bonté  qui  est  en  vostre  noble 
personne.  Et  ycy  fine  le  1111e  chapitre  de  cest  livre  \ 


1   Livret  (D).  —  Cette  dernière  phrase  manque  à  chaque  chapitre 
dans  plusieurs  manuscrits  :  C,  G,  H,  «te. 


Comment  '  roys  et  grccns  seigneurs  doivent  avoir  grant 
regard  sur  leurs  officiers  et  serviteurs  2  adûn  quih  ne 
facent  chose  qui  soit  contre  raison  ne  au  dommage  ou 
deshonneur  3  d'eulx  ou  de  leurs  sulgetz.  ve  chapitre. 


Qui  bien  considère  la  foiblesse  et  fragilité  de  créature  4 
humaine  et  les  assaulx  que  jornelement  nous  livre  le  monde, 
ledyable  et  la  char,  certes  il  est  prouffitable  à  toute  créature, 
non  mie  prouffitable  seulement,  mais  très  néccessaire  pour 
le  salut  de  l'Orne  et  aultrement,  chascun,  selon  son  estât 
de  vivre  5,  c'est  assavoir  :  princes  soubz  la  crémeur  de 
Dieu  ;  officiers,  serviteurs  et  subgetz  en  la  doubte  et  cré- 
meur des  princes.  Car  de  légier  abuse  et  fourvoie  en  auc- 


1  Le  Ve  chapitre  parle  comment  (B,  C,  D,  etc.). 

*  Serviteurs  principaulx  (C). 

$  C  et  G  suppriment  :  ou  deshonneur. 

*  Nature  (C,  E). 

5  Plusieurs  manuscrits   ajoutent  ici  :   en   crémeur   et    discipline 
(C,  D,  E,  F). 

VOY.    ET   AMB.  24 


378  l'instruction. 

torité  et  puissance  toute  créature,  de  quelque  estât  qu'ilz 
soient,  s'ilz  ne  sont  tenus  soubz  la  verge  de  crémeur  et  de 
discipline  l.  Pour  quoy  2,  princes  sur  tous  aultres  doivent 
avoir  grant  et  espécial  3  regard  que  leurs  conseilliez  et 
officiers  ne  soient  convoiteux  4  ne  coustumiers  de  prendre 
dons  ne  prouffis,  à  cause  de  leurs  estas  et  offices,  daultre 
part 5  que  de  leur  seigneur  6,  si  non  gracieusetés  7  comme 
vollilles  8,  fruitz,  vins  en  pos  ou  en  flascons,  et  tellez 
menuetez  9,  etc. 

Car  tout  preudomme  se  doit  tenir  content  et  bien  payé 
des  gages  et  émolumens  publicques,  appartenans  de  droit 
à  son  office,  sans  cherquier  aultres  pratiques  ne  prouffis. 
Et,  mon  très  amé  seigneur,  je  vous  afferme,  tant  que  vous 
ne  aultres  princes  soufïerez  que  voz  conseilliers,  officiers 
ou  prochains  de  voz  personnes  aient  hardement  de  pra- 
tiquer ne  prendre  dons  soubz  umbre  ne  à  cause  de  leurs 
estas  ou  offices,  jà  justice  10  ne  voz  affaires  ne  se  conduiront 
droiturièrement,  ne  voz  subgetz  ne  seront  jà  bien  gouver- 
nez en  justice.  Et  aussi  c'est  notoirement  en  alant  contre  le 
commandement  que  Nostre  Seigneur  fîstà  Moyse,dont  dessus 


1  Car  de  légier  abuse  tonte  créature  qui  est  en  auctorité  si  elle  n'est 
tenue  seubz  la  verge  de  crainte  (G). 
*  Par  quoy  (G). 
s  Avoir  espécial,  etc.  (C,  D,  H,  etc.). 

4  Corrompuz  ne  rapineux  (C,  D,  E,  F). 

5  Les  neuf  mots  qui  précèdent  manquent  dans  plusieurs  manus- 
crits :  C,  D,  G,  etc. 

a  La  fin  de  la  phrase  est  supprimée  'G). 

7  Gracieusement  (C,  E). 

8  Voullailles  (C). 

9  Menues  choses  (C,  H). 

10  La  justice  (H). 


CHAPITRE    V.  579 

ay  parlé,  et  l  jà  soit  ce  que  au  jour  d'uy  les  convoiteux 
et  rapineux  qui  ont  les  offices  et  auctoritez  queuvrent 2  leurs 
corruptions  et  malices  soubz  umbre  de  dons  ou  de  cour- 
toisies. 

Hélas  !  hélas  !  telz  gens  resamblent  au  renart  qui  affule 
chape  d'ermite  3.  Car  vérité  est,  se  n'estoit  à  cause  de  leurs 
auctoritez  ou  offices,  l'en  ne  leur  présenteroit  jà  dons  ne 
courtoisies  ne  que  aux  aultres  4.  Et  à  parler  selon  raison, 
il  n'appartient  à  conseilliez  ne  officiers  quelconques  de 
prendre  dons  pour  avancier  es  offices  ceulx  qui  le  valent, 
ne  pour  faire  droit  et  justice,  car  pour  ces  deux  choses 
faire,  ilz  en  ont  leurs  gages  et  émolumens  publicques  comme 
chascun  scet,  et  par  rigeur  de  droit,  veu  le  serment  qu'ilz 
en  ont  fait  aux  entrées  de  leurs  offices,  le  sont 5  tenus  et 
obligiez  de  faire  à  un  chascun.  Et,  puisqu'il  ne  leur  appar- 
tient de  prendre  dons  pour  faire  ce  que  à  leur  office  appar- 
tient, ancores  leur  en  appartient  6  mains  à  faire  à  nul 
tort,  ne  7  supporter  néant  plus  les  riches  que  les  povres. 
Et  qui  bien  y  vouldroit  penser  et  estudier,  l'en  trouvera 
que  par  le  moyen  et  pratique  de  ces  dons  et  promesses  ne 
s'en  ensieut  que  toutes  injustes  promotions  et  avancemens 
de  personnes  indignes,  reboutement  de  preudommes,  et  en 


1  Cette  fin  de  §  est  supprimée  (G). 
*  Coeuvrent  (D,  E).  —  Couvrent  (C). 

5  Le  résumé  —  après  avoir  encore  lié  les  deux  §§  en  supprimant  : 
Hélas  !  Hélas  !  —  ajoute  ici  un  détail  ; 

Tels  gens  convoiteux  et  rapineux  ressemblent  au  renart  qui  affuble 
chappe  de  hermite  et  mengue  les gélines  (G). 
1  Ne  que  aultres  (C).  —  Ne  aultres  choses  (H). 
3  Ils  le  sont  (B). 

6  Leur  appartient  (C).  —  Leur  appartient  il  (B). 

7  Ne  à  (H). 


380  l'instruction. 

conclusion  le   très    grant  dommage    et    deshonneur    des 
princes  et  de  la  chose  publicque. 

Pour  quoy,   mon  chier  seigneur,   pour  obvier  à  telz  l 
malices  et  scavoir  au   vray  Testât  et  gouverne  2  de  voz 
royaumes  et  pays,  je  vous  loe  3  et  conseille  que  souvent 
vous  transportez  de  pays  en  aultre,et  diligamment  enquérez 
et  demandez  aux  preudommes  des  contrées,  tant  d  église, 
chevaliers  et  aux  notables  des  citez  et  bonnes  villes,  de 
la  conduite  de  voz  officiers  et  conseilliers  et  de  leurs  renom- 
mées, et  avec  ce,  s'il  y  a  ou  pays  hansaires,  gentilzhommes, 
bastars  ou  aultres,  qui,   soubz  umbre  de  lignages  et  de 
mauvais  garnemens  ou  dissimulation  de  voz  officiers,  com- 
posent  ou   tiennent   le    povre    poeuple    en    servage   par 
menaches,  forces  et  violences,  adfin  de  les  pugnir  et  cor- 
rigier  comme   de  droit  appartient.  Et  soyez  certain  que 
deux  choses  entre  aultres  font  4  amer  ung  prince  de  ses 
subgetz  ;  l'une,  quant  il  fait  financement  garder  les  previ- 
lèges,   usages  et  anciennes  coustumes  de  ses  bonnes  villes 
et  pays,  ainsi  que  juré  l'a  à  5  son  couronnement  ou  joyeux 
advènement  ;   et  l'aultre,   quant  il  pugnist  rigoreusement 
ses  officiers  s'ilz  iraveillent  le  poeuple  aultrement  que  de 
raison,   par  espécial  quant  ilz  vont  contre   les  sermens 
qu  ilz  ont  fais  aux  entrées  de  leurs  offices.  Car  trop  desplait 
à  gens  de  tous  estas  et  non  sans  cause,  quant  on  les  four- 


4  Telles  (C). 

2  Gouvernement  (B,  C,  D,  Ë). 

'  Loue  (H). 

*  Fait  (C,  D,  E). 

5  La  particule  à  manque  à  notre  texte.  Je  l'ai  trouvé  dans  B  et  D . 


CHAPITRE    V.  581 

maine  et  traite  par  aultre  manière  que  l'en  n'a  fait  leurs 
prédécesseurs  en  temps  passé  \ 

Mais,  mon  très  amé  seigneur,  je  n'entens  pas  que,  de 
droit  et  de  raison,  vous  et  tous  princes  ne  soient  tenus  de 
soustenir,  garder  et  deffendre  vertueusement  leurs  officiers 
contre  tous,  com  grans  qu'ilz  soient,  et  pugnir,  de  corps 
et  de  chevance,  tous  ceulx  qui  contre  la  majesté  royale  et 
leurs  officiers  vouldroient  entreprendre. 

Et  que  en  diroy  je  plus  au  regard  d'officiers  et  servi- 
teurs à  droit 2  eslëuz  ?  Princes  doivent  vivre,  en  substance, 
en  pareille  manière  avec  ceulx  3  comme  bon  capitaine  avec 
la  chevalerie  et  bon  père  avec  ses  enfans,  lequel  les  chastoie 
et  d'aultre  part  les  pourvoit  et  guerdonne  4  de  ce  que  à 
leurs  estas  appartient  et  les  avance  devant  tous  aultres. 
Et  ycy  fine  le  vc  chapitre  de  cest  livre. 


1  Et  sachiez  que  deux  choses  font  aymer  ung  prince  de  son  peuple, 
l'une  quand  il  fait  garder  les  anciennes  cousturaes  de  son  pais,  ainsi 
que  juré  l'a  à  son  coronnement,  et  l'autre  quand  il  pugnist  rigoureu- 
sement ses  officiers,  quant  ilz  travaillent  le  peuple,  car  il  desplaist 
moult  à  gens  de  bien  quant  on  les  soubmet  à  nouvelles  coustumes  (G). 

2  Une  ligne  manque  à  l'édition  H.  Elle  comprend  les  13  mots  qui 
précèdent. 

»  Eulx  (C,  D,  E). 

*  Pourveoir  et  guerdonner,  et  plus  loin  :  avancier  (C). 


Comment  roys  et  princes,  pour  la  révérence  de  Dieu  et 
V amour  quilz  doivent  avoir  à  leurs  subgetz,  se  gardent 
de  prendre  !  guerre  contre  cristiens.  vic  chapitre. 


Princes   2  désirans    d'acquérir    bonne    renommée,    la 

1  D'entreprendre  (C,  D). 

2  Je  donnerai  §  par  §  tout  le  résumé  de  ce  chapitre  d'après  le  ms. 
de  Paris  N.  1956  : 

Princes  désirans  avoir  boine  renommée  et  l'amour  de  Dieu  et  de 
leurs  subgez  se  doivent  garder  de  entreprendre  guerres  contre 
crestians  et  espécial  contre  ceulx  qui  pevent  grever,  non  pas 
par  doubte  de  leurs  persones,  mais  pour  la  pitié  du  peuple  et  gens 
de  tous  estaz,  lesquelz  ilz  doivent  garder  d'oppressions  et  plustost 
deffaiilir  à  ceux  de  leur  sang  que  à  leurs  subgez  que  Dieu  leur  a 
baillé  en  garde.  Car,  selon  droit  divin  et  naturel,  il  n'est  amour  plus 
raisonnablement  fondée,  après  l'amour  de  la  créature  au  créateur,  de 
la  femme  au  mary,  du  père  à  l'enfant,  que  le  loyal  subget  à  son 
seigneur,  et  n'est  rien  qui  plus  gaste  le  peuple  que  guerre.  Si  est 
expédient  à  ung  prince  pour  obvier  aux  inconvéniens  qui  viennent 
de  guerre  d'entretenir  paix  et  amour  avec  tous  et  doibvent  les  princes 
essayer  à  faire  paix  par  ambaxades  ou  prendre  juges  raisonnables 
devant  que  entamer  guerre  (G). 


584  l'instruction. 

vraye  et  entière  amour  !  de  leurs  subgetz  et  la  gloire  de 
paradis  en  fin,  se  2  doivent  garder  sur  toutes  choses  d'em- 
prendre  guerres  et  questions  contre  cristiens,  par  espé- 
cial  celles  dont  leurs  pays  3  et  subgetz  puissent  estre  grevés 
ne  dommagiez  4,  non  pas  pour  doubte  ne  crémeur  de  leurs 
personnes  ne  du  péril  quii 5  leur  puist  advenir  par  armes, 
mais  seulement  pour  la  pitié  et  cbmpacion  qu'ilz  doivent 
avoir  du  poeuple  et  gens  de  tous  estas,  lesquelz  ilz  doivent 
amer  et  deffendre  de  toutes  violences  et  oppressions  et  plus 
tost  défaillir,  se  là  venoit  6,  à  leurs  prochains  de  sang  et 
de  lignage  que  à  leurs  loyaux  et  obéissans  subgetz  que 
Dieu  leur  a  baillié  7  en  garde  ;  car  il  n'est  amour  selon 
droit  divin  et  naturel  8  plus  raisonnablement  fondée,  après 
celle  que  créature  doit  à  nostre  bon  Rédempteur,  femme 
à  mari,  père  à  enfant,  que  de  léal  subget  à  son  seigneur. 
Et  rien,  comme  chascun  scet,  ne  poeut  tant  9  grever  le 
poeuple  et  gens  de  tous  estas  que  guerre,  la  cruele,  qui 
tout  gaste  et  destruit.  Et  pour  obvier  aux  maux  infinis 
qui  procèdent  de  guerre,  n'a  milleur  moyen  que  de  se 
gouverner  par  raison  et  justice,  comme  dessus  est  dit.  Car 
comme  nous  vëons  journellement  la  mère  porter  son  enfant 
douicement,    l'alaitant  de   ses   mamelles  ;    samblablement 


1  Amour  d'atemprance  (H). 

2  C  supprime  :  se. 

*  Pays  et  personnes  (H). 

*  Et  adommagiés  (C).  —  Ne  adommagiés  (D). 

5  Qui  (E,  D). 

6  C  supprime  :  se  là  venoit. 

7  Baillez  (C). 

8  Naturellement  (C). 

9  Et  rien  tant,  comme  chascun  scet,  ne  peut  tant  (E) 


CHAPITRE  V.  385 

raison  et  justice  nourrissent  l  et  entretiennent  paix  et  con- 
corde. 

Et 2  par  contraire,  guerre  3  qui  tout  gaste  et  destruit, 
prent  sa  nourrechon  en  trois  vices  dyabolicques,  c'est 
assavoir  orguel,  vaine  glore  et  convoitise.  Si  doivent  tous 
princes  et  leurs  conseilliers  principaulx  estudyer  et  aviser 
maint  tour,  par  journées  et  ambassades,  en  présentant 
juges  raisonnables  ou  indifférens,  se  mestier  est,  avant  que 
l'en  parviengne  aux  horribles  et  cruelz  tourmens  de  guerre. 

Et,  se  la  chose  est  si  difficile  et  disposée  à  guerre  telle- 
ment que  vous  ne  voz  principaulx  conseilliers  n'y  puissiez 
bonnement  pourveoir,  ainçois  que  les  choses  viengnent  si 
avant  que  à  voye  4  de  fait,  devez  assambler  les  trois  estas 
de  voz  royaumes  et  pays,  en  lieu  convenable,  c'est  assavoir 
les  seigneurs  de  vostre  sang,  gens  d'église,  chevaliers  et 

1  Les  dix  mots  précédents  sont  supprimés  dans  l'imprimé  H. 

2  Et  si  ainsi  est  que  sans  guerre  la  question  ne  se  puisse  vuy- 
dier,  le  prince  doit  assembler  les  trois  estaz  de  son  royaume  et  aux 
seigneurs  de  son  sang,  aux  chevalliers,  gens  d'église  et  autres  assis- 
tens  remonstrer  la  vraye  occasion  de  la  question,  en  les  requérant  sur 
la  léaulté  que  lui  doivent  que  léaument  le  veullent  conseiller  et  servir 
de  corps  et  bien  et  tout  le  royaume  aussi  et  par  leur  bon  conseil  et 
meure  délibération  ,  se  doit  gouverner.  Car  onques  roi  ne  prince 
noté  ne  reprins  {ne  fil)  qui  se  gouvernast  par  tel  conseil,  supposé  qu'il 
en  venist  aultrement  que  bien,  car  on  doit  croire  les  saiges  et  ceulx 
qui  aux  grans  besoings  pevent  ayder,  comme  en  guerres  *,  esquelles 
le  chemin  est  aysé  à  trouver  pour  y  entrer,  mais  l'issue  en  est  moult 
dangereuse  (G). 

3  Guerre  la  cruele  (C,  D). 

*  A  voix  (C).  C'est  évidemment  une  faute. 


*  L'énumération  des    conditions  de  la  représentation  des  Etats  man- 
que ici. 


386  l'instruction. 

nobles  hommes,  et  les  sages  et  notables  de  voz  cités  et 
bonnes  villes,  en  leur  remoustrant,  à  la  vérité,  sans  y  riens 
celer  ne  couvrir,  l'occasion1  dont  procède  l'apparance*  de 
la  question  2,  en  eulx  requérant,  sur  la  foy  et  léaulté  qu'ilz 
vous  doivent,  que  sur  ce  vous  voeullent  léaulment  consillier 
et  financement  servir  et  ayder  de  corps  et  de  chevance,  et 
que  au  regard  de  vous,  de  tous  poins  en  voeulliés  3  user 
par  leur  advis  et  conseil,  et  vous  y  employer  4  sans  riens 
espargaier  ne  doubter,  et  garder  vostre  haultesse  et  hon- 
neur ainsi  que  ont  fait  voz  nobles  prédicesseurs  par  cy 
devant,  et  qu'ilz  voeullent  avoir  espécial  regart  à  vostre 
honneur  et  à  la  haultesse  et  renommée  du  pays  dont  ilz 
sont 5,  et  que  le  conseil  qu'ilz  vous  vouldront  donner  soit 
si  bien  pesé  et  meurement  délibéré  que  ce  soit  chose  hon- 
nourable,  conduisable  et  de  durée. 

Et 6,  mon  très  amé  seigneur,  oncques  ne  fu  vëu  ne  trouvé 
en  livre  ne  en  histoire  que  roy  7  qui  usast  par  le  conseil  des 
princes  et  seigneurs  de  son  sang,  des  anciens  hommes  et 
estas  de  ses  pays ,  assamblés  en  nombre  souffissant,  ayans 
francise,  sans  fabricque  ne  crémeur,  de  chascun  povoir 
dire  francement  son  opinion,  sans  aulcunement  en  estre 
noté,  iceulx  bien  et  deuement  informés  des  affaires,  que 


*  A  l'occasion  (C,  E). 

*  L'apparente  question  (C).  —  L'apparence,  la  question  (E).  —  Cette 
phrase  est  assez  tourmentée  et  tronquée  dans  certains  manuscrits. 

5  Voulez  (C,  D).  —  Voulez  faire  (E;. 

48  Sans  rien  espargnier  ne  doubter,  et  garder  votre  haultesse  et 
honneur  et  la  haultesse  et  renommée  du  pays  dont  ilz  sont  et  que 
le  conseil,  etc.  (H). 

*  En  marge  :  qui  a  senibus  est,  id  est  débet  esse  sapientiam  (C). 
7  Ung  roy  (H). 


CHAPITRE    VI.  587 

d'ensiévir  leur  conseil  fust  blasmés  ne  reprins  \  présu- 
posé  qu'il  en  venist  aultrement  que  bien.  Car  de  raison 
prince  ne  doit  estre  blasmez  ne  reprins  de  user  par  2  con- 
seil des  sages  et  par  espécial  de  ceulx  qui  les  poevent  servir 
et  secourir  aux  grans  besoingz.  Les  chemins  par  où  l'en 
vient  en  guerre  sont  légiers  à  trouver  et  y  est  on  tost 3 
venu,  mais  les  voyes  et  yssues  par  où  il  en  fault  saillir  en 
sont  dangereuses  et  difficiles  et  souvent  plus  trenchans 
que  rasor  4  ne  pointure  d'esguille. 

Hélas  !  5  mon  souverain  seigneur,  or  presuposons  que, 
par  force  d'armes  et  de  6  jugement  d'espée,  qui  tousjours 
n'est  pas  droiturier,  roy  ou  prince,  par  vaillance  et  con- 
duite ,  puist  venir  au  dessus  de  ses  ennemis,  quant  tout 
sera  aie  et  passé,  ars,  occis  et  tué,  et  que  le  jour  vendra 
qu'il  luy  fauldra  respondre  devant  la  face  de  Nostre  Sei- 
gneur, qui  tout  scet  et  congnoist,  de  si  grans  cruaultez 
que  de  la  mort  de  tant  de  chevaliers,  escuiers,  nobles 
hommes,  gens  d'église,  povres  laboureurs  et  aultres  qui  à 

1  Les  neuf  mots  qui  suivent  sont  supprimés  dans  l'imprimé  H. 
»  Par  le  (C,  D,  G,  H). 
3  Tantost  (H). 

*  Raisoir  (C).  —  Rasoir  (E). 

*  Hélas  *  !  or  pensons  quel  compte  rendra  ung  prince  devant  Dieu 
au  jour  du  jugement  quant  par  son  entreprinse  de  guerres  tant  de 
vaillans  genz  seront  mis  à  mort,  les  pais  destruiz  et  brûlez,  églises 
abattues,  femmes  violées  et  pouvres  laboureurs  et  petiz  en  fans  mors 
de  faim,  de  quoi  jamais  satisfaction  ne  se  peut  faire,  certes,  qui  bien 
y  pense  n'est  pas  peu  de  chose  d'en  scavoir  respondre  (G). 

6  Ou  du  (C).  —  Et  du  (D,  E). 


Le   nouveau  tableau  du  jugement  de  l'espée,  qui  n'est  pa§  toujours 
droiturier,  par  lequel  s'ouvre  ce  §,  est  supprimé  ici. 


388  l'instruction. 

l'occasion  de  ces  crueles  guerres  ont  esté  occis  piteusement, 
femmes  violées,  povres  laboureurs,  petis  enfans  mors  de 
fain,  églises  et  monastères,  villes  et  chasteaux  démoliz, 
ars  et  abatus,  et  en  tant  de  manières  exactioné  et  fait 
fourvoier  le  poeuple  que  à  paine  bouche  d'omme  le  sauroit 
recorder,  certes  ce  ne  sera  pas  petite  chose  d'en  bien 
sçavoir  respondre,  qui  bien  regarde  les  commandemens 
de  Dieu.  Mesmement  l  que  nous  vëons  et  oyons  journele- 
ment,  par  toute  cristienté,  preschier  devant  tous  que,  se 
créature  muert  en  péchiet  de  luxure,  gloutonnie  ou  paresse, 
ou  en  aulcun  péchié  mortel,  ou  commet  2  homicide,  sans 
de  ces  choses  en  faire  dévote  confession,  vraye  repentance 
et  souffisante  satisfacion,que  telz  gens  sont  en  voye  de  damp- 
nation  3.  Hé  !  4  beau  dieux  5  tout  puissant  !  se  la  chose  est 
si  estroite  et  périlleuse  6  comme  ilz  se  7  preschent,  laquelle 


*  Considérant  ce  que  (C). 
1  Ou  soit  (C). 

*  Cette  dernière  phrase  est  supprimée  (G). 

*  Hé,  mon  Dieu,  quel  jugement  pevent  attendre  roys,  empereurs  et 
princes  qui  sont  cause  de  telles  persécutions,  s'ilz  n'ont  juste  que- 
relle. Certes,  il  faut  bien  que  la  querelle  soit  bien  juste  et  plaisant  à 
Dieu  qui  peut  satisfaire  à  tant  de  cruaultéz  qui  se  font  es  guerres  de 
présent.  Combien  que  ung  prince  est  tenu  de  desfendre  son  païs  et 
ses  subgez  contre  ses  adversaires  et  y  résister  en  gardant  son  hon- 
neur et  en  tenant  la  voye  et  l'enseignement  dessusdiz,  car  prince  à 
boine  et  juste  querelle  ne  doit  rien  doubter. 

Et  si  à  guerre  fault  venir,  ung  prince  la  doit  exécuter  si  vertueu- 
sement que  la  victoire  lui  en  demoure  comme  à  celui  qui  entend 
garder  son  droit,  aquerre  honneur  et  bonne  renommée,  affin  qu'il  en 
soit  mémoire  à  perpétuel  (G). 

5  Ah  !  vray  Dieu  (B). 

6  Est  si  périlleuse  et  tant  estroite  (B). 

7  Le  (C,  D,  H). 


CHAPITRE    VI.  589 

chose  nous  devons  croire  fermement,  quel  jugement  dont, 
selon  sens  humain,  poevent  attendre  empereurs,  roys,  ducz 
et  grans  seigneurs,  qui  sont  cause  des  cruaultez  cy  dessus 
déclarées,  se  ces  choses  ne  sont  deuement  faittes  à  l  juste 
et  droiturière  querele  ?  Certes,  il  fault  bien  que  la  querele 
soit  moult  juste,  bien  2  fondée  en  droit  et  plaisant  à  Dieu, 
qui  poeut  satisfaire  et  respondre  à  tant  de  cruaultez  qui 
se  commettent  par  l'exercite  de  guerre,  ainsi  que  l'en  en 
use  de  présent  en  la  cristienté.  Mais  nonobstant  tous 
périlz,  mon  chier  seigneur,  je  ne  voeul  pas  soustenir  que, 
se  3  par  orgueil  ou  dénégation  de  justice,  aucun  prince  ou 
communaultez  de  bonnes  villes,  prouchains  devoz  royaumes, 
voz  subgetz  ou  aultres,  vous  voeullent  voluntairement 
porter  guerre,  sans  vouloir  entendre  ne  entrer  en  voye 
de  justice  ne  comparoir  devant  juge  compétent,  que,  en  ce 
cas  4,  eu  l'advis  5  et  conseil  des  estas  de  voz  pays,  selon 
Dieu  et  raison,  vous  et  tous  princes  ne  doyés  puissamment 
et  fièrement 6  y  résister,  garder  vostre  haultesse  et  hon- 
neur, deffendre  et  secourir  à  l'espée  voz  bons  et  obéissans 
subgetz  ;  car  prince  à  bonne  et  juste  querele  ne  doit  riens 
crémir  ne  doubter,  et,  se  à  guerre  fault  venir,  vous  et  tous 
princes  la  devés  conduire  et  exécuter  si  vertueusement  et 
par  si  bonne  manière  que  victoire  en  soit  vostre  et  telle- 
ment qu'il  en   soit  mémoire  à  tousjours,  et  monstrer  7  à 


*  En(C,  H). -Et  (D,  E). 

*  Moult  bien  (B). 

8  Se  manque  à  notre  texte  ainsi  que  dans   l'imprimé  (H).  Je  l'ai 
trouvé  dans  plusieurs  manuscrits  :  C,  D,  E.  etc. 

*  En  ce  cas,  préalablement  (C,  D,  E). 
5  Vu  l'advis  (D).  —  En  l'advis  (H). 

*  Fermement  (C). 
7  Monstre  (G). 


390  l'instruction. 

l'espée  que  vous  estes  prince  et  chevalier,  contendans  de 
garder  vostre  droit,  acquérir  honneur  et  bonne  renommée. 
Et,  !  mon  chier  seigneur,  s'il  advenoit  2  que  à  l'occasion 
de  vostre  jeunesse  et  haultain  courage  et  de  la  puissance 
où  vous  vous  trouvés  de  présent,  tant  en  gens  comme  en 
finances,  vous  venoit  courage  et  voulenté  de  vous  esprou- 
ver  en  l'exercite  d'armes,  et  que  repos  de  paix  vous 
ennuiast,  en  ce  cas,  je  vous  conseille  sur  toutes  choses  que 
vostre  entreprinse  et  exercite  de  tous  poins  voeulliez 
torner  et  appliquier  sur  Sarasins,  ennemis  de  nostre 
saincte  foy  cristienne,  où  vous  porrés  moustrer  vostre 
vaillance,  acquérir  honneur  et  faire  le  salut  de  vostre 
âme,  sans  toutesvoies  par  ce  moyen  destruire  ne  vexer 
voz  subgetz.  Mais  ancores,  à  telz  entreprises  appartient 
de  y  avoir  grant  ad  vis,  par  espécial  des  anciens  sages  et 
vaillans  ;  car  ce  n'est  pas  le  fort  d'encommencier,  mais 
c'est  la  maistrie  de  bien  et  vertueusement  conduire  et 
continuer  ses  entreprinses  3.  Car  maintesfois  est  advenu 
que  légières  armes  sur  les  ennemis  de  la  foy  ont  plus  porté 


1  Et  vous,  mon  souverain  seigneur,  si  à  l'occasion  de  votre  jeunesse 
et  haultain  courage  et  aussi  de  la  puissance  qu'avez,  vous  voulissiez 
exerciter  en  armes  et  que  le  repos  vous  ennuyast,  je  vos  conseille 
que  tournez  votre  entreprinse  sur  les  ennemys  de  la  foy  crestienne  et 
là  vous  pourrez  monstrer  vostre  vaillance  et  faire  le  salu  de  vostre 
âme  sans  toutesfoiz  molester  vos  subgez.  Mais  telles  emprises 
requièrent  estre  faites  par  l'advis  et  conseil  des  anciens  saiges  et 
vaillans,  car  ce  n'est  pas  le  fort  d'encommencer,  mais  de  bien  et  ver- 
tueusement conduire  ses  entreprinses,  car  maintesfoiz  est  advenu  que 
légières  armes  sur  les  ennemis  de  la  foy  ont  plus  préjudicié  aux 
crestiens  que  aux  Sarrasins  (G). 

*  A  écrit  :  advient.  J'ai  corrigé  d'après  B,  C,  D,  E  et  H. 

3  Les  neuf  mots  suivants  sont  omis  dans  H . 


CHAPITRE   VI.  391 

de  dommage  et  préjudice  aux  cristiens  cent  fois  que  aux 
Sarrasins. 

De  la  conduite  de  guerre  l,  soit  contre  cristiens  ou 
Sarrasins  ?,  ne  comment  vous  vous  y  devez  avoir  ne  main- 
tenir, me  déporte  3  de  présent  d'en  plus  avant  parler.  Mais 
pour  règle  générale,  se  à  guerre  convient  4  venir,  je  vous 
conseille  sur  toutes  choses  que  vous  y  soyés  larges,  aspres 
et  diligent,  et  tant  hastez  voz  ennemis  qu'ilz  n'ayent  pas 
loisir  de  vous  présenter  la  victoire  5.  Et  icy  fine  le  vie  cha- 
pitre de  cest  livre. 


*  Pour  règle  générale,  ung  prince,  s'il  luy  convient  venir  à  guerre, 
y  doit  estre  sur  toutes  choses  large,  aspre  et  diligent  (G). 

*  Ces  dix  premiers  mots  sont  supprimés  (H). 
3  Ne  déporter  (C).  Erreur  évidente. 

*  Fault  (C,  D,  E). 

6  L'imprimé  dit  :  la  lataille,  et  gâte  ainsi  le  grand  style  de  l'auteur. 


Comment  roys  et  princes  doivent  diligamment  entendre  l 
à  la  conduite  et  gouvernement  de  leurs  finances. 
vu"  chapitre. 


Qui  congnoist  la  haultesse  et  magnificence  qui  appar- 
tient aux  princes  doit  sçavoir  que  à  la  conduite  de  leur 
estât  appartient  moult  grans  finances  2.  Pour  quoy, 
princes,  après  Dieu  servi  3  et  justice  maintenue  4,  n'ont  à 
faire  choses  plus  nécessaires  que  d'entendre  diligamment 
à  la  conduite  de  leur  5  despence  et  au  fait  de  leurs  finances 
et  les  proportionner  et  départir  par  si  bonne  et  raisonnable  6 


1  Le  vn«  chapitre  enseigne  aux  rois  et  aux  princes  que  dillig ani- 
ment ils  doivent  entendre  (C,  etc.). 

'  Pour  conduire  la  magnificence  d'un  prince,  il  y  appartient  moult 
de  finances  (G). 

8  Dieu  servir  (H).  —  Erreur  manifeste. 

*  Le  résumé  (G)  supprime  :  Et  justice  maintenue. 

66  Les  17  mots  compris  entre  ces  deux  chiffres  de  notes  manquent 
dans  l'imprimé  (H). 

Y©  Y.   ET  A  MB.  25 


594  l'instruction. 

manière  qu'ilz  puissent  vivre  du  leur  '  et  de  leurs  anciennes 
demaines.  Car  c'est  mal  vescu,  non  mie  mal  2,  mais  très 
mal 3,  quant  princes  ou  grans  seigneurs,  à  l'occasion  de 
leurs  plaisances  et  légières  entreprinses  ou  sumptueux 
estas,  folzdons,  ou  enrichir  leurs  mignos4,  vendent,  donnent 
ou  engagent  leurs  tènemens,  rentes  et  revenues,  ou  que, 
à  l'occasion  de  ce,  prendent  tailles,  aydes  ou  exactions 
sur  le  povre  poeuple  que  Dieu  leur  a  baillié  en  garde, 
lesquelz  selon  Dieu  et  raison  ne  doivent  exactionner  ne 
traveillier,  si  non  pour  leur  propre  deffense  ou  leur  évident 
prouffit  seulement,  comme  dit  est,  ou  pour  5  l'aliance  et 
mariage  de  leurs  en  fans  6. 

Et  pour  entendre,  ilz  sont  deux  manières  par  lesquelles 7 
princes  et  grans  seigneurs  pevent  venir  à  trésor.  L'une  est 
de  se  conduire  par  rigle,  ordonnance  et  honnourable  espa- 
raing  8,  faire  valoir  ses  demaines,  comme  molins,  estangs, 
rivières,  ports  de  mer,  dicages  9  ou  choses  samblables,  sans 
à  nul  faire  tort,  et  sur  toutes  choses  soy  garder  d'empren- 
dre  guerre  ,0  se  n'est  pas  i'advis  des  estas  de  ses  pays  ll, 


*  Le  résumé  affaiblit  encore  ici  l'idée  de  l'auteur,  il  dit  :  Vivre  sans 
vendre. 

*  A  omet  ici  le  mot  mal.  J'ai  corrigé  d'après  C,  D  et  E. 
5  Le  résumé  (G)  supprime  cette  phrase  importante. 

*  Mignons  (G,  H). 

5  Par  (C,  E). 

6  Vivre  sans  vendre  ou  exiger  son  peuple  pour  leurs  plaisances  et 
sumptueux  estaz  ou  pour  enrichir  leurs  mignons,  pour  lesquelles 
choses  ils  ne  doivent  rien  vendre  du  leur,  ne  travailler  leur  peuple, 
mais  bien  pour  Taliance  et  mariage  faire  de  leurs  enfanz  (G). 

7  Par  où  (C,  D,  E). 

8  Et  ordonnance  honorable  (H). 

9  Dicquages  (C). 

*••"  Ce  dernier  trait  est  supprimé  dans  le  résumé  (G). 


CHAPITRE   VII.  395 

comme  dit  est.  Car  guerre  est  ung  gouffre  qui  destruit  et 
consumme  '  toutes  finances.  La  seconde  voye  2,  les  assam- 
bler  par  tous  moyens  que  malicieux  sauroit  ou  pourroit 
aviser,  soit  par  tailles,  aydes,  tonlieux  3  et  subvencions, 
empirance  4  de  monnoies  et  toutes  aultres  nouvelletés,  sans 
avoir  regard  dont  il  vient  ne  où  il  est  prins,  pitié  ne  com- 
pacion  de  nul  5.  Mais,  mon  chier  seigneur,  soyés  certain, 
quelque  chose  que  flateurs  ne  convoiteux  puissent  dire  ou 
alléguier,  que  jà  finances  ne  trésors  amassés  par  telz  voyes 
tiranniques,  ne  prinses  sans  juste  cause,  au  desplaisir  de 
leurs  subgetz,  que  l'en  ferajà  nule  chose  6  qui  viengne  à 
bonne  conclusion,  et  je  en  appelle  à  tesmoing  la  sainte 
escripture  qui  dist  que  jà  la  tierce  ligne  ne  joïra  des  biens 
mal  acquestés  7. 

Pour  quoy,  princes  cristiens  et  leurs  conseilliers  princi- 
paulx  8,  s'ilz  craindent  Dieu,  doivent  aviser  maint  tour  et 
délaissiez  de  leurs  plaisances,  estas,  folz  dons  et  legières 
entreprises,  avant  ce  que  à  l'occasion  de  telz  vanités 
prengnent  la  chevance  de  leurs  subgetz  9,  car  dons  et 

'  Consomme  (C,  H). 

*  Et  ceste  voye  est  bonne  (G).  —  La  seconde  voye  est  (C). 
3  Tonlieux  est  supprimé  dans  l'imprimé  (H). 

*  Empiremens  (C,  H). 

5  La  seconde  est  par  subsides,  empirance  de  monnoyes  et  aultres 
nouvelles  manières,  sans  avoir  regard  dont  il  vient,  et  cette  voye  est 
tyrannique  (G). 

6  Jà  chose  (D). 

7  Conquestés  (C).  —  Acquis  (H). 

Et  pou  en  proufïite  au  prince  la  finance  ainsi  levée.  Aussi  dit 
l'escripture  que  des  biens  mal  aquis  jà  ne  joyra  le  tiers  héritier  (G). 

•  L'imprimé  répète  ici  le  mot  :  chrestiens. 

•  Et  pour  ce,  princes  et  leurs  conseilliers  s'ilz  craignent  Dieu  doi- 
vent bien  délaisser  et  abattre  de  leurs  estaz  et  boubans,  s'ilz  n'ont  de 
quoy  les  entretenir  fors  que  de  la  substance  du  peuple  (G). 


596  l'instruction. 

estas  de  princes  font  à  recommander  qui  à  chascun  font 
bien  et  à  nul  dommage.  Laquelle  chose  se  fait  1  quant  ilz 
tiennent  estas  et  font  dons  selon  la  grandeur  de  leurs 
rentes,  revenues  et  anciennes  demaines  ou  à  la  quantité  de 
leur  trésor  2,  tellement  que,  à  l'occasion  de  telz  choses 
voluntaires,  ilz  n'en  délaissent  à  faire  ce  où  ilz  sont  obli- 
giés  et  tenus  par  droit  et  raison  \  Mais  j'ose  bien  mainte- 
nir devant  tous  que  dons  et  estas  font  à  blasmer  par  le 
moyen  de  quoy  4  il  couvient  que  princes  prendent  l'avoir 
de  leurs  subgetz  ou  facent  tort  à  aultrui' 5  ou  qu'ilz  en 
délaissent  à  faire  oeuvre  de  charité,  l'entretènement  de 
leurs  souldoyers6,fortresses  et  chasteaux,ou  payer  les  gages 
de  leurs  serviteurs  dommestiques  et  des  7  bons  marchans 
ou  aultres,  ausquelz  ils  sont  obligiés  par  leurs  lettres  ou 
parolles. 

Or  8  considérons  d'une  part  les  biens  qui  s'ensièvent 
quant  ung  prince  gouverne  bien  ses  finances  et  est  garny 
de  trésor.  Premièrement 9,  il  en  est  crémus  et  doubtés  de 


*  Font  (H).  Erreur  évidente. 

*  Aussi  dons  et  estaz  sont  à  blasmer  (jui  se  font  d'exaction  et 
tirannie  et  de  ravoir  du  peuple  (G). 

3  Et  de  raison  (D). 

*••  Les  mots  compris  entre  ces  deux  signes  de  notes  sont  oniis 
dans  l'imprimé. 

e-T  Les  mots  compris  entre  ces  deux  signes  de  notes  manquent 
dans  l'imprimé. 

«  Et  (C). 

9  G  résumé  ainsi  ce  §  : 

Premièrement  il  est  de  chacun  et  de  ses  ennemis  craint  et  doubté 
et  n'ose  on  entreprendre  guerre  contre  lui.  Item,  on  désire  son 
alliance.  Item,  il  trouve  de  légier  argent,  pour  ses  affaires,  sans  dan- 
gier  et  à  meilleur  marché  et  sans  travailler  subgez  et  à  la  descharge 
de  conscience. 


CHAPITRE   VII.  597 

ses  ennemis  et  craint  on  d'avoir  guerre  ne  question  à  luy, 
et  chascun  désire  son  aliance.  Secondement,  il  troeuve 
légièrement  gens  pour  le  servir,  soit  en  guerre  ou  autre- 
ment, et  finances  s'il  en  avoit  afaire,  sans  despens  ;  et  mar- 
chans  et  toutes  manières  de  gens  en  ont  plus  voulentiers  à 
faire  et  à  besongnier  à  luy  et  en  a  railleur  marchié.  Et  sa 
ricesse  luy  donne  cause  de  non  traveillier  ses  subgetz  l  ne 
à  cause  de  ,finances  riens  faire  dont  sa  conscience  puist  estre 
chargée . 

Et  par  contraire  2  ,  regardons  les  3  meschiefz  qui 
adviennent  quant  princes  qui  ont  grans  seignouries  4  se 
gouvernent  mal  en  leurs  finances.  Hz  en  sont  mains  crémus 
et  doubtés  des  princes  5  voisins  et  des  barons  et  puissans 
hommes  de  leur  pays,  et  pareillement  des  communaultez  6  de 
leurs  bonnes  villes,  et  n'en  receuvrent  pas  si  bien  gens  de 
guerre  à  les  servir  ',  marchans  et  toutes  gens  qui  ont 
finances  et  joyaulx  les  fuient  et  eslongent,  et  povreté  les 
amaine,  à  taillier,  fourmener  et  exactionner  leur  poeuple. 
Et  sou  ventes  fois,  à  l'occasion  de  povreté  et  de  souffre  tté, 
corrumpent  justice  et  commettent  oeuvres  de  tirant  8,dont 
ilz  sont  haïs  de  Dieu  et  du  poeuple  et  en  acquièrent  mal- 


1  A  partir  d'ici,  la  fia  du  §  est  supprimée  dans  l'imprimé. 

'  Au  contraire  (G). 

s  Regardons  à  ses  sujets  et  les,  etc.  (H). 

*-8  Les  mots  compris  entre  ces  deux  signes  de  notes  manquent 
dans  l'imprimé. 

6  Le  résumé  supprime  ici  la  mention   des  communaultés. 

•*7  Les  mots  compris  entre  ces  deux  signes  manquent  dans 
l'imprimé. 

•   Thirans(C).  — Tirans  (E). 


598  l'instruction. 

vaise  renommée.  Et,  qui  pis  est,  quant  l  vient  en  la  fin  de 
leurs  jours,  présupposé  qu'ilz  eussent  repentance  et  vou- 
lenté  de  restituer  2  leurs  tors  fais  et  de  faire  à  un  chascun 
raison,  il  leur  est  comme  impossible,  et  en  ceste  dolereuse 
tribulation  finent  leurs  jours. 

Et 3  pour  venir  à  bon  gouvernement,  je  fay  mon  compte 
par  4  manière  d'exemple  que  ung  prince  ait,  chascun  an, 
de  nette  revenue 5,  rabatu  tout  ce  que  selon  raison  fait  à  6 
déduire,  cent  mile  escus,  frans  deniers.  De  ceste  somme, 
pour  pourvëoir  aux  affaires  qui  aux  princes  peuvent  hasti- 
vement  survenir,  il  en  doit  réserver  et  mettre  à  part  la 
ve  partie, par 7  manière  de  trésor,  et  du  résidu  que 8  monteront 
ses  receptes,  ordonner  son  estât.  Car  c'est  tout  gasté  quant 
on  met  Testât  devant  la  recepte  ;  mais  l'en  doit,  selon  la 
grandeur  des  finances,  ordonner  Testât, et  faire  les  retenues, 
et  regarder  que  toutes  choses  soyent  si  raisonnablement 


*-*  Les  mots  compris  entre  ces  deux  signes s  manquent  dans 
l'imprimé. 

3  Et  sachez  que  ung  prince  doit  mettre  en  réserve  pour  les  affaires 
qui  lui  pevent  survenir  la  cinquième  partie,  et  du  résidu  entretenir 
son  estât  et  l'ordonner  selon  les  receptes,  et  faire  retenues  d'officiers 
en  manière  que  par  bon  conseil  tout  y  soit  fait  par  bonne  raison,  tant 
despense  ordinaire  que  extraordinaire,  soient  abillement,  chevaux, 
armeures,  ausmosnes,  entreteneraens  de  nobles,  réparations  de  chas- 
teaux,  déduit  de  chiens  et  d'oiseaulx,  et  que  tout  soit  bien  entretenu 
sans  interruption,  car  c'est  vertu  en  prince  de  bien  entretenir  ses 
ordonnances  et  reigles  ;  autrement  en  hôtel  de  prince  n'aura  richesse, 
ne  honneur,  ne  bonne  police  (G). 

*-5  Les  mots  compris  entre  ces  deux  signes  manquent  dans 
l'imprimé. 

•  De  rente  nette  et  revenue  (C,  E). 

7  En  (C). 

8  Qui  (C). 


CHAPITRE   VII.  399 

proportionnées  et  départies,  et  l  par  si  bon  conseil  de  gens 
en  ce  congnoissans,  que  les  choses  se  puissent  conduire  à 
l'avenant  des  finances  :  c'est  à  entendre  la  despence  ordi- 
naire, les  habillemens,  chevaulx  et  harnas  2,  appartenans 
au  corps,  dons  de  charité  et  d'aumosnes  et  dons  libéraulx 
qui  appartiennent  à  la  haultesse  de  son  estât  et  à  Tentretè- 
nement  des  nobles  hommes  de  ses  royaumes,  et  ce  qu'il 
fault  en  ambassades  et  messages  3,  dont  l'en  ne  se  poeult 
passer  pour  conduite  des  seignouries,  réfections  de  4  for- 
tresses  et  d'ostelz,  et  ce  qui  5  appartient  pour  avoir  le 
déduit  de  chiens  et  d'oiseaulx.  Et  que  les  ad  vis  et  ordon- 
nances, faites  et  avisées  par  délibération  de  conseil,  soient 
si  bien  gardées  et  tenues  que  en  ce  6  n'ait  aulcune  interrup- 
tion ne  deffaulte.  Car  il  n'y  a  pas  si  grant  maistrie  à  ordon- 
ner loix  et  constitutions  7  proufïitables  qu'il  fault  de  vertu 
et  de  puissance  à  les  bien  garder  et  entretenir.  Et jà  ricesse 
ne  bon  gouvernement  ne  sera  trouvé  en  court  ne  hostel 
de  roy  ne  de  prince,  s'il  ne  garde  estroitement  les  règles  et 
ordonnances  par  lui  faites  tant  en  justice, en  armes8,  que  en 
son  gouvernement  et  retenue  d'officiers. 

9  Mais,  mon  très  amé  seigneur,  à  l'occasion  de  cest  espa- 
raing,  dont  dessus  est  parlé,  je  n'entens  pas  que  à  ceste 
cause  doyés  10  devenir  convoiteux  ne  applicquier  vo  coeur  à 


1  Départies  par  (C). 

*  Harnois  (C). 

5  Messageries  (D). 

4  Des  (C). 

5  Qu'il  (C,  D,  E). 

*  En  ce  cas  (C). 

7  A  dit  :  coustumes.  J'ai  adopté  la  version  commune  à  B,  C,  D,  E 
et  H. 

8  Tant  en  rigles  comme  en  armes  (C). 

e*10  Si  n'entens  je  pas  que  prince  doibve  (G). 


400  l'instruction. 

finances,  mais  en  user  en  pareille  manière  et  non  autre- 
ment que  vous  et  tous  sages  princes  '  devés  faire,  de  2 
artilleries  ou  abillemens  de  guerre,  pour  de  tout  ce  vous  en 
aidier  3,  saulcuns  hatifz  affaires  vous  survenoient.  Et  à  se 
gouverner  par  ceste  manière  ou  en  substance,  vous  et  tous 
princes  devendriés 4  riches  au  devant  et  garnis  de  trésor,  et 
pourries  5  espargnier  vos  subgetz,  pour  vous  en  aidier 
s'aucuns  grans  et  pesans  affaires  vous  sourvenoient.  Car, 
comme  aultresfois  ay  dit,  il  n'est  plus  noble  trésor  à  prince 
que  d'avoir  riches  subgetz  et  de  s'en  faire  amer.  Car  prince 
amé  de  ses  subgetz  ne  sera  pas,  à  son  besoing,  secouru  de 
trésor  seulement,  mais  de  coeur,  de  corps  et  de  tout  ce  que 
Dieu  leur  a  preste.  Et  en  tesmoignage  de  ce,  j'en  allègue 
ung  mètre  que  fist  le  sage  Cathon,  où  il  met 6  : 

Cilz  doit  estre  sires  clamés 
Qui  de  ses  hommes  est  amés. 
N'est  pas  sire  de  son  pays 
Qui  de  ses  hommes  est  hays. 

Certes,  cilz  est  bien  abusez  qui  croit  que  princes  ne 
aultres  puissent  estre  amés  de  leurs  subgetz  à  prendre  le 
leur  oultre  leur  gré,  par  espécial 7  quant  ilz  voyent  que 
c'est  chose  folement  despendue  et  mal  emploiie  s.  Et  se  ilz 


1  Tous  princes  (E). 

*  A  écrit  :  des.  J'ai  préféré  la  version  commune  à  B,  C,  D,  E  et  H. 
5  Vous  aidier  (C,  H). 

4  Deviendrés.  —  Pourés(C). 

*  C  écrit  '.fait  au  lieu  de  fat,  et  supprime  :  où  il  met. 

8  Et  n'est  pas  sires  de  son  pays  (B).  —  Il  n'est  pas,  etc.  (G,  H).  — 
Ces  textes  font  ce  vers  trop  long  d'un  pied. 

7  Par  espécial  est  supprimé  dans  C  et  H. 

8  Emploiée  (C).  —  Employée  (D). 


CHAPITRE   VII.  401 

moustrent  samblant  d'amour,  elle  n'est  que  en  la  langue  et 
es  yeulx  \  mais  la  hayne  et  malvoeullance  2  leur  en 
demeure  au  coeur,  et  seront  le  cheval  au  blanc  piet  qui  fault 
à  son  maistre  au  besoing  3. 

Je  ne  mes  pas  en  doubte  4  que  pluseurs  orguilleux  et 
flateurs  diroient  moult  de  choses  contre  cest  ad  vis,  en  allé- 
gant  que  c'est  tout  rien  de  prince  5  s'il  ne  tient  grant  estât 
et  donne  largement,  et  que  oncques  filz  de  roy  n'eut 
povrete,  et  pluseurs  choses  à  ce  servans.  Mais  à  telz 
manières  de  gens,  je 6  respons  que  prince  crémant  Dieu  ne 
voeult  vivre  que  du  sien. 

Et  quant  à  avoir  grant  nombre  de  gens,  prince  qui  se 
fait  amer  et  se  gouverne  par  raison  et  justice  est  tousjours 
bien  acompaignié,  où  qu'il  soit,  sans  ses  despens,  car  il  ne 
va  quelque  part  en  ses  pays  que  tous  ne  soient  ses  subgetz 
appareilliés  de  le  servir  et  obéir  \ 

Mais,  quant  tout  est  dit,  princes  et  grans  seigneurs  font 
à  loer  et  amer  quant  ilz  gouvernent  bien  leurs  finances 
tellement  qu'ilz  ne  soient  tenus  pour  eschars  ne  convoiteux, 
ne  d'aultre  part  aussi  trop  oultrageux  ne  habandonnes 8.  Et 
icy  fine  le  vne  chapitre  de  cest  livre. 

1  De  la  langue  et  des  yeulx  (C). 
a  Mais  la  malveillance  (H). 

43  Et  s'ils  monstrent  signe  d'amour,  c'est  amour  fainte  qui  fault 
au  besoing,  car  le  cuer  et  la  langue  ne  s'accordent  pas  (G). 

*  Je  ne  mes  nient  en  doute  (D,  E). 
■  A  prince  (C,  E). 

6  Je  te  (C).  ^ 

7  Par  ainsi,  prince  qui  craint  Dieu  ne  doit  vivre  que  du  sien  et  est 
toujours  bien  accompaigné,  quelque  part  qu'ilz  aillent,  quant  il  est 
aymé,  car  chacun  est  toujours  prest  de  le  servir  (G). 

•  Mais  surtout  fait  à  louer  qui  gouverne  ses  finances  par  raison, 
sans  estre  eschars  ne  convoiteux  ne  trop  habandonnez  (G). 


Cy  parle  1  de  V ordre  et  estât  de  chevalerie  et  comment  on 
le  doit  entendre.  Icy  s'enssieut  le  vme  tfiappitre. 


Mon  souverain  seigneur,  pour  ce  que  aux  empereurs, 
roys  et  princes  appartient  la  conduite  de  chevalerie,  il  con- 
vient selon  raison  qu'ilz  soient  informés  de  ce  que  à  ceste 
noble  ordre  appartient.  Et  dès  qu'on  2  nomme  ordre,  le 
nom  déclaire  assés  son  exposition  3  :  c'est  à  entendre  que 
ceulx  qui  sont  de  cest  estât  doivent  vivre  par  rigle  et  ordon- 
nance plus  que  aultres  personnes.  Vray  est  que,  quant 
princes  emprinrent  premiers  l'auctorité  de  gouverner  le 
poeuple,  dès  lors  encommencha  la  fondacion  et  promotion 


1  Le  vme  chapitre  parle,  etc.  (C,  D,  etc.). 
s  Et  dès  que  je  CB,  D,  E).  —  Et  dès  je  (C). 
3  Le  résumé  supprime  cette  phrase. 


404  LWiSTRUCTION. 

de  chevalerie.  Et  '  pour  en  parler  au  vray,  chevalerie  ou 
chevalier  est  chose  si  néccessaire  et  anexée  à  lestât  des 
princes  que  je  ne  le  sçauroie  mieulx  ne  plus  entendamment 
comparer  que  bras  et  mains  sont  néccessaires  à  corps  de 
créature  ;  car,  comme  bras  et  mains  se  meuvent  à  l'ayde  et 
commandement  du  corps,  samblablement  chevalier  doit 
estre  prest  et  obéissant  aux  princes  et  à  leurs  commande- 
raens,  sans  doubter  péril  de  mort,  effusion  de  sang,  ne 
espargnier  corps,  membres,  nechevance,  à  les  aidier  à  sous- 
tenir  l'église,  justice,  et  gouverner  le  poeuple  *. 

Et  doit  on  3  sçavoir  que  prince  sans  chevalerie  n'a  puis- 
sance ne  povoir  ne  que  corps  humain  sans  ayde  de  bras  ou 
de  mains.  Et  chevaliers  *,  sans  prince  ou  capitaine,  n'ont 
puissance  ne  vertu  5.  Pour  quoy  princes  doivent  amer  leurs 
chevaliers  et  les  chevaliers  leur  prince,  comme  le  corps 
ses  membres  et  les  membres  le  corps. 

Ordre  de  chevalerie  6,  qui  bien  le  voeult  entendre,  est  si 
noble  en  soy  que,  s'il  faloit  eslire  seigneur  ou  prince  pour 
gouverner  et  maintenir  une  région,  l'en  7  ne  le  pourroit 
mieulx  choisir  ne  eslire  entre  tous  aultres  estas  que  ou 
nombre  des  chevaliers. 

Et  pour  parler  de  l'encommencement  de  chevalerie,  l'en 

■"*  Et  est  chsvallerie  si  annexée  à  Testât  des  princes  et  aussi  néces- 
saire que  bras  et  mains  au  corps  de  personne.  Car  comme  braz  et 
mains  sont  toujours  pretz  pour  servir  le  corps,  ainsi  chevalier  doit 
toujours  estre  prest  à  obéir  aux  princes  sans  rien  doubter  ne  rien 
espargnier  (G). 

3  Doit  l'en  (C,  D,  E). 

*  Chevalerie  (A). 

■  Le  résumé  ajoute  ici  :  Néant  plus  que  membres  sans  corps.  — 
Puis  il  supprime  le  reste  du  §. 

8  Chevalier  (A).  Corrigé   d'après  C. 

7  C  supprime  :  Ven. 


CHAPITRE    VII.  405 

treuve  ou  temps  ancien  que  le  poeuple  estoit  très  simple  et 
ignorant  l  et  n'avoit  point  la  subtilité,  engin  ne  manière  2 
que  l'en  a  de  présent.  Toutesvoies  ilz  n'estoient 3  pas  si 
débonnaires  ne  paciens  que  divisions  et  guerres  ne  se 
mè'ussent  souvent  en  pluiseurs  contrées,  les  unes  régions 
contre  les  aultres  4,  comme  on  puet  vëoir  es  histoires  5.  Et 
en  ce  temps,  fust  pour  assaillir  ou  deffendre,  tous  ceulx  qui 
povoient  porter  armes,  vielz 6  et  jennes,  se  mettoient  es 
batailles  7  et  leur  sambloit  selon  droit  que  nul  ne  devoit 
estre  excusé  à  la  protection  et  deffense  de  son  pays.  Mais 
les  princes  et  ceulx  qui  lors  avoient  la  conduite  et  com- 
mandement sur  le  poeuple,  considérèrent  et  perchurent  par 
expérience  que  ce  n'estoit  que  confusion  de  mener  tout  ung 
pœuple  es  batailles,  car  ilz  vèoient  souvent  advenir,  par  le 
moyen.de  trop  anciens  ou  jennes,  que8  par  foiblesse  de 
corps  leur  venoit  une  paour  de  quoy  les  batailles  se  met- 
toient en  desroy  et  aulcunesfois  en  fuite.  Si  avisèrent  que 
plus  prouffitable  et  scëure  chose  seroit  que  l'en  ne  menast 
pas  9  si  grant  nombre  de  gens  es  batailles  pour  le  prouffit 


1  Innocent  (G). 

2  Subtilité  ne  manière  (C). 

3  A  met  ce  verbe  au  singulier,  J'ai  corrigé  d'après  tous  les  autres 
textes. 

4  Toutes  voies,  ilz  n'estoient  pas  si  débonnaires  ne  paisibles  que 
maintenant,  car  ilz  avoient  guerres  les  ungs  contre  les  aultres  (H). 

5-6  Les  mots  compris  entre  ces  deux  signes  de  note  manquent 
dans  l'imprimé. 

7  Et  de  ce  temps,  n'y  avoit  vieil  ne  jeune  qui  ne  mèist  en  armes, 
pourveu  qu'il  peust  porter  baston  (G). 

•  Plusieurs  manuscrits  suppriment  que  (C,  D,  etc.). 

•  Si  advisoient  que  aulcunes  fois  et  le  plus  souvent  on  ne  menast 
pas  (H). 


406  l'instruction. 

de  la  1  chose  publique,  mais  que  l'en  eslisist  les  plus  fors 
et  habilles  compaignons  de  bon  corsage  et  d'éage  compé- 
tent, et  qui  par  apparence  2  auroient  courage  et  harde- 
ment,  ausquelz  l'en  moustreroit  et  apprendroit  la  manière 
de  porter  armes  et  de  combatre,  et  que  plus  vauldroient  de 
telz  gens,  ainsi  eslus  et  choisiz,  dix  mille  que  chinquante 
mille  d'aultres3.  Et  ainsi  le  firent,  comme  l'en  treuve  en 
moult  de  histoires,  espécialment  en  celles  des  Romains.  Et 
ad  ce  furent  mëuz  pour  deux  considérations  :  l'une  que 
ceulx  qui  seroient  eslëus  pour  la  guerre,  ce  temps  pendant 
les  aultres  entendroient  au  service  de  Dieu  de  qui  viennent 
les  victoires,  et  le  surplus  du  même  poeuple  aux  labeurs  et 
oeuvres  domestiques  qui  ne  doivent  cesser  4.  La  seconde 
cause,  qu'il  falloit  mains  de  vivres  et  de  finances  à  soustenir 
et  entretenir  le  petit  nombre  que  le  grant.  Et  leur  sambla 
de  fait  que  en  ceste  compaignie  de  gens  eslëus  5  avoit  plus 
grant  sëurté  et  apparance  de  victoire  que  en  la  confusion 
du  grant  nombre.  Et  par  dessus  ceste  élection  générale  %  en 
firent  ancores  une  aultre  particulière,  plus  espéciale,  car  ilz 
choisirent  ou  membre  des  premiers  eslëuz  7  une  quantité 
des  plus  preux,  vaillans  et  sages  et  des  milleurs  lignages, 
pour  conduire  et  gouverner  les  aultres,  et  selon  leur  vertu 


1  Notre  texte  ainsi  que  B  dit  :  de  chose  publique.  J'ai  préféré  la 
version  commune  à  C,  D  et  E. 

2  A  écrit  :  espérance.  J'ai  corrigé  d'après  B,  C,  D  et  E. 

3  Et  que  plus  en  vaudraient  xm  que  xx  (G). 

4  Le  résumé  supprime  ce  dernier  trait,  si  vrai  et  si  juste. 

5  Gens  ainsi  eslëus;(C). 

6  Générale  en  ceste  manière  (H). 

7  Des  princs  eslëus  (H). 


CHAPITRE    VITI.  407 

et  valeur,  leur  bailla  on  charge,  et  furent  les  l  secons  eslëus, 
nommés  chevaliers. 

Et  jà  soit  que  par  ci  devant  soit  diverse  question  dont 
procède  le  nom  de  chevalier,  nommé  miles  en  latin  2  qui 
poeut  sambler  3  ung  eslèu  entre  mille,  ou  pour  conduire  et 
mener  mille  hommes  dessoubz  luy,  et  aulcuns  aultres 
nomment  chevalier  :  centurion  4,  qui  anciennement  avoit 
la  charge  de  cent  hommes,  et  aultres  maintiennent  que  ce 
nom  procède  de  ceulx  qui  premiers  furent  ordonnés  à  faire 
les  batailles  de  cheval 5.  Et,  comment  qu'il  voise  du  nom, 
ne  dont 6  procède,  vérité  est  que  chevaliers  doivent  estre 
personnes  eslëues  entre  tous  aultres  pour  conduire  les  fais 
des  guerres  et  des  batailles  et  soustenir  l'église  et  justice  et 
la  chose  publique  7. 

Et,  par  dessus  toutes  ces  ordonnances,  ancores,  par  les 
princes  du  temps  de  lors  fu  avisé  par  grant  délibération  8 
que,  entre  le  nombre  des  chevaliers  ainsi  eslëuz,  en  y 
auroit  9  qui,  par  grant  excellence  de  vertu,  sens  et  vail- 
lance, esquelz  l'en  l0  se  pouroit  confier  en  ung  grant  affaire, 


i  Ces  (C,  D,  E,  H).  A  et  B  sont  d'accord. 

•**  Les  mots  compris  entre  ces  deux  chiffres  sont  omis  dans  C. 

3  Sembler  estre  (E). 

5  Le  résumé  résume  ainsi  la  première  partie  de  ce  §  :  «  Pour  ce  est 
appelé  chevallier  miles  en  latin,  comme  eslê'u  entre  mille,  ou  centurion 
qui  a  la  charge  de  cent  hommes. 

6  Ne  dont  il(D,E). 

7  La  seconde  partie  de  ce  §  est  résumée  ainsi  dans  G  : 

Toutes  fois,  quelque  nom/ (sic)  chevaliers  doivent  estre  pour  con- 
duire les  guerres,  soubtenir  justice  et  le  bien  publique. 

8  Délibération  de  conseil  (C). 

9_,°  Aucuns  de  grant  exelïence,  vertu,  sens  et  vaillance  ausquels 
l'on,  etc.  (C). 


408  l'instruction. 

lèveroient  ensengnes  que  de  présent  l'en  nomme  banières  * 
soubz  lesquelles  enseignes  auroit *  certain  nombre  de  che- 
valiers et  combatans  pour  acompaignier  lesdictes  banières. 
Et  ceste  chose  sambla  aux  princes  et  à  la  chevalerie  du 
temps  de  lors  chose  très  prouffitable  pour  ce  qu'il  est  de 
néccessité  aucunes  fois  en  l'exercite  de  guerre  de  se  dépar- 
tir en  pluseurs  parties,  et  d'aultre  part  sambla  que  les  che- 
valiers et  jennes  compaignons,  eslëuz  pour  la  guerre, 
seroient  par  ce  moyen  mieulx  tenus  en  ordonnance  et  disci- 
pline soubz  les  capitaines  ordonnez  à  porter  lesdittes 
banières  et  enseignes  3  que  aultrement.  Mais  il  fu  deffendu 
que  nulz  ne  fust  *  si  hardy  de  lever  banières  ne  enseignes 
se  ce  n'estoit  par  l'ordonnance  des  princes.  Et  ancores  se 
devroit 5  ainssi  faire,  se  les  choses  se  conduisoient  par  rai- 
son. Et  en  ce  temps,  ceulx  qui  furent  ordonnez  à  porter 
enseignes,  les  firent  paindre  et  figurer  chascun  à  son  plai- 
sir de  diverses  couleurs,  et  pareillement  firent  les  chevaliers 
en  leurs  escus,  car  en  ce  temps  l'armure  et  deffense  le  plus 
estoit  d'escu  ô.  Et  la  cause  pour  quoy  les  banières  et  escus. 
que  de  présent  selon  l'usage  commun  sont  nommez  armes 
ou  blasons  7,  y  ot  deux  raisons,  l'une  générale  8  et  l'autre 
espéciale.  La  générale  fu  que  belle  chose  est  à  vèoir,  après 
la  resplendisseur  du  fer  et  de  l'achier,  la  ricesse  et  beaulté 
des  couleurs  dont  les  enseignes,  banières,  escus  ou  cottes 


1  Lèveroient  banières  (G) 
1  Auroient  (C),  —  Auront  (E). 

3  Et  enseignes,  les  firent  peindre  et  figurer  chascun  à  son  plai- 
sir (H). 

1  Ne  fussent  (C). 
5  Deveroient  (C). 
e  Sur  l'escu  {E). 
78  Sont  deux,  c'est  assavoir  l'une  générale  (C). 


CHAPITRE    VIII. 


4  OU 


d'armes  sont  faittes  et  pointurées,  et  beau  parement  en 
bataille  pour  paour  l  et  espoentement  aux  ennemis  2. 
La  seconde,  en  particuler,  fut  afin  que  l'en  peust  avoir 
congnoissance  de  ceulx  qui  faisoient  en  armes  aulcune 
vaillance  digne  de  recommandation.  Car  anciennement, 
quant  ilz  faisoient  aulcune  excellente  3  vaillance  en  armes, 
ilz  en  estoient  très  honnourés  et  en  recep voient  riche 
guerdon",  comme  l'en  poeut  vëoir  es  histoires,  pour  quoy  les 
chevaliers  désiroient  d'avoir  enseignes,  adfin  d'estre  vëus 
et  congnëus  entre  les  aultres. 

Et  en  ce  temps,  les  princes  donnèrent  et  départirent  aux 
chevaliers  terres  et  tènemens,  à  chascun  selon  sa  valeur, 
que  de  présent  l'en  nomme  fiefz,  desquelz  fîefz  et  de  la 
manière  comment  ilz 'ont  esté  donnés  poeut  l'en  vëoir  es 
livres  des  loix  4 . 

Mais  les  causes  principales  pour  quoy  les  terres,  fîefz  et 
seignouries  furent  données  aux  banerés  et  chevaliers,  en  y 
a  deux  5.  L'une  pour  les  guerdonner  des  bons  et  notables 
services  qu'ilz  avoient  fais  et  faisoient  journellement  en 
armes,  si  que  6  en  leur  viellesse  ils  peussent  avoir 7  de  quoy 
vivre  et  soustenir  leurs  estas,  car  durant  leur  jennesse 
n'avoient  aprins  science  ne  aultre  mestier  8  si  non  de  pour- 


*  A  écrit  :  en   bataille  paour.  J'ai  corrigé  d'après  B,  C  et  E.  — 
Donne  paour,  espantement  (D). 

*  Et  est  beau  parement  et  espoventement  aux  ennemys  (H). 
■  Excellence  et(C). 

*  Des  roys  (C,  H). 

5  Deux  principales  (C). 

*  Afin  que  (C). 

1  Ils  eussent  (C). 

*  Aprins  aultre  mestier  (C). 

VOY.   ET  AMB.  26 


410  l'instruction. 

siévir  l'exercite  d'armes,  qui  est  chose  périlleuse  comme 
chascun  scet.  Et  l'autre,  adfin  que  les  jennes  et  puissans  de 
corps  eussent  povoir  d'eulx  entretenir  prestz  et  garnis  de 
chevaulx  et  d'armes  quant  mestier  seroit.  Et  selon  les  tène- 
mens  départis  et  donnés  pour  les  causes  dessusdittes,  par 
continuation  de  longueur  de  temps,  les  armes  et  blasons 
espécialement  es  grans  tènemens  sont  demourés  aux  sei- 
gnouries  dont  ancores  de  présent  ceulx  qui  en  sont  seigneurs 
ou  détenteurs  en  portent  les  ]  noms,  armes  et  enseignes.  Et 
ou  temps  que  chevalerie  flourissoit  en  vertu,  ceulx  qui  lors 
portoient  armes  ou  enseignes,  à  toutes  lesquelles  eulx  ou 
leurs  prédicesseurs  avoient  conquesté  et  acquis,  par  vertu 
de  corps,  renommée  digne  de  mémoire,  quant  ilz  vouloient 
affermer  pour  vérité  aulcunes  grans  choses,  le  promettoient 
sur  la  foy  qu'ilz  dévoient  à  Dieu,  et,  en  témoignage  2  de  ce, 
mettoient  en  emprainture  3  de  cire  la  fachon  de  leurs  armes 
et  leur  nom,  que  de  présent  l'en  nome  séel.  Laquelle  leur 
foy  et  séellé  4,  ilz  souloient  tenir  et  garder  francement  et 
autant  doubter  l'infraction  de  ce,  que  le  péril  de  leurs  âmes, 
perdition  de  corps,  de  honneur  et  de  biens,  ayans  regard 
au  péril  du  parjure  5  de  la  foy  de  Dieu  et  aussi  au  reproche 
d'avoir  défailly  ou  tesmoignage  de  leur  nom  et  armes 
soubz  6  lesquelles  ils  attendoient  journelement,  aux  com- 
mandemens  de  leur  prince,  victoire  ou  la  mort. 


1  A  écrit  :  le.   J'ai  corrigé  d'après  les  principaux   manuscrits   : 
B,  C,  D,  E  et  H. 

2  Tesmoing  (C). 
5  Emprainte  (C). 
*  Et  le  scellé  (G). 

5  Parjurement  (C). 

6  Sur  (C). 


CHAPITRE    VIII.  4M 

Chevalier  à  droit  eslëu  doit  estre  de  très  noble  et  france 
condition.  Laquelle  francise  est  de  grant  excellence  et  recom- 
mandation, qui  bien  la  scet  conduire,  comme  dessus  est 
touchié.  Et  à  en  parler  selon  nostre  langue,  la  personne 
france  en  soy  ne  poeult  souffrir  ne  endurer  servage.  Et 
selon  la  parole  de  pluseurs  philosophes,  ilz  sont  deux 
manières  de  serfz  l.  C'est  assavoir  les  uns  par  nature  et  les 
aultres  par  la  loy.  Et,  pour  entendre,  les  serfz  ou  serf  2  par 
nature  sont  ceulx  en  qui  deffault  sens,  bonté  et  raison,  et 
telz  gens  doivent  estre  gouvernés  et  conduis  par  les  ver- 
tueux, sages  et  prudens.  Et  ceste  chose  se  poeult  prouver 
par  l'àme  qui  de  raison  doit  gouverner  le  corps,  laquelle 
est  perpétuele  comme  chascun  scet,  et  le  corps,  vicieux  et 
périssable,  doit  obéir  à  1  ame.  Et  quant  les  choses  vont  selon 
raison  3,  vertu  doit  précéder  4  et  avoir  auctorité  et  povoir 
sur  les  vices.  Et  les  serfz  ou  serf  par  loy  5  sont  ceulx  qui 
sont  prins  et  vaincus  es  batailles,  car  les  vaincqueurs 
povoient  tenir  ceulx  qu'ilz  avoient  vaincus  en  perpétuele 
servitude.  Pour  quoy  francise,  de  sa  condition, craint  et  het 
servitude,  honte  et  vergongne,  couardise  et  lâcheté  de  corps 
et  toutes  reproches,  et  par  espécial  d'estre  serf  selon  la  loy, 
car  noble  chevalier  doit  plus  vouloir  estre  detrenchié  ou 
souffrir  mort  que,  par  la  lâcheté  de  corps,  6  son  prince  ou 
pays  rechoive  honte,  déshonneur  ou  destruction, ne  que  la7 


1  Fiefs  (H). 

2  Les  folz  (H). 

3  Par  raison  (C). 
*  Procéder  (C). 

3  Et  les  serfz  par  la  loy  (H). 

6  De  son  corps  (C,  D,  E,  F). 

7  Que  sa  (H). 


412  l'instruction. 

personne  vive  en  reproche  de  malvaise  renommée  ne  aussi 
au  servage  de  son  ennemy. 

Ancores,  francise,  de  sa  condition,  est  large  et  libérale,  et 
aime  honneur,  et  par  dessus  toutes  choses  elle  het  orguil- 
leux,  1  félons,  convoiteus  et  flateurs,  et  ne  poeut  endurer 
ne  souffrir  leurs  conduites,  malices  ne  faintes  manières  ; 
mais,  de  sa  nature,  elle  espargne  les  foibles,  povres  te  petis  2, 
et  en  a  pitié,  et  aime  la  chose  publique.  Et,  à  l'occasion  de 
francise,  chevaliers,  à  cause  de  leur  ordre,  sont  tenus,  à 
leur  povoir,  de  garder  dames,  vesves  et  orphenins,  les 
petis,  povres  et  innocens  3,  de  l'outrage,  force  et  violence 
des  fors,  cruelz  et  malicieux,  comme  dessus  est  dit. 

Vérité  est  que  l'ordre  de  chevalerie  a  esté  mieulx  enten- 
due et  mise  en  ordonnance  depuis  ladvénement  de  Nostre 
Seigneur  Jhesucrist  que  par  avant.  Car  nostre  bon  créateur, 
en  remoustrant  et  preschant  la  foy,  donna  entre  aultres 
grant  loenge  au  chevalier  nommé  centurion  quant  il  dist 
qu'il  avoit  trouvé  plus  de  foy  en  luy  que  en  tous  ceulx 
d'Israël,  comme  l'en  poeut  vëoir  en  TEuvangile,  et  il  n'en 
moustra  pas  4  moins  quant  il  voult  que  Joseph  d'Arimathie 
ot  la  grâce  de  le  desclauer 5  de  la  croix  et  poser  son  précieux 
corps  en  son  sépulcre,  où,  de  son  humilité,  voult  reposer  6. 
Lequel  Joseph,  selon  l'opinion  des  docteurs,  estoit  de  l'ordre 
et  compaignie  des  chevaliers. 

Et  après  que  sainte  cristienté  est  crëue  et  exauchée, 


*  Orgueilleux  et  (H). 

2  Povres  et  innocens  (H). 

3  Les  cinq  derniers  mots  qui  précédent  sont  omis   dans  l'imprimé. 

*  Point  (C,  E). 

5  Desclouer  (C). 

*  Les  six  derniers  mots  qui  précèdent  sont  omis  dans  le  ms.  D. 


CHAPITRE    VIII.  415 

les  princes  de  long  temps  ont  gardé  grans  solempnitez  et 
sérimonies  à  l  donner  ordre  de  chevalerie,  et  du  temps  de 
lors  jusques  à  présent  l'en  en  a  usé  en  la  cristienté  en 
trois  manières. 

La  première,  quant  empereurs  et  roys  tenoient  solemp- 
nelles  festes,  comme  à  leurs  couronnemens  ou  solempnités 
pareilles,  les  jennes  bacelers  de  bon  lignage,  habiles  de 
corps,  que  l'en  nomme  de  présent  escuiers,  venoient  requerre 
et  demander  aux  princes  Tordre  de  chevalerie. 

La  seconde,  que  pluseurs  aultres,  par  licence  de  nostre 
saint  père  le  pape  et  de  leur  prince  temporel,  sont  aies  en 
la  sainte  terre  2  aourer  le  saint  sépulcre,  et  illec,  par  grant 
dévotion,  ont  prins  ordre  de  chevalerie. 

Et  la  tierce,  que,  es  guerres  sur  sarrasins  mescréans 
nostre  foy  ou  es  apparans  périlz  de  batailles  mortelles,  ou 
cruelz  assaulx  de  villes,  chasteaulx  ou  citez,  confîans  en 
la  grâce  de  Dieu  et  en  la  diligence  de  leurs  corps,  en  espé- 
rance ad  ce  jour  3  d'acquérir  honneur  et  bonne  renommée, 
ont  à  telz  grans  besoingz  et  périlz  requis  ordre  de  cheva- 
lerie, espérans  que  par  icelle  leur  force  et  vertu  en  crois- 
troit 4.  Et  de  toutes  ces  trois  manières  n'y  a  celle  qui  bien 
ne  face  à  loer. 

Mais,  se  cest  noble  ordre  estoit  gardé  et  maintenu 
comme  de  droit  appartient,  les  princes  devroient  establir 
et  ordonner  que,  avant  que  l'en  donnast  ordre  de  chevalerie 
à  nul,   que  les  jennes  escuiers  fussent  par  avant  bien  et 


1  Notre  texte  dit  :  de.  J'ai  préféré  la  version  commune  aux   mss. 
B,  C,  D,  E  et  H. 
8  Pour  (C,  E). 

5  En  apparence  celuy  jour  (H). 
4  Vertu  croitroit  (B,  C,  D,  E,  F,  H). 


414  l'instruction. 

deuement  informez  et  instruis  de  ce  que  à  chevalerie  appar- 
tient. Et  ainsi  se  souloit  faire  anciennement,  mais  de  pré- 
sent l'en  fait  chevaliers  ceulx  qui  le  requièrent  sans  les 
informer  ne  instruire  de  ce  que  audit  ordre  appartient. 
Car  de  droit  nul  n'y  devroit  estre  recëu  se  premiers  n'en 
avoit  licence  des  princes,  lesquelz  !  pour  rien  ne  devroient1 
souffrir  qu'elle  fust  donnée  aux  personnes  non  habiles  et 
indignes  de  si  noble  estât,  car  ilz  devroient  considérer  que 
chevaliers  sont  leurs  membres  2  à  l'ayde  de  quoy  ilz  deffen- 
dent  et  maintiennent  la  foy  de  Dieu,  l'église  et  justice. 

Et  pour  ces  raisons  ne  devroit  chevalier  estre  fait  se  il 
n'avoit  corps,  lignage,  meurs  et  conditions  dessus  déclairées, 
et  que  de  3  leur  vertu,  hardement  et  vaillance,  durant  le 
temps  qu'ilz  sont  escuiers,  en  apparust  aux  princes,  par  le 
rapport  de  vi  ou  de  vin  chevaliers  ou  escuiers  notables4. 
Car  plus  de  prouffit  et  honneur  seroit 5  en  ung  royaume 
de  trouver  deux  ou  trois  cens  chevaliers  vaillans,  de  grant 
auctorité,  pourvëus  de  richesses  à  soustenir  leur  estât,  bien 
eslëuz,  que  sept  ou  vin  cens  d  aultres.  Car  6  deux  ou  trois 
cens  chevaliers  notables  et  de  bonnes  meurs  poevent 7  en- 
doctriner, nourrir  et  conduire  très  grant  quantité  de  vail- 
lans escuiers  et  hardis  compaignons,  par  la  doctrine  des- 
quelz  se  délaisseroient  moult  de  desrisions  et  cruaultez  en 


*  Lesquelles  (C). 

*  Que  chevallerie  est  le  membre  (H). 

5  Que  leur  (C,  E).  Les  autres  mss.  sont  conformes  au  texte  A. 
4  Par  chevaliers  ou  escuiers  notables  (G). 

s  Plus  de  proufit  seroit  (C). 

6  G  termine  ainsi  ce  §  :  Car  c'est  la  crainte,  doctrine  et  conduite 
des  autres  escuyers  pour  leur  aprendre  à  valoir  et  cognoistre  ce  qui 
à  estât  de  chevallerie  appartient  et  pour  acquérir  honneur. 

7  Sachent  (C). 


CHAPITRE    VIII.  415 

quoy  nourrissent  au  jour  d'uy  les  jennes  escuiers  et  com- 
paignons  de  guerre  par  défaulte  de  ce  qu'ilz  n'ont  chastoy 
ne  doctrine,  ne  sont  tenus  '  en  la  crémeur  et  discipline  que 
à  tel  estât  appartient.  Car,  par  le  moyen  de  doctrine  et  d'en- 
seignement quel  2  chose  est  noblesse  et  que  à  estât  de  che- 
valerie appartient,  les  jennes  escuiers  mettroient  paine  3 
d'estre  vaillans  et  d'acquérir  bonne  renommée,  adfin  que 
par  ce  moyen  ilz  peussent  venir  à  Testât,  honneur  et  haul- 
tesse  de  chevalerie.  Lesquelz  chevaliers  ainsi  notablement 
eslëuz,  les  princes  devroient  moult  exaucier,  amer,  croire4, 
honnourer  devant  tous  aultres. 

Et,  pour  déclairer  en  effect  l'ordre  de  chevalerie  et  la 
comprendre  en  briesves  paroles,  chevalier  doit  estre  fait 
par  main  de  chevalier  et  par  espée.  Et  pour  entendre  l'ex- 
position et  signification  de  l'espée,  elle  a  croix  et  en  la 
lemelle  deux  5  trenchans.  La  croix  signifie  que  chevalier 
doit  avoir  ferme  foy  8  et  créance  en  Jhésucrist  et  en  son 
église  cristienne.  Et,  par  l'un  des  trenchans  de  l'espée, 
soustenir  et  deffendre  la  foy  et  l'église",  et  par  l'aultre 
maintenir  justice  par  le  moyen  de  quoy  le  povre  poeuple 
est  deffendu  et  gardé,  comme  dessus  est  touchié. 

Chevalier,  tant  qu'il  ait  puissance  de  corps,  doit  inces- 
samment poursiévir  et  s'emploier  en  l'exercite  d'armes  , 
contendant  par  ce  moyen  de  parvenir  à  la  vraye  perfection 
d'onneur,  laquelle  nulz  ne  puet  acquérir  7  sans  vertu. 


1  Ne  tenus  (C).  —  Ne  soubstenus  (H). 

*  Quelle  (C,  E,  H). 

5  Grant  paine  (H). 

4  Croire  et  (H). 

5-6  Deux  trenchans,  c'est  assavoir  ferme  foy  (H). 

7  A  laquelle  nul  ne  peult  parvenir  (H). 


416  L  INSTRUCTION. 

Et,  ad  ce  propoz,  l'en  treuve  que  '  anciennement 2,  ou 
temps  que  Rome  seignourissoit  presque  sur  tout  le  monde, 
avoit  à  Rome  deux  temples,  l'un  nommé  le  temple  d'on- 
neur  et  l'autre  le  temple  de  vertu  ;  mais  le  temple 
d'onneur  estoit  édiffié  et  assis  en  telle  manière  que  nul  n'y 
povoit  entrer  que  premiers  ne  passast  par  le  temple  de 
vertu.  3  Pour  quoy,  l'en  doit  sçavoir  et  entendre  que  nul,  de 
quelque  estât  qu'il  soit,  sans  vertu  ne  poeut  parvenir  à 
honneur. 

Chevalier  doit  par  dessus  tous  aultres  hommes  estre 
véritable,  large  et  libéral,  sans  convoitise  ne  rapine  désor- 
donnée \  tousjours  garny  d'armes,  chevaulx,  sergans  et 
habiles  compaignons,  nécessaires  à  son  estât  \  Il  se  doit 
garder  d'yvresse  et  de  gloutonnie,  et  vivre  de  sa  bouche  par 
tele  atemprance  et  continence  que  à  Texercite  d'armes 
appartient,  adfîn  que  l'en  le  treuve  habile  de  corps  et  tout 
délibéré  de  plus  6  vouloir  recepvoir  mort  que  de  commettre 
lâcheté  ou  couardise  7.  Il  doit  oïr  messe  tous  les  jours  se 
bonnement  le  poeut  faire,  et  par  espécial,  sans  faillir,  le 
dimence8,  et  offrir  son  corps  à  l'église  et  autel  de  Dieu.  Et 
se  doit  garder  de  converser  ne  aler  en  lieux  9  dissolus  ne 


1  Que  manque  dans  beaucoup  de  mss.  :  A,  B,  D,  F,  etc.  —  Je  l'em- 
prunte au  ms.  C. 

•  L'imprimé  supprime  :  Yen  treuve  anciennement. 
5  Le  résumé  supprime  cette  dernière  phrase. 

•  A  écrit  :  désordonné.  J'ai  corrigé  d'après  B,  C,  D,  E  et  H. 

5  Chevalier  doit  estre  libéral,  non  enteiché  de  quelque  vice,  bien 
en  point,  toujours  prest  à  servir  le  prince  (G). 

•  Tost(H). 

7  Cette  phrase  est  supprimée  dans  le  résumé  G. 

8  Dimanche  (C,  D). 

9  Converser  en  lieux  (C,  E). 


CHAPITRE    VIII.  417 

de  hanter  meschante  compaignie  *,  mais  se  tenir  honnou- 
rablement  vestu  et  entre  ses  habillemens  avoir  chainture 
et  esporons dorez,  en  signifiance *  de  son  très  excellent  estât. 

L'en  treuve  que  anciennement,  quant  l'en  faisoit  cheva- 
liers nouveaux,  en  temps  de  paix,  à  ce  faire  y  avoit  moult 
de  solempnitez  et  sérimonnies  :  en  Franche,  une  manière, 
en  Allemaigne,  Espaigne,  Angleterre,  et  Ytalie  3,  aultres  ; 
mais  différence  y  a  de  l'une  région  à  l'auitre.  Si  m'en 
déporte  pour  briesveté  d'en  plus  avant  parler  pour  la  lon- 
gueur de  la  matère  4. 

Le  en  treuve  en  aulcunes  5  croniques  de  la  conqueste  de 
la  sainte  terre  6  que  fist  le  vaillant  cristien  7  Godefroy 
de  Buillon,  que  entre  les  aultres  y  ot  ung  chevalier  fran- 
çais, nommé  Hue  de  Tabarie,  qui  en  son  temps  fu  prince  de 
Galilée.  Or  advint  ung  jour  que  une  entreprise  8  se  fist  sur 
les  sarrasins  par  les  cristiens  ,  mais  il  pleut  à  Nostre 
Seigneur  que  9  cristiens  furent  desconfiz  par  les  ennemis 
de  la  foy.  A  laquelle  course  fut  prins  le  prince  de  Galilée, 
qui  par  son  droit  nom  estoit  nommé  Hue  de  Tabarie.  Le- 
quel fu  amené  devant  le  roy  Salhadin,  soudan  de  Babilonne 
qui  bien  le  congnoissoit,  lequel  luy  dist  :  «  Hues,  vous 
estes  prins.  »  Et  il  respondy  :  «  Ce  poise  moy.  »  —  «  Droit 

1  La  phrase  qui  précède  est  omise  dans  l'imprimé. 

*  Segnefiant  (C,  E). 

3  Et  Italie  est  omis  dans  l'imprimé. 

*  Et  y  a  diverses  manières  de  faire  chevalliers  selon  la  diversité  des 
régions  et  royaumes  (G). 

8  L'en  treuve  en   anciennes  (ou  anchiennes)  (B,  C,  E,  etc.).  —  Ce 
chapitre  est  celui  qui  a  été  le  moins  réduit  dans  le  ms.  G. 
a  Terre  sainte  (B,  C,  D,  E). 
7  Roy  (B,  C,  D,  E,etc).  L'inprimé  dit  commeA  :  vaillant  chrestien. 

•  Entreprise  de  course  (G). 

•  Les  crestiens  (B,  H). 


418  l'instruction. 

avez,  car  morir  vous  feray.  »  —  «  Sire,  dist  Hues,  je  voul- 
droy  plus  payer  raençon  à  moy  possible  que  morir,  se 
vostre  plaisir  estoit.  »  Et  lors  le  Soudan  l  dist  :  «  Que  me 
veulz-tu  donner?  »  Et  le  prince  respondy  :  «  Demandés 
que  vous  voulés  avoir.  »  Et  le  Soudan  dist  :  «  Je  voeul 
avoir  de  toy  cent  mille  besans.  »  —  «  Sire,  ceste  raenchon 
est  trop  grande  2  et  à  moy  impossible  de  payer.  »  —  «  Vous 
la  payerez  bien,  dist  le  Soudan,  car  vous^estes  bon  cheva- 
lier et  hardy,  et  les  preux  et  vaillans  hommes  vous  donront 
assez.  »  —  «  Sire,  puisque  le  me  conseilliés,  et3  je  le  vous 
promès  à  payer.  Mais  sur  quoy  le  me  croirez-vous  ?  »  Et 
le  Soudan  luy  respondy  :  «  Sur  ta  loy,  je  te  croiray  *  ung 
an,  et  se  dedens  Tan  le  me  raportes,  je  te  tenray  pour 
quitte,  et  si  non,  retourne  à  moy  en  tel  estât  comme  tu  es 
de  présent  et  je  te  recepvray  mon  prisonnier.  »  —  «  Sire, 
à  la  confidence  de  vostre  noble  parole  5,  je  le  vous  promès 
sur  ma  loy.  Or  me  donnez  conduit  comme  à  chevalier  pri- 
sonnier appartient.  »  —  «  Voulentiers,  dist  le  roy,  mais 
avant  que  vous  partez,  je  voeul  parler  à  vous  en  ceste 
chambre  6.  »  Et  quant  il  y  vint,  le  prince  luy  demanda  : 
«  Sire,  que  vous  plaist?  »  —  «  Hues,  dist  le  roy,  je  voeul 
que  me  moustrés  la  manière  comment  l'en  fait  chevaliers 
en  la  cristienté.  »  —  «  Sire,  sur  qui  le  moustreray  7?  » 
—  «  A  moy  mesmes,  dist  le  Soudan.  »  —  Adont  dist  le 


4  Et  le  Soudan,  (C,  E). 

*  Grant  (C  et  E). 

5  Quelques  mss.  suppriment  et  (B,  C,  etc.). 

*  Le  te  croira  (D). 

5  De  vostre  personne  et  de  vostre  parole  (Cj. 

6  En  une  chambre  (C). 

7  Le  raousterai-je  (C). 


CHAPITRE    VIII.  419 

prince  :  «  Jà  Dieu  ne  plaise  que  je  me  raesface  tant  que  de  ! 
mettre  si  noble  chose  comme  ordre  de  chevalerie  en  tel 
corps  comme  le  vostre.  »  —  «  Pour  quoy  ?  »  dist  le  Sou- 
dan. —  «  Pour  ce  que  vous  estes  nudz  et  vuis  2  du  sacre- 
ment de  baptesme  et  de  la  sainte  foy  cristienne.  »  — 
«  Hues,  dist  le  roy,  vous  estes  mon  prisonnier,  si  ne  pôves 
mesfaire  de  acomplir  mon  commandement,  et  jà  ne  trou- 
verez homme  en  vostre  loy  qui  vous  en  doye  blasmer 
ne  reprendre.  »  —  «  Sire  ,  puisque  vous  le  me  con- 
seilliés,  je  le  feray.  »  —  Et  incontinent,  fist  ordonner  ce 
qu'il  convenoit  à  3  faire  chevalier  nouvel.  Son  chief  et  sa 
barbe  luy  fist  rère  et  appareillier  plus  bel  qu'il  n'estoit 
devant.  Après,  le  fist  entrer  en  ung  baing  et  luy  dist  : 
«  Cilz  baings  vous  donne  à  entendre  que  vous  devés  estre 
aussi  nés  et  aussi  mondes  que  ly  enfes  ist 4  des  sains  fons 
de  baptesme,  innocent,  sans  péchié  ne  mauvaise  inten- 
tion. »  Et  lors  le  roy  luy  dist  :  «  Hues,  cilz  commencement 
est  beaux  et  bien  me  plaist  5.  »  —  Après  ce  baing,  le  fist 
couchier  en  ung  riche  lit  et  luy  dist  :  «  Sire,  ce  lit  vous 
donne  à  entendre  l'onneur  et  le  repos  perpétuel  que  vous 
devés  acquérir  durant  l'ordre  de  vostre  chevalerie  6  par 
voz  bonnes  oeuvres.  »  —  Et  aprez  ce  qu'il  ot  un  peu  jeu,  le 
fist  lever  et  le  vesti  de  blans  draps  linges  :  «  Lesquelz  vous 
donnent  à  entendre  la  grant  netteté  et  pureté  de  corps  que 
vous  devés  avoir.  » 


1  A  dit  :  que  mettre.  J'ai  préféré  la  version  B,  C,  G  et  H, 

8  Vuis  et  nudz  (C).  —  Vil  et  nu  (G). 

5  Convint  faire  (C).  —  Convient  à  faire  (E), 

*  Comme  li  enfès  issant  (C). 

5  Ce  commencement  est  bel,  dit  le  roy  (G). 

9  L'ordre  de  chevalerie  (C). 


420  l'instruction. 

Aprez,  le  vesti  l  de  robe  vermeille  et  luy  dist  :  «  Sire, 
ceste  robe  de  vermeil  2  signifie  le  sang  3  que  vous  devez 
espandre  pour  Dieu  servir  et  exauchier  la  sainte  loy  et 
deffendre  l'église  cristienne.  »  —  Aprez,  luy  chausa  unes 
chauses  brunes,  de  saye  4,  et  luy  dist  :  «  Sire,  ces  chausses 5 
signifient  que  vous  estes  composés  de  terre  et  à  terre  devez 
retourner  et  souvent  penser  à  la  mort.  » 

Aprez,  le  drescha  tout  droit  et  le  chaint  d'une  blanche 
chainture  et  luy  dist  :  «  Ceste  blanche  chainture  vous  donne 
à  entendre  la  chasteté  et  netteté  de  corps  et  de  nombril  que 
chevalier  doit  avoir  6.  Car  moult  doit  souffrir  et  endurer 
de  temptations  avant  ce  qu'il  pèche  villainement  de  son 
corps.  » 

Aprez,  luy  chaussa  esporons  dorés  et  luy  dist  :  «  Sire, 
ces  esporons  vous  donnent  à  entendre  que,  aussi  vistes  7  et 
aussi  entalentés  que  vous  voulez  que  vostre  cheval  soit  à 
la  semonse  de  voz  esporons,  ainsi  devez  vous  estre  prest 
à  garder  les  commandemens  de  Dieu  et  le  dévotement 
servir.  » 

Aprez,  il  luy  chainst  une  espée  et  lui  dist  :  «  Sire,  ceste 
espée  vous  doit  assëurer  contre  les  temptations  du  dyable 
et  par  les  trenchans  8  d'icelle  devez  garder  droiture  et  jus- 


•  Fist  vêtir  (C). 

8  Robe  merveille  (C). 
3  Le  baiDg  (C). 

•  De  brune  soye  (H). 

s  Et  lui  dist  :  les  chausses  (C). 

e  Après,  le  ceignit  d'une  ceinture  blanche  qui  signifie,  dit-il,  chas- 
teté que  chevalier  doit  avoir  (G). 
7  Vistement  (C).  Erreur  évidente. 

•  Les  deux  trenchans  (C). 


CHAPITRE    VIII.  421 

tice,  le  povre  '  contre  le  riche  et  le  foible  contre  le  fort a.  » 
Aprez,  lui  mist  une  blance  huve  3  sur  le  chief  et  lui  dist  : 
«  Sire,  ceste  huve  signifie  que  vous  devez  voz  principales 
pensées  et  ymaginations  employer  à  Dieu  4  servir,  adfin  de 
lui  rendre  vostre  âme  pure  et  nette  ainsi  qu'il  la  vous  a 
prestée.  » 

Aprez,  lui  dist  :  «  Sire,  ancoires  y  a  il  auitre  chose  que 
je  ne  vous  donray  pas,  c'est  la  collée.»  —  «  Pour  quoy?  »  dist 
le  soudan.  —  «  Pour  ce  qu'elle  ramaine  à  mémoire  le  nom  de 
celluy  qui  luy  donne  l'ordre.  Et  chevalier  ne  doit  faulte 
faire  5  ne  vilonnie  pour  doubte  de  mort  ne  de  prison  ;  et, 
se  je  la  vous  donnoye,  j'en  seroye  reprochiez  par  toute 
cristienté.  Si  m'en  voeulliés  tenir  pour  excusé.  Mais,  sire, 
tant  vous  dy  que  quatre  tâches  générales  doit  avoir  bon 
chevalier  6. 

«  La  première,  il  ne  doit  estre  en  place  où  faulx  jugement 
soit  donné,  ne  trayson  pourparlée.  Et,  s'il  ne  la  puet  des- 
tourner, qu'il  s'en  parte'7.  Et  ne  doit  estre  en  lieu  où  dame 
ne  damoiselle  soit  diffamée  ne  mal  conseillie,  à  son  povoir. 

«  Chevalier  doit  faire  abstinence  et  espécialment  juner  le 
vendredy  en   la  ramenbrance  de   la  piteuse  passion  que 


1  Et  le  povre  (C). 

2  Après,  luv  ceignit  Tespée  et  luy  dit  :  Sire,  ceste  espée  vous  doit 
assëurer  contre  les  temptacions  du  déable  et  par  les  trenchans  devez 
garder  justice  et  le  povre  contre  le  riche.  Le  reste   du  §  manque  (G). 

3  Lyine  (H). 

4  Que  vos  pensées  et  ymaginacions  devez  emploier  à  Dieu  (C)  — 
Employez  à  Dieu  (E). 

1  Faire  faulte  (B,  C,  D,  G). 

6  Mais,  sire,  un  bon  chevallier  doit  avoir  quatre  conditions  (G). 

7  S'en  part.  (C).  —  Cette  phrase  est  supprimée  dans  G. 


422  LINSTRL'CTION. 

Jhésucrist  souffri  en  tel  jour.  S'il  ne  le  laisse  par  maladie 
ou  enferraeté  de  corps  ou  pour  libérale  compaignie,  et  se 
par  compaignie  l'enfraint,  amender  le  doit  en  aultre  bien 
fait  l.  Messe  doit  oïr,  et  offrir  son  corps  à  l'autel  Dieu.  » 

Et,  après  ces  paroles  dittes,  le  Soudan  le  prinst  par  la 
main  et  le  mena  en  sa  tente  ainsi  comme  il  estoit  atournez 
où  il  y  avoit  plus  de  chincquante  amiraulx.  Le  Soudan 
s'assist,  qui  moult  estoit  2  beaulx  homs.  Et  le  prince  Hue 
se  vouloit  3  seoir  à  ses  pies,  mais  le  roy  luy  dist  :  a  Là  ne 
serés  vous  pas.  »  Mais  le  fist  seoir  en  hault,  et  luy  dist  : 
«  Hues,  se  aulcun  poingnëis  *  d'ores  en  avant  se  fait 5  de  voz 
gens  et  des  nostres  6  et  7  aulcuns  y  soit  prins  que  vous 
aimés,  venés,  la  gambe  droite  sur  le  col  de  vostre  palefroy, 
et  je  le  vous  renderay.  Et  ancores,  de  grâce,  je  vous  donne  8 
présentement  x  de  voz  compaignons  prisonniers.  Faites  les 
querre  et  je  les  vous  feray  délivrer.  »  — «  Sire,  grant  mer- 
cis.  Or  9  me  donnez  congié  et  conduite  pour  m'en  aler. 
Mais  il  me  souvient,  quant  par  vous  fui  mis  à  finance,  que 
vous  me  déistes  que  tous  preudommes  me  feroient  ayde  à 
ma  raençon.  Et  il  me  samble  que  à  plus  preudomme  ne 
vaillant  de  vous  ne  pourroie  encommencier.  Or  me  faites 
aulcun  don.  »  —  Et  le  Soudan  lui  dist  :  «  Hues,  vouscommen- 


1  S'il  n'y  a  cause  suffisante  pour  le  laissier,  ou  il  le   doit  amender 
en  autre  euvre  de  charité  (G). 

*  Ert  (D). 

5  Volt(C,  D).  -Voult(B). 

*  Pognëis  (B). 

5  Se  fac  (D). 

6  Et  vous  des  nostres  (C). 

7  Et  se  (C). 

8  Je  vous  donne  la  grâce  (C). 
'  Sy(C). 


CHAPITRE    VIII.  423 

ciez  bien.  Et  je  vous  donne  cincquante  mille  besans.  »  — 
«  Sire,  grant  mercys.  » 

Lors,  le  roy  se  leva  et  le  prist  par  la  main  et  le  mena 
devant  les  amiraux,  et  luy  mesmes  prioit  pour  luy.  Lesquelz 
tant  luy  donnèrent  que  il  ot  xm  besans  !  par  dessus  sa  raen- 
çon  2.  Et  adont  dist  au  roy  :  «  Sire,  or  me  donnés  congié 
pour  retourner  en  la  crlstienté.  »  —  Et  le  Soudan  luy  dist  : 
«  Pas  ne  le  feray  tant  que  vous  serez  3  payez  entièrement  du 
don  qui  vous  est  fais.  »  —  Et  Hues  luy  respondy  :  «  Sire,  je 
m'en  4  déporteray  bien.  »  —  Mais  le  roy  jura  qu'il  n'en  quit- 
tera jà  besant  :  «  Ains  les  presteray  de  mon  trésor  et  le 
reprendray  à  ceulx  qui  promis  les  vous  ont.  »  Et  incontinent 
appella  son  maistre  chambellan  qui  son  trésor  gardoit  et 


1  XIIm  besans  (C). 

*  XIIm  besans  et  quitte  (G).  Après  cette  phrase  le  résumé  (G)  sup- 
prime le  colloque  de  Hue  et  du  Soudan  et  termine  ainsi  : 

Lesquelx  le  Soudan  lui  fist  payer  devant  son  département  et  prêta 
à  ceulx  qui  promis  luy  avoient,  combien  que  Hue  n'en  vouloit  rien 
prendre.  Mais  le  roy  les  luy  feit  délivrer  de  son  trésor  et  demoura 
huyt  jours  après  avec  le  Souldan,  cuydant  délivrer  des  prisonniers  de 
l'argent  que  on  luy  avoit  donné,  mais  le  Souldan  jura  que  pour  lors 
plus  n'en  délivreroit.  Si  print  congié  Hue  du  Souldan  qui  le  feit  con- 
duire et  mettre  à  sè'urté.  Ainsi  s'en  venist  Hue  en  la  crestienté,  avec 
ses  deux  chevalliers  et  le  trésor  que  le  Souldan  lui  avoit  délivrez, 
ausquelx  il  départit  du  trésor,  car  besoing  en  avoient.  Ainsi  en  advint 
au  bon  prince  Hue  pour  sa  bonne  renommée.  Si  doivent  princes  et 
chevalliers  mettre  paine  de  la  conquérir,  car  s'ilz  chëoient  prison- 
niers en  main  de  proudomme,  leur  rançon  en  seroit  plus  légière,  comme 
celle  du  noble  prince  Hue  de  Tabarie,  seigneur  de  Galilée.  Explicit 
l'Instruction  du  jeune  prince. 

5  Tant  que  serez  (B,  C,  D). 

4  A  dit  :  me.  J'ai  préféré  la  version  B,  C,  D  et  G. 


424  l'instruction. 

luy  commanda  qu'il  baillast  au  prince  Huon  l  de  Tabarie 
les  xm  besans  *  qui  incontinent  luy  furent  délivrés.  Et 
depuis,  séjourna  vin  jours  avec  le  roy  Salhadin,  et  durant 
ce  temps  moult  demanda  et  enquist  des  prisonniers,  qui  3 
voulentiers  les  euist  rachetez  des  besans  qu'il  avoit  du 
revenant  de  son  don.  Mais  le  Soudan  jura  le  grant  Dieu 
qu'il  *  n'en  déliveroit  plus  pour  ceste  fois.  Et  quant  ly  5 
princes  ce  oy,  il  ne  le  voult  plus  traveillier  de  requestes, 
ains  prinst  congié  du  Soudan  en  luy  priant  qu'il  luy  baillast 
conduit,  ce  que  le  roy  fist  voulentiers,  et  fîst  armer  xx  de 
ses  Sarrasins  et  tant  chevaucèrent  qu'ilz  les  mirent  à 
sëureté.  Et  en  ceste  manière  s'en  repaira  en  la  cristienté 
Hues  de  Tabarie,  princes  6  de  Galilée,  atout  les  prison- 
niers 7  et  le  trésor  que  le  Soudan  luy  avoit  donné,  lequel 
trésor  incontinent  départy  à  ses  povres  8  chevaliers  qui 
grant  mestier  en  avoient. 

Si  doit  bien  ceste  histoire  estre  ramentëue  devant  princes 
et  chevaliers,  car  noble  chose  est  et 9  grant  recommanda- 
tion d'estrè  bien  renommé  10,  car  s'il  advient  "  que  prince  ou 
bon  chevalier  chiet  12  en  main  de  preudomme,  plus  légière 


1  Hues  (C). 

«  XIIm  besans  (C).     . 

8  Que(B).  —Qu'il  (H). 

*  Jura  son  grand  Dieu  qu'il  (C).  —  Jura  qu'il  (E). 

5  Le  (C). 

6  Prince  (C,  E). 

7  A  ses  povres  prisonniers  et  chevaliers  (H). 

•  Princes  (C).  Erreur  manifeste. 

9  Est  de  grant  (D). 

**  A  écrit  :  renommée.  J'ai  corrigé  d'après  C  et  E. 
"  Advenoit  (C). 
"  Chëut  (C). 


CHAPITRE    VIII  425 

I 

en  est  l  sa  raençon  ;   et  ainsi  en  advint  au  noble  prince 
Hue  de  Tabarie,  seigneur  de  Galilée  2. 

Cy  une  le  livre  intitulé  V instruction  d'un  jeune  prince 
pour  se  bien  gouverner  envers  Dieu  et  le  monde. 


Ert  (C). 
1  Etc.  (C). 

VOY.    ET   AMB.  2? 


ANNEXES. 


LA  VISION  DU  ROI   OLLER1CH, 

d'après  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  de 
Sainte-Geneviève. 

—  V.  p.  341,  note  I,  — 

Et  lors  ne  demoura  gueres  que  une  si  très  grande  faulte 
le  print  qu'il  perdi  toute  congnoissance  et  en  ce  point  fu  long 
espace.  Toutefois  il  revint  à  soy,  puis  jetta  ung  merveilleux 
souspir  et  s'escria  à  haulte  voix  en  disant  :  «  0  bon  Dieu,  qu'ay 
je  vëu  ?  »  Et  incontinent  il  commanda  que  tous  widassenthors  de 
sa  tente  exepté  son  confesseur  seulement.  Et  quant  tous  furent 
widiés,  le  roi  dist  :  «  Ha,  beau  père,  durant  la  faulte  que  j'ay 

i maintenant  eue,  m'est  venue  une  merveilleuse  vision,  car  il  me 


428  INSTRUCTION. 

\ 

à  l'environ  du  quel  avoit  une  merveilleuse  clarté,  estoit  devant 
moy.  Et  quant  je  l'eus  longuement  regardé,  je  lui  demanday 
très  paoureusement  qui  il  estoit.  Et  il  me  respondit  très  béni- 
gnement  :  «  Je  suis  Olphe  qui  par  la  miséricorde  de  Jhésucrist 
suis  saulvé  et  sanctifié  à  Drouphèle,en  ton  royaume  de  Norwèghe. 
Et  pour  ce  que,  par  cy  devant,  maintes  fois,  par  grant  dévotion, 
tu   m'as  requis  et  aouré  et  fait  plusieurs  biens  à  mon  église, 
pour  ceste  cause  j'ay  prié  Dieu  dévotement  qu'il   me  donnast 
grâce  et  license,  devant  ta  mort,  de   toy  advertir  à  ton  grant 
besoing  de  v  péchiez  publiques,  énormes  et  crueulz,  que  tu  as 
commis  et  perpétrés  à  son  grant  desplaisir  et  au  grant  péril  de 
ton  âme,  desquelz   péchiés  tu  ne  te  pues   excuser  ne  prétendre 
ignorance,   car   ilz   sont   notoires  et  au  préjudice  de  tous.  Et 
te  di  pour  vérité  que  de  ces  v  péchiés,  tu  t'en  es  trop  légière- 
ment  passé   en   confession   et  encore    pis  en    repentance    et 
satisfaction,   dont  ton  âme   est  fort  chargie,  et  le  flateur  ton 
confesseur  qui   s'est  mal  acquittié  et  acquitte  envers  toy.  Et 
saches  que  tu  dois  avoir  moult  grant  repentance  de  tous  péchiés 
qui  sont  contre  la  chose  publique  et  à  la  destruction  et  préju- 
dice du  menu   peuple  et  en  dois  faire  restitution  et  pénitance 
publique,  dont  tu  n'as  riens  fait,  mais  continué  de  mal  en  pis.  » 
Et  après  ces  parolles,  le  roy  se  confessa  moult    dévotement  et 
de  cuer  contrit  de  tous  ses  péchiés  et  desfautes,  espécialment 
des  v  péchiés  horribles  qui  s'ensivent. 

«  Le  premier  est  que  en  pluseurs  notables  églises,  cathédrales 
et  collégiales,  de  nos  royaumes,  par  force,  puissance,  menaces 
et  malicieuses  pratiques  j'ay  empeschié  les  élections  deuement 
et  canoniquement  faites  par  la  voix  du  Saint  Esprit,  et  en 
débouté  les  esleus,  gens  de  bonne  vie  et  prouffitable,  et  en  lieu 
d'iceulx  y  commis  personnes  à  ma  voulenté,  en  alant  notoire- 
ment à  l'encontre  de  l'intencion  de  mes  prédécesseurs,  fon- 
deurs des  églises,  qui  ordonnèrent  jadis  en  leur  fondacion  que, 
après  leur  mort,  par  juste  élection  et  bonne  estructine ,  les 
suppotz  des  églises  eslëussent  leurs  pasteurs,  et  sans  avoir  en 
riens  regart  au  serment  que  j'en  ay  fait  à  mon  couronnement, 


ANNEXES.  429 

où  j'ay  juré  solennellement  de  garder  les  églises  de  mes 
royaumes  en  leurs  honneurs,  franchises  et  libertez.  Et  encore 
les  bénéfices  qui  sont  à  ma  coUacion  à  cause  de  mes  préroga- 
tives et  haultesse  de  mes  royaumes  et  seignouries,  je  les  ay 
données  voluntairement  sans  avoir  regart  à  la  valeur  des  per- 
sonnes, aux  bons  clercs,  ne  à  ceulx  de  noble  lignie,  de  bonne 
vie  et  honneste. 

«  Le  second  péchié  est  des  deffautes  que  j'ay  commises  en  la 
justice  que  Dieu  m'a  baillie  en  garde.  Car  je  n'ay  pas  pugni 
les  mauvais,  crueulx,  félons  et  tenseurs,  selon  leurs  démérites, 
mais  les  ay  rcspités,par  argent  ou  prières  de  gens  de  ma  court, 
en  laissant  fouler  les  preudommes  et  innocens.  Et  qui  pis  est, 
vendu  ou  engaigié  à  argent  comptant,  ou  par  vicieuses  requestes 
disposé  de  mes  offices  de  justice  et  y  commis  gens  convoiteux 
et  rapineux,  sans  conscience,  ne  crémans  Dieu,  ne  aussi  soy 
congnoissans  en  l'exercite  des  offices.  Et  qui  pis  est,  les  ay 
laissié  convenir  sans  les  corrigier  ne  reprendre  de  leurs  des- 
fautes et  abus.  Et  ay  délaissié  les  preudommes  de  mes  royaumes, 
saus  avancement  ne  provision  d'estat  ne  d'offices  qui  bien 
y  eussent  esté  séans  ;  et  maintes  fois  ay  empeschié  et  mis  en 
delay  par  mes  mandemens  et  lettres  closes  l'exécution  de 
bonne  et  droiturière  justice  et  souffert  les  mangeries,  pratiques 
et  corruptions  de  mes  officiers  et  gens  de  ma  court,  sans  les 
en  riens  pugnir  ne  reprendre,  laquelle  chose  est  desplaisant  à 
Dieu  et  au  très  grant  dommage  et  préjudice  de  mon  peuple. 

«  Le  tiers  péchié  est  des  crueles  et  horribles  guerres  que  plui- 
seurs  fois  j'ay  entreprises  contre  princes  crestiens  et  commu- 
naultés  de  bonnes  villes,  la  plus  grant  part  à  l'occasion  de  mes 
convoitises,  orgueulx  et  vaines  gloires,  desquelles  consellez  ou 
questions  je  n'ay  voulu  pou  ou  riens  croire  ne  user  du  conseil 
des  anciens  ne  des  estas  de  nos  royaumes.  Ains  les  ay  con- 
duises voluntairement  à  ma  testée  et  opinion,  par  le  conseil 
de  flateurs,  convoiteux  et  rapineux,  sans  avoir  regart  à  l'effu- 
sion du  sang  crestien  ne  prendre  pité  ne  compassion  du  povre 
peuple  qui  porte  et  soustient  la  dureté  et  cruaulté  des  guerres. 


450  INSTRUCTION. 

Le  ime  péchié  est  des  grandes  et  sumptueuses  tailles,  aydes, 
tonlieux,  mengeries  et  nouvelités  que  maintes  fois  j'ay  mis 
sur  mon  povre  peuple,  à  la  vérité  plus  pour  les  conduites  de 
mes  plaisances,  prodigalités  et  oultrages  et  pour  enrichir  mes 
mignotz  et  flateurs  que  pour  la  conservation  et  deffense  de  mes 
subgés.  Et  en  maintes  manières  ay  malicieusement  coulouré 
et  paré  mes  requestes,  aucunesfois  sous  umbre  de  mes  guerres 
et  aultres  soubtilz  moyens,  pour  induire  Je  peuple  à  parvenir 
à  mes  intençons,  et  ay  séduit  pluseurs  à  prattiquier  mes 
demandes,  les  uns  par  dons  et  les  autres  par  menaces. 

Le  ve  péchié  est  que, par  convoitise  désordonnée,  j'ai  desfailly 
ou  fait  de  mes  monnoyes,  par  les  empirances  que  pluseurs  fois 
y  ay  fait  malicieusement,  ou  très  grant  préjudice  de  mes  subgés 
et  de  la  chose  publique.  Car  sans  faire  nouveau  pié  ne  sans  le 
segnelîer  au  peuple,  y  ay  fait  empirance  dont  nul  ne  se  donnoit 
à  garde  excepté  moy  et  les  prochains  de  ma  personne,  char- 
geurs et  billonneurs  qui  y  ont  prins  de  mervilleux  prouffis 
à  la  destruction  de  mon  peuple,  et  si  grand  dommage  leur 
aporte  que  je  congnois  très  bien  que,  pour  ung  denier  qui  en  est 
venu  à  mon  prouffit,  mon  peuple  en  a  aporté  vi  ou  vil  fois 
autant  de  dommage.  Laquelle  chose  j'ay  fait  contre  le  serment 
que  je  fis  à  mon  couronnement  où  je  juray  solompnellement 
que  durant  mon  temps  je  entretenroye  mes  monnoies  sans 
quelque  empirance.   » 

Et  quant  son  confesseur  l'ot  bien  entendu,  il  commença  à 
plourer  tendrement  et  batre  sa  coulpe.  Adont  lui  demanda 
le  roy  :  «  Beau  père,  qu'avés-vous  ?  »  Et  il  lui  respondy  : 
«  0  mon  bon  seigneur ,  j'ay  bien  cause  de  dueil,  car  je 
congnois  par  la  révélation  que  vous  avés  eue  que  j'ay  deffailli 
envers  Dieu,  mon  créateur,  et  envers  vous,  en  tant  que  je  ne 
vous  a,y  point  par  cy  devant  deuement  reprins  de  vos  péchiés, 
ains  par  flaterie  m'en  suis  passé  légièrement.  Je  le  congnois, 
certes,  vous  ne  moy  ne  le  povons  ignorer ,  car  cent  mille 
et  cent  mille  de  vos  subgetz  le  scèvent,  comme  vous  et  moy, 
lesquelz  ont    paciamment  souffert  et  enduré  ,   à   leur  grant 


ANNEXÉS.  431 

desplaisir,  vos  derrisions  et  convoitises.  Et  pour  Dieu,  mon 
chier  seigneur  ,  si  chier  qne  vous  avés  le  salut  de  votre 
âme,  priés  en  à  Dieu  mercy  de  bon  cuer  et  lui  offres  amende- 
ment de  vos  desfautes  et  en  faittes  ainsi  que  le  glorieux  saint 
monseigneur  saint  Olphe  vous  a  de  sa  grâce  adverty  et  chargié. 
Car  quant  je  y  pense  bien,  je  n'i  sauroye  riens  amender  ne 
corriger.  Promettes  aussi  à  Dieu  que,  s'il  vous  donne  grâce 
d'escaper  de  ceste  maladie,  que  jamais  en  telz  péchiés  ne  ren- 
querrés  et  que  vous  en  ferés  tele  restitution  que  luy  et  tous  vos 
bons  subgetz  en  seront  contens.  Mon  très  chier  seigneur, 
soyés  certain  que  la  vision  que  avés  eue  n'est  pas  advision 
seulement,  mais  révélacion  divine  que  vostre  bon  créateur 
Jhésucrist  vous  a  volu  faire  devant  vostre  mort,  à  la  prière  du 
glorieux  monseigneur  saint  Olphe  ouquel  avez  tous  jours  eu 
granc  fiance.  » 


H 


INSTITUTION    D'UN   GRAND   CONSEIL    PAR    PHILIPPE 

LE  BON. 

Nous  avons  vu  que  les  avis  de  Ghillebert  ne  furent  pas 
sans  résultat,  car  ils  ont  dû  avoir  une  influence  sur  la  résolu- 
tion de  Philippe  le  Bon  d'instituer  un  grand  conseil.  Voici 
les  lettres  patentes  du  6  août  1446.  En  les  comparant  au 
texte  de  Ghillebert,  on  verra  quels  rapports  il  y  a  entre 
ces  documents. 

Lettres  patentes  du  duc  de  Bourgogne  concernant 
l'établissement  d'un  conseil.  ' 


Phelippe,  par  la  grâce  de  Dieu,  duc  de  Bourgoigne,  de 
Lothier,  de  Brabant  et  de  Lembourg,  conte  de  Flandres,  d'Ar- 
tois, de  Bourgoigne,  palatin  de  Haynau,  de  Hollande,  de  Zeel- 


1  Cette  pièce  a  été  publiée  dans  les  bulletins  de  l'académie  de  Bel- 
gique d'après  un  texte  des  archives  de  Bruxelles.  J'en  ai  vu  trois 
copies  à  la  Bibliothèque  nationale  de  Paris. 

A  Fonds  de  Bourgogne,  t.  95,  p.  1002-1008. 

B  Même  fonds,  t.  103,  p.  162,  extrait  d'un  registre  de  la  chambre 


ANNEXES.  455 

lande  et  de  Namur,  marquis  du  saint-empire,  seigneur  de  Frise, 
de  Salins  et  de  Malines.  A  tous  ceulx  qui  ces  présentes  lettres 
verront,  salut. 

Comme  nous  avons  esté  advertis  que,  pour  le  bien  de  nous, 
de  noz  pays  et  subgetz,  et  affîn  que  iceulx  nos  pays,  qui  sont 
amples  et  la  plus  grande  partie  pays  de  peuple  et  de  commun, 
soyent  gouvernez  en  bonne  justice  et  police,  comme  le  désirons, 
il  est  de  nécessité  de,  convenablement  et  à  grande  et  meure 
déJibéracion,  pourvëoir  aux  offices  et  estas  de  justice  de  nosdits 
pays  et  y  commectre  gens  notables,  prudens  et  aymans  le  bien 
de  justice,  afin  que  par  icelle  justice,  qui  est  la  chose  principale 
à  quoy  tous  princes  vertueulx,  qui  sont  debteurs  de  justice  à 
leurs  subgetz,  doivent  avoir  l'œil,  comme  celle  par  laquelle  ilz 
régnent  et  acquièrent  gloire  et  notable  renommée,  et  par  quoy 
aussi  toutes  choses  prospèrent  et  demeurent  fermes  et  estables, 
et  au  contraire,  par  faulte  d'ieelle,  deffaillent  et  déchéent,  la 
chose  publicque  de  noz  pays  avantdis  se  puisse  conduire  et 
croistre  en  prospérité  de  bien  en  mieulx,  au  bien  et  prouffit  de 
nous  et  de  nosdis  subgetz  ;  et  d'autre  part,  qu'il  est  expédient, 
voire  nécessaire,  pour  la  conduicte  tant  dudit  fait  de  justice 
comme  de  noz  finances  et  autres  grands  et  pesans  matières  qui 
journèlement  nous  surviennent  et  pèvent  survenir,  avoir  delez 
nous  ung  conseil  notable  de  gens  saiges,  expers,  preudommes 
et  féables,  qui  continuèlement  soient, tous  ou  la  plus  grant  par- 
tie, résidens  devers  nous,  et  par  lesquelz  les  besoignes  et  affaires 
qui  nous  surviendront  soyent  vëucs,  advisées  et  digérées  avant 
que  par  nous  en  soit  ordonné  ;  et  combien   que  par  ci  devant 


des  comptes  de  Dijon.  (Collection  de  Dom  Aubrai).  La  charte  y  est 
suivie  ici  de  la  copie  d'une  lettre  d'envoi  du  Duc  :  «  A  nos  amé.s  etféaulx 
les  gens  de  nos  comptes  à  Dijon,  »  datée  de  Bruxelles  7  sept.   1446. 

C  Même  fonds,  t.  99,  p.  464.  C'est  à  cette  copie  que  j'ai  emprunté 
le  titre  mis  en  tête  de  la  charte. 

J'ai  donné  quelques  variantes  de  ces  copies. 


434  INSTRUCTION. 

ayons  eu  et  avons  *  encoires  de  présent  grant  nombre  de  con- 
seillers de  nostre  retenue,  tant  maistres  de  noz  requestes  que 
autres  gens  notables  et  de  grant  discrétion,  toutevoyes  les  plu- 
sieurs d'eulx  ont  esté  et  sont  souvent  absens,  occupez  en  leurs 
affaires  et  autrement,  par  quoy  est  advenu  souventes  fois  que 
noz  affaires  ne  se  sont  pas  si  bien  conduis  *  ne  si  sëurement 
que  la  chose  le  requéroit  et  besoing  estoit  : 

Savoir  faisons  que  nous,  considérées  les  choses  dessusdites, 
avons,  par  grant  advis  et  meure  délibéracion,  voulu,  ordonné 
et  estably,  voulons,  ordonnons  et  establissons  par  la  teneur  de 
ces  présentes,  sans  toutevoyes  deschergier  ne  déporter  ceulx 
qui  sont  de  nostre  conseil,  en  nostre  hostel,  de  leurs  estas  et 
offices,  ung  conseil  estre  et  résider  devers  nous,  ouquel  com- 
mettrons, avecques  nostre  chancellier,  certain  nombre  de  gens 
notables,  saiges  et  expers,  qui  le  plus  continuèlement  seront 
et  feront  résidence  devers  nous,  où  que  soyons,  ou  moins  en 
y  aura  tousjours  quatre  ou  cincq  présens  et  audessus,  saulf  que 
à  la  fois,  et  meismement  quant  il  nous  conviendroit  absentir  et 
aler  de  l'un  de  noz  pays  en  l'autre,  les  laisserons,  ou  une  partie 
d'eulx,  selon  que  le  cas  le  requerra,  pour  en  nostre  absence 
avoir  le  gouvernement  d'iceulx  noz  pays  dont  serions  absens  ; 
lesquelz  chascun  jour  se  assembleront  devers  nostre  chancel- 
lier quant  il  y  sera,  et  en  son  absence  devers  le  chief  de  nostre 
conseil,  à  telles  heures  et  par  tant  de  fois  le  jour  qu'il  sera 
advisé  et  ordonné,  et  avecques  iceulx  chancellier  et  chief  de 
conseil  auront  advis  entre  eulx  sur  la  conduicte  des  matières  et 
affaires  pesans  3  qui  survendront,  tant  des  nostres  que  de 
ceulx  de  noz  subgctz  et  autres  touchans  nous  et  iceulx  noz 
subgetz,  et  mesmement  sur  le  fait  de  pourvëoir  aux  offices  de 
noz  pays  dès  maintenant  et  toutes  et  quantes  fois  que  cy  aprèz 


*  Ayons  (A). 

s  Conduittes  (A). 

1  Présens  (A).  —  Pesans  (B). 


ANNEXES. 


435 


vacqueront,  tant  offices  de  justice  comme  de  recepte,  et  quelles 
gens  pourrons  et  devrons  commettre  à  l'exercice  d'iceulx.  Et 
aussi,  pour  ce  que  avons  esté  advertis  qu'il  y  a  plusieurs  mem- 
bres d'offices  particuliers,  tant  de  justice  que  de  recepte,  les- 
quelz  légièrement  se  pourront  excercer  et  governer  à  moins  de 
gens  et  à  moindre  sallaire  et  frais,  auront  aussi  advis  nosdis 
conseilliers  quelz  offices  l'on  pourra  abolir,  diminuer  et  res- 
treindre ;  et  avec  ce,  auront  aussi  advis  sur  la  conduicte  et  dis- 
tribucion  d'icelles  noz  finances.  Et  de  ce  que  ainsi  auront  advisé 
et  délibéré  entre  eulx,  nous  feront  rapport,  en  advertiront  et 
informeront  bien  au  long  toutes  et  quantes  fois  que  le  cas  le 
requerra,  pour  au  surplus  par  nous  en  estre  fait,  ordonné  et 
conclut  à  nostre  plaisir. 

Et  déclairons  dès  maintenant  que  en  icelles  matières  ne 
ferons  ou  ordonnerons  aucune  chose  que  premièrement  elles 
n'ayent  esté  délibérées  et  traictées  par  nostredit  conseil,  et  que 
y  ayons  eu  leurs  advis  et  délibéracion.  Et  à  ceste  fin,  voulons 
et  entendons  toutes  requestes  que  *  d'ores  en  avant  nous 
seront  faictes,  soit  de  bouche  ou  par  escript,  touchant  les 
matières  dessusdites,  estre  renvoyées  à  nostredit  conseil.  Et  se, 
par  inadvertence,  importunité  des  requérans  ou  autrement, 
avions  riens  fait  ou  ordonné  en  icelles  matières  sans  première- 
ment y  avoir  eu  l'advis  de  nostredit  conseil,  nous  ne  voulons 
ne  entendons  point  qu'il  soit  exécuté  ne  sortisse  effect.  Et  def- 
fendons  à  tous  nos  subgetz  que  autrement  ne  facent  requeste  ou 
poursuite  aucune  devers  nous. 

Ouquel  conseil  aussi  ordonnons  ung  greffier,  homme  notable 
et  expert,  qui  sera  présent  au  démené  desdites  matières  et 
enregistrera  tout  ce  que  par  ledit  conseil  sera  délibéré  et  que 
par  icellui  conseil  à  lui  ordonné  et  commandé  sera  *  d'enregis- 
trer, et  de  ce  fera  ung  registre  en  pappier  pour  la  sëureté  des 


«  Qui  (A). 

*  Les  trois  copies  omettent  ici  :  sera. 


436  INSTRUCTION. 

matières  ;  et  aprez  ce  qu'il  aura  les  choses  enregistrées,  mon- 
strera  ledit  registre  oudit  conseil,  pour  savoir  s'il  les  a  bien 
enregistrées  et  afin  de  corrigier  ledit  registre,  se  besoing  estoit. 

En  oultre,  pour  ce  que  avons  esté  advertis  qu'il  n'est  pas 
grant  nécessité  d'avoir  offices  de  gouverneur  et  controlleur  de 
noz  finances,  nous  avons  aboly  et  annullé,  abolissons  et  annul- 
ions et  mettons  au  néant,  par  ces  *  présentes,  les  offices  des 
gouverneur  et  controlleur  de  finances,  ensemble  les  gaiges  que, 
à  cause  d'iceulx  offices,  se  payoient  à  nostre  charge,  et  ordon- 
dons  que  plus  n'y  aura  gouverneur  ne  controlleur  de  cy  en 
avant. 

Avec  ce  aussi,  pour  ce  que  par  ci-devant,  par  importunité  de 
requérans  et  autrement,  avons  donné  pluiseurs  et  divers  mem- 
bres de  nostre  demaine  à  héritaige  perpétuel,  à  vie  et  à  nostre 
rappel,  tant  de  nostre  demaine  anchien  comme  de  2  demaine 
à  nous  advenu  et  eschëu  par  confiscacion  et  aprez  applicquié  à 
nostre  demaine  anchien  par  noz  prédécesseurs  et  nous,  par 
quoy  nos  revenues  en  sont  grandement  diminuées,  et  encoires 
sommes  journèlement  requis  d'en  donner,  nous  ordonnons  et 
déclairons  que  d'icellui  nostre  demaine  ne  ferons  plus  aucuns 
dons  à  tousjours,  à  vie,  à  rappel  ne  autrement,  en  quelque 
manière  que  ce  soit  ;  et  faisons  deffense  expresse  à  tous  noz 
subgectz  que  de  nostredit  demaine,  soit  de  nostre  demaine 
anchien  ou  autre  à  nous  eschëu  par  confiscacion  et  applicquié  à 
icellui  nostre  demaine  anchien,  ilz  ne  nous  demandent  de  cy  en 
avant  aucune  chose,  ne  en  facent  ou  facent  faire  aucune  requeste 
ou  poursuyte  devers  nous  ne  nostre  conseil,  sur  tant  qu'ilz 
doubtent  et  pèvent  mesprendre  envers  nous.  Et  afin  de  réinté- 
grer nostredit  demaine,  nous  abolissons  et  mettons  au  néant 
par  cestes  tous  dons  par  nous  fais  d'icellui  nostre  demaine,  à 
nostre  rappel,  à  quelques  personnes  et  pour  quelconcques  causes 


1  Ces  dittes  présentes  (A). 
8  Du  (A). 


ANNEXES.  437 

v 

que  ce  soit,  ensemble  toutes  lettres  qu'ilz  en  ont  ou  pèvent  avoir 
de  nous,  soubz  quelconcque  forme  de  parolles  qu'elles  sovent 
ou  puissent  estre  faictes  ne  causées,  et  applicquons  et  remet- 
tons par  cestes  à  nostre  demaine  anchien  tout  ce  que  par  nous 
donné  en  a  esté,  en  deïfendant  à  tous  noz  officiers  cui  ce  regarde 
que  de  telz  dons  ilz  ne  seuffrent  de  cy  en  avant  ceulx  qui  les 
avoient  plus  en  joyr,  ains  reçoive  chascun  d'iceulx  noz  officiers 
qui  recevoir  le  doivent  et  ont  accoustumé  paravant  lesdis  dons, 
et  en  rendent  compte  à  nostre  prouffit  comme  il  appartiendra  ; 
et  ce  ne  laissent,  sur  peine  de  recouvrer  sur  chascun  d'eulx 
autant  qu'il  en  cherroit  en  sa  recepte.  Et  au  regard  des  autres 
dons,  faits  de  nostredit  demaine,  à  rachat  ou  à  vie,  nous  ordon- 
nons que,  après  le  rachat  fait  ou  le  trespas  de  ceulx  qui  ont 
aucuns  d'iceulx  dons  à  vie,  ce  qu'ilz  tiennent  d'icellui  nostre 
demaine  soit,  aprèz  le  décez  de  chascun,  successivement  que  le 
cas  escherra,  applicqué  et  réuny  à  nostredit  demaine  anchien, 
et  dès  maintenant  le  y  applicquons  par  cestes.  Et  pareillement, 
au  regard  des  clergies,  berlens,  sergenteries  et  autres  offices 
queautres  fois  avons  ordonné  estre  appliquiez  à  nostre  demaine, 
nous,  en  ensuyvant  quant  à  ce  icelles  noz  autres  ordonnances, 
voulons  et  ordonnons  de  nouvel,  en  tant  que  mestier  est,  que 
d'ores  en  avant  toutes  les  fois  que  telles  clergies,  berlens,  ser- 
genteries et  autres  offices  vacqueront,  soit  par  mort  ou  par 
résignation  de  ceulx  qui  les  tiennent,  incontinent  le  cas  advenu, 
soyent  applicquez  et  unyes  à  nostredit  demaine,  sans  estre  plus 
impétrabies,  en  deffendant  à  tous  noz  subgetz  que  d'ores  en 
avant  ne  nous  facent  requeste  ou  poursuyte  au  contraire,  sur 
la  paine  dessusdite. 

Et  au  surplus,  pour  certaines  causes  à  ce  nous  mouvans, 
nous  applicquons  à  nostre  espargne  tous  les  deniers  qui  vien- 
.  dront  et  escherront  d'ores  en  avant  à  nostre  prouffit,  des  choses 
cy  aprez  déclairées,  c'est  assçavoir  :  de  toutes  sentences  et 
condempnacions  faictes  par  nous  ou  en  nostre  conseil  estant  lez 
nous,  pour  quelque  cas  que  ce  soit  :  de  finances  tauxées  et 
à  nous  deues  à  cause  d'admortissemens,  anoblissemens,  légiti- 


458  INSTRUCTION. 

macions  ou  autres  octrois  quelzconcques  par  nous  fais  ; 
d'amendes  chivilles  tauxées  par  nous  ou  nostredit  conseil  et  qui 
nous  seront  payées  à  cause  de  rémissions  et  pardons  d'aucuns 
cas.  Et  voulons  et  ordonnons  que  tous  lesdis  deniers  soyent  de 
cy  en  avant  payés,  bailliés  et  délivrés  à  le  garde  d'icelle  nostre 
espargne  qui  ores  est  et  pour  le  temps  advenir  sera  ;  lequel  sera 
tenu  d'en  baillier  sa  lettre  de  recepte  et  en  rendre  compte  à 
nostre  prouffit,  ensemble  et  ainsi  que  des  autres  deniers  de  nos- 
tredite espargne  dont  il  a  et  aura  la  garde  et  que,  en  noz  lettres 
que  sur  ces  choses  et  chascune  d'icelles  seront  faictes  par  noz 
secrétaires,  ausquelz  mandons  ainsi  le  faire,  soit  expressément 
contenu  et  déclairé  que  iceulx  deniers  devront  estre  et  soyent 
payés  et  délivrez  à  nostredite  garde,  pour  en  faire  ce  et  ainsi 
que  dit  est,  en  prenant  sadite  lettre  de  recepte  :  lesquelles  noz 
lettres  ne  voulons  sortir  effect  ne  à  icelles  estre  obéy  jusques 
aprez  ce  qu'il  sera  apparu,  par  ladite  lettre  de  recepte,  lesdis 
deniers  ainsi  avoir  esté  payez  à  icelle  nostre  garde.  Et  avec  ce 
applicquons  aussi  à  nostredite  espargne  tous  les  deniers  venus  ■ 
des  drois  et  émolumens  de  nostre  grant  seel,  de  nostre  seel  de 
secret,  de  nostre  seel  de  Brabant,  de  nostre  seel  dont  l'on  use 
en  nostre  chambre  de  conseil  à  Gand,  et  de  nostre  seel  dont 
l'on  use  en  nostre  chambre  de  conseil  en  Hollande,  Zeellande 
et  Frize,  à  nous  appartennas  ;  et  *  ordonnons  que  pareillement 
tous  lesdis  deniers  soyent,  par  noz  audienciers,  greffiers  et  autres 
commis  de  par  nous  à  les  recevoir,  payez,  bailliez  et  délivrez  à 
nostredite  garde  et  nostre  espargne,  présent  et  advenir, pour  en 
faire  ainsi  comme  des  autres  deniers  dessus  déclairez,  en  pre- 
nant lettre  de  recepte  de  'ui  comme  dessus. 

Et  abolissons  et  mettons  au  3  néant  l'office  de  contrerole  que 
depuis  aucun  temps  en  çà  et  de  nouvel  a  esté  mis  en  l'audience 


4  Venans  (A). 

8  Et  voulons  et  (A). 

s  A  néant  (A). 


ANNEXES.  439 

de  nostre  chancellerie,  ensemble  les  gaiges  ou  pencions  que  le 
contreroleur  prenoit  sur  les  drois  et  émolumens  denosdis  grant 
seel  et  seel  de  secret,  à  cause  dudit  contrerole.  Laquelle  ordon- 
nance, au  regard  desdis  drois  et  émolumens  de  nos  seaulx, 
voulons  *  estre  gardée  et  entretenue  selon  que  par  noz  autres 
lettres  ordonnerons  et  déclairerons. 

Et  afin  que  ceste  nostre  ordonnance  soit  mieulx  gardée, 
entretenue  et  exécutée,  nous,  ordonnons  que  ces  présentes,  au 
vidimus  desquelles,  fait  soubz  seel  auctentique,  foy  doibt 9  estre 
adjoustée  comme  à  l'original,  soient  enregistrées  es  chambres 
de  noz  conseils  de  Brabant,  de  Flandres  et  de  Hollande,  et  de 
noz  comptes,  à  Dijon,  à  Lille,  à  Brouxelles  et  en  Hollande,  et 
en  chascune  d'icelles.En  tesmoing  de  ce,  nous  avons  fait  mettre 
nostre  seel  à  ces  présentes. 

Donné  en  nostre  ville  de  Brouxelles,  le  vie  jour  d'aoust,  Tan 
de  grâce  mil  IIIP  XL VI. 

Ainsi  signé  :  Par  monseigneur  le  duc,  G.  de  Lamandre. 

(A  rchives  du  royaume  :  2e  registre  aux  chartes  de 
la  chambre  des  comptes  de  Brabant,  fol.  110.) 


1  Voulons  commencer  et  (A). 
3  Voulons  foy  estre,  etc.  (A). 


LES  ENSEIGNEMENTS  PATERNELS. 


VOY.   ET  AMB.  28 


ENSEIGNEMENTS  PATERNELS. 


BIBLIOGRAPHIE. 


A.  —  Bibliothèque  de  l'Arsenal,  à  Paris.  Sciences  et  arts, 
^  33,  déjà  décrit  (p.  330). 

Ce  manuscrit  ne  contient  que  V Instruction  au  jeune  prince  et  les 
Enseignements.  Tout  y  est  semblable  pour  les  deux  ouvrages  :  le 
vélin,'  le  nombre  de  lignes,  1  écriture,  les  lettrines  et  le  genre  de 
miniatures. 

Les  Enseignements,  dont  le  titre  manque,  y  sont  précédés  d'une 
miniature,  représentant  le  père  admonestant  son  fils.  Tous  deux  sont 
debout  et  le  père  tient  la  férule  baissée.  De  chaque  côté,  un  groupe  de 
personnages. Nul  ne  porte  la  Toison  d'or. Dans  la  première  lettrine,  on 
a  dessiné  la  croix  de  Saint-André,  avec  un  briquet  de  la  Toison  d'or 
et,  dans  chacun  des  deux  triangles,  d'en  haut  et  d'en  bas,  ainsi  que 
dans  les  ouvertures  de  côté,  deux  lettres  gothiques  :  C.  M. 


444  ENSEIGNEMENTS    PATERNELS. 

Ces  lettres,  venant  dans  un  manuscrit  dont  la  première  miniature  * 
porte  les  armes  et  la  devise  du  Téméraire,  ne  peuvent  être  que  les 
initiales  du  duc  Charles  et  de  son  épouse  Marguerite  d'York.  Il  s'en 
trouve  de  semblables  à  côté  du  blason  des  deux  époux  dans  un 
manuscrit  signé  :  Marguerite  d'York.  (Bibliothèque  de  Bourgogne 
N.  9296,  fol.  17.) 

Ce  manuscrit  doit  donc  avoir  été  fait  après  1468, date  du  mariage  du 
duc  Charles  avec  sa  seconde  épouse.  Il  n'a  pu  appartenir  à  Philippe 
le  Bon  (v.  p.  330),  puisqu'il  a  été  fait  après  sa  mort. 

Ce  texte  est  le  meilleur  de  tous.  L'exemplaire  de  Philippe  le  Bon, 
correspondant  à  celui  de  X Instruction,  manquant,  j'ai  choisi  celui-ci 
pour  le  publier. 

J'ai  eu  un  autre  motif  de  le  préférer  à  celui  de  Bruxelles,. c'est  que 
le  texte  des  autres  manuscrits  est  plus  conforme  à  celui-ci  qu'à  celui 
de  Bruxelles  dont  les  variantes  n'appartiennent  qu'à  lui. 

J'ai  déjà  appelé  ce  manuscrit  l'exemplaire  de  Charles  le  Téméraire. 

B. —  Bibliothèque  nationale  de  Paris,  n°  1216,  déjà  décrit 
(p.  331).. 

Quoique  le  relieur  ait  placé,  au  commencement,  sous  la  même 
couverture,  un  manuscrit  de  plus  petit  format,  ce  manuscrit  ne 
contient,à  proprement  parler,que  Y  Instruction  et  les  Enseignements, 
qui  y  sont  écrits  à  la  suite,  sur  un  même  vélin,  de  la  même  écri- 
ture, etc.  etc. 

Dans  la  première  lettrine ,  les  armes  de  France  ont  remplacé, 
comme  od  l'a  vu  plus  haut  pour  V Instruction,  le  dessin  primitif. 

Les  Enseignements  y  sont  sans  titre .  La  première  page  contient 
une  miniature  où  le  père,  en  robe  de  pourpre,  chamarrée  d'or,  la 
tête  couverte,  tient  en  main  une  férule  levée  et  semble  admonester 
son  fils.  Derrière  lui,  trois  personnages  représentent  la  famille. 
Devant  lui,  un  adolescent,  couvert  d'une  toque,  le  chapeau  à  la  main, 
un  poignard  à  la  ceinture,  une  chaîne  d'or  au  cou,  écoute  la  leçon, 
entouré  d'un  autre  groupe. 


1  Voir  la  bibliographie  de  l'Instruction  p.  330. 


BIBLIOGRAPHIE.  445 

le  père  porte  le  collier  de  la  Toison  d'or. 

Derrière  lui,  on  voit  un  dais  ,  sur  le  siège  duquel  se  trouve  un 
coussin  vert  où  sont  brodées  en  or  les  deux  lettres  déjà  signalées 
ailleurs  et  qui  sont  des  L  gothiques.  Le  coussin  semble  placé  là  exprès 
par  le  peintre  pour  mettre  en  évidence  ces  initiales. 

En  haut,  au  milieu  de  l'encadrement  en  arabesques  qui  entoure  la 
page,  les  mêmes  lettres  sont  répétées,  plus  grandes  et  encadrées  d'un 
dessin. 

Van  Praet  y  voit  aussi  deux  L  enlacées,  sans  les  expliquer. 

On  trouve  dans  les  manuscrits  de  Louis  de  Bruges  plusieurs  lettres 
semblables.  Nous  avons  déjà  vu  que  les  initiales  des  deux  époux 
L.  M.,  avaient  été  remplacées  par  celles  du  roi  de  France  Louis  XII 
et  de  Anne  de  Bretagne  ;  L.  A.  —  Van  Praet  nous  apprend  aussi  que 
les  mutilateurs  ont  semé  les  tapis  et  les  tentures  de  plusieurs  manus- 
crits d'L  couronnées.  Ce  n'est  pas  le  cas  pour  ce  manuscrit  :  ces  L 
n'ont  pas  été  ajoutées  après  coup,  elles  appartiennent  à  l'œuvre  ori- 
ginale. 

Comment  faut-il  les  expliquer  ?  Un  des  plus  riches  manuscrits  de 
Louis  de  Bruges,  celui  qui  a  été  le  plus  mutilé,  la  Cosmographie  de 
Ptolémée,  nous  fournit  l'interprétation  la  plus  plausible.  On  y  voit, 
dans  une  miniature,  le  château  de  Louis  de  Bruges  d'où  sort  un 
homme  armé,  sur  le  bonnet  duquel  est  écrit  en  lettres  d'or  le  mot 
Léal  '.  Les  deux  L  me  semblent  signifier  :  Léal  Louis. 

J'ai  déjà  nommé  ce  manuscrit  l'exemplaire  de  Louis  de  Bruges. 

C.  —  Bibliothèque  de  Bourgogne,  n°  10986.  Petit  in-8° 
vélin.  XVe  siècle. 

Ce  manuscrit  ne  contient  que  les  Enseignements.  La  miniature 
représente  une  chambre.  Au  fond,  pendue  au  mur,  une  horloge  à 
poids.  A  droite,  sur  un  escabeau  en  bois  sculpté,  est  assis  le  père,  en 
robe  écarlate,  en  toque  noire  et  portant  une  chaîne  d'or,  sans  Toison. 
A  gauche,  un  pliant.  Au  fond,  un  petit  banc,  devant  lequel  est  couché 
un  lévrier  blanc.  Devant  le  père,  le  fils  se  tient  debout,  le  chapeau  à 
la  main,  vêtu  d'un  justaucorps  vert. 

Recherches  sur  Louis  de  Bruges ,  p.  201. 


446  ESSEJG.NEMENTS   PATERNELS. 

Ce  texte  diffère  sensiblement  des  manuscrits  précédents  qui  sont 
tous  d'accord  contre  lui  dans  leurs  variantes. 


D.  —  Bibliothèque  nationale  de  Paris,    n°   1217,   in-4° 
vélin.  XVe  siècle. 

Ce  manuscrit  ,  moins  beau  que  les  précédents,  contient  deux 
ouvrages  dont  le  relieur  a  mêlé  les  feuillets  et  qui  sont  copiés  dans 
les  mêmes  conditions.  C'est  Y  Instruction  au  duc  Charles  de  Bour- 
gogne, à  la  mort  de  son  père,  par  Chastellain,  suivie  immédiatement 
des  Enseignements  paternels,  fol.  80-107. 

Les  miniatures  n'ont  ni  armoiries,  ni  lettres  enlacées,  ni  devises. 
Celle  qui  ouvre  les  Enseignements,  représente  un  homme  en  robe  bleue, 
des  verges  sous  le  bras,  accroupi  devant  un  tout  petit  enfant  qui  se 
tient  devant  lui,  un  livre  à  la  main,  et  dont  le  père  et  la  mère  sont  à 
gauche. 

E.  —   Ibid.  N°  1957,  déjà  mentionné  (p.   332),   in-8% 
papier. 


Ce  ms.  est  le  troisième  qui  ne  contient  que  l'Instruction  et  les 
Enseignements,  copiés  à  la  suite,  sur  le  même  papier,  de  la  même 
main,  etc.  Les  Enseignements  n'y  ont  pas  de  titre,  et  quand  l'auteur 
écrit  à  la  fin  :  Die  jovis  completus  est  iste  liber,  ces  derniers  mots  : 
ce  litre,  se  rapportent  évidemment  aux  deux  traités. 


LES  ENSEIGiNEMENTS  P4TERNELS. 


S'ensuivent  aucuns  notables  enseignemens  paternels  '. 


Très  chier  et  très  amé  fîlz,  pour  la  grant  affection  et 
amour  paternelle  que  j'ay  à  toy  2,  je  me  voeul  traveillier 
d'escripre  aulcunes  petites  remoustrances  et  enseignemens, 
que  3  très  bien  te  porront  *  servir  se  tu  y  voeulz  bien 
entendre  et  les  comprendre  et  retenir  en  ton  couraige,  et 
porras  par  ce  venir  au  chemin  de  bonne  doctrine,  de  hault 
et  parfait  honneur5,  laquelle  je  désiresur  toutes  riens6. Si  te 
commande  très  chièrement  et  de  tel  commandement  que 


4  Le  titre  manque  (A,  B  E). 
2  Que  à  toi  j'ay  (B). 

5  Quy  (C).  qui  (E). 

*  Pourront  (C  et  E). 

5  Et  haulte  et  parfaitte  honneur  (E). 

•  Toute  rien  (C). 


448  LES   ENSEIGNEMENTS 

père  ■  doit  avoir  sur  son  très  obéissant  filz,  et  avec  ce, 
très  chier  filz,  je  te  prie  que  mesdittes  *  remoustrances  et 
admonestemens  te  soient  plaisans  et  agréables  et  que  de 
toute  ta  puissance  les  voeullés  mettre  à  exécution3  vraye  et 
deue,  et  croye  *  sans  varier  que,  se  tu  le  fais  ainssy,  tu  me 
feras  joyeulx  et  à  toy  grant  profit 5,  et  se  tu  fais  le  con- 
traire, tu  me  courrouceras  très  griefvement 6.  Car  seure- 
ment  le  plus  grant  désir  que  j'aye,  c'est  que  je  te  puisse 
vëoir  bien  condicioné  7,  adfin  que  tu  te  puisses  bien  et 
vertueusement  conduire,  et  par  ce  avoir  bonne  renommée, 
et  que  je  puisse  oyr  de  toy  telles  etsy  bonnes  nouvelles  que 
j'aye  cause  de  grant  joye  8.  Très  chier  et  très  amé  filz, 
combien  que  j'aye  intencion  d'escripre  pluseurs  choses 
qui 9  bien  serviront  à  la  fin  à  quoy  je  tens  10,  toutesfois 
je  "  voeul  déclairier  trois  choses  principalles  12  que  je  voeul 
que  tu  retiengnes  et  mettes  en  ta  mémoire.  La  première, 
comment  c'est  belle  chose  et  pronitable  à  ung  noble  homme, 


1  Le  père  (C). 

2  Mes  (C). 

3  A  exécution  brave  et  deue  (B).  —  A  deue  et  brave  exécution,  et 
croye  (C).  —  A  deue  et  vraie  exécution  (E). 

*  Les  inventaires  du  XVe  siècle  en  donnant  ces  derniers  mots  comme 
les  premiers  du  second  feuillet ,  les  ortographient  mal  et  disent  : 
Exécution  de  Croy.  » 

5  Prouffit  (C).  —  Un  grant  pourfit  (E). 

6  Griefment  (C  et  E). 

7  Conditionné  (C).  —  Que  je  te  voie  bien  conditionné  (E). 

8  Que  j'aye  grant  joye  de  ta  renommée  (C). 
»  Que  (B,  D). 

40  Tiens  (D). 

il  J'en  (C  et  E). 

"  Trois  principaulx  (C). 


PATERNELS.  449 

soit  prince,  duc,  ou  conte  1  ou  autre  en  mendre  2  degré  de 
noblesse,  avoir  silence  en  la  bouche.  Et  entens  par 
silence  mesure  et  attemprance  à  3  son  parler.  Et  pour 
quoy  fu  4  dit  le  proverbe  :  Se  ung  fol  se  taist,  il  est  réputé 
pour  sage,  si  non  que  5  chascun  doit  avoir  la  bride  en  la 
bouche  pour  la  sçavoir  6  tirer,  en  soy  taisant  quant 
mestier  est,  et  laschier  7  pour  parler  quant  nécessité  le 
requiert  ?  Le  second  point,  comment 8  ung  noble  homme  et 
par  plus  forte  raison  un  grant  seigneur  doit  avoir  9  ver- 
gongne  de  cœur,  c'est  asscavoir  crainte  de  mal  faire,  et  ne 
daignier  ou  voulloir  conseillier  chose  deshonneste  ne 
reprochable  10.  Le  tiers,  comment  on  doit  amer  Dieu  "  et 
faire  abstinence  de  corps.  J'entens  quant  à  moy  par  12 
abstinence  de  corps  que  on  ne  doit  point  estre  trop  affectez 
à  fréquenter  les  femmes  ne  demourer  entre  elles,  adfîn  que 


*  Duc,  conte  (C  et  E). 

*  Moindre  (C). 
8  En  (C  et  E). 

*  Fust  (B). 

H  Si  non  pour  ce  que  (C  et  E). 

6  Notre  texte  porte  :  soy  sçavoir. —  Se  savoir  (E). —  Son  savoir  (D). 
J'ai  préféré  la  version  du  ms.  de  Bruxelles  (C). 

7  Notre  texte  dit  :  laissier.  —  Id.  (B,  D).  —  J'ai  préféré  la  ver- 
sion C.  —  Le  lasquier  (E). 

8  Le  second  point,  si  sera  comment  (B,  C  et  E). 

9  Doit  tousjours  avoir  (C). 

10  Et  ne  daignier  ou  voulloir  ne  nullement  conseillier  choses  des- 
honnestes  ne  reprouvables  (C).  —  Ne  daingnier  ne  vouloir  ne  conseil- 
ler, etc.  (E). 

11  Et  le  tiers  point  touchera  comment  l'on  doit  (C  et  E).  —  Amer 
Nostre  Seigneur  Dieu,  etc.  (C). 

fî  J'entends,  quant  à  moi,  abstinence  (A,  B,  D).  —  J'ai  préféré  la 
version  C  et  E. 


450  LES    ENSEIGNEMENTS 

on  n'en  délaisse  l  autres  bonnes  et  louables  entreprises. 
Car,  par  les  trop  continuellement  hanter,  pluseurs  en  ont 
perdu  honneur,  terres  et  seignouries.  Je  ne  dy  point  toutes- 
fois,  ne  ce  n'est  point  non  intencion  de  blasmer  ceulx  quy 
aulcunes  fois  se  occupent  entre  elles  par  bonne  et  honneste 
manière,  en  temps  2  convenable  et  de  oyseuseté  ;  car  par 
elles  et  d'elles  poent  venir  beaucop  de  bien,  et  y  pèvent 3 
jennes  gens  aprendre  largement.  Mais  je  conseille  de  point 
trop  s'y  amuser  4  à  l'exemple  du  roy  Sardinapalus  qui  «par 
trop  converser  entre  elles  perdy  5  son  royaulme  à  tousjours 
mais,  par  l'entreprise  de  son  prévost  qui 6  l'avoit  veu  7  con- 
verser trop  curieusement  entre  elles  8.  Car  trop  mieulx 
vault  à  ung  jeune  9  homme  soy  excerciter  et  instruire  à  10 
choses  quy  touchent  la  guerre,  comme  juer  de  l'arc,  saillir, 
luiter  etjouster,  aprendre  à  juer  d'une  hache  et  d'une 
espée,  et  en  telles  choses  soy  occuper,  lire  chroniques  et 
aultres  histoires  des  anciens  preux  et  vaillans  n.  Car, 
comme  dist  ung  sage  chief  de  guerre,  se  jeunesse  est  souef 
nourrie,  que  fera  elle  en  viellesse  ?  Main  tendre  tient  mal 
espée  12,  et  chief  bien  peingnée  porte  mal  le  bachinet. 

1  A  fréquenter  les  femmes  ne  séjourner  longuement  entour  elles, 
anchois  les  eslongier,  affin  que  l'on  n'en  puist  délaissier,  etc.  (C).  — 
Affin  que  on  n'en  puist  laissier  (B,  D). 

2  Manière  et  en  temps  (C).  Affin  que   on  n'en  puist  délaissier   (E). 

3  Pèvent  les  jeunes  gens  (C).  —  Peullent  jeunes  gens  (B). 
■*  Je  ne  conseille  de  trop  s'i  amuser  (E). 

5  Entre  les  femmes  en  perdy  (C).  —  En  elles  perdy  (D). 

6  Qu'il  (C).  —  Prévost  Arbaces,  qui  (E). 

7  Bien  véu  (B). 

•  Entre  les  femmes  (C). 

•  Que  ung  (C).  —  A  josne  (E). 
«•Es(CetE). 

11  Soy  occuper  et  lire  les  croniques  et  les  histoires  des  anciens  (C  et  E). 
11  L'espée  (C  et  E). 


PATERNELS.  451 

Oyseuseté  en  jennes  gens  fait  perdre  coeur  et  force  et 
devenir  lasche,  qui  est  de  légier  à  surmonter,  à  mon  advis, 
tous  ceulx  qui  y  sont  sy  enclins  \  et  quy  y  communique  2 
incessamment  entre  elles  doit  avoir  et  tenir  la  grigneur 
partie  des  meurs  fémenines,  qui  est  sexe  de  nature  3  répu- 
gnant à  vaillance  et  honneur  pour  armes  acquérir.  Pour  4 
retourner  donques  à  mon  propost,et  quant  au  premier  point 
que  tu  te  gardes  de  trop  parler,  je  te  prie  que  tu  n'ayes 
grant  multiplication  de  langages  en  ta  bouche,  car  il  ne  se 
poeut  faire  que  homme  qui  parle  souvent  ne  perde  moult  de 
langages. 5  Le  proverbe  dist  : 

Que  la  parole  *  est  bien  eslite 

Quant  mieulx  ne  vault  teute  que  dicte. 

Et  pour  ceste  cause,  nature  a  ordonné  en  nos  bouches 
la  langue  estre  emprisonnée  en  trois  clostures  7  :  c'est  assça- 
voir  es  lèvres,  es  dens  et  au  palais  ;  voeullant  par  ce  la 
modérer  en  ses  offices  de  parler.  8  Et  pour  ce,  je  t'advertis 
que  tu  te  gardes  sur  toutes  choses  de  dire  tes  secrès  à 
pluseurs  et  diverses  gens,  car  tous  ne  sont  pas  d'une 
condition  :  les  ungs  scèvent  bien  celer,  les  aultres  9  non. 


1  Viseuseté  et  paresse  en  jeunes  gens  font  perdre  force  et  courage  et 
devenir  lasches  et  nonchallans  quy,  à  mon  advis,  est  de  légier  à  sur- 
monter tous  ceulx  qui  trop  y  sont  enclins  (C).Wiseuse  et  presche  (E). 

8  Communiques  (A).  —  Communiquent,  et  plus  loin  :  doivent  (E). 

3  De  sa  nature  (C  et  E). 

*  Pour  dont  (C  et  E).  —  Pour  doncques  (B). 

8  Ne  perde  assez  de  langaige  (C  et  E). 

6  La  parole  (C  et  E).  —  C'est  une  faute  de  rythme. 

7  Enclosures  (D). 

8  Pour  ce,  te  advertis  (C  et  E). 

9  Et  les  aultres  (C). 


452  LES    ENSEIGNEMENTS 

Aussi,  tu  ne  soyes  pas  1  trop  commun  en  devises  et  par 
espécial  en  devises  de  choses  2  de  meschant  valeur.  Et  tu 
en  seras  plus  loé,  amé  et  doubté,  et  en  tendra  on  plus  de 
compte  de  toy  3,  au  moins  toutes  gens  vertueux  et  de  noble 
condicion,  car  quant  un  gentilhomme,  de  quelque  estât 
qu'il  soit,  soit  seigneur  4  ou  autre,  a  beaucop  5  de  langaige, 
chascun  le  fuit.  Et  par  ainsy  il  ne  treuve  gaires  à  qui 
parler,  synon  à  l'adventure  à  quelque  homme  de  petit  lieu, 
varlet  ou  autre  semblable.  Telles  personnes  s'occupent 6 
aulcunes  fois  à  escouter  telles  paroles  et  seroient  bien 
joieulx  de  te  vëoir  petitement  enseignié  adfin  que  tu  ne 
peusses  et  seusses  congnoystre  7  que  c'est  de  soy  gouverner 
par  sage  conseil  et  gens  amans  honneur  et  aussy  qu'ilz 
peussent 8  faire  de  toy  à  leur  bon  plaisir.  Fuis  doncques 
conseil  et  hantise  de  varlets  et  de  tous  envolepeurs  de  lan- 
gaiges  et  qui  ploient 9  à  tous  vens.  Pense  bien  que  c'est 
honteuse  10  chose  à  tous  gentilzhommes  de  voulentiers 
croire  et  escouter  telles  manières  de  gens.  J'ay  maintes 
fois  oy  dire  et  le  tiens  pour  certain  que  on  voit  très  souvent 
que  on  tient  des  condicions  "  de  ceulx  avecques  lesquels  on 

I  Aussy,  tu  ne  doiz  pas  estre  (C).  —  Avec  ce,  ne  soye  (B  et  C). 
8  Commun  en  danses  et  par  espécial  de  choses,  etc.  (C). 

5  Et  tu  en  seras  plus  orné,  loé  et  doubté, et  en  tendra  l'on  plus  grant 
bien  de  toy  (C). 

*  Qu'il  soit,  seigneur  (C).  —  Car  quand  on  voit  ung  gentilhomme, 
,de  quelque  estât  qu'il  soit,  soit  chevalier  (E). 

5  Quy  ait  beaucop  (C).  —  Qui  a  beaucop  (E). 

6  N'occupent  (C). 

7  Et  seront  moult  joieulx  quand  ils  te  verront  petitement  endoc- 
triner affin  que  tu  ne  puisses  et  saches  cognoistre,  etc.  (C). 

8  Puissent  (C  et  E). 

*  Quy  coustumièrement  ploient,  etc.  (C).  —  Qu'ilz  ploient  (D). 
10  Moult  honteuse  (C). 

II  Que  la  pluspart  tiennent  des  condicions  (C). 


PATERNELS.  455 

a  communément  hanté.  Fréquente  les  bons,  saiges  et  cour- 
tois, preux  et  vaillans  *,  et  il  t'en  vendra  tousjours  honneur 
et  bonne  renommée.  Sy  te  prie,  mon  filz  2,  que  tu  t'accointes 
et  accompaignes  de  gens  3  bien  famez,  et  s'il  advient  que 
aulcunes  fois  l'en  te  die  aulcuns  secrès,  soyes  diligent  que 
la  porte  de  ta  bouche  soit  seurement  fermée,  et  ne  le  des- 
coeuvre  *  jamais  en  lieu  dont  il  en  puist  estre  nouvelle. 
Porte  tousjours  bonne  bouche  et  ne  blasme  nulz  ne  nulles, 
car  tu  ne  poeus  jamais  sçavoir  les  meschiefs  ne  les  fortunes 
qui  te  pèvent  advenir.  Porte  honneur  aux  femmes,  de 
quelque  estât  ou  condicion  qu'elles  soient,  et  se  tu  en  oyes 5 
mesdire,  excuse  les  et  ne  soyes  pas  celui  qui  portera  6  leur 
deshonneur  en  aultre  lieu.  Et  à  ton  povoir  metz  paine  à 
estaindre  les  paroles  7. 

Je  te  voeul  8  encore  dire  une  aultre  chose  servant  à 
mon  propost.  S'il  advient  que  tu  te  treuves  ou  que  tu  soyes 
en  compaignie  ou  que  tu  oyes  compter  par  aulcun  quelque 
compte,  je  te  prie  9  que  saigement  et  saeurement  10  tu  le 
voeulles  escouter  "  comme  les  aultres  présens,   sans  inter- 


*  Saiges  et  vaillans,  (C  et  E). 

*  Mon  très  chier  fils  (C). 

3  Que  tu  te  acointes  de  gens,  etc.  (E). 

4  Révèles  (C). 

5  En  os  (C  et  E). 

6  Porteras  (C). 

7  Mets  paine  de  estaindre  toutes  perverses  paroles  (C). 

8  Et  te  veuil  (C). 

9  Que  tu  te  retreuves  en  quelque  compaignie  là  où  tu  oyes  raconter 
aucune  histoire  ou  chose  advenue  tant  morale  comme  autre,  je  te 
prie,  etc.  (C).  —  Quelque  compte  de  sens  ou  de  joyeusetez  advenues, 
je  te  prie  (D). 

10  Saigement  et  meurement  (E). 

11  Escouter,  oyr  et  retenir  en  ta  mémoire  (D). 


454  LES    ENSEIGNEMENTS 

rompre  d'aultres  langages  la  parole  de  celuy,  pour  deux 
causes  '.  La  première,  pour  ce  que  on  ne  poeut  communé- 
ment parler  devant  ung  fol  qu'il  ne  faille  que  tousjours  il 
parle,  voire  sans  rime  ou  raison,  dont  les  gens  se  rient. 
Or  ne  voeulles  2  faire  les  gens  rire,  adfin  que  on  ne  se 
moque  de  toy,  et  escoute  et  tieng  pour  règle  générale  que 
mieulx  vault  oyr  que  estre  oy.  3  La  seconde  cause,  sy  est 
que  s'il  advient  que  en  temps  advenir  tu  voeulles  racompter 
iceluy  compte,  que  tu  le  puisses  et  saches  au  vray  plus 
racompter,  en  toy  gardant  de  y  adjouster  aulcune  chose 
du  tien,  si  non  que  se  Dieu  4  t'a  donné  sens  pour  sçavoir 
couchier  et  aorner  langaige,  en  ce  cas  tu  t'en  porras  bien 
aidier  adfin  que  ledit  compte  soit  plus  plaisant  à  oyr  5, 
mais  tiens  tousjours  la  vraye  substance,  car  autrement 
l'en  diroit  que  tu  seroies  ung  farseur  6  et  flourisseur  de 
bourdes.  C'est  grant  reproche  7  à  ung  gentilhomme  d'avoir 
la  grâce  d'estre  menteur.  Monstre  toy  doncques  par  parolles 
véritables,  estre  noble  homme  et  non  resambler  aux  gens 


1  Sans  le  interrompre  d'aultres  langaiges  ne  lui  traverser  la  parole 
pour  deux  causes  (C).  —  Sans  les  interroguier  d'autres  langaiges,  ne 
aussi  destourber  ne  bailler  empeschement  à  la  parole  d'ycelluy  pour 
deux  causes  (D). 

*  La  première,  que  l'en  ne  puet  parler  communément  devant  ung 
fol  que  tousjours  il  ne  faille  qu'il  parle,  voire  sans  rime  et  sans 
raison,  de  quoy  les  gens  se  rient,  et  ne  veuilles,  etc.  (C).  —  La  pre- 
mière, on  ne  puet,  etc.  (B  et  E).  —  Que  tousjours  il  ne  faille  qu'il 
parle  (E). 

3  Les  14  derniers  mots  de  cette  phrase  sont  omis  (E). 

*  Si  non  ce  que  Dieu  (A). —  Sy  non  que  Dieu  (D). — J'ai  suivi  CetE. 

*  Àffin  que  celluy  compte  en  soit  plus  plaisant  aux  escoutans  (C  etE). 

6  Un  facteur  (C). 

7  C'est  bien  grand  reprouche  (B). 


PATERNELS. 


455 


de  basse  condition  et  vile  1  qui  dient  tout  à  la  Yolée,  soi 
droit,  soit  tort 2.  Chasse  de  toy,  se  il  y  est,  ce  très  dampné 
et  mauldit  vice  3  d'estre  menteur  ;  soyes  voirdisant  et 
prens  4  mesure  en  ton  langaige.  .Jamais  ung  jenne  homme 
n'est  blasmé  d'avoir  peu  de  paroles.  Et  si  te  souviengne  6 
d'avoir  silence  en  la  bouche.  Encores  te  couvient-il  sçavoir 
une  aultre  chose  que  je  te  diray,  qui  est  grant  folie  et  laide 
chose  à  ceulx  qui 6  le  font,  de  quelque  estât  ou  condition 
qu'ilz  soient  :  c'est  de  se  7  bouter  en  conseil  quant  on  voit 
deux  personnes  parler  ensamble,  soit  pour  joyeuseté  ou 
autrement.  Sy  t'en  voeulles  garder  et  souvenir,  car  bien 
porroit 8  estre  que  le  conseil  seroit  de  toy.  Regarde  ailleurs 
compaignie  à  grant  nombre  de  gens  de  bien  et  des  mieulx 
renommez  selon  ton  eage  et  estât  9,et  là  te  boute  hardiment, 
et  escoute  ceulx  lesquelz  auront  le  plus  voyagié  10  soit  en 
guerre  ou  aultrement  u,  et  illectu  aprendras  et  sçauras  12 


*  Et  non  resambler  à  gens  de  basse  et  vile  condition  (C  et  E).  — 
Ressambler  gens  (D). 

*  Soit  vray  soit  faulx  (B,  D  et  E).  —  Soit  vérité  soit  non  (C). 

3  Ce  très  mauves  vice  et  dampnable  (C). —  Ce  mauvais  et  dampné  (E). 

*  Et  soies  voirdisant  en  prenant  (C). — Et  soies  voirdisant  et  prent  (E). 

8  Et  si  tesmoigne  (D). 

6  Ancoires  convient-il  que  je  te  die  une  autre  chose  qui  est  laide  et 
grant  folie  à  tous  ceulx  quy(C).  — ■  Id.  E. 

7  C'est  de  toy  (C  et  E). 

*  Et  pour  ce  veulles  t'ent  garder  et  avoir  souvenance,   car  pour- 
roit,  etc.  (C). 

9  Regarde  ailleurs  compaignie  en  grant  nombre  et  bon  et  des  mieulx 
renommez  (C  et  Ej. —  Selon  ton  égualité,  eage  et  estât  (C). 

10  Puis  escoutes   ceulx   lesquelz   tu    sçauras   qui   auront  le   plus 
voiagié  (C).  —  U.  E. 

11  Ou  aultre  part  (B  et  E). 

12  Et  illec  pourras  aprendre  et  sçavoir  (C). 


456  LES    ENSEIGNEMENTS 

de  Testât  des  guerres  et  des  batailles  ou  aultres  samblables 
choses  dont  les  comptes  se  feront. Et  par  ce,  tu  en  vauldras 
mieulx  se  tu  metz  paine  de  retenir  l.  Et  quant  tu  seras  en 
ton  bostel,  lors  que  tu  n'auras  riens  pour  toy  occuper, 
fay  que  tu  ajes  aulcuns  livres  des  histoires  rommaines  ou 
aultres  croniques  des  fais  des  anciens,  et  lis  iceulx  voulen- 
tiers,  syy  porras  beaucop  aprendre  2.  Et  par  les  histoires  que 
tu  auras  véues,  tu  te  conduiras  3  honnourablement  en  tous 
tes  affaires. 

J'ay  assez  touchié  des  choses  de  mon  premier  point 4, 
c'est  assçavoir  d'avoir  silence  en  la  bouche. 

Si  me  voeul  transporter  et  procéder  au  second  point,  en 
démoustrant  comment  chascun  noble  homme  doit  avoir  en 
soy  vergongne  de  cœur. Car,  avec  la  première  vertu  qui  est 
de  meurement  et  sagement  parler,  affiert  bien  celle  seconde 
vertu  de  vergongne  de  cœur  qui  est  crainte  de  mal  faire,  ainsy 
qu'il  sera  veu  cy  après.  Et  premiers,  doiz  5  sçavoir  pour 
enseignement  général  que  on  ne  doit,  pour  mort,  pour  vie, 
pour  chevance  ne  autrement,  faire  chose  contre  honneur. 
Et  pourtant,  saches  tout  de  vray  qu'il  vault  mieulx  honnou- 
rablement morir  que  vivre  à  reproche  et  à  deshonneur  en 
ce  mortel  monde  6.  Quant  est  à  moy,  mon  très'  chier  filz,  7 


*  Et  par  ce,  se  tu  metz  peine  à  les  retenir,  tu  en  vauldras  mieulx  (C). 

2  Lorsque  tu  n'auras  guaires  à  toy  occuper,  s'il  te  est  possible,  fais 
tant  que  tu  aies  aucuns  livres  des  histoires  romaines,  des  croniques 
de  France  et  d'Angleterre  où  sont  descripz  les  fais  des  anciens  et 
iceulx  lire  volontiers  et  diligamment,  car  tu  y  porras  aprendre  choses 
vertueuses  (C). 

3  Pourra  advenir  que  tu  conduiras  (C  et  E). 

*  Des  choses  dessusdittes,  touchans  mon  premier  point  (C). 

5  Et  premièrement,  tu  doiz  (C). 

6  En  ce  monde  (C). 

7  Mon  fils  (E). 


PATERNELS.  457 

j'ameroie  mieuîx  ta  glorieuse  mort  en  une  honnourable 
bataille,  à  banière  desployée,  que  tu  te  retournasses  vilai- 
nement (ficelle  '.  Regarde  Vallerianus  Maximus,  Tulle, 
Lucain,  Orose,  Saluste,  Justin  et  autres  hystoriographes, 
et  tu  trouveras  merveilles  de  telz  exemples  honnourables  et 
sans  nombre  et  comment  nos  devanciers  2  amèrent  honneur 
et  le  bien  publicque,  et  aussy  comment  ilz  se  exposoient  à 
mort  pour  le  bien  du  pays,  et  aussy  comment  pour  3  garder 
leurs  los  avec  discipline  de  chevalerie,  et  ne  craignoient4 
point  de  faire  morir  leurs  enfans  quant  ilz  transgressoient 
à  rencontre  de  leurs  loix.  Et  de  ce  ilz  acquéroient 5  grant 
honneur,  et  .firent  tant  par  leur  sens  et  bonne  conduite  qu'il 
en  est6  mémoire  perpétuele.Et  par  plus  fortes  raisons, nous 
quy  sommes  cristiens,  devons  plus  désirer  à  faire  choses 
honnourables  et  vertueuses  et  nous  garder  de  vilaines 
reproches  que  eulx  rommains  qui cuidoient  que  lame morust 
ainsy  comme  le  corps 7.  Et  sans  quérir  aulcunes  histoires, 
j'en  voeul  racompter  une,  laquelle  a  esté  de  mon  temps. 
Ung  chevalier  de  la  nation  de  Haynau  8,  nommé  messire 
Loys  de  Roberssart,  frère  puisné  9  du  seigneur  d'Esclavon, 
tenoit  la  partie  des  Anglois  de  longtemps,  lequel  portoit 


*  D'icelle  bataille  (C). — Que  tu  retournasses  villainement  d'icelle  (E). 

*  Merveilles.  De  telz  exemples  honnourables  et  sans  nombre,  tu 
porras  veoir  à  planté  et  comment  nos  devancestres  (C). 

3  Et  avec  ce  pour  (C  et  E). 

4  Crémoient  (CetE). 

8  Acquéroient-ilz  (C  et  E). 

6  En  est  encoires  (D). 

7  Avec  le  corps  (C).  —  Que  avoeuc  le  corps  F  âme  morust  (E). 

8  Un  chevallier  de  Haynau  (D). 

9  Frère  germain  (C).  —  D  supprime  ce  détail. 

VOY   ET   AMB.  29 


458  LES    ENSEIGNEMENTS 

l'ordre  de  la  Gartière  l,  Advint  par  ung  jour  que  ses  2 
ennemis  le  trouvèrent  en  ung  village  assez  peu  garny  de  gens, 
et 3  illec  lenvayrent  et  y  eut 4  merveilleuse  escarmuce  5. 
Et  jà  soit  ce  que  lesdiz  ennemis  fussent  en  très  grant  nombre 
et  trop  plus  puissans  de  luy,  sy  les  rebouta  il  hors  du  dict 
village.  Survient  de  rechief  très  grande  puissance  de  ses 
diz  ennemis  6,  et  combien  qu'il  les  vëist  d'assez  loing  venir, 
toutesvoies  7  il  ne  daigna  fuir  ne  faire  semblant  de  fuir  ne 
d'avoir  paour,  mais  de  très  asseuré  8,  noble  et  de  ver- 
tueulx  courage,  sailly  à  piet  très  vistement 9  avec  aulcuns 
archiers  et  gens  de  son  hostel,  lesquelz  il  fist  tenir  près  de 
luy  ;  néantmoins  il  se  povoit  très  bien  retraire  et  mettre 
à  garant  dedens  le  chasteau  dudit  village  10  et  eschiever 
le  dangier  de  mort  ou  d'estre  pris11;  mais  pour  garder  l'hon- 
neur de  saditte  ordre  et  aussy  la  sienne  12 ,  il  voulut 
demourer  13  en  laditte  place  où  il  morut  glorieusement, hon- 


*  L'ordre  de  chevallerie  dit  la  Gartière  (D). 

a  II  advint  ung  jour,ete.  (C).  —  Advint  par  ung  jour  ses  (E). 

3-*  Et  ille  ceut  (C). 

5  Escarmuce,  mais  en  la  fin  il  fut  pris  des  ennemis  (C). 

6  II  les  rebouta  hors  du  village,  mais,  en  ce  faisant,  survint  de 
rechief  grande  puissance  de  ses  ennemis  (C). 

7  Et  combien  qu'il  les  vëist  venir  et  de  loing,  toutesfois,  etc.  (C). 

8  II  ne  daigna  fuir  ne  faire  semblant  de  paour,  ainchois  de  très 
asseuré,  etc.  (C).  —  Ne  faire  semblant  de  lui  eslongnier  ne  d'avoir 
paour  (D). 

9  Mist  piet  à  terre  vistement  (C). 

10  Néantmoins  il  se  povoit  très  bien  sauver  et  retraire  ou  chasteau 
(C  et  E)  d'icelluy  village  (C)  du  dit  village  (E). 

11  D'estre  mort  ou  pris  (C). 

"  L'honneur  de  son  ordre  de  chevallerie  et  de  sa  personne  (C). 
11  Demourer  en  la  place  à  moult  petite  compaignie  des  siens  et  très 
glorieusement  et  honnorablement  attendre   l'adventure  d'estre  mort 


PATERNELS.  459 

nourablement  et  à  très  petite  eompaignie  des  siens,  car  il 
fist  retraire  ses  gens  ou  dit  chastel  et  par  avant  saditte 
mort  lorsqu'il  vè'y  qu'il  ne  povoit  résister,  dont  il  fut  gran- 
dement loé  de  ses  ennemis  et  aussy  de  ses  gens  l.  Et  se  tu 
voeulz  sçavoir  la  ville  où  se  fist  laditte  rencontre,  ce  fu  à 
Conty  2,  vers  Amiens  3. 

De  plusieurs  aultres  fais  honnourables  des  nobles  hommes 
porroie  je  parler,  mais  je  alongeroie  trop  mon  compte,  et 
seroit  assez  matière  pour  faire  ung  bien  grant  livre 4.  Et  pour- 
tant,adfin  de  mieulx  avoir  vergongnede  cœur,  je  te  admon- 


ou  pris,  et  de  fait,  avant  sa  mort, il  fist  retraire  ses  gens  ou  dit  chastel 
francement  lorsqu'il,  etc.  (C. 

1  Comme  de  ses  gens  (C  et  E)  et  autres  (C). 

*  Et  se  tu  vuels  sçavoir  place  où  ce  rencontre  advint,  ce  fut  vers 
la  cité  d'Amiens,  en  ung  village  nommé  Conty  (C). 

3  Chastellain  dans  sa  chronique,  rapporte  le  même  fait.  Voici  son 
récit  d'après  l'édition  de  l'Académie  de  Belgique  ; 

«  Messire  Loys  de  Robersart ,  toutesvoyes  ,  qui  estoit  un  très 
adroit  chevalier  et  de  réputation  au  roy  Henry  trespassé  qui  l'avoit 
eslevé,  cestui  avecques  pluseurs  autres  de  la  nation,  se  mist  valereu- 
sement  à  deffense,  et  ne  souffroit  pas  que  Françoys  se  vantassent  de 
l'avoir  vaincu  descouragé,  ains  leur  vouloit  vendre  sa  char  le  plus 
chier  qu'il  pouvoit,  et,  comment  qu'il  pust  aller  de  sa  vie,  de  son  hon- 
neur ne  feroit  jamais  abandon  par  soy  retraire.  Par  quoy,  espérant 
tirer  ancun  fruit  de  sa  deffense,  abandonna  le  corps  à  fortune,  là  où, 
en  soy  monstrant  un  chevalier  de  grant  los,  fut  tué  luy  huitiesme, 
parce  que  onques  ne  se  daigna  sauver,  ne  retirer  arrière,  là  où  il 
l'eust  bien  fait  s'il  eust  voulu  ;  car  avoit  au  plus  près  de  luy  le  chas- 
teau  de  Conty,  auquel  le  conte  de  Perche  se  retray  avecques  le  reste 
des  Angles,  après  messire  Loys  mort.  Dont  en  toute  la  destrousse,  ils 
moururent  environ  vint  hommes,  et  non  plus,  pour  toute  perte  de 
celuy  jour,  excepté  de  leurs  chevaux  qui  tous  furent  pris  et  emme- 
nés. «  (T.  II,  p.  134-135.) 

*  Et  seroit  assez  matière  pour  compiler  ung  grant  volume  (C). 


460  LES    ENSEIGNEMENTS 

neste  que,  quant  ung  noble  homne  voeult  entreprendre  ou 
faire  quelque  chose,  il  doit  penser,  dire  et  avoir  en  mémoire 
en  tous  lieux  là  où  il  se  treuve  ce  qui  s'ensieut  :  «  Beau  sire 
Dieu  \    diray  je  ou  feray  je  2  chose  dont  il  me  puist  venir 
honte,  3neau  lignage  dont  je  suis  partis  et  yssus4  ?  Noblesse 
fauldra  elle  en  moy  ?  Seray  je  tel  que  je  ne  m'oseray  trou- 
ver avecques  les  autres  bons,  nobles  etvaillans  hommes,  et 
parler  5  à  mon  tour  en  toutes  assamblées  ?  Quant  à  moy,  je 
voeul  vivre  et  morir  ainssy  que  doit  faire  ung  noble  homme. 
J'aime  mieulx,se  je  suis  en  bataille,  que  on  me  quière  entre 
les  mors  que  ce  que  je  soye  escript  ou  nombre  des  fuians  6.» 
Toutesfois  ces    choses    ou    samblables    ne    souffiroient 
pas  assez  de  les  dire  ne  penser,  mais  les  fault   penser  et 
mettre  7  à  vraye  et  honnourable  exécution.  Car,  comme 
dient  pluseurs  :  Ung  noble  homme  qui  fait  œuvre  villaine 
doit  estre  réputé  pour  villain.  Et  pour  ce  fu  dit  le  pro- 
verbe :  Il  est  villain  qui  fait  la  villonnie.  —  Noblesse  vint 
premièrement  par  les  nobles  et  dignes  vertus  de  nos  anciens 
pères. Mon  filz,  il  pourroit  sambler  à  aulcuns  que  vergongne 
venist  et  procédast  d'orgueil,  et  croy  que  non.  Mais,  quoy 
que  il  en  soit,  je  dis  que  l'orgueil  seroit   8  bon,   puisqu'on 
tendroit  à  bonne  et  honneste  fin  et  feroit  eschiever  et  fuir 


*  Où  il  se  treuve  :  Beau  sire  Dieu,  etc.  (C  et  E). 

2  Feray-je  ou  diray-je  (C  et  E). 

3  Venir  blasme  (C). 

*  Dont  je  suis  yssus  (C).  —  Parti  et  issus  (E). 

5  Avec  les  autres  bons  et  vaillans  et  parler,  etc.  (C).  —  Et  veuil- 
lans  parler  (D). 

9  Entre  les  mors  que  je  soye  descript  ou  nombre  des  lasces  et 
recréans  (C).  —  Que  je  soie  escript  ou  nombre  des  fuyans  (Ë). 

7  Mais  le  fault  mettre,  etc.  (C  et  E). 

8  Soit  (C). 


PATERNELS.  4bl 

mal  et  deshonneur,  comme  de  non  daignier  faire  chose 
contre  Dieu  et  les  commandemens  de  leglise,  et  aussy  de 
non  vouloir  faire  choses  contraires  à  toutes  bonnes  meurs1. 
Aies  souverainement2 crainte  etvergongne  de  blasmer 3  Dieu 
notre  créateur,  le  renier,  despiter,  et  faire  aultres  4  villains 
serremens  détestables,  juer  aux  dés  ne  autres  jeux  qui  sont 
deshonnourables  et  defenduz.  Héllas,  mon  fils,  clos  tes 
yeulx,  estoupe  tes  oreilles,  garde  ta  bouche  de  tous  5  telz 
sermens  et  jeux  faire  ;  car  ilz  desplaisent  trop  6à  Dieu  et  à 
toutes  personnes  vertueuses,  et  n'en  poeut  sourdre  nul  bien7. 
Et  puisque  suis  en  propost  d'escripre  touchant  dévotion, 
je  te  prie  et  admonneste,  sur  tout  le  plaisir  que  tu  désires 
et  désirras  à  moy  faire,  que  tu  oyes  voulentiers  et  dévote- 
ment la  messe.  8  Or  escoute  que  on  dist  de  tous  ceulx  quy 
ne  l'oyent  pas  voulentiers  9  :  on  dist  tousjours  que  de  cent, 
on  n'en  voit  point  bien  morir  ung  I0;  car  le  plus  souvent,  ilz 
fînent  bien  meschamment  "  et  deshonnourablement.  Et  au 
contraire,  tous  ceulx  qui  voulentiers  l'oyent  12,   Dieu  les 


1  Contraires  à  toutes  vertus  et  bonnes  meurs  (C). 

*  Aies  souvenance  et  souverainement,  etc.  (C).  —  A  dit  :  après,  au 
lieu  de  aies.  B  :  arez.  E  :  ayes.  J'ai  préféré  la  version  C  et  E. 

3  Blafemer  (C). 

*  Aulcuns  (C). 

5  Garde  ta  bouche  à  tous,  etc.  (C  et  E). 

6  Fort  (C). 

7  Ne  jamais  n'en  peult  sourdre  nulz  biens  (C). 

8  Que  tu  oyes  dilligamment  chascun  jour  et  voulentiers  et  dévote- 
ment la  messe,  car  tu  ne  pues  faire  gu aires  meilleur  labeur  (C). 

9  Quy  ne  oient  pas  volentiers  la  messe  (C). 
40  Pas  ung  bien  morir  (C). 

M  Ils   finissent    bien  meschamment  (C).  —   Hz   finnent  mescham- 
mant  (E). 

11  Qui  ne  l'oient  pas  voulentiers  (D).  C'est  évidemment  une  faute. 


4&2  LES   ENSEIGNEMENTS 

pourvoit  en  leur  vie  et  après  leur  mort.  Sy  te  prie  \  en 
l'onneur  de  Dieu  et  de  sa  glorieuse  mère,  que  songneu sèment 
et  en  grant  révérence  tu  oyes  laditte  messe  chascun  jour  2. 
Et  dis  chascun  jour  diligamment  les  heures  de  la  benoite 
Vierge  Marie  3  ou  aultres  oroisons  à  ta  dévotion,  en  ayant 
vergongne  4  de  tes  péchiés.  Et  prie  5  ton  créateur  qu'il  te 
voeulle  telement  conduire  jusques  en  ton  dernier  jour  que 
tu  ne  puisses  faire  chose  qui  soit  au  contraire  de  ton  salut 
en  son  glorieux  paradis.6  Et  soyes  certain  que  oncques  oroi- 
son  faite  de  dévot  cœur  7  ne  fu  sans  porter  fruit  à  ceulx 
qui  la  font  deuement 8.  Sces  tu  encores  que  te  sera  bien 
séant  estre  coy  et  simple  à  l'église  9,  sans  avoir  grans  ne 
petis  consaulx  ne  aultres  langaiges  avec  autrui  10.  Car 
l'église  est  ordonnée  pour  très  révéramment  et  dévotement 
servir  Dieu  et  aourer  n,et  non  pas  pour  tenir  parlemens  com- 


1  Si  te  requiers  (G). 

1  Voir  p.  416  les  mêmes  idées  dans  l'Instruction  d'un  jeune  prince. 

3  Tu  oies  du  mains  chascun  jour  une  entière.  Et  si  diras  tous  les  jours 
les  heures  de  Notre  Dame  (C).  —  Et  dis  diligemment  chacun  jour  les 
heures  de  N.  D.  (E). 

*  Vergongne  et  repentanche  (C). 

5  Et  prie  à  Jhésus,  ton,  etc.  (C): 

6  Quy  soit  contraire  au  salut  de  ton  âme,  etc.  (C).  —  Qui  touche 
ou  contraire  de  ton  salut  (D).  —  Au  salât  de  ton  âme,  ne  reproche  à 
toy  ne  à  tes  amis,  et  en  la  fin  veuille  recepvoir  ton  âme  en  son  glo- 
rieux paradis  (E). 

7  Ditte  de  cuer  dévot  (C). 

8  A  celluy  qui  la  fait  dévotement  (C).  —  A  celui  qui  le  fait  deue- 
ment (E). 

9  En  l'église  (C). 

10  Avecques  personne  (C). 

11  Pour  servir  très  révéramment  et  dévotement  notre  sauveur  Jhésu- 
crist  et  la  vierge  Marie  aourer  (C). 


PATERNELS.  465 

muns  ne  aultres  parlers  oyseux.Car  aulcunes  fois  par  telles 
choses  on  empesche  '  les  prestres  et  aultres  personnes  qui 
sont  présens,  par  quoy  leurs  dévotions  sont  rompues8,  ainsy 
on  est  cause  de  ce  mal 3.  Si  t'en  vueilles  abstenir  4.  Je  m'en 
tairay  atant.  Dieu  te  voeulle  donner  temps  5  et  espace  de 
devenir  viel  6  d'éage  et  de  meurs  ! 

Quant  au  me  7  et  dernier  point,  qui 8  parlera  d'abstinence 
de  corps,  tu  doibz  sçavoir  que  abstinence  de  corps  gist  en 
plusieurs  choses, comme  de  léaulment  et  estroitement  garder 
mariage,  comme  de  non  estre  enclin  à  boire  et  mengier  exces- 
sivement et  de  non  boire  et  mengier  sans  cause  de  faim  et  de 
soif 9  et  sans  y  garder  ordre  ne  heure,à  l'exemple  des  bestes  ; 
souvent baignier  et  estuver  sans  avoir  occasion  de  maladie, 
par  laquelle  on  y  soit  constraint  ;  faire  de  la  nuit  le  jour  en 
excès  désordonnez,  soit  entre  les  femmes  dissolûtes  et  de 
meschante  vie,  ou  aultrement,  dont  il  est  souvent  de  pis  10 
au  corps  et  à  l'âme.  Et  de  là  procède  que  l'omme  aulcunes 
fois  en  devient  ydropique  ou  paralitique  ou  palasineux  et  en 
chiet  en  aultre  maladie,  pourquoy  brief  ll  il  en  vient  à  la 


*  Car  aulcunes  fois, on  empêche  (D). 
2  Leur  dévotion  se  rompt  (C  et  E). 

5  Et  par  ainsi  l'en  est,  etc.  (C).  —  Et  par  ainsi  on  est  cause  de  tel 
mal  (E). 
4  Souvenir-  (C  et  E). 

*  Donner  lieu  (C). 

*  Ancien  d'éage  (C). 

7  Quatrième  (C  et  E).  Erreur  de  copiste. 

8  Qu'il  (D). 

9  A  boire  excessivement  et  de  non  mengier  et  boire  sans  cause  de 
faim  et  de  soif  (CetE).—  Et  de  soif  manque  dans  notre  texte.  —  Sans 
cause  de  faim  et  sans  y  de  riens  garder  ordre  (D). 

10  Souvent  piz  (D). 

M  En  brief  terme  (C). 


464  LES   ENSEIGNEMENTS 

fin  de  ses  jours  l  ;  et  se  il  se  fust  gardé  comme  ung  homme 
raisonnable  et  de  bonne  vie  et  eust  fait  abstinence  desdittes 
choses,  son  corps  fust  demouré  sain  et  haitié  et  en  eust 
été  Dieu  et  le  prince  servi  très  honnourablement,  et  poeut 
estre  qu'il  eust  fait 2  un  grant  bien  à  la  chose  publique  ou 
temps  advenir.  Or  est  mort  et  tué  de  sa  propre  main 3,  sans 
avoir  guaires  de  plaintes,  car  chascun  dira  :  c'estoit  ung 
homme  sans  sens  et  sans  raison  qui  ne  vivoit  fors  à  sa  plai- 
sance 4  et  qui  ne  quéroit  que  les  délitz  de  ce  monde  5.  Or 
avoit  il  corps  convenable  et  légier,  et  ne  l'a  pas  exposé 6  en 
choses  honnourables ne  vertueuses.  Sy  7est  cause  de  sa  mort. 
Et  pour  ce  dist  on  bien  souvent  :  «  A  qui  il  meschiet,  chas- 
cun luy  mesoffre 8.  Ne  fay  pas,  mon  très  chier  fîlz,  que 9  l'en 
die  ainssy  de  toy.  Soyes  sobre  et  attemprés  et  fay  abstinence 
tant  de  corps  comme  aultrement.  Et  aussy  ne  fay  pas  ainsy 
que  font  pluseurs  qui  appâtent  plus  d'avoir  la  grâce  et 
amour  de  pluseurs  femmes  10  que  le  fait  ;  car  de  désirer 
louenge  en  ce  cas, c'est  n  chose  bien  honteuse  et  reprochable 


4  A  la  fin  (C  et  E). 

*  A  dit  :  s'il  se  gardoit...  et  qu'il  fëist...  son  corps  demourroit...  et 
en  seroit  Dieu...  et  poeut  estre  qu'il  feroit. — J'ai  préféré  la  version 
C  et  E). 

3  Mort  et  occis  (C).  —  Mort  et  tué  par,  etc.  (E). 

4  A  sa  personne  (D). 

*  Quy  ne  quéroit  fors  les  délices  du  monde  (C).  —  Que  les  délices 
de  cest  monde  (B).  —  Et  ne  quéroit  que  les  délices  de  ce  monde  (E). 

6  Or  ne  l'a  il  exposé,  etc.  (C  et  E). 

7  Anchois  (C). 

*  On  lui  mesoffre  (E). 

9  Ne  fais  pas  que,  etc.  (C  et  E). 

40  Quy  plus  appettent  d'avoir  la  grâce  et  la  renommée  de  plusieurs 
femmes  (C).  —  Qui  plus  appètent  la  grâce  d'avoir  l'amour,  etc.  (E). 
"  Car  quiconque  désire  loange  en  ce  cas,  ce  luy  est,  etc.  (C). 


PATERNELS.  465 

à  tous  gentilzhommes  K  Et  s'il  advient  que  soyes  pas- 
sionné 2  du  fait,  etc.,  au  moins  fay  telz  choses  3  sy  secrète- 
ment que  nulz  n'en  sache  parler,  et  aussy  adfin  que  tu 
puisses  4  eschiever  Tescandele,tant  de  toy  comme  d'aultruy 
coulpable  de  ton  péchié,  et  il  t'en  sera  mieulx  5  et  feras 
grandement  ton  honneur.  Avec  ce,  te  garde  d'estre  trop 
cointe  et  d'être  trop  excessif  en  tes  habillemens  6,  et  ne 
entreprens  estât  que  tu  ne  puisses  parmaintenir.  Je  ne  dy 
pas  que  tu  ne  te  puisses  bien  habiller  gentement  selon  ton 
estât  et  le  temps  ouquel  les  habillemens  auront  cours, et  de 
très  bons  drapz  ;  mais  laisse  toute  7  excessive  cointise.  C'est 
à  faire  aux  dames  et  aux  damoiselles  d'estre  trop  cointe- 
ment  atournées,  et  ce  leur  est  ordonné  et  souffert  par  très 
bonne  raison  ancienne  et  de  sages  gens  8,  pour  suppléer 
aulcunement  à  la  faulte  de  leur  sexe.  Touttesvoies,  se 
doivent  garder  d'estre  excessives  en  leurs  habillemens,  de 
faire  aussy  plus  9  qu'il  n'appartient  à  leur  estât  et  lignaige. 
Pareillement  tout  homme  aiant  sens  doit  avoir  abstinence 
d'estre  trop  pompeuz  par  oultraige  et  plus  qu'il  n'apartient 
à  lui  ne  à  sa  chevance,  terre  et  seignourie  qu'il  a  de  son 
patrimoine.  Et  ne  fault  mie  pour  ce  10,  se  on  a  des  grans 

1  Reprochable  et  par  espécial  à  tous  gentils  hommes  (C). 

2  Coulpable  (A).  J'ai  préféré  suivre  C  et  E. 

5  A  dit  :  tes  choses.  J'ai  préféré  la  version  C  et  E. 

*  Fais  telz  choses   secrètement  affin  que  tu  ne  puisses  (C  et  E). 

5  Et  il  t'en  prendra  mieulx  que  autrement  (C).   —  Et  mieux    t'en 
sera  (E). 

6  Avec  ce,garde  toy  d'estre  trop  enclin  et  excessif  en  habillemens  (C). 

7  Mais  déporte  toy  de  toute  (C). 

8  Et  ancienne  de  sages  gens  (C). 

9  Touttefois  se  doivent  elles  garder  en  leurs  habillemens  de  faire 
plus  qu'il,  etc.  (E).  —  Id.  C. 

i0  Et  ne  fault  pas  pourtant  (C). 


466  LES    ENSEIGNEMENTS 

biens  qui  viennent  par  office  ou  aultrement,  soy  maintenir 
ne  gouverner  en  dons  oultrageux,  comme  feroit  ung  plus 
grant  de  lui  deux  fois.  Trop  mieulx  vault,  mon  filz,  avoir 
et  garder  ses  deniers  que  de  les  *  emploier  en  choses  super- 
flues qui  guères  ne  pèvent  profiter  et  dont  vient  et  sourt 2 
le  vent  d'envie  qui  fait  parler  les  gens.  Car,  quant  on  voit 
une  personne,  de  quelque  estât  qu'elle  soit,  soy  desrégler 
de  son  estât,  pour  quelques  biens  qui  luy  viennent,  tant  à 
cours  de  seigneurs  comme  ailleurs  c'est  envye  de  tous,  et 3 
à  grant  paine  poeut  durer  puisqu'il  est  assailly  de  pluseurs, 
de  tous  costez  4.  Pour  tant,  le  proverbe  dist  :  «  Qui  trop 
embrache  mal  estraint 5.  »  Et  si  doibz  penser  que  plus  ont  de 
puissance  cent  que  ung.  Mets  paine  à  faire  taire  les  gens, 
fay  des  amis,  et  quant  tu  les  auras,  gardes  les  mieulx  et 
plus  chièrement  que  chevance  ne  trésor  que  tu  ayes.  Car 
soyes  certain  qu'il  n'est  si  riche  chose  au  monde  qui  vaille 
tant  que  font  amis  6.  Sy  voeulles  mettre  paine  par  tous 
moyens  vertueulx  d'en  avoir,  car  il  n'est  si  grant  ne  si 
puissant  qui 7  puist  dire  par  raison  :  Je  viveray  sans  for- 
tune et  sans  dangier  d'aultruy.  Le  dire  seroit  oultraige  et 
présomption  grande.  Néantmains,  je  n'entens  pas  toutesfois 


*  Trop  mieulx  vault  garder  ses  deniers  que  les,  etc.  (C). 

*  Et  dont  sourt  (C;. 

*  Tant  en  court  de  seigneur  comme  autre  part,  il  ne  sourt  que 
envie,  et,  etc.  (C). 

*  De  plusieurs  quy  le  contralient  à  tous  costez  (C).  —  De  plusieurs 
à  tous  costez  (D). 

5  Pou  estraint  (C,  D). 

6  Car  soies  certain  qu'il  n'est  au  monde  chose  tant  propice  ne  utille 
comme  font  bons  amis  (C). 

7  Qu'il  (D). 


PATERNELS.  467 

que  tu  doyes  donner  ta  chevance  ou  la  plus  grant  \  partie 
pour  entretenir  tes  amis,  ne  aussy  pour  en  acquérir  2,  telle- 
ment ne  si  folement  que  tu  en  puisses  apovrir,  car  c'est 
belle  chose  et  digne  de  grant  loenge  de  bien  sçavoir  donner 
le  sien  à  point  3.Pour  ce  4,  donne  sagement  et  libéralement 
quant  le  cas  s'y  adonne  5.  Car  qui  donnne  de  cœur  et  de 
regard  joyeulx,  il  donne  deux  fois.  Donne  aussy  selon  ce 
que  ta  puissance  et  estât  le  requiert6, et  par  espécial  à  ceulx 
ausquelz  tu  te  sentiras  tenu  7,  et  pareillement  à  ceulx  dont 
proffit  honneste  t'en  porra  venir.  Et  garde  sur  toutes  riens, 
quelque  chose  que  tu  aies  donné,  que  tu  8  ne  le  reproches  à 
ceulx  qui  tes  dons  auront  reçeus,  jà  soit  ce  qu'ilz  te  ayent 
grandement  offensé.  Et  saches  que  je  ne  l'ay  point  dit  sans 
cause  ou  raison  9  que  tu  donnes  saigement  et  selon  que  ton 
estât  et  puissance  le  requiert,  Car  aultrement  faire  et  don- 
ner oultrageusement  sans  sens  et  mesure  et  plus  qu'il  n'ap- 
partient à  soy,  c'est  10  prodigalité,  qui  est  vice  contre  Dieu 
et  contre  bonne  raison  ". 

Prodigalité  est  à  proprement  parler  folle  largesse,  qui  est 
excessivement  despendre  et  donner  où  et  quant  n  il  n'apar- 


*  La  greigneur  (C  et  E). 

*  Acquerre  (D). 

3  Donner  à  point  (C  et  E). 

*  Pourtant  (C).  —  Et  pour  ce  (E). 
8  Quant  le  cas  le  requiert  (C). 

6  Le  porte  (C).  —  Que  ton  estât  et  puissance  le  requiert  (E). 

7  Estre  tenus  (C). 

8  Et  regarde,  sur  toute  rien,  que  quelconque  chose  que  tu  aies 
donné,  que  tu,  etc.  (C  et  E). 

9  Je  ne  l'ay  pas  dit  sans  cause  et  sans  raison  (C  et  E). 
«  Est  (C  et  E). 

41  Et  toute  bonne  raison  (E). 

11  Et  donner  et  quant  (A).  —  Et  donner  quant  (C).  —  J'ai  suivi  E. 


468  LES    ENSEIGNEMENTS 

tient  point.  Garde  toy  (ficelle1  et  croy  certainement  que  tous 
oultrageulx  dons,  aussy  légièrement  et  sans  proffit  ilz  se 
despendent.  Dons  oultrageulx  ne  saoulent  2  pas,  mais 
enflambent  à  tousjours  plus  recepvoir.  Pour  tant,  je  te 
prie  que  tu  tiengnes  en  tous  dons  mesure  et  atemprance. 
Et  pareillement  ayes  abstinence  en  ta  bouche,  c'est  à  sça- 
voir  de  arguer  ne  estriver  en  soustenant  tes  oppinions 
contre  aultruy  et  souverainement  à  gens  de  petit  lieu. 
Car  il  n'en  poeut  sourdre  que  noises,  questions  et  débats. 
Laisse  aler  largement  du  tien  avant  que  tu  argues 
guères  contre  qui  que  ce  soit 3,  comme  dit  est,  se  la  chose 
ne  touche  grandement  ton  honneur.  Car  en  ce  cas,  il  con- 
vient ung  chacun  le  garder  très  estroitement,  par  bonne  et 
sage  atemprance  et  meure  délibération,  comme  on  feroit 
sa  vie  corporelle.  Sy  soit  aussy  taditte  bouche  sobre  et 
honneste  en  son  mengier  \  et  quant  tu  seras  à  table,  je  te 
prie  que  tu  regardes  à  mengier  netement  et  courtoisement, 
et  ce  te  sera  une  belle  et  louable  abstinence 5.  Ne  soyes  pas, 
en  lieu  où  il  y  ait  grigneur  de  toy,  le  premier  séant  la 
main  au  plat,  ne  à  la  viande  6  ;  atens  les  aultres  de  ton 
estât.  Ne  acquiers  pas  la  grâce  d'estre  glouton  ne  gour- 
mant.  Saches  que  ce  sont 7  trois  conditions  malséans 8  à  ung 


1  D'icelle  prodigalité  (C). 

*  La  fin  de  cette  phrase  est  omise  (D). 

3  Laisse  avant  aller  largement  du  tien  que  tu  argues  gaires  (C  et  E). 
Que  ne  argues  (D) . —  Contre  quelque  personne  (C). 

*  Aussi  soit  ta  bouche  sobre  en  boire  et  en  mengier  et  honneste  en 
paroles  (C). 

5  Une  léale  abstinence  (C). 

6  Ne  soies  aussi,  en   lieu  où  il  ait  greigneur  de  toy,   le  premier 
asséant  la  main  au  plat,  ne  à  nulle  autre  viande  (C  et  E). 

Voeilles  sçavoir  qu'il  sont  (C).  —  Saces  qu'il  sont    (E). 
8  Saches  que  ce  sont  trois  choses  mal  conditionnées  et  mal  servant  (D). 


PATERNELS.  469 

jenne  homme,  comme  d'estre  menteur,  glouton  et  yvrogne. 
Pour  quoy,  mon  très  chier  filz,  tire  l'espée  d'abstinence, 
chasse  et  persécute  jusques  à  la  mort  ces  trois  malvais  et 
dampnés  vices.  Et,  s'il  plaist  à  Dieu  notre  seigneur,  saul- 
veur  et  bénoit  rédempteur  l,  que  tu  puisses  parvenir  à 
avoir  aulcunes  bonnes  et  honnourables  conditions  par  le 
moyen  des  choses  dessusdittes,  tellement  que  par  telles 
et  icelles  tu  puisses  en  2  l'amour  et  la  grâce  de  ton  prince, 
maistre  ou  seigneur,  et  aussy  de  tous  aultres,  parvenir,  et 
par  ce  moyen  estre  avancié  en  quelque  honnourable  ser- 
vice, soyes  3  diligent  de  servir  léaulment  et  de  complaire 
en  toutes  façons  honnourables,  et  plaines  de  vertus  4.  Et 
se  l'on  te  voeult  commettre  en  aulcun  office,  quel  qu'il  soit, 
voeulles  user  de  saiges  et  souffisans  conseilliers  et  telz  qu'il 
plaira  au  prince  avoir  ordonné  ou  lieu  où  il  te  aura  pourveu 
dudit  office.  Et,  se  tu  as  office  de  justice  5  à  gouverner  et 
qu'il  te  faille  icelle  exécuter  sur  aulcuns  malfaiteurs,  au 
moins  voeulles  en  avoir  compassion  et  avec  ce  desplaisance 
de  leurs  péchiés,  et  le  fais  comme  personne  publique  et 
comme  celui  qui  ad  ce  est  ordonné  et  non  pas  pour  toy 
vengier  d' aulcunes  haynes,  vielles  ou  nouvelles,  en  usant 
tousjours  de  saige  conseil,  comme  dit  est.  Car  on  dist  en 
aulcun  proverbe  : 

On  doit  tenir  cellui  pour  beste 
Qui  son  conseil  porte  en  sa  teste  6. 


*  S'il  plaist  à  Jésucrist,  notre  très  doulz  sauveur  et  rédempteur  (C). 

2  Que  par  icelles  (C  et  E). — Tu  puisses  acquérir  (C). Erreur  du  copiste. 

3  Soies  dont  (C). 

4  Et  garnies  de  vertus  (C). 

5  D'icelluy  office.  Et  se  tu  as  de  justice  (C).   —  Et  se  tu  as  justice 
à  gouverner  (E). 

8  Qui  son  conseil  a  en  sa  tête  (C).—  Porte  en  la  teste  (E). 


470  LES    ENSEIGNEMENTS 

Nulz  ne  voit  goûte  en  ses  propres  affaires,  et  aussy  ceulx 
qui  ne  voeulent  user  de  conseil  le  font  par  folie  ou  par 
orgueil  présomptueux. 

Garde  doncques  que  en  tes  fais  tu  ne  soyes  réputé  pour 
fol,  et  aussy  laisse  ce  très  mauldit  l  péchié  d'orgueil,  et 
soyes  humbles,  gracieux  et  débonnaires,  en  gardant 2  l'on- 
neur  de  toy  et  souverainement-  de  dames  et  damoiselles  3, 
et  chascun  dira  bien  et  honneur  de  toy,  et  si  te  envoyera 
Dieu  des  biens  4,car  humilité  est  une  vertu  qu'il  aime  et  com- 
mande 5  sur  toutes  les  aultres,  soit  en  justice  ou  aultrement. 

Mon  très  chier  filz,  combien  qu'il  feust  temps  de  prendre 
fin  à  cette  matière  6,  pour  ce  que  on  dist  que  longue  escrip- 
ture  7  engendre  ennuy  et  que  brief  enseignement  esjouit 
l'entendement,  et  aussy  qu'il  me  samble  que  j'ay  assez 
touchié  8  et  parlé.  Quant  aux  trois  poins  par  lesquelz  ung 
gentilhomme  vertueux,  vaillant  et  garny  de  bonne  renom- 
mée, puet  parvenir  à  grande  et  honnourable  chevance  9, 
c'est  à  sçavoir  :  premièrement  10  par  mariage,  secondement 
par  service  de  prince,  et  tiercement  par  siévir  la  guerre  ; 
dont  je  te  parleray  sans  faire  long  procès  u.  Et  quant  au 


I  Meschant  (C  et  E).  —  Mauvais  (D). 

*  Gracieux,  en  gardant  (D). 

*  Des  dames  (D). 

*  Et  Dieu  te  envoiera  du  bien  (C). 

5  Recommande  (C).  —  Car  il  ayme  toute  humilité  et  commande  (D). 
a  En  ceste  escripture  (A).    En  mon  escripture  (E).  J'ai  préféré  la 
version  C. 

7  Longue  narration  (C).  —  Longue  parolle  (E). 

8  Traittié  (D). 

9  Richesse  (C). 

10  Le  premier  (C  et  E). 

II  Sans  faire  longue  narration  de  paroles  (C).   —  Long  procès  de 
parolles  (E). 


PATERNELS.  471 

premier  point, je  te  dy  pour  certainement  l  que, se  par^mon 
conseil  tu  voeul  user  et  toy  par  maintenir  et  gouverner 
selon  mes  enseignemens  piessa  déclairés  2,  il  pourra  estre 
de  toy  sy  grant 3  renommée  que  tu  trouveras  ton  party 
par  mariage  de  telle  et  si  riche  dame  que  toy  et  les  tiens 
à  tousjours  en  serez  puissans  et  habondans  en  richesses. 
En  laquelle  toutesfois  tu  ne  pourroies  4  parvenir 
synon  moyennant  tes  bonnes  et  vertueuses  conditions. 
Secondement,  moyennant  lesdites  vertus  demourées  en  toy, 
ton  prince,  qui  en  orra  parler  et  qui  les  apercevra  par 
effect,  te  commettra  en  tel  office  et  sy  hault,  dont  tant  de 
biens  et  pourfis  te  porront  venir  que  tu  seras  riche  et 
puissant  et  sans  à  nulz  faire  tort 5 ,  et  feras  venir  tous 
tes  amis  en  grant  honneur  et  souveraine  richesse.  Tierce- 
ment,  par  hanter  et  porsiévir  la  guerre,  il  poeut  advenir 
à  ung  saige  vaillant  homme  et  vertueux  qu'il  prende  6 
en  quelque  besongne  ung  prisonnnier  de  sy  grant  puissance 
de  terre  et  de  seignourie  qu'il  en  sera  et  demourra  riche 
toute  sa  vie,  voire  et  tous  7  ses  successeurs.  Encores  y  a  il 
pluseurs  aultres  hasars  8  et  bonnes  fortunes  de  guerres  dont 
on  poeut 9  honnourablement  soy  enrichir, dont  je  me  tais  et 
pour  cause  de  briefveté.  Très  chier  et  très  amé  fîlz,  il  est 


1  Et  quant  au  premier,  je  te  dy  pour  certain  (E). 

2  Que,  se  tu  veulx  user  et  toy  gouverner  selon  mes  enseignemens 
(C  et  E).  —  Devant  déclairez  (C).Piécha  déclairés  (E). 

3  Si  bonne  (C  et  E).  —  De  toy  estre  si  grant  (D). 

*  Tu  ne  eusses  (C  et  E).  —  Eusses  pas  pu  (B). 

&  Riche  puissamment  C  et  E).  —  Sans  faire  tort  à  personne  (C). 

•  Quy  prenge  (C).  —  Qu'il  prendera  (D  et  E). 

1  Et  remanra  riche  toute  sa  vie,  et  pareillement  tous,  etc.  (C). 

8  Ung  autres  hasarts  (D). 

9  Que  l'en  puet  (C;. 


472  LES    ENSEIGNEMENTS    PATERNELS. 

temps  que  je  prengne  fin  et  conclusion  touchant  ceste 
matière,  priant  à  Dieu  par  sa  doulce  miséricorde  et  à  sa 
glorieuse  mère  !  et  à  madame  sainte  Anne,  qu'il  te  voeulle 
tellement  conduire  et  mener  à  l'exil  de  ce  povre  monde 
qu'il  te  doinst  grâce  de  tellement  maintenir  et  sy  vertueu- 
sement gouverner  que  ce  soit  à  ta  louange,  et  à  moy  comme 
ton  père  parfaitte  joye,  et  avecques  luy  nous  doinst  paradis 
en  la  fin  ! 

Amen.  2 


*  Priant  au  bénoit  filz  de  Dieu,  par  sa  débonnaire  clémence,  à  la 
glorieuse  Vierge  Marie,  sa  mère  (C). 

2  Le  ms.  E  ajoute  ici  :  Die  Jovis,  completus  est  iste  liber.  Mais  la 
date  manque. 


APPENDICE. 


VOV.  ET  AMfe.  5q 


APPENDICE, 


ANALYSE  D'UN  MANUSCRIT  DE  LA  FAMILLE 
DE  LANNOY. 

—  Bibliothèque  nationale  de  Paris,  fonds  français  n°  1278,  ancien 
no  7445».  _ 

-—  Voir  l'Introduction  p.  XXXIX  et  suivantes.  — 

L'importance  que  ce  manuscrit  a  prise  dans  cette  publi- 
cation me  semble  exiger  que  j'en  présente  ici  l'analyse. 

Le  catalogue  imprimé  lui  donne  ce  titre  : 

Recueil  de  pièces  historiques  concernant  les  affaires  de 
Bourgogne,  de  1306  à  1490. 

A  la  lettre,  cela  est  exact.  Cependant,  il  faut  en  rabat- 
tre des  deux  côtés  :  sauf  trois  pièces,  dont  l'une  est  un 
manuel  de  tournois,  sujet  intéressant  à  une  époque  si  avide 


476  APPENDICE. 

de  ces  jeux,  et  les  autres,  relatives  à  la  châtellenie  de 
Lille,  qui  devaient  être  utiles  à  la  famille  De  Lannoy  dont 
plus  d'un  membre  fut  gouverneur  de  Lille,  —  la  série  ne 
commence  réellement  qu'en  1417,  pour  s'arrêter,  sauf  une 
pièce  unique  de  1490,  à  l'année  1475. 

De  1417  à  1475,  c'est  1  époque  la  plus  agitée  du  règne  des 
ducs  de  Bourgogne  ;  mais  l'on  ne  peut  s'attendre  à  suivre 
dans  un  manuscrit  de  307  feuillets  tous  les  événements 
relatifs  à  trois  souverains,  ni  même  l'œuvre  militaire  et 
diplomatique,  si  considérable,  des  deux  frères  De  Lannoy. 

Ce  manuscrit,  du  fonds  Colbert,  est  précédé  d'une  table, 
d'une  écriture  ancienne,  plus  récente  que  celle  du  manus- 
crit, et  dont  le  catalogue  imprimé  a  tiré  parti. 

J'ai  dû  prendre  une  méthode  contraire  à  l'usage.  Ces 
pièces  ont  été  reliées  au  hasard  ,  sans  ordre  chronologique 
ni  autre,  sans  réunir  les  doubles,  ni  tenir  compte  des  indi- 
cations du  propriétaire  ou  du  copiste  ;  il  en  est  même  où 
l'ordre  des  feuillets  est  interverti,  malgré  des  titres  de 
chapitres,  clairement  indiqués  au  milieu  des  pages. 

J'ai  donc  dû  fixer  d'abord  la  date  de  chacun  des  docu- 
ments et  les  classer  d'après  la  suite  des  années. 


Analyse. 

I.  1306.  —  Pièce  n°  1  du  ms.,  fol.  1.  —  «  Chy  s'ensieut 
la  manière  de  gaige  de  bataille  faire,  selon  la  coutume 
générale  du  royaulme  de  France  »  (titre  du  ms.). 

C'est  l'édit  de  Philippe-le-Bel,  de  1306. 

II.  1369.— N°  2,  fol.  8.—  «  Coppie  des  lettres  comment  la 
castellenie  de  Lille,  fut  baillie  au  comte  de  Flandre  » 
(titre). 

«  Vidimus,  donné  le  25  octobre  1372,des  lettres  de  Charles  V 
(25  avril  1369)  et  de  Marguerite  de  Flandre  (27  mars  1368) 
concernant  la  châtellenie  de  Bruges  »  (catalogue). 

IIIN°87 — Fol.  304.  «  C'est  l'extrait  et  advertissement  pour 
l'esgart  comme  sur  le  fait  des  sayettes,  filles  et  foulons 
de  sayes,  selon  les  ordonnances  anciennes  et  les  addi- 
cions  sur  ce  faictes  par  les  eschevins  de  la  ville  de  Lille.  » 

La  châtellenie  de  Lille  intéressait  les  De  Lannoy.  Hugues 
fut  gouverneur  de  Lille  pendant  plusieurs  années.  (Comptes  de 


478  APPENDICE. 

Ghillebaut  1419,  où  il  reçoit  200  fr.  de  ce  chef,  monnaie  royale. 
—  1420,  ibid.). —  En  1423,  il  est  chargé  comme  gouverneur  de 
Lille  déjuger  les  habitants  de  Douai  (Bibliothèque  nationale  de 
Paris,  fonds  de  Bourgogne,  t.  100,  p.  201). 

Bauduin  de  Lannoy,  dit  le  Bègue,  frère  cadet  de  Hugues 
et  de  Ghillebert,  fut  aussi  gouverneur  de  Lille,  s'il  faut  en 
croire  Lelewel. 

Jean  de  Lannoy  le  fut  à  son  tour  (V.  Rymer,  acte  du 
10  décembre  1463,  t.  X,  p.  511). 

IV.  1417.  —  No  37,  fol.  97,  etc.  —  «  De  l'an  IIIICXVII, 
parlant  du  duc  Filippe  de  Bourgogne,  père  au  duc 
Caries  »  (titre). 

Fragments  de  chronique. 

Ce  sont  les  chapitres  177,  178,  179,  180,  181,  182,  183, 
incomplet,  et  184,  de  Monstrelet, d'après  les  chiffres  de  l'édition 
Buchon  (Panthéon  littéraire),  pp.  403  et  s. Ces  chapitres  portent 
ici  les  n08  VIII",X  (170)  et  suivants. 

Ces  chapitres  concernent  surtout  l'ambassade  du  duc  au 
roi  et  le  traité  de  Dourlans  (1417).  Hugues  et  Ghillebert  de 
Lannoy  y  sont  nommés  comme  faisant  partie  de  l'armée  de 
Philippe-le-Bon  (ch.  184). 

V.  1417.  —  N°  11,  fol.  58.  —  «  En  l'ost  de  monseigneur 
devant  Barsailles,  le  XVIIe  jour  de  septembre,  a  été 
avisé,  à  la  correction  de  monseigneur  et  de  son  conseil, 
sur  le  fait  de  la  bataille,  en  la  manière  qui  s'ensieut  » 
(titre). 

Tout  me  semble  concourir  pour  fixer  la  date  de  cette  pièce 
à  1417  ;  il  y  est  dit  :  «  Veu  que  les  ennemis  sont  près  de 
Paris,  où  ils  peuvent  se  fournir  de  tout.  »  C'est  donc  avant  l'oc- 
cupation de  Paris  par  le  duc  (1418).  Parmi  les  chefs  de  l'expédi- 
tion on  voit  Hector  de  Saveuse.   De  Barante  constate  qu'il 


APPENDICE.  479 

prit  une  grande  part,  avec  ses  frères  Philippe  et  Bon,  à  l'expé- 
dition de  1417  et  fut  un  de  ceux  qui  servirent  à  l'évasion  de  la 
reine  Isabeau  (1  novembre  1417).  Monstrelet  cite  dans  l'armée 
de  Jean  sans  Peur,  marchant  sur  Paris  en  1417,  Castelain  Vas, 
Jean  de  Guigny ,  Charles  Labbe,  Jean  et  Clavin  du  Clau. 
Tous  ces  noms  sont  dans  la  pièce  qui  nous  occupe. 

Une  preuve  plus  décisive  existe  dans  les  comptes  de  Jean 
Fraignet,  du  27  novembre  1415  au  5  juin  1417,  analysés  dans 
un  manuscrit  du  fonds  de  Bourgogne  (Bibl.  n.  de  Paris,  t.  100, 
p.  144).  On  y  trouve  sous  ce  titre  :  «  Noms  des  seigneurs  qui 
avoient  commandement  en  la  dite  année,  »  les  noms  cités  ici 
avec  ceux  qui  manquent  dans  Monstrelet  : 

«  Messire  Chastelain  Wuast,  chevalier  bachelier,  avec 
156  escuyers,  124  hommes  de  trait  à  cheval,  2  trompettes,  et 
trois- ménestrels. 

«  Charles  Labbe,  escuyer,  capitaine  de  gens  d'armes. 
125  escuyers,    108  hommes  de  trait,  à  cheval,  2  trompettes. 

«  Jean  de  Guignes,  escuyer,  2  chevaliers  bacheliers,  124  es- 
cuyers, 88  hommes  de  trait  à  cheval,  2  trompettes,  3  menes- 
triers. 

«  Jacques  de  la  Beaume,  escuier  banneret,  2  chevaliers, 
72  escuyers,  7  hommes  de  trait  à  cheval,  une  trompette. 

«  Messire  de  Salnové,  escuier  banneret,  1  chevalier  bache- 
lier, 198  escuyers,  83  archiers,  2  héraults,  2  trompettes, 
3  menestriers. 

«  Clavin  de  Cloux  ,  savoiard  ,  escuyer  ,  62  escuyers  , 
177  hommes  de  trait  à  cheval. 

«  Jean  du  Cloux,  escuyer,  capitaine  de  gens  d'armes,  avec 
lui  son  estendart,  135  escuyers,  25  hommes  de  trait  à  cheval, 
2  trompettes,  2  menestriers.  » 

M.  Kervyn  de  Lettenhove  a  publié  cette  pièce  dans  une  note 
des  œuvres  de  Chastellain  (I,  324).  Au  5e  §,  entre  les  noms  de 
Jehan  de  Guignes  et  Jehan  du  Clo,  le  copiste  a  omis  deux 
écuyers  :  il  faut  lire,  Jehan  de  Guignes,  Charles  Labbe,  Clavin 
et  Jehan  du  Clo. 


480  APPENDICE. 

VI.  1414-1417.  —  N°  35,  fol.  91,  etc.  —  Sans  titre. 

Ce  cahier  contient  cinq  pièces  copiées  à  la  suite  et  se  rappor- 
tant au  même  objet  : 

1°  Philippe,  comme  lieutenant  de  son  père, fixe  le  nombre  des 
maîtres  des  comptes  à  Lille.  Gand,  20  février  1414. 

2°  (non  catalogué)  Fol.  92  ve.  Lettre  d'approbation  par  Jean 
sans  Peur.  Dijon,  25  mars  1414. 

3°  N°  36  Fol.  93,  v°.  Lettre  de  Jean  sans  Peur  donnant 
l'office  de  maître  des  comptes  de  Lille  à  Toussaint  Bajart. 
Beaume,  1  septembre  1417. 

4°  (non  catalogué)  Fol.  94  v°.Du  même  au  même.  Chastillon, 
27  septembre  1417. 

5°  (non  catalogué)  Fol.  96  v°.  Clamart,  26  septembre. 

J'ai  déjà  dit  l'intérêt  qui  attachait  à  la  ville  de  Lille  Hugues 
De  Lannoy. 

VII.  1418.— N°  22,  fol.  79  v°.  «  Un  mandement  par  lequel 
monseigneur  le  duc  Jehan  mande  que  ung  officier  soit 
déporté  de  son  office  et  constraint  à  soy  mettre  avec  les 
hommes  de  fiefz  ses  pers,  pour  porter  bon  et  loyal  témoi- 
gnage et  jugement.  »  22  mars  1418.  «  Copie.  » 

Hugues  de  Lannoy,  à  propos  d'un  procès,  obtient  cette  ordon- 
nance du  duc.  Il  y  est  nommé  conseiller  et  chambellan  du  duc 
et  gouverneur  de  Lille  *. 

Cette  pièce  fait  partie  d'un  cahier  de  copies,  mises  à  la 
suite  et  fait  évidemment  pour  Hugues,  et  qu'on  trouvera  sous 
nos  n08  VIII,  XII,  XIV,  XVI,  XIX,  XXIII,  XXIV,  XXVIII, 
XXXIII,  XXXIV,  XLV  et  LXXVI. 


1  Son  épouse  pour  laquelle  il   soutient  ce  procès  y  est  nommée 
Marguerite  de  Becoud. 


APPENDICE. 


481 


VIII.  1418.  —  N°  19,  fol.  77.  —  «  Lettres  de  retenue 
données  par  le  duc  Jehan.  »  15  septembre  1418.  «  Copie.  » 

Hugues  de  Lannoy, seigneur  de  Santés,  reçoit  du  duc,  comme 
conseiller  et  chambellan  une  attribution  de  3  fr.  plus  l'entre- 
tien d'un  écujer,  par  jour  de  service.  15  septembre  1418.    . 

Cela  concorde  avec  les  registres  de  la  chambre  des  comptes 
de  Dijon  (comptes  de  Jean  de  Noident  pour  1417-1418.  Bibl. 
nat.  de  Paris,  fonds  de  B.  t.  100,  p.  147).  La  dépense  de  3  fr. 
par  jour  de  service  y  est  attribuée  à  Hugues  comme  chambellan 
du  duc.  —  Même  cahier  que  le  précédent. 

IX.  1419.  —  N°  38,   fol.   110.  —  «  Le  traitié  de  paix 

*  fit  de  monseigneur  le  duc  Jehan  de  Bourgogne, 

devers  Tan  mil  IIIICXIX,  sur  laquelle  paix  il  fut  tuet 
à  Montriaux,  etc.  »  11  juillet  1419. 

On  lit  à  travers  sur  le  dos  de  ce  cahier,  fol.  112  v°  : 

«  Coppie  du  traitiet  quy  fut   fait  entre  le  Daulphin  quj  est 

roy  de  présent,  et  monsigneur  le  duc  Jehan,  sur  le  traitiet  il 

fu  mort.  »  —  C'est  la  paix  de  Ponceau. 

X.  1420  et  1422.  —  N°  33  fol.    87.   —  1°  «    Copie  du 
traittié  de  Melun.  »  18  novembre  1420. 

Acte  de  reddition  de  Melun  au  duc.  Le  catalogue  imprimé 
porte  par  erreur  1408  ;  le  mot  vint  est  en  toutes  lettres. 

2°  N°  34,  Fol.  87  v°.  «  Coppie  du  traittié  de  Meaulx  en 
Brye.  »  2  mai  1422. 

Le  copiste  a  réuni  ces  deux  capitulations  sur  les  mêmes 
pages  ;  au  dos  du  cahier  il  a  écrit  : 

«  L'apointement  des  aségiés  de  Melun  et  de  Meaux  en  Brye.  » 

1  La  moitié  de  la  ligne  manque,  elle  a    été  coupée  par  le  relieur. 


482  APPENDICE. 

XL  1421-1422.  —  N°  12,  fol.  60.  —  «  Instroucions  des 
choses  que  veult  qu'on  face  le  Roi  Régent,  dont  il  faut 
parler  à  monseigneur  le  maître  des  arbalestriers  et  lui 
savoir  combien  elles  cousteront  trestoutes.  » 

Hugues  de  Lannoy  était  à  cette  époque  maître  des  arbales- 
triers. Les  généalogistes  le  disent  et  divers  actes  lui  donnent  ce 
titre  en  1422  (Ms.  de  la  Bib.  nat.  de  France,  fonds  de  B., 
t.  23,  p.  78,  t.  96,  p.  507,  t.  100,  p.  202,  t.  110,  p.  121). 

C'est  un  questionnaire  avec  la  réponse  en  marge, par  Hugues 
de  Lannoy. 

Cette  pièce,  non  plus  que  la  suivante,  n'est  datée.  Il  me 
semble  impossible  de  leur  assigner  une  autre  date  que  1421- 
1422.  Car  Henry  V  y  prend  le  nom  de  roi  régent  qu'il  ne  prit 
qu'après  le  traité  de  Troyes  (1420)  et  qu'il  abandonna,  d'après 
ce  traité,  à  la  mort  de  Charles  VI  (21  oct.  1422)  pour  s'appeler 
roi  de  France  et  d'Angleterre. 

Cette  pièce  a  été  publiée  avec  quelques  fautes  de  copie  dans 
les  Œuvres  de  Chastellain,  t.  I,  p.  189  et  s. 

XII.  1421.  —  N°  32,  fol.  86  v°.  —  «  Lettre  close  par  la 

ducesse  de  Bavière  contesse  de  Hollande  et  de  Zélande  » 

(titre). 
«  Escript  à  votre  très  chier  et  bien  aimé  le  seigneur  de 

Santés y  conseiller  de  notre  très  chier  et  très  aimé  neveu 

le  duc  de  Bourgogne  (suscription). 

Signé  du  château  du  Quesnoy,  20  juillet  (sans  date). 

Lettre  de  créance  pour  un  messager  envoyé  à  Hugues  de 
Lannoy  par  Jacqueline  de  Bavière. 

Ce  ne  peut  être  lors  des  premiers  démêlés,  dans  lesquels  s'en- 
tremit le  comte  Philippe  (1417) ,  car  alors  Jean  sans  Peur 
vivait  et  ce  duc  de  Bourgogne  n'était  pas  le  neveu  de  Jacque- 


APPENDICE.  485 

line.   Ce  ne  peut  guère   être  pendant  la  guerre  de   Hollande, 
(1425-1426,  etc.).   Cette  missive  de  Jacqueline  à   Hugues   de 
Lannoy  doit  dater  de  son  séjour  en  Hainaut  à  Valenciennes  et 
au  Quesnoy,  après  qu'elle  eut  quitté  son  mari  (1421). 
Même  cahier  que  les  Nos  VII  et  autres. 

XIII.  1421-1422.  —  N°  13,  fol.  62.  «  S'ensuivent  les 
besoignes  prestes,  trouvées  à  Paris,  es  lieux  qui  s'en- 
suivent, c'est  assavoir  »  (sans  date). 

Même  écriture  que  le  N°  XI,  attribué  à  Hugues  de  Lannoy. 
Publié  dans  les  Œuvres  de  Chastellain,  I,  p.  199. 

XIV.  1422.  —  N°  31,  fol.  86.  —  «  Lettres  de  pas,  soubz 
un  scel  de  capitaine.  » 

Sauf-conduit  pour  levêque  d'Amiens   donné  par  J.  de  Har- 
court,  lieutenant  du  régent  en  Picardie.  14  juin   1422. 
,     Copie  mise  à  la  suite   du  n°  XXIV  sur  la    même  page  et 
dans  le  même  cahier  que  les  nos  VII  et  autres. 

XV.  1422.  —  N°  39,  fol.  113.  —  «  Le  traitiet..:..  à 
Compiègne,  fait  Tan  mil  IIIICXXII  »  (Capitulation  du 
11  juillet). 


Hugues  de  Lannoy,  d  après  le  père  Anselme,  fut  nommé,  le 
►  juin  de  cette  année,  capitaine  de  Compiègne. 


20  j 


XVI.  Après  1423.  —  N°  25,  fol.  80  v°.  «  Coppie  des 
lettres  d'armes  pour  Ms.  le  bastart  de  Saint-Pol  »  (titre). 
«  A  tous  chevaliers  et  escuiers  tenant  le  party  contraire 
de  très  hault,  très  puissans  et  très  excellens  princes  le 
roy  Henry,  roi  de  France  et  d'Engleterre,  et  de  mon  très 
redoubté  seigneur  et  maistres  m.  s.  le  duc  de  Bourgogne.  » 


484 


APPENDICE. 


La  rencontre  est  fixée  au  29  avril.  Cette  pièce  date  d'après 
1423,  puisque  Henri  V  y  est  appelé  roi  de  France. 
Même  cahier  que  les  N°8  VII  et  autres. 

XVII.  1426.  —  N°  9,  fol.  47.  —  «  Advertissement.  » 

Avis  au  duc,  analysé  en  note  par  l'éditeur  de  Chastellain, 
t.  II,  p.  158. 

On  lit  en  travers  du  dossier,  sur  la  page  blanche  qui  a  été 
pliée  dans  sa  longueur,  deux  notes  de  deux  différentes  écritures  : 

—  Avis  ou  conseil,  bailliet  à  monseigneur  le  duc  de  Bour- 
gogne. 

—  Ad  vis  par  ci  devant  fais  sur  le  fet  de  monseigneur 
le  duch. 

L'écriture  diffère  de  celle  de  la  précédente  pièce,  elle  res- 
semble à  celle  de  la  note  signée  Millet  (v.  n°  XXII). 

L'auteur  pousse  le  duc  à  resserrer  l'alliance  anglaise  contre 
le  roi  ;  un  des  moyens  est  de  gagner  le  connétable,  comte  de 
Richemont. 

Il  existe  un  mémoire  des  sires  de  Clermont  et  de  Richemont 
au  duc  de  Bourgogne,  présenté  anx  conseillers  du  duc  réunis  à 
Bourbon,  sur  la  paix,  en  date  du  19  janvier  1426  (Bibl.  nat. 
de  France,  fonds  de  B.,  t.  95,  p.  670),  et  un  avis  secret  de 
Richemont  au  duc  (ib.  p.  922),  où  il  accuse  le  chancelier  de 
Bourgogne  de  ne  pas  vouloir  la  paix. 

XVIII.  1425  (?)  —  N°  17,  fol.  73.  «  Pour  le  service  de  la 
flotte  estant  présentement  à  la  Rochelle  est  très  néces- 
saire d'avoir  ce  qui  s'ensuit  »  (titre,  sans  date). 

La  dernière  page  a  un  titre  ainsi  conçu. 

«  Aussi  les  vittailles  et  provisions  qui  y  seront  nécessaires 
pour  I  mois  » 

Le  denier  feuillet  est  laissé  en  blanc,  mais  au  verso  on  a  collé 
une  note  ainsi  conçue  : 


APPENDICE.  485 

«  Pour  mettre  vaseaux  sur  mer  quant  le  seigneur  de  Santés 
estoit  en  Hollande.  » 

C'est  encore  Hugues  de  Lannoy. 

Cette  pièce,  dont  rien  n'indique  la  date  sauf  deux  mots  qui 
nous  apprennent  que  Hugues  de  Lannoy  était  en  Hollande  et 
que  la  flotte  était  à  la  Rochelle,  doit  se  rapporter  à  la  guerre 
contre  Jaqueline  de  Bavière  et  ne  peut  guère  être  antérieure 
à  1425. 

XIX.  1428.  —  N°  20,  fol.  78.  —  «  Unes  lettres  contenant 
dons  de  somme  pour  les  bons  et  aggréables  services  que 
les  seigneurs  de  Croy  et  de  Santés  avoient  fait  à  mon- 
seigneur le  duc  Philippe.  »  (Lille,  16  avril  1428.) 

Hugues  de  Lannoy  et  Antoine  de  Croy  reçoivent,  pour  une 
fois,  chacun  2000  écus  de  40  gros,  monnaie  de  Flandre,  à 
payer  à  chacun  200  écus  par  an. 

Copié  placée  dans  le  même  cahier  que  les  nos  VII  et  autres. 

XX.  1428-1429.  —  1°.  (Confondu  dans  le  catalogue 
avec  le  N°  suivant.)  fol.  153,  154,  159,  152,  158, 
151,  157,  155,  156.  —  «  A  correction  c'est  ce  que 
il  semble  que  monseigneur  le  duc  de  Bourgogne  a  à 
fère  et  pourvéoir  se  Dieux  lui  donne  la  grâce  et  youlenté 
de  aller  à  puissance  d'armes,  à  ceste  saison  nouvelle, 
sur  les  desloyaulx  incrédulles,  ou  royaulme  de  Béhaigne 
que  l'en  appelé  Housses.  »  (Titre.) 

Brouillon  de  la  main  de  Ghillebert  de  Lannoy.  Les  feuillets 
ont  était  mal  reliés  ;  j'ai  indiqué  la  marche  à  suivre  en  citant 
les  folios» 

2°.  N°  51,  fol.  150.  —  Sans  titre. 

C'est  un  feuillet,  avec  variantes,  du  même  avis,  écrit  d'une 
autre  main  et  comprenant  les  alinéas  3,  8,  5  et  6  de  la  mise 
au  net. 


486  APPENDICE. 

3°.  N°  10,  fol.  50  et  suiv.  «  A  correction,  etc.  »  Même 
titre  que  le  brouillon,  sauf  ces  mots  ajoutés  à  la  fin  : 
«  Et  se  comprent  cest  advis  en  VIII  parties.  » 

J'ai  étudié  ces  pièces  dans  l'introduction  et  j'en  ai  publié 
la  mise  au  net  avec  les  variantes  (p.  228  et  suivantes). 

XXI.  1429-1430.  —  N°  49,  fol.  146.  —  Sans  titre  et 
sans  date. 

Avis  relatif  à  la  guerre  à  porter  en  Bohême  contre  les 
Hussites. 

J'ai  établi  que  cette  pièce  est  de  Ghillebert  de  Lannoy  et  je 
l'ai  publiée  (p.  250  et  s.). 

XXII.  1430.  —  N°  3,  fol.  12.  —  «  Aucuns  avis  faits  sous 
la  correction  d'autres,  des  manières  qui  semblent  estre 
à  tenir  après  ce  que  le  roy  et  sa  puissance  seront  en 
France,  pour  conduire  sa  guerre.  » 

Sur  le  verso  de  la  dernière  feuille  restée  blanche,  on  lit  , 
d'une  écriture  grande  et  informe  : 

«  Avis  fais  devant  Compiègne,  envoie  devers  le  roi  à  Calais, 
escris  par  Millet.  »• 

Sur  le  verso  de  l'avant-dernière  page,  resté  aussi  en  blanc, 
on  lit  d'une  écriture  plus  petite  et  de  même  caractère  : 

«  Avis  envoie  par  monseigneur  de  Bourgogne  devers  le  roy 
quant  il  arriva  à  Calais  touchant  le  fet  de  la  guerre.  » 

La  date  manque,  mais  les  indications  historiques  sont  pré- 
cises. On  peut  les  suivre  dans  de  Barante  :  Paris  est  dans  la 
détresse.  Le  roi  d'Angleterre  doit  arriver  à  Calais  (Barante 
édit.  belge,  IV,  243).  Philippe  assiège  Compiègne  (IV,  219),  il 
espère  avoir  bientôt  pris  le  pont  de  Choisy,  gagné  «  le  mous- 
tier  »  de  Bourbon,  et  mis  «  une  bastille  »  au  bout  du  pont 
(IV,  237). Les  Anglais  pourront  assiéger  aussitôt  Louviers  (257). 


APPENDICE.  487 

Le  duc  leur  conseille  d'attaquer  aussi  Beauvais,  Creil,  Sens, 
Melun,  ce  qu'ils  firent  (258). 

C'est  au  mois  d'avril  1430  que  le  jeune  roi  débarqua  à  Calais. 
Cet  advis  est  de  cette  date,  et  lorsque  les  Anglais  avaient  com- 
mencé à  perdre  du  terrain  en  France. 

Quel  est  ce  Millet  qui  écrit  l'avis  ?  Est-ce  Jean  Milet,  bour- 
geois de  Paris,  qu'on  trouve  en  1419  dans  une  députation  que 
le  comte  de  Saint-Pol  envoyé  à  Philippe  le  Bon,  pour  le  con- 
seiller de  s'allier  aux  Anglais  contre  le  Dauphin  et  les  Arma- 
gnacs. (Œuvres  de  Chastellain,  I,  81,  en  note.) 

XXIII.  1430.—  1°.  N°  26,  fol.  83.—  «  Lettres  de  retenue 
pour  ung  chevaucheur  de  l'escurie.  »  Par  Philippe  le  Bon, 
en  faveur  d'un  Raynaudin  Loysel,  2  juillet  1430.  2°. 
— Suivi,  même  folio,  de  :  «  Mandement  adreschant  à  ung 
chevaucheur  d'escurie.  (Id.  31  juil.  1430.) 

Ces  pièces,  écrites  à  la  suite  sur  une  même  page,  font  partie 
du  cahier  de  copies  signalé  plus  haut  nos  VII,  etc. 

XXIV.  1430.—  N°  30,  fol.  85  v°.  —  «  Quittance.  » 

Les  sieurs  de  Croy  et  de  Renty  certifient  avoir  reçu  de 
Hugues  de  Lannoy,  seigneur  de  Santés,  la  rançon  de  messire 
Florimont  de  Brimeu,  fait  prisonnier  à  Compiègne.  26  Décem- 
bre 1430. 

Hugues  agit  ici  sans  doute  en  qualité  de  capitaine  de  compa- 
gnie. Cette  copie  fait  partie  du  même  cahier  que  la  précédente. 

XXV.  1431.  —  N°  15,  fol.  66.  —  Sans  titre  et  sans  date. 
Projet  pour  lever  4  millions  sur  les  pays  du  duc  de 
Bourgogne. 

L'éditeur  de  Chastellain  (II,  p.  186)  cite  à  l'an  1431,  un  docu- 
ment dont  les  premiers  mots  ressemblent  à  ceux  par  où  celui-ci 


488  APPENDICE. 

débute  :  «  On  trouve  que  ou  royaume  de  France  a  XVIIC  mil 
villes  à  clochier.  »  La  pièce  de  notre  manuscrit  semble  s'en  réfé- 
rer à  celui-là  en  ajoutant  à  son  texte  les  mots  :  on  trouve  que. 
Mais  c'est  là  l'unique  point  de  ressemblance.  La  première 
pièce  calcule  les  hommes  d'armes  qu'on  peut  lever  en  France  ; 
est-elle  destinée  à  Charles  VII  ou  à  Henri  VI  ?  rien  ne  l'indique. 
La  nôtre  est  évidemment  adressée  à  Philippe  le  Bon  ;  elle  lui 
expose  comment  il  peut  lever  quatre  millions  sur  ses  sujets,  en 
faisant,  d'après  le  dénombrement  de  la  France  auquel  il  s'en 
réfère,  le  calcul  des  États  du  duc  : 

«  Or,  est  ainsi  qu'il  semble  que  monseigneur  le  duc  de  Bour- 
«  gogne  a  autant  de  pays  tout  ensamble  que  monte  la  moitié 
«  du  royaume  de  France,  qui  est  autant  et  plus  peuplé  que 
«  cellui  dudit  roy,  pour  quoy  il  est  à  penser  qu'il  y  peut  bien 
«  avoir  en  tout  VIIIC  mil  villes  à  clochier,  qui  est  la  moitié. 

«  Mais  pour  venir  au  plus  certain,  prenons  au  tiers  du 
«  royaume,  qui  seroit  IIIIC  mil  villes  à  clochier,  qui  à  asseoir 
«  en  la  manière  dicte  sur  chacune  ville  XX  fr.  le  fort  portant 
«  le  faible,  monteroient  à  la  somme  de  VIII  millions. 

«  Or  revenons,  à  la  moitié  moins,  se  besoing  est,  ce  sont 
«  IIII  millions,  etc.  » 

L'écriture  de  cette  pièce  ressemble  à  celles  de  plusieurs  N°" 
que  j'ai  attribués  à  Hugues  de  Lannoy. 

XXVI.  1431;  —  N°  16,  fol.  67.  Sans  titre  et  sans  date. 

Etat  des  hommes  que  le  duc  pourra  lever  en  Flandre  et  en 
Artois,  pour  la  guerre  de  Picardie,  suivi  d'une  série  de  projets 
de  lettres  à  adresser  pour  cela  aux  seigneurs,  villes, baillis,  etc. 
de  ces  pays. 

L'éditeur  des  Œuvres  de  Chastellain  a  publié  une  partie  de  ces 
pièces  (t.  I,274)et  il  les  rapporte  à  l'an  1421, quoi  qu'il  ait  placé 
celle  qui  précède  dix  ans  plus  tard.  J'inclinerais  plutôt  à  dater 
ces  deux  documents  de  1435,  après  la  paix  d'Arras,  le  moment 
le  plus  critique  pour  Philippe  le  Bon.  Mais  sur  l'autorité  même 


APPENDICE.  489 

de  l'éditeur  de  Chastellain,  je  dois  au  moins  mettre  l'un  à 
1431,  après  l'arrivée  du  roi  d'Angleterre,  et  l'autre  me  semble 
inséparable  du  premier. 

Les  lettres  qui  suivent  ne  sont  que  des.  formulaires,  sans  que 
rien  n'indique  qu'elles  aient  été  admises  par  le  duc  et  envoyées 
à  destination;  les  noms  des  destinataires  et  les  dates  manquent  : 
«  Il  faudra,  dit  le  conseiller,  que  monseigneur  v  escripve  tant  en 
Flandre  comme  en  Artois  aux  chevaliers  et  escuiers...  dont  la 
copie  des  lettres  closes  s'ensuit  »  (fol.  88  v<>). 

XXVII.  1432.  —  N  8,  fol.  45.  «  Advertissement,  à  cor- 
rection, des  choses  qui  sont  nécessairement  à  faire  et 
exécuter  pour  le  bien  du  roy  et  de  son  royaume  de  France 
et  pour  relever  le  povre  peuple  du  dit  royaume  des  très 
douloureuses  et  importables  misères,  pouretez  et  oppres- 
sions qui  longuement  y  ont  esté  et  encore  de  plus  en  plus 
se  y  continuent,  oyes  les  grans  clameurs  et  propositions 
faites  par  les  ambassadeurs  présentement  venus  par 
de  ça  »  (titre).  Sans  date. 

Le  congrès  d'Auxerre  vient  d'être  fixé  au  8  juillet  1432  (il 
n'eut  lieu  que  le  10  décembre).  On  conseille  au  duc  d'engager 
le  roi  d'Angleterre,  en  vue  de  la  paix,  à  s'attacher  par  de 
nouveaux  présents  les  seigneurs  de  Bourgogne,  à  attirer  dans 
sa  cause  le  connétable  de  Richemont  et  subsidiairement  à 
renforcer  son  armée.  Pour  ce  congrès,  voir  les  instructions 
du  duc  à  ses  ambassadeurs  (8  juillet  1432),  le  récit  diplomatique 
des  pourparlers  (10  décembre)  et  un  mémoire  du  chancelier 
d'Authun,  en  réponse  à  Jean  de  Thoisy  :  «  Informatio  facta  de 
sessionibus  ambassiatorum  Ducis  Burgundiae,etc.  »  6  mai  1438. 
(Bibl.  de  France,  fonds  de  Bourgogne,  t.  95,  fol.  732-776.) 

L'écriture  de  cette  pièce  est  la  même  que  l'on  trouve 
souvent  et  qui  copie  des.  actes  de  Hugues  de  Lannoy.  Une 
lettre  du  Prévost  de  Saint-Omer  au  duc  dit  qu'il  a  écrit  à  tous 

VOY.   ET  AMB.  31 


490  APPENDICE. 

les  ambassadeurs  sauf  à  Hugues  de  Lannoy  qui  est  en  Hollande. 
(Fonds  de  Bourg,  t.  95,  p.  808.)  Hugues  aurait-il  envoyé  de 
Hollande  son  avis  ? 

XXVIII.  1434.  —  N°  29,  fol.  85.  —  «  Mandement  par 
lequel  monseigneur  le  duc  a  renouvelle  les  gaiges  de 
monseigneur  de  Santés,  comme  chief  du  conseil  de 
Hollande,  Zélande  et  Frise.  »  (Copie.)  10  juin  1434. 

Hugues  de  Lannoy  est  appelé  ici  seigneur  de  Santés  et  de 
Beaumont.  Ses  gages  étaient  fixés  à  cent  «  escuz  »  appelés  chin- 
quars, par  mois,  mais,  comme  les  chinquars  sont  «  décheus,  » 
et  qu'il  ne  pourrait  à  ce  prix  «  maintenir  et  conduire  son 
estât,  sans  que  ce  fust  à  sa  charge  »,  les  cent  chinquars  seront 
changés  en  cent  deniers  d'or  nouveaux,  appelés  Philippus. 

Cette  pièce  fait  partie  du  cahier  de  copies  signalé  auxn08  VII, 
etc. 

XXIX.  1435.—  N°  40,  fol.  116.  «  Copie.  Le  roy  de  France 
et  d'Angleterre  »  (titre).  Londres,  17  mars  1435. 

Lettre  du  roi  d'Angleterre  au  duc,  en  réponse  à  une  plainte 
du  duc  sur  la  capture  d'un  navire.  Signé  Gherbode. 

XXX.  1436.  —  N°  75,  fol.  34.  «  Instructions  touchant  la 
paix  de  France  et  d'Angleterre  »  (note  écrite  en  travers, 
sur  le  dos  de  la  liasse,  resté  en  blanc,  fol.  39  v°).  Datée 
de  Gand,  10  sept.  1436. 

J'ai  étudié  cette  pièce  importante  et  l'ai  attribuée  à  Hugues 
de  Lannoy. 

XXXI.  1436.  —  N°  6,  fol.  40.  —  «  Cest  avis  est  fait  à  la 
noble  et  bonne  correction  de  vous,  mon  très  redoubté 
seigneur  le  duc  et  de  vostre  noble  conseil.  »  Pièce  sans 
date,  signée  Santés. 


APPENDICE. 


491 


J'ai  étudié  cette  pièce  que  je  place  pendant  l'hiver  de  1436, 
après  la  précédente. 
La  signature  est  de  Hugues  de  Lannoy. 

XXXII.  1437.  —  N°  41,  fol.  124.  —  «  Instruction  de  ce 
qui  sera  à  dire  à  monseigneur  le  duc  de  Bourgogne,  à 
messieurs  de  son  conseil  et  aussi  à  messieurs  les  com- 
missaires ordonnant  sur  *le  fait  des  finances  »  (titre). 
2  mars  1437. 

Sur  la  dernière  page  et  en  travers,  on  lit  : 

«  Instruction  du  11  de  mars  (11e  jour)  l'an  XXXVII  qui  touce 
certain  mandement  de  mondit  seigneur  dont  ledit  sire  est  mau- 
talent.  » 

Réclamation  de  Hugues  de  Lannoy,  déjà  présentée  de  vive 
voix  au  duc  à  Bruxelles  et  que  lui  répétera  le  messager  auquel 
il  donne  ces  instructions,  à  propos  d'une  réduction  de  ses  gages. 

Hugues  qui  dicte  ses  instructions  en  arrive  bientôt  à  par- 
ler à  la  première  personne  : 

«  Premiers,  leur  dira  comment  le  sire  de  Saintes,  etc.  etc. 

«  Quant  à  moi,  Hue  de  Lannoy,  je  ne  me  puis  assez  esmer- 
veiller  des  manières  que  l'en  tient  envers  moy,  quant  je 
considère  que  je  demouray  es  diz  pays  de  Hollande,  au  com- 
mencement,ce  fut  oultre  mon  gré  et  par  la  constrainte  du  com- 
mandement de  monseigneur...  et  de  ce  m'en  rapporte  en  mon- 
seigneur de  Tournay,  monseigneur  de  Croy,  monseigneur  de 
Roubais,messire  Rolland,  Gui  Grillebaut,etc...et  depuis  ce  temps 
environ  presque  un  an  et  demy  par  l'empeschement  de  cette 
griève  maladie  que  j'ai  de  gravelles  dont  je  suis  si  grièvement 
traveillés  que  plus  ne  puis,  et  aussi  pluseurs  autres  causes,  veu 
la  disposition  du  temps  qui  a  régné  et  règne  de  présent,  j'ai 
très  instamment  poursuy  mondit  seigneur  affin  d'estre  des- 
chargié  du  fait  de  Hollande,  ce  qu'il  m'accorda  lors,  et,  en  la 
confiance  de  ce,  j'envoiay  ma  femme  par  delà  ;  mais  nonobstant 
et  toutes  les  diligences  que  j;en  ay  fait,  l'en  m'a  tousjours  requis 


492  APPENDICE. 

que   je    voulsisse  demourer   jusques   atant  que  ses  affaires 
fussent  en  aultre  disposition. 

«  Ainsi  que  toutes  ces  choses  j'ay  remontré  plus  ad  plain  à 
mondit  seigneur  et  aussi  baillé  par  escript  quant  darennement 
fu  devers  luy  à  Brouxelles. 

«  J'ai  esté  xxxn  ans  chevalier  et  chambellan  de  monsei- 
gneur le  duc  Jehan,  son  père,  que  Dieux  absoille,  et  de  luy,  et 
xxviii  ans  leur  conseiller,  sy  me  semble  une  estrange  issue  de 
service  à  oster  les  gaiges  à  ceulx  qui  ont  servy  par  constrainte 
et  qui  onques  n'eurent  ne  n'ont  gaiges  à  vie,  ne  d'un  héritage 
de  luy,  et  Dieux  scet  quans  dangiers  et  périls  que  j'ay  eu  en 
leurs  services.  » 

XXXIII.  1438.—  N°  21,  fol.  78.—  «  Ung  mandement  par 
lequel  monseigneur  le  duc  Philippe  veut  que  les  VIIC 
nobles  que  monseigneur  de  Santés  a  despendu  en  Engle- 
terre  lui  soyent  remboursés  du  premier  aide  »  (titre). 
Pièce  en  flamand,  15  juin  1438. 

Cette  pièce  qui  commence  à  la  fin  de  page  après  le  n°  XIX, 
fait  partie  du  cahier  de   copies  signalé  aux  n°»  VII,  etc. 

XXXIV.  1439.— N.  28,  fol.  83  vc—  «  L'ordonnance  pour 
laide  de  Zélande,  pour  monseigneur  de  Sintes  et 
autres,  en  flameng  »  (titre).  27  avril  1439 . 

Cette  copie  fait  partie  du  cahier  signalé  plus  haut,  n3  VII, 
etc. 

XXXV-XXXVIII.  1439.  —  Avis  au  duc  de  Bourgogne. 

4  pièces  que  j'ai  attribuées  à  Ghillebert  de  Lannoy. 
h  —  No  4.  fol.  26.  Sans  titre  et  sans  date. 


APPENDICE.  493 

Première  minute,  avec  ratures,  surcharges,  nombreuses 
variantes  et  une  conclusion  différente  de  la  suivante. 

2»  — N°4,  fol.  16. —  «  Avis  baillé  à  monseigneur....  »  Note 
écrite  en  travers  de  la  dernière  feuille  restée  blanche. 

La  table  du  manuscrit  note  cette  pièce  sous  ce  titre  :  «  Advis 
au  duc  de  Bourgogne  de  ce  qu'il  a  à  faire  pour  se  maintenir 
envers  le  roy  et  le  Dauphin.  » 

Texte  publié  dans  les  bulletins  de  l'académie  royale  de 
Belgique  (2e  série  t.  XIV,  p.  235  et  s.). 

3°  —  N°  4,  fol.  44.  —  Un  feuillet  contenant  le  commence- 
ment du  précédent. 

4°  —  N°  7,  fol.  22.  —  Même  sujet,  même  écriture,  quel- 
ques paragraphes  de  même  rédaction,  avec  le  début 
et  la  fin  entièrement  différents. 

M.  Kervyn  de  Lettenhove  n'a  utilisé  dans  les  Bulletins  de 
l'académie  de  Belgique  que  deux  de  ces  pièces.  J'ai  trouvé 
utile  de  noter  les  variantes  des  quatre  rédactions.  Elles  ont 
pris  place  dans  ce  volume. 

XXXIX.  1440.  —  N°  44,  fol.  133.  —  «  C'est  un  juge- 
ment (pour  le  capitaine  et)  soudoiers  du  chastel  de 
l'Escluse,  contre  ceulx  de  la  ville,  àonné  Tan  XXXIX.  » 
Titre  en  marge  et  en  tête  de  la  Ie  page,  d'une  écriture 
plus  récente.  Daté  d'Arras,  27  janvier  1439  (vieux 
style). 

Ce  capitaine  de  l'Escluse  en  faveur  de  qui  le  duc  prononce 
son  jugement  est  Ghillebert  de  Lannoy. 

XL.  1440.  —  lo.  N»  82,  fol.  291.  —  «  Instructions  de 
monseigneur  le  conte  de  Liny  etc.  »  (Note  écrite  en 
travers  de  la  dernière  page).  Sans  date. 


494  APPENDICE. 

Exposé  des  réclamations  du  comte  de  Ligny  ;  analysé  par 
De  Barante,  t.  V,  p.  157.  Pièce  originale. 

2°  N°  83,  fol.  293. —  «  A  notre  très  honoré  monseigneur  le 
conte  de  Ligny  et  de  Guise, seigneur  de  Beaurevoir  et  de 
Dohain  t  (Suscription  au  bas  de  la  lettre).  25  décembre. 

Minute  d'une  lettre  où  Hugues  de  Lajïnoy  et  J.  de  Gribonal 
rendent  compte  au  seigneur  de  Ligny  du  résultat  de  leurs 
démarches  auprès  du  duc  et  de  la  duchesse,  pour  leur  présen- 
ter la  précédente  réclamation  (De  Barante,  ib.). 

Cest  la  minute  dictée  sans  doute  par  Hagues  et  corrigée 
par  lui. 

XLI.    1440.    —  ■•  42,  fol.   127.    —    «  De   Constanti- 
noble,    de  messire   Joffiroy  de   Thoisy,  Tan  IIIICXL.  » 
:  te  sur  le  dos   de  la  liasse,   au    verso    du   dernier 
feuillet  resté  en  blanc.) 

Récit  d'une  ambassade  envoyée  au  duc  à  Dijon  par  l'empe- 
reur d'Orient,  suivi  de  l'ambassade  de  Philippe  de  Wavrin  à 
se  et  de  l'expédition  de  Joffroy  de  Thoisy  à  Rhodes. 
.  de  Barante,  édition  belge,  t.  IV,  pp.  202,  206  et  268.) 

XLII.  1440.  —  N*  50,  fol.  148.  —  t  Advis  baillié  par 
messire  Joffroy  de  Thoisy  pour  recouvrer  Constantino- 
ble.  »  (Note  au  dos  de  la  liasse.)  Sans  date. 

L'éditeur  de  Chastellain  (III,  77)  signale  un  avis  semblable 
de  Jean  de  Wavrin  (Bibl.  de  Bourgogne,  7251)  et  un  autre  de 
Jean  de  Thoisy.  Cest  Joffroy  qu'il  faut  lire. 

Jean  de  Thoisy.  évêque  d'Auxerre,  puis  de  Tournai,  chance- 
lier de  Bourgogne  en  1419,  fit  partie  en  1418  de  l'ambassade 
du  dac  à  Paris  pour  la  paix  d'Arras  et  mourut  en  1433.  (Bibl. 


APPENDICE.  495 

de  Paris,  fonds  de  Bourgogne  t.  100,  p.  152,  178,  182,  et  de 
Barante,  V,  22.) 

Il  y  eut  un  Perrin  de  Thoisy  et  un  Regnault  de  Thoisy,  ce 
dernier  receveur  du  baillage  d'Authune,  en  1401,  puis  receveur 
général  des  finances,  démis  de  ces  dernières  fonctions  en  1410, 
rétabli  en  1414.  (Ib.  fonds  de  Bourgogne,  t.  100,  p.  725  etc.) 

Joffroy  de  Thoisy  était  doyen  d'Autun  en  1414  ;  un  traité 
de  neutralité  entre  la  Bourgogne  et  le  Bourbonnais  de  1414  le 
nomme  doyen  d'Ostun.  (Ib.  fonds  de  Bourgogne,  t.  95,  p.  345.) 
Il  se  rendit  à  Bourbon  avec  les  autres  ambassadeurs  du  duc. 
(Ib.  t.  100,  p.  129.)  On  le  trouve  encore  :  En  1455  «  conseiller 
du  duc  et  son  bailly  d'Auxois  »  envoyé  en  ambassade  à  Rome 
avec  messire  de  Cluny.  (Ib.  t.  100,  p.  277  etc.)  En  1456,  à 
Avignon  et  en  Sicile  «  devers  le  Pape.  »  (Ib.  p.  281.)  En  1464, 
en  ambassade  à  Rome,  puis  à  Florence,  avec  l'évêque  de  Tour- 
nai. (Ib.  t.  100,  p.  295.) 

Ces  divers  actes  le  nomment  Joffroy  de  Thoisy,  seigneur  de 
Mimeuve. 

XLIII.  1442,—  N°  43,  fol.  130.  —  «  Au  révérend  père  en 
Dieu  le  prieur  de  Saint- Jean  de  Jhérusalem  »  (titre). 
3  février  1442. 
Signé  :  «  Le  tout  vostre,  serviteur  et  orateur  frère  Ber- 

thélemy  de  Jennes,  ministre  général  de  Tordre  saint  des 

frères  mineurs  es  parties  d'Orient.  » 

Lettre  sur  la  situation  des  chrétiens  en  Orient. 

Signalée  dans  les  Œuvres  de  Chastellain,  III,  77,  et  publiée 
par  Mlle  Dupont  dans  son  édition  de  Jean  de  Wavrin,  d'après  le 
ms.  de  la  Bibl.  de  Paris  n°  74453  que  nous  avons  vu  être  l'ancien 
ne  de  notre  manuscrit. 

XLIV.  1448.  —  N°  45,  fol.  138.  —  «  Coppye  d'unes  let- 
tres escriptes  en  Constantinoble  le  VII  jour  de  décembre 
l'an  XLVIII  »  (titre). 
«  Des  batailles  du  Blanc,  à  rencontre  des  Turcs  »  (au  dos). 


496  APPENDICE. 

En  marge  du  1er  feuillet  le  collectionneur  a  écrit  :  Il  faut 
(relier)  ce  coier  cy  avoecq  le  voyage  de  monseigneur  de 
"Wavrin.  » 

J'intervertis  Tordre  des  dates  pour  ne  pas  séparer  ces  quatre 
pièces  sur  le  même  sujet.  Ces  pièces  intercessaient  Ghillebert 
de  LANNOYqui  alla  en  Orient  préparer  l'expédition  des  seigneurs 
de  Wavrin  et  de  Thoisy(1442). 

XLV.  1443.  —  N*  18,  fol.  76.  —  «  Lettres  patentes  de 
recommandation  pour  Mgr  de  Santés  pour  aler  hors  du 
pays,  contenant  sauf  conduit  »  (titre).  Texte  latin,  daté 
du  3  avril  1443.  Signé,  pour  le  duc  :  Steenbergh. 

Cette  copie  fait  partie  du  cahier  déjà  signalé  au  n°  VII  et 
autres. 

XL VI.  1449.  —  N°  46,  fol.  140.  —  «  Narracion  pour 
encomenchier  unes  lettres  d  armes  »  (au  dos  de  la  liasse). 

Projet  de  préambule  pour  le  règlement  d'une  joute,  d'après 
lequel  «  ung  chevalier, nobles  de  toutes  lignes  et  sans  reproche  » 
annonce  que,  «  moyennant  le  congié  et  licence  »  du  duc  de 
Bourgogne,  il  «  fera  par  l'espace  d'ung  an  entier,  commençant 
le  premier  jour  de  novembre  l'an  XLIX,  tous  les  dimanches 
d'icelluy,  tendre  ung  pavillon,  en  la  comté  de  Bourgogne  , 
emprès  d'ung  chastel  ainsi  nommé..,,  etc. 

L'éditeur  de  Chastellain  croit  trouver  ici  le  préambule  de  la 
célèbre  joute  de  la  Fontaine  des  pleurs,  tenue  par  Jacques  de 
Lalaing.  (Bulletins  de  l'académie,  2e  sér.  t.  XVIII,  n08  9  et  10, 
et  Œuvres  de  Chastellain,  t.  VIII,  p.  XVI  et  suivantes.) 

XLVII.  1453.  —  N°  47,  fol.  142.—  «  Escript  à  Watislavia, 
le  XIXe  jour  de  mars  l'an  milIIICLIII. 
«  A  monseigneur  le  duc  de  Bourgogne  et  de  Brabant. 
«  De  votre  très  noble  et  très  redoubtée  seignourie,  le  petit 


APPENDICE.  \  497 

serviteur,  inutile  et  loyal  orateur,  frère  Jehan  de  Capis- 
trano,  de  l'ordre  des  frères  mineurs  le  plus  petit  et 
indigne.  » 

Un  abrégé  de  cette  exhortation  à  la  croisade  a  été  publié, 
dans  le  style  et  avec  l'orthographe  du  temps,  par  l'éditeur  des 
Œuvres  de  Chastellain  (II,  342  et  s.). 

XLVIII.  1453.—  N°  52,  fol.  160.  —  «  La  paix  de  Gavre, 
faite  par  monseigneur  le  duc  à  ceulx  de  Gand  »  (titre). 
En  marge  :  En  may  l'an  IIIICLIII. 
Suivi,  fol.  169  v°,  de  :  «  Coppie  de  la  paix  de  Gand.  » 
Acte  daté  de  l'ost  de  Gand,  le  dernier  juillet  1453, publié 
à  Lille,  le  1....  jour  d'août  1453. 

Récit  de  l'expédition  du  duc  contre  Gand,  rédigé  par  Jean  de 
Cérisy,  secrétaire  du  comte  d'Êtampes,  neveu  du  duc  et  capi- 
taine général  de  l'armée  de  Picardie. 

Cet  épisode  n'est  pas  achevé  jdans  Chastellain.  Il  entrait 
dans  la  lacune  qui  se  trouve  entre  les  tomes  2  et  3  de  l'édition 
de  l'académie.  Les  dix-neuf  pages  du  récit  du  secrétaire  d'un 
des  chefs  de  l'expédition  pourraient  combler  cette  lacune. 

Une  copie  de  la  Paix  de  Gand  dont  Chastellain  ne  donne 
qu'un  «  abrégié  »  (II,  354),  se  voit  dans  un  autre  manuscrit  de 
Paris  (fonds- de  Bourg., t. 95,  p.  1098),  mais  elle  est  moins  com- 
plète :  le  début  y  manque  ainsi  que  l'acte  final  de  publication. 

XLIX.  1453-1454.  —  Le  Congrès  de  Regensburg. 
1°.  N°  53,  fol.  178.  «  Coppie   de  l'advertissement  baillié 
de  la  part  de  l'Empereur  (contre  les  Turcs)  en  l'an  LUI.  » 
2°.  fol.  180.  —  «  Cy  après  s'ensuit,  en  efFect  «  la  response 


Chiffre  laissé  en  blanc  dans  le  manuscrit, 


49 


APPENDICE. 


fête  par  monseigneur  le  duc  de  Bourgogne  aux  ambas- 
sadeurs de  l'Empereur  sur  le  fait  des  dits  secours  de  la 
foy  crestienne.  » 

«  C'est  l'effect  de  la  réponse  fête  par  monseigneur  le  duc 
de  Bourgogne  et  de  Brabant,  et  en  sa  présence,  en  la 
journée  de  Regensbourg,  aux  ambaxeurs  de  l'Empereur, 
sur  le  fait  des  secours  de  la  sainte  foy  crestienne,  pré- 
sent le  légat  de  notre  très  saint  père,  le  pape,  et  les 
princes  etambasseurs  illec  assemblez.  » 

3°.  fol.  103.  —  «  Copie  de  lettres  closes  escriptes  par  le 
clerc  1  (de)  messire  Jehan  Stohenhove,  secrétaire  de  mon- 
seigneur le  duc,  estant  avoecques  lui, à  mondit  secrétaire, 
à  aucun  secrétaire  de  mondit  seigneur,  estant  par  deçà. 
Des  nouvelles  de  mondit  seigneur.  » 

Ce  sont  les  actes  du  Congrès  de  Regensbourg  avec  le  récit 
du  voyage  de  Philippe  le  Bon,  aller  et  retour. 

Ce  congrès  manque  aussi  dans  Chastellain ,  entre  les  tomes  2 
et  3. 

L.  1458.  —  N°  55,  fol.  186.  —  Sans  titre  et  daté  d'octo- 
bre 1458. 

Arrêt  du  roi  de  France  contre  le  duc  d'Alençon. 
Un  long  fragment  de    cette  pièce  à  été  publié    dans  les 
Œuvres  de  Chastellain,  t.  III,  p.  478. 

LI.    1463.  —  N*  14,  fol.  64.  —  Sans  titre  et  sans  date. 

Harangue  d'un  ambassadeur  d'Edouard  IV  au  duc  de  Bour- 
gogne, en  1463. 


*  Ce  clerc  s'appelle  Meurin. 


APPEND  CE.  499 

L'ambassade  anglaise  est  reçue  à  Hesdin  par  une  multitude 
de  seigneurs,  comme  le  seigneur  de  Chimai,  le  seigneur  de 
Lannoy  (Jean  de  Lannoy  sans  doute,  car  Hugues  était  mort 
en  1456  et  Ghuillebert  en  1462). 

Cette  pièce  a  été  imprimée  dans  les  Œuvres  de  Chastellain 
(t.  IV,  p.  375  et  s.).  Le  copiste  a  fait  beaucoup  de  fautes  de 
lecture  et  des  omissions  de  mots  et  de  membres  de  phrases. 

LU.  1463.  —  N°  56,  fol.  194.  —  «  Copie  de  la  bulle  du 
sein  père.  »  (Au  dos  de  la  liasse.) 

Traduction  de  la  Bulle  de  Pie  II,  sur  la  croisade,  datée  du 
XIe  des  Kalendes  de  novembre  de  Tan  1463. 

LUI.  1464.  —  N°  64,  fol.  214  v°.  —  «  Copie  —  De  par 
le  conte  de  Charolois,  seigneur  de  Chasteaubellin  et  de 
Béthune  »  (titre).  Daté  de   Béthune,  le  19  mars  1464. 

Acte  d'accusation  de  Charles  le  Téméraire  contre  le  sire  de 
Croy. 

LIV.  1464.—  N°  65,  fol.  217.—  «  Copie  —  La  proposition 
des  ambassadeurs  du  roy  de  France  (Louis  XI)  assavoir 
messire  les  contes  d'Eu,  le  cancilier  de  France,  le  arche- 
vesque  de  Narbonne  et  monseigneur  de  Rambourts 
proposé  par  la  bouche  dudit  canchelier,  par  devant  mon- 
seigneur de  Charrolois  et  autres  chevaliers  ,  conseillers 
et  seigneurs,  en  grant  nombre,  le  mardi  VI  de  novembre 
de  l'an  IIIICLXIIII  »  (titre). 

Procès-verbal  de  l'ambassade  où  le  roi  fait  réclamer  des 
prisonniers,  etc.  Vif  colloque  entre  le  chancelier  et  le  duc  qui 
refuse  de  se  prononcer. 

Cette  pièce  a  été  publiée  en  partie  dans  les  Œuvres  de  Chas- 
tellain, t.  V,  p.  118  et  139. 


500  APPENDICE. 

LV-LX.  1464-1465.  —  La  ligue  du  Bien  Public. 
1°  LV.  Lettres  de  Charles  de  Bourbon. 

A.  N°57,  fol.  208.  (Sans  titre.)  Lettre  de  Charles  de 
Bourbon  à  «  son  oncle  »  le  duc  de  Bourgogne.  (Nantes 
15  mars  1405.) 

B.  N°58,fol.208v°.  «  Copie  des  lettres  envoyées  de  par  le 
roy  (Louis  XI)  à  monseigneur  le  duc  de  Bourbon  »  (titre). 
Pour  lui  ordonner  d'abandonner  le  parti  de  son  frère  le 
bâtard  de  Bourbon.  Sans  date. 

C.  N°  59.  Ibid.  «  La  response  de  Charles  de  Bourbon  à 
son  beau  frère,  Loys  de  France  »  (titre).  24  mars  1464 
avant  Pâques. 

Ces  deux  dernières  pièces  sont  annexées  à  la  lettre  et 
envoyées  au  duc. 

La  première  a  été  publiée  dans  les  œuvres  de  Chastellain 
(t.  V,  p.  195). 

D.  N°  66,  fol.  219  v°.  «  Coppie.  »  Copie  de  ces  trois  let- 
tres. 

2°.  LVI.  —  N°  54,  fol.  210.  —  «  De  la  journée  de  Monte- 
bourg,  Tan  LV.  »  (En  marge  et  en  tête  de  la  première 
page.) 

«  Coppie  de  l'exposition  faite  de  bouche  à  madame  la 
duchesse,  par  Guillaume  de  Torsy,  escuier ,  touchant 
lestât  de  monseigneur  de  Charrolois,  sur  unes  lettres  de 
crédence,  envoyées  à  madite  dame  par  mondit  seigneur 
de  Charrolois  et  signé  de  son  signe  manuel,'  en  datte  du 
XXe  jour  de  juillet  »  (titre). 

3°.  LVII.  —  N°  63,  fol.  214.  —  «  Copie  de  la  lettre  de 
deffiance  envoyée  par  Marcq  marquis  de  Baden,  soy 
disant  gouverneur  et  régent  de  Liège,  à  monseigneur 
le  duc  de  Bourgogne  »  (titre).  28  août  1465. 


APPENDICE. 


501 


4°.  LVIII. — N°  61,  fol.  212.— «  Copie  des  acors  etappoin- 
temens  fais  par  le  roy  (Louis  XI)  aux  princes  qui  s'en- 
suivent »  (titre).  2  octobre  1465. 

5°.  LIX.  -  N°  62,  fol.  213  vo.  —  «  Copie  de  la  lettre  du 
roy  envoyé  à  ceulx  de  Liège  »  (titre).  Paris, 21  oct.  1465. 
«  A  nos  très  grans  anchiens  et  espéciaulx  amis  les  maistres 
jurez  et  conseil  de  la  cité  et  pais  de  Liège.  »  (Suscrip- 
tion.) 

6°.  LX.  Le  traité  des  Princes. 

A.  N°  67,  fol.  222.  «  Copie  du  traictié  des  Princes.  » 

Daté  de  Saint-Maur-lez-Fosses,  28  octobre  1465. 
On  lit  en  tête  et  en  marge  du  1er  feuillet  de  ce  cahier  le  nom 
de  Gherbode. 

B.  N.  68,  fol.  228.  «  Coppie  touchant  monseigneur  de 
Charolois  »  (titre).  5  oct.  1465. 

C.  N.  69,  fol.  232  v°.  —  «  Copie.  »—  «  Déclaration  du 
roi  qui  adjoint  trois  prévôts  au  baillage  d'Amiens,  en 
faveur  du  comte  de  Charolois.  »  (Catalogué.)  13  oct.  1465. 

Le  cahier  se  termine  par  cette  note  :  Le  traictié  de  France 
fait  à  Conflans,  au  mois  d'octobre,  année  MIIIICLV. 

Gherbode.  » 

LXI.  1465.  —  (Non  catalogué  et  confondu  avec  le 
N°  LXVL)Fol.  253.—  «  Révolucions  pour  Fan  LXV...  » 
(titre). 

«  Lesquelles  furent  envoyées  à  monseigneur  le  duc  de 
Bourgogne,  et,  par  la  main  de  Horne  Meriadet,  escuyer 
d'eschuyerie,  fu  baillie  ladite  copie  fait  et  copié  à  Ypre  les 
VI,  VII  et  VIII  de  may  mil  IIIIC  soixante  cincq,  tant 
par  ma  main  que  par  Cornelle  de  Hoste  de  l'escecquier.» 


502  ÀÊPEWDICË. 

La  première  page  qui  porte  ce  titre  a  été  remplie  au  recto 
par  deux  vers  français,  quatre  vers  latins  et  une  note  en  latin, 
et  au  verso  par  une  poésie  de  six  strophes,  écrite  sur  deux 
colonnes  et  commençant  ainsi  : 

Homs,  or  enteng  et  me  respont 
Des  trois  choses,  se  tu  scés  dont  : 
Dont  viens,  où  yès  et  où  yras, 
Qui  fu,  qui  yès  et  qui  seras  ? 

Les  feuillets  suivants  contiennent  des  Prognostics,  par  mois, 
etc.  sur  l'année  1465.  Le  tout  signé  :  vostre  très  humble  et 
très  obéissant  et  indigne  serviteur,  Jacques  Host. 

LXII-LXIII.  1466.  —  \\  N°  70,  fol.  234.  —  «  Nouvelles 
du  Levant,  par  messire  Anthoine  du  Payage.  »  (Note  au 
dos  du  cahier  après  5  feuillets  restés  en  blanc.) 

C'est  le  récit  fait  au  duc  de  Bourgogne  d'un  voyage  de  Mar- 
seille en  Turquie. 

2°  N°  71,  fol.  244.  —  Sans  titre. 

Lettre  faisant  suite  à  la  précédente,  datée  du  9  février  1466 
et  signée  :  «  Le  tout  vostre,  Anthoine  du  Paiage.  » 

LXIV.  1467.—  N°  72,  fol.  248.  —  «  Le  traittié  de  la  ville 
de  Saintron,  l'an  mil  IIIICLXVII.  »  (Note  en  marge 
et  en  tête  du  1er  feuillet.) 

Daté  du  2  nov.  1467  et  suivi  d'une  note  indiquant  que 
depuis,  le  duc  a  aussi  traité  «  avec  ceulx  de  la  conté  de  Loz.  » 

LXV.  1468.  —  N°  73,  fol.  250.  —  «  La  venue  du  roi  à 
Péronne.  »  (Note  au  dos  du  cahier.) 


APPENDICE. 


503 


Court  récit  commençant  «  le  dimenche  IX  jour  de  octobre, 
mil  IIICLVIII.  » 

LXVI.  1469.  —  N°  74,  fol.  252.  —  «  Prognostications 
pour  Tan  mil  quatre  cent  soixante  neuf  »  (titre).  Sans 
nom  d'auteur. 

LXVII.  1471.  —  Nos  75  et  76,  fol.  260.—  «...  Cornent  le 
noble,  puissant  et  très  crestien  roy  de  Portugal  prist 
et  assault  la  ville  de  Arzille,  ou  pays  d'Aufrique,  l'an 
mil  IIIICLXXI  »  (titre). 

Le  1er  feuillet  contient  une  vingtaine  de  lignes,  le  reste  a  été 
laissé  en  blanc,  au  recto  et  au  verso  ;  le  récit  recommence  au 
feuillet  suivant,  261  et  s. 

LXVIII.  1472.  —  N°  77,  fol.  265.  —  «  Coppie  du  man- 
dement que  monseigneur  le  duc  a  envoiet  à  toutes  les 
bonnes  villes  de  'France  »  (titre).  L'an  1472  (en  marge). 

Daté  de  Beaumont  le juillet  de  l'an  1472. 

Mandement  relatif  à  la  déclaration  de  guerre  de  Charles  le 
Téméraire  à  Louis  XI,  après  la  mort  du  duc  de  Guienne. 

LXIX.  1472.  —  N°  78,  fol.  267.  —  «  Trêves  entre  le  roy 
et  monseigneur  le  duc  »  (note  au  dos)  de  l'an  mil 
IIIICLXXII  (en  marge  du  titre). 

«  Pour  ce  que  durant  ceste  présente  trêve,  n'a  pas  esté 
mis  fin  à  la  pacification  des  différents  entre  le  roy  et  mon- 
seigneur le  duc  de  Bourgogne,  autre  trêve  a  esté  accor- 
dée entre  le  roy  et  monseigneur  de  Bourgogne  en  la 
forme  et  manière  cy  après  déclarée,  la  présente  trêve 
demourant  néantmoins  en  sa  force  et  vertu  »  (titre). 

LXX.  1473.  —  1°.  N°  79,  fol.  273.—  «  La  copie  du  man- 
dement de  l'institution  du  Parlement  de  Malines,  fait  en 
l'an  mil  ÏIIICLXXIII  »  (titre). 

Daté  de  Thionville,  du  mois  de  décembre  1473. 


504  APPENDICE. 

2°.  (Non  catalogué)  Fol.  276.  —  «  L'institution  du  Parle- 
ment à  Malines.  » 

Deux  feuillets,  moins  larges  de  moitié,  intercalés  dans  la 
pièce  précédente  et  contenant  la  liste  des  membres  du  Parle- 
ment, depuis  le  duc,  «  premier  chef.  » 

LXXI.  1475.  —  N°80,  fol.  281.  —  «  La  manière  du 
siège  de  la  ville  de  Nuys,  et  comment  elle  est  advironnée 
et  close  par  le  duc  de  Bourgogne  »  (titre). 

10  octobre  1474,  avec  un  supplément  du  23  mai  1475. 

LXXII.  1475.—  N°  81,  fol.  283.—  «  Coppie  de  la 
trêve  (de  9  ans)  telle  qu'elle  a  esté  publiée  à  Saint-Quen- 
tin et  ailleurs  »  (titre). 

«  Donné  au  chasteau  de  Soleure  le  XIIIe  jour  de  sept,  de  l'an 
de  grâce  mil  IIIICLXXV.  Publié  à  Lille  le  XXI  d'octobre, 
a  A  Georges  Gherbode  doy  demourer.   » 

LXXIII.  1490.  —  N°  84,  fol.  294.  —  «  La  paix  de  Bruges 
par  un  seigneur  de  Nassau  »  (titre).  6  déc.  1490. 


A  ces  pièces  classées  par  ordre  chronologique,  il  faut  ajouter 
d'autres  documents  sans  date  dont  voici  l'énumération. 

LXXIV.  N°  85,  fol.    296.  —  «  Protestation   contre   les 
ennemis  d'enfer  compilées  par  J.  Aubert.  » 

C'est  une  pièce  littéraire   comme  cette  époque  en  a  produit 
beaucoup. 


APPENDICE.  505 

LXXV.  N°  86,  fol.  296.  —  «  Ou  livre  de  Teaudelet,  s'en- 
suit la  fachon  des  figures  du  livre.  »  ' 

C'est  la  description  des  miniatures  d'un  livre  du  temps. 

LXXVI.  fol.  144.  «  Copie.  Instruction  et  mémoire  de  ce  que 
celly  qui  ira  en  Hollande  de  par  moi,  Hue  de  Lannoy, 
seigneur  de  Santés,  aura  à  dire  et  remoustrer  à  mes 
très  espéciaulx  seigneurs  et  anciens  amis,  maistre  Henry 
Utenhove,  Godstolecom  et  Clais  le  Vreise.  »  (Titre.)  Sans 
date. 

Instructions  de  Hugues  relatives  à  des  terres  en  Zélande, 
attribuées  par  le  Duc  à  la  dame  de  Coïmbre  lors  de  son  mariage 
avec  Adolphe  de  Clèves. 

LXXVII.  N.   24,    fol.    81    v°.  —  1°    «    Lettres    closes 
envoyiées  par  messire  du  conseil  en  Flandre  à  messire  du 
Grand  conseil.  »  (Titre.) 
2°  N°  25,  fol.  82. 

Formule  d'envoi  d'une  recommandation  du  «  très  obéis- 
sant sujet  tel  »,  receveur  d'une  chatellenie  de  tel  lieu, 
contre  la  décision  de  tel  bailli,  etc. 

Ces  deux  pièces  font  partie  du  même  cahier  que  les  N08  VII 
et  autres. 

LXXVIII.  N°  88,  fol.  306.—  (Sans  titre)  Lettre  à  un  jeune 
noble  entré  en  religion,  signée  «  Anthoine  de  la  Salle  ». 

LXXIX.  N°  89,  fol.  307.  —  (Sans  titre)  Lettre  sur  le 
même  sujet,  signée  «  Phil.  Pot  ». 


YOY.   ET  AMB.  32 


TABLES 


TABLE  DES  NOMS  GÉOGRAPHIQUES. 


PREMIERE  PARTIE. 

VOYAGES     ET     AMBASSADES. 

Pages  9-178. 

A. 

Acre  (v.  Akko)  '.  Alkaline,  tour  en  Grenade,  14. 

Akko  {Acre  ou   Acon  ou   Tholo-  Allemagne,  71 ,  177. 

meyde),  ancienne    Ptolémaïs  ,  Altenburg,  165. 

89,93,  144-147,  149,  150,151.  Althaus,  Althausen  {AUenhoulx, 
Alcala,  frontière  de  Grenade,  18.  AlbenJioux,  Aldenhouse),  46. 

Aldenhoulx  (v.  Althaus).  Amachéus  (le  champ  d'),  87. 

Alep  {Haie fi),  122.  Amurgo  ,     l'ancienne     Amorgos 
Alexandrie,  68,  95,  99-110,  110,  {Marbre),  12. 

111,  112,  124,  127,  129.  Ancône,  110. 

Alexandrie,  la  vieille,  108.  Andiche,  en  Grenade,  111. 

1  Les  noms  d'orthographe  ancienne  d'après  les  manuscrits  sont  imprimés 
en  italiques. 


510 


TABLE 


Andreston  (v.  St-Andrew's). 
Angleterre,    10,     15,    49,     167, 

168,  169, 172. 
Antequerra    (Anticaire).     Entre 

Séville  et  Grenade,  16. 
Archidona  (Archidonne),  16,  17. 
Arrabie  (Arrdbicq)     (montagnes 

d'J,  83. 


Arragon,  14,  17. 

Arras,  49,  51,  173. 

Asroe  (Esroy  ou  Losseroy),  172. 

Assyrie  (Actérie,  Aczes),  12. 

Autriche  (Osteriche),  49,  166. 

Aza,  en  Grenade,  14. 


B. 


Babylone  {Babilonne),  11,  113, 
114,  115,  118,  123,  124,  159. 

Babylone  (la  petite),  95. 

Bacharach  (Backarth),  165. 

Baffa,  176. 

Bâle,  172. 

Bambourg,  167. 

Barth,  duché  (Bart),  52. 

Baruth  (v.  Beirouth). 

Bavière  (la),  165. 

Beirouth  (Baruth),  96,  122,  148, 
152,  153,  154,  155-158. 

Bellegard  (v.  Bialigorod). 

Belz  (Bels),  en  Russie,  52. 

Bénédiction  (la  vallée  de),  78. 

Bénignes  (île  de),  112. 

Berch  (v.  Le  Kuttenberg). 

Berri  (le),  19. 

Berwich,  168,  169. 

Besançon,  173. 

Béthanie,  81. 

Béthanie  la  seconde,  83. 


Bethel  (Betisel),  en  Palestine,  62, 

82. 
Bethel,   montagne  de  Judée,  88. 
Bethléem,  84,  86. 
Bethphagé,  78. 
Bethsaïda,  90,  92. 
Bialigorod   {Bellegard  ou  Man- 

castre),W,  60,  61. 
Bohême  {Bélaigne),  47,  48,  54. 
Bologne,  175. 
Bornholm,  île  du  Sund  (Broucho- 

lem,  Broucsolern),  21,  23. 
Botry  (le),  fleuve  et  vallon,  86. 
Boulak  (Boulacg),  113,  114,  115, 

123. 
Bourg-de-Dieu,  en  Berri,  19. 
Bourges,  19. 
Bourgogne,  51,  174. 
Boyne  (la)  (Bonen),  169. 
Brabant,  13,  52,  165,  178. 
Brandenburg     (Brandenbourch) , 
«    25. 


DES   NOMS   GEOGRAPHIQUES. 


511 


Brème,  l'évêché  de,  52. 
Breslau  (Bresseloen),  47,  48. 
Bretagne,  15. 
Brocqmnt,  île  de  (v.  Vulcano). 


Brouwershaven   (BroudeesTiams)  , 

164. 
Bruck  (Bronchk),  165. 
Buda-Pesth  (Boudes),  165. 


C. 


Cacquau,  176. 

Caffa,  59,  64. 

Cagnette,  en  Grenade,  14. 

Caire  (Kaire),  H,  68,  69,  70,  71, 
95,  100,  109,  111,  113,  112- 
117,  118,  123-129. 

Calais,  167,  174. 

Callaiz  (v.  Kalisz). 
Calvaire  (le  mont),  74,  75. 

Cammin,  évêché*  du  [Canin),  52. 
Cana-Galilée,  89,  91. 
Candau  (Cando),  29. 
Candie,  île  et  ville,  67,  115. 

Candisterie,  177.  (?) 

Capharnaùm,  92. 

Carlisle  (Carliel,  Carlion),  168, 

169. 
Carmel  (le  mont)  (Carmely),  93. 
Cassel,  173. 
Cassenne  (v.  Saïda). 
Castille,  15. 
Catane  (Cataigne),  12. 
Came  (v.  Kovno). 
Ca.\3Ln  (Cavaen),  169. 
Cédar,  91. 

Céphalonie  (Cyflonie,  CMfelonie), 
12,  177. 


Césarea-Philippi       (Césaré-Phi- 

lippe),  92. 
Cestre  (v.  Chester). 
Cheresme  (Chérisme),  176. 
Chester  (Cestre),  172. 
Chio,  aujourd'hui  Skios  (Syenne), 

12. 
CUtanone,  177.  (?) 
Chypre,  île  (Cyppre)7  1 1,  96,  176. 
Cirus  (v.  Sur). 
Cividale  (Cividal),  177. 
Cocquerihouse  (v.  Kockenhausen). 
Cokene  (v.  Kôge). 
Cologne,  165,  166,  178. 
Coloniensi,  170. 
Columiene  (v.  Culm). 
Concquessant,  169. 
Constance,  96. 
Constantinople   (Constantinoble) , 

11,  65,  110,  161. 
Corozaïs,  91. 

Les  Corres  (v.  Courlandais). 
Cosial  (v.  Koslov). 
Les  Courlandais  (Corres),  30. 
Courlande  (Correlant),  29,  30. 
Court-le-Roy  (v.  Swenzjany). 
Coventry  (Concentre),  173. 


512 


TABLE 


Crdbourch  (v.  Grabusa). 
Crach,  83. 


Culm  {Columiene),  45. 
Cyfionie  (v.  Céphalonie). 


Dabuca,  fleuve,  96. 

Damas  {Damast,   Damasq,    Da- 

masco),   96,    122,   123 ,   157  , 

158-159. 
Damiette,  11,71,  113,  123,  124, 

127,  128,  129,   130-135,   136, 

137,  138,  139. 
Dan,  montagne  de  Judée,  88. 
Dan,  fontaine  de  Judée,  92. 
Dannemarek  (Dennemarche),  20, 

21,  23. 
Dantzig  {Danzike),  21,  22,  23, 

24,  25,  26,  27,  28,  44,  45,  52. 
Le  Danube,  56,  59,  64,  165,  178. 
Les  Dardanelles  {Bras  de  Rom- 

ménie),  66,  160-161. 
Daventry  {Daventie),  173. 
David  (le  château),  142. 
Dee  (la)  {le  Dorbastre),  172. 
Derut,  111,  112. 
Destia  (v.  Sitia). 
Dimmébourg  (v.  Diinaburg). 
Le  Dnieper  {le  Neppre),  61. 


Le  Dniester  {la   Nestre),  60,  61. 

Don  (le),  167. 

Doncaster  {Dancastre)^  167. 

Donnelun  (v.  Dublin). 

Dorbastre  (la  rivière  de),  v.  La 
Dee. 

Dorpat  {Drapt),  ville  de  Lithua- 
nie,  37,  38. 

Douvres,  173. 

Dragôr  {Dracul),  21. 

Drapt  (v.  Dorpat). 

Droghéda  {Dronda),  169,  172. 

Dronda  (v.  Droghéda). 

Dublin  {Donnelun),  172. 

La  Dûna  {Tzamegaehara),  30  (ou 
Le  Zive),  38. 

Diinaburg  {Dimmébourg)  ,  châ- 
teau, 38. 

Dunbar  {Doubar),  168. 

Dunfries  {Don/riez),  168. 

Dunowe  (v.  Danube). 

Dunstable  (Dontrixe),  173. 

Durazzo  {Tourson),  177. 


E. 


Ebron  (v.  Hébron). 
Les  Eestes,  32. 


Egypte,  68,  88,  95,  113,  114, 
116,  117,  119-123,  124,  130, 
135. 


DES   NOMS   GÉOGRAPHIQUES. 


513 


Egypte  (pèlerinages  de),  73-97. 

Elberghe  (canal),  126. 

Elbing ,   ancien    Œlvinghe  (Me- 

lunghe),  25. 
Eleboughe,  ville  inconnue,  21. 
Elie  [Hélie)  (la  montagne  à"),  93. 
Elim  (Elliz  ou  Ramasso),  95. 
Elseneur     (EUengueule ,    Elze- 

gneur),  20,  23. 


Elzengueule  (v.  Elseneur). 
Elzmorule  (?),  23. 
Emmelif,  rivière  (?),  172. 
Engaddy  (la  rue),  79. 
Espagne,  15. 
Estaudun  (v.  Issoudun). 
Eubée   (l'ancienne) ,    aujourd'hui 
Negrepont  {Montecrist),  12. 


F. 


Falmouth  (Folmude)^  10. 
Famagusta  (Famagouste),  176. 
Ferrare,  174. 
Filéa  (Feule  la  vieille  ?),  au  N.  de 

Péra,  11. 
Flandre  (mer  de),  169. 
Flaviapolis  {Feule  la  vieille  ?),  1 1 . 
Floresmes  (Florines),    canton   de 

Namur,  12. 


Forth  (le)  (Foith),  168. 
Fosses,  canton  de  Namur,  12. 
FouaMFoœa,  Fouwa),  112. 
France,  18,  40. 
Francfort,  165,  174. 
Frauenburg,  anciennement  Vrau- 

venburg  {Wauwenbourg),  25. 
Frioul(le),  177. 
Frise  (Haute  et  basse),  20. 


G. 


Gadres,  en  Palestine,  12. 
Galice,  173. 
Galilée,  78. 

Galilée  (la  mer  de),  90,  92. 
Galles  (pays  de),  172. 
Gallipoli,  11,  66,  160-161, 
Garbie,  135. 

Gaza,  aujourd'hui  Guzzah  (Qaze'ey 
Gazère),  94,  122,  139. 


Gênes  {Gennes),  11. 

Génézareth  (Genesarorwïïb,  etc.), 

92. 
Génosie  (v.  Gézirat). 
Gèziva.t  {Génosie),  112. 
Goldingen  (Guldinghe),  29. 
Gore  (v.  Kauros). 
Grabusa  (Crabourch),  175. 
Gra  vélines,  174. 


514 


TABLE 


Grèce,  59,  66. 
Les  Grecs,  33. 
Grenade,  14,  15,  17. 
Griefswald  (Gripsuole),  52. 


Grobin  [Gurbin),  29. 
Gueldre,  52. 
Guienne  (la),  18,  19. 
Guzzah  (v.  Gaza). 


H. 


Haff,  bras  de  mer,  44. 
Hambourg  {Hambouch),  52. 
Hantonne,    Hampton    (v.    Sout- 

hampton). 
Harfleur  (Harjleu),   10,  15: 
Hatse,  Hatfe,  village,    106,    112. 
Hay,  au.  N.  0.  de  Jérico,  82. 
Hébron,  86,  87? 
Helsingborg  (Helsembourg),  20. 


Les  Hermins  (v.  Arméniens). 
Hermon  (le  mont),  90. 
Hollande,  20,  163,  164. 
Hongrie,  54,  164,  165. 
Hora,  en  Grenade,  14. 
Huen  (l'île  de),  v.  Wen. 
Hull  (Houlz),  167. 
Huntingdon  {Hunditon),  167 


Ile  de  Wight  (v.  Wight). 
Inde,  11,  114,  123,  127. 
Inglesebergh  (château  d'),  45. 
Irlande  (Hirlande),  167,  169. 
Irlande  (mer  d'),  169. 


Israël  (la  ville  d'),  88. 

Issoudun  {Estaudun,  Eschaudun), 

en  Berri,  19. 
Istankoï    (Lango),  ancienne  Cos, 

12. 


J. 


Jafa  ou  Joppé  (Joppen 

74,  123,  139-140,  147,  176 
Jérico  (la  vieille),  82. 
Jérico  (la  seconde),  82. 


Jérico  (la  troisième),  82. 
Jérusalem,    11,  51,  64,  67,   71, 

75,77,84,87,  122,  139,  141, 

174,  176. 


DES   NOMS  GÉOGRAPHIQUES.  515 

Joppen,  (v.  Jaffa).  Judée  (la  montagne  de),  85. 

Josaphat  (la  vallée  de),  77,    142.      Juliers,  165. 

Jourdain  (le),  82,  83.  Le  Jutland  (Gusteland),  20. 


K. 


Kaire  (v.  Caire).  Konigsberg  {Keininczeberghe),2&i 

Kalisz  (Callaiz),  46,  47.  28,  43,  44. 

Kamienictz  (Kamenich),  58.  Kônigshagen  (Kinselerg),  25. 

Kauros  (Gore),  île  des  Cyclades.  Koslow  (Kosial),  59. 

Kells  (Kennelich),  169.  Kovno  (Kauve),  43. 

Kinséberch  (v.  Kônigshagen).  Krzemienietz     (Kemenich) ,      en 

Kockenhausen     (KocquenJiotise)  ,  Podolie,  58. 

sur  la  Dùna,  38.  Kuttenberg  ,    ville     de    Bohème 

Kôge,  port  au  S.  0.   de  Copen-  (Berch),  49. 

hage  (Kokene),  24. 


La  Mèque,  83.  Lichfield,  172. 

Lancaster  (Lancastre),  169.  Liège  (évêché),  12,  13. 

Lango  (v.  Istankoï).  Lille,  66,  174. 

Larten,  rivière,  165  (?).  Limeux  (le  château),  en  Berri,  19. 

L'Ecluse,    15,   20,  50,   51,164,  Limousin  (le),  81. 

166,  174.  Lindo,  177. 

Lemberg  (Lombourg),  54,  58.  Lithuanie  {Létau,  létaoun),  22, 

Lerne  (lac),  170.  29,  38,  40,  43,  44. 

L'Escaigne  (voir  Skagen).  Liufflant  (v.  Livonie). 

Lescaignon  (lac),  v.  Memsaleh.  Le  Live,  rivière  (v.    Le  Duna  et 

Létau  (v.  Lithuanie).  Libau),  38. 

Liban  (le  mont),  92.  Les  Lives  (v.  Lithuaniens). 

Libau      (Le     Live)  ,      ville      et  Livonie ,    en    allemand    Livland 

rivière,  29,  30.  (Liufflant),  28,  29,  31 ,  36,  37, 

38,  44. 


516 


TABLE 


Livonie  (mer  de),  32. 
Les  Loches,  32. 
Londres,  161,  167,  173. 
Lubeck  (Lubeke),  21,  23,  52. 


Lune  (la),  rivière  (Lun),  169. 
Lysimachia  (Liseffiières),  ville  à 

la  gorge  de  la    péninsule   de 

Gallipoli,  1 1 . 


M. 


Mer  Ma  jour  (v.  Mer  Noire). 
Malaga  (Malique),  17. 
Malfata  (?),  176. 
Mambré  (la  vallée  de),  87. 
Mancastre{y.  Bialigorod). 
Mantes,  51, 
Marbre  (v.  Amurgo). 
Marienburg  (Mariembourg),   22, 
23,  24,  27,  44. 

Marseille,  110. 

Masoen(v.  Massow). 

Massow,  M.asso\\3i(Masoen),  duché 
en  Pologne,  26. 

Mayence,  165,  166,  178. 

Mecklembourg,   duché  (Meclem- 
bourg),  52. 

Melun,  51.     s 

Melungheiy.  Elbing). 


Le  Memmelin  riv.  (v.  Szeszupa). 
ZeMemmelle,  rivière  (v.  Niémen). 
Meramingen,  178. 
Mens aleh,  lac  (Lescaignon) ,  133, 

136-137,  138,  139. 
Messine,  175. 
Mezonde  (v.  Stralsunde). 
Milan,  174. 

Modoni  (Modon),  175,  176. 
Le  Moede  (v.  La  Velika) . 

Moncourt,  en  Grenade,  14. 

Montecrist  (v.    Négrepont,  l'an- 
cienne Eubée). 

Montefalcone  [Montflascori),  177. 

Montereau  {Motreau),  51. 

Morte  (la  mer),  79,  83. 

Munster,  l'évêché  de  {Minstre), 
52. 


N. 


Naïn(Naym),  90. 
Naples,  110,  175. 
Narowa  {La  Narowe),  rivière  31, 
32. 


Narwa,    ville  de     Livonie    {Na- 

roroë),  31,  32. 
Navarre,  14. 
Nazareth,  87,  88,  89,  178. 


DES   NOMS   GEOGRAPHIQUES. 


M7 


Negrepont  ,    l'ancienne     Eubée 

(Montecrist),  12. 
La  Neppre  (v.  Le  Dnieper). 
La  Nestre  (v.  Dniester) . 
Nestved  (Nastevede),  dans  l'île  de 

Séeland,  23. 
Neucastel  (Neufchastel),  167. 
Neuchloss     [Nyeuslot),     château 

en  Russie,  82. 
Nicosie  (Nichosye),  11,  176. 
Le  Niémen  {Le  Memelle),  28,  29, 

42,  43. 


Le  Nil,  68,  69,70,  95,  110,  112, 
113,  114,  115,  123-130,  134, 
135,  136,  137. 

Nith  (le)  (Quia),  168. 

Nivelles  (Nyvelle),  13. 

Noegarde  (v.  Novogorod). 

Noire  (mer)  (mer  Ma  jour),  59,64. 

Norwège  (la)  (Norweghe),  20. 

Novogorod  (le  grant  Noegarde), 
31,  32,  35,  36,56. 

Nyeustadt  (Nieustacq),  165. 


0. 


Oliviers  (Olivet)  (montagne 

142. 
Olme(v.  Ulm). 
Or  (l'île  d'),  112. 


Oreb  ou  Sinaï  (v.  Sinaï). 
Orient  (mer  d'),  169. 
Ouse  (le)  (Eous)y  167. 
Oziminy  (Oysemmi),  53. 


P. 


Pacachou(v.  Paxo). 

Palerme,  110. 

Paradis  terrestre,  113. 

Parenzo  (Parence),  177. 

Paris,  15. 

Passau  (Paisse),  165. 

Paxo  (île  de)  (Pacachou),  IT 

Pelées,  lac  (v.  Peipus). 

Peipus,  lac  (Pelées),  37. 

Pelusium  (v.  Tineh). 


Péra  (Pérée),  faubourg   de   Con- 

stantinople,  64. 
Picardie,  40. 

Plassiet, village  et  château,  173. 
Plesco  (v.  Pskow). 
Le  Plesco  (v.  La  Pskowa). 
Poàolie  (Lopodolie),  58,  59. 
Poitou  (le),  18. 

Polleur,  ville  de  Pologne  (?),  26. 
Pologne  (Poulaine),  26,  44,  45, 

46,  53. 


518 


TABLE 


Poméranie,    duché    (Power,  Po-      Pruse, 


mère),  21,23,  26,52. 
Porspic(v.  Prospiza). 
Pozur  [Posur,  Poseur),  42,  43. 
Prague  (Praghes),  48,  49. 
Presensano,  175. 
Prospiza  (Porspie),  à  l'O.    d'An- 

drinople,  11. 
Provence,  12. 


Prusse,  20,  21,  24,25,  26,  27, 
40,  43,  44,  45,  46,  49,  52,  53. 

Pskow  (Plesco),  en  Russie,  36, 
37,  56. 

La  Pskowa  (le  Plesco),  rivière  en 
Russie,  36. 

Ptolémaïs  (v.  Akko). 


R. 


Ragnit  (Rangkenyt),  43. 

Ramasso(v.  Elim). 

Ramatham-Sophin,  74.  (?) 

Ramleh    (Rames),     12,    71*   74, 
140,  141,  176. 

Ratisbonne,     Regensburg   (Rey- 
ghezebourg),  165.         x 

Rhin  (le),  178. 

Rhodes  (Roddes,  Rodes),   12,  67, 
71,  176,  177.      • 

RigaCfê^?),  29,  30,  31. 

Ringsted  (Rainstede,  Ritristede), 

dans  l'île  de  Séeland,  23,24.      Russie  (la   haute),    31,    32,    33, 

Rome  175,  178.  44,  54,  55,57,  58. 

Romménie,  Roumélie  (le  bras  de)      Russie  (la  basse),  55. 
(v.  Dardanelles).  Russie  (mer  de),  32. 

Romménie  ,    Rom  manie  ,    Ro ai- 
ma igné,  109,  112. 


Ronda  (Ronde),  au  N.-E.  de  Ca- 
dix, 16,  17. 

Rosette  (Rosecto),  bras  du  Nil, 
68,  110,  111,  112,  123,  127, 
128,  135. 

Roskilde  (Roschilt),  à  l'O.  de 
Copenhague,  23,  24. 

Rostock  (Rostok),  52. 

Rotterdam  (Rotredam),  163,  164. 

Rouge  (mer),  69,  95. 

Rousseaux-Moustiers,  170. 

Ruissauville,  près  d'Azincourt,49. 


S. 


Saba  (Sébach),  en  Judée,  83.  Sahid  (Sayette),   114,    117,127 

Sagepta  ou  Sarrepta  (v.Zar^a.th).  150,  151,  152-155,  157. 


DES   NOMS   GÉOGRAPHIQUES. 


519 


Saïda,    l'antique   Sidon   (Sydon, 

Cassenné),  92,  151. 
Saint- Albans,  173. 
Saint-Andrew's  (Andreston),  168. 
Saint-Anthoine  des  déserts,    70. 
Sainte-Catberine  ,  sur  le  Sinaï, 

11,69,  83. 
Saint-Georges  (détroit  de),  59. 
Saint-Jacques,  en  Galice,  14, 173. 
Saint- Jehan-Stoen    (Saint -Yaes- 

treen),  168. 
Saint-Malo,    10. 
Saint-Omer,  174. 
Saint-Patrice  (la  grotte  de),  49, 

166-167,  170,  172. 
Saint-Patrice  (île  de;,  170,   171. 
Saint-Patrice  (lac  de),  170. 
Saint-Paul,  des  déserts,  70. 
Sainte-Sophie,  église  de  Novogo- 

rod,  33. 
Salath,  en  Crimée,  64. 
Samanau,  Scommanob,  128.  (?) 
Samiette,  en  Crimée,  64. 
Samiette  ,    ancienne    Samogitia  , 

22,  28,  29. 
Sandomir    ou    Sandomierz    (Sa- 

dowen),  53. 
Sandwich  (Zantwich),  167. 
Santoria      (Thoron)  ,      ancienne 

Théra,  177. 
Saraphaon,  château  en  Judée,  89. 
Satanil ,  ville   inconnue   aujour- 
d'hui, en  Grenade,  14. 
Savoie,  174. 


Sayette  (v.  Sahid). 

Scanie  (mer  de)  (Scoene),  20,  23. 

Schweidnitz  (Suaydenech),  47,  48. 

Scoene  (v.  Scanie). 

Sébaste  (Sabestem),  88. 

Sébile  (v.  Séville). 

Séeland,  île  de  Danemarck  (Zée- 

land),  23. 
Segewald  (Zeghewalde),  3  i  ,37, 38. 
Ségor,  83. 

Seine,  rivière  (Saine),  15. 
Les  Semigals  (Zamegallz),  30. 
Sephor  (ZepKora),  89. 
Séville  (Sébile),  15,  17,  18. 
Sezzupa  (Le  Memmelin),  43. 
Sichem  la  vieille,  ou  Sickar,  88. 
Sichem   la   neuve,    ou    Néapolis 

(Nappolona),  88. 
Sichen  (le  torrent  de),  93. 
Sicile    (Sécile)  ,    ou     Trinacria 

{Ternacle),  12,  175. 
Sidon  (v.  Saïda). 
Sienne  (Saine),  174. 
Silésie  (Slésie),  Al,  48. 
Siloé,  Syloë  (val  de),  142. 
Sinaï,  ou  Oreb  (mont),  69,  94. 
Sitia  (Destia),  175. 
Skagen,  ville  à  la  pointe  du  Jut- 

land  (LEscaigné),  20. 
Skanor  (Scoene),  21. 
Skios  (Syenne),  12. 
Sonet  (v.  Sund). 
Southampton  (Hantonne),  15. 
Spire  (Spiere),  178. 


520 


TABLE 


Stralsunde  {Mezunde),  21,  23,52.      Swenzjany  (Court-le-roy),  38,  39. 


Stranglo  (v.  Stromboli). 

Strant  (Strang),  28. 

Striling  [Strenelinch),  168. 

Stromboli  {Stranglo),  volcan,  175. 

Suna,  93. 

Sund,  détroit  (Sonet,  Soet,  Zont, 

Zoent,  Sont),  20,  23. 
Sur ,    Cyrus  ,    l'ancienne     Tyr  , 

(Cirus),    92,    147-151  ,    152, 

153,  154. 


Syenne  (v.  Skios  et  Chio). 

Syon  (la   montagne  et   la   vallée 

de),  78,  79,  84. 
Syrie  (Surie),  73-97,   114,   117- 

123,  129,  130,  139,  150,  152, 

159,  176. 
Syrie  (la  mer),  96. 


Tane  (la),  64. 
Tartarie,  57,  64. 
Tarvis  (col  de),  77. 
TaydaMZe  Thony),  168. 
Ténédos  (Thénédon),  près  de  l'en- 
trée des  Dardanelles,  12. 
Temacle  (v.  Trinacria). 
Thabita  (rue),  94. 
Thabor  (le  mont),  89,  90. 
Thènes  (v.  Tineh). 
Thor,  fontaine  en  Judée,  92. 
Thorn  (Thore),  45,  46,  47. 
Thoron,  ancienne  Théra  (Santo- 

ria). 
Thouy  (le),  v.  Tyne  et  Tweed. 
Tibérias  ,  Tiberina  ,    Thibériade 

(Thibériadis),  90. 
Tinacria,  la  Sicile  (Ternacle),  12. 
Tineh  {Thènes),  ancien  Palusium, 
71,   129,   130,  135,   136,  137, 
138-139. 


Tisel  (château  de),  France,  18. 
Tourson  (v.  Durazzo). 
Trach,  79. 
Traco,  45. 

Tranquenne  (v.  Troki). 
Trieste  (mer  de),  177. 
Tripoli,  122,  123,  156,  157,  158. 
Troki  {Tranquenne,    Traquene), 

40,  41,  42,43. 
Troye,  35. 

Turquie  4,  53,  54,  56,  59,  64, 
156,  166,  176. 

Tweed  (la)  (Thouy),  168. 

Les   Tzamegaelz,  Zamedaels  (?), 
32. 

Tzamegaelzara  (v.  Duna). 

Tyne  (la)  (Thouy),  167. 

Tynemouth  {Thinemada),  167. 

Tyr  (v.  Sur). 


DES   NOMS   GÉOGRAPHIQUES.  521 


U. 


Ulm  (Olme),  178.  Utesinne,  Utejinne,  111. 


V. 


Valachie  (La  petite)  (Wallackie),      Vienne,  166. 

58,  59.  Vistule  (la)  (Wissel,  Wisle),  21, 

Valence,  13.  24,  45,  46,  52. 

VelUn,  en  Russie  (?),  31.  Vordingborg    {Werdinghebourg) , 

La  Velika  (Le  Moede),  rivière  de          dans  l'île  de  Séeland,  23,  24. 

Russie,  36,  37.  Vulcano    (l'île   de)    (Brocqwnt), 

Venise,  64,71.  175. 


W. 


Waltzebol  (Voeltrenone),  21.  La  Wilna  (Le   Wilne),   rivière, 

Watigny  (le  château  de),  départ.  39. 

de  F  Aisne,  10.  Le  Wissel  (v.  Vistule). 

Wauwembourg  (v.  Frauenburg).  Wismar  (Wissemar),  52. 

Wendinghebourg    (v.    Vording-  Witstein,  Wittenstein,  Weissen- 

borg).  stein    (Wisteen) ,    château    en 

Wen,  île  du  Sund  (Weden),  21.  Livonie,  31,  32. 

Wenden  (Winde)  ,    en   Russie  ,  Wolchow    (Wolosco),  rivière  en 

31,37.  Russie,  32. 

Wesphalie  (la  W es J aie),  52.  W olmar (Weldeinaer,  Woldemar), 

Wight  (île  de)  (Wit,  Wicte),  10,  en  Russie,  31,  37. 

15.  Wolgast,  duché  de  (Wougast),  52. 
Wilna  (Wilne),  ville,  39,  40,  41. 

Y. 

York(7o^),  167. 

VOY.    ET  AMB.  53 


522  table 


Z. 


Zamegaeïz{v.  Semigals).  Zeghewalde{y.  Segewald). 

Zanny  (le  château),  en  Judée,  88.  Zephora  (v.  Sephor). 

Zarpath  (Sarrepta  ou  Sagepta),  Zuitland,  village  en   Danemarck 

92.  {Zuutland),  20. 

Zélande  (les  îles  de),  20. 


DEUXIÈME  PARTIE. 
l'instruction   et   les    enseignements  '. 

Pages  293-508. 

Allemagne,  294,  325.  Dantzig,  337. 

Amiens,  459.  Drouphele,  Roulphele,    en    Nor- 

Angleterre,  293,  294,  297,  322,  wège,  342. 

325. 

Arras,  297,  322,  323. 

Flandre,  323,  339. 

France,  293. 

Bourgogne,  293,  324. 

Brabant,  323. 

Hainaut,  323,  459. 

Conty,  459.  Italie,  417. 

(1)  Je  néglige  les  Ephémérides  qui  sont  déjà  comme  une  table  des 
voyages  et  qui  contiennent  une  table  des  pèlerinages. 


DES   NOMS  GÉOGRAPHIQUES.  525 

Livonie  {Lyfland),  337,  346.  Norwège,  338,  339,  342,  346. 

Mastrant,  port  en  Norwège,  337,      Picardie,  323,  337. 
338,  346.  Prusse,  337. 

Normandie,  338.  Rome,  416. 


TABLE  DES  NOMS  HISTORIQUES. 


PREMIERE  PARTIE. 


VOYAGES     ET    AMBASSADES. 


Pages  9-178. 


Aaron,  94. 

Abdie,  le  prophète,  88. 

Abel,  87. 

Abiron,  87. 

Abraham,  86,  87,  89. 

Adam,  75,  87. 

Adonias,  fils  de  David,  78. 

Adrinlyoris  (le  roi),  171. 


Alexandra,  duchesse  de  Masso- 
vie,  55. 

Alexandre ,  vaivoude  d'Alexan- 
drie, 58,  60. 

Alexandrie  (le  patriarche  d'),  95. 

Allemands  (les),  41. 

Amiral  d'Alexandrie,  103. 

Amiral  de  Babylone,  117-121. 


Albert  d'Autriche  (le  duc),  165,      Amiral  du  Caire,  119. 
166.  Amiral  de  Damas,  119. 


TABLE   DES   NOMS   HISTORIQUES. 


525 


Amiral  de  Jérusalem,  119. 
Amos,  le  prophète,  85. 
Amurath,  11,59,  66. 
Ananie,  96. 

Anglais  (les),  50,  164,  168. 
Angleterre  (roi  d'),  169,  172. 
Anne,  évêque,  79. 
Arabes,  120,  122,  159. 
Armagnacs  (les),  18. 
Arméniens  (Hermins)y  54,  59. 
Arragon  (le  roi  d'),  12,  13,  14, 
174,  175. 


Arragon  (le  fils  naturel  du  roi  d'), 

175. 
Arragon  (la  reine  Yolande  d'),  14. 
Arras  (l'évêque  d'),  51. 
Arthois  (le  roi  d'armes  d'),  52,  67. 
Arthus  (le  roi),  168,  169. 
Athéis  de  Brimeu,  chambellan  de 

Philippe  le  Bon,  51. 
Auraly  (roi  d'Ecosse),  169,  170. 
Autriche  (le  duc  d'),  49. 


B. 


Baal,  93. 

Babylone  (le  Soudan  de),  v.  Sou- 
dan. 

Bar  (le  duc  de),  14. 

Bauduin  de  Jérusalem,  75. 

Bavière  (Guil.  de),  comte  de  Hai- 
naut  (v.  Hainaut). 

Bavière  (le  duc  de),  14. 

Bohême  (Béhaigne)  (le  roi  de), 
v.  Jean. 

Bourbon  (le  duc  de),  14. 


Bourgogne  (ducs),  v.  Jean-sans- 
Peur,  Philippe  et  Charles. 

Boyards  (les),  33. 

Brabant  (le  duc  de),  50. 

Brabant  (le  chancelier),  174. 

Brandebourg  (le  marquis  de),  165. 

Briege  (Louis  du),  v.  Louis. 

Brugeois  (les),  174. 

Bulgares,  de  l'armée  du  Soudan, 
118. 


Caïphe,  79,  94. 

Cananée  (la  fille  de),  92. 

Carmenien,  13. 

Castille  (l'infant  de),  v.  Ferrant. 


Castille  (le  roi  de),  17. 
Catalans  (le),  109,  177. 
Catherine   (reine  d'Angleterre)  , 
173. 


526 


TABLE 


Charles  VI,  roi  de  France,  14, 
51,  52,  65,68. 

Chélébi  Mustapha,  empereur  de 
Turquie,  59,  66. 

Chrétiens  de  la  ceinture,  121, 142. 

Chypre  (Pierre  de),  v.  Pierre. 

Cléopâtre,  79. 

Cléophe,  personnage  de  l'Evan- 
gile, 74. 

Colart,  le  bâtard  de  Marquette, 
qui  accompagne  Ghillebert 
en  1421,  52. 


Colombart  de  Ste-Coulombe,  13. 

Comines  (le  sire  de),  12. 

Communes  (les),  122,  163. 

Constant,  le  roi,  97. 

Constantin,  empereur,  73. 

Constantinople  (l'empereur  de), 
v.  Manuel. 

Coppin  de  Poucque,  qui  accom- 
pagne Ghillebert  en  1421,  52. 

Cornouailles  (le  duc  de),  50. 


D. 


Dannemarck  (le  roi  de),  24. 

David,  80,  143. 

Dubois,  le  Gallois,  qui  fait  partie 


de     l'escorte    de     Ghillebert 
en  1421,  50,  51. 
Duchastel  (Tanneguy),  13. 


E. 


Ecossais  (Escos),  169. 

Ecosse  (le  roi  d'),  166. 

Eglise  grecque,  65. 

Église  romaine,  65. 

Égyptiens  (Sarrasins  d'Egypte), 

121. 
Elboé,  amiral,  151. 
Électeurs  de  l'Empire,  165,  166. 
Élie  ,  le  prophète,  83,   84,  87, 

93,  94. 


Elisée,  le  prophète,  82,  83,  87, 

88,  93. 
Esclaves  de  l'armée  des  Soudans 

deBabylone,  117-121. 
Esclavons,  de  l'armée  du  Soudan, 

118. 
Espagne  (roi  d'),  14. 
Eve,  87. 
Évêques  (v.    Arras,    Lithuanie, 

Riga,  etc.). 


DES   NOMS   HISTORIQUES.  527 


Ferrant  de  Castille  (l'Infant),  14,      Florentins  (les),  15. 

15,  17.-  France  (rois  de),  v.   Charles   VI, 

Fitz-Walter  (FUcbattre),  164.  Charles  VII,  Louis  XI. 


G. 


Gabriel  (l'ange),  78,  85,  89.  Godefroid  de  Bouillon,  75. 

Gamaliel,  87.  Grecs  (Grégeois),  156. 

Gedigolt ,   Guedigol,   Guadignol,  Grecs,  de  l'armée  du  Soudan,  118. 

Gueldignol,  capitaine  de  Podo-  Grenade  (roi  maure  de),  15,  17. 

lie,  58,  59.  Gzooyloos,   un    des   tartares    de 

Génézareth,  86.  l'escorte  de  Ghillebert,  62. 
Génois  (les),  Génenois,  59,  64, 

109,  156,  175. 

H. 

Hainaut  (Guil.  de  Bavière,  comte  Henri  VI,  roi  d'Angleterre,  161. 

de),  12.  Henri  de  Plauen,  grand  maître- 

Hainaut   (sénéchal  de),  Jean  de  de  l'ordre  teutonique,27, 30,45. 

Werchin,  11;  13.  Hérode,  76,  85. 

Hélène,  épouse  de  Paris,  12.  Hongrois,  de  l'armée  du  Soudan, 

Hélène,  mère  de  Constantin,  73.  118. 

Helly  (le   sire  de) ,  maréchal  de  Hugues   de  Lannoy  (v.  Lannoy). 

France,  18,  19.  Huss  (v.  Jean). 

Henri  V,  roi    d'Angleterre,  51,  Hussites,  Houcx,  57,  164. 

52,  53,  55,  57,  65,  67,  68. 

I.  % 

Inde  (le  patriarche  de  1'),  68.  Irlandais  (Hyrons),  169, 171 ,  172. 

Indiens,  Indiciens,  70.  Isaac,  87,  89. 

Infant  de  Castille  (v.  Ferrant).  Isaïe,  le  prophète,  78,  79. 


528 


TABLE 


Jacob,  82,  87. 

Jacobitains  (moines),  127. 

Jacqueline  de  Bavière  {madame  de 
Hollande),  163. 

Jagellon,  roi  de  Pologne,  26,  45, 
46,  47,  53,  55,  56. 

Jambo,  duc  de  Tartarie,  55,  60. 

Jean-sans-Peur ,  duc  de  Bour- 
gogne, 13,  14,  18,50,51. 

Jean  Petit,  moine  Cordelier,  14. 

Jean,  roi  de  Bohême,  47,  48,  49, 
53,  54,  56. 

Jean  (le  prêtre),  126,  130. 

Jean  Huss,  49. 


Jean  de  la  Roe,  qui  accompagne 
Ghillebert  en  1421,  52,  67,  68. 
Jérémie,  le  prophète,  87. 
Jéroboam,  roi  des  juifs,  88. 
Jeumont  (le  seigneur  de),  10. 
Job,  79. 

Jonas,  le  prophète,  86,  93. 
Josaphat  (le  roi  de),  78. 
Joseph,  fils  de  Jacob,  88. 
Joseph  d'Arimathie,  74. 
Josué,  82,  86. 
Juda,  87. 

Judas  Iscariote,  77,  84. 
Juifs  (les),  75,  83  et  passim. 
Juliane,  2e  épouse  de  Jagellon,55. 


L. 


Lambin,  clerc  de  Ghillebert,  75. 

Lancelot  du  lac,  168. 

Lannoy  ,  Hugues  ,  seigneur  de 
Santés,  18. 

Lannoy  (le  bâtard  de),  qui  accom- 
pagne Ghillebert  en  1421,  52. 

Lazare,  81. 

Lithuanie  (v.  Witholt). 

Lithuanie  (l'évêque  de),  40. 

Lithuaniens  (les),  Létaux,  Lives, 
30,  31,41. 

Livonie  (les  seigneurs  de),  37,  38. 


Longis,  75. 

Lorraine  (le  duc  de),  14. 

Lorraine  (le  bâtard  de),  71. 

Lort  (le  seigneur  de),  10. 

Loth,  83. 

Loth  (sa  femme  et  ses  filles),  83. 

Louis  de  Lignitset  deBrieghe,48. 

Louis  IX  {saint  Loys),  131. 

Lourdo  (empereur  de),  le  grand 

Kan,  63. 
Luxembourg  (Madame  de),  174. 


DES   NOMS   HISTORIQUES. 


529 


M. 


Mahomet,  le  prophète,  83,  120. 
Mahomet,  troisième  fils  de  Baja- 

zet,  empereur  de  Turquie,  53, 

56,  59,  67. 
Manuel,  empereur  de    Constan- 

tinople,  65,  66,  67. 
Marche  (le  comte   de  la),  roi  de 

Naples,  10,  14. 
Marie,  la  mère  du  Christ,  75  et 

passim. 
Maries  (les  trois),  81. 
Marquette  (Jacques  de),  13. 
Martin,  roi  d'Arragon  (v.  Arra- 

gon). 


Massovie  (la  duchesse  de),  voir 
Alexandra. 

Mayence  (l'archevêque  de),  166. 

Melchisedech,  89. 

Michel  Coquemeister,  grand- 
maître  de  Tordre  teutonique , 
52. 

Moïse,  83,  94,  95. 

Moncade  (Pierre  de),  13. 

Montenay  (Jacques  de),  13. 

Mores    d'Espagne,   14,   16,   17. 

Mores  de  Syrie,  57. 

Moscou  ,  Moeusco  (le  roi  de) , 
36,  42. 

Mustapha,  empereur,  59,  66. 


N. 


Naanam    Cirus,    personnage  de      Navarre  (Louis,  roi  de),  14. 

l'Évangile,  83.  Nevers  (l'évêque  de),  173. 

Nassau  (le  comte  de),  174.  Noé,  96. 


Ordre  teutonique  (v.  Prusse  , 
Henri  de  Plauen  et  Michel 
Coquemeister). 


Origène,  93. 
Orléans  (duc  d'),  14. 


530 


TABLE 


Palatin  (le  comte),  Electeur   de 

l'Empire,  165. 
Parthenay  (le  sire  de),  maréchal 

de  France,  18. 
Patriarche,  v.  Inde,  etc. 
Perwez  (le  seigneur  de),  13. 
Pharaon,  95. 
Philippe,  comte  de  Charolais,  puis 

duc  de  Bourgogne,  50,  51,  68, 

164,  166,  173,  174. 
Pierre  de  Chypre,  101 . 
Pilate,  76. 


Plauen  (v.  Henri  de). 

Pologne,  Poulaine  (le  roi  de), 
v.  Jagellon. 

Pologne  (la  reine  de),  v.    Juliane. 

Poméranie,  Pomer  (le  duc  de), 
24,  26,  45. 

Portugal  (roi  de),  14. 

Prusse  (les  seigneurs  de)  ou  des 
Blancs-  manteaux ,  chevaliers 
de  l'ordre  Teutonique,  20,  22, 
24,  25,  39,  43,  44,  46,  52. 

Prusse  (le  maréchal  de),  25. 


R. 


Rachel,  femme  de  Jacob,  84. 

Riga  (évêque  de),  38. 

Roi  de  Damas,  119. 

Roi  des  Romains  (v.  Sigismond). 

Roubais  (le  seigneur  de),  cham- 
bellan de  Philippe-le-Bon,  51. 

Ruffe  (ou  Russe)  de  Palleu,  cheva- 
lier de  l'ordre  teutonique,  27. 

Russes  (les),  33,  37,  41. 


Russes,   de    l'armée  du  Soudan, 

118. 
Russie  (le  grand  maréchal    de), 

31,  37. 
Russie   (le    duc    de),    magistrat 

annuel,  34. 
Russie  (le  burgrave  de),  id.,  34. 


S. 


Saint  Andrien,  90,  91. 
Saint  Antoine,  95. 
Saint  Barnabe,  97. 


Saint  Cant,  85. 

Saint  Cornille,  94. 

Saint  Etienne,  66,  76,  77,  80,  87, 


DES   NOMS    HISTORIQUES. 


531 


Saint  Eustache,  96. 

Saint  Georges,  96,  127,  157. 

Saint  Hilarion,  94,  97. 

Saint  Jacques,  77,  89,  91. 

Saint  Jacques  le  mineur,  77. 

Saint- Jacques    (le  grand    maître 

de),  17. 
Saint  Jean  élémosinaire,  95. 
Saint  Jean  Climacy,  94. 
Saint  Jean   Baptiste,  75,  87,  88. 
Saint  Jean,  77,  80,  86,  89,  91. 
Saint  Jérôme,  83,  85. 
Saint  Joachim,  82. 
Saint  Joseph,  85,  95. 
Saint  Macaire,  95. 
Saint  Marc,  96. 
Saint  Mathieu,  80,  91. 
Saint  Oursin  ou  Onofrin,  95. 
Saint  Pacôme,  95. 
Saint  Paul,  87,  94,  96. 
Saint  Pelage,  90,  94. 
Saint  Philippe,  90,  94. 
Saint  Pierre,  74,  75,  77,  79,  90, 

91. 
Saint  Siméon,  85. 
Saint  Théodore,  66. 
Saint  Thomas,  77. 
Sainte  Anne,  76. 
Sainte  Barbe,  95. 
Sainte  Catherine,  68,  69,  94,  95, 

96. 
Sainte  Elisabeth,  86. 
Sainte  Eustachie,  85. 
Sainte  Marguerite,  93,  94. 


Sainte  Marie  Magdeleine,  75,  81, 

92. 
Sainte  Marie  égyptienne,  83. 
Sainte  Marie  de  la  Colonne,  95. 
Sainte  Marie  Sardenay,  96. 
Sainte  Marthe,  81,  91. 
Sainte  Paule,  85. 
Salath  (l'empereur  de),  63. 
Salomon,  80,  84,  142,  150. 
Samaritaine  (la),  87. 
Samson,  94. 

Samuel,  le  prophète,  74. 
Sarrah,   épouse  d'Abraham,  86. 
Sarrasins  (les)  ,     16,    41  ,    68  , 

100,  104,   109,  117-121,    122, 

131,  133,  146,  150,  156,  159. 
Sarrasins,  nom  donné  aux  Lithua- 
niens par  les  chevaliers  teuto- 

niques,  26. 
Sarreptane  (la  veuve),  93. 
Savoye  (Mgr  de),  12. 
Sénéchal    de    Hainaut  (v.  War- 

chin). 
Sigismond,    roi     des     Romains, 

empereur   d'Allemagne,    165, 

166,  174. 
Sigismond  (le  duc),  178. 
Silvestre,  90. 
Soudan  de  Babylone  (Egypte   et 

Syrie),  65,  110,  114,  117-121, 

122,  125,  126,  130. 
Sunamite  (la),  93. 
Symon,  personnage  de  l'Evangile, 

75,  80. 
Syriens  (Sarrasins de  Syrie),  121. 


532  TABLE 


T. 


Tabita,  femme  de  l'Évangile,  74.  Tournai  (l'archidiacre  de),  174. 

Tamerlan,    Timour-leng    (Tam-  Turcomans  (Turquemans),    122, 

bur),  159.  159. 

Tanneguy  du  Chastel  (v.  Duchas-  Turcq  (le),  le  grand  Turc,    122, 

tel).  162. 

Tartares,  Tartres,  41 ,  56,  60,  62,  Turcs,  de  l'armée  du  Soudan,  1 18. 

112.  Turcs  (les),  161. 

Tartarie  (le  duc  de),  v.  Jambo.  Turquie  (l'empereur  de),  v.  Ma- 
Tartares,  de  l'armée  du  Soudan,  homet ,  Amurath  ,  Mustapha, 

118.  Chelibi. 


Vaivoude  d'Alexandrie  (v.  Alexan-      Vaudemont  (le  comte  de),  71 . 

dre).  Vénitiens  (les) ,  67  ,   109,    147  , 

Valaques  (les),  Wallackes,  56, 59.         156, 177. 
Valaques,  de  l'armée  du  Soudan, 

118. 

W. 

WalerandeSaint-Pol(lecomte),9.  nie,  etc.   38,  39,41,  42,  55, 

Warchin  (Jean  de),  sénéchal  du  58,  59,  60,  63. 

Hainaut  (v.  Hainaut).  Witholt  ,    son    épouse     et    ses 

Witholt,  Vitvod,  duc  de  Lithua-         sœurs,  40. 

Woltigast  (le  duc),  24. 


Yolande,  reine  d'Arragon  (v.  Ar- 
ragon). 


DES  NOMS   HISTORIQUES. 


533 


Zaccharie,  le  prophète,  77,  86.  Zazemme  (les  seigneurs  de),  24, 

Zachée  ,  personnage  de    l'Evan-      Zébédée,  91. 
gile,  82. 


DEUXIEME  PARTIE. 


L    INSTRUCTION     ET     LES     ENSEIGNEMENTS. 


Pages  293-508. 


Adolphe  de  Clèves,  308. 
Alençon  (le  duc),  323. 
Alexandre-le-Grand,  361,  370. 
Allemagne,  417. 
Amiens,  459. 
Anglais,  325,  457. 
Angleterre,  417. 
Anjou  (Charles  d'),  297. 
Anjou  (la  maison  d'),  298. 
Anthoine,  bâtard  de  Bourgogne, 

308.    , 
Aristote,  361,  370. 
Arras  (le  gouverneur  d1),  323. 


Bourbon  (le  duc  de),  323. 
Bourbon  (Mademoiselle  de),  308. 


Brabant  (les  seigneurs  du),  323. 
Bretagne  (le  duc  de),  323. 


Caton,  359,  400. 

Charles  VII,  roi  de  France,  325. 

Charolais  (le  comte  de),  Charles- 

le-Téméraire  ,  306,  308,  309. 
Charolais  (la  comtesse  de),  306, 

308,  309. 
Cicéron  {Tulle),  457. 
Croy  (monseigneur  de),  309,  323, 

Dauphin    (le)   de  France ,   322  , 

323,  325. 
Duchesse     de    Bourgogne    (la)  , 

306,  308,  309,  316,  322. 


534  TABLE    DES   NOMS    HISTORIQUES. 

Écorcheurs  (les),  293.  Lille  (gouverneur  de),  323. 

Esclavon  (le  seigneur  d'),  457.  Lucain,  457. 

Espagne,  417.  Lutegard,  reine  de  Norwège,  339. 

Étampes  (le  comte  d'),  323. 

Étampes  (Mademoiselle  d'),  308. 

Moïse,  369,  378. 

Flandre  (les  seigneurs  de),  323. 

Flandre  (le  souverain  de),  323.  Olrich,  roi  de  Norwège,  339-347, 

Français  (les),  325.  427-431. 

France,  417.  Orléans  (le  duc  d'),  323. 

Orose,  457. 

Galilée  (le  seigneur   de),  v.  Hue 

de  Tabarie.  Philippe-leBon,  passim. 

Godefroid  de  Bouillon,  417. 

Gueldres  (Mademoiselle  de),  30. 

Robertsart  (Louis  de),  457-459. 

Rodolf,  roi  de  Norwège,  339-347. 

Hainaut  (le  bailly  de),  323.  Romains  (les),  406. 

Haubourdin  (sire  de),  323.  Ruthegeer,  roi  de  Norwège,  339, 

Henri  V,  roi  d'Angleterre,  297,  340. 

322. 

Hue  de  Tabarie,  417-425. 

Saint-Olphe,  338,  342,428-431. 

Saladin,  417-425. 

Jean  de  Meung,  298.  Salluste,  457. 

Jethro,  369,  370.  Salomon,  372. 

Joseph  d'Arimathie,  412.  Sardanapale,  450. 

Justin,  457.  Sarrasins,  390,  391,  424. 


Lannoy  (Hugues    de) ,    seigneur     Valerius  Maximus,  457. 
de  Santés,  323. 


TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIÈRES. 


INTRODUCTION. 

Introduction.  Siècle  littéraire  des  ducs  de  Bourgogne.  Messire 

Ghillebert  de  Lannoy vu 

1*  Partie.  La  vie  de  Ghillebert xi 

2e  Partie.  Les  œuvres  de  Ghillebert xxxv 

I.  Voyages.  —  Instruction  d'un  jeune  prince  .    .     .  — 

II.  Un    manuscrit    des  archives  de  la  maison    De 

Lannoy.   Deuxième  mémoire  sur  la  guerre  de 

Bohème xli 

III.  Avis  au  duc,  de   1439,  sur  la  réforme  du  gou- 
vernement     XLII 

IV.  Premier  mémoire    sur  la  guerre    de  Bohème     .  lxii 

V.  Résultat  de  ces  travaux lxiv 

VI.  Les  Enseignements  paternels lxv 

VII.  Desiderata lxx 

—  Caractère  des  œuvres  de  Ghillebert lxxiiii 


536  TABLE   ANALYTIQUE 

ŒUVRES    DE    GHILLEBERT. 
I.  VOYAGES  ET  AMBASSADES. 

Bibliographie 

I.  Manuscrits. —  Les  Rapports. —  Les  Voyages  et  Ambas- 


II.  Imprimés 7 

Voyages  et  ambassades.  1399-1450. 

Cy  commencent  les  voyaiges,  etc 9 

1399.  Premières  armes  en  Angleterre  * — 

1400.  Chevauchée  contre  le  seigneur  de  Lort      ....  10 

1401.  Expédition  du  comte  de  la   Marche  en  Angleterre. 
Naufrage  .     .     : — 

1403-4.  Premier  voyage  a  Jérusalem 11 

1408.  Guerre  contre  les  Liégeois 12 

2e  Guerre Bataille  d'Othée 13 

1407.  Tournoi  à  Valence — 

Expédition  d'Espagne — 

Voyage  en  Portugal.  Retour  en  France      ....  14 

1410.  Seconde  expédition  d'Espagne 15 

Siège  d'Antequerra 16 

Siège  d'Archidona — 

Tentative  contre  Ronda — 

Tentative  contre  Malaga 17 

Don  reçu  de  l'Infant     . — 

1411.  Voyage  à  Grenade — 

Voyage  à  Alcala.   Retour  en  France 18 

1412.  Guerre  des  Armagnacs — 

Siège  de  Bourges 19 

1413.  Premier  voyage  en  Prusse 20 

De  l'Écluse  au  Jutland,  par  mer — 


*  Je  suis  les  divisions  du  texte,  paragraphe  par  paragraphe. 


DES    MATIÈRES.  537 

1413.  De  Skagen  à  Elseneur 20 

En  Danemark,   puis  en  Prusse,  par  Dantzig    ...  21 

Les  seigneurs  de  l'ordre  teutonique  de  Prusse.     .     .  — 

De  Dautzig  à  Marienburg 22 

De  Marienburg  à  Dantzig  et  en  Danemark      ...  23 

D'Elseneur  à  Vordingborg — 

De  Vordingborg  à  Kioge,  et  à  Dantzig 24 

En  Prusse.  De  Dantzig  à  Marienburg  et  à  Oelvinghe.  25 

D'Oelvinghe  à  Konigsberg — 

De  Konigsberg  à    Dantzig.  Expédition  sur  les  fron- 
tières de  Pologne 26 

Siège  deMassovia. —  Ghillebert  blessé,  reçoit  l'ordre 

de  la  chevalerie — 

Retour  à  Dantzig  après  16  jours  d'expédition.  Arres- 
tation du  grand-maître  de  Prusse 27 

Départ  pour  la  Livonie.  De  Dantzig  à  Konigsberg,  à 

Memel,  à  Samogitia 28 

Passage  du  Strant,  voyage  en  Courlande  ....  — 

De  Courlande  en  Livonie 29 

Usage  religieux  de  la  Courlande 30 

Voyage  en  Russie  par  la  Livonie.  De  Riga  à  Narwa.  — 

De  Narwa  à  Novogorod 32 

Novogorod — 

Les  boyards 33 

Usages 34 

Hiver  de  1413 34-35 

Novogorod,  suite 36 

Voyage  en  Russie,  en  traîneau.  Ghillebert  se  déguise 

en  marchand — 

Pskow.  Usages — 

De  Pskow,  en  traîneau,  au  Lac  Peipus 37 

Dorpat — 

De  Dorpat  à  Segewald — 

1414.  De  Segewald  en  Livonie,  à  Kockenhausen.     ...  38 

De  Kockenhausen  à  Duuaburg — 

De  Dunaburg  à  Swenzjany — 

De  Swenzjany  à  Wilna 39 

VOY.    ET    AMB.  34 


558  TABLE   ANALYTIQUE 

1414.  Les  chrétiens  de  Lithuanie 39 

La  Lithuanie 40 

De  Wilna  à  Traquene — 

Traquene  et  ses  habitants 41 

Hospitalité    . — 

Parc  au  gibier — 

De  Traquene  à  Posur 42 

De  Posur  à  Kovno 43 

De  Kovno   à  Ragnit .     .     .  — 

De  Ragnit  à  Konigsberg — 

Retour  à  Dantzig 44 

De  Dantzig  à  Marienburg,  à  Thorn — 

De  Thorn  à  Culm,  et  retour  à  Thorn 45 

De  Thorn  en  Pologne 46 

Cracovie 47 

De  Kalisz  en  Silésie — 

De  Breslau  à  Schweidnitz — 

De  Schweidnitz  à  Prague 48 

1415.  Prague — 

La  révolution  des  Hussites 49 

Départ  de  Prague  et  retour  au  pays — 

Voyage  en  Angleterre. —  Détention.  Rançon     .     .  — 

Bataille  d'Azincourt — 

1416-1419.  Ghillebert  nommé  capitaine  de  l'Ecluse  ...  50 
Philippe,  fils  de  Jean-sans-Peur,  l'attache  à  sa  per- 
sonne.— Guerre  de  France.  —  Meurtre  du  duc.  — 

Ambassade  en  Angleterre — 

1420.  Siège  de  Montereau,  de  Meluu,  etc.     ....     .  51 

H21.  Second  voyage  en  Orient.  Ambassade — 

Départ,  le  4  mai,  par  terre — 

A  travers  la  Prusse — 

De  Prusse  en  Pologne 53 

De  Pologne  en  Russie 55 

Dîner  chez  le  duc  de  Russie 58 

De  Kamienitz  à   Lemberg,  voyage  en  Podolie,   en 
Walachie,  en  Moldavie,  à  la  mer  Majeure,  à  Man- 

castre — 


DES    MATIÈRES. 


539 


1421.  Rencontre  d'une  bande  de  voleurs 60 

De  Mancastre  en  Tartarie.  Passage  du  Dniester  et  du 

Dnieper.  L'escorte  s'égare 61 

ReDeontre  d'une  horde  de  Tartares.  Arrivée  en  Cri- 
mée à  Samogitia,  à  Constantinople 62 

Guerre  civile  en  Turquie.  Départ  pour  Rhode,par  mer.  66 
De   Rhode   à   Candie,  à   Alexandrie,  à  Rosette,  au 

Kaire 67 

Merveilles  du  Kaire 68 

Voyage  au  Sinaï — 

Pèlerinage  au  désert 69 

Retour  au  Kaire.  Voyage  sur  le  Nil,  etc     .     .      .     .  — 

Pèlerinage  à  Saint  Paul  du  désert 70 

De  Saint  Paul  au  Kaire — 

Du  Kaire  par  le  Nil  à  Damiette,  puis  à  Jérusalem     .  71 


Pèlerinages. 


S'ensieuvent  les  Pèlerinages,  pardons  et  indulgences,  de  Syrie 

et  de  Egypte 

Cy  s'ensuivent  les  pardons  et  indulgences  et  les  pèlerinages 

qui  sont  dedens  la  cité  de  Jhérusalem     .... 
Cy  s'ensieuvent  les  Pèlerinages  du  val  de  Josephat   . 
Cy  s'ensuivent  les  pèlerinages  du  mont  de  Olivet. 
Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  du  val  de  mont  de  Syon 
Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  du  mont  de  Syon.     . 
Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  de  Bethanie    .     .     . 
Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  dufiun  Jourdain. 
Cy  après  s'ensieuvent  les  pèlerinages  de  Bethléem    . 
Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  de  la  montagne  de  Judée 
Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  de  la  cité  de  Ebron  . 
Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  de  Nazareth     .     .     . 
Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  de  la  cité  de  Nazareth 
Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  de  la  mer  de  Galilée 
Cy  s'ensieuvent  les  pèlerinages  qui  sont  devers  la  mer  de  Surie 


75 

77 

78 
79 
81 
82 
84 
85 
86 
87 
88 
90 
92 


540  TABLE    ANALYTIQUE 

Rapports. 

Cy  après  s' ensieut  la  Visitation  de  la  cité  iï  Alexandrie  et  de 

la  situation  dHcelle 99 

La  visitacion  du  viel  port  d'Alexandrie  en  Egypte   .     .     .     .  101 

la  Visitation  du  nouvel  port  de  la  cité  d' Alexandrie     ...  103 
Cy  s' ensieut  la  visitacion  du  bras  du  Nyl  devers  A  lexandrie 

dont  la  bouche  s  appelle  Rosette 110 

Cy  après  s 'ensieut  la  visitacion  du  Kaire 113 

Cy  s'ensieuvent  les  conditions  et  natures  des  Soudans  de  Babi- 
lone,  deleurs  amiraulz  et  esclaves  et  des  Sarrasins  d'Egypte  ; 

de  la  nature  des  pais  de  Egipte  et  de  Surie 117 

Cy  après  s' ensieut  la  différence  des  p aïs  d'Egypte  et  de  Surie.  121 
Cy  sensieut  la  nature  de  la  rivière  du  Nyl  et  la  visitacion 
d'icelle  depuis  deux  journées  ou  deseure  du  Kaire  jusques 

au  port  de  Damiette 123 

Cy  sensieut  la  visitacion  du  port  de  la  ville  de  Damiette  et 
de  la  rivière  et  des  rivierettes  qui  en  partent  et  vont  ckéoir 

au  port  de  Thènes 130 

Cy  s" ensieut  la  fascon  du  lacq  de  Lescaignon 136 

Cy  après  s1  ensieut  la  Visitation  du  port  de  TKènes     ....  138 

Cy  après  s" ensieut  la  Visitation  de  Jaffe 139 

Cy  après  s  ensieult  la  Visitation  de  Rames 141 

Cy  après  s" ensieut  la  visitacion  de  JKérusalem,  en  brief   .     .  — 

S' ensieut  la  visitacion  du  port  d Acre 144 

Cy  après  s' ensieut  la  forme  delà  ville  d'Acre 145 

Cy  après  s' ensieut  la  visitacion  du  port  de  Sur 147 

Port  pour  grosses  nefs,  à  Sur .  148 

Cy  après  s' ensieut  la  forme  de  la  ville  de  Sur 149 

Cy  après  s' ensieut  la  visitacion  de  S ayette 152 

Cy  s' ensieut  après  la  forme  du  port  de  Sayette 

Cy  après  s' ensieut  la  forme  de  la  ville  de  S ayette      .     .     .     .  153 

Cy  après  s' ensieut  la  visitacion  du  port  de  la  ville  de  Baruth.  155 

Cy  après  s* ensieut  la  visitacion  de  Damasq,  en  brief    ...  158 
Cy  après  s'ensieut  la  visitacion  de  Galipoli,  assis  en  Grèce, 

destroit  de  Romménie 160 

1423.  Retour  d'Orient,  voyage  à  Londres 161 


DES   MATIÈRES.  541 


DERNIERS  VOYAGES  ET  AMBASSADES  . 

S'ensieuvent  les  guerres  de  Hollande. 

1426.  Première  campagne 163 

1427.  Seconde  campagne 164 

1428.  Ambassade  en  Allemagne  pour  la  guerre  de  Bohème  .  — 

1430.  Création  de  l'ordre  de  la  Toison  d'or 166 

1431.  Le  voyage  du  trau  de  Saint  Patrice.  —  Ambassade 

d'Ecosse — 

Suite  du  voyage  en  Ecosse 168 

Voyage  en  Irlande 169 

Arrivée  à  l'île  de  Saint  Patrice 171 

Description  de  la  grotte — 

Suite  du  voyage  ' — 

1432.  Expédition  contre  les  bourgeois  de  Cassel    ....  173 

1433.  Ambassade  au  concile  de  Bâle — 

Pèlerinage  à  Saint-Jacques  en  Galice — 

1437.  Défense  de  l'Écluse,  assiégée  par  les  Brugeois  .     .     .  174 

1442.  Ambassade  à  Francfort — 

1446.  Troisième  voyage  en  Orient.  Ambassade  près  du  roi 
d'Arragon,  voyage  par  la  Bourgogne,  l'Italie,   et 

la  Méditerranée — 

De  l'île  de  Candie  à  Jérusalem, retour  par  l'Allemagne.  176 

1450.  Voyage  à  Rome  pour  le  jubilé 178 

Fin  des  voyages  et  ambassades. 

II.  ÉPHÉMÉRIDES  DE   GHILLEBERT  DE  LANNOY. 

Analyse  de  sa  vie  d'après  les  Voyages  et  ambassades,  appuyée 

et  complétée  par  des  documents  authentiques    .     .  179 

1386.  Naissance  de  Ghillebert.  Sa  famille 181 

1399.  Premier  fait  d'armes,  dans  l'île  de  Wight    ....  183 

1400.  Expédition  contre  le  château  de  Watigny    ....  — 

1401.  Descente  en  Angleterre.  Naufrage — 


54'2  TABLE   ANALYTIQUE 

1403-1404.  Premier  pèlerinage  à  Jérusalem 183 

1403.  Tournoi  à  Valence 184 

1407.  Expédition  d'Espagne  contre  les  Maures — 

1408.  Retour  d'Espagne  en  France 185 

Expédition  de  Liège.  Bataille  d'Othée — 

1410.  Seconde  expédition  en  Espagne — 

1411.  Voyage  en  Espagne 186 

1412.  Guerre  en  France — 

1413.  Voyage  en  Prusse.  Croisade  en  Lithuanie    ....  — 

1414.  Voyage  en  Angleterre 187 

1415.  Bataille  d'Azincourt — 

1416.  Ghillebert,  gouverneur  de  l'Ecluse — 

Lettres  du  duc  de  Bourgogne  'portant  la  nomination 

et  les  conditions 188 

L'office  des  divines  provisions 191 

1417-1419.  Guerre  en  France — 

1419.  Ambassade  en  Angleterre 192 

Parlement  de  Flandre 193 

1420.  Mariage  du  roi  d'Angleterre 194 

Procurai  ion  des  filles  de  Jean-sans-Peur      ....  — 

1421.  Siège  de  Montereau — 

Extrait  d'un  compte  de  la  recette  de  Bourgogne,  à  ce 

sujet — 

1421-1423.  Voyage  et  ambassade  en  Orient 195 

Extraits  des  comptes  de  la  recette  de  Bourgogne    .     .  1 96 

1423.  Voyage  en  Angleterre 198 

Mariage  de  la  sœur  du  duc — 

Extraits  des  comptes,  etc •     .     .     .     .  — 

Les  États  de  Brabant — 

Extrait  d'un  compte,  etc — 

1424.  Descente  de  Glocester  en  Flandre 199 

Extrait  du  Livre  des  trahisons  de  France    ...  — 

1426.  Expédition  en  Hollande 200 

Extraits  de  comptes,  etc — 

1427.  Seconde  campagne  de  Hollande 201 

1428.  Gages  de  Ghillebert — 

Extraits  de  comptes,  etc — 


DES    MATIÈRES.  543 

1428-1429.  Guerre  des  Hussites 201 

I.  Travaux  préparatoires 

Extrait  d'un  compte ,  etc •  ,  __ 

II.  Ambassade  en  Allemagne 202 

Extraits  de  la  recette  de  Bourgogne        

III.  Mémoire  au  duc 

1429.  Ghillebert  suppléant  de  son  frère  Hugues     ....  203 

Extrait  d'un  compte,  etc 

Voyage  du  duc  à  Paris 204 

Institution  de  l'ordre  de  la  Toison  d'or    .....  — 

1421.  Mariage  du  duc 

Ambassade  en  Ecosse 205 

Conférences  avec  le  duc 

Extraits  des  comptes,  etc _ 

1432.  Révolte  à  Cassel 206 

Extraits  de  comptes ,  etc _ 

1433.  Le  Concile  de  Baie 207 

Extraits  de  comptes,  etc — 

1435.  Traité  d'Arras 209 

143r.  Révolte  des  Brugeois — 

1439.  Conseils  au  duc — 

14^0.  Conflit  d'autorité 210 

1442-1443.  Réparations  au  château  de  l'Écluse      ....  — 

Certificat  sur  parchemin — 

Ambassade  à  Francfort — 

U43.  Amende  honorable 21 1 

Charte  de  rémission,  en  latin,  d'après  Rymer  ...  — 

1444.  Conflit  entre  le  duc  et  Je  dauphin 213 

Extrait  d'un  compte  de  la  recette  de  Bourgogne     .     .  214 

1445.  Ghillebert  achète   une  maison  à  Lille 215 

Révision  des  statuts  de  l'ordre  de  la  Toison  d'or    .     .  — 

Tournoi  de  Jacques  de  Lalaing — 

Prêt  à  Philippe-le-Bon 216 

Extrait  d'un  compte  de  la  recette  de  Bourgogne    .     .  — 

1446.  Mort  de  la  duchesse  de  Charolais — 

Extrait  d'un  compte,  etc — 


544  TABLE    ANALYTIQUE 

1446.  Voyage  à  Jérusalem 217 

Extraits  de  comptes ,  etc — 

1450.  Voyage  à  Rome 218 

1452.  Mort  de  la  troisième  femme  de  Ghillebert     ....  219 

1453.  Expédition  contre  Gand — 

1454.  Le  Vœu  du  Faisan — 

1461.  Un  de  Lannoy  accompagne  Louis  XI.     .     .     .     .     .  220 

1462.  Mort  de  Ghillebert - 

Annexes  des  Ephémérides 223 

I.  Le  parlement  de   Flandre.  1419,  Avis  de  Ghillebert, 

donné  par  écrit.  Signature  autographe    ....  225 

II.  Premier  mémoire  sur  la  guerre  des  Hussites.  1428     .  227 

III.  Deuxième  avis  sur  la  guerre  des  Hussites,  1429    .     .  250 

IV.  Le  Concile  de  Bâle,  1433.  Deux  rapports    .....  254 
V.  Conflit  d'autorité  1440.  (Procès  de  Ghillebert  contre 

les  magistrats  de  rÉcluse) 262 

VI.  Table   des  pèlerinages,  concordance   avec   celle    de 

Quaeresmius. 273 

VII.  Le    manuscrit    d'Oxford.    Corrections     d'après  ce 

manuscrit 

III.  L'INSTRUCTION   D'UN  JEUNE  PRINCE. 

Travaux  préliminaires.   L'avis  de  1439. 

Bibliographie £91 

Avis 293 

Annexes  (Variantes  de  Vavis).     .......  315 

L'Instruction  d'un  jeune  prince 3*27 

Bibliographie 329 

I.  Manuscrits  consultés — 

II.  Imprimés 334 

L'instruction 335 

Ci  commence  la  table  du  livre  intitulé  VInstruction  d'un 

jeune  prince  pour  se  lien  gouverner  envers  Dieu  et  le  monde.  — 

Prologue  sur  le  livre  de  V Instruction ,  etc 337 

Comment  ung  jeune  prince  doit  sur  toutes  choses  crémir  Dieu 
qui  luy  a  donné  autorité  et  seignourie  sur  le  peuple.  Pre- 
mier chapitre 349 


DES   MATIÈRES.  545 

Comment  princes  et  grands  seigneurs  qui  ont  poeuple  à  gou- 
verner doivent  vivre  attempréement  et  mettre  paine  d'avoir 
en  eulx  bonnes  meurs  et  protiffitables .  Second  chapitre'  .     .       353 

Cy  parle  du  bien  et  du  prouffit  qui  vient  aux  princes  et  grans 
seigneurs  terriers  quand  Hz  gouvernent  eulx  et  leurs  subgets 
par  raison  et  par  justice.  IIIe  en  ipitre 363 

Cy  dist  de  quelz  meurs,  estas  et  conditions  'princes  doivent 
eslire  leurs  conseilliers  et  officiers  priricipaulx.  1111e  cha- 
pitre      369 

Comment  roys  et  grans  seipieurs  doivent  avoir  grant  regart 
sur  leurs  officiers  et  serviteurs  adfin  quHlz  ne  facent  chose 
qui  soit  contre  raison  ne  au  dommage  du  deshonneur  d'eulx 
ou  de  leurs  subgetz.  Ve  chapitre 377 

Comment  roys  et  princes,  pour  la  révérence  de  Dieu  et  V amour 
quilz  doivent  avoir  à  leurs  subgetz,  se  gardent  de  prendre 
guerre  contre  cristiens.  VI°  chapitre 383 

Comment  roys  et  princes  doivent  diligamment  entendre  à  la 
conduite  et  gouvernement  de  leurs  finances.  VIIe  chapitre.      393 

Cy  parle  de  V ordre  et  estât  de  chevalerie  et  comment  on  le 
doit  entendre.  VIIIe  chapitre 403 

Annexes.  I.  La  vision  du  roi  Ollerich,  d 'après  le  manuscrit 

de  la  bibliothèque  de  Sainte  Geneviève.     .     .      .       427 
II.  Institution  d'un  grand  conseil  par  Philippe  le  Bon.       432 

IV.  LES  ENSEIGNEMENTS  PATERNELS. 

Bibliographie 443 

Les  Enseignements  paternels 447 

APPENDICE. 
Analyse  d'un  manuscrit  de  la  famille  de  Lannoy 475 


546  TABLES. 


TABLES. 


Table  des  noms  géographiques 510 

I.  Voyages  et  Ambassades — 

II.  L'Instruction  et  les  Enseignements — 

Table  des  noms  historiques 524 

I.  Voyages  et  Ambassades — 

II.  L'Instruction  et  les  Enseignements 533 

Table  des  matières 535 

ADDITIONS,  NOTES  ET  CORRECTIONS. 

Additions 547 

Notes 549 

Corrections •     •  — 


ADDITIONS,  NOTES  ET  CORRECTIONS. 


ADDITIONS. 


P.  lxxi,  après  le  deuxième  §,  ajoutez  : 

Ce  livre  fut  sans  doute  écrit  par  Ghillebert  pour  son  fils 
aîné,  celui  qui  l'accompagnait  dans  son  dernier  voyage  en 
Orient,  comme  il  le  dit  incidemment  p.  175. 

P.  lxxii,  1.  15  : 

*«  Au  lieu  de  quatre  mentions  de  cartes,  il  y  en  a  cinq. 
On  les  trouve  aux  pages  102,  104,  112,  144  et  153.  » 

P.  lxxvi.   Entre   le  premier  et  le  deuxième   alinéa  (1 .  7-8),  il  faut 
ajouter  : 

Avec  quel  soin  il  expose  le  phénomène  de  la  crue  du  Nil, 
sa  cause,  la  manière  de  la  mesurer,  les  cérémonies  aux- 
quelles elle  donne  lieu,  les  précautions  prises  contre  ses 
excès,  et  les  moyens  :  canaux,  fossés,  puits,  digues,  écluses, 
réservoirs,  etc.,  que  l'on  emploie  pour  en  répartir  ou  en 


548  ADDITIONS, 

renouveler  les  bienfaits  au  pays,  ainsi  que  pour  conserver 
des  provisions  d'eau  pendant  le  reste  de  l'année  (p.  123- 
127.  Voir  aussi  pp.  106,  114-115). 

P.  66,  note  3.  ajoutez  : 

Emile  Gachet  fait  remarquer  que  «  Ghi Hébert  parlant 
des  adversaires  d'Amurath  II,  confond  et  change  les  rôles  ; 
car  Mustapha  ayant  été  pendu,  l'empereur  Manuel  lui 
opposa  aussitôt  le  jeune  Chélébi-Mustapha,  appelé  ici  Guérici 
Chélébi,  tandis  que  Ghillebert  place  les  événements  rela- 
tifs à  Mustapha  après  la  mort  de  Chélébi.  » 

J'ai  indiqué  dans  les  Corrections  qu'il  faut  corriger  le  texte  des 
manuscrits  qui  font  d'Amurath  un  seigneur  de  Turquie  et  de  Prusse, 
au  lieu  de  Pruse. 

P.  71,  note  2,  lisez  :  Thenes  :  Tineh,  l'ancien  Pelusium. 
P.  127,  note  2,  ajoutez  :  V.  p.  114  et  117. 

P.  130,  note  2,  ligne  3,  après  :  non  plus  que  dans  A,  ajoutez  :  ni 
dans  le  ms.  d'Oxford. 

P.  209,  1.  16.  Lefebvre  de  Saint-Remy  le  dit,  ajoutez  : 

Édition  Buchon,  p.  541,  ch.  CLXXXIII. 

P.  368,  dernière  ligne,  après  :  féist  sur  eux,  ajoutez  : 

S'ils  avoient  seigneur  ou  prince  temporel  par  dessus 
eulx.  (Variante  empruntée  au  ms.  E.) 

P.  481,  note  1,  ajoutez  : 

On  peut  remplacer  cette  lacune  en  lisant  :  que  le  Dau- 
phin. 


NOTES    ET    CORRECTIONS 


549 


NOTES. 


P.  11,  1.  3,  au  mot  :  Botequin,  ajoutez  en  note  :  Nacelle. 

P.  15,  1.  8,  allanchie.  —  Le  verbe  :  allanchir  ou  allancrir,  signi- 
fiant mettre  à  l'ancre,  est  inconnu. 

P.  39,  1.  17,  Bolverque  :  Boulevard. 

P.  40,  l.  4-6,  lisez  :  Les  femmes  sont  aornées  simplement,  auques  ' 
à  lacoustume  de  Picardie. 

P.  56,  1.  7,  Couragnes  :  Je  n'ai  trouvé  nulle  part  ce  nom  de  poisson. 

P.  109,  1.  21,  Fonteques  :  magasins. 

P.  119,1.4,  Gazals,  Casals  :  concubine.  (Voir  -fe»iotes  Romania, 
t.  II,  p.  236.) 


Ûrl 


CORRECTIONS 


Introduction. 


au  lieu  de  : 

P.  xii,  1.     1,      il  fît, 
P.  xiv,  1.  9,       à  leur  joie  : 
P.  xiv,  1.  23,      Marsow, 
P.  xvn  ,  l.  27,    affermir, 
P.  xxii,  1.  14,     1430, 
P.  xxv,  1.  17,     rétrospectif, 
P.  xxvi,  1.  21,    1433, 
P.  xxix,  1.  3,      en  campagne, 
P.  xxxvii,  1.  2,  au  Livre  de  la 
paix, 
P.  xlix,  1.  15,    1  septembre, 
P.  xliv,  1.  19,     1430, 
P.  lxxhi,  1.  15,  se   transformait 
en  de  grandes  guerres, 


lisez  : 

il  fait. 

à  cœur  joie. 

Polleur. 

affirmer. 

1431. 

rétroactif. 

1443. 

qui  tenait  la  campagne. 

au  Livre  de  paix. 

10  septembre. 

1431. 

se    transformait    au   milieu   des 

grandes  guerres. 


1  Auques  :  un  peu. 

*  Je  néglige  les  fautes  qu'il  faudrait  corriger  pour  rétablir  l'unité 
d'orthographe. 


550 


CORRECTIONS. 


Voyages  et  Ambassades. 


au  lieu  de  : 

P.  55,  note  5,  c'est  que  l'am- 
bassade se  faisait  au  nom  de 
ce  dernier, 

P.  61,  note  4,      après  Bacca, 

P.  66,  1.  18,        Prusse, 

P.  81, 1.  6,  Dieu  vous  salve, 

P.  85,  1.  3,  Saint  Paule, 

P.  106,  1.  15,      conduits, 

P.   121,  n.  1,1.6,  donnent, 

P.  128,  1.  9,       galiotte  nulle, 

P.   128,1.  10,       à  la  fin, 

P.   128,  1.  11,        aiant, 

P.   128,  n.  1,1.  1,  profondeur, 

P.   128,  n.2,  1.  6,  ensieuvant, 

P.    133,  1.  1,         Lestaignon, 

P.   133,  1.  19,   et  136,   1.    18   et 

passim,  mille, 

P.   147,1.  11,       milles  *  par, 
P.  149,  n.  1,      L'édition  Serrure, 
P.   155,  1.  4,        après  Sur, 
P.   164  et  165,    en  tête  des  pages 

au  lieu  des  années    1421-1423, 
P.   166,  en  tête    de    la 

page,  au  lieu  des  années  1421- 

1423, 
P.   166,  1.  10,       harnaschié, 
P.   167  et  168,      en    tête    des 

pages,  au  lieu  des  années  1421- 

1423, 
P.  173,  1.  1,         assonny. 


c'est   que  le  roi  de  France  était 

alors  frappé  d'aliénation. 

f 

ajoutez  :    Gâchez  dit  :  sauce  au 

porc. 
Pruse. 

Dieu  vos  salue. 
Sainte  Paule. 
conduis, 
donne. 

galiotte  ne  lin. 
en  la  fin. 
aians. 

parfundeur. 
en  suivant. 
Lescaignon. 

milles. 

milles  par  5. 

Serrure. 

il  faut  une  virgule. 

il  faut  lire:  1428. 


il  faut  :  1429. 
harneschié. 


il  faut  :  1431. 

assouvy,  dans  le  sens  de  :  achevé, 
fini.  (V.  Scheler,  Dictionnaire 
iïétymologie  française.) 


CORRECTIONS. 


551 


P.  176,  note  9, 
P.   183,  1.  10, 
P.  195,  1.    7, 
P.  207,  1.  9, 
P.  287,  1.  19, 
P.  298,  note  1, 

P.  315,  1.  1, 
P.  337, 
P.  344,  1.  2, 
P.  346,  1.  17  , 
P.  358,   1.  19, 


Rameh, 
Henri  V, 
fol.  98, 
1433,       - 

ne  donnent, 
avec    de    si 
nombreuses, 
page  203, 
n.  2, 

notre  saul.. 
l'Yflant, 
et  desplaist^ 


P.  394,  1.  19,  se    ce  n'est 

pas  l'advis, 

P.  432,  n.  1,  bulletins  de 

l'académie  de  Belgique, 

P.  464, 1.13,  après  :   lui 

mesoffre, 

P.  485,  1.26,  ont  était, 

P.  498,  1.  10,  fol.  103, 


Ramleh. 

Henri  IV. 

fol.  90. 

1431-1433. 

ne  donne. 

avec  de  nombreuses. 

page  293. 

ajoutez  :  (La  Livonie). 

notre  saulveur. 

Ly  fiant. 

et  lui  desplaist.  (Corrigé  d'après 

le  ms.  E.) 
se  ce  n'est  par  l'advis. 

bulletins  de  la  Commission  royale 

d'histoire, 
il  faut  fermer  les  guillemets  :  » 

ont  été. 
fol.  183. 


FIN. 


BINDINGSECT.DEC  12  W 


DC  Lannoy,   Ghillebert  de 

102  (J&ivres  de  Ghillebert 

de  Lannoy 
L3A3 


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